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Ne criez pas dans la maison de Dieu ! Neus ! Agnès, voilà une enfant modèle.
Permettez. Il n'est pas mignon, lui.
Merci, mon garçon.
Tu es le fils du nouveau régisseur, n'est-ce pas ? Diane de Kermer.
Pour vous servir.
Agnès, attendez-moi.
Vous pouvez passer sans crainte, mademoiselle. Il a trouvé son maître.
Monsieur, la prochaine fois avant d'intervenir, attendez qu'on vous sonne.
La prochaine fois, je me mettrai du côté du chien. Si je vous fais fuir, lui, il
me dira peut-être merci.
Mademoiselle, le répétiteur vous attend.
Dans ce jardin clos, un grand moine barbu assis sur un banc de pierre, son
bâton de route entre les genoux ne s'impatientait pas.
Il était là depuis plus d'une heure sans que personne vint le renoncer.
Et ils prièrent miroir.
Oh ! Morveux ! Ils n'entendaient ni le jet d'eau retomber dans la vasque, ni
les tourterelles blancs-bleus roucouler sur le toit, ni même, derrière le mur,
une marchande aux cris redoutables louer indéfiniment la fraîcheur et les yeux
vifs de ces vieux poissons.
Dégagez, mademoiselle ! Carpe ! Gros ! Carpe ! Poussez la botte ! Bien, ouvrez
le genou.
Dégagez. Tiens, droit.
Tiens, poussez la botte.
Yann de Kermer, une épée, ça se caresse, ça se flatte. C'est une arme de
gentilhomme qui sait reconnaître.
La qualité de la main qui la tient.
Je veux un premier coup, mon fils, que tu n'oublies pas qui tu es.
Je n'ai vingt coups de plus, Jeanne de Carmeur, pour que tu te rappelles qui
est celle que tu approches, me semble-t-il, d'un peu trop près.
le plaisir d'être soigné par toi.
Je me ferais voir un petit fouetter tous les jours.
Mon père a passé son temps dans les livres et les vieilles cartes.
Cherche le trésor des Garmelèques.
Quel trésor ? Que vous
importe, monsieur, puisque vous avez déjà trouvé le vôtre.
Vous n'êtes toujours pas compris, Yann. C'est ainsi que tu entends remercier le
seul comte, en allant de nuit retrouver sa fille.
Et où est ta place dans ce château ? Elle est là, ta place.
Dans la boue.
Entends-tu bien, mon fils ? Pas dans les draps de Mlle de Kermelech. C'est peut
-être l'endroit d'où on vient, mais moi, au moins, j'essaie de m'en extraire.
Tu te prends de meilleur que nous autres. Je crois vraiment que tu sors du
lot.
Yann, M. le Régisseur, que signifie ? Sauf pour toi, respite, mademoiselle.
C'est là une conversation entre un père et un fils. Et qui te concerne un peu, n
'est-ce pas ? Est-ce que j'en ai ouï ? Je vous ordonne de lâcher votre fils.
Mademoiselle, si je puis me permettre.
Il est indigne. Indigne ? Est-ce que je sache, monsieur ? Vous êtes en charge
des propriétés de mon père.
Parle-moi d'éducation. Vois, Yann.
Va comme me parle mademoiselle Agnès.
Comme un serviteur. Et elle a raison.
Voilà ce que nous sommes, toi et moi, pour la vie entière. Vous vous trompez,
monsieur.
Votre fils et moi, nous allons nous marier.
Mon père m'a massé pour cela.
Pour l'épouser, ma fille ? Avez-vous perdu toute votre raison ? Le fils de
notre régisseur.
Père, dites à ces rustres de lâcher Yann.
Je n'en ferai rien, ma fille.
Rien de ce qui ne se fait ici ne l'a été sans mon ordre. Votre ordre ? Humilier l
'homme que j'aime ? L'homme qu'elle aime.
Elle est sincère, Yann.
Pour notre malheur à tous.
À l'instant même, elle est sincère, mais demain, si elle devait se réveiller dans
tes draps, loin de son monde, déchue, salie, combien de temps lui
faudrait-il pour te haïr ? Mais qu'importe.
