All language subtitles for The Nun (1966) (1080p BluRay x265 10bit Tigole)

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Original subtitles

1760.

Denis Diderot a 47 ans.

En quelques semaines, le directeur de l'encyclopédie écrit La religieuse.

Au XVIIIe siècle, la vie des couvents ne conserve souvent que les signes

extérieurs d'une vie religieuse véritable.

Moyenne en pension, beaucoup de bourgeois ou d'aristocrates enferment

leurs filles au couvent jusqu'au mariage.

Des veuves...

Les femmes seules s'y retirent.

On achète une abbaye comme s'achète aujourd'hui une charge de notaire.

Cela s'appelle un bénéfice.

Les supérieurs sont élus le plus souvent selon la noblesse de leur naissance.

Il arrive que de très jeunes abbesses, 20 ans et quelques fois moins, dirigent

de vastes maisons.

Dans un grand nombre de couvents, réceptions et spectacles se succèdent.

La règle se relâche.

où perd son sens au contact de cette vie mondaine.

Pour son roman, Diderot s'inspire de personnages réels.

Louise Adélaïde d'Orléans, fille du régent Philippe, qui acquit le titre d

'Abbès de Chelles en 1719, lui sert de modèle lorsqu'il imagine la supérieure

de Saint-Eutrope.

Quant à Suzanne Simonin, la religieuse, elle est le reflet de Marguerite de

Lamarre, que son père, afin d'accroître sa fortune, fit entrer au couvent, dès l

'âge de trois ans.

Ayant fait appel contre ses voeux forcés en 1752,

elle perdit son procès et resta cloîtrée jusqu'à sa mort à l'abbaye de Longchamp

que l'on retrouve dans le récit de Diderot.

Et toute la religieuse, n'est-elle pas comme le commentaire de ses paroles de

Bossuet, n'entrez pas témérairement dans une profession si relevée, et si vous ne

sentez pas un extrême dégoût du monde, sortez, ma sœur, de cette clôture.

Je le promets.

Est-ce de votre plein gré et de votre libre volonté que vous êtes ici ? Non.

Oui.

Marie-Suzanne Simonin, promettez-vous à Dieu chasteté, pauvreté et obéissance.

Non, monsieur.

Marie-Suzanne Simonin, promettez-vous à Dieu chasteté, pauvreté et obéissance.

Non, monsieur, non.

Mon enfant, remettez-vous et écoutez-moi.

Monseigneur. Vous me demandez si je prends mes adieux chaste et pauvreté et

obéissance.

Je vous ai bien entendu.

Je vous réponds que non.

Messieurs, et surtout vous, mon père et ma mère, je vous prends tous et du

moins. Je suis ici contrainte et forcée.

J'ai fait semblant jusqu'à ce jour de suivre la volonté de mes parents pour

protester publiquement contre la violence qu'on veut me faire.

Je n'ai aucune vocation.

Je ne veux pas oublier mes parents.

Je ne sais pas.

Faites-moi tout ce qui vous plaira à tout, excepté le renouvelage. Je ne m

'entends pas.

Je ne m'entends pas.

Je respecte toujours votre foi.

Relevez-vous, Suzanne.

Relevez-vous.

Vous pleurez.

Votre conduite est d'une ingrate.

Vous savez quelle perte nous avons subie.

Les affaires de vos soeurs vont mal.

On s'est ruiné pour elles en les mariant.

Votre père est bon avocat, mais ce n'est pas d'un banquier.

Nous n'avons plus assez pour pouvoir vous donner comme il faut.

Vous avez bien aimé.

Pour votre entrée au courant, nous avons fait de nouvelles dépenses.

Le bruit de votre profession s'était répandu dans le monde.

Votre refus public a fait scandale.

Très bien.

Vous ne dites rien ? Qu'allez-vous faire de moi ?

Suivez-moi.

Mon père, vous êtes depuis 20 ans notre confesseur.

Il faut lui parler.

Je n'ai jamais attiré personne en religion.

Vous seul pouvez la convaincre.

C'est un état où Dieu nous appelle. Il est dangereux de m'aider sa voix à l

'instant.

Vous avez retrouvé ce jugement de la main ? Je le cherche.

Depuis trois mois, Suzanne est tenue enfermée dans sa chambre.

Elle sait qu'elle n'a rien à attendre.

Je vais en finir.

Pourrais-je voir ma mère aujourd'hui ? Pourrais-je prier mon père de lui parler

? Pourrais-je au moins leur écrire ?

Je savais bien que non.

Quelle grosse erreur !

Ce qu'on l'a dit du moins.

Parlons francs.

Je me suis dépouillé pour celle-là.

Je ne vois pas ce que je pourrais faire maintenant pour l'autre.

Qu'elle y réfléchisse.

Que puis-je faire de cette fille ? Il n'est pas question qu'elle travaille de

ses mains.

Quelle libertaire est-elle dans le monde ?

Bien plus mince encore qu'en Légion.

De nos jours, vous savez quel est le sort des filles sans époux, sans

fortune.

L'hospice ? Oui, la prison, l'asile.

D'ailleurs, il ne vous le manque que de l'avoir, n'est-ce pas ? C'est bien, je

lui parlerai.

Ne craignez pas de m'ouvrir votre cœur.

Approchez.

Je n'ai rien à vous dire.

Je suis entré tard dans les ordres.

Je pourrais mieux vous comprendre.

Ma mère me hait.

Mon enfant, plaignez votre mère plus que vous ne l'avez jamais. C'est une bonne

âme. Croyez bien que c'est malgré elle... Et qui la force.

Ne m'a-t-elle pas mise au monde ? Quelle différence y a-t-il entre mes soeurs et

moi ? Que voulez-vous dire ? Allez.

Tâchez de prendre votre sort en patience.

Assieds-vous.

Recueillons-nous un instant.

Reprenez-vous.

Non.

Non, mon père.

Je ne peux plus prier.

J'ai essayé, j'ai essayé, mais j'étais plus jolie que mes sœurs.

