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Zulu
Merci.
Mademoiselle Véronique Melliflor, 4 rue des Carmes, Digne, Basse-Alpes.
Ça m'a félicité je te prie.
Bonjour Félicie !
T'as quelque chose à boire ? T'as l'air épuisée, ma chérie.
Ce qu'il te faudrait, c'est un bon amant.
Je dis ça pour toi, tu sais, ne le prends pas mal.
Mais mourir sans avoir connu le plaisir dans les bras d'un amant, c'est... C'est
ce qu'il y a de pire pour une femme.
Je connais des hommes à qui tu pourrais plaire.
Je ne cherche pas à plaire.
Oh, va-t'en, s'il te plaît.
J'ai besoin d'être seule.
Et moi, j'ai besoin que tu m'écoutes.
Il va retrouver tes amants.
On ne se comprendra jamais.
Mes amants, ils sont pas libres tous les soirs.
La nuit, chez moi, j'ai peur.
Depuis quelques temps, j'entends des drôles de bruits.
Ça vient du grenier.
Des pas lourds.
Comme un homme qui marche.
Un homme qui marche au-dessus de ma tête.
Si t'as peur, Annette, je peux rien faire pour toi.
Appelle la police.
C'est ça, pour qu'elle mette le nez dans mes affaires.
Ton tabouret de piano, il est passé où ? Cassé.
Il est cassé.
Tu vois ? Chez toi, c'est pareil.
Exactement le même bruit.
Reste avec Chopin.
Pauvre Véronique Melluflor.
J'ai assisté à son premier concert à Digne, à la salle des fêtes.
Elle avait du talent, cette petite.
Qu'est-ce que c'est ? Je vous cherchais.
J'étais devant la statue du Sphinx.
Le Sphinx ? Oui, vous savez, celui qui pose toujours les questions.
Le patron des flics.
Le juge Chabrin est là.
Ah, tout de même.
Il se souvient de moi.
Désolé, je suis à la retraite. Je pars en voyage.
C'est au sujet du meurtre.
Elle aussi, elle allait sur sa quarantaine, la pauvre. Eh oui.
Dieu est sourd et aveugle, son ange.
Allez, préparez ma valise.
Vous partez où ? En Égypte.
Mais quand ça, en Égypte ? Ce soir.
Votre oncle a téléphoné, il veut vous voir de toute urgence.
Ah oui, mon oncle.
J'irai.
J'irai plus tard.
Mais qu'est-ce qu'ils ont tous aujourd'hui ? Et on ne claque pas la
porte ! Un jour, elle va me casser quelque chose.
Non, n'ayez pas peur, il n'est pas méchant.
Allez, allez.
Vous savez,
monsieur n'a pas beaucoup de temps.
Qu'est-ce que vous me chantez là, Solange ? Quand on est à la retraite ?
Il ne sera jamais à la retraite, il aura toujours quelque chose à faire.
Ce soir, il part en Égypte.
Comment ça en Égypte ?
Il
ne peut pas me faire ça, c'est impossible.
Vous savez, rien n'est impossible avec lui.
Depuis le temps que vous le connaissez, vous le savez, non ?
Quelques jours dans la vallée des rois, il n'y a rien de tel pour nous aérer les
neurones.
Asseyez-vous, chabran.
Allez,
le feignant.
J'ai décidé de faire un grand reportage photo.
Comme je vous envie.
Vous partez combien de temps ?
Aucune idée. Ah, la grande aventure, alors.
Vous avez bien raison.
Et qui va s'occuper de vos petits compagnons durant votre absence ? Vous.
Impossible, je suis allergique aux poils de chat.
C'est dans la tête, les allergies.
Vous êtes trop fragiles.
Alors, qu'est-ce qui vous amène ? Le sujet de Véronique Méliflor.
Vous êtes au courant ? Oui, très vaguement.
Vous la connaissiez ?
Bon, comme ça.
Elle était assez intimidante dans son genre.
J'étais en lointain.
Ailleurs.
Je la croisais parfois au marché.
Souvent, j'ai eu envie de lui adresser la parole et puis ça ne s'est jamais
fait.
C'est comme ça.
Aujourd'hui, je le regrette.
Je le regrette énormément.
Sauvagement assassiné, mais rien n'a été volé.
Ni ses lingots, il en avait deux.
Ni son chéquier, rien.
Violé ? Dieu merci, non. Il a été vierge.
Pourquoi Dieu merci ? Et qui s'occupe de l'affaire ? Les gendarmes.
Joubert.
Joubert ? Son secteur. Il a commencé par un bout.
C'est curieux, quand même.
Une méliflore.
Grosse famille de la région.
Le cercle fermé des Méliflores.
Ma mère les connaissait un peu.
Maître Joubert là-dessus.
Vous savez, l'investigation est un art qui réclame de la patience, comme les
hiéroglyphes.
Champollion y a passé sa vie, sur les hiéroglyphes.
Alors croyez-moi, c'est pas votre petit Joubert qui va vous débrouiller le sac
de nœuds que je pressens dans cette histoire.
Ça vous fait rien.
Non, non, non.
Ça me rappelle mes débuts.
On a passé des bons moments ensemble.
Vous vous souvenez ? Qu'est-ce qu'on a pu s'engueuler ? Enfin,
dommage que vous partiez.
Vraiment.
On s'engueulait parce que vous aviez tort.
Je vous ai toujours repêché au dernier moment.
Bien, nous reprendrons cette conversation à votre retour.
Bon, ça va, ça va, puisque vous insistez.
De toute façon, rien que de vous imaginer ici tout seul, ça va me gâcher
mon voyage.
Son ange ! Défaite pédalise ! Je reste ! On
y
va ? On y va.
Il est dépassé, comme d'habitude.
Mais vous ne la prendrez jamais, votre retraite, je vous l'avais dit.
