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Original subtitles

C'est un désir. Dans ta tête, hein ? Je peux en demander deux ? C'est ton

anniversaire. Tu peux faire ce que tu veux.

Le voyage de mon père, je vais essayer de vous le dessiner.

J'avais dix ans quand il s'est lancé dans cette aventure.

C'était peu après la guerre, en 49.

Parfois je me dis que c'était hier.

Je dessinerai les choses à mesure qu'elles me viennent.

Comment faire autrement ? Certaines viendront plus tard, ou ne viendront

pas.

Mais d'abord la maison, dans une rue bien tranquille, à 3 km de la rivière.

Derrière la maison, un jardin entouré de murs.

Un potager avec un petit bassin, où les oiseaux venaient boire.

L'homme que vous avez vu sortir de sa voiture, c'est lui.

C'est mon père.

Il vient de terminer sa tournée de représentant de commerce.

Dès qu'il a franchi la porte de la maison, il enfile une salopette qu'il a

trouvée au surplus américain.

S'il fronce les sourcils comme sur ce dessin, ce n'est pas de la mauvaise

humeur. Il a toujours fait ça, comme s'il avait une mission importante à

accomplir à tout moment.

même s'il ne s'agit que de renforcer le grillage du poulailler.

On ne l'appelle pas encore slocoum à cette époque.

Ma mère s'appelle Geneviève.

Elle est aussi âgée que mon père, mais je la trouve plus jeune et assez jolie.

En été, son cœur est partagé entre les poules qu'elle aimerait laisser en

liberté et les légumes du potager.

Dans cette scène, je les aime bien.

Elles se demandent en souriant à quoi vont servir ces bambous.

alors que les haricots qu'ils ont plantés sont des haricots nains.

Ah, j'oubliais.

Le gamin qui les regarde depuis la fenêtre et qui ne pense à rien, c'est

moi.

Le tour de France est terminé et je ne sais pas quoi faire.

François ? La chocolaterie de Noisiel vient

d'ouvrir à nouveau.

Avec notre carte de rationnement, nous avons droit à deux plaques de chocolat

au lait.

La guerre était finie, mais il restait encore quelques nuages, comme des traces

de fusain qu'on n'arrive pas à effacer quand le dessin est terminé.

Je n'avais pas de souvenirs de la guerre.

Je devais être trop jeune.

Alors j'écoutais les souvenirs des autres.

Certains se regardaient de travers, mais pour beaucoup, la vie allait changer.

Il y aurait du travail, on mangerait à sa faim.

Et puis on pourrait faire à nouveau des voyages.

traverser le désert, escalader des montagnes.

D'habitude, je ne m'occupais pas de ce qui se passait entre eux.

Ils avaient leur vie, j'avais la mienne.

Mais ce jour-là, ils s'étaient enfermés dans le bureau de mon père.

Et j'aurais bien aimé savoir ce qui se préparait.

Je me demandais parfois comment ils s'étaient rencontrés.

J'étais pourtant là sur les photos que je leur avais shippées.

Rien n'est resté dans ma tête.

Sauf une fois.

Un souvenir vague.

Est-ce que ça s'est passé comme ça ? Je n'en suis pas sûre.

Arrête, Pierre.

Tu as oublié ce que je t'ai dit.

J'aurais mille fois préféré recevoir une bonne baffe que de le voir rester comme

ça, la main en l'air, comme un idiot.

J'ai bien aimé son histoire.

Elle avait trouvé les mots qu'il faut.

Mariée par ses parents, elle faisait trop de bêtises d'après eux.

Et le premier bombardement.

Son mari était à la guerre, elle s'est sauvée avec son homme dans les bras.

Ce que je ne comprenais pas, c'est que... l'autre voulait me revoir.

Comme ça, pour rien, pour refaire connaissance.

Une idée qui lui était passée par la tête.

Ce ne sera pas long.

Juste une petite semaine.

À Noël.

On est obligé ? Difficile de faire autrement.

On dirait un bateau.

C'est Pâques qui a dessiné ça ? Demande-lui.