Mes parents s'en étaient affligés.

Je les avois 15 ans.

Un jeune homme courtisait ma sœur.

Je m'aperçus que je lui plaisais.

J'avertis ma mère.

Quatre jours après, on me mettait au couvent.

J'y suis restée deux ans, jusqu'à ma profession.

On dit que mon père...

Ma mère sont des gens honnêtes.

Ils sont aimés, respectés.

Alors, pourquoi avec moi ? Ma fille,

je vois bien qu'il faut vous faire certaines confidences.

J'ai longtemps exhorté Mme Boutremer à vous révéler un tel secret. Elle n'a

jamais pu s'y résoudre.

Vous connaissez son caractère.

Elle croyait vous convaincre sans cet aveu. Elle se trompait.

C'est elle qui m'a chargé de vous annoncer que vous n'êtes pas la fille de

M. Simona.

Je m'en doutais.

Après cela, mademoiselle, voyez si elle peut vous mettre sur le même rang que

des enfants dont vous n'êtes pas la sœur, si elle peut avouer à votre père.

Qui est mon père ? C'est ce qu'on ne m'a pas confié.

On a prodigieusement avantageux vos sœurs.

Toutes les précautions ont été prises pour réduire à rien votre fortune

légitime. Si vous perdez vos parents, vous trouverez peu de choses.

Vous refusez un couvent.

Peut-être alors regretterez-vous de ne pas y être.

Je ne demande rien.

Je vous dis ce que j'ai à dire.

C'est à vous de réfléchir et à vous décider.

Mon frère !

Encore une question.

Mes sœurs savent-elles ? Non, mademoiselle.

Elles ont pu tout prendre, leurs sœurs, car c'est ce qu'elles me croient.

Je ne vous conseille pas de compter sur elles.

Elles ont des enfants, ce sera un prétexte net pour vous réduire à la

mendicité.

Et puis le pain qu'on reçoit est bien dur.

Si vous m'en croyez, réconciliez-vous avec vos parents.

Vous ferez ce que votre mère attend de vous.

On vous fera une petite pension.

Vous passerez des jours sinon heureux, du moins supportables.

Allez, mon enfant, vous êtes sage et bonne.

Votre mère vous accorde un entretien.

Signez-vous.

Votre père est un chanteur.

Expliquez-vous.

Vous avez vu le père Séraphin ? Vous savez enfin qui vous êtes, ce que vous

pouvez attendre de moi.

Eh bien, Suzanne, qu'avez-vous décidé ? Maman, je

sais que je n'ai rien, que je ne dois prétendre à rien.

Je me connais.

Mais vous êtes ma mère.

Je vous en supplie, ne l'oubliez pas.

Je voudrais pouvoir...

N'empoisonnez pas ma vie plus longtemps.

Ma passion s'est éteinte, et la conscience a repris ses droits.

Mais celui à qui je dois la vie ? Il est mort.

Il s'en sera souvenir de vous.

Les peines qu'il m'a causées auraient pu provoquer ta mort et la mienne.

Dieu ne l'a pas voulu.

Ma fille, vous n'avez rien.

Vous n'aurez jamais rien.

Le peu que j'ai pu faire, je le dérobe à vos sœurs.

J'ai vendu mes bijoux.

Je mets le jeu, je ne joue plus.

Je mets le spectacle, je m'en suis privée.

Je mets le luxe, j'y ai annoncé.

Si vous entrez en religion, comme c'est ma volonté et celle de M.

Simonin, j'aurais gagné votre tote par mon économie.

Mais maman,

il vient encore ici quelques personnes.

Peut-être y a-t-il quelqu'un qui se contenterait de moi.

Il ne faut plus penser.

Le scandale vous a perdu.

Mais si je ne trouve pas de mari, faut-il que je m'enferme dans ces

couvents ? Vous voulez prolonger mes remords jusqu'au bout ? Vous voulez être

malgré moi.

Mes soeurs sont autour de mon lit de mort.

Vois-je vous voir au milieu d'elles ? Que je puisse me dire que je devrais

paraître devant Dieu ? Que j'ai racheté ma faute autant que je le pouvais ?

et que vous ne mettrez pas les troupes devant la maison en réclamant qu'ils

vous épargnaient de la mort ! Quelle idée vous avez de Jean-Paul quand il

mourra ? Il faudra que je dise à son père, que je lui dise quoi ! Vous n'êtes

pas sa fille ! C'est le palais qui se jeter à vos pieds ! Et vous ne

sentez rien ?

Nous ne voulons plus la voir.

Mon Dieu !

Votre mère a promis à M. Simonin de ne pas vous revoir, mais vous pouvez lui

écrire aussi un crayon.

Maman, je vous demande pardon.

Ordonnez de moi tout ce qui vous plaira.

Si c'est votre volonté que j'entends religieusement, je souhaite que ce soit

aussi celle de Dieu.

Suzanne, reconnaissez-vous ce billet ? Oui, monsieur.

L'avez-vous écrit librement ? Oui.

Êtes-vous décidée à exécuter ce qu'il promet ? Je le suis.

Vous n'avez de préférence pour aucun couvent ? Non.

Il me sentait indifférent.

J'avoue, madame, que j'ai scrupule à recevoir une jeune fille dont la

vocation semble si peu marquée.

Je ne suis pas, je crois, la première à vous faire cette réponse.

C'est vrai, ma mère.

Mais croyez aussi que ce fut un mouvement d'humeur dont Suzanne s'est

depuis bien repentie.

Qu'en pense notre mère des novices ? Un scandale est un scandale.

Nous ne pourrions tolérer rien de tel ici.

Soyez sûres qu'il ne se reproduira pas.

Et les talents de Suzanne dans une maison aussi renommée que la vôtre

peuvent peut-être faire excuser bien des enfantillages.

Elle est bonne musicienne, elle a une jolie voix.

Enfin, la dot qui doit revenir à votre communauté n'est pas mon... Laissez

ceci, je m'en remets pour ces questions au soin de notre sœur Saint-Jean. En

effet, un millier d'écues... Il nous a déjà donné son opinion.