Il m'a eu, Solange.
Je suis un faible, un indécis.
Mais vous n'attendiez que ça.
Il m'a eu, je vous dis.
Mais je n'ai aucune volonté. Ça va, merci.
Poussière, naphtaline et champignons.
Vivre dans un tombeau et y mourir.
Elle avait des yeux superbes.
Vous vous rendez compte qu'aucun homme ne l'a jamais embrassé ? Ah, le chaspeau
et la baïonnette sont déposés au bref.
Par ici.
On appelle la liste 1. Sur la liste 2, vous mettez ceux qui habitent dans le
département de Moiset.
Et pour toutes les personnes qui se trouveraient encore plus à l'extérieur
du lieu où nous sommes, à ce moment-là, vous me les mettrez sur une liste et on
pourra... Ah, voilà le petit Joubert.
Joubert, laissez le commissaire Violette.
Le commissaire ? Non, il n'est plus commissaire, il est à la retraite.
Je peux poser une question ? Non, ne vous inquiétez pas, je viens en amie, je
suis ici pour soulever des lièvres.
D'accord ?
Vous n'aurez plus qu'à les attraper.
J'aimerais juste savoir qui mène le gâte, monsieur le juge.
Vous, bien sûr.
La violette est un ami.
Nous avons longtemps travaillé au coude-à-coude. Il nous peut être d
'excellents conseils.
Monsieur le juge, c'est un revolver à même chose. C'est ce qu'on appelle un
revolver de dame.
C'est ça, on n'a fait plus les commentaires, c'est très très ancien.
Il a dû s'enrayer.
Je suppose qu'il appartenait à la victime.
Qu'est-ce que vous faites, Joubert ? Je me mets à la place de la victime.
J'essaie de visualiser la trajectoire, on aurait pu faire la balle.
Si elle était dormée, c'est qu'elle craignait d'être attaquée.
La position du corps indique qu'elle était debout à son piano.
Elle a dû entendre son assassin arriver, en tout cas.
Bon, Marcel, on y va. Je reviendrai plus tard.
Au revoir, monsieur le juge.
Vous avez touché au tabouret du piano ? Non.
C'est ça, le lièvre ? Alors, quelqu'un l'a volé ? Juste après avoir vu le
contraire, elle jouait debout un peu.
Chopin,
vous me montrez comment vous faites ? Bon, Marcel, je vous attends. On y va.
J'ai compris.
Quand vous êtes arrivés sur les lieux, il n'y avait pas de tabouret.
Donc, première question, sur quoi la victime était-elle assise ?
« Comme vous mesurez, il vous sera
mesuré,
car à quelque chose, malheur et bon, les premiers seront les derniers.
» Qu'est-ce qu'il a pu écrire ça ? Quelconque bigote de sa connaissance, j
'imagine.
« À quelque chose, malheur et bon, dirait-il. »
Postée à Barles.
Pays de votre mère, non ? Oui.
Barles, la sombre, l'impénétrable, comme ses habitants.
Elle a été... Je vois pas bien.
On dirait qu'elle est arrivée la veille du meurtre.
Oui.
La porte qui a pu la poster ?
Qui sont ces femmes-là ? Une sœur des cousines, survivante de la famille
Meliflor.
À votre avis, c'est la sœur ou la cousine ? Bonjour.
Vous n'avez pas honte de fouiller chez les morts ? C'est le devoir de la
justice, madame.
Vous êtes juge ? Non, non.
Connaisseur, simplement.
Vous êtes ravissante.
Arrêtez. C'est moi le juge.
Pierre Chabron.
Ariane Méliflor.
On m'a déjà spolié, je veux être sûre que personne n'emporte rien. Vous
emportez quoi, là ? Une simple partition musicale.
Ariane Méliflor, vous êtes la sœur de la victime ? Oui.
Et ce meurtre, si j'avais pu le commettre moi-même, sans me faire
prendre, peut-être que je l'aurais fait.
Vous la détestiez à ce point ? Je ne l'ai jamais cachée.
Une égoïste pareille.
Au moment de l'héritage, vous savez ce que j'ai eu ? Nous vous écoutons.
Même pas une petite bricole ? Un souvenir, sans aucune valeur.
Quel genre ? Sentimental ? On peut dire ça.
Puisque vous ne voulez pas me rendre cette partition, au revoir, monsieur le
juge.
Madame.
Un souvenir qu'elle a arraché au griffe de ce soir.
Quand vous les interrogerez, tâchez d'en savoir plus.
Et puis faites protéger ces femmes.
Oui, moi j'y avais pensé. Merci.
Vous n'allez pas me dire tout ce que je dois faire maintenant, non ? Oh !
D
'abord, il vient d'entrer.
Juge.
J'aurais préféré te voir dans d'autres circonstances.
Qu'à ce point ?
Bien.
Vous m'en commencez ? Ariane Melliflor, le lendemain du meurtre.
Que faites-vous devant la maison de votre sœur ? Vous ne comprendrez jamais
rien à cette histoire, monsieur le juge.
Je pense exactement le contraire.
Personne ne peut comprendre.
Demandez à ma cousine.
Ariane a raison, vous êtes trop jeune, monsieur le juge.
Ma tante et ma cousine savent ce qu'elles disent.
Mademoiselle, vous êtes la dernière descendante d'Emilie Fleur, n'est-ce pas
? Oui.
Nous ne sommes plus que des femmes, monsieur le juge. Ce n'est pas toujours
facile pour nous.
Nous en sommes très conscients.
C'est pourquoi nous pensons que vous avez besoin d'être protégée.
Sans vouloir vous effrayer, l'assassin peut très bien recommencer.
Les crimes de rôdeur, ça existe aussi.
Tout existe.
Je me trouve bien nerveuse.
C'est un peu normal, non ? Nous avons besoin de votre contribution.
