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Zulu
...
-A bas la justice !
-En prison !
-Qu'est-ce qui se passe ? -Un prévenu a été libéré.
Une sale affaire
d'attouchements sur mineur.
On a été appelés
en renfort. -Ils l'ont libéré ?
-Oui. Erreur de procédure sur le renouvellement de sa détention.
-Les victimes le savent ?
-Voilà le prévenu. Sylvain Perray.
-Le comité
d'accueil est déjà là ?
Vous escortez ? -Non.
Perray est libre.
-Il lui faut une protection. -Les enfants aussi !
-Il y a présomption d'innocence. L'instruction est en cours.
-Comment je sors ? -Ils vont le lyncher.
-Il y a une sortie par l'arrière.
Suivez-moi. -Trop aimable.
Ca va aller, Monsieur.
La foule vocifère.
Perray,
en prison !
...
-Enfoiré !
...
-Notre fille a été agressée par ce monstre.
Elle a 8 ans.
8 ans !
Mais de qui se moque-t-on ?
Ce type est un danger public !
C'est invraisemblable, un tel niveau d'incompétence.
Aucun magistrat n'a daigné nous recevoir ! Aucun !
...
-Ca va ?
-Oui.
-Que penses-tu de mes propositions
sur les enfants ? -Parfait.
-C'est pour Martine "Marteau" ? -Martel.
-L'experte en démolition sociale.
-Tu exagères.
-Elle veut supprimer
la prime aux études supérieures.
-Ca a un coût.
-Un coup de marteau ! -Rebecca, Je ne pourrai pas
garder Tony.
-J'ai trouvé quelqu'un.
-Merci.
-Assieds-toi.
-J'ai pas le temps. Gros bisous !
Pleurs.
-Tu entends ? Le devoir t'appelle.
...
La mairie vit au-dessus
de ses moyens.
Martine veut innover
en matière de recyclage des déchets,
de compost.
Pas de compost
au petit-déjeuner.
Café ?
-Laisse passer l'orage.
Ca va aller. Je te rappelle ce soir.
-Qu'y a-t-il ? Tu as un souci ?
-Non. C'est la greffière qui a fait une erreur de procédure.
-Qu'a-t-elle fait ?
Elle a tardé à envoyer la convocation
pour la détention provisoire.
Avec le jour férié...
-Et alors ?
-Le pédophile est en liberté.
-Les mesures de son contrôle judiciaire doivent être strictes ?
-On a trop de dossiers à gérer.
C'est elle.
-Si vous voulez
des informations, appelez-moi.
-C'est noté.
Vous connaissez la juge Bercot ? -Que voulait-elle ?
-Vous savez
que Perray a été remis en liberté. -Je l'ai vu hier avec son avocat.
Ils sortaient du palais. -Il a été agressé cette nuit.
Commotion cérébrale, blessures. Il est à l'hôpital.
C'est le juge Bercot qui a instruit le dossier initial.
Sylvain Perray, directeur d'un centre de loisir,
marié, un fils, arrêté il y a 3 mois
après des accusations d'attouchements par Lydie Moreau.
8 ans.
-Bercot pourrait s'occuper
de l'agression.
-Pour dissocier les affaires. Et là, c'est Perray la victime.
-"Victime" ?
-Je sais, ça paraît pas évident.
Allez, venez.
-Les manifestants d'hier
allaient faire justice eux-mêmes. -Pas de conclusion hâtive.
On doit être irréprochables. -Comme d'habitude.
-Encore plus.
-Il a été frappé au crâne. Il risque un hématome extra-dural.
-Il a parlé de son agresseur ? -Non. Il était inconscient.
-Quand pourra-t-on lui parler ? -Impossible à prévoir. Il est là.
-Ca m'étonnerait qu'on ait des réponses à nos questions.
-M. le juge, Constance, bonjour. Perray doit regretter la taule.
-Ca doit pas être sa préoccupation immédiate.
Qu'avons-nous ?
-Il y a eu effraction. Ce matin, un journaliste est venu,
il l'a appelé, rien. Il l'a trouvé à l'intérieur.
-Très bien. -La scientifique a pas terminé.
Perray a passé sa soirée à boire, seul.
Il n'a pas dû résister longtemps à son agresseur.