Avez-vous fait le nécessaire ?
Oui, monsieur le comte.
J'ai signé en son nom un engagement pour les armées du roi. Qu'avez-vous fait ?
Des talents comme les tiens, il ne fallait pas imprimer sa majesté.
Je suis allé trouver le sergent-recruiteur. Tu pars demain à l
'Aubiane. Tu ne me laisses pas le choix.
Dix ans sur les champs de bataille te mettront un peu de plomb dans la
cervelle. Je n'ai pas le droit.
Ton père a signé Agnès.
Il appartient désormais au roi.
Et en cas de désertion...
Les chevaux de mon Dieu !
Léane
? Tu as
entendu ton père ? Il m'a chassé, il m'a fait signer, il s
'opposera à notre mariage. Tu viens de me passer mon père ? Fuyons, tout le
monde ! Tu es folle !
Pour aller où ? Nous n'avons pas d'argent. Et tu perdrais tout, le
château, le nom, l'honneur. Mais que m'importe le château, le nom, l'honneur,
si je suis avec toi.
Allez, allez, allez ! Yann ! Yann ! Yann !
Je t'aime, Agnès. Je t'aime de tout mon cœur.
Je peux pas te laisser me suivre.
J'ai rien à t'offrir.
Je vais être poursuivi pour désertion, mais je reviendrai.
Je t'en fais le serment.
Non, Yann.
Yann, je t'en souviens pas, ça. Je me ferai un nom, Agnès.
Je deviendrai riche, fêtois et une reine. Je te jure devant Dieu. Non,
Yann, ne me laisse pas ! Ne me laisse pas ! Yann
!
Donne
-moi donc un fumon.
Capitaine, c'est vous qui partez pour les Amériques ? Qu'est-ce que ça peut te
faire, gamin ? Retourne donc voir ta mère et t'attends.
J'ai plus de mère, monsieur.
Et alors, qu'est-ce que tu veux que je fasse ? On est complet.
Je suis dur à la panne et je me nourris d'un rien.
Prenez-moi et vous n'aurez pas à le regretter.
Ils disent tout ça ! Si on devait prendre tous les gamins qui meurent de
faim... J'ai pas faim, monsieur.
Je veux juste conquérir le monde et le ramener à celle que j'aime.
C'est un argument qu'on vous bien montre.
Dis-toi que c'est ton jour de chance, gamin.
Allez, monte sur le rafio.
Merci, capitaine.
Et prends-moi une caisse ! T'appelles comment ?
Il y a Lucie.
Regarde Brest.
Regarde comme c'est beau.
Tant d'épreuves et tant d'efforts pour savourer pareil instant.
Dix ans que j'attends ça, mon frère.
C
'est
bien elle, monsieur le procureur.
La méduse.
La frégate de l'épervier, ce pirate, ose entrer dans le port comme si de rien n
'était. Non, pas pirate, monsieur de Penouette.
Corsaire.
En tant que commissaire de police, vous ne devriez pas commettre pareille
erreur. L'épervier a été fait corsaire par la grâce du roi. Il travaille
désormais pour sa majesté, ce qui l'autorise à revenir enfin à Brest sans
se cacher.
Il n'empêche, cet épervier ne manque pas de culot.
Il nous a pillé tant de navires. On raconte qu'il est riche désormais.
On raconte tant de choses sur l'épervier, mon cher Villeneuve, qui a
connu tant de fortunes, de revers de fortunes, que ça donne le tournis.
Qu'il aurait un repère sur la côte, qu'il aurait fait la guerre aux Anglais,
et qu'enfin, il serait frère de sang d'un sauvage.
Et ces pareils individus que vous laissez parader dans notre bonne ville.
Ça y est, monsieur, je le vois sur la chaloupe.
Je ne m'imaginais pas aussi jeune.
Vous avez raison, monsieur de la Perruche.
Aux galères, la racaille. Que votre éperdier commette la moindre erreur, et
il comprendra enfin l'immense bêtise qu'il y avait à revenir à Brest.
Il n'en est pas question, père.
Ces robes de Paris sont bien trop chères.