Tu verras.

Tu peux lui parler, tu sais.

Lui parler.

C'est vrai que le petit déjeuner, c'était le bon moment.

On était tous les deux.

Mais j'y arrivais pas.

Et puis cette histoire de bateau était tellement bizarre.

Mon père avait construit des milliers de choses dans la maison.

Mais elles avaient une utilité.

Comme cette table de camping avec des pieds soi-disant repliables qu'on n

'arrivait pas à mettre dans la 4 chevaux.

C'était mon père.

Il fallait que ce soit solide.

De plus, un bateau, c'est pour aller d'un point à un autre.

Or mon père, c'était la stabilité même.

Depuis que nous étions remontés du midi, ils faisaient sa tournée chaque matin, à

la même heure, avec le même costume, la même voiture.

Nous aurions tous disparu de cette fichue planète que mon père y serait

encore.

Alors pensez, un bateau.

Le lendemain, ils ont commencé par dégager la plus grande partie du jardin.

Le bassin, les légumes, même les haricots verts ont disparu.

Ma mère ne pouvait rien lui refuser.

Il faut vous dire qu'il y avait deux équipes dans la maison.

Ma mère et lui.

Et ma mère et moi.

La première équipe s'entendait à merveille.

C'était même une sacrée équipe.

La seconde équipe aussi s'entendait bien.

Quand mon père avait envie d'être tranquille.

Mais les occasions étaient rares.

Et puis il fallait qu'il y ait un Gary Cooper au cinéma.

Ma mère était encore amoureuse de lui.

C'était un beau film, hein ?

Et pour Gary Cooper ? On ne dit rien à ton père, comme d'habitude.

On disait qu'on avait vu un gabin.

Quant à espérer qu'il y ait une troisième équipe, je n'y songeais même

pas.

Et puis ce fichu Noël est arrivé.

C'est François ? Qu'est-ce qu'il dit ? Chers parents, je m'amuse bien, je mange

bien, on m'a emmené chez le coiffeur.

Mon vrai père est gentil avec moi et j'ai eu un cadeau à Noël.

Ah oui ? Nom de Dieu, bordel de merde.

Quand je suis revenu à la maison, le bateau avait bien avancé.

Oh, ce n'était pas encore un bateau.

Une bête étrange, couchée sur le ventre.

François, va chercher ton père.

C'est bientôt prêt.

Il est à l'écluse.

Je lui ferai la surprise.

Il est dans le fond, ton père.

Slocum ! Hé, Slocum, on te demande.

Slocum ? Pourquoi on l'appelle comme ça ?

1er juillet 1895.

Appareillé à 9h30 du matin.

Doublé le cap sable à 4h de l'après-midi.

Brise fraîche de nord-ouest.

Je suis parti.

Je n'arrive pas encore à y croire.

Moi non plus, je n'arrivais pas à y croire.

Ce n'était pas n'importe quel bateau que mon père était en train de construire.

C'était celui de Slocum.

La réplique exacte, j'ai vérifié.

Un peu réduite, il est vrai, à cause des dimensions du jardin.

Avec ce bateau, Slocum avait fait le premier tour du monde à la voile, en

solitaire.

Et pour la première fois, je sais chez l'école.

J'avais l'intention de faire le tour du monde, d'ouest en est, en passant par la

mer Rouge, mais on me signala que je risquais d'y rencontrer de nombreux

pirates.

Je décidai donc d'aller dans l'autre sens, avant de m'apercevoir qu'il y en

avait tout autant de l'autre côté.

C'est par toi qui as fait ça ? Mais si, pas.

C'est moi.

Tu l'as décalqué ? Oui, il y en avait d'autres qui avaient fait le tour du

monde. Il n'y avait pas que Slocum.

Alain Gerbeau, Bernicot, le Toumelin.

Mais pour les marins, Slocum était le plus grand.

Dans la journée, je récupérais un peu.

Mais à 4h30, j'étais le premier à sortir.

Mon père avait courté sa tournée, je ne voulais rien rater.