Dans votre propre intérêt.
On ne sait rien.
Si on savait quelque chose, oui, peut-être. Pourquoi pas, mais... Mais
là... Oui, là, nous ne savons rien.
Étiez-vous au moment du meurtre ? Au cinéma.
J'y suis restée les deux séances.
Et le film ? Les Dix Commandements.
Très beau film.
Le premier des commandements est de dire la vérité.
Ariane, toujours le lendemain du meurtre, vous avez évoqué...
Un souvenir que votre soeur vous a laissé ? Ma soeur ne m'a laissé aucun
souvenir. Ah.
Où étiez-vous le soir du meurtre ? Je dansais avec des amis.
J'étais avec elle.
On vérifiera tout ça.
Ce sera tout pour aujourd'hui.
Vous y disposez.
Merci.
Sacrée bonne femme, c'est Méliflore.
Belle, riche et menteuse.
Et muette comme des carpes.
Pourquoi les riches sont si égoïstes ? Regardez par la fenêtre, Solange, et
dites-moi ce que vous voyez.
Mais je vois des arbres, pourquoi ? Maintenant.
Regardez dans ce miroir.
Vous voyez quoi ? Je me vois moi ? Et pourtant, ce miroir
et ces vitres sont de même matière.
Vous voyez ? Derrière, il suffit de mettre un peu d'argent, derrière du
verre, et on ne voit plus que soi-même.
Je sens que vous allez la résoudre, cette énigme.
Vous avez rappelé le juge ? Oui.
Il confirme ce que je pensais.
Sur la lettre, il n'y a que les empreintes de la victime.
Or, par contre, sur l'enveloppe, il y en a six.
Celle de la victime, celle du facteur qui distribue le courrier, deux des
employés du tri, une de la receveuse de Barle et une inconnue.
On note simplement qu'il s'agit d'empreintes terreuses, doigts boueux,
particulièrement visibles.
Je vais à Barle aujourd'hui.
Ah ben, je vais vous préparer une chemise propre.
Et surtout, n'oubliez pas votre maman.
Je vous fais un bouquet.
Je dératise.
Il faut faire attention aux misrains.
Je suis très prudent.
Aujourd'hui, j'en ai tué 12.
Félicitations.
Les enfants sont sages cette année ? Je ne me plains pas trop. À part les rats,
on est bien ici.
La campagne est si belle.
Vous avez raison.
Il y a toujours à voir dehors.
Allez, bonne journée.
Bonne journée.
Commissaire ? Vous cherchez la poste ? Non, non, je cherche la poste.
Et vous, ça avance ? Oui, toujours, pas d'inquiétude.
Bon, ben c'est bien.
Sinon, l'autre jour, j'ai vu votre pneu vent gauche, il était lisse.
Ah, vous faites bien de me le signaler.
C'est vrai, on n'est jamais assez prudent.
Allez.
Qu'est-ce qu'il fait avec les fleurs ?
Bonjour, mademoiselle.
Bonjour, monsieur.
Euh... Je voudrais entendre, s'il vous plaît.
Vous n'êtes pas de la police, vous, au moins ? Hein ? Pourquoi ? Qu'est-ce qu
'elle vous a fait, la police ? Hein ? On vous a fait des misères ? C'est rien de
le dire. On voit que vous ne les connaissez pas, hein ? Je les connais un
peu.
Une jolie fille comme vous.
Racontez-moi.
Rien de grave pour le moment.
Mais tout de même, ils m'ont déjà interrogée trois fois.
Et qu'est-ce qu'ils vous ont posé comme question ? Si j'avais vu quelqu'un la
veille du meurtre, entrer à la poste, mettre une enveloppe.
Ils vous l'ont montré l'enveloppe ? Eh oui.
Mais des enveloppes. Moi je vois que ça.
Si c'est posté d'ici, forcément, j'ai dû la voir.
Eh oui.
Et vous envoyez beaucoup dans la journée, des enveloppes ? Ça dépend des
jours, je compte pas.
Je veux qu'on me laisse tranquille. Maintenant, je... Dans deux mois, je me
fiance. Ah ! Et il est où, le fiancé ? En Algérie, comme tous les jeunes.
Vous savez, on peut se souvenir de certaines choses sans pour autant s
'attirer des ennuis.
Pas ici, monsieur.
Pas à Barle.
Excusez-moi, j'ai affaire.
Bon.
Eh bien, merci beaucoup.
Votre thème, monsieur.
Au revoir.
Mes brodequins de la poste avec les lacets rouges, ils sont où ? Cocagne et
Monique, je les avais posés ici.
Tu comprends ce que je te dis ? Tu crois que je suis fada, c'est ça.
Je le sais que tu es dans un fauteuil.
Je le sais que tu ne peux plus parler, que tu es une grosse malade.
Ce n'est pas une raison.
Si tu as vu quelqu'un me les prendre, mégot Dieu de la poste, fais oui de la
tête. C'est tout ce que je te demande.
Si tu me caches quelque chose, tu ne l'emporteras pas au paradis.
Et ça, c'est bien que tu le saches.
Toi non plus, tu ne l'emporteras pas au paradis.
La terre est bonne ? Un peu sèche.
Il faudrait qu'il pleuve.
Vous avez l'heure ? 5h45.
Vous faites quoi, là, dans cette tombe ? Ma tombe ? Je creuse.
Quand on n'a pas les bonnes chaussures, c'est pas évident.
Oula, mais... Faut que je me rentre, moi.
Pute borgne.
Vous êtes de digne ? Oui, oui.
Je suis venu sur la tombe de ma mère, là.
La deuxième à droite, contre le mur.
Ah ! Marie la Violette ! Excusez-moi, je vous avais pris pour un étranger.
Ici, au moins, on est tranquille.
Vous venez souvent ? Tous les jours.
On se sent bien avec eux.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs.
