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Sur nous tous, enfin, nous implorons ta bonté.
Permets qu'avec la Vierge Marie, la bienheureuse Mère de Dieu,
les apôtres et les saints de tous les temps,
qui ont vécu dans ton amitié,
nous ayons part à la vie éternelle
et que nous chantions ta louange
par Jésus-Christ ton Fils bien-aimé.
Par Lui, avec Lui et en Lui,
à toi, Dieu le Père Tout-Puissant,
dans l'unité du Saint-Esprit,
tout honneur et toute gloire
pour les siècles des siècles.
Amen.
Prions.
Comme nous l'avons appris du Sauveur
et selon son commandement, nous osons dire
notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre part de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
et ne nous soumets pas à la tentation,
mais délivre-nous du mal.
Délivre-nous, Seigneur, du mal passé, présent et avenir.
À la prière de Marie, la sainte et glorieuse Mère de Dieu,
toujours vierge,
de tes saints apôtres Pierre et Paul,
de saint André et de tous les saints,
accorde la paix à notre temps.
Que ta miséricorde nous soutienne,
afin que désormais nous soyons libérés du péché
et préservés de tout malheur.
Par Jésus-Christ ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi dans l'unité du Saint-Esprit,
car il est Dieu pour les siècles des siècles.
Amen.
Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous
et avec votre esprit.
Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde,
prend pitié de nous.
Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde,
prend pitié de nous.
Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde,
donne-nous la paix.
Voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri.
6h30 !
Vous arrivez dans le...
un virage vers le pont de Gana, un virage limité où la vitesse est limitée à 60 à l'heure.
Nous étions à 160 en vue du virage.
Nous l'avons pris par un double zigzag, je ne sais comment.
Enfin, nous en sommes sortis.
Qu'est-ce qui vous attend ?
En fait, vous habitez où ?
Sur les côtes de Chanturgue, enfin dites côtes de Clermont, j'ai eu la chance de trouver un coin pour faire bâtir une petite maison.
Dans les vignes ?
Dans les vignes au-dessus de Chanturgue. Et dans quel coin vous logez ?
On est presque voisins parce que j'habite sur le versant sud de... sud de... non, nord-ouest, pardon, du versant de Chanturgue.
C'est pas une villa, évidemment, c'est un petit appartement, mais enfin, la chance est au calme.
Parce que jusqu'à présent, l'habiter en ville, c'était intenable.
Et vous ? Où est-ce que vous habitez ?
J'habite à Serra.
À Serra ? Vous ne trouvez pas que c'est un peu trop loin ?
Non, c'est pas loin.
C'est bien, Serra.
Vous risquez d'avoir beaucoup de verbes, là ?
Non, jusqu'à maintenant, je n'en ai pas eu depuis que je suis là.
Mais je ne suis pas chez moi, je suis chez un collègue qui est en déplacement.
Ce jour-là, le lundi 21 décembre, l'idée m'est venue, brusque, précise, définitive,
que Françoise serait ma femme.
Elle a pas un très gros de chez Flamardon.
Et là, il est disséché de la Cholier-Sley. Non, vous ne le savez pas ?
C'est pas moi.
Je comprends bien, mais vous savez ce qu'il a écrit, lui ?
Ça, il n'en parle pas. C'est comme un peu ce qu'il est beau-guerre.
Au jour que...
Tadéran avait cru, il a fait un cas,
il est passé dans les affaires, il ne peut pas le restaurer.
Il ne peut pas le restaurer.
Il ne peut pas le restaurer.
Il ne peut pas le restaurer.
Ah, bien sûr.
Il faut être heureux, là-dedans.
Ouh, écoutez, je ne peux pas le restaurer, ça.
Maçon, on doit analyser ça.
Oui, c'est par exemple qu'il y a le papier, là,
qui parle de la rue des deux mondes, là.
Vous restez ici pour Noël ?
Oui, en définitive.
Je devais aller chez ma famille, mais ce sera pour le jour de jour.
Venez skier avec moi ?
La météo prévoit de la neige.
Il n'y a jamais de neige à Noël.
Si, si, j'ai des copains qui viennent de skier.
Non, je plaisance.
Je reviens du Canada britannique et...
Ah oui, dans les pays protestants, la journée de Noël est très importante.
Les gens ne servent même pas de la maison, ils ne savent même pas s'il neige ou pas.
Vous êtes protestants ?
Oui, et vous ?
Je suis catholique.
Ma famille était catholique, je le suis resté.
Un petit peu.
On commence par les autres.
Vidal, tu sais Clermont...
Oui et toi ? Voyons donc le séjour.
Non, tout de suite si tu veux.
Excusez-moi.
Bon, au revoir monsieur.
Et bonnes vacances.
Au revoir, bonne vacances.
Tu es prof à la fac ?
Je suis un peu de cours de philo. Bonjour.
Et toi, qu'est-ce que tu fais ? Permettez-moi.
Je suis chez Michelin depuis octobre. Je reviens d'Amérique du Sud.
Ça fait déjà plus près de deux mois, c'est brieux qu'on ne soit pas encore rencontrés.
Tu sais, j'habite Sierra et le soir, je rentre directement.
Quelquefois, je vais au restaurant, mais j'aime mieux faire la cuisine.
À l'étranger, je voyais trop de monde. J'ai envie d'être seul quelque temps.
Je peux m'en aller ?
Non, non, je veux dire que je n'ai pas envie de chercher à connaître des gens nouveaux.
Oh, les gens ici, c'est ni mieux ni plus mal qu'ailleurs.
Mais je suis ravi de rencontrer par hasard.
Tu n'es pas marié ?
Non. Et toi ?
Oh non, enfin non. Je suis pas pressé.
Pourtant, en promesse, la vie de célibataire n'est pas une chose extrêmement réjouissante.
Ce que tu fais ce soir ?
Rien. Dis-nous ensemble.
Je vais au concert de Léonide Cogan. Viens, j'ai une place.
Je devais y aller avec quelqu'un qui n'est pas libre.
Non, je n'ai pas du tout envie d'écouter de la musique ce soir.
Il y aura le tout, Clermont.
Pas mal de jolies filles.
Tes étudiantes ?
Il y a de très jolies filles, Clermont. Malheureusement, on ne les voit pas beaucoup.
Je suis sûr que tu vas faire des ravages.
Je n'ai jamais fait de ravages.
Bon, j'irai rien que pour te démentir.
C'est la première fois que j'y mets les pieds.
Et c'est ici précisément que nous nous sommes rencontrés.
C'est étrange.
Non, au contraire, c'est tout à fait normal.
Nos trajectoires ordinaires ne se rencontrent pas.
C'est dans l'extraordinaire que se situent nos points d'intersection.
Forcément.
Actuellement, j'ai fait des mathématiques à temps perdu.
Ça m'amuserait de définir les chances que nous avions de nous rencontrer, disons, en moins de deux mois.
Tu crois que c'est possible ?
C'est une question d'information et de traitement de l'information.
Encore faut-il que l'information existe.
La probabilité que j'ai de rencontrer une personne dont je ne connais ni le domicile, ni le lieu de travail,
est évidemment impossible à déterminer.
Tu t'intéresses en mathématiques ?
Un philosophe a de plus en plus besoin de connaître les mathématiques.
Par exemple en linguistique, mais même pour les choses les plus simples.
Le triangle arithmétique de Pascal est lié à toute l'histoire du Paris.
Et c'est même par là que Pascal est prodigieusement moderne.
Le mathématicien et le métaphysicien ne font cas.
Ah tiens, Pascal.
Ça t'étonne.
C'est curieux, je suis justement en train de le relire en ce moment.
Et alors ?
Je suis très déçu.
Mais dis continue, ça m'intéresse.
Non, je ne sais pas.
D'abord j'ai l'impression de le connaître presque par coeur, et puis ça ne m'apporte rien.
Et puis je trouve ça assez vide.
Dans la mesure où je suis catholique, tout au moins j'essaie de l'être,
ça ne va pas du tout dans le sens de mon catholicisme actuel.
C'est justement parce que je suis chrétien que je m'insurge contre ce rigorisme.
Ou alors si le christianisme, c'est ça, moi je suis athée.
Tu es toujours marxiste ?
Précisément pour un communiste, ce texte du Paris est extrêmement actuel.
Au fond, moi, je doute profondément que l'histoire ait un sens.
Pourtant je parie pour le sens de l'histoire.
Je me trouve dans la situation pascalienne.
Hypothèse A, la vie sociale et toute action politique est totalement dépourvue de sens.
Hypothèse B, l'histoire a un sens.
Je ne suis absolument pas sûr que l'hypothèse B ait plus de chance d'être vraie que l'hypothèse A.
Je veux même dire qu'elle en a moins.
Admettons que l'hypothèse B n'a que 10% de chance et l'hypothèse A 90%.
Néanmoins, je ne peux pas ne pas parier pour l'hypothèse B parce qu'elle est la seule.
Celle qui veut dire que l'histoire a un sens parce qu'elle est la seule qui me permette de vivre.
Admettons que j'ai parié pour l'hypothèse A et que l'hypothèse B se vérifie malgré ces 10% de chance seulement.
Alors j'ai absolument perdu ma vie.
Donc je dois choisir l'hypothèse B parce qu'elle est la seule qui justifie ma vie et mon action.
Naturellement, il y a 90 chances pour sans que je me trompe, mais ça n'a aucune importance.
C'est ce qu'on appelle l'espérance mathématique, c'est-à-dire le produit du gain par la probabilité.
Dans le cas de ton hypothèse B, la probabilité peut être faible, mais le gain est infini,
puisque c'est pour toi le sens de ta vie et pour Pascal le salut éternel.
C'est Gorky ou Lénine ou Malakowski, je ne sais plus, qui disait à propos de la révolution russe, à propos de la prise du pouvoir,
que la situation était telle à ce moment-là qu'il fallait choisir la chance sur 1000
parce que l'espérance en choisissant 7 chances sur 1000 était infiniment plus grande qu'en la choisissant pas.