On aurait dit que j'avais peur de ne pas faire partie du voyage.

Mais j'étais maigrichon, maladroit, emprunté, il disait, emprunté.

Le pire, c'était quand il m'envoyait chercher un outil à la cave.

En réalité, on n'avait pas besoin de se parler.

Et par moments, c'était presque bien.

Comme ce fameux samedi au BHV, un jour où on devait compléter l'outillage.

Sous-titrage ST'

501

Au printemps 52, le bateau a bien avancé, mais le plus dur restait à

faire.

Bon, t'es prêt ?

Maintenant, plus à

gauche.

Oui, à droite pour toi, évidemment.

Quel empoeté.

Quand je me faisais trop engueuler, j'allais retrouver la rivière.

Je n'étais pas descendu si loin dans le sud depuis longtemps, et je me tenais

loin de la côte.

Le 28 janvier, j'avais paré les dangers de la plata, et un bon vent me poussait

vers le détroit de Magellan.

Mais le ciel se couvrait de plus en plus, et n'annonçait rien de bon.

Pierre ! On y va ?

C'est bête que le bateau ne soit pas fini.

L'hiver 53 a été le plus rude que nous ayons traversé.

Mais en avril, la coque était terminée.

Pour attaquer l'intérieur, mon père a fait venir la grue et il a fallu abattre

le mur des voisins.

Ils ont dit d'accord, à condition qu'on le remonte après les vacances, quand on

aurait amené le bateau terminé jusqu'à la Marne.

Après le Cap Horn, j'ai trouvé les Alizés et mon bateau taillait sa route

tout seul.

J'avais établi à l'arrière une voile de tape-cul, et avec ce nouveau gréement,

je ne me suis plus occupé de la barre pendant un mois.

Il me restait la solitude, qui n'est pas une très bonne chose.

Mais j'avais autour de moi l'univers entier, que je considérais maintenant

comme un véritable ami.

Qu'est-ce qui s'est passé ? Rien.

Tout va bien.

Mais François, il est où ? Tout va bien, je te dis.

Et puis les mois ont passé.

À l'approche des vacances, je surveillais la boîte à lettres.

J'avais peur que mon autre père me réclame.

Mais il ne s'est plus manifesté.

Je ne l'ai jamais revu.

Ma mère se demandait-elle où le bateau allait nous emmener tous les trois.

Elle avait décidé qu'il fallait lui apporter un peu de bonne humeur et d

'imagination.

Elle n'en manquait pas.

Elle avait une passion pour la psychologie, le secret des rêves, tout

ça.

Un jour, elle achète le guide de la navigation intérieure.

Avant de s'apercevoir que c'est la carte des rivières et des canaux, avec le nom

des écluses et des lieux d'appontage.

Et puis la Seine, c'est déjà un beau voyage.

Écoutez ça.

L'écluse de Méricourt et du Grand-Quevilly.

Saint-Martin-la-Garenne, on dirait un poème.

Peut-être. Mais les îles Canaries, c'est pas mal aussi, non ? Et les marquises.

Ah, les marquises.

Viens dans mes bras marquises Au fil de l'eau dansons Le cap sur les Maldives Et

les îles Salomon Dans les îles sous le vent C'est beaucoup plus charmant Et

les...

Nous ferons les yeux doux

Le lendemain, ma mère était toujours aussi joyeuse.

Le jardin était abandonné depuis longtemps, mais il y avait encore les

arbres fruitiers.

Ils ont bien donné cette année-là.

À midi, mon père l'a invité à déjeuner à bord, pour lui montrer où il en était

dans la cabine.

Alors, c'est là qu'on va dormir ? C'est loin d'être fini.

Tu ajouteras des étagères, hein ? Et ça, c'est quoi ? Ah, ça ? C'est la table à

cartes. Et François, il aura sa cabine ? Bien sûr, voyons.

Après manger, ils ont branché une radio, j'ai débarrassé la table et je suis allé

retrouver Joël.

En quatrième, j'avais une copine.