Vous saviez ça ? Oui, c'est un poème, ça.
Ah ? J'ai dû l'apprendre à l'école, il y a longtemps.
La servante au grand cœur, dont vous étiez jalouse, et qui dort son sommeil
sous une humble pelouse.
Ça va venir.
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs, les morts, les pauvres
morts. Oh, de grandes douleurs.
Vous connaissez aussi.
Ça vous dit ? C'est bien.
Hein ? Ah !
Avant, j'étais facteur.
Je distribuais le courrier.
Avec moi, jamais une lettre de perdu.
Vous connaissez tout le monde, hein ? Je connais les adresses. Les gens, c'est
autre chose.
Ici, à Barles, moi, on en dit, et moi, on en dit encore.
C'est ça qu'ils ne comprennent pas, les gendarmes.
Ils vous ont fait des misères, vous aussi ? Non, non, moi, on ne m'embête
pas.
Celui qui est venu hier au café, on m'a dit.
Non, je ne l'ai même pas vu.
Mais je n'attends rien de lui, ni lui de moi.
Vous ne lisez pas les journaux ? Quand on me les passe de temps en temps, c'est
toujours les mêmes nouvelles.
Même la radio, je ne l'écoutais plus.
Il y a eu un crime, Digne.
Ils enquêtent à Barles ? Pas normal, ça.
Pas normal, mais c'est logique.
Je suis en retard, c'est pas ma faute.
J'ai croisé un type qui vient de Dignes.
Je me demande s'il n'est pas de la police, lui aussi.
Il portait l'uniforme ? Non, il ne portait pas l'uniforme.
Qu'est-ce qui te fait croire qu'il était de la police, alors ? Sa façon de dire
les choses, sans les dire, tout en les faisant comprendre.
Il était habillé, comment on vous demande ? Il portait un par-dessus,
monsieur l'instituteur.
Avec une écharpe, des chaussures à lacets, assez fines et un peu montantes.
Votre homme, je l'ai aperçu.
Il s'est arrêté devant l'école, on a échangé quelques mots et il est reparti.
Tenez.
Peu de temps après que vous nous liiez à la poste.
Comment vous savez que j'y suis allé, à la poste ? Par la fenêtre. Vous mettiez
votre courrier.
Je vois tout de la fenêtre.
Et vous voulez quoi, cet individu ? Je ne sais pas ce qu'il me voulait.
Je l'ai croisé au cimetière. Il venait pour une parente. Il est natif de
Barles.
Vous savez qu'il y a eu un meurtre à Dignes ?
Oui, une femme, une certaine Véronique Méliflore.
Tenez, distribuez.
Qu'est-ce qui t'arrive ? Ça va passer, ça va passer.
Si quelqu'un me cherche des noises, ça va mal passer pour lui.
On dirait qu'elle tient la fièvre.
Tu as attrapé la mort au cimetière, ma parole.
On n'attrape pas la mort, mes amis. Elle court très vite.
Mais un rhume, ça se pourrait, hein, Emile ? Vu qu'il voulait te montrer son
coin gomorille.
Je crois qu'il va y aller tout seul.
Donne-moi ça, tu es trop nerveux.
Arrêtez de creuser votre tombe un peu.
Regardez dans quel état ça vous met.
J'ai la permission de la mairie.
En échange, je nettoie le cimetière. Une fois que tu l'auras creusée, ta tombe,
il te faudra mettre une belle pierre au-dessus du tierpensier.
Bien sûr qu'il y a à penser.
Il pense à tout, Emile.
Oui, il pense à tout, Emile.
Et monsieur l'instituteur, il n'aurait pas oublié quelque chose ?
Mais quoi, frère, peut-être on le servira à boire ? Ah ! Vous savez la
bouteille de pastis que j'ai amenée l'autre jour ? Vous l'avez apportée,
mais vous l'avez bue.
Un petit vin de noix, c'est tout ce qu'il me reste.
Allez-y.
Allez.
La meurtre, moi je dis prudence.
Le soir, prudence. Je me barricade, je ferme tout.
Et ce qu'on voit, c'est qu'il se passe.
On ne se méfie jamais assez.
Regardez-le, celui-là.
Ça me toujours faut un cher instituteur.
Lui, Henri et le Félix.
Vous connaissez Félix ? Non, pas encore.
Le mangeur de morilles, on l'appelle.
Il l'a trouvé dans la campagne.
Et son coin, il ne montre à personne.
Égoïsme, vous savez.
Oh, c'est terrible.
Et vous, c'est comment votre prénom ? Colette.
Ah, j'adore Colette.
Ah, c'est un prénom très très joli.
Compliments, c'est pas tous les jours.
Ça fait du bien de voir des étrangers parfois.
Emile, il a peur de sa femme.
Il a décidé de ne pas se faire enterrer dans la même caveau.
Ah, voilà.
C'est pour ça qu'il creuse sa propre tombe.
Il a peut-être quelque chose à cacher encore.
Elle aussi, je suppose.
Comme beaucoup de gens dans le village.
Eh oui.
Tout le monde a quelque chose à se reprocher. Ne croyez pas.
C'est fort possible.
Un coup de fusil s'est vite arrivé.
On ne se méfie jamais assez.
Il y en a eu d'autres par ici.
Ah bon ? Des histoires de vengeance, vous croyez ? De vengeance, d'adultère,
de tout.
Un panier de crabes.
Moi, j'étais trop gamine.
Je sais que c'est allé loin.
Et la famille Melliflor, vous connaissez ? Je vous dis que j'étais trop jeune.
Ah, te voilà quand même, toi ? Ma fille.
Va donc voir le charcutier d'amour et prends-lui deux rondes de boudin.
Le charcutier d'amour ? C'est joli, ça. C'est son vrai nom.