...
...
C'est le deuxième.
Sous-titrage ST' 501
On peut se voir demain ? C'est le 24. Je vais à la messe demi-nue, mais si tu veux venir avec moi, pourquoi pas.
A vrai dire, je devrais aller réveillonner chez une amie, mais il n'est pas certain qu'elle soit là.
Elle a des problèmes familiaux.
Tu sais, je disais ça comme ça. Mais si, mais si.
De toute façon, si j'y vais, je n'y serai pas avant minuit. Il doit aller chercher sa fille.
Elle est divorcée. Mais si tu veux, nous pouvons y aller ensemble après.
La joie que je vous souhaite en cette fête de Noël,
la joie que je demande pour vous pendant cette messe que nous célébrons ensemble
est une joie profonde et neuve.
Non pas une joie de souvenirs, d'habitudes d'enfance, de coutumes chrétiennes pieusement entretenues,
mais une joie vivante, une joie d'aujourd'hui.
Cette naissance dont nous nous réjouissons,
ce n'est pas avant tout celle de l'enfant Jésus, c'est la nôtre.
Quelque chose doit naître en chacun de nous cette nuit.
Chaque homme et chaque femme de ce monde est appelé ce soir à croire
qu'une joie inconnue peut l'envahir.
Car au cœur de cette nuit, il nous est remis le gage de notre espérance.
Chante sa gloire et sur un psaume chante sa louange de gloire.
Terre entière chante ta joie au Seigneur.
Alléluia, Alléluia, Alléluia.
Qu'il soit béni notre Seigneur partout dans les races.
Que les nations à pleine voix lui rendent louange.
Non, ce soir ce n'est pas possible. Son ex-mari était de passage à Clermont.
Ils avaient des questions d'argent encore à régler.
Ça la paraît-il épuisée, elle se couche.
Mais viens de main.
Non, je ne la connais pas.
Je vous ferai connaissance.
C'est une femme remarquable. Tu verras, une des rares filles bien.
Tu seras ravi de la connaître. Et elle aussi.
Ne t'avance pas trop.
Tu sais, elle vient assez retirer depuis son divorce.
Elle ne se sent pas à l'aise dans son milieu.
Elle est médecin, spécialiste des enfants.
Son mari aussi est médecin.
Il était professeur ici à la faculté.
Je l'ai très peu connu, il est à Montpellier maintenant.
C'est une femme...
Très belle.
Tu l'époses là ?
Non.
Si je dis non, c'est que le problème a été posé et résolu.
Nous ne nous entendons pas pour...
le quotidien.
N'empêche que nous sommes les meilleurs amis du monde.
Tu vois, si je t'ai dit de venir, c'est que je sais très bien ce que nous ferions.
Si tu ne venais pas, nous ferions l'amour.
Alors, je ne viens pas.
Si, si.
Nous ferions l'amour comme ça, par désœuvrement.
C'est pas une solution, ni pour elle ni pour moi.
D'ailleurs, tu me connais, je suis très puritain.
Plus que moins.
Bon, combien ?
Bonsoir, Theresa.
Merci.
Bonsoir.
Oh, quelle tendresse !
Tu as l'air en pleine forme.
On ne s'est pas vus depuis une éternité.
Oh oui, depuis une semaine.
Asseyez-vous.
Alors comme ça, vous ne vous étiez pas vus depuis 15 ans ?
Oui, enfin, disons 14.
Et vous vous êtes reconnus tout de suite ?
Sans hésiter.
Ça n'a pas du tout changé.
Toi non plus.
Vous faites très adolescents prolongés, tous les deux.
Il faut le prendre comme une critique ou comme un compliment.
Comme rien, c'est une constatation.
Et pourtant, nous avons eu une vie très différente.
Il a eu beaucoup d'aventures.
Ah ?
Racontez-moi.
Non.
Non, je veux dire que j'ai vécu longtemps à l'étranger.
Dans la Brousse ?
Non, non, dans des villes, tout ce qu'il y a de plus bourgeois.
Vancouver au Canada et Valparaiso.
Et même Valparaiso ?
Oui, enfin, tout au moins dans mon milieu,
les gens que je fréquentais étaient bourgeois,
comme on peut l'être à Lyon ou à Marseille.
Ou ici.
Où qu'on aille, on est condamné à la province.
Enfin, condamné.
Moi, personnellement, je préfère vivre en province.
Et tu veux quitter Clermont ?
Pas la ville, mais les gens.
J'en ai assez de voir les mêmes têtes.
Même moi ?
Tu sais, j'ai réfléchi, je pars.
Si tu m'aimes, suis-moi.
Et si je le faisais ?
Je serais bien embêtée.
C'est une tenue pour un professeur et prof de faculté par-dessus le marché.
Bon, soyons sérieux.
Tu as passé un bon Noël.
Excellent.
Marie, t'es aux anges.
C'est ma fille, elle a 8 ans.
Elle est couverte de cadeaux.
Et toi, qu'est-ce que tu as fait ?
Je suis allé à la messe de minuit.
Ça ne m'étonne pas de toi.
Tu finiras curé.
C'est lui qui m'a entraîné.
Non, pas exactement.
Enfin, j'ai voulu te suivre.
Vous êtes catholique ?
Oui.
Mais catholique pratiquant ?
Ben oui.
À le voir, on ne dirait pas.
Si.
Je vous vois très bien en Boy Scout.
Je n'ai jamais été Boy Scout.
Tandis que moi, j'ai été enfant de coeur.
Je t'ai dit, tu seras curé.
Eh bien, mes amis, je trouve que vous puez drôlement l'Aubénic, tous les deux.
Vous voulez boire quelque chose ?
Non, merci.
Non, vraiment ?
Non, non, merci, vraiment.
Et toi ?
Un petit scotch.
Non seulement moi, je ne suis pas baptisée...
Tu sais qu'elle appartient à une des plus grandes familles de libre-penseurs du centre de la France.
Mais tu vois, Maud, l'irréligion telle qu'on la pratiquait chez toi, c'est encore une religion.
Je sais très bien.
Mais j'ai le droit de préférer cette religion aux autres.
Si mes parents étaient catholiques, peut-être que j'aurais fait comme toi, je ne le serais plus.
Tandis que moi, au moins, je suis fidèle.
On peut toujours être fidèle à rien.
Ça n'est pas rien.
Mais c'est une façon différente d'envisager les problèmes.
Avec beaucoup de principes, d'ailleurs, souvent même très stricts.
Mais où il n'entre aucun préjugé, aucune trace de...
Ça va, on connaît le boniment.
Ne sois pas grossier, ça ne te va pas.
Des filles comme toi me rendraient papiste.
Je n'aime pas les gens sans problème.
Parce que tu n'es pas normale.
Tu devrais te faire psychanalyser.
Idiote.
D'ailleurs, j'ai des problèmes.
Mais de vrais problèmes.
De toute façon, je comprends très bien qu'on soit athée, je le suis moi-même.
Mais il y a quelque chose de fascinant dans le christianisme
et qu'il est impossible de ne pas reconnaître, c'est sa contradiction.
Tu sais, je suis très imperméable à la dialectique.
C'est ce qui fait la force d'un type comme Pascal.
Tu as quand même lu Pascal.
Oui, l'homme est un roseau pensant.
Les deux infinis...
Je ne sais pas, enfin...
Le nez de Cléopâtre.
Je n'en ai certainement pas un de mes auteurs.
Bon, je serai seul contre deux.
Pourquoi vous n'avez pas lu Pascal ? Tu vois ?
Lucie.
Il est Pascal.
Parce que Pascal est sa mauvaise conscience.
Parce que Pascal le vise, lui, faux chrétien.
C'est vrai ?
C'est le jésuitisme incarné.
Laisse-le défendre.
Non, je disais que je n'aimais pas Pascal,
parce que Pascal a une conception du christianisme
très... très particulière.
Qui d'ailleurs a été condamnée par l'Église.
Pascal n'a pas été condamné, en tout cas pas les pensées.
Mais le jancénisme, si.
Et puis Pascal n'est pas un saint.
Très bien répondu.
Et puis ce n'est pas...
Et puis ce n'est pas...
Mais je ne parlais pas de l'homme, Pascal.
Puis à ce moment, à la fin.
Oh !
Alors, vous disiez ?
Rien.
Non.
Je pense qu'il y a une autre façon de concevoir le christianisme.
En tant que scientifique, j'ai un immense respect pour Pascal.
Mais en tant que scientifique, cela me choque qu'il condamne la science.
Il ne la condamne pas ?
À la fin de sa vie, si.
C'est pas exactement une condamnation.
Non, enfin...
Non dit.
Non, je m'exprime mal.
Prenons un exemple.
Par exemple, en ce moment, nous mangeons.
Et nous... nous... nous... nous...
En parlant, nous oublions ce que nous mangeons.
Nous oublions cet excellent chanturg.
C'est la première fois que j'en bois.
On ne le bois que dans les vieilles familles clermontoises.
Enfin, si on veut.
Les vieilles familles catholiques et franc-maçonnes.
C'est toi, à la fin.
Cet excellent chanturg.
Pascal, sans doute, en avait bu, puisqu'il était clairement toi.
Ce que je lui reproche, ce n'est pas de s'en être privé.
Je suis assez pour la privation, le carême.
Je suis contre la suppression du carême.
Non, c'est lorsqu'il en buvait de ne pas y faire attention.
Comme il était malade, il devait suivre un régime
et ne devait prendre que de bonnes choses.
Mais il ne se souvenait jamais de ce qu'il avait mangé.
Oui, c'est sa sœur Gilberte qui raconte ça.
Jamais il n'a dit voilà qui est bon.
Eh bien, moi, je dis voilà qui est bon.
Bravo.
Ne pas reconnaître ce qui est bon, c'est un mal.
Chrétiennement parlant, je dis que c'est un mal.
Oui.
Enfin, ton argument est quand même un peu mince.
Pas mince du tout.
C'est très, très important.