Il était là.
A priori,
il a été frappé
avec ça.
-Un aspirateur.
-Demandez au labo de le traiter en priorité.
-C'est sa femme et son fils ?
Ils sont où ?
-Ils ont déménagé à Auriol après l'arrestation.
-Niveau voisins, on en est où ? -Beaucoup sont au boulot.
Ceux qu'on a vus ignoraient
qu'il était revenu. -Le téléphone est débranché.
Bips.
les couilles.
-Je comprends qu'il ait débranché.
Salopard, va !
vous avez fait à ma fille.
-C'était le père de Lydie.
-Le coupable devient la victime, ses victimes deviennent suspects.
-Vous me demandez mon alibi ?
-Vous avez appelé M. Perray pour le menacer ?
-Oui. Je me suis défoulé au téléphone, ça m'a fait du bien.
-Vous êtes allé lui parler ?
-J'en avais envie,
mais j'allais pas me salir les mains sur ce minable.
-Calme-toi.
Quand on a compris qu'on pourrait pas parler à un magistrat,
on est venus ici, pour rester avec les enfants.
-On relèvera vos empreintes. -On marche sur la tête.
Vous l'avez libéré, non ?
Au lieu de nous emmerder, trouvez un moyen de le recoller en taule.
-Excusez-le.
-On comprend.
-Tout commençait à redevenir normal.
Là, comment j'explique à Lydie
que son agresseur est libre ?
Elle ne va plus vivre.
-Il est à l'hôpital puis devra pointer le matin
au commissariat.
-Les gens comme lui sont malades.
Ce que je voudrais,
c'est la voir heureuse, comme dans ces instants.
La voir grandir comme ça.
Un portable sonne.
-Excusez-moi.
Oui, Fanny ?
J'arrive.
-J'ai convoqué
une conférence de presse. Vous en êtes où ?
-On commence. -Ah ?
Vous sentez pas l'odeur de brûlé ? L'erreur de procédure,
ça fait tout exploser.
L'avocat de la défense. -Il a réussi à le faire libérer.
-Il menace de porter plainte, car aucune protection n'était prévue.
La chancellerie n'agit pas
et les médias sautent sur les braises.
Bref, on est en slip dans les flammes.
Eteignez l'incendie ! -Perray a été menacé.
Saïdi s'en occupe.
-Qu'elle s'active ! -Il a appelé sa femme vers 21 h 35.
Mais avait-il le droit
de contacter sa famille ? -En effet... bien vu.
Vraiment.
Vérifiez les conditions avec le juge.
Le réincarcérer arrangerait nos affaires. Surtout la vôtre.
Vous avez votre gilet ?
Allez, allez, allons-y.
-Allez sans moi chez la femme de Perray.
On sonne.
-Bonjour.
Vous êtes le fils de M. Perray ? Votre maman est là ?
-Oui. Entrez.
-Merci.
Bonjour, Madame. Je suis Constance Meyer, juge stagiaire.
-Vous venez pour la libération de Sylvain ? Son avocat m'a prévenue.
-Votre mari a été agressé hier soir à votre ancien domicile.
Les médecins attendent qu'il reprenne conscience.
Votre mari a essayé de vous contacter, hier soir ?
-Oui. -Que vous a-t-il dit ?
Il se sentait menacé par quelqu'un ?
-Non. Il voulait nous revoir. Il a dit qu'il avait besoin de nous.
-T'aurais pu me le passer.
-J'ai pas pris l'appel.
-Tu fais chier.
-Hugo...
Ca fait 3 mois qu'il est comme ça.
Il est en colère contre son père, contre moi et la Terre entière.
Je ne sais plus quoi faire.
-Pourquoi ne pas avoir répondu à votre mari ?
-Ca fait 3 mois qu'on ne s'est pas parlé.
Je suis pas allée le voir en prison.
Vous n'imaginez pas ce que ça a été. Les appels anonymes,
les journalistes sous les fenêtres, les regards des voisins,
les amis qui nous évitent ou qui ont pitié.
Mais le pire, c'est pour Hugo. Il s'est fait insulter, au lycée.
Puis on a déménagé.
Je n'avais pas le choix.
-Vous pensiez que votre mari était coupable ?