Il faut vous montrer raisonnable.
Non, Agnès, vous n'allez pas ajouter vos plaintes au hurlement de mes créanciers.
Non, c'est parfait.
Merci.
Oh,
peste soit des rues boueuses.
Le fait est qu'il va être difficile de traverser.
Permettez. Ah, ça, jeune homme, vous n'y allez pas par quatre chemins.
Eh, faut pas se gêner.
Tiens, voilà pour toi.
Pour vous servir, mademoiselle.
Yann ? C'est possible.
Je suis bien aise de vous revoir, monsieur le comte. Et vous aussi, Agnès.
Yann de Kermer.
Si je m'attendais.
Vous reconnaissez ma fille ? Oui.
Ah, ben ça, te voilà devenu un homme.
Et quel homme.
Loin du jeune et cervelé... Tout cela est loin, monsieur.
De l'eau a coulé sous les ponts.
Je suis content que tu le prennes ainsi.
Vous étiez jeune et tout cela était une folie.
L'épervier ! Nous avons suivi tes exploits, n'est-ce pas Agnès ? Oui, mon
père. J'ai été bien aise d'apprendre que le roi t'avait gracié. Ton père, paix à
son âme, aurait été ravi de l'apprendre.
Te voilà établi et tout finit bien. Et vous, avez-vous fini par trouver votre
trésor ? J'y travaille, mon garçon, j'y travaille.
Et j'avance.
Alors, qu'est-ce qui te ramène à Brest ? Monsieur de Kerbelek.
Enfin, je vous crois. Qu'est-ce qui se... Deux mots, s'il vous plaît.
Ce qui me ramène ici ? Une jeune personne que je suis revenu chercher.
Dix ans, c'est très long, monsieur.
Je vous avais connu plus dégourdi.
C'est que la vie n'est pas très forte en géométrie, elle connaît pas la ligne
droite.
J'ai dû emprunter bien des détours.
Triomphez bien des épreuves avant de pouvoir revenir à Brest.
Qu'importe, monsieur.
Dix ans, c'est trop long.
N'est-ce pas un peu présomptueux de votre part de croire que cette jeune
personne que vous évoquiez ne peut plus vous attendre si longtemps ? Si nous
parlons bien de la même, mademoiselle, cette jeune fille prétendait qu'elle m
'aimait.
Et si elle m'aime encore autant que je l'aime, alors elle m'aurait attendu.
Vous en parlez bien à votre aise.
Sans doute à courir les mers et à vous battre contre le monde entier.
Ces années sont passées pour vous comme un souffle.
Et pour cette jeune personne, ton âne a se morfondre. Tu te trompes, Agnès.
Chaque seconde m'a été une éternité.
Agnès, je vous cherchais.
Monsieur, un épervier.
Vous vous connaissez donc ? Oui, j'ai eu en effet le plaisir autrefois de
fréquenter d'assez près M. de Villeneuve.
Alors vous avez appris la grande nouvelle ? La grande nouvelle ? Nous
nous sommes mariés, M. de Villeneuve et moi-même.
Les noces ont eu lieu le mois dernier.
Je vous présente tous mes vœux de bonheur.
Je les accepte volontiers.
Alors monsieur, toujours pirate ? Corsaire, si vous le permettez.
Corsaire, je sers le roi. Oui, corsaire, si vous voulez.
Donnez-moi le bras, nièce.
Les rues de Brette ne sont pas sûres en ce moment. On y croise toutes sortes de
canailles.
Yann, Yann, je serais très heureux si tu acceptais de me rendre visite. Monsieur
Malang, nous sommes seuls, je dois vous faire un aveu.
Il n'y a pas eu une nuit depuis que vous m'avez chassé où je n'ai rêvé de me
venger de vous. Alors ne tentons pas le diable.
Permettez-moi de vous saluer.
De vous revoir, monsieur, vraiment, ce fut un immense plaisir.
Yann, je...
Tu peux arrêter de boire, Yann, ça suffit. Il est temps de rentrer.
Encore un peu, chacun.
C'est pas tous les jours qu'on s'ampute de 10 ans de sa vie.
