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-Ca sent super bon.
Nous allons laisser le chef Adrien Chevillard retrouver
la cuisine de son restaurant et le remercier
pour ses précieux conseils. Quant à nous, on se retrouve
un autre chef et d'autres recettes.
...
-La carte de la mutuelle est dans le vide-poches.
J'ai pas le temps, ma chérie. Je te fais des gros bisous.
Vous dînez à la maison avec Paul ce soir ?
Je ne rentre pas tard. Gros bisous, ma puce.
Ciao, ciao.
Excusez-moi. C'est ma fille. -J'avais deviné.
Avant, c'était votre mari, encore avant, votre fils.
Donc par élimination...
-Merci.
J'en reviens pas qu'Adrien Chevillard soit mort.
-On ne choisit pas ses victimes. -Peut-être, mais enfin...
Il avait tout pour lui. Vous ne regardez pas "Master Cook" ?
-Je ne passe pas ma vie devant la télé.
-On le mettait quand je révisais le concours de la magistrature.
-Je comprends mieux votre classement.
A l'intérieur, épargnez-moi le côté fan zone.
Bonjour.
-Bonjour, M. le Juge. -Bonjour.
-Constance. -Bonjour, capitaine.
-Adrien Chevillard, Mozart de la cuisine.
Vainqueur des "Master Cook"...
-Meyer m'a briefé.
Dites-moi plutôt
comment il est mort.
-Ca va pas être de la tarte.
Le légiste est coincé sur une fusillade
vers l'Estaque. Enfin à première vue, il a reçu un...
-Coup derrière le crâne.
-Voilà.
Peut-être une bagarre qui a tourné au vinaigre.
-Et la caisse du restaurant ? -A priori rien n'a été volé.
Visiblement, il a passé la nuit dans son restaurant.
Sa femme l'a découvert ce matin
vers 8h.
Il y avait une tablette avec une émission qui passait en boucle.
Il avait dû l'enregistrer.
"La cuisine pour tous". Ca passe le matin.
-A 11h15.
-Voilà. Alors je sais pas, il devait se regarder.
Ca m'a surpris, mais dans le show-biz, tout est possible.
-Trouvez la liste des employés, le registre des réservations
et les relevés
de cartes bleues.
-Je vais cuisiner sa brigade, voir qui est parti en dernier
et si ça n'a pas chauffé avec quelqu'un.
-Vous savez quoi, Sentier ? Jusqu'à la fin de l'instruction,
on va s'épargner les blagues sur "Ca sent le brûlé", "le roussi",
et caetera.
-Je vais voir sa femme.
-J'aurais essayé.
-Je n'arrive pas
à réaliser.
-Si vous ne pouvez pas répondre
maintenant, je comprendrai. -Non, non.
Je veux bien répondre à vos questions.
Mais j'ai tout dit à la police.
Je l'ai trouvé dans la cuisine. -Constance Meyer, auxiliaire
de justice.
-Pardon d'avance,
mais nous devons vous poser des questions élémentaires.
Votre mari avait-il des ennemis ?
Quelqu'un lui en voulait ? -Beaucoup de gens.
Il était de plus en plus connu.
Il avait de quoi rendre jaloux ses concurrents.
Mais de là à le tuer... Non.
-Je comprends. Et parmi les employés ?
Des disputes ? Des raisons de se venger ?
-Non. Non, enfin...
Tenir une cuisine comme celle-ci, ça ne se fait jamais sans heurts.
On a travaillé tellement dur pour en arriver là tous les deux.
-Vous voulez dire ? -Adrien s'occupait des créations,
mais c'est moi qui gère tout le reste.
Les finances, les produits dérivés, l'administratif,
les demandes d'interviews... -Une vraie multinationale.
-Après son passage à "Master Cook",
sa carrière a explosé. On a décidé d'ouvrir ce restaurant ensemble,
comme des partenaires.
C'est pour ça que la société m'appartient légalement à 50%.
Tout comme la marque Adrien Chevillard.
-Je pensais que c'était juste un cuisinier, pas une marque.
-Après tout ça, ça n'a plus de sens.
-Ca ne vous a pas inquiétée de ne pas le voir hier soir ?
-Il travaillait souvent toute la nuit. Il cherchait des idées.
Et puis il dormait très peu. -C'est quoi, ce délire, putain !
-Calmez-vous !
-Non, je me calme pas. Il est mort comment ?
-C'est Lucas, son ami d'enfance. Je vais le calmer.
-Allez-y. -Lucas, calme-toi, s'il te plaît.
On va parler.
Allez.
-Vous la trouvez
comment ?
-Comme quelqu'un qui a perdu un associé. Pas son mari.
-Qu'est-ce qu'il y a ? -Rien.
-Je vais retrouver celui qui l'a tué, je vous le dis.
Je vais le retrouver. -M. Stavros, calmez-vous.
-C'était mon pote, il avait que moi. Vous comprenez pas ?
-Vous l'aviez vu récemment ?
-Hier après-midi. On a discuté de la carte du camion.
Je tiens son food truck.
C'est pas la même cuisine, mais ça marche. Je fais des sushis,
des sashimis... -Très bien. Et ensuite ?
-Rien. On a discuté, rigolé, comme d'habitude.
On a goûté les plats avant le service et je suis rentré.
Je travaille pas le soir.
-Vous étiez amis depuis longtemps ?
-On a grandi ensemble. Dans les quartiers nord. A la Castellane.
Comme Zidane.
On a tout fait tous les deux. On a même galéré ensemble au début.
J'ai pas attendu qu'il passe à la télé pour être son pote.
Après, il est entré chez Malekian, son premier poste.
Il m'a fait entrer à la plonge, on a gravi les échelons un à un.
On a réussi ensemble.
-"Master Cook", il l'a réussi
tout seul.
Il avait d'autres amis dans les quartiers nord ?
-On vient des quartiers nord, donc on est forcément des meurtriers ?
-Eliminer des pistes
fait partie de l'enquête.
Il subissait des pressions ? Du racket ?
-La seule pression, ça a été de quitter Malekian pour venir ici.
Le vieux l'a mal pris.
Adrien lui a piqué la moitié de sa clientèle !
-Qu'est-ce qu'il a fait ?
-Il est venu taper le scandale dans le restaurant pendant le service.
J'ai dit à Adrien de laisser tomber.
-Il a laissé tomber ?
-Adrien avait eu sa revanche. Portable.
... Et Malekian était fermé.
...
-Oui, M. le Procureur ?
-Je vais faire quoi sans lui ? C'était mon pote, Adrien.
...
-Très bien, M. le Procureur. Merci.
Quiring ne va pas nous lâcher.
C'était le rendez-vous des notables de Marseille, cet endroit.
-C'est peut-être pas la star qu'on voulait tuer, mais lui.
-Elle est intrigante, cette femme. -J'ai vu qu'elle vous intriguait.
-"Intrigante" au sens littéraire. Comme à la cour du roi.
-C'est vrai qu'elle a quelque chose.
-Mais elle ne m'intrigue pas du tout.
Que feriez-vous en tant que magistrat ?
-Sentier interroge la brigade. Moi, j'irais tout droit.
Le restaurant de Malekian est à 300 m.
-Bonne idée. Ca nous évite de prendre votre voiture.
-Des juges ?
Qu'est-ce que j'ai fait ? -Adrien Chevillard.
Vous l'avez vu quand pour la dernière fois ?
-Ce petit con
a porté plainte contre moi ?
Quand on passe à la télé, ça va vite.
-Vous l'avez vu
quand, M. Malekian ?
-Hier soir, après le service, dans son boui-boui.
Je lui ai dit ce que je pensais de lui. Ca m'a calmé. C'est un délit ?
-Il a été assassiné cette nuit.
Vous l'avez quitté à quelle heure ?
-Merde.
Assassiné ? Mais...
Par qui ?
-C'est ce qu'on cherche
à établir.
-Je le connais depuis qu'il... Depuis qu'il est tout gosse.
Il n'avait même pas 15 ans. Je lui ai tout appris.
Et puis...
Il a fait le con dans son émission de pignouf.
Monsieur a voulu ouvrir son restaurant.
Tout le monde l'a suivi.
Et moi...
Je me suis retrouvé comme un con.
-Comment s'est passée votre entrevue d'hier soir ?
-C'est pas du tout ce que vous croyez.
Je l'ai insulté, c'est vrai.
Ca lui faisait ni chaud ni froid. J'avais un peu picolé, d'accord.
Je suis reparti vers 1h.
Je lui ai laissé les derniers papiers à signer.
-Quels papiers ?
-Pour la vente. C'est lui qui a racheté mon restaurant.
-Il voulait vous racheter ?
-J'avais pas le choix. C'était ça ou la clé sous la porte.
-Qui était au courant ?
-J'en sais rien. Lui, moi, le notaire. Ca suffit pour vendre.
-Sa femme gère la partie commerciale. Elle n'était pas là ?
-Non.
C'est elle qui l'a rendu comme ça. Elle en a fait un animal de cirque.
Il ne touchait plus le sol.
-Chevillard pouvait tenir 2 restaurants en même temps ?
-C'est facile. Il envisageait de confier le 2e à son second.
-Lucas ? -Mais non !
Lui, c'est un bon à rien. Non.
Il voulait confier mon restaurant à la petite, Estelle.
Son chef de cuisine. Une gamine.
Pour remplacer une institution !
Quel monde de merde...
-Ah, M. le Juge !
Il faut passer à l'essayage pour la cérémonie.
-On a une audition. Pas le temps. -Il va falloir le trouver.
-Bientôt le grand jour. Vous avez choisi votre hermine ?
-J'en sais rien !
-Moi, j'ai choisi ma tenue. La robe orange à volants.
Tu t'en souviens ? -Ah !
-Vos parents seront là ?
-Ma mère.
Je n'ai pas connu mon père.
-Comment se présente l'affaire Chevillard ?
-Bien, M. le Procureur.
-D'accord. Faites vite. La moitié de la ville dînait chez lui.
Je dois apporter des réponses. Pas trop stressé pour demain ?
-Stressé par... ?
-La cérémonie, le discours. Vos remerciements. Faites simple,
sobre, concis. J'ai quatre juges dont je dois vanter les mérites.
Ca dure déjà des plombes alors...
Meyer, vous serez là ?
-Bien sûr. -Tant mieux.
Mon discours est à 16h. Tenez-moi
informé pour Chevillard. Je ferai un point presse demain. Fanny,
allez-y mollo sur l'orange. La dernière fois,
j'ai cru qu'il y avait des travaux.
Boris, j'oubliais.
Vous faites venir votre père et votre mère, j'espère ?
-Ma mère sera là, oui.
-Pas votre père ? -Non.
-Bien. Bien.
-Qu'est-ce qu'il a avec mes parents ? Il fait une fixette ?
-C'est quoi, son souci avec l'orange ?
-En tout cas, il n'a rien dit pour les volants.
Grondement du tonnerre. Il sifflote.
-Ah, M. Meyer.
Je suis en RTT.
-Tant mieux.
-Je suis venu passer un moment avec vous,
vu qu'on se parle jamais. Entre hommes. Un coup de main ?
-Non. C'est gentil, merci. Je ne faisais rien de spécial.
-Alice m'a dit
que vous passiez des entretiens ? -Oui et alors ?
-Non, rien. Je peux vous aider à les préparer. J'en ai passé plein.
Je sais qu'à votre âge, on n'est pas habitué à ça.
Même si le marché des seniors est en plein boom.
-"Des seniors"...
-C'est normal. Ca coûte moins cher à une boîte avec toutes les aides.
-Je ne cherche pas à entrer dans une boîte.
-Ah ? -Bah non.
-Vous voulez faire quoi alors ? Vous savez pas ?
C'est le mal du siècle. C'est Alice qui m'a dit que vous cherchiez.
-Elle sort ça d'où ?
-Votre femme
lui a dit.
-Ce que je ferais à votre place, c'est une liste des domaines
où je suis compétent.
Ceux que je maîtrise mieux que personne. Et au bout de 5-6,
vous regardez celui dans lequel vous vous voyez passer
les dernières années qui vous restent.
Enfin, les dernières années
de vie active.
Avant la retraite définitive. Alors, M. Meyer ?
Dans quels domaines vous diriez que vous êtes un killer ?
-L'olive. -L'olive ?
C'est bien. OK, d'accord. Pour l'apéro.
Mais pour travailler ? -J'ai dirigé une oliveraie.
-OK. Et les autres ? -Il en faut d'autres ?
-Dans ce cas, arrêtez de cogiter.
Redémarrer à zéro à votre âge dans un nouveau domaine,
ça va être coton.
-Il y a plein de gens qui font ça. Tout le monde veut changer de vie.
Pourquoi pas moi ?
-C'est voué à l'échec
dans la plupart des cas. Les gens s'emballent
et 6 mois plus tard, c'est retour à la case départ.
C'est des olives qui viennent de chez vous ?
-Oui.
Celles-là, par exemple. Ce sont des cassées.
La saumure est maison. J'ajoute du fenouil.
Goûte-moi ça.
-Mlle Moulin, depuis quand travaillez-vous
avec Adrien Chevillard ?
-6 mois. J'arrivais d'un restaurant étoilé à Aix.
J'étais chef de partie poissons. Il m'a nommée second.
J'étais super contente.
-Pourquoi ?
-Parce qu'il était bon !
Sévère mais juste.
-Dans les cuisines
de ces grands restaurants, ça crie, ça se bouscule.
Pas évident
pour une jeune femme. -Pourquoi ça ?
Il faut savoir gérer la pression, mais l'exigence fait partie
du métier. -Vous vous êtes bien adaptée ?
-Oui.
J'espère, oui.
Quel rapport avec le reste ?
-Vous saviez qu'il avait racheté le restaurant de Malekian ?
Et que c'était vous qu'il avait choisie pour chef ?
-Il y avait fait allusion, mais c'était pas précis.
-Quel genre de relation aviez-vous avec lui ?
-Je faisais bien mon travail. Je me donnais à fond. C'est mal ?
-Répondez à la question.
-C'était un joli cadeau, ce restaurant, à votre âge.
-Vous voulez savoir si je couchais avec lui ?
-Ca nous a effleuré
l'esprit. -OK. Je suis
une jeune femme, donc je couche pour réussir ?
Vous demanderiez ça
à un mec ? -Sans doute.
Quand un homme marié est retrouvé mort
après avoir fait un tel cadeau,
on vérifie quelques points
de détail.
-Il en avait marre que sa femme le commande.
-C'est-à-dire ? -Sur les contrats à signer,
l'argent qui devait rentrer constamment... Il avait envie
de revenir à des trucs simples. Cuisiner, prendre du plaisir !
-Il se confiait
beaucoup à vous ?
-Il aimait... ma passion.
Il aimait mon enthousiasme.
Ca lui redonnait envie de créer.
On avait pensé sa nouvelle carte ensemble. Mais ça s'arrêtait là.
Si sa femme s'imagine des trucs, c'est pas mon problème.
-Je vous dérange ? -Non, je réfléchissais.
-J'ai trouvé quelque chose.
Chevillard a monté une boîte avec ses deniers pour racheter Malekian.
Vous savez qui il a nommé gérant ? -Estelle Moulin ?
-Lucas Stavros.
-Il nomme Stavros comme gérant fantôme,
sa femme le découvre...
-Il plaque tout pour une autre.
-Et elle le tue. Accidentellement ou pas, peu importe.
C'est pas du Shakespeare, mais ça se tient.
-Pour ça, il faut être amoureuse. -Ou très malheureuse ?
-Alors qui avait intérêt à le tuer ?
-Pas Estelle. -Et pas Lucas Stavros.
-Devinez qui a passé la soirée aux urgences de la Timone ?
-Pas de devinettes comme Sentier.
-Bien, M. le Juge.
Il s'agit de Mathieu Blanchet, un cuisinier de Chevillard.
-Et ?
-Et Adrien Chevillard, de rage, lui a brûlé les avant-bras
avec de l'eau bouillante en plein service.
Blanchet a quitté les urgences à minuit passé.
-Chevillard était cinglé.
Il nous méprisait. On était ses larbins.
Les sourires, c'était pour la télé.
-Et personne ne parle ? -Les chefs sont les rois du monde.
Si on parle, on se fait virer.
-C'est arrivé ? -Oui. Surtout en début de carrière.
Chez Chevillard, j'en ai déjà vu passer 3 ou 4.
-Ca doit donner envie de se venger. Non ?
-A votre avis ?
-A mon avis ?
Sous le coup de la colère, c'est humain de demander des explications
à Chevillard, de le secouer même. Non ?
Et entre secouer et déraper,
il n'y a pas grand-chose.
-J'y ai pensé, c'est vrai.
-Où êtes-vous allé en sortant des urgences ?
-Je suis rentré chez moi.
-Quelqu'un peut le confirmer ?
-Oui.
-Votre fiancée ?
-Disons plutôt une amie.
-Bien, on va avoir besoin de son identité.
-C'est gênant. Elle est mariée.
-Je comprends bien, mais c'est une instruction pour meurtre.
Quand on prend des risques, on les assume.
-C'est Béatrice Chevillard.
-Vous avez passé la nuit ensemble ? -Elle est venue me chercher
aux urgences, elle m'a raccompagné et elle est restée.
-C'était la 1re fois ?
-Non.
-Elle a menti mais elle a un alibi. -Fondé uniquement
sur le témoignage de cet homme. Elle a pu l'acheter ou l'endormir,
aller au restaurant et revenir chez lui.
-Ca ne cadre pas avec le meurtre. -Sauf si elle a tout anticipé.
Ca nous donne un excellent prétexte pour retourner l'interroger.
-La veuve éplorée ! -Ah mais attendez, Meyer :
vous dînez avec votre fille. -J'ai le temps. Je vous accompagne.
-Vous êtes sûre ? -Je ne voudrais pas rater ça.
-Mais...
Tu as vendu l'oliveraie parce que tu en avais marre
d'entendre parler d'olives ? -Non. A cause de la nouvelle vie
de ta mère à Marseille. -Elles sont super originales.
-Plusieurs générations de savoir-faire.
Mais personne n'a voulu reprendre.
-C'est à vous de reprendre l'affaire.
Vous tenez une idée. C'est ça, la boîte que vous devez créer.
-Oui ? Un genre de start-up ?
-"Start-up" ! -Quoi ?
Ca s'appelle comme ça. -Sur Internet. Pas dans l'olive.
-Ton père a raison. Je suis sûr qu'il y a un marché mondial.
La planète raffole
du terroir venant de Provence. Et tout le monde connaît
ton père dans le métier.
Ah ! Il rit.
-Paul...
-Mme Chevillard, suite aux interrogatoires
du personnel de cuisine,
il apparaît que des employés ont démissionné dans des conditions
assez troubles. -Ce métier requiert une exigence
difficile à trouver. Donc oui, on se trompe sur certains employés.
-De là à les ébouillanter... -Adrien était un peu
excessif parfois. Il a été formé dans l'exigence. C'est comme ça.
-Comment définiriez-vous la valeur de Mathieu Blanchet, madame ?
-Professionnel. Sachant garder son sang-froid.
-Et Estelle Moulin ?
-Vous pensez que je l'ai tué ?
-C'est le cas ? -Non. Je n'ai aucune raison.
-Vous saviez qu'il avait racheté Malekian ?
-Pour le confier à sa seconde, Estelle Moulin.
-Oui, je le savais.
J'ai laissé faire.
Vous pensez qu'une femme ne sait pas quand son homme lui échappe ?
Je savais pour le restaurant et je savais
que mon couple
était fini depuis longtemps.
On cohabitait, c'est tout.
Ce n'est pas très romantique,
mais c'est comme ça.
On était associés.
-Il aurait pu partir, abandonner le restaurant.
-Non.
Non.
Son nom m'appartenait. Il aurait pu acheter
tous les restos du monde, il était obligé de travailler dans le nôtre.
-Vous avez acheté son âme en fait ?
-Ca n'a pas suffi. Maintenant qu'il est mort, j'ai tout perdu.
J'ai passé la nuit avec Mathieu Blanchet.
Pendant que mon mari décédait.
Arrêtez-moi pour adultère si vous voulez.
-On est retournés
à la case départ, non ? -Non. On a éliminé un suspect.
Rester marié juste pour l'argent... Ca m'a toujours intrigué.
-Ils avaient besoin l'un de l'autre. On finit
par s'en contenter. Vous verrez.
-C'est gai. Clémence rit.
Téléphone. C'est votre mari. Non, attendez.
... -Merci.
Oui ?
Je sais que tu m'en veux. Je ne pouvais pas faire autrement.
J'ai pas vu le temps passer. J'arrive le plus vite possible.
Flash.
-Ca fait 2 points.
-Je fais attention. Pas envie de me faire flasher. OK, bisous.
-Vous mentez à votre mari ?
-Pas du tout.
-Demain, on reprend tout à zéro. Déposez-moi et puis rentrez.
-OK, je fonce.
Mais non, je rigole !
-Il est super, ce Paul. Alice a beaucoup de chance.
-C'est nouveau, ça.
Avant, c'était : "Il est pas là, le parasite ?"
-C'était affectueux.
Rien à voir avec un sentiment personnel.
Il est banquier. Professionnellement, il est super.
-C'est-à-dire ?
-C'est-à-dire... Il m'a écouté et il a su trouver les mots pour...
Pour transformer cette envie que j'ai en moi.
-Je suis invitée au mariage ?
-Oui.
-OK. Je suis contente
que tu aies trouvé quelque chose qui te motive, mon chéri.
-Demain, je fais le tour des oliveraies et Paul
cherche un local à Marseille. -Ah bon ?
-On va y aller mollo. C'est sur Internet qu'il faut faire le buzz.
-"Le buzz" ! -Oui.
-Il ne faut pas faire une étude de marché avant ?
Prendre un stand dans un vide-greniers ?
OK.
Tu m'as soutenue quand j'ai voulu devenir juge.