-Au début, je n'y ai pas cru. Mais quand la juge m'a appris
que Sylvain avait été abusé dans son enfance,
j'étais choquée. Il ne m'en a jamais parlé.
-Il y a des choses difficiles à avouer, vous savez.
-On a vécu presque 20 ans ensemble.
On a eu un fils. On a toujours tout partagé.
S'il ne m'a pas dit ça, il a très bien pu me cacher d'autres choses.
-Nadia ? Alors, ça a donné quoi ?
Vous avez pu récupérer les bandes de vidéosurveillance ?
Très bien, merci. A plus tard.
Madame le juge !
Je suis la stagiaire du juge.
On s'est croisées ce matin. -Euh... oui, oui.
L'enquête avance ? -Rien pour l'instant.
Vous avez dit au juge
de vous solliciter.
Vous avez auditionné les parents ?
-Ceux que j'ai vus ne me semblent pas capables de tels actes.
-Les erreurs de procédure déclenchent des manifs comme hier.
-Il n'y avait pas que des parents.
Sans être impliqués directement, on est tous concernés.
-On voudrait consulter les P.-V. d'audition
pour mieux cerner Perray
dans ses relations professionnelles, personnelles.
-Venez.
Venez. -Merci.
-Et Mme Perray, ça a donné quoi ?
-Elle fait face en protégeant leur fils.
-Voilà un café. -Merci.
J'ai peut-être quelque chose. -C'est quoi, ces papiers ?
-Les dossiers d'instruction que la juge m'a laissé consulter.
-Vous auriez pu me demander. -Je l'ai croisée par hasard.
D'autres parents en voulaient à Perray.
-Il n'y aurait pas qu'une victime ? -La juge pense qu'il y en a une 2e.
Lou Carvin.
8 ans. Elle a été interrogée la semaine dernière.
-Hier, j'étais chez moi.
-Qui peut en témoigner, M. Carvin ? -Ma femme.
-Vous avez une 206 rouge ?
-Oui. -Un voisin des Perray
qui rentrait à 2 h en a vu une partir en trombe.
-Demandez à ma femme. -L'alibi d'un conjoint...
Et vous avez une bonne raison d'en vouloir à M. Perray.
-Enfin,
je suis pas le seul.
-Vous avez déjà vu cet objet ?
Peut-être comptez-vous sur le fait que M. Perray ne se réveille pas.
-Je ne comprends pas. -Son bulletin de santé s'améliore.
Sorti du coma, il désignera son agresseur.
-C'est une bonne nouvelle, pour vous.
-Vous serez poursuivi pour violences, plus pour meurtre.
C'est juste 3 ans de prison.
Si vous montrez de la bonne volonté, ça jouera en votre faveur.
Je vous repose une dernière fois la question.
Avez-vous déjà vu cet objet ?
-Quand ma femme m'a dit que ce fumier était dehors, ça m'a...
Ca m'a rendu dingue.
T'es là, ordure ?
-M. Carvin... -Tu reconnais ma p'tite Lou ?
Comment tu as pu ? -Je l'ai pas touchée !
-Tu reconnais pas tes saloperies ! -Vous me voyez tous les jours.
Vous croyez... -Je crois ma fille !
-Parfois, les enfants mentent. -Et Lydie, elle a tout inventé ?
-Asseyez-vous, on va... -Ne me touche pas !
Putain, tu me dégoûtes !
Tu me dégoûtes !
Tiens !
Fumier !
-Vous vous êtes acharné sur lui ? -J'ai perdu le contrôle.
C'était plus fort que moi.
Je voulais qu'il avoue ses actes.
-Il a avoué ? -Non. Ca change rien.
-A l'audition, Lou a déclaré
qu'il était méchant.
-Elle a 8 ans, merde !
8 ans.
-Vous a-t-elle confié autre chose ?
-Elle n'avait rien besoin de dire de plus.
Qu'il ait pu lui faire du mal m'a rendu fou !
-Le père de Lou a réagi sur le mot "méchant".
-Sa douleur n'excuse rien. -Je sais.
La juge a conclu que Lou avait été abusée.
-On se charge de l'agression de Perray.
Le reste ne nous concerne pas. -Comment interroger un enfant
sans avoir de la compassion ?