Un artiste qui travaille comme un dieu. Un garçon plein d'avenir. Tu parles d'un
avenir ? Être obligé de t'enterrer à Barle.
Vous aussi, vous vous ennuyez tant que ça, ici ? Tout le monde, c'est n'importe
quoi. On te pousse à le faire.
Ah bon ? À faire quoi ? N'importe.
Creuser ta tombe, par exemple.
Oh, toi, c'est différent, hein ?
Enfin, c'est qu'à s'amuser.
Vous restez souper avec nous ? Eh non, j'ai de la route à faire, ma petite
colette. À quelle heure je vais la prendre ? Vous n'avez qu'à rester
dormir.
J'ai une chambre de libre. Si ça vous intéresse, c'est de l'autre côté de la
rue.
Bon, ça me va.
Allez, d'accord.
Je vous sers autre chose ? Non, non, ça va, j'ai mon... Oh, oui, tiens, allez,
un petit pastis. Allez, un pastis.
Il était bizarre, Emile, ce soir.
Et toi aussi, t'étais bizarre.
J'ai pas dit un mot de toute la partie.
C'est justement pour ça que t'étais bizarre. D'habitude, tu parles.
L'instituteur, il avait une montre neuve. Tu as remarqué ? Et alors ? Moi,
j'aimerais vérifier certaines choses.
Tu m'apportes tes jumelles. Je dis prochaine, tu me les prêtes. Je te les
prête à la commission.
Que tu me fasses voir ton coin en morille.
Ah ! Qui a dit morille ? Je suis dommage, je vous entends parler. Il y a
des morilles dans le coin ?
Le printemps, ça arrive, vous savez, une poignée de temps en temps.
Et encore, il faut la mériter.
Il nous est ce qu'à grâce, oui.
Une bonne femme de digne, plus si bien la baïonnette.
C'est bien triste, mais on y est pour quelque chose, nous.
J'espère bien que non.
Ils prétendent que c'est quelqu'un d'ici pourtant.
Alors si tout le monde commence à soupçonner tout le monde, où on va ?
Comment s'appelle la victime déjà, Monique ? Véronique, une pianiste.
Oh, j'ai jamais vu de pianiste.
Ni pianiste, ni piano. Je connais que l'orgue de l'église.
Ouais.
Cette histoire de lettres expédiées de bar, là, ça c'est un coup monté de l
'extérieur.
Ça existe des coups montés, vous croyez pas ? Milly Fleur, c'est un nom du pays,
ça ? Oh, les noms du pays, j'en connais quelques-uns.
Milly Fleur, ça te dit, toi ?
Peut-être.
Personnellement, je n'en ai jamais connu.
Mes parents m'en ont jamais parlé non plus.
Ils ne sont plus là pour le dire, les pauvres.
Milly Flore a cet honneur dans la région, je suis sûr.
Il y a longtemps qu'elle est paralysée ? Juste après son mariage avec Émile.
C'est pour ça qu'ils n'ont pas eu d'entente.
Une qui sait des choses, c'est bien la femme d'Emile.
Elle a beau être muette et paralysée, elle sait tout.
Tout.
Allez, allez ! Allez, allez, allez !
Je me sens pas bien.
Il se passe quelque chose dans ta maison.
J'entends des bruits.
Non, mais quel bruit ? Mais qu'est-ce que tu racontes ? Viens.
T'as trop bu, peut-être
? T'as pas entendu l'histoire ? Avec ta cousine ? Va pas chercher des excuses,
va.
Tu veux quand même pas partir comme ça ?
Il faut pas m'en vouloir, Annette.
Tiens ! Qu'on aille pas dire que je suis une voleuse !
Vous mesurez, il vous sera mesuré, car est quelque chose malheureux.
Les premiers seront les derniers.
Le royaume des cieux leur appartient.
On la croit paralysée.
Elle se lève de son fauteuil et elle marche.
Un peu, elle parle.
Ça alors.
C'est plus fort que la pierre de Rosette.
C'est parce que c'est la pierre de Rosette.
Un jour, je vous expliquerai.
Oui, ne quittez pas, je vous le passe. C'est chabrin. Oui.
J'étais sûr qu'il allait recommencer.
J'arrive, oui.
Ça fait 60 centimètres de diamètre.
C'est des salabettes, ça.
Le meurtrier est entré par où ? Vous n'avez pas été surveillé, cette maison ?
Surveillé ? On a essayé, mais ils ont refusé.
Rien de mieux à faire.
Têtues, les femmes.
Surtout quand ça a quelque chose à cacher.
C'est la même ? C'était le bar, là.
Même empreinte.
Comme vous mesurez, il vous sera mesuré.
Car quelque chose, malheur et bon, les premiers seront les derniers.
Même message, le mot pour nous.
Allez, on m'a montré quelque chose.
Suivez-moi.
La relation intime de la victime. J'ai un carnet d'adresses.
S'arrêtez pas. Des sexes bâtards, des mariés, elle venait de partout.
Je retourne à Barles et j'interroge tout le monde.
Allez-y doucement quand même.
Ça veut dire quoi ça ?
Ça veut dire que là-haut, voyez-vous, les journées sont plus courtes et les
nuits plus longues.
À cause de la montagne qui fait de l'ombre.
Et aussi à cause du manque d'amour.
Eh oui.
Alors pensez-y quand vous parlez aux gens.
Parce que si vous les brusquez, ils se ferment.
Ben oui, seulement c'est mon enquête.
Et je sais où je vais, moi.
Ah oui ? Ben vous avez bien de la chance. Parce que moi, voyez-vous, j
'avance coup par coup.
Et je vous conseille d'en faire autant si vous voulez pas vous mettre tout le
monde à dos.
Ça veut dire quoi, ça ?
N'empiétez pas sur mes plates-bandes, commissaire.
Les morts n'appartiennent à personne, M. Joubert.