J'ai un fantôme à noyer et le diable a de la ressource.
Et quand il aura le ventre en l'air et qu'il flottera comme ça, je te promets,
on retourne à la méduse et on quitte son maudit port.
Tu m'as l'air bien malheureux, beau capitaine.
Une peine de cœur, c'est important.
Ne perds pas ton temps, ma belle. Je ne suis pas un client pour toi.
Je suis... Oh, je sais qui t'es.
T'es l'épervier.
Et je sais aussi rien qu'avoir dans tes yeux que ce soir t'es seule et que t'as
besoin de réconfort.
Je m'appelle Marion.
Marion Poulikian.
Désolé de te décevoir, Marion Poulikian, mais le vin ce soir suffira à me
consoler. Je suis pas à ton goût.
Pour tout te dire, ma belle, des côtes de Bretagne jusqu'à l'embouchure des
fleuves américaines te sonnent toutes les plus belles tentations qui s'est
jamais présentées.
Saloperie ! Deux heures qu'on te cherche ! Tu crois qu'on a que ça à foutre ? Hé,
toi, mon mignon, tu joues pas aux héros.
C'est juste une histoire de famille.
Une carrière entre frère et soeur.
Regarde-moi cette faim, il y a un job.
Ses clients l'attendent et elle, elle fait la belle.
Je vais t'apprendre, moi, à foutre de notre gueule ! Laisse-moi faire, Shakar.
Ce soir, j'ai besoin d'exercice.
Comme tu voudras.
Il va pas trop fort.
M'en faisais rien de mal ! Dis-lui, ton Marion ! Laisse-le, il est perdu.
Ils le feront payer tôt ou tard.
Faut comprendre, monsieur.
La Marion, c'est notre gagne-pain.
Combien pour la laisser tranquille jusqu'à la fin de la semaine ? Un Louis
? Deux ? Donne-leur ce qui va, chacun.
Et disparaissez ! Une semaine.
Tu sais parler aux femmes, mon capitaine.
Regarde, on rentre.
À quoi tu penses, mon beau capitaine ? Je pense que tu t'es donné beaucoup de
mal pour qu'à l'issue de ces quelques jours, je ne puisse plus me passer de
toi.
Tu devrais me garder avec toi.
On se ressemble.
On est tous les deux nés du mauvais côté de la barrière.
Mais on sait se battre.
Toi et moi.
Chacun avec ses arguments.
Eh bien, continue ainsi, Marion Poulikène.
Moi, écumer les mers et toi, rendre les marins heureux.
Moi-même, je te retrouverai avec plaisir.
Mais pour l'instant, rabille-toi, tiens, c'est pour toi.
Entrez.
Capitaine, un message pour vous.
Cela vient du château de Carmelec.
J'étais sur le quai lorsque le visiteur m'a... Tu voulais me demander autre
chose ? Vous allez bientôt repartir, n'est-ce pas, capitaine ? Prendez-moi
avec vous.
Je vais avoir qu'un vent et le bon âge pour embarquer.
Et qu'est-ce que tu vas faire de ta sœur, Nicolas ? T'es devenu homme de la
famille. Faut que tu t'occupes de Louise. Allez, va.
Je vous supplie de me rejoindre instamment. Venez sans crainte. Mon mari
est retenu à Brest pour affaire.
Je dois te laisser.
J'ai bien agité pour un soir où la lune incite au repos.
Je vais seul d'être vieux quand, mon frère ? S'ils sont vieux, ils peuvent
attendre.
Yann, j'ai eu un mauvais pressentiment.
La méduse, tu vas la perdre.
Je n'ai pas le temps d'attendre que le ciel me soit plus favorable.
Je serai pas long, une nuit tout au plus.
Viens me faire préparer l'équipage, on partira dès mon retour.
Ma fille, je vous croyais couché à cette heure.
La pleine lune, sans doute.
Et vous, père ? Où allez-vous de nuit ? Je vais prendre l'air.
J'ai besoin de respirer.
La pleine lune, sans doute.
À quoi tu joues, l'Indien ? Tu peux rester là si ça te chante, femme.
Mais ne parle pas, laisse-moi me concentrer.
Je cherche la trace de l'épervie.
Quelle blague.
Et qu'est-ce que tu vois, l'Indien ?
Vous ici?
Madame?
Réveillez-vous.
Pardonnez-moi, mais j'ai vu votre père partir tout à l'heure vers la chapelle.
Il n'est toujours pas rentré. Je suis vraiment inquiète.
Je vois l'hyperlier marcher à la rencontre de celui qu'il était à 15 ans.
Je vois des visages en colère.
Je vois la haine.
Je vois du sang sur les mains de l'épervier.
C'est Yann de Kermer, le fils de l'ancien régisseur. Il a tué le comte.
Saisissez-le ! Mon Dieu, Yann, qu'as-tu fait ? C'est pas moi, Yann, je te
jure ! Allez ! Allez ! Mets-le !
pour te venger. Tu vraiment le crois, Agnès ? Tu connais l'unique raison qui m
'a fait revenir.
Tu te tais, un démon ! N'as-tu donc aucun respect ? Tu l'as tué, Yann. Si tu
me crois capable, alors tue-moi.
Toi, pas eux.
Je veux mourir de ta main.
Prends ton fusil, tue-moi ! Allez, vous autres, ça suffit.
Poussez cette barrique. Tue-moi ! Poussez cette barrique ! Non !
cette corde.
Je vous ai donné un ordre, j'entends qu'on m'obéisse.
Madame la comtesse, Dieu l'exige.
Il sera puni, soyez-en sûr.
Mais pas comme ça.
Je veux qu'on l'enferme.
Je veux un procès.
Je veux qu'on aille à Brest guérir le procureur du roi.
Allez, sur le champ !
Oui ? Monsieur de Peignouette,
sitôt.
Êtes-vous tombé du lit ? Ou bien souhaitez-vous à toute force me gâcher
cette belle matinée ? Pardon, monsieur, mais j'ai reçu un message du château de
Kermelag. Il paraît que Yann de Kermer, l'épervier, a assassiné le comte.
Et vous qui aviez peur de vous ennuyer ? Monsieur de la Perruche, vous voyez bien
que j'avais raison.
Il ne faut jamais désespérer de l'âme humaine.
Elle est mille fois pire que dans un cauchemar.
On galère, la racaille ! La racaille ! Vous avez raison.
La racaille n'attend pas.
Allons, messieurs, en route.
Une merveilleuse journée nous attend.
Quel drame épouvantable.
Je m'en veux tellement de ne pas avoir été à vos côtés hier soir.
Ces maudites affaires qui me retiennent à Brest chaque semaine.
Quelle tragédie, madame.
Je vous présente mes condoléances.
Et j'admire votre courage d'affronter seul cette épreuve.
Il était pour moi comme un père.
Par ici.
L'épervier.
Croyez bien, mon cher ami, que nous sommes fort honorés de faire enfin votre
connaissance.
Physique s'entend.
Car, s'agissant de votre réputation, voilà longtemps que les comptes rendus
des capitaines dépouillées par vos soins nous ont pleinement édifiés.
L'épervier est un rapace qui tourne dans le ciel pour repérer sa proie et fondre
sur elle comme la foudre.
Ce pauvre comte n'a rien dû voir venir.
Je l'ai pas tué, un autre l'avait fait avant moi.
Ah non, monsieur, tout vous accuse.
Agnès, met-toi à compter.
Le comte vous avait chassé autrefois.
Et avant de quitter Brest, vous n'avez pas pu résister et vous êtes revenu pour
vous venger.
Si Agnès ne vous avait pas surpris, on aurait pu croire au crime d'un rôdeur ou
d'un pire de tombe.
Pas mal, Villeneuve.
Pas mal pour un enquêteur débutant.
Mais écoutez donc les objections que M. Kermer va vous opposer.
Je n'ai rien à vous dire. Je ne l'ai pas tué, Agnet, je te le jure.
Rien à nous dire ? Vous ne croyez donc pas à la justice du roi ? Je n'y crois
que trop, monsieur, et j'ai déjà donné.