-On s'en tient aux faits.
C'est pas facile à appliquer. -Monsieur. le juge !
Stop !
Sur l'ordonnance de saisie pour la détention de Carvin,
je me suis trompée sur sa date
de naissance. Au lieu de 1987, j'ai mis 1887.
-Il fait jeune.
-Ne plaisantez pas.
J'ai peur de faire des erreurs. Vous venez la signer ?
-Avec plaisir, Fanny.
Bonsoir. -Bonsoir.
Son portable sonne.
-Oui, mon chéri.
Ne m'attendez pas pour dîner.
Antoine, Rebecca et Tony sont sortis.
-Les souris jeûnent.
-Et ta présentation ?
Mes propositions ont plu à Martine.
Elle m'a juste demandé quelques modifs.
de la prime aux étudiants. Elle a été
-Ton fils sera fier de toi.
-Elle me veut dans son groupe de réflexion.
Le 1er cercle.
-Incroyable !
-Ce n'est qu'un début.
-Des ambitions,
-Oui, Mme le juge.
-Je t'embrasse.
-Barth, on va dîner. -Oui. Je suis à vous.
-M. Carvin a été mis en examen.
Vous pouvez porter plainte pour obtenir des dommages civils.
-Je m'en fous, de l'argent. Je veux qu'on sache la vérité.
Le juge a convaincu tout le monde que je suis coupable.
-On vous aurait accusé à tort ?
-Jamais
je n'aurais touché un cheveux de Lydie ni de Lou.
Pas de chance, mon passé m'a rattrapé.
J'ai été violé dans mon enfance.
Les gens pensent que les victimes deviennent des bourreaux.
L'erreur de procédure,
c'était l'occasion de me faire entendre. J'ai été naïf.
-Vous retournerez en détention. Vous n'auriez pas dû contacter
votre femme.
-De toute façon,
qu'est-ce qu'il y a pour moi, dehors, à part de la haine ?
-Je veux voir
mon père ! Papa ! -Hugo !
Hugo !
-Je veux voir mon père. Laissez-moi lui parler.
-Il ne peut pas côtoyer
des mineurs, même vous.
-Il a rien fait
à personne !
-Merci.
-Hugo...
Comment en es-tu aussi sûr ? -Après les cours,
j'allais souvent au centre de loisir aider papa à ranger.
Il a toujours été cool, même avec les mômes chiants.
-Lydie Moreau, tu connais ?
-Je l'ai déjà vue.
-Elle était chiante ? -Non.
Il y en a une qui faisait tout pour emmerder papa. Lou "La Relou".
-Lou Carvin ? -Je sais pas son nom.
-Tenez.
On y va ? -Y a qu'une Lou sur le listing.
Si Lou s'entendait pas avec Perray, ça pourrait changer les choses.
Parlez-en à sa mère. Vous allez l'auditionner.
-Au sujet de l'agression de Perray, c'est tout. Et je suis en retard.
Ca doit être elle.
-Elle est avec la petite Lou.
-Je verrai ça avec la juge Bercot, mais après l'audition.
Mme Carvin.
-Bonjour, M. le juge.
Qu'est-ce que je fais là ? -J'ai besoin de précisions
au sujet...
de l'autre soir.
-Laurent est un bon père. -Passons dans mon bureau.
Lou ne peut pas venir avec nous. -Ah bon ?
-Non.
-J'ai trouvé personne pour la garder.
Tu restes là.
-Non, je viens.
-Non.
Reste ici.
Vous la surveillez ? -Oui.
-On y va ? -Je vous en prie.
-Tu veux un chocolat chaud ? -Euh... ouais.
-Il est bon ton chocolat ? -Bof.
-Je suis d'accord avec toi.
-Comment tu t'appelles ? -Constance.
-Je préfère Lou. -C'était le prénom de ma mamie.
-Papa, il va aller en prison ?
-Tu sais, ce sont des histoires d'adultes. C'est compliqué.
-Maman dit qu'il a tapé M. Perray. Pourquoi ?
-Parce qu'il a été méchant avec Lydie, avec toi.
-Pas avec Lydie, seulement avec moi.
-Seulement avec toi ?
-Je devais jouer la princesse dans le spectacle.