Ni eux, ni leurs secrets, à personne.
Tout bon policier doit savoir ça.
M. le juge.
Joubert,
puisque vous savez où vous allez, allez-y.
Alors, comme on dit, vous jouez sur le tableau, M. le juge. C'est pratique, ça,
hein ? Dans toute enquête qui se respecte, une bonne logique, on joue
quelqu'un, une personne qui met une enquête de but en bas, de début à la
fin. Débrouillez-vous, Joubert.
J'attends vos résultats.
Tenez, le truc dont je vous ai parlé qui a disparu, il était là.
Grâce au contour laissé par la poussière, nos enquêteurs ont pu
déterminer le diamètre exact.
60 centimètres.
Oh là là ! Une collection complète de calendriers ? Attendez,
1870 ? 1940 ?
Vous vous rendez compte ? Écoutez, il n'y a rien à voir là-dedans, c'est tout
moisi vos trucs.
Oh ! Ça !
Bon, vous venez, on n'a pas que ça
à faire là. Une seconde, vous me laissez réfléchir s'il vous plaît.
Donc, nous sommes dans la maison de la victime,
de laquelle un objet de forme
indéfinie,
a disparu.
Comme chez Véronique Méliflore.
Exactement.
Vous me montrez où elle est morte ?
Qu
'est-ce qui vous prend ? Ouais, ouais, ouais.
Vous avez la clé ? Les gendarmes ont déjà fouillé. Sans intérêt.
Chabran ! Je ne suis pas venu ici pour vous tenir chaud.
Hein ? C'est vous qui êtes venu me chercher, je vous signale.
Oh !
Vous voyez bien qu'il n'y a rien, vous m'éveillez.
Vous pourriez me faire une bonne photo de ce portrait ? Pourquoi c'est
Christy ? Vous le connaissez ? Moi non, mais le reste de la tribu certainement.
Vous savez, la généalogie, c'est comme les fouilles. Plus on avance, plus on
découvre. On découvre les rancœurs, les conflits, les cadavres dans les
placards. D'accord, d'accord.
Vous l'aurez demain, votre photo.
Merci. On y va parce qu'il fait froid, là.
Et puis humide.
Encore une sombre histoire de famille, ça.
Comme toutes les histoires de famille, on ne sait pas par quel bout la prendre.
C'est ça, avec des fantômes pendant que vous y êtes.
En tout cas, dans une maison avec un grenier pareil, il y a de quoi avoir la
pétoche quand la nuit tombe.
La peur des fantômes, c'est avant tout la peur de soi-même.
Ah,
t'as bien tardé pour venir.
J'ai fait aussi vite que j'ai pu. Mais j'ai plus mes jambes de 20 ans, moi non
plus. Bonjour, mon oncle.
Bonjour. Ne me raconte pas de salade. Tu sais très bien ce que je veux dire.
Oui, vous avez raison de me faire des reproches.
Mais pourtant, je pense à vous.
Je pense à vous beaucoup plus que vous croyez.
Ah.
Tenez, votre tabac.
Pour me faire pardonner.
C'est pour ça que vous m'avez fait venir ? Tu mènes l'enquête de ton côté, toi
aussi ? Non, officiellement, c'est... C'est les gendarmes.
Joubert. Jean-Pierre Joubert. Ça vous dit quelque chose ? Jean-Pierre Joubert.
Euh... Attends, 4 kilos 9.
La tête ne voulait pas sortir, alors on lui a mis les forceps.
D'accord.
Ça explique tout.
Non, je...
J'essaie de faire le lien entre Barles et Dignes.
Vous, vous avez sillonné tous les villages.
Vous connaissez tous les habitants. Vous les avez vus, là. Vous allez mourir.
Oui, depuis trois générations.
Mon père et moi, avant, trois générations.
Donc vous connaissez le pays comme personne.
Bon.
Lui.
Gaëtan Mélifort, le pistachier de la famille.
Le riche. Oui, c'est ça.
Le frère, lui, il s'est cagassé sur une terre tellement pente que les poules.
On a été obligé de leur mettre un taquet au cul pour conserver les œufs.
Si je comprends bien, la terre, il n'y en a pas eu pour tout le monde.
C'est ces gens-là, la solation, c'est une tradition.
T'as ceux qui profitent et ceux qui morflent.
Le pays, c'est que ça.
J'en sais des choses.
Mais maintenant que je suis là...
à compter les mouches sur les vitres, tout serait mieux de ma tête, c'est
normal.
Et personne ne vient me voir, même pas mon neveu.
La dernière fois, vous m'avez foutu à la porte.
C'est que tu m'avais déjà fait le goût la dernière fois.
Six mois de rente, t'es pas venu me voir. J'étais en mission, vous le savez
bien.
Allez, racontez-moi. Tu es le seul membre de la famille qui me reste.
Dix ans que je suis là. Alors un coup tu te pointes à Noël, un coup tu te pointes
à Pâques, et une autre fois quand il te tombe un œil. Oh, vous me la racontez
cette histoire ou non ? Hé, hé, hé, moins fort, je suis pas sourd.
Bon, ça va si je parle comme ça ? Dans les campagnes, tout est répété, déformé,
la vérité, le mensonge, tout ça, c'est du pareil au même.
Alors on se tait.
On se tait, on préfère enterrer son secret dans la tombe.
1890. Le vieux Gaëtan Méliflore, il est crière sur la voie publique et il a déjà
deux filles.
L'une est la mère de Véronique, l'autre d'Anette. C'est ça, oui.
Véronique et Annette, les deux cousines, qui se sont toujours méfiées l'une de l
'autre, et que j'ai eu honte d'ailleurs, comme leur maman, que mon pauvre père a
mis au monde.
Hé, pauvre père, il m'a transmis un beau métier.
D'autres choses se transmettent, et pas que des bonnes. La haine, par exemple.
