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T'es venue de Paris à pied ?
Pourquoi t'as cette canne ?
C'est celle de papa...
C'est pour mieux te taper !
Regarde-moi.
Regarde-moi...
Enlève tes mains.
Salut, petite sœur.
Salut, mon frère.
- Le maire dit... - Quels gens ?
... que certains dimanches il pourrait y avoir du monde.
Mais quel maire ?
Moi.
C'est moi, le maire.
Cet endroit, pour moi, devrait être rempli d'enfants.
Vous en voyez ?
Parce qu'on n'en a pas.
Ça n'intéresse pas le maire.
Moi, je voudrais vous le donner
gratuitement
et vous pourriez en faire une colonie
pour enfants pauvres
ou un centre pour drogués...
On ne veut plus rester ici.
Toi, tu veux plus.
Moi si. J'adore cet endroit !
Tu viens jamais, idiot.
J'adore quand même, idiote.
Pour l'instant, on voudrait le garder
et en faire un musée du dimanche.
N'embrouillez pas le maire.
On ne peut plus se le permettre.
On a dix mille euros d'entretien par mois.
Plus les salaires : le jardinier, la domestique... obligés, même si...
À propos, tu as apporté l'enveloppe ?
L'argent pour payer ?
Je n'ai pas pu passer chez toi, il pleuvait.
Et moi, je leur dis quoi ?
"Je vous paie pas parce qu'il pleuvait ?"
Où en étais-je ?
Ah oui, les salaires,
les impôts, les assurances,
les accidents,
l'année dernière, il y a eu une énorme inondation,
le Bruegel à restaurer...
Vous imaginez ce que ça a coûté ?
Je n'en ai pas idée, madame.
Alors, dans la maison du jardinier,
on pourrait mettre la buvette.
Les gens pourraient venir pique-niquer le dimanche.
- Ça serait gai. - Et visiter le château...
Pas le château. Le jardin à la limite.
Mais le maire dit que ça ne suffit pas.
Les gens ne viennent pas juste pour pique-niquer.
Ils veulent venir dedans.
Entrer,
visiter...
Les gens sont curieux,
ils viendront
voir le "château du patron".
Surtout qu¹il n'y a plus de château...
Non, le château y est encore.
Mais il n'y a plus d¹usine,
plus de patron...
il n'y a plus rien.
Je me souviens de ma mère, la pauvre...
parce qu'elle est morte,
elle était ouvrière chez votre beau-père,
elle parlait toujours de lui, de votre père,
de la SOGAT,
de la famille Rossi Levi. Ça a bercé mon enfance.
Et ça fascine encore.
Alors, ils ne viendront pas, voilà.
Vous voulez quoi ?
Qu'on entre dans ma chambre,
qu'on me regarde prendre mon bain, chier, dormir ?
Me gratter les couilles ?
Comme au zoo ?
Écoutez, moi, je veux rien.
Qu'on me regarde mourir ?
Quelqu'un a vu Jeanne ? Elle a disparu.
Jeanne !
On avait un empire
et mon mari l'a vendu pour une bouchée de pain.
Venez voir.
Venez voir le Bruegel.
Il a peint tous les Proverbes.
C'est plein d'imagination,
et c'est drôle : il y a deux hommes qui font caca par la fenêtre.
Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ,
fils unique de Dieu.
Tu fais quoi ?
Je range, je nettoie.
Pourquoi tu pleures ?
Après, il s'en rend compte et il s'énerve.
Tu crois que ça lui plaît
que tu pleures et pries dans son dos ?
Mais je range, je te dis !
Je range.
Cette chapelle est si jolie...
Ça devient un entrepôt.
On pourrait la faire bénir. L'utiliser comme avant.
Regarde.
Il y a les habits !
Un prêtre viendrait dire la messe le dimanche
et on viendrait se marier, se baptiser...
Qui ? Baptiser qui ?
Joyeux anniversaire !
Vous mourrez comme mes autres femmes !
Car vous êtes allée dans la cave.
Non, je n'y suis pas allée. Je n'ai rien vu.
Menteuse ! Vous mourrez.
Non, je n'y suis pas allée. J'ai rien vu, je le jure.