Il trouvait
que je chantais mal. -Tu disais qu'il était méchant.
C'était à cause de ça ?
-Oui. J'ai la plus belle voix.
Tu veux que je te chante une chanson ?
-Oui.
-A la claire fontaine,
Sa voix déraille.
Elle chante faux.
J'ai trouvé l'eau...
-Les accusations de Lou n'ont rien à voir avec les attouchements.
Elle est vexée de ne pas avoir eu le rôle principal.
Les questions du juge Bercot étaient fermées.
"Est-ce qu'il t'a fait du mal ?" Lou répondait par oui ou par non.
La juge a interprété.
-Ne remettez pas en cause son instruction.
-L'avocat de Perray s'est plaint. -Quoi ?
-J'ai parlé à la greffière.
Son avocat a demandé
de le confronter à son accusatrice.
-Evidemment !
-Il a demandé l'expertise psychologique de Perray.
-L'instruction avance.
-Bercot n'a interrogé Lou
qu'une fois en 3 mois. Et ça n'a duré que 15 mn.
-On en reparlera plus tard. J'ai un rendez-vous.
-Il y a manquement. -C'est le rôle
du procureur, d'en juger. -C'est quoi, mon rôle ?
-Qui a auditionné Lou ?
-Ca n'avait rien d'officiel.
La fillette s'est confiée à la stagiaire de Delcourt.
-Très bien, je vais la réentendre. -Non. Attendez une seconde.
Asseyez-vous.
Bon...
Les affaires impliquant des enfants, c'est...
C'est toujours épineux.
Difficile
de trouver la bonne distance.
-Dois-je comprendre que je ne l'ai pas trouvée ?
-Au vu de votre dossier, non.
Vous avez instruit univoquement, systématiquement à charge.
Vous avez recherché d'autres abusés de Perray,
mais vous n'avez pas entendu ses collègues qui souhaitaient
témoigner en sa faveur.
Vous auditionnez les enfants... -C'est la parole
des victimes.
-Votre attitude est louable, mais ne doit pas aller
à l'encontre
de la présomption
d'innocence. -Lydie a clairement désigné Perray.
-Laissez-moi juste vous poser une question.
Au fond de vous, avez-vous encore un doute
sur la culpabilité de Perray ?
-Non.
-Etes-vous la mieux placée pour instruire cette affaire ?
-Le dossier Lydie Moreau ! -Je ne comprends pas.
-On m'a suggéré de m'en dessaisir. Personne ne veut risquer
une nouvelle erreur. -Attendez.
Je n'ai rien demandé. -Mais l'affaire vous revient.
Je suis sûre qu'entre vos mains, la justice sera bien administrée.
En plus avec la bonne fée qui murmure à l'oreille des enfants.
Un dessaisissement en direct, c'est instructif pour votre stage.
-Ca, c'est signé Quiring.
Le téléphone sonne.
...
-Bureau du juge Delcourt. Bonjour, M. le procureur.
Non. Il vient de sortir. Je crois qu'il le sait déjà.
-Vous avez forcé
la juge Bercot à se dessaisir ?
-Merci... Aliette.
-Au revoir. -Au revoir.
-Vous me prêtez un pouvoir que je n'ai pas. Elle a proposé
de passer la main.
-On la lui a forcée.
-Elle est un peu jeune et sensible pour instruire cette affaire.
-C'est pas sexiste, ça ? Je n'aurais pas fait mieux qu'elle.
-Calmez-vous.
Un regard neuf est nécessaire. -Ca me met
dans l'embarras.
-Ca passera.
Je veux
des certitudes sur Perray.
Ca suffit, les partis pris, les conclusions hâtives.
Vous vérifiez tout. D'accord ? Et plutôt trois fois qu'une.
Je sais que je vous mets la pression.
Je suis désolé, Boris.
-C'est le père qui s'excuse, là ?
-Le père, le proc, le fils, le juge.
Tout ça, maintenant, c'est indissociable.
Il va falloir vous y faire.
-Je vous tiendrai au courant.
-C'est embêtant, non ?
-Un peu, oui.
On entre. -On est là !
-Ca va ?
-"La société de conseil de Martine Martel est soupçonnée
"d'avoir versé des pots de vin pour remporter un appel d'offre."