C'est la raison pour laquelle je m'en méfie.
Comme vous avez raison.
Rendre la justice est une tâche si compliquée.
Ce meurtre, par exemple.
Curieuse coïncidence, convenons-en, que celle qui pousse au même moment le
criminel à quitter brusquement son bateau et la victime son château, pour s
'en aller se quereller au fond d'une chapelle jusqu'à l'irréparable...
C'est le comte lui-même qui vous avait demandé de le rejoindre ? Non, monsieur.
Qui alors ? Dois-je le dire ? Faites, monsieur.
Il finit sans en.
Vous l'aurez voulu.
C'est Agnès.
Agnès de Kermélé qui m'a demandé de la rejoindre.
Comme autrefois, près de la chapelle.
Comment oses-tu ? Misérable.
Dans ma poche, Marquis.
La lettre.
Je vous souplie de me rejoindre instantanément. Venez sans crainte.
Mon mari est retenu à Brest pour un fait. Je ne peux pas continuer.
Ça, vous grossiez.
Il y a une partie de moi de ne demander qu'à te croire innocent, mais me
compromettre, c'est d'une baissesse.
C'est un faux.
J'en sais assez. C'est un faux à l'évidence et il vous confond.
Monsieur de Kermer, vous êtes accusé du meurtre du comte de Kermelec. Nous irons
au procès. Confiez-le-moi, monsieur le procureur. Je vous le ramènerai, mort ou
vif. Vif ? Monsieur de Villeneuve, vous me le ramènerai aussi vif que vous et
moi. Sauf si, bien sûr, les pervis tentent de s'échapper.
Et sachez que nous vous en voudrions beaucoup de la perte en un procès dont
nous nous délections déjà.
Serviteur.
Agnès ! Dis quelque chose, Agnès !
Je ne sais pas dans quoi encore a pu se voir le gamin, mais s'il tente de
rejoindre le bateau, ils vont le tirer comme un lapin. Il faudra le prévenir.
Par décision du procureur du roi, tous les biens de l'épervier sont confisqués,
jusqu'à ce que justice soit rendue.
Vous êtes tous consignés, messieurs.
Hé, le sauvage, qu'est-ce que tu me veux ? Recule ! Son âme ? Elle s'enfuit ?
Quoi ? Elle s'élapore ? Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? Elle s'échappe par
mille fissures ? Son âme te quitte, l'ami.
Au gala !
Vous avez raison, monsieur de la Perruche, ne m'aidez pas.
La peste soit de ces morts qui ne font jamais le ménage.
Vous avez raison, monsieur de la Perruche, je suis médicant.
À l'évidence, on a procédé ici à quelques rangements.
Voyez ? Eh oui !
Mon cher Anatole.
Vieille crapule.
Tu sais, je le sais bien que l'épervier n'est pas coupable.
Il n'est pas à homme à inventer cette histoire de lettres.
Compromettre ta fille.
Un bel oiseau comme lui.
Et ces objets cachés dans le cercueil de ton père.
Hein ? Tu pourrais y mettre un peu du tien, non ?
Après tous les services que je t'ai rendus, tu pourrais me confier quelques
indices ?
Eh
ben tu vois, quand tu veux.
Laisse-nous quelques instants.
Mettez-le à une patrouille.
Bien, monsieur.
L'épervier.
Toi enchaîné, moi qui te contemple.
Avoue que ça nous rappelle d'excellents souvenirs.
Les galères, c'était quelque chose.
Ça ne t'emplit pas comme moi d'une douce nostalgie.
Le fait est que je n'ai oublié aucun de mes compagnons d'infortune tués sauvés à
Troyes.
Ni aucun des couscous que je devais leur donner.
Tu me hais.
Ça me fait plaisir.
La puissance d'un homme se mesure à la force du ressentiment de ses ennemis et
je dois dire qu'en te voyant si calme l'autre jour, je m'inquiétais.
Rassurez-vous, Villeneuve.
Je n'ai aucunement renoncé à vous faire payer votre cruauté.
Cruauté, cruauté.
C'est ma voix vraie.