Parjure ! Et cette clé tachée de sang ?
Où est-elle tombée ?
Elle n'est pas tombée !
Je vous avais prévenue.
Je vais vous égorger.
Quel plaisir...
Plus fort...
Ma petite sœur...
Vive la sou-soupe...
à la to-to-tomate !
Vive la sou-soupe...
qui nous épa-pate !
Giovanni, chante !
Tu leur as parlé du marronnier ?
Giovanni dit qu'il faut l'abattre,
il est malade.
Il a la maladie des marronniers.
Ça s'appelle le cancer coloré.
J'ai tout essayé, même les perfusions.
Par injection ?
Oui, par injection. Il faut en commander un autre...
grand, en bonne santé et le planter.
Regarde, la SOGAT !
La SOGAT !
L'histoire du passé nous a enseigné
qu'un peuple affamé
fait la révolution
raison pour laquelle on a combattu
et donc bon appétit
allons déjeuner...
J'ai vu une chose très intéressante
à la télévision.
On parlait d'un sanctuaire, à Naples.
Les femmes y vont,
s'assoient dans un fauteuil
et hop, elles tombent enceintes !
On voyait même le fauteuil.
Pas très beau, d'ailleurs.
Mais des femmes très heureuses.
Passe-moi l'arrosoir.
Pourquoi elle irait pas ?
Juste pour voir.
Sans le dire à Ludovic.
J'irais bien, moi aussi.
Oui, mais toi, t'es un peu vieille.
Et puis t'es seule.
Tu peux pas tomber enceinte du Saint-Esprit.
Dommage, d'ailleurs.
Mais elle...
Et puis cette manie de nous payer en francs suisses.
Pourquoi en francs suisses ? Moi, je veux des euros.
À chaque fois, il faut aller à Turin pour faire le change.
Ce mois-ci, elle a encore oublié.
- Elle revient le mois prochain ? - J'en sais rien.
Une famille de dégénérés.
Des enfants pourris gâtés.
Ils sont gâtés, c'est vrai.
Mais c'est normal.
Le prince et la princesse de Castagneto.
Ils me font rigoler.
Oui ! Victoire !
T'as un peu grossi, non ?
Non, j'ai maigri.
Quatre kilos.
Mais t'as bonne mine. T'as l'air bronzé.
C'est le foie.
Peut-être, mais regarde tes cheveux.
Ils sont moins secs, moins rêches.
Toujours à me scruter !
Je te scrute pas !
À me contrôler...
Je devrais m'arracher les yeux ?
Je te trouve bien, je suis contente,
c'est pas un crime !
Pourtant je vais pas bien.
Arrête d'être désagréable...
- J'ai la nausée... - Ça me fait du mal !
la fièvre...
et la diarrhée.
Ton père aussi,
il avait un sale caractère, comme toi.
Mais attention...
Parfois, je le menaçais de partir et alors, il redevenait gentil.
Attention !
Attention à quoi ?
Un de ces jours, je pourrais faire mes valises.
- Quel étage ? - Sixième.
T'as eu mes fleurs ?
Oui, merci, excuse-moi.
Elles t'ont plu ?
- J'ai connu son nouveau fiancé. - Ah oui ?
Beau.
Jeune.
Un peu confus.
Confus ?
Mais réagis, dis quelque chose !
Tu restes plantée là.
On dirait que tu ne comprends pas ce qu'il dit.
Mais si, j'écoute, je cherche une solution.
Il nous en avait déjà parlé ?
T'as l'air débile. Tu t'en souviens ou pas ?
- J'espérais que ça se résoudrait. - Tu te souviens ? Moi pas.
Il t'a parlé des cellules de dégrisement ?
Et vendre le Bruegel.
Pas le Bruegel ! Une petite vente !
Tu comprends ?
Non, toujours non.
Non, pas Castagneto.
C'est le château de papa, les choses de papa.
C'est comme vendre sa mémoire.
Alors ne vendons pas sa mémoire,
et qu'on me mette en prison,
vous m'apporterez des oranges.
Il n'y a pas de quoi rire.
Vous êtes deux idiots.
J'ai oublié de te dire,
j'ai commandé l'arbre pour Castagneto.