Je lui faisais ses cartes de géographie.

En échange, elle voulait bien que je porte son cartable.

Elle habitait près de la Marne, mais elle n'y allait jamais.

Alors je lui ai montré les coins que j'avais découvert, les plus beaux

endroits de la rivière.

Ils avaient fermé la maison et apporté tout ce qu'il fallait pour dormir.

Je ne saurais pas vous dire ce que j'éprouvais.

C'était bizarre.

J'aurais dû être content, le bateau était presque fini.

À part qu'il manquait 40 cm à la couchette que mon père m'avait faite.

Mais c'était plus comme au début.

Je me sentais loin tout à coup.

Comme si c'était moi qui étais parti.

Et François, pourquoi il n'est pas là ? Il part quelques jours à la montagne

avec un copain.

Je vais les conduire à la gare.

Ah oui, à toi il te parle.

Tu m'aides, s'il te plaît ?

Attends, c'est ton maillot de bain, ce

truc ? Bah quoi ? Je l'ai oublié.

C'est horrible ! Mais il est bien !

Hé,

t'approches pas ! Pourquoi ?

C'est un poisson ? Ah bah il est beau ton poisson !

Hé ! Regarde !

Là, là ! Qu'est-ce que c'est ?

Pendant que j'étais en vacances à la montagne, mon oncle Jean a fait son

apparition.

On ne l'avait pas vu depuis des années.

J'aimais bien mon oncle.

Il était différent de mon père, il était plus jeune, plus amusant.

Sur cette photo, c'est quand ils avaient 20 ans, avant qu'ils partent en Afrique.

Là-bas, ils possédaient une vedette à moteur pour la pêche au gros.

Le bateau l'a épaté.

Il a tout visité.

Et quand il a appris que mon père y travaillait depuis trois ans, il lui a

proposé de venir à Noël pour l'aider à le terminer.

Comme ça, on irait le mettre à l'eau tous ensemble au printemps.

Je n'y étais pas, mais je suppose que mon père s'est tourné vers ma mère.

Elle lui a parlé avec les yeux.

Et mon père a dit oui.

Toi, ça te plairait de vivre seule sur un bateau pendant des mois et des mois ?

Non.

Plus d'école, plus d'amis, plus de parents.

Flocombe, il est parti pendant trois ans pour faire le tour du monde.

Trois ans ? Oh là là, est-ce qu'il a dû s'embêter ? Ah, au fait, j'ai apporté ta

carte au salle.

Fais voir.

Il y a déjà un timbre. T'as juste à dessiner le tampon.

Chamonix ? C'est en Savoie ou en Savoie ?

Je sais, je crois pas qu'il s'embêtait. Il lui arrivait plein d'aventures.

Une fois, dans l'océan Indien, il arrive dans une île où il y a une fête.

Mon bateau à l'ancre, je restais sur le pont pour écouter les chants qui

provenaient du rivage.

Une pirogue s'approcha avec trois jeunes femmes.

L'une d'elles me salue de la phrase indigène

Talofa li, ce qui veut dire amitié à toi.

Talofa li, je lui réponds.

Une autre me demande, tu es venue seule ? Oui.

Ce n'est pas vrai.

Tu avais des compagnons et tu les as mangés.

C'était des cannibales.

Il a dû avoir la trouille.

C'est quoi qui a eu la trouille tout à l'heure ? Alors là, sûrement pas.

Pas eu la trouille.

Attends, tu vas voir. Arrête !

Qu'est-ce que tu feras après le collège ? J'en sais rien.

Je crois que je partirai.

Oui, le jour de mes 15 ans, je partirai.

Et tes parents ? Qu'est-ce qu'ils diront ? Ils ne le verront pas.

Ils sont tellement bien tous les deux qu'ils ne s'en rendront même pas compte.

Ils sont encore amoureux ? À leur âge ? Ouais, je te jure.

C'est François ? Qu'est-ce qu'il dit ? Oh, comme d'habitude.

Je mange bien, je m'amuse bien, je pense à vous.