De génération en génération, dans certaines familles, c'est terrible.
Chez les Méliflores, c'était ça.
Racontez-moi.
Une autre fois, va.
La prochaine fois, je te dirai.
T'as entendu la cloche ? Allez.
Vous pouvez pas me dire maintenant ? Non, la prochaine fois, je te promets.
Au revoir.
Eh ben, au revoir.
Au revoir.
Et... Je peux garder la photo ? Ben oui, mon oncle, bien sûr.
Qu'est-ce qui vous ferait plaisir que je vous ramène la prochaine fois ? Et...
mes 20 ans ? Dans une pochette surprise ? Ah...
On dirait que c'est moi l'assassin à cause de la lettre.
Pourquoi je l'ai postée ? Déjà la première, j'aurais jamais dû.
Félicie la postière, j'ai bien vu la façon dont elle me calcule.
Un jour ou l'autre, elle va parler, elle dira que c'est moi qui lui ai donné la
lettre à Tembray.
Mais je vais pas me laisser faire.
L'enfant de pute qui m'a volé les godiots de la poste, c'est pour me faire
du tort à moi aussi.
Pourquoi tout le monde est contre moi, tu peux me le dire ? J'ai toujours été
honnête, moi.
Si quelqu'un me veut du tort, je vais y mettre la main dessus.
Ne me regarde pas comme ça, Monique.
Moi, je sais qui c'est.
Je retourne au cimetière et j'y mets la main dessus.
Ma pierre tombe bas, je peux te dire que c'est lui qui va me la payer.
Gaëtan Méliflore ? C'est pas possible, il est mort il y a 30 ans !
Eh
! Eh ! Eh !
Il ne voulait pas être enterré avec sa femme.
Donc, il creusait lui-même sa propre tombe.
Ce faisant, il a dû contourner la fosse et fatalement, il est tombé.
C'est ce qu'on appelle communément un accident.
Creuser sa tombe en pleine nuit, vous trouvez ça normal, vous ? Moi, je ne dis
pas que c'était normal.
Moi, ce que je dis, c'est ce qui s'est passé.
En fait, ce n'était pas la peine de le convoquer, l'autre.
Vous savez ce qu'il vous dit, l'autre ? Oui, bien justement, tiens, j'aimerais
bien savoir ce que vous avez à me dire.
Je trouvais ça sous un tas de feuilles mortes. Oh ! Une belle découverte, ça,
hein ? Franchement, monsieur le juge, le père de vieille godasse, mais qu'est-ce
qu'on en a à foutre, nous ? Il y a ses initiales.
E.P.
Émile Pincenat. Ah oui ? Seulement, là, il a ses gaudillots aux pieds.
Oui, mais il a pu changer de chaussures avant de retourner ses chaussettes.
Ça veut dire quoi, ça ? Retourner ses chaussettes ?
Ça veut dire passer l'arme à gauche ? Vous n'êtes pas au courant des
expressions locales ? C'était pour la première fois sous l'avis de Joubert.
Il a glissé, c'était évident.
Je fais ramener le corps chez lui.
Qu'est-ce que tu vas me faire, Jules ? Venez, Joubert.
Vous les reconnaissez ? On
vous a fait des misères, vous aussi.
C'est pourquoi vous gardez le silence.
Vous voyez tout, vous entendez tout, mais... Motus.
Une troisième lettre, directement remise à son destinataire.
Elle est vide.
Oui, elle est comme votre enquête, jusqu'à présent.
Bon, monsieur l'instituteur, dites ce que vous avez vu.
Si le juge veut bien m'entendre, vous pouvez rester, c'est pas un secret.
J'ai pas l'intention de partir.
Quelques jours avant le deuxième meurtre, j'ai vu Emile poster une
lettre. Vous avez attendu tout ce temps.
Je voulais pas faire de tort à Emile.
Nous jouons en cartes ensemble.
Maintenant, il va falloir vous trouver un autre partenaire.
Oui, entre autres.
Quelle histoire.
Bon, eh bien, je vous laisse, moi. J'ai un rendez-vous.
Au revoir, madame Pince-Neige.
Au revoir.
Je me fais quoi, moi ? Madame, j'aurais quelques questions à vous poser.
Monsieur le juge, elle est vide, elle est vide. Qu'est-ce qu'on en fait ?
Joubert.
Émile était un brave garçon.
Crédule, un peu.
Vous croyez qu'il s'est fait manœuvrer ? Oui, c'est ça.
Trop émotif.
J'avais beaucoup d'affection pour lui.
C'était un fragile.
Des phénomènes assez courants dans la région encore de nos jours.
Il croyait aux fantômes.
C'est peut-être un fantôme qu'il a assassiné.
Émile se confiait à moi de temps en temps.
Il a eu un mariage malheureux.
C'est tout ce que je peux vous dire.
Elle est mignonne, cette petite.
Tous les hommes sont amoureux d'elle.
Ah ouais ? Vous aussi ? Son rêve, vous savez ce que c'est ? Avoir une
voiture et partir loin d'ici.
Une belle voiture neuve.
Malheureusement, je n'ai pas les moyens.
Bon, je vous laisse.
À bientôt, commissaire.
Hé, si vous avez besoin d'un quatrième aux cartes, je suis votre homme.
Ce sera avec joie.
J'aimais du flore en dehors des deux filles qui se bouffaient le nez, là.
Y avait qui d'autre ? L'histoire des deux frères, non ? Mais pas bien
raconté, ça. Ouais, ils bouffaient le nez pareil, hein. Le riche et le pauvre.
C'est ça.
Ouvre bien tes oreilles. L'histoire importante, c'est ça. Le riche et le
pauvre. Je parle de ça avant 14, hein.
Donc, Roger met enceinte une fille aussi démunie que lui.
une orpheline paysanne avec une petite sœur à charge.