Et il y a autre chose aussi qui m'a profondément choqué chez Pascal.
Il dit que le mariage est la condition la plus basse de la chrétienté.
Oui.
Je trouve que le mariage est une condition fort basse.
Enfin, non, ça, ce n'est pas pour les mêmes raisons.
Mais Pascal a raison.
T'as peut-être envie de te marier, moi aussi.
Mais il n'empêche que dans l'ordre des sacrements,
le mariage est au-dessous du sacerdoce.
Je pensais justement à cette phrase l'autre jour que j'étais à la messe.
Il y avait devant moi une fille.
Ça me fait penser qu'il faudrait que j'aille à la messe pour chercher des filles.
Elles sont sûrement moins moches que la cellule du parti.
Ton vocabulaire trahit ta nature, petite bourgeoise.
Petite bourgeoise, exactement.
Alors, cette jolie fille ?
Je n'ai pas dit qu'elle était jolie.
En fait, elle l'était.
Enfin, assez.
Oui.
Non, et puis je ne devrais pas dire une fille, une femme, une jeune femme avec son mari.
Ou son amant.
Arrête.
Ils avaient des alliances.
Ah, vous y avez regardé de près.
Eh bien, c'est une impression difficile à communiquer.
Oui.
Non, j'arrête, vous vous moquez de moi.
Mais non, pas du tout.
De toute façon, je trouve ça très, très, très, très bien d'être obsédé par l'idée de mariage.
C'est tout à fait de ton âge, enfin de notre âge.
Ce couple chrétien était sublime.
Oui.
C'est ce que tu veux dire ?
La religion ajoute beaucoup aux femmes.
Oui, c'est vrai, je ne vois pas ce qu'il y a de mal.
La religion ajoute à l'amour, mais l'amour ajoute aussi à la religion.
Mais qu'est-ce que tu fais là, toi ?
Elle vient un peu par ici.
Voilà Marie.
Bonsoir.
Monsieur.
Bonsoir Marie.
Qu'est-ce que tu veux ?
Je voudrais que tu veux la soirée.
Maintenant ?
Fais-moi un bisou.
Voilà.
Tu as vu ?
Oui.
C'est beau ?
Oui.
Ça suffit comme ça ?
Oui.
Tu es contente ?
Oui.
Bon.
Allez, on lit maintenant.
Viens mon chéri.
Bonsoir tout le monde.
Bonsoir Marie.
Il doit bien y avoir un Pascal ici.
On a beau être franc-maçon.
C'est ce que je te disais.
Est-ce qu'il y a une référence précise aux mathématiques dans le texte sur le Paris ?
Partout où est l'infini et où il n'y a pas infinité de hasard de perte contre celui de gain, il n'y a point à balancer, il faut tout donner. Et ainsi, quand on est forcé à jouer, il faut renoncer à la raison pour garder l'aile, etc.
C'est exactement ça l'espérance mathématique. Dans le cas de Pascal, elle est toujours infinie. A moins que la probabilité de salut ne soit nulle, puisque l'infini multiplié par zéro égale zéro. Donc l'argument ne vaut rien pour quelqu'un qui est absolument incroyant.
Mais si tu crois tant soit peu, elle redevient infinie.
Oui. Alors tu dois parier.
Oui, si je crois qu'il y a probabilité et si je crois d'autre part que le gain est infini.
Ce que tu crois, toi ?
Oui. Et pourtant, tu ne paries pas, tu ne hasardes pas. Tu ne renonces à rien.
Si, il y a des choses auxquelles je renonce. Pas aux chanturgues.
Mais le chanturgues n'est pas en jeu. Pourquoi y renoncer ? Au nom de quoi ?
Non. Ce que je n'aime pas dans le pari, c'est l'idée de donner en échange.
D'acheter son billet comme à la loterie.
Disons choisir. Il faut bien choisir entre le fini et l'infini.
Quand je choisis le chanturgues, je ne le choisis pas contre Dieu.
Le choix n'est pas là.
Et les filles ?
Les filles, peut-être. Mais pas la femme. Du moins, en ce qui me concerne.
Tu cours les filles ?
Non.
Tu les courais autrefois ?
Mais non.
Tu sais, quand je l'ai connu, c'était un remarquable coureur de filles.
Un spécialiste.
Tu m'as connu quand j'avais 10 ans.
Je veux dire plutôt quand je t'ai perdu de vue.
Après la sortie de l'école.
Tu racontes n'importe quoi.
N'importe quoi.
Et Marie-Hélène ?
Quelle mémoire !
Je ne sais absolument pas ce qu'elle est devenue.
Elle est entrée au couvent.
Non.
Qui est cette Marie-Hélène ?
C'était une de mes amies.
Sa maîtresse, plus exactement.
C'est vrai ?
Je ne nie pas avoir eu des maîtresses pour employer sa terminologie.
Ah, parce qu'il y en a eu plusieurs.
Je ne vais pas vous raconter ma vie.
Il n'est pas mon confesseur.
J'ai 34 ans et j'ai connu pas mal de filles.
Je ne prétends pas me poser un exemple du tout, du tout.
D'ailleurs, ça ne prouve rien.
Je ne veux rien prouver, mon cher.
Si.
Si, si, je sais, je te scandalise.
J'ai eu des liaisons avec des filles que j'aimais et que je songeais à épouser,
mais je n'ai jamais couché avec une fille comme ça.
Si je ne l'ai pas fait, ce n'est pas pour des raisons morales.
C'est parce que je n'en vois pas l'intérêt.
Oui, mais supposons que tu te sois trouvée en voyage,
avec une fille ravissante et que tu savais ne plus revoir.
Il y a des circonstances dans lesquelles il est difficile de résister.
Le destin, je ne veux pas dire Dieu, m'a toujours évité ce genre de circonstances.
Je n'ai jamais eu de chance pour les fredaines.
Une malchance même incroyable.
Moi qui n'ai pas de chance en général, j'en ai eu beaucoup pour ces sortes de choses.
Une fois en Italie avec une Suédoise.
Une autre fois en Pologne avec une Anglaise.
Ces deux nuits sont peut-être les plus beaux souvenirs que la vie m'ait laissé.
Je suis très pour les amours de voyage, les amours de congrès.
Là, au moins, ça n'a pas ce côté collant, ce côté bourgeois.
Moi, en principe, je suis contre.
Mais toutefois, dans la mesure où ça ne m'est jamais arrivé...
Ça peut t'arriver.
Non.
En soyons sérieux.
Si ça t'arrive, si je comprends bien, tu marches.
Non ! Je parlais pour autrefois.
Tu es insensé, tu m'oblige à penser à des choses qui me sont complètement sorties de l'esprit.
J'ai peut-être couru les filles, le passé et le passé.
Merci.
Mais si demain, si ce soir, une femme aussi belle que Maud...
Merci.
Et riche de tempérament, te proposèrent, te faisaient sentir...
Arrête, tu n'es pas drôle.
Mais laisse-moi finir.
Si Maud, par exemple...
Il est complètement saoul.
C'est le chanteur que vous ne croyez pas.
Répondez quand même.
Disons autrefois, oui.
Maintenant, non.
Pourquoi ?
Je te l'ai dit, je me suis converti.
Oh !
La conversion, ça existe.
Voir Pascal.
Je suis peut-être indiscret, mais je me flatte d'avoir pas mal d'intuition.
Cette conversion me paraît très, très, très, très louche.
Je trouvais qu'il avait quelque chose de bizarre dans son comportement.
Il a des moments d'absence, de rêverie.
Comme s'il pensait à quelqu'un.
Pas à quelque chose.
À quelqu'un.
Il serait amoureux, ça ne m'étonnerait pas.
Première nouvelle.
Elle est brune ou blonde ?
Je crois qu'il est préfère blonde.
Dites quoi, ça n'est pas compromettant.
Non, vous dis-je.
Dites.
En échange, je vous raconterai ma vie.
Ça me nace d'être long.
On fera plusieurs séances.
Je ne connais personne, je n'aime personne.
Un point, c'est tout.
Elle est à Clermont ?
Non.
Il a dit non.
Si elle n'est pas ici, c'est qu'elle existe.
Non !
J'ai dit non qu'elle n'existe pas.
Et puis, même si elle existait, c'est bien mon droit de ne rien vous dire d'elle.
On est méchants, tu sais.
Non.
Non, ça m'amuse.
Ça m'amuse même beaucoup plus que vous ne pensez.
Arrête de boire.
Je n'ai pas envie de te ramener chez toi.
De toute façon, ce n'est pas toi qui me ramènerais, c'est lui.
Mes chers amis, je vais vous faire une proposition.
Comme je suis assez fatiguée ces temps-ci, le médecin m'a dit de rester au lit le plus longtemps possible.
Le médecin, c'est toi ?
Évidemment.
Ah, mais je ne vous chasse pas, restez.
Ah, si restez, je le veux, je leur donne.
Je n'ai pas du tout sommeil et j'adore avoir des gens autour de mon lit.
Et dedans ?
En tout cas, pas toi.
Vous verrez, nous serons très bien, comme autant les précieuses.
C'est pour ça que je couche ici, j'ai horreur des chambres à coucher.
De toute façon, je m'en vais, j'ai sommeil.
Mais fais pas ce coup-là.
Partons quoi, elle veut dormir.
Tu parles.
C'est encore sa petite comédie.
Tu verras.
Je crois qu'il y a quelque chose dans l'air.
Je verrai quoi ?
Tu verras ?
Reste.
Tu es sou, j'ai horreur d'être impolite et qu'elle revient, je m'en vais.
Pour le moment, j'avoue que je ne fais pas très marquise de Rambouillet.
J'ai compris, tu avais envie de nous montrer tes jambes.
Exactement.
Comme c'est mon seul moyen de séduction.
Mon seul n'exagère pas, disons le principal.
Je suis très exhibitionniste.
Ça me prend par crise.
Vous pouvez regarder, je ne montre rien que d'honnête.
Je verrais bien que tu te casses la figure.