-Bravo. Tu choisis bien tes collaborateurs.
-Tu veux bien monter changer le petit, je prépare le petit pot.
-Martine a l'air réglo pourtant.
-Tu ne la connaissais pas depuis longtemps.
-Le parquet financier ouvre une enquête. Tu ne pourrais pas
me procurer le dossier ? -Tu plaisantes ?
-Je te demande pas
d'étouffer l'enquête.
C'est juste pour voir.
-C'est ça ! Corruption de future magistrate.
Bravo, M. le maire. -Tout de suite, les grands mots.
-Enquête
et interroge la suspecte. -Forge-toi une intime conviction.
-Tu maîtrises déjà la théorie. Passe à la pratique.
Hmm ?
Mon petit mari chéri.
-J'arrête de relire ce truc. Ca fait 30 fois, j'en ai marre.
-L'examen médical de Lydie Moreau a confirmé les attouchements.
Contrairement au témoignage de Lou Carvin, le sien est sans ambiguïté.
Il s'en est pris à elle.
On ne va pas la réinterroger.
-Vous avez raison. On devrait commencer par l'alibi de Perray.
-Le jogging en forêt ? -Le juge Bercot n'y a pas cru.
-Elle n'a pas tort, la police n'a pas retrouvé le témoin.
Essayons.
-Je raccompagnais Lydie
chez elle après le centre de loisir.
C'était convenu avec ses parents. Ils n'avaient pas d'autre solution.
En général, Lydie restait avec moi,
le temps que je finisse la paperasse, ça durait 30 mn.
Ce jour-là, je ne l'ai pas raccompagnée.
-C'est pourtant ce qu'elle a dit. -C'est pas ce qui s'est passé.
Ca fait 3 jours
que l'alarme
se déclenche sans arrêt. C'est infernal.
Oui, je l'ai fait, mais ça ne marche pas.
-Monsieur Perray !
-Non. -Monsieur Perray !
-Qu'y a-t-il ? -Maman est dans la voiture.
Elle peut pas se garer.
-Pas avant mardi ?
-Je peux y aller ? -Vas-y.
Alarme.
Voilà ! Démonstration par la preuve. Attendez.
Vous m'entendez mieux ?
Si je n'ai pas quelqu'un
avant la fin de la journée, je change de prestataire.
-Stéphanie Moreau n'est pas venue chercher sa fille.
-Si je l'avais raccompagnée au portail, je l'aurais su.
Je m'en veux.
-Pourquoi elle vous a menti ?
-Peut-être pour rentrer vite chez elle.
-C'est vous qu'elle accuse.
-Depuis mon arrestation, je retourne ça dans ma tête.
-Vous avez dit
avoir quitté seul le centre et être allé faire un jogging,
ce qui ne vous arrive jamais.
-J'en avais ras-le-bol. Ce jour-là, je devais décompresser.
Et là vous croisez une femme
qu'on n'a jamais retrouvée. -Bon Dieu, je l'ai vue !
Pourquoi la parole d'une gamine vaut plus que la mienne ?
-Cela ne nous convainc pas. -On est là pour vous écouter.
Racontez-nous l'histoire comme si c'était la 1re fois.
Je courais dans les sous-bois,
une femme appelait à l'aide,
près d'un fossé.
Vous avez un souci ? -Mon chien est tombé là.
-Viens là, toi.
Il ne remontait pas.
Je l'ai sorti.
-Vous lui avez parlé ?
-A peine quelques mots : merci, au revoir.
Elle m'a pas donné son nom.
Elle avait la soixantaine. -Le chien avait un nom ?
-Nouba ? Youba ? C'était un setter roux et blanc.
-Essayez de vous rappeler
d'un détail
de sa maîtresse. -Elle avait un anorak bleu.
Et un foulard bleu.
Elle l'a mis autour de la patte du chien.
-Il s'était blessé ? -Sans doute en tombant.
-Vous n'en avez jamais parlé ?
-Euh... ça allait trop vite. Je pouvais plus réfléchir.
-Si le chien était blessé, il a été emmené chez le véto..
Ca vaut le coup de chercher, non ?
-C'est quoi, cette histoire ? Vous reprenez l'affaire
de zéro ?