Alors, évidemment, c'est la honte.
C'est la honte totale. Ils ne peuvent pas garder leurs secrets bien longtemps.
Les gens se barricadent derrière.
Pour ne pas les voir, pour ne pas leur parler, on les observe derrière les
volets clos, c'est ça ? Oui.
T'adresser le catalogue complet de toutes les vacheries qu'on leur a fait
subir, je ne saurais pas.
Mais après l'accouchement, on les a chassés, traqués pour chasser, si bien
que pour finir, la jeune femme, elle est morte.
Morte en couche ? Oui, version officielle.
Lui, il s'est fait la malle sur un bateau, destination les colonies.
Où ça ? Ouais, quelque part en Afrique.
D'où il a écrit des lettres de vengeance, de menace à tout le monde.
Et à son frère, et à tout le village.
Il y a un rapport avec tous les meurtres, ça joue le sens.
La manière dont les gens abarrent, évitent la question quand on leur parle
d'Emilie Flore.
Comme s'ils se sentaient coupables de quelque chose. Il ne faudrait surtout
pas parler.
Il y a un rapport, c'est certain.
Tu comptes te marier quand ? Ça fait 40 ans que vous me posez la question.
Tu ne m'as toujours pas répondu.
Tu aimes trop les filles, c'est ça ? Dans le temps, c'était ça.
Un jour, il faut choisir.
Moi j'ai attendu trop tard, j'ai fait comme toi, j'ai préféré la solitude.
Moi cette fille là, la paysanne là, son enfant, enfant du péché là,
c'était un garçon ou une fille ? C'est drôle parce qu'il y a un gars qui m'a
posé la même question il y a deux mois.
Qui ça ?
Je te dirai la prochaine fois.
Je sais que tu n'as pas pour mission de venir me tenir compagnie. Mais tout de
même, ça m'a fait plaisir de te voir.
Et ça me ferait davantage plaisir que tu reviennes.
Je reviendrai vous voir plus souvent, mon oncle.
Oui,
je m'attends discrètement.
Je vais rejoindre les autres.
Discrètement, avant que je pleure.
Bonjour, jeune homme.
Je vais être ailleurs.
Tu es comme les lieux, tu perds les mémoires en courant.
Ça va, j'ai dit bonjour.
Maintenant, tu le dis.
Vous non plus, vous ne dites pas bonjour ? Pardon.
Bonjour.
Mon cher juge, j'ai du nouveau.
Ce soir, vous allez venir avec moi voir mon oncle Pardigon.
Lui seul est à même de nous éclairer sur ces sombres histoires de famille qui, à
mon avis, sont directement liées à tous ces crimes.
Écoutez, la violette, ce soir, j'ai pas le temps.
Et puis, franchement, ces histoires de greniers, de fantômes, c'est absurde. C
'est pas la bonne méthode.
D'ailleurs, l'enquête est close.
Ces godillots que vous retrouvez au pied de Pince-Nas sont ceux qui ont laissé
des empreintes chez Véronique et Annette Mélifleur.
C'est tout ce qu'il a trouvé, votre Joubert ? Hein ? N'importe qui aurait pu
emprunter ces godillots, comme vous dites, et aller battre la campagne jusqu
'au domicile des victimes ? Les empreintes relevées sur les lettres
envoyées aux victimes sont les siennes. On a vérifié.
Commissaire, vous étiez le premier à solliciter vos conseils.
Je vous ai fait perdre votre temps.
J'aurais jamais dû vous mêler à tout ça.
Oui, oui.
Qui de rien ne se mêle, rien ne se démêle.
C'est quoi cette embrouille ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Vous avez peur de
passer pour un couillon aux yeux de la gendarmerie ? C'est ça ? Alors quoi,
je... Je suis trop vieux ? Mais non, moi aussi, un jour ou l'autre, tous, nous...
Oui, il ennuie, hein, quand on vieillit.
C'est dressé, jeune.
Là-dedans. Là-dedans, moi, j'ai 20 ans.
Avec en plus l'avantage lié à ma longue expérience.
On n'aurait jamais dû vous faire renoncer à ce voyage en Égypte.
D'ailleurs, il est peut-être encore temps.
Pourquoi ? Pour vous foutre mon poing sur la gueule ? Hein ?
J'aurais trop peur de vous briser un vieil os.
Vous vous trompez, chabrant.
L'assassin court toujours.
L'enquête n'est pas close.
Et je l'aurai.
Croyez-moi.
Ah oui.
Ça, je l'aurai.
Bien chaud, sinon ça sert à rien.
Il vient mendier ma collaboration.
À peine je suis sur une piste, il me congénie comme un domestique.
Il a bien changé, hein.
Mais non, il n'a pas changé, vous le connaissez.
Dès qu'il a un doute, il en veut à ceux qui lui rendent service. Mais vous, vous
continuez comme vous avez décidé.
J'aurais dû vous épouser, vous croyez, Solange ? Oh non, non, c'est très bien
comme ça.
Je ne suis pas dupe, vous savez.
Je sais très bien que si j'arrive à résoudre cette enquête,
Qu'est-ce que je pourrais vous offrir qui vous fasse plaisir ? Je vais y
réfléchir.
Demain, j'irai voir mon oncle Pardigon.
J'aurai le fin mot de l'histoire.
Très bien.
On lui a fait sa toilette.
Si vous voulez choisir un costume, toutes ses affaires sont dans l'armoire.
Merci mademoiselle.
Voilà.
J'avais plus que vous.
Maintenant vous me laissez tout seul comme un pauvre imbécile.
Cette personne qui est venue vous demander des renseignements sur l'Émilie
Flore, pourquoi elle ne m'a pas dit son nom ?
Je l'aurai.
Le salaud qui a fait ça, je l'aurai.
Je vous donne ma parole, mon oncle.
Je l'aurai.
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