C'est un truc de marin ?
Oui, un vrai.
Tout ce qu'il y a de plus vrai.
C'est pratique, ça tient chaud.
De toute façon, je l'enlève pour dormir.
Je dors toujours à poil.
Je ne comprends pas comment on peut garder quelque chose qui se froisse et qui remonte quand vous vous retournez.
Tu n'as qu'à avoir de sommeil paisible.
Prends des calmants.
C'est très mauvais pour la santé.
Je n'en prescris que dans les cas désespérés.
Pousse-toi un petit peu, laisse-moi étendre mes jambes.
J'adore sentir tes orteils sous la couverture.
Ça te cale, tu dois être mieux.
Asseyez-vous.
Ah oui, alors de quoi parlions-nous ?
Des filles.
De ces filles.
Ah oui, c'est vrai.
Il devait nous raconter ses aventures.
Non, c'est vous.
Vous savez que vous me choquez beaucoup.
Moi ?
C'est lui, il n'arrête pas de dire des horreurs sur moi.
Il dit que je mens ?
Non, tu ne mens pas mais...
Je croyais qu'un vrai chrétien devait rester chaste jusqu'au mariage.
Je ne me pose pas en exemple du tout.
Et puis de toute façon, entre la théorie et la pratique...
Je connais des garçons qui n'ont jamais couché avec des filles.
Je ne me pose...
Des chauds, des bossus.
Non, forcément.
Non, je ne me pose pas en exemple.
D'abord c'est le passé.
Et puis, je ne tire aucune...
Ne vous fâchez pas.
Au contraire, je vous trouve très sympathique.
Eh, eh, eh.
Non, c'est vrai.
J'aime votre franchise.
C'est vrai que...
Très, très relative.
C'est vrai que je vous ai scandalisé.
Ben oui.
Ça m'ennuie que vous le disiez.
Mon christianisme et mes aventures féminines, ça fait deux choses très différentes.
Contraires même.
Et qui sont en conflit.
Mais qui coexistent chez le même individu.
Coexistence plutôt belliqueuse.
Bien que...
Bien que je vais peut-être vous scandaliser encore une fois.
Tant pis.
Courir les filles, ça ne vous éloigne pas plus de Dieu que...
Je ne sais pas moi...
Faire des mathématiques.
Oui, oui.
Précisément, faire des mathématiques.
Mais si, mais si, mais si.
Non, Pascal, pour en revenir à lui.
Condamné non seulement le bien manger, mais aussi à la fin de sa vie, les mathématiques qu'il avait pratiquées, comme vous savez.
Mais dans le fond, je suis beaucoup...
Non.
Tu es beaucoup plus pascalien que moi.
Peut-être, après tout.
Les mathématiques détournent de Dieu.
Les mathématiques sont inutiles.
Les mathématiques sont un passe-temps intellectuel.
Un divertissement comme un autre.
Pire qu'un autre.
Pourquoi pire ?
Parce que...
C'est purement abstrait que ça n'a rien d'humain.
Tandis que les femmes.
J'ai envie d'écrire un article sur Pascal et les femmes.
Pascal s'est beaucoup intéressé aux femmes.
Bien qu'en réalité, on ne sache toujours pas si le discours sur les passions de l'amour...
Tu ne peux pas ouvrir la fenêtre, s'il te plaît, il y a un peu de fumée ici.
... est apocryphe aussi.
Et même si, même si Pascal a connu des femmes.
Enfin, je veux dire connu au sens biblique du terme.
Quoi que finalement, je trouve ça assez con, cette expression.
Connaître au sens biblique du terme.
Il neige.
Ça fait toc.
J'aime pas tellement la neige.
Ça fait faux.
Ça fait gosse.
J'ai horreur de tout ce qui rappelle l'enfance.
Parce que tu as un esprit profondément retort.
Allez, va te coucher, tu vas prendre froid.
Va te coucher toi-même, brut.
Bon, il est tard, je vais rentrer.
Où habitez-vous ?
À Serra.
Mais j'ai ma voiture.
Vous allez vous tuer avec cette neige.
Non, c'est pas un peu de neige qui va m'effrayer.
Si.
C'est quand elle tombe qu'elle est dangereuse.
J'ai un ami qui s'est tué comme ça.
Cet accident m'a beaucoup traumatisé.
Mais vous pourrez coucher dans la chambre à côté.
Acceptez quoi, ça m'empêcherait de dormir.
J'y pense, j'ai laissé ma fenêtre ouverte.
La neige va entrer, faut que je parte.
Au revoir.
Bon, je te raccompagne.
Mais tu peux rester.
Mais non, mais non, mais non.
Au revoir, Maud.
Au revoir.
Ce téléphone ?
Tu n'oublies pas avant demain.
Ah oui, c'est vrai.
C'est à quelle heure ?
À midi précis.
Mais qu'est-ce que tu fais de ta fille ?
Elle voit son père.
Vous viendrez aussi ?
De quoi s'agit-il ?
Une promenade avec des amis du côté des puits.
Ou déjeuneront dans une auberge.
S'il neige, ce sera encore mieux.
Au revoir.
Au revoir.
Au revoir.
Très franchement, j'ai l'habitude de la neige, j'ai l'habitude de la montagne.
Vous savez, je ne risque absolument rien.
Cette neige fondue est très mauvaise, vous savez.
Bon, je vous laisse dormir, je m'en vais.
Restez un instant.
S'il vous plaît.
Vous y tenez vraiment ?
Bon, eh ben, partez, rentrez chez vous, partez. Au revoir.
Au revoir, je suis confus.
On m'avait dit...
Non, excusez-moi, ne vous vexez pas, on m'avait dit que les gens ici aimaient à se faire prier.
Oui, c'est un peu vrai.
Et pour l'instant, l'Auvergnien, c'est vous ?
Moi, quand je dis oui, c'est oui. Et quand c'est non, c'est non.
Si je veux qu'on parte, je dis partez.
Vous avez dit partez ?
Je reste seulement un instant.
Décidément, vous me choquez beaucoup.
Oui, vous l'avez déjà dit.
Non, c'est vrai, j'ai jamais rencontré quelqu'un qui me scandalise autant que vous.
La religion m'a toujours laissé indifférente.
Je ne suis ni pour ni contre, mais...
Ce qui m'empêcherait de la prendre au sérieux sont des gens comme vous.
Au fond, ce qui vous importe, c'est votre respectabilité.
Rester dans la chambre d'une femme après minuit, ça, c'est épouvantable.
Et que vous puissiez me faire plaisir...
en restant avec moi parce que je me sens un peu seule.
Et établir un contact qui soit un peu moins conventionnel,
même si nous ne devions jamais nous revoir.
Ça ne vous viendrait jamais à l'esprit.
Ce que je trouve...
assez stupide.
Et pas très chrétien.
La religion n'a rien à voir là-dedans.
Je pensais seulement que vous aviez sommeil.
Vous le pensez toujours ?
Non, puisque je suis là.
Vous savez...
Ce qui me chiffonne le plus en vous, c'est que...
vous vous dérobez.
Vous ne prenez pas vos responsabilités.
Vous êtes un chrétien honteux.
Doublé d'un donjouant honteux.
C'est bien le comble.
Mais non, c'est faux.
J'ai aimé, c'est très différent.
J'ai aimé deux ou trois femmes dans ma vie.
Enfin, disons trois ou quatre.
J'ai vécu avec elles des périodes très longues qui ont duré plusieurs années.
Je ne les ai peut-être pas aimées follement.
Non, si, tout de même.
Assez follement.
Et il y a eu réciprocité.
Je ne dis pas ça pour me vanter.
Pas de fausse modestie.
Non, je dis ça parce que je ne pense pas qu'il y ait vraiment d'amour sans réciprocité.
C'est d'ailleurs ce qui me ferait croire à une certaine prédestination.
C'est très bien que ça ait été et c'est très bien que ça ait raté.
C'est vous qui avez rompu.
Non.
Ni elle.
Mais les circonstances.
Il aurait fallu les surmonter.
Des circonstances qui ne pouvaient pas être surmontées.
Enfin, oui, je sais, on peut toujours.
Mais...
Ça aurait été, en dépit de toute raison, complètement fou, idiot.
Non, non, c'était impossible.
Il fallait que ça ne soit pas possible.
Il valait mieux que ça ne le soit pas.
Vous voyez ?
Oui, oui, je comprends très bien.
Ça me paraît très humain, mais très peu chrétien.
Oui.
De toute façon, pour en revenir à ce que je disais,
chrétien ou pas, peu importe,
mettons la religion entre parenthèses,
je ne me pose pas du tout de ce point de vue.
Les femmes m'ont beaucoup apporté.
Apporté moralement.
Quand je dis les femmes, c'est un peu...
Oui, c'est un peu vulgaire.
Oui.
Chaque fois que j'ai connu une fille...
De toute façon, ça a toujours été un cas particulier,
ce serait idiot de parler en général.
Cela m'a découvert un problème moral
que j'ignorais,
auquel je n'avais pas eu à faire face concrètement.
J'ai eu à prendre une attitude qui, pour moi, a été bénéfique,
qui m'a sorti de ma léthargie morale.
Mais vous pouviez très bien assumer le côté moral
et laisser la chose physique.
Oui, mais...
Le moral n'apparaissait...
n'existait même que...
Ah oui, bien sûr, je sais, on peut toujours tout.
Mais physique et morale sont indissociables.
Faut quand même voir les choses comme elles sont.
Ça n'était peut-être qu'un piège du démon.
Eh bien, j'y serais tombé.
Eh oui, d'une certaine façon, j'y suis tombé.
Si je n'y étais pas tombé, j'aurais été un saint.
Et vous ne voulez pas être un saint ?
Non, pas du tout.
Oh, qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre !
Je croyais que tout chrétien devait aspirer à la sainteté.
Quand je dis « je ne veux pas », je veux dire « je ne peux pas ».
Quel défaitisme ! Et la grâce ?