-C'est exact. -Mais pourquoi ?
L'autre juge était très bien.
-On poursuit son travail et on recherche la vérité.
-On la connaît.
C'est lui ! Que faut-il de plus ? -Du calme.
-Lydie allait mieux,
et là, elle refait des cauchemars.
Mais ça, vous vous en foutez, non ?
-Ma priorité est que l'agresseur de votre fille soit jugé
et condamné.
Laissez-nous.
-Irréprochable, Monsieur le juge.
-Bonjour. -Bonjour.
Martine est là ? -Oui, dans son bureau.
-Bonjour.
-Bonjour, Martine. -Ah, Barth !
Tu viens distribuer des tracts ? -Oui.
-On se tutoie ?
-J'ai eu des échos favorables par rapport à tes propositions.
Tu as repris ton texte ?
-Tu m'avais dit que l'honnêteté allait guider ton action ?
-Bien sûr. Pourquoi ?
-C'est quoi, ces pots de vin ? -C'est une manoeuvre de campagne.
Je fais peur à mes adversaires, ils ripostent.
Mais ne t'inquiète pas. -J'aimerais qu'on en parle.
Juste 5 minutes !
-On a trouvé le vétérinaire qui se souvient du chien blessé.
On a le nom de la propriétaire qui n'habite pas dans le coin.
Elle se souvient de Perray. -Perray n'a pas agressé Lydie.
-Il a pu la ramener quand même.
-Non. J'ai vérifié le parcours, et en timing,
c'est impossible.
-Qui est le coupable ? -Quelqu'un a obligé Lydie
à accuser Perray. Il faut enquêter
sur les hommes de son entourage. -Au centre de loisir,
un éducateur a dit que Perray était
"proche" des enfants. Ca peut faire un suspect, non ?
Et il y a l'instituteur de Lydie. -Je vais vérifier ça.
-Vérifiez aussi l'alibi du père.
Luc Moreau ne me plaît pas plus qu'à vous, mais bon.
Discrétion totale.
-On est mercredi, aujourd'hui.
-Merci de l'info. -L'agression a eu lieu un mercredi.
La mère de Lydie n'est pas allée la chercher au centre.
Lydie est rentrée seule. Refaisons le trajet.
-Bonne idée.
-J'ai rentré l'adresse de Moreau dans le GPS. Ca fait 1,8 km.
-Donc 20 mn à pied. -Pas pour une gamine de 8 ans.
-Une fille de 8 ans court. -On y va.
On est pile à l'heure du départ de Lydie.
C'est par là.
-L'agresseur avait peut-être une voiture et Lydie a pu y monter.
Je ne vois pas de caméra de vidéosurveillance.
-Regardez qui est là.
-C'est Alexis Moreau,
le frère de Lydie.
-Pour le retrouver,
elle a menti à Perray. -Ils sont rentrés ensemble.
-Elle était pas seule.
-En pensant
aux proches de Lydie, on l'a oublié.
-J'espère qu'on ne se trompe pas.
-Perray est innocent ?
Vous êtes sûrs ? -Sans aucun doute possible.
-Vu les circonstances, nous allons devoir vous réinterroger.
-Sur quoi ? -Sur le soir
de l'agression de Lydie.
-Quand je lui ai donné le bain, elle a pas voulu que je la touche.
Elle disait qu'elle avait mal.
Je l'ai emmenée à l'hôpital,
et ils ont vu les marques.
-Précisez-nous où était Lydie quand vous êtes rentrée à la maison ?
-Devant la télévision.
-Et Alexis ?
-Dans sa chambre. Pourquoi ? -Donc elle était seule avec lui
jusqu'à votre retour ?
-Qu'êtes-vous en train d'insinuer ?
-On va devoir parler à votre fils.
-Mon mari va rentrer, on verra ça avec lui.
-Désolé d'insister.
Mais...
-Alexis ?
Alexis ?
-Alexis !
Non !
Tu vas où ?
-Pardon.
45357 ...
Ce jour-là,
Lydie est venue me voir au tennis.
Quand j'ai su qu'elle avait menti à M. Perray...
Que fais-tu là ?
-J'ai dit que maman venait me chercher.
-Je l'ai grondée.
T'es chiante. Viens.