Sœur Sainte-Christine, je voudrais vous répondre.

Je n'ai pas peur du scandale.

Notre rôle ici-bas est peut-être de reprendre en nous ces esprits

rebelles... et de leur enseigner l'acceptation des lois qui nous sont

imposées.

Cet enfant est une âme difficile.

Voilà celle dont nous devons prendre nous-mêmes le plus grand soin.

J'accepte votre fille parmi nous.

Je vous en prie, madame, ne dites rien de plus.

Madame, je ne saurais trop vous conseiller d'engager votre fille à

écrire à notre chère mère.

Pour la remercier de la grâce qu'elle lui fait en l'accueillant dans sa

maison.

Voici votre nouvelle vie.

Mademoiselle, vous avez déjà été pestilente et nerveuse. Vous connaissez

le règlement de nos maisons.

Le nôtre est le même, à peu de choses près, mais nous l'appliquons

strictement.

Vous l'apprendrez, vous le saurez bientôt, vous n'oublierez plus.

Mais vous savez la musique ? Vous chantez, nous a dit madame votre mère.

Nous avons un clavecin.

Si vous le vouliez, nous irions dans notre parloir.

Alors, mademoiselle, décidons-nous.

Que fait-il que je chante ? Ce qui vous viendra à l'esprit.

Ceci.

Et voilà, c'est parfait.

Suzanne, vous chantez un ravi.

Madame, je vous fais mon compliment.

Ma fille, adieu.

Ne me faites plus souffrir.

Ma mère, je suis résignée.

Vous ne sentez-vous rien d'autre ? Vous ne parlez franchement rien, ma mère.

Suzanne, c'est votre histoire.

Je vous plains.

Je devine vos tourments, je les comprends.

Je partage votre inquiétude sur votre vocation.

Je les prouve sans doute plus cruellement que vous.

Mais laissez-moi tenter de vous rendre votre courage.

Vous aimez Dieu, n'est-ce pas ? Le reste viendra le surcroît, sans même que vous

y preniez garde.

Notre Dieu est un Dieu caché.

Il vient à nous comme un voleur, et sans annoncer sa présence.

Mais si, décidément, je n'étais pas faite pour être religieuse.

Et les autres états n'ont-ils pas leurs épines ? On ne sent que les siennes.

Laissez faire la grâce.

Renoncez à vos pensées, même les plus simples et les plus naturelles.

Aveuglez-vous, privez-vous de la volonté, et que la nature meure en vous.

Acceptez de ne voir Dieu que quand il lui plaira de se montrer.

Mettons-nous à genoux et prions.

Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne

arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.

Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.

Et délivrez-nous du mal.

Ainsi soit-il.

Et délivrez-nous du mal.

Ainsi soit-il.

Réanime ta confiance en mon âme.

Te voilà en présence de Dieu, Christ, ton Écoute.

Lui qui s'est fait homme pour ton amour, qui a voulu mourir sur une croix pour te

sauver.

Et maintenant, il demeure ici pour t'écouter, t'accorder ses grâces.

Parle-lui.

Dis-lui que... Dis-lui.

Je ne sais ce qui se passe en moi.

Il me semble, quand vous venez, que Dieu se retire et que son esprit se

tait.

Je me trouve une femme ordinaire et bornée.

Je crains de parler.

Mais, chère mère, c'est peut-être un signe.

C'est peut-être Dieu qui vous remue.

Ma chère mère, toute la communauté approuve la profession de notre

postulante, qui sera sœur Sainte-Suzanne.

L'Éternel est mon berger.

Je n'aurai point des disettes.

Il me fait reposer tant d'épargne à peu et me mène le long des eaux paisibles.

Vous n'avez pas vu notre mère ? Je crois qu'elle est au jardin. Elle semblait

très lasse.

Ma mère ? Qu'y a-t-il ? Ma mère, aidez-moi.

J'aimerais aussi qu'on m'aide.

C'est pour demain, n'est-ce pas ? Vous le savez, ma mère.

Et vous vous trouvez indécise.

Les emparer plus que jamais.

Je ne sais si j'aurai la force de prononcer.

Vous l'aurez.

Je ne veux pas vous dire toutes ces banalités sur les dangers du monde qui

sont de coutume en ces moments.

Vous savez que je vous aime tendrement.

On vous prétend de mes favorites, je ne pourrais dire le contraire.

Vous avez toujours fait votre devoir comme une bonne religieuse.

Pourquoi craindre l'avenir ? Oh non, pas avec vous, ma mère.

Mais je ne veux pas vous quitter.

Mon enfant, vos travaux, vos chagrins, votre vie, tout ceci est à Dieu.

Lui seul existe et nous aime et nous guide.

Nous sommes en sa main.

Suzanne, la main de Dieu est sur vous.

Elle vous garde.

Elle vous mène malgré vous s'il le faut vers notre époux divin, vers la joie qui

n'aura pas de fin.

Cher enfant, qu'avez-vous fait sur moi ? Allez, que Dieu vous parle lui

-même, puisqu'il ne veut plus le faire par ma bouche.

La vérité est que je suis fatiguée.

J'ai demandé à Dieu de ne pas voir ce jour, mais ce n'est pas sa volonté.

Pour la seconde fois, on va vous demander de lui jurer chastis, pauvreté

et obéissance.

Allez, je parlerai à votre mère, je passerai la nuit en prière, priez aussi.

Mais couchez-vous, je vous l'ordonne.

Permettez-moi de prier avec vous.

Je vous le permets depuis 9h jusqu'à 11h. Pas davantage.

Puis vous me laisserez prier seule et vous vous reposerez.

Allez, Suzanne, dormons.

Je l'ai.

Ave Maria.

Ave Maria.

Allez, Maria.

Ayez pitié de moi, mon Dieu, ayez pitié de moi.

C'est en vous que mon cœur espère.

Dels sont les cris que j'ai poussés vers le Très-Haut, le Dieu qui m'a comblé le

bien. Et il a envoyé du ciel sa miséricorde et sa vérité.

Il m'a sauvée du milieu des lions où je ne goûtais de repos que parmi les

alarmes.

Si c'est pour me punir que vous vous êtes retiré de moi, qu'il en soit ainsi.

Je ne vous demande pas de me rendre le don que vous m'avez ôté.

Mais secourez vous-même cet enfant qui dort.

Mon Dieu, parlez.

Vous vous êtes couché le bonheur ? L'heure que vous m'avez ordonné.

Vous avez dormi ? Profondément.

Je m'y attendais.

Comment vous trouvez-vous ? Bien.

Ébauchée en mer.

Je n'ai vu personne entrer en Légion sans inquiétude.

Mais je n'ai éprouvé sur aucune autant de troubles.

Je voudrais bien que vous soyez heureuse.

Si vous me gardez votre amitié, je le serai.

S'il ne tenait qu'à cela.

N'avez-vous pensé à rien pendant la nuit ? Non.

Vous n'avez fait aucun rêve ? Aucun.

Qu'est-ce qui se passe à présent dans votre âme ? Rien.

J'oublie à mon sort.

Je me laisse aller.

Je n'ai même plus la force de pleurer.

Moi, la veille le faut, la seule idée qui me vienne.

Mais vous ne dites rien.

Je ne suis pas venue pour vous parler, mais pour vous voir.

Il faut que je me taise, je me connais.

Reposez-vous encore un moment, que je vous voie.

Et puis je m'en irai, Dieu fera de reste.

6 heures.

On va venir vous habiller, je ne veux pas y être, cela me distrait bien.

Je ne veux plus avoir qu'on s'y pense.

Levez votre bras.

Levez votre bras.

Tournez votre tête.

Sur Saint-Jean.

Sœur Sainte-Suzanne, vous êtes de cœur.

Oui. Vous êtes de cœur à l'office d'aujourd'hui.

De cœur ? Il faut vous préparer.

Sœur Sainte-Agnès, il est bien vrai que j'ai fait profession.

Depuis hier, vous êtes notre sœur.

Ma mère.

Cela est donc vrai.

Que voulez-vous dire ? Mais croirez-vous, ma mère, si je vous dis

que... Eh bien ? Je n'ai souvenir de rien de la journée d'hier.

Je ne sais plus ce que j'ai fait, ni ce que j'ai dit. Vous avez fait et dit ce

qui convient.

Mais vous me croyez ? Ni à vous croire, ni à ne vous pas croire.

Vous êtes certaine, Suzanne ? Cela suffit ?

Amen. Comment est-elle morte ? Au retour d'un séjour chez votre sœur aînée. Sa

santé était affaiblie.

Elle a eu du chagrin.

Elle ne vous a rien dit de plus ? Elle m'a prié de vous remettre ceci.

Vous n'avez jamais su le nom de mon père ? Non.

Vous aimez notre vie, à présent ? Le temps passe.

J'ai déjà la fin de l'automne.

Mon enfant, c'est peu de choses.

Voici le reste de mes économies.

Priez pour moi.

Votre naissance est la seule faute que j'ai commise.

Aidez-moi à l'expier.

Songez que le sort de votre mère dans l'autre monde dépend de votre conduite

dans celui-ci.

Adieu, Suzanne.

Ne demandez rien à vos sœurs.

N'espère à rien de votre père, il m'a précédé une étape.

Adieu encore une fois.

Brûlez la lettre, craignez de changer d'état.

Ítez de vous imaginer dans le monde et sans appui, achèverez de trop plus bien

les instants.

Sous-titrage

FR ?

Certains ont détruit les silices que je leur avais renvoyés.

J'en soupçonne d'avoir gardé leur Bible malgré notre défense. Vous les

confisquerez et les apporterez chez moi.

Que

me

voulez-vous, ma sœur ? Visitez votre cellule.

Vous en avez reçu l'ordre ? Votre mère m'en a prié.

Où est votre silice ? Je l'ai brûlée.

Et votre discipline ? Je l'ai jetée et j'ai engagé mes soeurs à faire de même.

Qui vous l'a permis ? Mme de Meunier disait de ses pénitences qu'il ne

corrige aucun défaut.

Il ne sert qu'à donner de l'orgueil.

Mme de Meunier n'est plus.

Je peux du moins la pleurer et tâcher d'essuivre son enseignement.

C'est lui aussi qui vous empêche de chanter alors, demain ? Demain n'est pas

jour de fête.

Je ne suis pas de chœur.

Je ne vais plus rien faire en dessin ni en-delà de la règle.

Vous la connaissez ? Regardez.

C'est le livre d'une constitution.

Je l'ai relu, je l'ai laissé par cœur.

Voici les engagements que j'ai pris, et je n'en ai pas pris d'autres.

Mes sœurs, l'une de vous a péché gravement contre la sainte obéissance.

Je suis dans la nécessité de l'enchâtier avec rigueur.

Sœur Sainte-Suzanne, vous passerez pendant une semaine le fils à genoux au

centre du cœur.

Pendant le même temps, je vous condamne à vivre de pain et d'eau, à demeurer

enfermée dans votre cellule, à n'en sortir que pour assister nos converses

dans les travaux les plus vils de la maison.

Enfin, je dois vous défendre solennellement d'approcher désormais

aucune de vos sœurs et de leur parler.

Sœur Suzanne, dites-nous ce que vous pensez du jansenisme.

Je n'en pense rien.

Je ne le connaissais pas.

Et du molinisme ? Je n'en sais rien non plus.

Il ne veut en entendre parler ni en bien ni en mal.

Êtes-vous soumise à la Constitution ? Je la suis à l'Église. Acceptez-vous la

bulle ? J'accepte l'Évangile.

Il faut pourtant bien que vous preniez quelques parties.

Répondez-nous franchement et sans crainte.

Je rejette toutes parties.

Mais je m'en tiens au titre des chrétiennes.

Que se passe-t-il, ma sœur ? Vous deviez savoir que l'office était avancé d'une

demi-heure.

Et comment pouvais-je l'apprendre dans ma cellule ? Vous deviez le savoir.

Vous ne pourrez éviter d'être violente.

Et pour le reste de son corps, elle était si chargée de perles et

de pierreries qu'elle en avait jusque sur ses souliers.

Je vous remercie.

Vous êtes sympa de mon côté, à courir pour me retenir, et vous viendrez trop

tard.

Ave Maria.

Deo gratias.

Ma mère.

J'aurais besoin d'encre et de papier pour préparer ma confession.

Pourrais-je en avoir davantage ? J'ai beaucoup à écrire.

Vous le savez, ma chère mère.

Je vous remercie, mon maître.

Sœur Suzanne, suivez-moi.

Voici votre cellule. La Sœur Saint-Jérôme occupe la vôtre.

Sœur Suzanne, déshabillez-vous.

Sœur Suzanne, vous avez des défauts, mais vous n'avez pas celui de mentir.

Dites-moi la vérité.

Qu'avez-vous fait de tout le papier que je vous ai donné ? Madame, je vous l'ai

dit.

Cela ne se peut.

Vous m'en avez demandé beaucoup et votre confession m'a paru bien courte.

C'est vrai.

Qu'en avez-vous donc fait ? Ce que je vous ai dit.

Eh bien, jurez-moi par la sainte obéissance que vous avez voué à Dieu que

cela est.

Malgré les apparences, je vous croirai.

Madame, vous ne pouvez pas exiger un serment pour une chose si légère.

Il ne m'a pas permis de le faire.

Vous me trompez, Sœur Suzanne.

Vous ne savez pas à quoi vous vous exposez.

Qu'avez-vous fait du papier que je vous ai donné ? Madame, je vous l'ai dit.

Où est-il ? Je ne l'ai plus.

Qu'en avez-vous fait ? Jurez-moi qu'il a été tout employé à écrire votre

confession.

Madame, cette chose n'étant pas plus importante, je ne peux pas jurer.

Jurer ? Je ne jurerai pas.

Jurerai pas ? Non, madame.

Vous êtes donc coupable ? De quoi ? De tout !

Il n'y a rien dont vous ne soyez capable.

Vous avez fait exprès de louer Mme de Meunier pour me rabaisser.

Exprès de mépriser les lois que j'ai dû rétablir.

Diviser la communauté, provoquer vos soeurs, manquer à tous vos devoirs.

Vous m'avez forcée à vous punir.

Punir celle que vous avez séduite, la chose qui me complique.

Je vous ai ménagé.

J'ai cru que vous reconnaîtriez vos torts.

Que vous reviendriez à moi.

Vous ne l'avez pas fait.

Il se passe quelque chose dans votre esprit qui n'est pas bien.

Vous avez des projets.

L'intérêt de la maison exige que je les connaisse et je les connaîtrai.

C'est moi qui vous en réponds.

Madame, je vous l'ai dite.

Je vous donne encore cinq secondes pour vous décider.

Vos papiers, s'ils existent. Je ne les ai plus.

Ou le serment qui ne contenait que votre confession.

Je ne peux pas le faire.

Donne-nous tes papiers ou dis-nous ce qu'ils contenaient. Vous êtes trop

bonne. Vous ne la connaissez pas. Tant pis pour elle.

Je n'ai rien fait qui puisse enfoncer ni Dieu ni les hommes.

Je vous le jure.

Ce n'est pas ce serment-là que je veux. Il a écrit contre vous, grand vicaire, à

l'archevêque.

Sœur Suzanne, vous voyez... Madame, j'ai tout vu.

Je sens que je me perds.

Mais un moment plus tôt ou plus tard, faites-moi ce qui vous plaira.

Permettez-moi de l'embrasser encore une fois.

Je n'ai rien fait ! C'est ce qu'on vous demande ! Faites tranquillement, il est

un dieu !

Notre

chère mère a trop de bonté.

Je n'en sens qu'au troisième jour, elle est faite grâce.

Il est trop tard.

Laissez-moi.

Laissez-moi !

J'ai consulté Dieu sur votre sort.

Il a touché mon cœur et je lui obéis.

Mettez-vous à genoux et demandez-lui pardon.

Mon Dieu, je vous demande pardon des fautes que j'ai faites quand vous l'avez

demandé sur la croix pour moi.

Orgueilleuse, elle se compare à Jésus.

Ce n'est pas tout.

Jurez-moi que vous ne parlerez jamais de ce qui s'est passé.

Personne n'en saura jamais rien.

Je vous le jure.

Nous n'aurons peut-être plus jamais l'occasion de nous parler.

Dieu nous pardonnera.

Je n'ai pas lu votre mémoire, mais je devine ce qu'il dit.

Vous connaissez beaucoup de monde.

Moi, je ne connais personne.

Je ne veux pas vous compromettre.

Mon amie, vous seriez perdue, je le sais.

De quoi s'agit-il ? De faire passer ce mémoire à quelques avocats.

D'en obtenir une réponse.

Vous voulez nous quitter ?

Mais si vous avez cette réponse, il faudra que vous voyiez des gens de loi.

Oui. Vous aurez besoin de liberté.

C'est vrai.

Avez-vous prévu les persécutions qui vous attendent ? Je serai sous la

protection des lois.

Il faudra me montrer.

J'aurai la bouche ouverte, la liberté de me plaindre.

Si vous échouez ? Je demanderai à changer de maison.

Ou je mourrai dans celle-ci.

On souffre longtemps avant de mourir.

Mais quoi qu'on m'impose, on ne dira pas que je suis entraînée par une passion

coupable.

Je ne vois personne.

Je demande à être libre, parce que le sacrifice de ma liberté n'a pas été

volontaire.

Soyez tranquille, je penserai à vous.

Je sais que vous êtes mon amie.

Demandez à Dieu qu'il vous guide.

Je prierai avec vous.

Ma mère, auriez-vous aussi la bonté de me rendre ? Votre médaillon ? J'y

consacre.

La Sœur Suzanne et M.

Manoury vous demandent au barlois.

C'est votre avocat.

Nous avons obtenu la permission de Rome.

Incessamment, il sera signifié à votre supérieur au nom de la sœur Marie

-Suzanne Simonin une protestation contre ses voeux, avec la demande de quitter la

vie de religion et de sortir du cloître pour disposer d'elle comme elle le

jugerait à propos.

Mais, pour mener à bien notre affaire, il va falloir que je puisse vous voir.

Il nous faudra convenir d'une correspondance.

J'y penserai.

Autre chose.

Dès que la procédure sera engagée...

Vous allez demeurer ici, livrée à toutes les cruautés de vos compagnes.

J'y ai songé.

Elles ne seront pas plus grandes que celles que j'ai souffertes.

Vous allez trouver plusieurs sortes d'opposition.

Celle des lois, celle de la maison de Longchamp, celle de vos sœurs.

Elles ont eu tout le bien de la famille, une fois libres.

Vous auriez les droits à faire valoir sur cette fortune.

Je peux leur offrir d'abandonner mes droits. Mais cet acte de désistement

fait alors que vous êtes encore en religion serait invalide de votre

liberté.

Et puis, pourrait-elle convenablement l'accepter ? Laisser une sœur sans

asile, sans fortune ? Que dira-t-on dans le monde ? Et s'il lui prend fantaisie

de se marier, si elle a des enfants ? Dites-vous bien qu'elles combattront ce

péril de toutes leurs forces.

Ne perdez pas courage.

Je vous aiderai, autant qu'il sera en mon pouvoir.

Vous voulez nous quitter ? Vous allez appeler de vos voeux ? Vous n'avez

pas fait librement ?

Qui vous a contrainte ? Tout.

C'est votre père ? Mon père.

Madame votre mère ? Aussi.

Pourquoi ne pas avoir réclamé quand vous avez prononcé vos voeux ? J'étais si peu

à moi que je ne me rappelle même pas d'y avoir assisté.

Vous pouvez vous parler ainsi ? Je dis la vérité.

Et vous imaginez que les hommes vous croiront ? Ils me croiront ou non. Le

fait n'en sera pas moins vrai.

Venez avec moi, Suzanne.

Faisons quelque part.

Comme vous voudrez, ma mère.

Chère enfant, si l'on écoutait de pareils prétextes, vous voyez quels abus

suivraient.

Vous avez à cœur les peines que vous m'avez obligée d'ordonner.

Songez que le parjure est le plus grand de tous les crimes.

Je ne serai pas parjure.

Je n'ai rien juré.

Si on a eu des torts, n'ont-ils pas été réparés ? Ce n'est pas ce qui m'a

décidée. Quoi d'autre ? L'absence de vocation.

Le défaut des libertés dans mes voeux.

Pourquoi ne pas l'avoir dit il y a tant ? J'avais eu du courage la première

fois.

La seconde, j'étais sans conscience.

Et c'est vrai.

Et vous le savez, ma mère.

Si je vous prends du moins, jureriez-vous que j'étais saine d'esprit

? Je le jurerais.

Eh bien, madame, C'est vous qui serez parjure, et non pas moi.

Mon enfant, vous allez faire un éclat inutile.

Ces sortes d'affaires entraînent toujours des discussions scandaleuses.

Ce ne sera pas ma faute. Le monde est méchant.

On supposera le pire sur votre cœur, votre esprit, vos mœurs.

On croira tout ce qu'on voudra.

Mon cœur est pur.

C'est incroyable. Et pourquoi, madame ? Chacun son caractère.

Je le mien.

Vous aimez la vie du couvent ? Je la déteste.

Vous avez reçu de Dieu les grâces de votre état.

Elles me manquent toutes.

Vous, vous seriez perdue dans le monde.

Vous faites ici votre tenue.

Je me fais attirer ici.

J'espère me sauver dans le monde.

Mon amitié pour Mme de Monny m'a abusée.

Mais je suis là, cette nivocrite.

Mon corps est ici, mais mon cœur n'y est pas.

Je suis, je serai toujours une femme religieuse.

Vous me dites pas que vous quitterez ce voile sans remords, ces vêtements qui

vous ont liés à Jésus. Si, madame, parce que je les ai pris sans liberté.

Oh, j'avouerais les déchirer et les jeter loin de moi.

Dieu, que dirons-nous, sœur ? C'est donc à partir du prix que vous voulez vous

perdre ? Je veux sortir d'ici.

Mais si c'est la maison qui vous déplaise. C'est la maison !

C'est lui qui vous fait parler, voyez dans quel état vous êtes.

Je suis une femme impassée.

Je suis honteuse de mes violences.

Je vous demande partout.

Mais jugez par là.

Les meufs, ils mentirent.

En faisant ce qu'ils sauront des autres.

Je me déteste et je m'étonne.

Vous voulez éviter le scandale ?

Ne vous dis pas de m'ouvrir les portes.

Faites seulement qu'elles soient mal gardées.

Vous êtes folle. Madame, excusez-moi.

Si on refuse de me rendre à ma liberté, mon désespoir s'atteint.

Je me tuerai, madame.

Quand vous allez à l'église, demandez à Dieu qu'il vous touche et qu'il vous

rende l'esprit de votre état.

Interrogez votre conscience.

Je vous dispense du chant.

Je vous invite à implorer la miséricorde de Dieu sur une religieuse qui l'a

abandonnée et qui est sur le point de commettre une action sacrilège à ses

yeux et honteuse aux yeux des hommes.

Sœur Sainte-Suzanne, vous serez jusqu'à nouvel ordre privé de tous les emplois.

On ne vous servira pas.

Vous suivrez le Fils à genoux.

Il est défendu de vous parler, de vous secourir, de vous approcher.

de toucher même aux choses qui vous auraient servi.

Venez vous allonger au milieu du chœur.

Nous allons réciter pour le salut de cette malheureuse les litanies des

saints, que nous ferons suivre des prières pour les agonisants.

Sainte Paulie, Sainte Andréa, Sainte Joannès,

Sainte Annalia, Sainte Joseph, Sainte Pétrie, Sainte

Paulie.

Sœur Saint-Joseph.

N'entre pas, éloigne-toi.

Que veux-tu ? J'ai faim.

Tu n'es pas digne de vivre.

Marchez sur elle, ce n'est qu'un cadavre.

Éloignez-vous.

Encore.

Que me voulez-vous ? Madame, ni Dieu ni les hommes m'ont contenue à mourir.

Or, tenez qu'on me fasse vivre.

En êtes-vous digne ? Il n'y a que Dieu qui le sache.

Je ne suis ici qu'en attente, jusqu'à ce que mon sort soit décidé.

Allez, je pourvoirai.

Votre supérieur voulait m'empêcher de vous voir.

Vous n'assistiez plus aux offices ? On m'enferme.

Vous m'empêchez d'y être.

On me prive de nourriture.

Nos sœurs me jettent des ordures.

L'annual sème 2 a cassé sous mes pieds.

On a pris mon rosaire.

On dit que... que je suis possédée.

On veut m'exorciser.

Parlez plus fort, ma fille, je vous entends mal.

Et vous, monsieur, ne croyez surtout pas un mot de ces mensonges.

Ce sont de vrais mensonges.

On ne peut pas vous interdire de me voir.

Sur ce point, je peux faire respecter la loi.

Je l'espère.

Il m'est impossible de vous éviter toutes ces peines.

Il faut vous armer de patience.

L'heure est déjà passée, je suis au regret.

Bonsoir, monsieur.

Que dit-elle ? Elle est possédée.

Mon Dieu, écoutez-moi.

Il n'y a plus de Dieu pour toi.

Meurs et sois damné.

Messieurs, évitons les cérébrités.

Je rappelle que requête a été déposée au nom de la sœur Marie-Suzanne Simonin

réclamant contre ses voeux.

Nous en avons déjà débattu à trois reprises et assigné à cette audience de

notre tribunal les proches de la dite sœur d'une part et d'autre part la

communauté de Longchamp.

Je les prie chacun d'être brefs.

Messieurs, voici deux billets, tous les deux de la main de Suzanne.

L'un à sa mère où elle lui dit son intention d'entendre religion, l'autre à

Madame de Meunier où elle la remercie d'accueillir en sa maison.

Je dépose un mémoire d'exorcisme contre la sœur Simonin.

Nous en avons délibéré entre nous et conclu en ce sens à la pluralité des

voix.

Notre sœur Suzanne a renoncé à son baptême, le démon réside en elle et l

'éloigne des offices divins.

Vous trouverez le détail de nos accusations.

Suzanne ne porte plus son rosaire, elle foule le Christ au pied pour faire des

blasphèmes. Il y a trois jours, elle a porté la main sur une de nos plus jeunes

novices. Vous jugerez vous-même.

Je m'en remets au jugement du tribunal.

Je dois avouer que je suis lassé des éternelles tragasseries des couvents et

guère pressé de m'y mêler. Nous savons par expérience que notre autorité y est

toujours éludée aux compromis.

Mais ces faits sont graves.

Et d'autre part, il y a la plainte de M.

Manoury que nous ont fait passer les magistrats. Je ne veux pas s'y attacher

trop d'importance, mais il faut prendre les devants.

Nous irons à Longchamp.

Nous verrons la sœur Simona.

Nous déciderons de l'exorcisme.

Levez-vous.

Mettez-vous à genoux et recommandez votre âme à Dieu.

Madame, avant de vous obéir, qu'avez-vous décidé de moi ? Que faut-il

que je demande à Dieu ?

Quelle grâce faut-il que je demande à Dieu

? Demandez-lui pardon des péchés de toute votre vie.

Parlez-lui comme au moment de paraître devant lui.

Qu'on la mette debout.

Est-ce qu'elle ne veut pas se recommander à Dieu ? Je le regrette.

Vous savez ce que vous avez à faire.

Permettez-moi des baisers de crociers.

Marchez, je vous l'ordonne ! Mon Dieu ! Allez, pétez-vous !

Mon Dieu !

Sœur Suzanne, levez-vous.

Qu'on la dévie. Monsieur, elle peut être dangereuse. Qu'on la dévie.

Sœur Suzanne, croyez-vous en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit ? J'y crois.

Croyez-vous en notre Sainte Mère l'Église ? J'y crois.

Renoncez-vous à Satan et à...

Calmez

-vous. On m'a blessée au moment de votre question et je... Taisez-vous,

mademoiselle.

Renoncez-vous à Satan et à ses œuvres. J'y renonce.

J'y renonce.

Je vous ordonne d'adorer notre Seigneur à voix haute.

Mon Dieu, en sauveur.

Vous qui êtes mort sur la croix pour mes péchés, je vous adore.

Faites couler sur moi une goutte de votre sang et que je sois purifiée.

Pardonnez-moi, mon Dieu, comme je pardonne tous mes ennemis.

Madame, restez.

Sœur Suzanne, levez-vous.

Voici le mémoire qu'on m'a présenté contre vous. Répondez sans crainte.

Voyons.

Pourquoi ne vous confessez-vous pas ? C'est qu'on m'en empêche. Pourquoi n

'approchez-vous pas des sacrements ? On m'en empêche. Pourquoi n'assistez-vous

ni à la messe ni aux offices ? On m'en empêche. Mais vous savez très bien...

Madame, taisez-vous ! Pourquoi sortez-vous la nuit de votre cellule ? C

'est qu'on m'a pris les dos et tout le nécessaire.

Pourquoi vous êtes-on liée ? Je l'ignore.

Pourquoi votre cellule ne ferme-t-elle pas ? Parce que j'ai brisé la serrure.

Pourquoi ? Pour aller à l'office le jour de l'ascension.

Vous vous êtes donc montrée à l'église ce jour-là ? Oui, monsieur.

Monsieur, ça n'est pas vrai !

Je jurerai que la porte du corps était fermée, qu'elle m'en trouvait à cette

porte, et que vous leur avez ordonné de marcher sur moi. Ce n'est pas... Madame,

je vous ai déjà demandé de vous taire. Vous répondrez quand je vous

interrogerai. Pourquoi n'avez-vous ni rosière, ni crucifix ? On me les a ôtés.

Où est votre prêt fière ? On me l'a ôté.

Comment priez-vous ? Je fais ma prière de cœur et d'esprit, quoiqu'on m'ait

défendue de prier. Qui vous a fait cette défense ? Madame.

Est-il vrai ou faux que vous lui avez interdit de prier ? Dites oui ou non.

Je croyais.

Et j'avais raison de croire. Il ne s'agit pas de cela. Oui ou non.

Je le lui ai défendu, mais... Sœur Suzanne,

pourquoi êtes-vous pieds nus ? On m'étonne ni pas ni soulier.

Pourquoi vos vêtements sont-ils si sales ? Je couche avec depuis trois mois.

Pourquoi ? Je n'ai ni rideau, ni linge, ni drap. Pourquoi ? Vous me les aoutez.

Êtes-vous nourrie ? Je demande à l'être.

Vous ne l'êtes donc pas.

Pour encourir une telle sévérité, quelle faute avez-vous commise ? Ma faute est

de n'être pas appelée, et de revenir contre mes voeux. C'est en loi à

trancher cette affaire.

Quoi qu'elle décide, il faut en attendant que vous puissiez accomplir

vos devoirs.

N'avez-vous à vous plaindre de personne ? Non, monsieur.

Je ne suis pas ici pour accuser, mais pour me défendre.

Allez. Où faut-il que j'aille ? Dans votre cellule.

Je vous ai interrogé, je vais interroger votre supérieure.

Je ne partirai pas d'ici que l'ordre d'histoire est appris.

telles horreurs si variées, si continues.

Cela n'est pas vraisemblable. J'en conviens, Monseigneur, mais cela est

vrai. Des chrétiennes. Cette femme est indigne de ses fonctions.

Je le pense, Monseigneur. Elle mériterait d'être déposée.

Et cependant, M.

Hébert, cela ne sera pas. Qui vous en empêche ? Personne.

Mme de Tourmont a fait certainement comme elle croyait devoir faire.

J'ai autrefois un peu connu son père.

Ce sont Jean-Pauvre, et de petite noblesse militaire, mais d'honneur.

Ses frères sont tous trois d'excellents officiers.

Le cadet mourut fort bravement l'année dernière.

Mais je vois que cet enfant a su vous toucher.

Ne protestez pas, il n'y a là aucun crime.

Et que va-t-il advenir de sa demande ? Je pense que la jubiléction

ecclésiastique devra rejeter cette réclamation.

Sans plus d'examen ? Et que faire d'autre ?

Les amis de mademoiselle Simona ont malheureusement fait un peu trop de

bruit autour de cette affaire.

Dieu sait comme serait prise toute bonté ou indulgence de notre part.

Hélas, voyez ce qu'écrivent déjà messieurs nos philosophes.

Si l'on en trouverait en faveur d'une seule malheureuse les portes de ces

prisons, la foule s'y porterait et chercherait à les forcer. Il faudra donc

leur donner raison.

Ne craignez pas pour votre protégé.

Ce monsieur Manoury fera appel. Il y aura procès devant le Parlement.

Que les magistrats s'en chargent, ils connaissent leur devoir.

Et vous vous fierez à leur décision ? Dieu veuille qu'elle soit sage et juste.

Messieurs, poursuivons donc l'examen de cette affaire, Simone.

Théographe, nous vous demandons par loire.

Je viens de la part de M. Manu, oui.

J'ai perdu mon procès. Madame, je n'en sais rien. Il m'a remis cette latte. Je

suis venu aussitôt.

As-tu une réponse ? Non.

Allez.

Ave Maria.

Vous avez lu ma lettre ? Je l'ai reçue, mais je ne l'ai pas lue.

Vous ignorez donc ? Non, monsieur.

J'ai tout éminé.

Si je puis vous être utile, je peux voir le premier président, les grands

vicaires ? Ne voyez personne.

Tout est fini.

Non.

On peut vous faire changer de maison.

Vous avez intéressé beaucoup d'années de gens.

Certains ont de la fortune, ils feront votre dot.

On ne vous retiendra pas si vous partez sans rien emporter.

Ces années de gens ne pensent déjà plus à moi.

Vous sortirez d'ici.

Je ne demande rien.

Je n'espère rien.

Je ne m'oppose à rien.

Si seulement Dieu pouvait me changer.

Mais ce n'est pas possible.

Ce vêtement s'est attaché à ma peau, à mes os.

Je hais cette vie.

Je sens que je la hais.

Il faut changer de maison.

Je viendrai vous revoir.

Vous sortirez d'ici.

Eh bien, Suzanne, comment on use-t-on avec vous ? Monsieur, on m'oublie. Tant

mieux.

Je vous demande en grâce d'appeler ma mère supérieure et qu'elle entende vos

questions et mes réponses. Parlez toujours.

Monsieur, vous allez me perdre. Ne craignez rien.

De ce jour, vous n'êtes plus sous son autorité.

Avant la fin de la semaine, vous serez transférée à Saint-Eutrope, près d

'Arpajon.

Vous avez un bon ami, votre avocat.

Monsieur Manuri ? Lui-même.

Il a vu M. l'archevêque et toutes les personnes connues pour leur piété.

Il vous a fait une dot dans cette nouvelle maison.

Si vous avez connaissance de quelques désordres, je vous ordonne de m'en

instruire.

Je n'en connais pas.

Je vous l'ordonne, par la sainte obéissance.

Bien.

Je vous demande de garder le secret sur tout ceci.

D'où connaissez-vous M. Manouri ? Par mon procès.

Vous l'avez donc vu souvent ? Non, monsieur, je ne l'ai pas vu.

Et depuis la perte de votre procès ? Une fois.

Il ne vous a pas écrit ? