All language subtitles for Mao.le.dernier.empereur.S01E02.FiNAL.La.longue.marche.vers.le.pouvoir.1893-1949

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Original subtitles

...

- On l'appelait le Grand Timonier.

Au nom du communisme, pendant plus d'un quart de siècle,

Mao Zedong a régné sur un quart de l'humanité.

Il a été le dictateur le plus charismatique de son temps.

Pour les Chinois, son oeuvre est immense.

Grâce à Mao, la Chine est devenue une superpuissance politique

et militaire.

C'est aussi l'un des hauts lieux du capitalisme mondial,

très loin de l'idéal communiste

des origines.

50 ans après sa mort, en 1976,

son portrait est toujours affiché au coeur de Pékin,

et ses successeurs continuent de se réclamer de lui.

- Mao est pourtant l'un des plus grands criminels du 20e siècle.

Selon les historiens,

il est responsable de la mort de plus de 60 millions de personnes,

un dixième du peuple chinois, qui l'a néanmoins largement suivi.

- Le fondement du culte était la peur.

- Il tuait sans cesse.

La terreur. Ca fait penser à Hitler et Staline.

Ils sont tous comme ça.

- Pourquoi Mao est-il toujours aussi populaire ?

Et pourquoi

entretiennent-ils son culte ?

- Je peux prendre celui-là ? - C'est interdit de filmer.

- Voici l'histoire d'un géant

du 20e siècle,

l'homme qui, parti de rien, a redonné sa fierté

à la Chine, avant de l'entraîner dans la démesure,

à son profit.

Cette histoire se déroule dans l'Empire du Milieu :

la Chine.

"Le centre de la civilisation humaine", disent les Chinois.

Quatre millénaires glorieux,

longtemps mésestimés par l'Occident.

C'est ici

qu'ont été inventés le papier, il y a 2 000 ans,

l'imprimerie, bien avant Gutenberg,

et aussi la poudre à canon et la boussole.

Et c'est ici, au 20e siècle, en imposant

l'utopie communiste, que Mao Zedong a détruit l'ancienne Chine,

tombée dans la misère, pour la reconstruire entièrement.

Voici cet homme à la fin des années 60.

Un curieux personnage, entouré de jeunes concubines.

"Je suis un empereur, dit-il, mais un empereur marxiste."

A l'époque, malgré la mort de millions de Chinois,

son aura est intacte.

Qui était Mao ?

Comment a-t-il réussi à entraîner tout un peuple,

ou presque,

dans son combat ?

Pour tenter de répondre à cette énigme,

nous avons parcouru la Chine, discrètement,

car c'est toujours une dictature.

Aucun des témoins

que nous avons rencontrés, sa famille, ses camarades du parti,

ses anciennes maîtresses, n'a accepté d'être filmé,

sous peine de perdre leurs droits sociaux.

Notre équipe sur place, aussi,

nous a abandonnés en plein tournage.

On ne touche pas à Mao, le Staline chinois.

Les seuls qui ont accepté de témoigner

sont d'anciens communistes

devenus opposants au régime et réfugiés à l'étranger.

Comme Wan Runnan,

pionnier de l'informatique dans les années 80.

Mort en octobre 2025 à Paris, où il avait refait sa vie,

cet ancien admirateur de Mao a passé toute sa jeunesse en Chine.

- Mao est un personnage très complexe, qui a deux visages :

une face très cruelle, tel un monstre,

des dizaines de millions de personnes sont mortes

à cause de lui,

et d'un autre côté,

il a effectivement été un grand homme.

Si le Parti communiste

a pu prendre le pouvoir et le maintenir jusqu'à présent,

c'est grâce aux bases qu'il a édifiées.

- Mao ne croyait en aucune idéologie.

Il voulait juste dominer.

Le communisme en tant que pensée lui convenait

et lui donnait l'espoir de réussir.

- Il ne croyait pas au marxisme-léninisme.

Il a utilisé le marxisme-léninisme pour accaparer le pouvoir.

- Mao, un monstre ou un grand homme ?

Nous sommes partis à la recherche de ses archives.

Voici son premier film,

un document rare tourné au milieu des années 30.

A l'époque, personne ou presque ne le connaît.

Il dirige une troupe de quelques milliers de communistes

qui le suivront jusqu'au bout.

Il vit dans un coin perdu, à Yenan, à mille kilomètres de Pékin,

la capitale.

Regardez-le, assis sans façon au milieu de ses soldats,

"les rouges", comme on les appelle.

Comme eux,

il habite dans des cavernes creusées dans la falaise.

Pas de confort.

Une apparente fraternité qui impressionnera

l'opinion publique chinoise.

Grâce au soutien financier de Staline,

le dictateur soviétique qui les aide depuis Moscou,

ils y vivent en famille.

Voici la chambre de Liu Shaoqi, son plus proche adjoint

et futur président de la République.

Il se révoltera contre Mao dans les années 60

et en paiera le prix.

Celle de Zhou Enlai, le souffre-douleur de Mao,

qui en fera son Premier ministre.

Et voici la chambre de Mao.

Il adore lire,

Marx, Lénine, les philosophes français

des Lumières.

On le présente comme un intellectuel.

Il vit avec une actrice de 20 ans sa cadette, Jiang Qing,

sa future complice dans les purges géantes

qui décimeront la Chine dans quelques années.

A ses soldats, il propose de changer de système,

de libérer les paysans chinois de l'exploitation qui les enchaîne

depuis des siècles.

"Il faut en finir avec le capitalisme", dit Mao.

Dans son viseur,

la bourgeoisie, les propriétaires terriens.

"Les riches",

comme il les appelle.

"La révolution n'est pas un dîner de gala,

"c'est le remplacement d'une classe sociale par une autre."

- La haine, rien d'autre.

Une phrase décrit notre génération.

"Nous avons été nourris avec du lait de loup."

On nous abreuvait

de haine de classe. De la haine.

A l'époque,

on ne pensait guère à la bonté de l'humanité.

L'humanisme,

la bonté, ça a été critiqué tout au long de la période.

Tout ça, toute cette lutte a été bâtie sur la haine.

Il est très difficile de s'en débarrasser, même pour moi.

- Tout a commencé ici, à la fin du 19e siècle, à Shaoshan,

ce petit village du centre de la Chine où le jeune Mao étouffe

et d'où il cherchera à s'extraire au plus vite.

Son père est un paysan aisé,

le genre de petit propriétaire qu'il persécutera plus tard.

Il a refusé de lui succéder à la tête de la ferme.

Mais il adore sa mère.

Morte trop jeune, elle lui manquera toute sa vie.

Sans elle, plus rien ne le retient.

Il a refusé

le mariage avec sa cousine, arrangé par son père.

Mais il n'oubliera pas les paysans

dont il est issu et dont il fera le fer de lance de sa révolution.

Voici la Chine de son enfance.

Comme la plupart des habitants,

il porte la robe traditionnelle, ainsi qu'une longue natte,

cette natte qui permet

à la police d'attraper tous ceux,

comme lui, qui contestent l'empereur.

Une Chine immobile, souvent archaïque,

où beaucoup de femmes ont encore les pieds bandés.

Une Chine humiliée par la présence à sa tête

de la dynastie étrangère des Qing,

d'origine mandchoue.

"Des barbares venus du nord", disent-ils.

Depuis près de trois siècles,

les Mandchous se sont assis sur le trône impérial.

Voici l'empereur du moment, Puyi, un enfant de six ans.

Son père assure la régence.

Comme ses ancêtres, il vit à l'abri des regards

dans la Cité interdite de Pékin.

Avec sa cour, il ne va pas tarder à être balayé par l'Histoire.

En 1912, Mao a 17 ans quand, à l'issue

d'une insurrection générale,

la République est proclamée à Pékin.

Un immense espoir de libération qu'il suit de loin.

Il admire le premier président de la République,

Sun Yat-sen, qui a su se débarrasser des empereurs.

Mais quand éclate la Première Guerre mondiale,

dont la Chine reste à l'écart,

le nouveau régime s'effondre et sombre dans l'anarchie.

Partout, des seigneurs de la guerre,

c'est le nom qu'on leur donne, se partagent le territoire.

Des tyrans sanguinaires,

à la tête d'immenses régions.

L'opposé des rêves d'émancipation de Mao.

Après des études d'instituteur, il s'est engagé dans l'armée.

Il cherche sa voie, devient bibliothécaire à Pékin,

écrit des articles.

Puis il découvre le communisme qui,

en 1917, prend le pouvoir dans la Russie voisine.

Un électrochoc pour Mao, qui s'engage en politique.

"Citoyens, levez-vous", dit-il.

Un homme chante.

...

Petit à petit, les Chinois avaient pris l'habitude d'être serviteurs,

d'être esclaves.

Depuis toujours, ils pensent que le Fils du Ciel,

le prince, décide pour eux.

On doit l'écouter, sinon on n'aura rien.

C'est la mentalité du peuple chinois.

- En Chine,

les empereurs ont disparu, mais des étrangers

continuent d'agir comme s'ils étaient chez eux.

Des Français, des Britanniques, des Japonais.

Au 19e siècle, les Mandchous leur ont accordé des concessions,

des mini-colonies qu'ils contrôlent toujours militairement.

Elles leur servent à commercer avec l'intérieur, par les fleuves,

le thé, la soie, la porcelaine.

La religion chrétienne aussi, avec des milliers de missionnaires.

Insupportable pour Mao.

Les concessions les plus connues

se trouvent à Shanghai.

C'est là que rentre la modernité.

Elle profite à la bourgeoisie locale,

c'est-à-dire très peu de monde.

Et la colère monte.

A Shanghai, dans cette ville devenue un siècle plus tard

le temple du capitalisme chinois,

Mao réalise son premier coup de maître.

En 1921, il participe au premier congrès du Parti communiste,

auquel il vient d'adhérer.

- Cette reconstitution virtuelle a été faite par le pouvoir chinois

au mémorial du Parti communiste.

Au centre, Mao, tel le Christ au milieu des apôtres.

Le futur dictateur

n'a que 28 ans.

- Ce jour-là, il ne joue qu'un tout petit rôle,

mais il est au bon endroit.

Dans moins de 30 ans, il dirigera la Chine.

Pour l'instant, il vit à Changsha, où, pour célébrer son entrée

dans le communisme, une statue en héros romantique

lui a depuis été consacrée.

Il est marié à une jeune idéaliste, avec qui il aura trois enfants.

Grâce au Parti, il reçoit un salaire

payé par l'URSS.

Il aurait pu en rester là, faire carrière,

et s'élever petit à petit dans les échelons du Parti,

mais ce serait mal le connaître, il voit beaucoup plus loin.

Un événement va l'obliger

à faire des choix radicaux.

En 1927, accusés de vouloir plonger la Chine dans l'anarchie,

comme l'ont fait les Russes à Moscou,

les communistes sont massacrés par le Guomindang,

le grand parti nationaliste de droite.

Le chef des nationalistes s'appelle Tchang Kaï-chek.

C'est un jeune général, fils de commerçant,

son exact contraire,

et désormais son pire ennemi. Ou plutôt son meilleur,

car avec Tchang Kaï-chek, Mao a trouvé sa cible.

- En Chine, une guerre civile commence.

Devant l'armée de Tchang Kaï-chek,

partout, les communistes doivent fuir.

Mao aussi. C'est sa chance.

A la tête de 1 500 hommes qu'il a su convaincre de le suivre,

il va se cacher dans ce massif

et y créer une base rouge.

Il n'a pas hésité à abandonner ses enfants et sa femme.

Elle sera exécutée par les nationalistes

sans qu'il tente de la sauver.

C'est ici, dans le maquis,

que Mao devient une sorte de seigneur de la guerre,

mais communiste.

Et c'est ici,

en préparant la révolution, qu'il va basculer

dans la violence et perdre son humanité.

Contre l'ennemi extérieur,

les nationalistes qui le poursuivent,

il met en place une méthode

qui va faire date : la guérilla.

"Quand l'ennemi avance, dit-il, nous reculons.

"Quand il se fatigue, nous l'attaquons.

"Et quand il recule, nous le poursuivons."

Contre l'ennemi intérieur,

ceux qui voudraient prendre sa place ou ceux qui le critiquent,

il a décidé d'agir comme les Soviétiques en Russie.

Jugements sommaires, arrestations arbitraires, torture,

ces comportements ont toujours été pratiqués dans la Chine impériale.

Les nationalistes aussi ont recours à la terreur.

Mao y ajoute les purges politiques,

comme Staline en URSS.

L'objectif : éliminer ceux qui ne servent pas ses intérêts

en les accusant de comploter contre le Parti.

- Les méthodes favorites de Mao : tuer, enfermer, contrôler.

Pourquoi tuer de cette manière ?

C'était comme Staline, il tuait pour faire peur, faire trembler.

La peur est la meilleure technique pour gouverner.

Tout le monde doit vivre dans la peur.

Si on regarde l'histoire de la nouvelle Chine,

c'est une suite de massacres.

- Son ascension se poursuit quand le Parti communiste fonde,

à Ruijin, non loin des monts Jinggang,

une petite république soviétique inspirée de l'URSS.

A 38 ans, Mao en est nommé président.

Une position flatteuse, mais honorifique, très loin

de la toute-puissance qu'il éprouvait

dans les montagnes.

C'est son camarade de lutte,

Zhou Enlai, qui, comme chef du Parti,

détient le vrai pouvoir.

Pour tenter de prendre sa place, Mao fait ce qu'il fera toujours.

Il répand de fausses rumeurs, multiplie les intrigues.

Avec une jeune fille de 18 ans dont il fera sa troisième épouse,

il se retire dans un temple pour protester.

En réalité, il touche au but,

car le Parti a besoin d'hommes forts.

Les nationalistes se rapprochent de Ruijin.

Mao est rappelé.

C'est durant ce qu'ils appelleront "la Longue Marche",

épisode mythique des communistes chinois,

qu'il va sortir du lot.

Pour échapper à l'encerclement des nationalistes,

les rouges doivent fuir

en direction de l'URSS.

Une marche forcée d'un an, 10 000 kilomètres

à travers les montagnes, les rivières, les marais.

Pour sa maîtrise de la guérilla,

Mao est choisi comme chef de l'Armée rouge.

En tacticien,

il contourne les points de passage habituels pour avancer

là où les nationalistes ne l'attendent pas.

Alors que ses hommes à pied meurent d'épuisement et de maladie,

il a pris place dans une chaise à porteurs.

Son calcul : se rapprocher de la frontière

pour y recevoir le soutien de Staline.

Lors d'une halte, sa nouvelle femme accouche d'un bébé,

immédiatement confié à une famille paysanne.

Plus rien ne compte que sa marche vers le pouvoir.

Une épopée aujourd'hui présentée

comme sublime, mais c'est une hécatombe.

Des 80 000 hommes qui ont pris la route,

moins de 10 000 arrivent à Yenan.

"Le marxisme, dit Mao, doit être brutal."

Grâce à ses talents militaires,

il devient président du Parti communiste

qu'il avait contribué à créer

15 ans plus tôt et qui va lui permettre de devenir

l'un des hommes les plus puissants de la planète.

Regardez-le poser devant un caméraman russe

en lisant un livre de Staline, son modèle.

Jamais le Soviétique ne le lâchera, car il se reconnaît en lui.

Mao sera même le seul à pouvoir

communiquer par radio avec Moscou.

Liu Shaoqi et Zhou Enlai, désormais numéros 2 et 3

du Parti, l'ont compris.

Pour eux,

la course en tête est terminée.

Jusqu'au bout, comme les autres, ils devront suivre Mao,

car c'est lui, toujours, par son charisme,

qui convainc les militants.

Dans ce petit Soviet, où il va rester plus de dix ans,

Mao va réussir à attirer des milliers d'idéalistes.

Comme les parents de cette femme.

- Ils étaient tous

des camarades révolutionnaires.

"Je dois consacrer mes capacités et ma vie à mes idéaux."

C'est ce qu'a ressenti la jeunesse du monde entier.

L'injustice sociale, les inégalités de richesse,

voir les gens mourir de faim...

Mais chacun avait sa propre raison de venir,

comme ces femmes révolutionnaires qui voulaient échapper au mariage

que leur famille leur imposait.

Quand les idéaux émergent, c'est parce que les jeunes voient

qu'il y a des injustices dans le monde.

- Un autre événement va aider Mao

dans son ascension : l'attaque de la Chine nationaliste

par l'Empire du Japon.

Au nom de la supériorité raciale japonaise, la ville de Shanghai

est bombardée, puis envahie par voie terrestre.

Un tournant à l'échelle du monde. Pour beaucoup,

le début de la Seconde Guerre mondiale en Asie,

qui fera 20 millions de morts chinois

en huit ans.

Pour son concurrent Tchang Kaï-chek, qui avait réussi

à s'imposer aux seigneurs de la guerre, c'est une défaite.

En 1931, le Japon s'était déjà emparé de la Mandchourie,

et les nationalistes n'avaient pas su leur résister.

Cette fois, avec l'attaque par le centre de la Chine,

Tchang Kaï-chek doit faire retraite,

abandonner Nankin, où il a fondé sa capitale dix ans plus tôt,

et se retirer à l'arrière du pays.

A Nankin, les Japonais commettent de telles atrocités

qu'elles font basculer l'opinion.

Plusieurs centaines de milliers de civils sont violés,

amputés, exécutés, et parfois même enterrés vivants.

Pour beaucoup, les communistes,

qui maîtrisent la guérilla, sauront mieux

résister à l'envahisseur et protéger

la population.

A Yenan, Mao le sent, il a un coup à jouer.

S'il résiste au Japon, il peut séduire

les Chinois, sortir de son isolement,

et s'emparer du pays.

Encouragé par Staline, qui craint la puissance du Japon,

Mao propose à Tchang Kaï-chek de s'unir contre l'envahisseur

et de mettre fin

à la guerre civile qui les oppose depuis dix ans.

Proposition acceptée.

En créant un front uni, tous les Chinois,

nationalistes comme communistes,

lutteront ensemble contre les Japonais.

Mais c'est une ruse.

Il va tout faire pour épargner l'armée japonaise.

- Mao Zedong trompait tout le monde, y compris mes parents,

en disant que le Parti communiste était anti-japonais.

"Nous sommes des héros,

"la force principale contre le Japon."

C'est du mensonge.

- Le calcul de Mao :

prétendre se battre, avec quelques actions de guérilla,

tout en préservant l'Armée rouge

pour la retourner plus tard contre Tchang Kaï-chek.

A Tokyo, nous rencontrons la professeure Homare.

Jusqu'en 1953, elle a vécu dans le nord de la Chine.

- Mao, pendant la guerre de résistance contre le Japon,

s'est arrangé avec l'armée japonaise.

L'ennemi de Mao n'était pas l'armée japonaise, mais Tchang Kaï-chek.

Il voulait vaincre Tchang Kaï-chek.

Il voulait le pouvoir.

Et quand l'armée japonaise attaquait les nationalistes,

cela le réjouissait.

- Un calcul gagnant.

A chaque victoire japonaise contre Tchang Kaï-chek,

Mao en profite pour lancer ses troupes

dans leur sillage, une fois les Japonais partis plus loin,

et il occupe le terrain par la force.

Avec cette stratégie, Mao crée des dizaines de bases rouges

où il impose son autorité

et désormais son culte.

C'est à cette époque, à Yenan,

qu'il fait composer un hymne, "L'Orient est rouge",

où on le compare au soleil et à un dieu vivant.

Chant.

...

- Le Parti communiste était athée,

donc il a supprimé les croyances et les religions.

Après cela, les gens ont vu

qu'il n'y avait pas eu de catastrophe. Ils en ont déduit

que Mao était plus fort que les démons et les divinités.

Et c'était vrai, il était plus fort que les démons et les divinités.

- L'année 1945,

un air de vainqueur.

Sa stratégie était la bonne.

A l'approche de la fin de la Seconde Guerre mondiale,

"le libérateur de la Chine", comme on le surnomme,

est devenu incontournable.

A Yenan, des délégations étrangères se pressent

pour le rencontrer et préparer l'après-guerre.

Devant elles, sans en croire un mot,

il prône la démocratie et la liberté.

Et personne ne le met en doute.

"Je sais que je dois me contrôler

"et ne rien laisser paraître", confie-t-il à des proches.

Sous la pression de Washington, il accepte de prendre l'avion

pour faire la paix, définitivement, avec Tchang Kaï-chek,

l'homme qui, en 1927, avait massacré ses camarades communistes,

fait assassiner sa femme,

et qui contrôle toujours l'essentiel du pays.

"Vive le généralissime Tchang Kaï-chek",

dit-il devant les photographes.

Une nouvelle comédie.

Cette réconciliation, il n'en veut pour rien au monde,

car la victoire, il la sait à portée de main.

Plus tacticien que jamais, il va tenter, dès que possible,

de s'emparer de la Chine tout entière.

Depuis Moscou, le camarade Staline a décidé

de lui donner un énorme coup de pouce.

Le 9 août 1945,

trois jours après l'explosion de la bombe atomique sur Hiroshima,

et juste avant la capitulation du Japon,

les troupes soviétiques franchissent la frontière chinoise.

En conquérant la Mandchourie,

Staline va confisquer l'armement des Japonais et le remettre à Mao.

900 avions, 700 chars,

des milliers de pièces d'artillerie tombent aux mains des communistes.

Avec cet énorme butin, à la tête

de centaines de milliers de soldats

ralliés au communisme, Mao attaque l'homme avec lequel il trinquait

quelques mois plus tôt.

Chant.

...

- Il a renoncé à la guérilla

et il fait désormais le siège des grandes villes nationalistes,

comme celle de Changchun, 600 000 habitants.

Il va y commettre sa première atrocité à grande échelle.

Pour faire tomber la ville,

il a décidé d'interdire l'évacuation des habitants

et de les affamer.

Parmi eux, la jeune Endo avec ses parents.

La petite Japonaise n'a plus rien à manger.

- J'étais vivante, mais mon corps commençait à se dégrader.

Ma chair tombait.

Nous avons mangé...

Vous connaissez les galettes de soja

pour animaux ?

On a aussi mangé les feuilles d'arbres,

et certains ont commencé à manger les écorces.

Et puis après, il n'y avait même plus d'écorces.

Les gens tombaient d'épuisement,

et les chiens les mangeaient.

Et les gens mangeaient aussi les chiens.

A la fin, il y a eu un marché de chair humaine à Changchun.

- Cette situation désespérée,

le chef des troupes communistes Lin Biao la connaît.

Il finit par accepter de laisser sortir les civils,

mais depuis l'arrière, on le découvrira bien plus tard.

Mao l'apprend, et lui envoie ce message.

"Changchun doit devenir

"une ville morte."

Lin Biao s'incline.

Bilan, entre 100 000 et 200 000 civils morts de faim.

Plus de victimes qu'à Hiroshima,

et sans doute autant qu'à Nankin

lors du massacre commis par les Japonais.

A Changchun,

Mao a franchi un nouveau cap.

Pour lui,

l'opinion des villes, bourgeois, employés, ouvriers,

ne compte pas.

C'est l'une des différences

avec les communistes russes qui, à Moscou, en 1917,

avaient misé sur le prolétariat pour faire la révolution.

De la région de Yenan, d'où il pilote ses armées,

il a décidé de s'adresser aux siens,

les paysans.

En Chine,

plus de 80 % des habitants vivent de l'agriculture.

Pour les fidéliser, Mao va leur proposer les terres des notables,

ceux qu'il accuse depuis des années d'être des ennemis du peuple.

Un avant-goût du cataclysme à venir.

Partout, dans les villages conquis par l'Armée rouge,

Mao fait arrêter les propriétaires terriens

et les fait dénoncer comme exploiteurs.

Après un jugement sommaire, on les exécute et on redistribue

leurs terres aux plus pauvres.

C'est ce qui arrive au grand-père de cet homme,

un propriétaire du nord de la Chine.

- Le gouvernement local a rassemblé des petits voyous,

de soi-disant paysans pauvres,

pour qu'ils s'en prennent à des gens comme mon grand-père.

Ces voyous l'ont arrêté sans aucun égard.

Dans le village, il avait accompli beaucoup,

par exemple, construit l'école, aidé les enfants pauvres du coin.

Ces voyous disaient tuer les riches pour aider les pauvres.

- En quelques jours, l'ordre social chinois,

vieux de plusieurs siècles, est dynamité.

"Pour transformer durablement le pays, explique Mao,

"il faut provoquer un court règne de terreur

"chez les propriétaires."

- Je n'osais pas regarder.

Il y avait des tables de cette hauteur.

On mettait des chaises sur ces tables,

et on obligeait les accusés à monter dessus.

Les gens criaient des slogans : "A bas untel, à bas untel !"

Derrière, il y avait souvent des soldats avec des fusils.

Parfois, ils renversaient la table et jetaient les gens par terre.

- Des méthodes délibérément cruelles,

élaborées 20 ans plus tôt dans les bases rouges.

Un exemple, avec les femmes de propriétaires, souvent arrêtées

avec leur mari.

Elles sont ligotées aux poteaux d'exécution et au dernier moment,

on ne vise que leur mari.

- Quand mon grand-père a été exécuté par balles,

ma grand-mère était à côté de lui.

"L'accompagnement en étant ligotée."

Ma grand-mère a tellement paniqué qu'elle s'est évanouie.

- On tue les gens au nom de la révolution,

puis on récupère leurs biens, argent, maison, terre,

et on les distribue aux paysans.

Les paysans obtiennent tout ça et le Parti communiste leur dit :

"Maintenant, vous devez défendre vos biens."

C'est ainsi que des centaines de milliers de paysans

ont alimenté le front avec de la nourriture, de l'eau,

pour soutenir l'Armée rouge

contre l'Armée nationaliste.

- Au printemps 1949, l'armée de Mao, rebaptisée

Armée populaire de libération, compte 1,2 million d'hommes.

A partir de la Mandchourie livrée par Staline,

elle traverse le fleuve Jaune, puis le Yangzi Jiang,

et se rue vers le sud de la Chine où, depuis 1945,

les concessions étrangères ont disparu.

Soutenu par les Etats-Unis mais miné par la corruption,

le régime nationaliste

ne fait plus le poids face aux rouges.

Et ce qui devait arriver arrive.

Tchang Kaï-chek, l'homme qui a gouverné

la plus grande partie de la Chine

pendant 20 ans, est battu par Mao, et son régime s'écroule.

La fin d'un monde.

La Chine au bord du gouffre,

sombrant dans la panique et les règlements de comptes.

Après la prise de Shanghai,

2 millions de nationalistes quittent la Chine continentale

et se réfugient dans l'île de Taïwan

qu'ils vont transformer en place forte, et où ils sont toujours.

Ils finiront par adopter un régime démocratique,

jamais reconnu par les communistes.

A Pékin,

les soldats de Mao sont accueillis en libérateurs.

Pour une majorité de Chinois, la fin du chaos.

Plus de guerre civile, plus de seigneurs de la guerre,

plus d'envahisseurs sur le sol chinois,

et surtout,

une promesse d'égalité pour tous.

"Le peuple chinois s'est levé", dit Mao.

- "Le peuple chinois s'est levé."

Cette formule était capable

de toucher le coeur de la plupart des Chinois de l'époque.

A ce moment-là, la gratitude des gens

envers le Parti communiste et Mao

était tout à fait sincère.

- 1er octobre 1949,

une des plus grandes dates

du 20e siècle.

Devant plus de 100 000 Chinois

réunis sur la place Tian'anmen,

Mao sort de plus de 20 ans de clandestinité.

Entouré de ceux

qui l'accompagnent depuis le début de sa cavale,

le fils du petit propriétaire du Hunan

fonde le régime communiste.

37 ans après la proclamation

de la première République chinoise, il réalise son objectif :

conquérir le Parti,

pour conquérir la Chine.

- Il lui reste maintenant à appliquer son programme,

la révolution.

Elle va provoquer

l'une des plus grandes hécatombes du 20e siècle.

- Les Chinois espéraient beaucoup de Mao.

Mais la déception n'a pas tardé. france.tv access

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