Elle n'allait pas y retourner.
A la maison...
On a été jouer dans la piscine.
Les parents veulent pas, mais quand ils sont pas là...
-Alexis, on a besoin de savoir ce qui s'est passé.
-Au collège, un copain m'avait montré
des vidéos sur son portable.
Enfin, vous voyez, quoi ?
-Des films pour adultes ? -Oui.
Et je sais pas ce qui m'a pris,
j'ai voulu essayer.
Pour faire comme ils font.
Lydie a pleuré.
Et j'ai arrêté tout de suite.
Je voulais pas lui faire de mal.
Je suis désolé.
-Alexis,
as-tu obligé Lydie à accuser M. Perray ?
-Non. Je vous jure
que je lui ai juste dit de ne rien dire aux parents.
Le reste, c'est elle toute seule. -Elle a préféré mentir
pour te protéger. -Ecoutez...
C'est pas sa faute.
Tout ça, c'est... C'est à cause de moi.
...
-Allez.
-Vous l'emmenez où ? Il va pouvoir rentrer avec nous ?
-Chez le juge des enfants
qui décidera
de sa peine. -Ca peut être de la prison ?
-Ce sera
une mesure éducative, un suivi psychologique
et une thérapie de famille. -L'important est
qu'il ait compris la gravité
de ses actes.
-Lydie va devoir s'exprimer
pour mieux se reconstruire.
Ils auront besoin
de tout votre amour.
-Constance, c'est la clôture de la procédure de Perray.
-Il a été libéré. -Je sais, mais vérifie-la.
-Ecoute...
Oh non... -Quoi ? T'as trouvé une erreur ?
-On est le 26 aujourd'hui ? -Oui. Pourquoi ?
-J'ai oublié de verser les arrhes pour notre maison de vacances.
-Bon... donc...
...
-Ils peuvent vous remercier.
Je suis sûre que vous ferez un très bon juge.
-J'ai encore beaucoup de choses à apprendre.
-Moi aussi. Cette affaire m'a fait réfléchir.
Je ne suis pas à ma place -Dites pas ça.
-Je renonce pas à la magistrature. Je vais aux affaires financières.
-Mais non. -Si.
C'était mon 1er stage après l'ENM. -Moi, c'était l'enfer.
Les maths et moi, ça fait 2. -Ah bon ?
J'ai adoré traquer les blanchiments d'argent,
les fraudes fiscales.
-Y a-t-il une conférence de presse pour la libération de Perray ?
-Non. On va pas épiloguer sur le fait
qu'une erreur de procédure a évité une erreur judiciaire.
D'ailleurs, bravo. Excellent travail.
En revanche, moi, je cale sur le discours
pour la remise de ma médaille d'honneur.
D'un autre côté, 10 mn, c'est peu pour résumer 30 ans de carrière.
-Dois-je y jeter un oeil ? -Vous feriez ça ?
-Pour le procureur, non, mais pour le père,
faut voir. -Si je vous le lisais ?
-Maintenant ? -Ce serait bien.
-Mais... -On va dans la salle d'appel
et je lis.
-Oh ! L'application n'arrête pas de quitter inopinément. Ca m'agace.
-Eteins
et rallume.
Et ta réunion ?
-J'en ai plus.
-T'as parlé avec Martel ? -Elle m'a pas convaincu.
Elle dit que je parle comme un juge.
Tu déteins sur moi. -C'est un compliment.
T'es pas trop déçu ?
-Je voulais faire bouger les choses, mais j'ai plus confiance.
J'ai déjà de quoi faire avec mon site.
On a dépassé les 800 connexions.
Si ça veut bien marcher.
-Si on se faisait un restau italien ?
-Les pâtes de Stefano.
Comme ça, mon ordi redémarrera.
-Propose ton projet à un autre. -A qui ?
-Le maire. -"Le maire", carrément ?
-Il est en place, il n'a pas de casserole.
Tu fais quoi ?
-Un e-mail.
-Tu l'écriras demain.
Le restau va fermer. -T'as raison.
A mon avis, je tape
un peu trop haut
sur la politique de la mairie.
Je l'emporte, comme ça,
on discutera.
Dépêche-toi.
Je t'attends dans la bagnole.
Sous-titrage MFP.
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