Il arrive d'Autriche,
mais pas avant trois mois.
Le nouveau qui arrive sur un camion...
Et le vieux qui tombe.
Ça va être un spectacle !
Je suis enceinte.
Des jumeaux peut-être.
Quelle poupée !
Croyez-vous en Jésus ?
Croyez-vous en Jésus, fils de Dieu ?
Oui, enfin, ça dépend des jours... mais oui.
Allez-vous à la messe tous les dimanches ?
Non, à la messe, non... mais je vais dans les églises,
une église russe, rue Daru à Paris, une fois dans une synagogue...
C'est un péché mortel.
Pourquoi êtes-vous ici ?
Je suis venue pour...
j'ai fait une fécondation in vitro.
- Quoi ? - Une fécondation...
J'ai pensé que, pour que ça accroche mieux,
je pouvais venir m'asseoir dans le fauteuil.
Comme j'habite Paris, Lourdes aurait été plus près,
mais ma mère a vu votre chaise à la télé...
et j'ai... bref.
Vous perdez votre...
Sœur Giulia !
Viens m'aider, je comprends rien.
Je sais pas si elle connaît la fécondation in vitro.
Vous avez compris ?
Ils retirent les ovaires ?
Non, juste des œufs, sinon...
Quelques œufs de la femme, puis le mari...
Met le sperme.
Et ça fait des embryons.
Moi deux ! J'ai deux embryons. De très bonne qualité.
Dites-moi, vous êtes mariée ?
Non.
C'est un péché mortel !
Mais c'est prévu...
Faire l'amour hors mariage...
S'il y a des célibataires, ils peuvent s'en aller.
Excusez-moi, vous pouvez traduire ?
Parce que pour cet enfant, on n'a pas fait l'amour.
On l'a fait hors de nous, c'est les médecins...
Ils ne couchent pas ensemble...
À l'hôpital, oui.
J'y comprends rien, pour moi, tu parles chinois.
Elle doit céder la place.
Bouge !
Va-t'en !
Mon Dieu, elle va me tuer...
Oh, Sainte Marie-Françoise !
Au nom du Père,
du Fils et du Saint-Esprit.
Croyez-vous en Jésus, fils de Dieu ?
Allez-vous à la messe tous les dimanches ?
Sainte Marie-Françoise, aide-moi !
Prenez-la !
Pardon...
Je vous en supplie, juste une minute.
Non, je peux pas,
laissez-moi !
Laissez-moi rester un peu.
Je vous prie !
Non, je m'enlèverai pas !
Non !
T'étais où ? Je t'ai perdue...
J'achetais des cigarettes.
T'aurais pu prévenir.
T'aurais pu m'aider !
Ok, pardon.
- Il est quelle heure ? - Je sais pas.
Il faut y aller.
Je suis fatiguée.
Pourquoi t'as jamais fait de psychanalyse ?
T'as jamais eu envie ?
Moi, j'en ai fait une.
Je suis allée voir cette dame très gentille, Angèle,
je l'ai vue deux fois et elle m'a guérie.
Je ne voulais pas venir.
Mais si tu parlais avec quelqu'un d'intelligent,
tu te sentirais mieux.
Je me sens bien, je regrette juste d'être là.
Je me sens très bien.
Très bien.
Sans un homme, sans enfants, sans un travail ?
J'avais un travail, c¹était ma décision.
Tu devais te faire jolie, tu rencontrais des gens,
tu gagnais un peu d'argent, ce qui n'est pas une honte.
T'étais pas mal...
Peut-être pas Anna Magnani, mais...
Pour faire de la place.
De la place à quoi ?
À la vie.
Il me semblait que...
je devais faire de la place à la vie, dans ma vie.
T'es trop compliquée pour moi.
Moi, je suis une femme simple.
Peut-être pas très intelligente, mais avec du bon sens
et je ne vous comprends plus.
C'est pas de ma faute.
Tu m'as jamais comprise.
Regarde les Anglais !
Un rayon de soleil et ils se croient aux Antilles.
Il y a Omar Sharif !
Je te jure, c'est lui.
C'est comme si je le revoyais
quand il retrouve Lara
dans l'isba, au milieu de la neige.