Vous voyez ? Ça vient de Chamonix.

Non, mais ils se sont trompés à la poste. Ils ont mis le tampon de la

Savoie. Oh, tiens, écoute ça.

Tu te souviens de Fourteau, au salon nautique ? Il a fini son bateau.

Mise à l'eau demain, au pont de Nogent. On y va ?

À mon retour, je ne sais plus comment nous nous sommes retrouvés en Normandie.

Ma grand-mère a dû faire semblant de mourir.

Ça lui arrivait de temps en temps.

Pendant que ma mère s'occupait d'elle, je suis sorti pour aller voir la mère.

Mon père était sorti, lui aussi.

Pourquoi je l'ai suivi ?

Je l'ai observé un moment.

Il est resté longtemps dans la nuit, à regarder la mer qu'on ne voyait pas.

Qu'est-ce que tu dis de ce temps, Matlo ? Mer agitée, non ? On ne la voit pas.

Tu ne la vois pas, mais tu la sens.

Et le vent, tu l'entends ? Force 7, force 8.

C'est sur une mer pareille, qu'est-ce qu'on fait ?

On réduit la toile, on prend trois riz dans la grand voile, ou on met à la

cape. À la cape ? Oui, le tourmentin bordé au vent.

Et s'il faut, on file une encre flottante.

Je vois qu'avec tout ce que tu me piques dans la bibliothèque, t'es devenu un

vrai marin.

Pourquoi t'es parti l'autre fois ? La couchette est trop petite.

J'arrangerai ça.

Et où t'es parti ? Tu es allé voir ton père ? Mon père ? C

'est qui mon père d'après toi ? Non, j'ai une cabane sur la Marne.

J'étais avec une copine.

Sur la Marne ? Dans l'île Aura ? Tu connais l'île Aura ? J'ai eu 13 ans, moi

aussi.

J'avais une cabane, mais pas encore de copine.

Dis pas.

Oui ? Le bateau.

C'est vrai que tu vas le terminer avec Jean ? Peut-être bien.

Tu sais, je pourrais t'aider pour la peinture, si tu veux.

On verra.

La semaine suivante, j'ai vu les voisins remonter leur mur.

C'est la date qu'ils avaient fixée.

Ils auraient pu attendre un peu.

Mon père les a aidés, sans rien dire.

Et il s'est remis au travail.

On aurait dit que le mur du voisin, en se refermant sur le bateau, lui avait

donné encore plus de liberté.

Ma mère a fini les aménagements de la cabine.

Elle a acheté les cartes de l'Atlantique. Je l'ai aidé à les mettre

en couleur.

Et mon oncle Jean est arrivé.

Avec lui, tout serait terminé en deux mois.

On passerait le bateau par le fond du jardin avec la grue.

Je suis allé voir.

Pendant quelques temps, tout s'est accéléré.

Bien sûr, il n'y avait plus de place pour nous sur le chantier.

Il n'y avait plus d'argent non plus.

On a vendu la 4 chevaux, ma mère a repris un travail, on a reporté la mise

à l'eau.

En 55, je savais déjà que je ne passerais pas 11 secondes.

Ma mère avait trouvé une solution.

Et trois fois par semaine, j'allais à Paris préparer les arts déco.

Alors, raconte ! On fait que des natures mortes, c'est gay.

Tu prends la route de la Marne ? Un petit détour, comme ça.

Ça te dit ? Oui.

Dis-moi.

Je voulais savoir.

C'est toi qui l'as appelé Slocum ? Ton père ? Oh non.

Non, c'est Jean.

C'est une vieille histoire.

Quand ils étaient jeunes, ton père rêvait déjà d'un voilier.

Peut-être même aussi de faire le tour du monde.

Il voulait se moquer de lui ?

Oh non, je crois pas.

C'est comme ça, entre frères.

Tu crois qu'il va le finir un jour, le bateau ? Pourquoi tu dis ça ? Parce

que... l'autre nuit... Hé, attention, il y a quelqu'un sur la route !

Mais c'est Jean !