On a de l'argent de côté.
C'est normal que je te soutienne. Je suis mariée avec toi,
monsieur Meyer.
Hein, monsieur Meyer ? Constance rit.
Salut, Fanny.
-Salut ! C'est le grand jour. Tu as choisi ta tenue ?
-J'ai oublié.
-Tu as le temps. Le juge Delcourt est à l'essayage.
Mais reste joignable.
Sentier a déposé la liste des employés renvoyés par Chevillard.
-Super...
-A midi, on ne mange pas ensemble, je vais chez le coiffeur.
-Le coiffeur...
-La liste est sur le bureau du juge.
-Merci.
Fanny.
Tu sais, la liste
de Sentier sur les commis virés par Chevillard ?
-Oui ?
-Il y a un truc bizarre.
Il y a un petit jeune qui est mort, Anthony
Lefranc. Ses parents
ont toujours parlé de suicide alors qu'il serait mort dans un accident
de voiture.
J'appelle le juge ?
de Boris Delcourt. Laissez-moi...
-Il faut que je vérifie quelque chose.
A tout à l'heure. -A tout à l'heure.
-Mme Lefranc ?
-Oui ?
-Bonjour. Constance Meyer, auxiliaire de justice.
Je viens vous poser des questions à propos de votre fils.
-On n'a jamais cru à un accident.
La cuisine, c'était sa vie. Il rêvait d'intégrer une brigade.
Il en était tellement fier !
-Du coup, il a tout accepté ?
-Il disait qu'on ne comprenait pas.
Ils étaient comme une famille, ils vivaient ensemble,
souffraient ensemble...
-Il a retravaillé après son renvoi ?
-Ce chef l'a dégoûté. Il l'a poussé à bout.
Sous prétexte de le rendre plus fort, il l'a brisé.
Il en demandait toujours plus.
Trois mois après, sa voiture a percuté un mur.
Il s'est suicidé à cause de tout ça.
Personne n'a voulu écouter.
Vous êtes la première à venir me voir.
Vous pensez
pouvoir faire quelque chose ?
-Vous n'avez jamais cherché à contacter Adrien Chevillard ?
Pour avoir des explications ? Savoir ce qui s'était passé ?
-Non.
Pour quoi faire ? Mon histoire n'intéressait personne.
-Et votre mari ?
-Il est décédé il y a quelques années.
Depuis je me suis installée ici.
-Pardon, mais...
Vous avez dit : "On n'a jamais cru à cette histoire d'accident."
-Ma fille et moi.
Ce sont mes deux enfants, juste avant la mort d'Anthony.
Ma fille aussi travaille dans un restaurant. A Aix-en-Provence.
Ca se passe bien.
Elle est plus solide, sans doute.
-Mme Lefranc,
quel est votre nom de jeune fille ? -Moulin. Pourquoi ?
Flash.
Soupir agacé.
... -Voilà. Là, c'est bien.
C'est très bien.
Souriez pour voir.
Oui. Eh bien...
Souriez moins.
C'est très bien. Voilà.
Signal sonore.
... Une dernière. Merci, juge Gosselin.
... -5 appels de Constance ?
-Juge Delcourt ? A vous.
-Oui.
-Bien. Alors à nous. Souriez.
Sonnerie. -Attendez.
...
Oui, allô ?
-Attendez. Mettez-y du vôtre.
-J'arrive tout de suite.
Excusez-moi, j'ai une urgence. Désolé.
-Ah oui, d'accord.
Plus rien ne fonctionne ici. Très bien. Eh bien alors, juge Roger.
-Je ne comprends pas la raison de ma présence.
-Mme Meyer va vous expliquer.
-J'ai vu votre mère.
Elle m'a parlé d'Anthony.
Il travaillait chez Chevillard avant vous.
Vous vous êtes fait embaucher
pour vous venger ?
-Je voulais que Chevillard paye pour mon frère.
Parce qu'Anthony, il était doué. Il était très doué.
Adrien était jaloux de son talent. C'est pour ça qu'il l'a brisé.
Personne n'a écouté ma mère
quand elle a parlé
de suicide, personne n'a interrogé Adrien ! J'ai vu qu'il cherchait
du personnel et je me suis présentée.
Pour savoir si c'était à cause de lui que mon frère était mort.
-Ca ne s'est pas passé comme prévu ?
-Il est tombé amoureux de moi.
J'ai découvert quelqu'un de tendre, quelqu'un d'attentionné...
J'étais paumée. Je voulais démissionner.
-Mais vous étiez amoureuse.
-Vous en avez oublié votre vengeance ?
-Non.
Il a commencé à me parler de ses rêves,
du restaurant de Malekian.
J'ai paniqué, je...
Je pouvais pas faire ça à mon frère.
Alors j'ai essayé d'en parler à Lucas.
-Pourquoi Lucas ? -Lucas et Adrien
se connaissent par coeur.
On s'entendait bien. Il livre le restaurant. On se voit souvent.
-Poursuivez.
-J'ai décidé de tout dire à Adrien.
Adrien, il faut que je te parle.
-Ouais ?
-Que c'était de sa faute si mon frère était mort.
-Qu'est-ce qu'il y a ? -Que je voulais le détruire !
Mais qu'avec ce qui s'était passé entre nous, j'y arrivais pas !
-Hé... Qu'est-ce qu'il y a ?
-Faut que je te parle de mon frère.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
Dis-moi.
-C'est toi qui l'as tué.
T'as tué mon frère ! -Qu'est-ce que tu racontes ?
-Il est entré dans une rage folle.
Fracas.
-Tu veux faire quoi ? -Il m'a insultée.
Il m'a giflée.
Cris.
Il la gifle.
C'était devenu un monstre.
-Merde !
-Il s'est jeté sur moi.
Je l'ai repoussé de toutes mes forces.
Elle pousse un hurlement. Adrien tombe à terre.
-Vous l'avez tué.
-C'était pour me défendre. Je voulais pas qu'il meure !
-Homicide involontaire, il n'y a pas pire.
-Boris !
Vous avez déjà des aveux dans l'affaire Chevillard ?
-Tout s'est accéléré.
On est surpris nous-mêmes. -La chance est un de vos atouts.
Regardez Meyer. Elle en a, elle aussi.
-Estelle Moulin a avoué avoir poussé Chevillard
sans intention de le tuer.
Un geste de défense. -On ne choisit pas ses coupables.
Parfait. On va pouvoir se concentrer sur la cérémonie.
Tiens.
La police arrive en avance
dès qu'il y a des petits-fours au programme. Vous venez écouter
mon discours ? -Je peux vous parler ?
-Allez-y.
-Merci. -En une fois, par contre.
-Que se passe-t-il ?
-Chevillard n'est pas mort du coup à la tête. Il est mort empoisonné.
Il a ingéré le poison
dans les 9h précédant sa mort.
Le coup sur la tête a masqué le processus.
De toute façon, il serait mort.
-En clair, vous avez des aveux,
mais pas du bon coupable ?
C'est ça ?!
Vous faites un des meilleurs trios que j'aie vus !
Non, non, c'est bon.
C'est bien. Merci. Juge Delcourt, je vous pose la question :
qu'est-ce qu'un tribunal fait d'une prévenue qui avoue
être coupable sans l'être, tout en étant persuadée de l'être ?
-Jurisprudence du crime impossible, Cour de cassation, janvier 1986.
-Non. La victime était déjà décédée
au moment de la tentative de meurtre.
Mais vous êtes stagiaire, on vous pardonne.
-Empoisonné par quoi ?
-Un poisson qui, mal préparé, peut être mortel.
Le fugu. Il y en a plein la Méditerranée.
Il est interdit à la pêche,
sauf au Japon, où il faut une accréditation pour le préparer.
Ca ressemble à du thon rouge.
Ca a une chair... -Arrêtons là.
Au moins vous avez bossé le chapitre "Poissons".
Il ricane.
-Un empoisonnement, c'est délibéré.
Préparé, pensé
avec préméditation. -Estelle s'occupait des poissons
en cuisine. -Ce ne serait pas malin de sa part.
-Non. Ou alors elle a fait semblant d'avouer.
-Ou quelqu'un veut la faire accuser. Qui tue avec du poison ?
-Un traître. -Un traître fatigué.
-D'être toujours numéro 2.
-Le prix qu'on a dit.
...
-C'est dommage, hein ?
Embarquez-le.
-Pourquoi j'aurais tué mon meilleur pote ?
Il me faisait vivre en plus.
-C'est chouette d'être fidèle en amitié. Et reconnaissant.
-Les gens qui réussissent devraient tous garder un ami de galère.
Pour ne pas se perdre.
-Et profiter d'eux. Mais ça, ça s'appelle un parasite. C'est rare.
-Quelque chose m'intriguait depuis le début : pourquoi Chevillard
regardait en boucle une émission dont il était
l'invité ? -Il s'aimait bien ?