Et vois-tu, dans la cruauté, je me suis découvert un vrai talent.
Je suis enfin digne de mon nom et de mon rang.
Noble dans tout ce que la noblesse incarne de plaisir sanglant, de dépenses
fastueuses et de mépris des inférieurs.
J'ai épousé Agnès.
J'ai mis la main sur Kermélec.
Tandis que toi... La vie est bien cruelle, n'est-ce pas ? Vous oubliez le
procès ? On m'y donnera la parole.
J'y raconterai vos exploits.
Et si vous saviez les médisances qui couraient sur vous parmi la chiourme et
les galériens, Agnès sera sûrement très intéressée d'apprendre ce qui est advenu
de votre première épouse.
Bien sûr qu'il y aura procès.
Bien sûr que tu y déverseras ta bile.
Mais toi et moi, nous savons très bien comment tout ça finira.
Tu seras pendu.
Et moi, sali.
Sali aux yeux d'Agnès et de la société.
Nous n'y avons intérêt ni toi ni moi.
Alors que si, profitant de quelques fâcheuses circonstances, tu t'évadais,
ce que bien sûr je ne souhaite pas, et que tu t'enfuyais à jamais de Brest à
bord de ton maudit bateau, nous sauverions, toi ta vie, moi
mon futur bonheur conjugal.
Ce soir, après l'Angélus pendant 20 minutes, il n'y aura ta surveillance qu
'un seul garde.
Bon vent, les Perviers.
Ave Maria gratia plena Dominus tecum.
Mon ami, comme vous l'aimez.
L'équipage de la méduse a été arrêté. Il y en est en danger.
Tu peux m'aider à aller à l'île au crâne ? Il doit être là-bas.
Qu'est-ce que t'as ? T'es blessé ?
Attendez-moi dehors, je l'arrive.
Docteur ? Docteur, j'ai besoin de vous.
C'est moi, c'est Marion.
J'ai besoin de vous, j'ai un ami qui est blessé.
Mais je soigne plus personne.
Je veux juste qu'on me laisse tranquille.
À moins que tu me payes une tournée, ma belle.
T'inquiète, c'est un ami de l'épervier.
Il saura te payer pour ton travail.
Un ami de l'épervier ?
C
'est lui.
Quelqu'un a le square leg ? C'est l'épaule gauche.
J'ai pas rien à faire ici, faut l'amener quelque part.
Chez moi c'est impossible, y a mes frères.
Si vous voulez, y a la maison.
Je vous retrouve là-bas.
Je vais chercher ma trousse.
Mais qu'est-ce qu'il fait, cet ivrancle de médecin ? Nicolas va me chercher de l
'eau.
Comment cette fille connaît ton nom ? Oh, c'est une amie commune, elle est
pervée à moi.
Je vais pas rester ici, je vous fais courir contre risque.
Je vais retrouver les bériers.
Tu vas devoir me supporter lundi.
Seul, tu ne parviendras jamais à passer tous les barrages.
Tandis que moi, ça serait bien le diable si je ne connais pas l'un des soldats.
Moi aussi, je suis avec vous.
Ça t'attend et je serai vivante.
Tu vois, je te l'avais dit. Le sergent de ville est l'un de mes meilleurs
clients.
Adrien est là.
Payez-moi ce que vous m'avez promis. C'est inutile qu'il me voie.
Et lâche avec ça.
Allez, tiens une moine.
Va cuiver ton brun.
Allez.
C'était pas prévu.
Vous deviez n'arrêter que l'Indien. Ils sont pour rien, les petits Ozan.
Pour rien ? Cacher un dangereux cuillard.
Allez, dégage.
Soudain.
Et les petits ? Qu'est-ce qu'ils vont devenir, les petits ?
Tirez !
Il a sauté vers l'arrière ! Allez, vite !
On m'a passé la nuit à le chercher.
Il a quand même réussi à nous semer cet épervier de malheur.
Il va droit à la falaise ! Il est perdu !
Je t'avais pas dit, l'épervier, que tu savais pas voler ? Descendez en bas de
la falaise ! Passez-y le temps qu'il faut, mes cheveux sont cadavres !
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