Mais qu'est-ce que tu

fais là ? Je m'en vais.

Je viens pour l'aider, il me casse la gueule.

Pierre ? Mais ça n'a pas de sens.

Allez, monte.

Je te ramène.

Maman, allez-y, je me débrouille.

J'ai fait mon sac.

Désolé, François, je ne peux pas t'expliquer, mais c'est mieux comme ça.

Maman, allez, viens.

Non, mais c'est pas possible.

C'est des vrais gamins, ces deux-là.

T'as une idée de ce qui s'est passé, toi ?

Ah, t'es là.

Le pont était terminé, pas ? Pourquoi tu l'enlèves ? Une idée qui m'est venue

cette nuit.

Tu te souviens de ce lot d'Iroko qu'on a vu à la série ? Je peux l'avoir pour

presque rien.

Ça sera bien plus beau, non ? Et Jean, qu'est-ce qu'il en dit ? Et j'ai une

autre idée.

Viens voir, tu vas me donner ton avis.

Alors, qu'est-ce que t'en penses ? C'est pas beau, non ? Bien

sûr, on s'écarte un peu du bateau de Slocum, mais il nous en vaudra pas.

Et puis, attends, ça me permet d'agrandir le roof.

Et tu l'auras, ta cabine, fiston.

Tu es là ?

Pierre

! Tu l'as vu ? Regarde, il est là.

Eh bien, bravo.

Vous vous êtes bien amoché.

C'est rien. Il a le crâne solide, ton père.

Tu peux m'expliquer ? Va savoir ce qu'il lui a pris.

Ça va.

J'avais rien promis. Tu le sais, toi, que j'avais rien promis. Oui, je sais,

je sais.

Mais bouge pas.

Bon, la peau est un peu arrachée.

On s'était engueulé dans la journée, rien de bien méchant.

Et ce soir ? J'aurais dû me méfier.

Il a posé ses outils, il a plus rien fait que de me regarder.

Et puis tout à coup, il s'est jeté sur moi.

Comme ça ?

Sans rien dire.

Qu'est-ce que tu faisais quand il te regardait comme ça ? Eh bien, tu vois, j

'ai démonté tout l'arrière.

Je vais ajouter 70 centimètres.

Ça va lui faire une belle ligne.

François, il me comprend, lui. Il sait ce que c'est que la ligne d'un bateau.

Jean, il comprend pas.

Finir, finir.

Il a que ce mot-là à la bouche.

Et après ? S'il est fini, c'est fini, quoi !

Joshua Slocum atteignit Newport le 27 juin 1898, ayant terminé sa croisière de

plus de 46 000 milles autour du monde en 3 ans, 2 mois et 2 jours.

Il amara son bateau à l'endroit même où il l'avait mis à l'eau, à l'embouchure

de la rivière à Couchenette.

Je suis resté quelques temps sans voir mes parents.

J'avais été reçu aux arts déco et je logeais chez ma tante à Paris.

Un dimanche, je suis passé les voir.

Il l'a vendue la semaine dernière.

Un dentiste de Créteil.

Direction la Côte d'Azur.

Il était fini ? Oh, il manquait plus qu'une couche de peinture.

Ils l'ont fait passer par le verger, derrière.

Avec la grue ? Oui, avec la grue.

Tu reprends le jardin. Des haricots grimpants.

Mais ça dépend de la place qui va me rester.

Tu n'as pas vu ton père ?

Il est dans son bureau.

Qu'est-ce que

t'en dis ? Il est pas mal.

Il est plus assis dans l'eau que l'autre.

Plus pépère.

Plus petit aussi.

Dame, on n'est plus que deux maintenant.

Joël savait que j'étais là.

Elle est venue me rejoindre.

Depuis la fenêtre de ma chambre, on les a regardés tous les deux.

Qu'est-ce qu'ils font ? Ils vont construire un bateau.

Ah bon ? Et ils vont faire le tour du monde ?

Le tour du monde.

Mais ils l'ont déjà fait, le tour du monde.

Dans leur jardin.

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