Arrête.
Quand il galope dans la steppe.
Il m'a fait une drôle de tête !
Voici maintenant le lot le plus important de cette vente.
Le lot 21, Pieter Bruegel le Jeune,
ce grand tableau ici,
appartenant à la famille Rossi Levi.
La mise à prix est de 1 600 000 £.
1 700 000 £.
1 800 000 £.
1 900 000 £.
1 900 000 £ ici.
2 200 000 avec Clary
au téléphone.
2 200 000 £ contre vous, monsieur.
2 400 000.
2 600 000.
Dernière chance, 2 600 000 pour la dernière fois.
2 600 000 £,
adjugé !
Je suis désolée, excusez-moi.
C'est notre tableau, excusez-moi.
Je ne veux plus le rendre, non... le vendre...
Je suis désolée,
il appartient aussi à mon frère,
il est à l'hôpital, très malade, et ma mère...
Je regrette, c'est trop tard.
Nous devons passer au lot suivant.
J'ai apporté une pastèque !
C'est bon la pastèque, c'est frais.
Et ça s'avale facilement.
Tu cherches quoi ?
Il y a de la buée sur le miroir !
- C'est ton haleine ! - Il y a de la buée...
- Il est vivant ! - Maman !
Venez voir...
En parlant, tu souffles
et tu fais de la buée, c'est normal.
Regarde, notre taxi est là !
Viens, notre taxi est là !
Maman, viens !
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Amen.
Que la paix de notre Seigneur soit avec vous.
Et avec votre esprit.
Vous pouvez vous asseoir.
Ludovic a porté sa croix
avec fierté,
avec courage.
La mère...
en larmes, emplie de douleur,
me rappelle une autre mère
au pied de la croix.
La sœur, Louise...
sans enfants,
vierge d'enfants, elle aussi.
Alors, Ludovic... merci !
Merci Dieu, de l'avoir fait tomber malade !
Car Tu lui as permis, maintenant, d'être enfin heureux,
purifié, apaisé...
Au moins il aurait pu l'épouser, la pauvre.
Il lui reste quoi, maintenant ? Rien.
Il me semble qu'il l'a épousée.
Il me semble avoir lu dans le journal "Rossi Levi".
Non, il était trop radin.
C'est une famille de radins.
Les riches sont tous fous et radins.
Oui, mais ils pleurent.
Il y avait un feuilleton mexicain qui s'appelait comme ça :
"Même les riches pleurent".
Quel titre idiot.
Le grand-père était un juif antisémite.
Il s'était converti, il avait épousé une catholique.
Lui, il dit que c'était pour ne pas être déporté.
Moi, je dis que c'était pour mieux s'enrichir.
Il paraît qu'il adorait Hitler.
Il s'est même fait photographier avec lui.
Je ne vais plus prier ! Parce que le ciel est vide !
Je voulais vous prévenir.
Juste aujourd'hui...
Ça aurait pu être hier, demain.
J'avais complètement oublié.
Pardonnez-moi, madame.
J'ai oublié, comme si ma tête s'était vidée.
Il m'avait appelé de l'hôpital.
Il m'avait dit la date.
Excusez-moi...
c'est vrai que le château a été vendu ?
Quoi ?
Je suis le maire, vous vous souvenez de moi ?
Il vaut mieux le mettre là.
D'accord.
Je demandais...
C'est vrai que le château n'est plus à la famille...
Oui, c'est vrai.
Ni l'arbre... plus rien ici !
Qui sont les nouveaux propriétaires ?
Des Russes, il paraît.
Des Russes ?
Russes ou Chinois, je m'en fous.
Que viennent faire des Russes ici ?
On m'a viré, mais moi, je peux aller aux prud'hommes.
Elle non, elle est tranquille.
Pour moi, c'est pire !
On m'a vendue avec le château.
Comme si j'étais une brique du château !
Allez derrière la grille.
S'il vous plaît !
Reculez !
Qu'est-ce que vous foutez ?
C'est dangereux !
Allez derrière la ligne !
Vous aussi, dehors ! Derrière la grille !
Les gars, fermez la grille !
L'arbre va tomber.
L'arbre va tomber !
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