Je demanderais la grâce de me faire entrevoir la possibilité de l'être.
Que j'ai tort ou raison, je pense que,
tout le monde ne pouvant être un saint,
il faut des gens qu'ils ne soient pas,
et que je suis vraisemblablement parmi ceux-là.
Avec ma nature, mes aspirations, mes possibilités.
Mais que dans ma médiocrité,
mon juste milieu, ma tiédeur, que Dieu vomit, je sais.
J'ai pu atteindre, sinon,
à une plénitude.
Du moins, à une certaine justesse.
Dans le sens où l'Évangile dit le juste.
Je suis dans le siècle.
Le siècle est admis par la religion.
Contrairement à ce que vous pensez, je ne suis pas du tout Jean Séniste.
Moi, je ne l'ai jamais pensé.
Vous, Vidal.
Bon, oui, dit n'importe quoi.
Pour me faire marcher.
Je ne sais pas ce qu'il avait ce soir, et il était complètement saoul.
C'est la première fois que je le vois comme ça.
Vous voulez me passer mes cigarettes, s'il vous plaît ?
Oui.
Merci.
Vous vous connaissez bien.
Nous ne nous étions pas vus depuis quatorze ans.
Et nous avons été très liés autrefois, même après le lycée.
Vous n'avez pas été très gentille ce soir.
Pas gentille.
Moi aussi, je suis méchante.
Je suis très méchante.
Le pauvre garçon ne va pas dormir cette nuit de nous savoir ensemble.
C'est lui qui a voulu partir.
Oui, par bravade.
Vous êtes bête un peu parfois, hein ?
Il ne vous a pas dit qu'il était amoureux de moi ?
Non.
Non.
Non, il m'a dit qu'il vous estimait beaucoup
et qu'il avait pour vous eu une immense amitié.
C'est un garçon très discret.
Un type très bien, d'ailleurs.
Quoi qu'il manque un peu d'humour.
Enfin, d'humour dans sa vie, je veux dire.
Je sais bien que je le fais souffrir, mais je ne peux pas m'en empêcher.
Ce n'est pas du tout mon genre d'homme.
J'étais assez idiote pour coucher avec lui un soir comme ça, par des œuvrements.
Je suis très difficile en ce qui concerne les hommes, vous savez.
Ce n'est pas seulement une question physique.
D'ailleurs, il est assez intelligent pour le comprendre.
Je sais très bien pourquoi il vous a amené ce soir.
Pour m'éprouver, non, je ne crois pas.
Non, c'est plutôt pour avoir une occasion de me mépriser, de me haïr.
C'est encore un de ses partisans de la politique du pire.
Alors, on en dit-on, nous ?
Vous n'avez vraiment pas sommeil ?
Non, pas du tout.
Et vous ?
Non.
Et vous, vraiment ?
Oui.
Si j'avais sommeil, je vous le dirai.
Il y a longtemps, j'ai pas parlé comme ça avec quelqu'un.
Ça me fait du bien.
Mais quand même, vous me paraissez terriblement tortueux.
Tortueux.
Oui.
Je croyais que pour un chrétien,
on était jugé selon ses actes.
Et vous n'avez pas l'air d'y attacher beaucoup d'importance.
Aux actes ?
Oh, si.
Énormément.
Mais pour moi, ce n'est pas un acte particulier qui compte.
C'est la vie dans son ensemble.
La vie est une, elle forme bloc.
Je veux dire par là que...
le choix ne s'est jamais posé.
Comme ça, précisément, je ne me suis jamais dit,
dois-je coucher avec une fille ou ne dois-je pas coucher ?
J'ai seulement fait un choix à l'avance,
un choix global d'une certaine façon de vivre.
S'il vous plaît, vous voulez me servir un verre d'eau ?
Oui.
S'il y a une chose que je n'aime pas dans l'Église,
et qui d'ailleurs tente à disparaître,
c'est la comptabilité des actes,
des péchés ou des bonnes actions.
Ce qu'il faut, c'est la pureté du cœur.
Quand on aime vraiment une fille, on n'a pas envie de coucher avec une autre.
Il n'y a pas de problème.
Pourquoi riez-vous ?
Pour rien.
Alors, c'est vrai ?
Quoi ?
Des amoureux.
Amoureux ? De qui ?
Je ne sais pas, moi.
De la blonde, l'unique.
Vous l'avez trouvé ?
Non, je vous ai dit non.
Alors ne faites pas de cachoterie.
Vous voulez vous marier ?
Oui, comme tout le monde.
Un peu plus que tout le monde.
Non. Allez, avouez.
Non, mais je ne vois pas quelle idée vous prendre de vouloir me marier à toute force.
J'ai peut-être l'âme d'une marieuse. Ce genre de femme existe.
Oui, je les fuis.
Comment vous marierez-vous, alors ?
Je ne sais pas.
Par petites annonces.
Non.
Oui.
Ingénieur, 34 ans, catholique, 1m72.
Physique agréable, possédant voiture, cherche jeune fille blonde, catholique, pratiquant.
Vous savez que vous me donnez une idée.
Il y a beaucoup de gens qui se marient comme ça.
Non.
Je plaisante, je ne suis pas pressé.
Évidemment, pour faire les 400 coups.
Non, non, surtout pas ça.
Alors, si vous trouviez celle que vous cherchez aujourd'hui, vous vous marieriez tout de suite et vous jureriez de lui être fidèle pour la vie ?
Absolument.
Vous êtes sûr d'être fidèle à votre femme ?
Bah, évidemment.
Et si elle vous trompe ?
Bah, elle ne me... si elle m'aime, elle ne me trompera pas.
L'amour, ce n'est pas éternel.
Si, du moins tel que je le conçois.
S'il y a une chose que je ne comprends pas, c'est l'infidélité.
Ne serait-ce que par amour propre.
Je ne peux pas dire blanc après avoir dit noir.
Si je choisis une femme pour ma femme, c'est que je l'aime d'un amour qui résiste au ton.
Si je ne l'aimais plus, je me mépriserai.
Mais je vois en effet beaucoup d'amour propre là-dedans.
J'ai dit ne serait-ce que par amour propre.
Mais c'est surtout de l'amour propre.
Alors vous n'admettez pas le divorce ?
Non.
Donc vous me donnez sans rémission.
Non, pas du tout.
Vous n'êtes pas catholique.
Et je respecte toutes les religions, même celles de ceux qui n'en ont pas.
Non, ce que je dis vaut pour moi, c'est tout.
Pardonnez-moi si je vous ai blessé.
Non, vous ne m'avez pas blessé.
Pourquoi avez-vous divorcé ?
Je ne sais pas.
Oui, je sais très bien.
Nous nous entendions pas.
Nous nous en sommes aperçus très vite.
Simple question de tempérament.
C'était peut-être quelque chose que vous auriez pu surmonter, je ne sais pas.
Mon mari était quelqu'un de très bien à tous les points de vue.
C'est d'ailleurs l'homme que j'estimerai toujours le plus.
Et...
Il m'énervait.
Un énervement profond.
Il vous énervait comment ?
Quelqu'un dans mon genre ?
Non, pas du tout.
Vous, vous ne m'énervez pas.
Avec vous, l'idée de vous épouser ne me serait jamais venue à l'esprit.
Même au temps de ma plus folle jeunesse.
Mais vous aviez vécu ensemble, vous aviez une fille.
Et alors ?
Vous croyez que c'est drôle pour un enfant d'avoir des parents qui ne s'accordent plus ?
Puis il y avait autre chose.
Vous tenez absolument à ce que je vous raconte ma vie ?
Eh bien, j'avais un amant.
Mon mari est une maîtresse.
Ce qui est amusant, c'est que c'était une fille un peu de votre genre.
Très morale, catholique.
Pas hypocrite ni intéressée.
Très sincère.
N'empêche que je la détestais comme il n'était pas possible.
Je crois qu'elle était folle de lui.
C'est d'ailleurs un garçon qui rend les filles folles.
J'ai été folle moi aussi.
D'ailleurs, j'ai tout fait pour qu'il rompe.
Ça a été ma seule bonne action.
Mais je ne crois pas qu'elle serait allée jusqu'à l'épouser.
C'est pour ça que vous m'avez amusée tout à l'heure quand vous m'avez parlé de circonstances insurmontables.
Pour elle aussi, je crois.
Et votre amant ?
Eh bien là...
C'est ce qui prouve que moi je n'ai pas de chance.
Et que quand je veux réussir quelque chose de bien, ça rate.
Je suis sûre que j'avais trouvé l'homme de ma vie.
Quelqu'un...
à qui je plaisais.
Et qui me plaisait à tous les points de vue.
Un médecin aussi, très brillant.
Mais aimant davantage la vie, follement gai.
Je n'ai jamais connu quelqu'un qui...
dont la présence, la compagnie soit plus joyeuse, plus agréable.
Alors il est mort comme ça, bêtement.
Dans un accident d'auto.
Sa voiture a dérapé sur le verglas.
C'est ça le destin.
Ça tombe encore ?
Oui.
Et voilà, c'est passé.
Ce qui est fait est fait.
Rien à un nom de ça.
Ça vous rend tout songeur ?
Non.
Pardonnez-moi si j'ai parlé un peu légèrement.
J'ai la détestable habitude de ne voir les choses que de mon tout petit point de vue.
Non, votre point de vue m'intéresse.
Sans ça, je vous aurais déjà dit bonsoir.
Bon, il est tard.
Où est cette chambre ?
Nulle part.
Comment, il n'y a pas d'autres pièces ?
Si.
Mon cabinet, le salon d'attente, la chambre de ma fille et celle de la bonne.
L'espagnol est très prude.
Mais Fidal le savait.
Bien sûr.
C'est pour ça qu'il est parti furieux.
Ne faites pas le gamin.
Venez vous coucher près de moi.
Sur la couverture, si vous voulez, ou dans les draps, si je ne m'ouvrais punir pas trop.
Je peux prendre le fauteuil.
Vous aurez des courbatures.
Vous avez peur ?