-Ou alors on voulait lui montrer à quel point il avait changé.
C'est pas trop dur de rester dans l'ombre ?
-J'étais pas dans l'ombre. J'étais toujours là pour l'aider.
-Pas lui.
-C'est dur d'être numéro 2. Hein, Lucas ?
D'être toujours à la traîne, jamais celui qu'on regarde, qu'on écoute.
On a tous connu ça.
Mais vous, c'est l'histoire de votre vie.
-Qu'est-ce que vous cherchez ? J'ai rien à voir là-dedans.
Vous avez zéro preuve.
C'est du baratin.
-Asseyez-vous.
Le suspect numéro 1 demande des preuves.
On est sur la bonne voie.
-Je vous ai cru, moi.
J'ai cru à votre tristesse.
A l'histoire des inséparables qui font tout l'un pour l'autre.
La jalousie a pris le dessus.
-C'est Estelle qui allait en profiter.
-Votre père était pêcheur, votre grand-père aussi.
Vous connaissez tout de ce poisson
depuis tout petit. On interroge votre famille,
vos amis, les amis de votre père.
Tous ces gens fiers de vous
vont savoir que vous avez tué Adrien.
-J'ai toujours été là.
Et c'est à elle qu'il allait donner le restaurant.
Pendant que je suis dans un camion au milieu de la rue !
J'étais rien pour lui, en fait. Il s'est toujours servi de moi.
Il pensait qu'à lui. Et au moment
où il pouvait me récompenser d'avoir toujours été là,
il m'a trahi.
Putain, qu'est-ce que j'ai fait ?
-M. le Juge ! -Oui, j'arrive.
-Dépêchez-vous, on est à la bourre. -Oui, je sais.
Vous êtes...
-Habillée. Pas vous.
-Ah oui. -Dépêchez-vous.
Les familles sont arrivées. Le procureur va commencer.
Vous avez le trac ?
-Non, ça va.
-Ca va bien se passer.
En cas de besoin, je serai assise à côté d'un truc orange à volants.
Il rit.
-C'est le repère que j'ai donné à ma mère pour s'asseoir.
On y va ? -Oui.
-Les brillantes études d'économie
et de gestion que Thibault Gosselin a menées en parallèle de son droit,
vont, j'en suis certain, faire de ce jeune magistrat
un atout majeur dans les affaires où la criminalité en col blanc
sait si bien se fondre aux bilans comptables
et aux rapports
d'activité.
-Bienvenue
au palais de justice de Marseille, M. le Juge.
...
-Bien, tes boucles d'oreilles. -Oui ? Ca change un peu.
...
-Juge Delcourt.
La première fois que...
Que j'ai reçu le juge Delcourt, je vais vous faire une confidence,
nous avons eu une discussion houleuse
sur la justice.
J'avais face à moi un don Quichotte
avec une certaine idée de la morale et de l'éthique.
Il avait face à lui votre serviteur,
qui comme chacun sait, pratique la justice... depuis bien avant
sa naissance... -C'est ma robe qu'il fixe ?
-Oh non... -Le juge Delcourt s'est vite frotté
aux réalités de la justice.
Car notre métier, au-delà de la loi écrite,
c'est la vérité des hommes et des femmes
qui entrent dans notre bureau,
des vies qui nous empêchent de profiter pleinement de la nôtre,
mais aussi et je dirais là aussi, surtout,
des vies qui nous interrogent.
Tous ces moments mis bout à bout
s'appellent "l'expérience", "le métier".
C'est ce que vous avez commencé
à découvrir ici, Boris.
Et personnellement, je ne doute pas
qu'ils feront de vous très vite
un juge admiré
et respecté. -Qu'est-ce qu'il a, Quiring ?
C'est la 1re fois que je l'entends parler comme ça.
-Bienvenue parmi nous, Boris. Applaudissements.
...
Brouhaha feutré. Piano, musique d'ambiance.
... ...
-Bravo, hein. C'était un beau discours.
-Ce sera bientôt votre tour. Si vous gardez tous vos points.
... ...
Je sais pas ce qu'il a, Quiring, avec son côté paternaliste.
Ca va, Meyer ?
-Il est peut-être gay. -Hein ?
-Je rigole !
... ...
-Attention avec le champagne. Vous devez rentrer chez vous.
-Elle est vraiment sympa, sa mère.
Il ne lui ressemble pas beaucoup.
A mon avis, il doit ressembler à son père. Non ?
... ...
-Tiens, toi qui aimes l'orange.
Sous-titrage MFP.
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