De vous ?
Ou de moi ?
Je vous jure de ne pas vous effleurer.
Et puis, je vous croyais très maître de vous-même.
Je peux prendre la couverture ?
Oui.
Vous voulez éteindre les lumières, s'il vous plaît ?
Vous aurez froid.
Je verrai bien.
Bonsoir.
Bonsoir.
Maude.
Non.
J'aime bien les gens qui savent ce qu'ils veulent.
Vous partez sans me dire au revoir ?
J'allais prendre mon manteau.
Non, ne me raccompagnez pas.
Vous allez être épais froid.
Bonsoir.
Vous viendrez cet après-midi ?
Ah oui.
Envenez. L'idéal jaserait.
Venez, soyez chic.
Vous y tenez vraiment ?
D'ailleurs, nous ne serons pas seuls.
Il y aura une fille qui peut-être vous plaira.
Une blonde.
Alors, vous viendrez, c'est sûr ? Midi juste ?
Bien, je tâcherai.
Au revoir.
Café, garçon, s'il vous plaît.
Je vous ai réveillé ?
Bonjour. Comment allez-vous ?
Vous allez bien ?
Vous esquiez avec moi ?
Euh, non.
Je monte au Mont d'Or dans une demi-heure.
Non, j'ai rendez-vous avec des...
Excusez-moi.
Je sais bien qu'il faudrait trouver un prétexte,
mais un prétexte est toujours idiot.
Comment faut-il s'y prendre pour faire votre connaissance ?
Vous avez l'air de le savoir mieux que moi ?
Non, sans ça, je ne voudrais pas suivre comme ça,
en dépit de tous mes principes.
C'est très mal de faire des anteurs sur ces principes.
J'en fais quelques fois. Et vous ?
Oui, mais je le regrette.
Moi, pas.
Et puis, si je fais des anteurs sur mes principes,
c'est que ça en vaut vraiment la peine.
D'ailleurs, je n'ai pas de principe.
Enfin, tout au moins sur...
sur la façon de faire connaissance.
Oui.
Non, je trouve que ça serait bête
de rater la connaissance de quelqu'un
pour une question de principe.
Reste à savoir si la chose en vaut la peine.
Nous verrons bien.
Vous n'avez pas l'air de quelqu'un
qui semble vouloir compter sur le hasard.
Au contraire, ma vie n'est faite que de hasard.
Je n'en ai pas l'impression.
Ça a l'air dangereux, cet engin, avec ce temps-là.
C'est quoi ?
J'ai l'habitude.
Et de toute façon, je ne m'en sers qu'en ville.
Pour entrer chez moi, je prends le quart.
Où habitez-vous ?
À Saosé, au-dessus de Serra.
On se voit quand ?
Quand on se rencontrera.
On ne se rencontre jamais.
Oh, si, tout de même.
Demain, voulez-vous ?
Je ne vous ai pas vus dimanche dernier.
J'avais du travail, je suis restée chez moi.
C'est exceptionnel.
Bien.
Après, nous déjeunerons ensemble.
Oui.
Peut-être, on verra.
Quoi ?
Dépêchez-vous, vous allez prendre froid.
Au revoir.
On s'en va !
On se retrouve aux voitures.
D'accord !
C'est incroyable ce que vous ressemblez à une Ukrainienne.
J'espère qu'ils ne vont pas tarder.
Qu'en savez-vous ?
Heureusement que vous êtes venus.
J'aurais fait pas le figure, moi toute seule au milieu d'eux.
Vous pensiez que je viendrais ?
Pourquoi pas ?
J'ai failli ne pas venir.
Mais je tiens mes promesses.
Et vous regrettez d'être venus ?
Non, pas du tout.
Je ne me suis jamais autant amusé.
C'est vrai ?
Oui.
Vous le sentez bien ?
C'est fou ce que je suis bien avec vous.
Vous soyez mieux avec la blonde.
Qui ? Celle de Vidal ?
Non, surtout pas.
Entre deux mots, on choisit le moindre.
Les lèvres sont froides.
Vos lèvres sont froides.
Les vôtres aussi.
J'aime bien.
C'est dans le ton de vos sentiments.
Oui.
Je veux dire, ce baiser est purement amical.
S'il l'était.
Vous ne croyez pas à mon amitié ?
Je ne vous connais pas.
C'est vrai, il n'y a pas 24 heures que nous sommes ensemble,
et encore avec interruption.
Et il me semble que je vous connais depuis une éternité.
Pas vous ?
C'est possible, nous en avons été très vite aux confidences.
Je ne sais pas ce qui m'arrive.
Depuis quelques jours, je n'arrête pas de parler.
J'ai besoin de m'épancher.
Vous vous mariez ?
Avec qui ?
Votre blonde.
La vôtre.
Elle n'existe pas.
Vraiment.
Et si je vous épousais ?
Vous voulez bien ?
D'ailleurs, je ne réponds pas aux conditions.
Quelles conditions ?
Blonde, catholique.
Qui vous a dit blonde ?
Vidal, je crois.
Oh, il n'y connaît rien.
Catholique, en tout cas.
Ça, oui.
Vous voyez ?
Je peux vous convertir ?
Vous auriez du mal, surtout vous.
Alors, si vous voyez ?
Regardez comme nous allons bien ensemble.
Nous sommes parfaitement à l'aise, tous les deux.
Pourquoi pas ? Vous valez bien Vidal.
Mais vous ne l'épouserez pas ?
Du vent, regarde. Pourtant, je n'en suis pas à une bêtise près.
Il allait résigner, on dirait.
Faut bien.
Je demande quelle mouche l'a piqué hier.
Au fond, c'est pour se défendre contre moi qu'il vous a jeté dans mes bras.
Mais je ne suis pas dans vos bras.
Peu importe.
Vous l'avez guéri, vous avez fait une bonne action.
Comme ça, votre conscience est tranquille.
Elle l'est de toute façon.
Tiens, les voilà.
Ah !
On va boire un verre ?
Non, je n'ai pas le temps.
J'ai des coups d'affaires, c'est le jour de santé de la bonne.
Je suis même très enfant.
Vous voulez m'accompagner au marché ?
Et puis, nous vivrons ensemble si vous n'êtes pas trop passés.
En entier, mais je vous quitte à 10 heures, il faut plus tard.
Non, à 9 heures et demi.
J'ai besoin de dormir.
On a pour voir ?
Au téléphone.
A bientôt.
Au revoir.
Au revoir.
On va quand même, sa mère ?
Vous êtes passés ?
Non, c'est très gentil de ta part.
Tu t'en vas ce soir ?
Tu sais que j'ai encore des affaires à toi ici, des pyjamas.
Bon, je les garde, ça peut toujours servir.
Au revoir.
Au revoir.
Vous savez qui c'était ?
Non.
Mon mari.
Ah.
Il est vraiment très gentil.
Il vient de m'obtenir un cabinet à Toulouse.
Une affaire très intéressante.
Vous saviez que j'allais quitter Clermont ?
Oui, je crois que vous l'avez déjà dit.
C'est pour quand ?
Pour plus tôt que je ne pensais.
Dans un mois, peut-être.
Vous ne trouvez pas que c'est gentil à lui ?
De la part de votre mari ?
De mon ex-mari.
Ça dorme très bien.
Voilà.
C'est dommage que nous n'ayons pas pu nous entendre.
Il était à Clermont pour affaire et pour voir la petite.
Pardon.
Non.
Et remarié ?
Non.
Pourquoi me demandez-vous ça ?
Comme ça.
Alors, vous allez me quitter ?
Hein ?
Ben oui.
Vous savez à quoi je pense ?
Non.
Ça fait 24 heures que nous sommes ensemble, un jour entier.
C'est beaucoup et c'est peu.
Même pas un jour.
Vous m'avez fait une infidélité ce matin.
Ah.
C'est curieux comme je n'aime pas quitter les gens.
Je suis fidèle, même à vous.
C'est pourquoi dans l'absolu, il faudrait ne pas avoir à quitter les gens.
Il faudrait ne pas avoir à oublier, il faudrait n'aimer qu'une seule fille.
Et pas une autre.
Même platoniquement.
Surtout pas platoniquement.
Grâce à vous, j'ai fait un pas sur le chemin de la sainteté.
Je vous l'ai dit, les femmes ont toujours contribué à mon progrès moral.
Même dans les bordels de Veracruz ?
Je n'ai jamais été au bordel, ni ici, ni à Veracruz, ni à Valparaiso.
Valparaiso, je vous l'ai dit.
Vous avez du feu ?
Oui, tenez.
Enfin, peu importe.
Ça vous aurait fait du bien, physiquement et moralement.
Vous croyez ?
Idiot.
Non, vous voyez, ce que je vous reproche, c'est votre manque de spontanéité.
Je vous ouvre mon cœur.
Qu'est-ce qu'il vous faut de plus ?
Je ne crois pas beaucoup à votre façon d'aimer sous condition.
Mais je n'ai pas dit qu'il fallait aimer sous condition.
J'ai dit qu'il ne fallait aimer qu'une seule femme.
Je ne vois pas là de condition.
Non, c'est pas ça.
Je parle de votre façon de calculer, de prévoir, de classer.
La condition sine qua non, c'est que ma femme soit catholique.
L'amour vient après.
Mais pas du tout.
Je pense seulement qu'il est plus facile d'aimer quand il y a communauté d'idées.
Vous, par exemple, je pourrais vous épouser. Ce qui manque, c'est l'amour.
Merci.
Amour de votre part aussi bien que de la mienne.
Mais alors vraiment, vous m'épouseriez ?
Vous êtes mariée religieusement ?
Non.
Vous voyez, pour l'église, ça ne compte pas.
Je pourrais même vous épouser en grande pompe.
Personnellement, ça me choquerait un petit peu, mais je ne vois pas de raison d'être plus papiste que le pape.
Votre jésuitisme m'amuse.
Alors, je ne suis pas janseniste ?
Non, je n'en ai pas l'impression.
Tant mieux.
Les jansenistes sont tristes.
Au fond, vous avez le caractère gai.
On ne croirait pas vous voir.
Oui, c'est vrai, avec vous, je suis très gai.
Et avec les autres ?
Sinistre, c'est vrai.
Si je suis gai avec vous, c'est parce que je sais que nous n'allons plus nous revoir.
Ça, alors, c'est la meilleure.
Oui.
L'idée d'un avenir ne se présente pas, et en général, c'est ce qu'il y a de triste.
Je vois, je vois.
Mais tout de même, nous nous reverrons.
Peut-être pas.
Aussi peu.
Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
Un pressentiment ?
Non, une déduction de tout ce qu'il y a de plus logique, vous partez.
Pas tout de suite.
Oui, moi, je vais avoir beaucoup à faire ces temps-ci.
Je vais être très pris.
Quel genre d'affaire ? Professionnelle ou de cœur ?
Mais de cœur, voyons.
Alors, c'est vrai ?
J'adore vous faire marcher.
De toute façon, vous ne saurez rien.
Il y a donc quelque chose.
Oui, si ça peut vous faire plaisir.
Alors, on se téléphone ?
C'est à vous de commencer.
D'accord.
Au revoir.
Au revoir.
Bonsoir.
Bonsoir.
Vous voyez, ce matin, nous parlons de hasard.
Vous m'avez reconnu de si loin ?
Même s'il n'y avait eu que dix chances sur cent que ce soit vous, je me serai arrêté.
Et bien, vous voyez, c'est moi.
Vous rentrez chez vous à bicyclette ?
Oui, j'ai raté mon car.
Je vous raccompagne.
Non, c'est pas grave.
Si, si, c'est dangereux avec ce temps.
Et c'est mon chemin, je vous raccompagne.
Montez.
Montez.
Vous êtes étudiée en tant que quoi ?
En biologie.
Mais je travaille aussi dans un laboratoire.
C'est pour ça que je ne suis pas partie en vacances.
Ça vous intéresse ?
J'étais surtout bonne en maths, mais je ne me voyais pas prof ou ingénieur.
Et médecin ?
Non plus.
C'est pas un métier pour moi.
Vous habitez très loin, c'est en pleine campagne.
Non, c'est dans un village.
C'est une maison qu'on loue à des étudiants.
C'est là à droite.
Là ?
Oui.
Faites attention parce qu'il va sûrement y avoir du verglas.
Oui, aïa, oui.
En effet, oui.
On ne va pas y arriver ?
Non, j'ai peur que non.
Oh non.
C'est pas dangereux.
Mais il y a le mur.
Ah là là.
J'ai peur d'être coincé là.
Je suis coincé, je ne peux plus ni avancer ni reculer.
Ça ne fait rien, arrêtez la voiture.
On peut très bien y aller à pied.
Oui ?
Et puis vous pouvez très bien coucher là.
Tout le monde est en vacances, c'est sûrement une chambre de libre.
Non, non, je ne peux rien faire.
Vous venez ?
Oui.
Hein ?
C'est pas loin ?
Non, c'est tout de suite là.
Vous croyez que je peux laisser la voiture comme ça ?
De toute façon, personne d'autre peut passer.
On demandera à quelqu'un nous aider demain.
Ça glisse, attention.
Voilà, c'est ici chez moi.
Bon, eh bien...
Vous fumez ?
Non, mais fumez-vous.
Je n'ai pas de feu.
Merci.
Vous voulez du thé ?
Volontiers, oui.
Je peux vous aider ?
Non, c'est pas la peine.
Je ne vois pas très bien ce que vous pourriez faire.
Je sais très bien faire mon thé.
C'est un de mes rares talents.
Oui, bah faites-le.
Vous me passez la boîte.
Mais on ne le met pas tout de suite.
Ah bon, je croyais qu'on le faisait bouillir.
On est bien chez vous.
On se sent comme chez soi.
Moi, j'ai...
un appartement meublé.
J'ai une cuisine, mais je m'en sers pratiquement jamais.
Oui.
Il n'y a pas une place ici pour moi.
Tout est loué.
Et puis, on ne prend que des étudiants.
Des garçons ?
Des garçons et des filles.
C'est pas un pensionnat.
Alors, je m'inscris à la fac.
L'année prochaine, vous me retenez une chance.
Oui.
Il y a longtemps que vous êtes à Clermont ?
Trois mois.
Je travaille chez Michelin.
Avant, j'étais en Amérique, au Canada et au Chili.
J'avais un peu peur de venir ici, mais finalement, j'aime bien.
Clairement, c'est pas une ville triste.
Vous parlez des lieux ou des gens ?
Des lieux ?
Les gens, je connais pas.
Ils sont bien ?
Oui.
Ceux que je connais.
Sinon, je ne les connaîtrais pas.
Vous les voyez souvent ?
Oui.
En fait, en ce moment, je suis un peu seule, mais c'est à cause des circonstances.
Pourquoi ?
Pour rien, des circonstances purement extérieures.
J'avais des amis qui sont partis.
C'est sans intérêt.
C'est sans intérêt pour vous ou pour moi ?
Pour vous.
Mais vous, vous avez des collègues ?
Oui.
Je me lis assez difficilement.
Oui, je trouve idiot de se lier avec quelqu'un parce qu'il est votre voisin de table ou parce qu'il a un bureau à côté du vôtre.
Vous ne pensez pas ?
Si, on a un certain sens.
Mais...
Mais ?
Non, rien.
Enfin, si, vous avez raison.
Vous trouvez que j'ai eu tort de vous aborder ?
Non, mais j'aurais pu vous envoyer promener.
J'ai toujours eu de la chance.
La preuve, vous ne l'avez pas fait.
J'ai peut-être eu tort.
C'est la première fois que je me fais aborder comme ça par quelqu'un dans la rue.
Moi, c'est la première fois que j'aborde quelqu'un que je ne connais pas.
Heureusement que je n'ai pas réfléchi. Sans ça, je n'aurais jamais eu le courage de le faire.
L'eau bout !
Non, non, laissez. Je m'occupe de tout. Ça m'amuse.
Vous vous moquez de moi, hein ?
Non. Non, je m'instruis.
Vous en mettez bien peu.
Vous l'aimez fort ?
Pas trop fort.
On en met toujours trop.
L'essentiel, c'est de le laisser infuser pendant sept minutes.
Tant que ça ?
Oui, c'est écrit sur la boîte.
Vous ne lisez jamais ce qui est écrit sur les boîtes ?
Vous finirez par vous empoisonner un jour ou l'autre.
Ça ne vous choque pas que je parle tout le temps de ma chance ?
Non.
Et puis, vous n'en parlez pas.
Si, si.
J'aime bien profiter du hasard.
Mais je n'ai de la chance que pour les bonnes causes.
Même si je voulais commettre un crime, je crois que je ne réussirai pas.
Comme ça, vous n'avez pas de problème de conscience ?
Non. Très peu.
Vous en avez, vous ?
Hum.
Mais moi, c'est plutôt le contraire.
La réussite me semble toujours un petit peu suspecte.
C'est ce qu'on appelle péché contre l'espoir. C'est très grave.
Vous ne croyez pas à la grâce ?
Si.
Mais justement, la grâce, ce n'est pas ça du tout.
Ça n'a rien à voir avec la réussite matérielle.
Mais je ne parle pas forcément de choses matérielles.
Si la grâce nous était donnée comme ça pour alimenter notre bonne conscience,
si elle n'était pas méritée,
si elle n'était qu'un prétexte à tout justifier...
Vous êtes très genséniste.
Moi, pas du tout.
Contrairement à vous, je ne crois pas à la prédestination.
Je pense qu'à chaque instant de notre vie, nous sommes libres de choisir.
Dieu peut nous aider dans ce choix, mais il y a choix.
Mais moi aussi, je choisis.
Il se trouve que mon choix est toujours simple.
C'est comme ça, je le constate.
Un sucre ?
Oui.
Les choix ne sont pas tous forcément déchirants.
Mais ils peuvent l'être.
Non, vous me comprenez mal.
Je ne veux pas dire que je choisis ce qui me fait plaisir.
Mais il se trouve que c'est pour mon bien, mon bien moral.
Par exemple, j'ai eu de la malchance.
J'aimais une fille, elle ne m'aimait pas, elle m'a quittée pour un autre.
Et finalement, c'est très bien qu'elle l'ait épousée, lui et pas moi.
Oui, si elle l'aimait.
Non, je veux dire, c'est très bien pour moi.
En fait, je ne l'aimais pas vraiment.
L'autre a quitté pour elle sa femme et ses enfants.
Moi, je n'avais ni femme ni enfant à quitter.
Mais elle savait bien que même si j'en avais eu, je ne les aurais pas quittés pour elle.
Donc, cette malchance, en fait, était une chance.
Oui, parce que vous avez des principes.
Et que ces principes passaient avant votre amour.
Et elle savait très bien que pour vous, le choix était déjà fait.
Je n'ai pas eu à choisir puisque c'est elle qui m'a quittée.
Oui, parce qu'elle connaissait vos principes.
Mais si c'était elle qui avait eu un mari et des enfants,
et si elle avait voulu les quitter pour vous,
là, vous auriez dû choisir.
Non, puisque j'ai eu de la chance.
Vous ne croyez pas qu'il est tard. Je vais vous montrer votre chambre.
Oui, entrez.
Excusez-moi, je n'ai toujours pas d'allumettes.
Elles sont là sur la cheminée.
Non, gardez-les.
Bien. Merci.
Bonsoir.
Excusez-moi.
Bonsoir.
Oui.
Il est 9h30.
Entrez.
Vous avez bien dormi ?
Ça a été dur au début.
Excusez-moi, mais il est tard.
Vous oubliez votre rendez-vous ?
Quel rendez-vous ?
Avec une fille à la messe.
Oh, c'est vrai, c'est dimanche.
Puis il faut que je m'occupe de ma voiture.
On va demander à quelqu'un de nous aider.
Et il faut que je passe chez moi pour me raser et m'habiller.
Vous êtes très bien comme ça.
Venez prendre une tasse de thé, il est prêt.
Vous voyez que j'ai bien fait de vous reproduire.
Malgré votre mauvaise nuit ?
Quoi ? J'ai l'air mal réveillé ?
Oui.
Pourquoi riez-vous ?
Comme ça.
Vous êtes plutôt du genre gai ?
Très. Pas vous ?
Pas tellement.
Ça dépend avec qui je suis.
Avec vous, je me sens très bien.
Françoise, vous savez que je vous aime.
Ne dites pas ça.
Pourquoi ?
Vous ne me connaissez pas.
Je ne me trompe jamais sur les gens.
Je peux vous décevoir ?
Ne dites pas ça.
Allez, parti.
La vie chrétienne n'est pas une morale, elle est une vie.
Et cette vie, elle est une aventure, la plus belle de toutes, l'aventure de la sainteté.
Je ne me dissimule pas qu'il faut être fou pour être un saint.
Et que bien de ceux qui ont été canonisés ont eu peur de cet enchaînement, de cette progression qui les ont amenés à la fin.
La sainteté.
Mais au-delà de nos peurs, nous devons avoir une foi enracinée dans le Dieu de Jésus-Christ.
Une foi qui va au-delà des espoirs les plus chimériques des hommes et qui nous rappelle simplement que Dieu nous aime.
Et que, sans cesse, cet homme, ce saint que nous sommes appelés à être, cet homme, est un homme qui, d'une part, est dominé par une certaine difficulté à vivre, à être, à vivre avec son existence d'homme,
avec ses passions, ses faiblesses, ses tendresses, mais aussi à vivre en tant qu'il veut être un disciple de Jésus-Christ.
Alors, est-ce que le docteur est là, s'il vous plaît ?
Elle est partie ou sortie ?
Bien. Elle sera la vendredi. Merci.
Merci.
Bonjour.
Bonjour. Comment allez-vous ?
Bien. Vous vous connaissez ?
Oui.
Oui.
Clairement est petit, tu sais. En tout cas, tu es un beau salaud. Tu ne me fais plus signe.
Je t'ai appelé avant-hier, tu n'étais pas là.
J'étais à Toulouse hier et avant-hier.
Viens, j'ai une commission pour toi, notre ami 120.
Elle est partie ?
Non, pas encore.
J'étais avec elle pour un petit voyage de reconnaissance.
Nous venons de rentrer.
Elle va bientôt partir, cette fois-ci sans moi.
Quand ?
Dommage, je crois.
L'affaire s'est conclue très vite.
Elle est chez elle ce soir ?
Oui, je suppose.
Je lui téléphonerai.
Au revoir.
Et bonne année.
Bonne année.
Tu le connaissais ?
Comme ça, il est prof de philo à la fac.
Tu ne fais pas de philo ?
Tu sais, Clermont est petit.
De toute façon, nous le connaissons très peu.
T'as un de tes amis ?
Le camarade de lycée.
Qu'est-ce que tu as contre lui ?
Rien. Nous connaissons très peu, c'est tout.
Qu'est-ce que tu aimerais bien ?
Ça. Je pense que tu as toujours connu.
Faudra comme si c'est bien.
Et puis c'est vrai, je t'ai toujours connu.
J'ai l'impression que tu as toujours été présente dans ma vie.
Il y a des impressions trompeuses.
Tant pis si je me trompe.
Et puis...
je ne me trompe pas.
Embrasse-moi.
Tu ne veux pas m'embrasser ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
Rien.
Rien.
Mais je ne sais pas, je te trouve bizarre.
Non, je suis raisonnable.
Oh, écoute Françoise.
J'ai 34 ans, tu en as 22 et nous nous conduisons comme des gamins de 15 ans.
Tu n'as plus confiance en moi ?
Est-ce que je ne suis pas un garçon sérieux ?
Toi, si.
Alors ?
J'ai un amant.
Tu as...
Maintenant ?
Enfin, j'ai eu, c'est pas tellement loin.
Mais tu l'aimes ?
Je l'aimais.
Qui est-ce ?
Tu ne le connais pas.
Rassure-toi, ce n'est pas Vidal.
C'est lui qui t'a quitté ?
Non, c'est plus compliqué que ça.
Il est marié.
Oui.
Ecoute Françoise, tu sais combien je te respecte et respecte ta liberté.
Tessie, tu ne m'aimes pas et...
Mais si tu es fou !
Non, je veux dire, tu n'es pas sûre de m'aimer.
Si, je t'aime.
C'est toi que j'aime.
Et lui ?
Je l'ai aimé.
J'étais folle.
Je pourrais bien te dire que je l'ai oublié,
mais on ne peut pas oublier tout à fait quelqu'un qu'on a aimé.
Je l'ai vu juste avant de te rencontrer.
Tu le revois souvent ?
Non, il a quitté clairement.
C'est fini, tu sais.
Nous ne nous verrons plus. C'est fini.
Ecoute Françoise.
Si tu veux, nous pouvons attendre le temps que tu voudras.
Maintenant, si tu crois que je t'aime moins, que je te respecte moins,
à cause de tout ça, tu te trompes.
D'abord parce que je n'en ai pas le droit.
Et puis je peux bien te le dire, je suis...
content.
Oui, c'est vrai.
Je me sentais gêné vis-à-vis de toi.
J'ai eu des aventures et certaines ont duré très longtemps.
Et bien comme ça, nous sommes à égalité.
Oui, mais elle n'était pas mariée.
Alors ?
Puis c'était loin, en Amérique.
Je vais tirer une confidence. Le matin de main, nous nous sommes rencontrés.
Je sortais de chez une fille.
J'avais couché avec elle.
On ne parlait jamais de tout ça.
Tu veux bien ?
On ne parlait jamais.
Tiens, c'est vous.
Il y a longtemps que vous êtes ici ?
Nous venons d'arriver.
Vous êtes la dernière personne que je m'attendais à rencontrer.
Pourtant, nous venons tous les ans.
Vous n'avez pas changé.
Vous non plus.
Vous connaissez ma femme ?
Oui, oui, nous nous connaissons. Enfin, de vue.
Mais félicitations.
Pourquoi ne m'avez-vous pas envoyé de faire part ?
J'ignorais votre adresse.
Vous auriez pu me téléphoner avant mon départ.
Je l'ai fait, je crois.
Inutile de mentir. J'ai bonne mémoire.
Vous m'avez lâché ignominieusement.
Enfin, vous aviez vos raisons.
Excusez-moi.
Je vous rejoins.
C'était elle.
Comme c'est bizarre, j'aurais dû y penser.
Elle ?
Oui, votre femme, Françoise.
Mais je ne vous ai jamais parlé d'elle.
Et comment ?
De votre fiancée blonde, catholique.
J'ai bonne mémoire, vous savez.
Comment aurais-je pu vous parler d'elle puisque je ne la connaissais pas ?
Mais pourquoi mentir ?
J'ai fait sa connaissance le lendemain même du...
du soir où je suis allé chez vous.
Du soir ? Vous voulez dire de la nuit ?
De notre nuit ?
Je n'ai rien oublié, vous ne cessez de me parler d'elle.
Elle vous a parlé de moi ?
Non.
Vous êtes toujours cachotier.
Bon, ne remuons pas les cendres, les cendres froides.
C'est loin tout ça.
Et pourtant, c'est fou ce que vous n'avez pas changé.
Vous non plus.
Et en même temps, ça me semble terriblement loin.
Pas plus loin qu'autre chose, pas plus loin que tout, en fin de compte.
Au fait, vous savez que je suis remariée ?
Mes compliments.
Oh, il n'y a pas de quoi, ça va mal.
Oui, ça va mal en ce moment.
Je ne sais pas comment je fais mon compte, mais je n'ai jamais eu de chance avec les hommes.
Ça me fait plaisir de vous revoir.
Même si c'est pour apprendre que...
Bon, je vois que je vous embête en parlant de ça.
Au revoir.
Au revoir.
Vous restez longtemps dans la région ?
Non, non, nous repartons ce soir.
Vous venez quelques fois, clairement ?
Non, jamais.
Et vous, à Toulouse ?
Jamais.
Et bien, peut-être dans 5 ans.
Oui, c'est ça, dans 5 ans.
Filez vite, votre femme va croire que je vous raconte des horreurs.
Elle te fait ses amitiés.
Elle reprend le bateau ce soir avec son mari.
C'est curieux, je ne savais pas que vous vous connaissiez.
Quand elle a quitté clairement, je ne te connaissais pas.
Oh, je venais juste de faire ta connaissance.
Elle dit que nous n'avons pas changé.
Elle non plus.
C'est bizarre, je ne l'avais pas vu depuis 5 ans, c'est fou ce que les gens changent peu.
Je ne pouvais pas faire semblant de ne pas la reconnaître, et puis comme c'est une fille très sympathique.
Tu sais, quand je t'ai rencontré, c'est de chez elle que je sortais, mais...
J'allais dire, il ne s'est rien passé,
quand tout à coup,
j'ai compris que la confusion de Françoise ne venait pas de ce qu'elle apprenait de moi,
mais de ce qu'elle devinait que j'apprenais d'elle,
et que je découvrais en fait en ce moment, et seulement en ce moment.
Et je dis tout au contraire...
Oui, ce fut ma dernière escapade.
C'est étrange que je sois tombé justement sur elle, tu ne trouves pas ?
Je trouve ça plutôt comique.
De toute façon, c'est loin.
C'est très loin.
Et puis on avait dit qu'on n'en parlait plus.
Oui, c'est vrai, ça n'a absolument aucune importance.
On se baigne ?
Tu viens de baigner ?
Oui !
Je vais ranger ?
Oui !
On attend tous lesseigniers.
On va prendre la truitée.
Oui !
Oui !
Oui...
Oui...
Ça, ce soit...
On arrive, les gens, hein...
Sous-titrage Société Radio-Canada
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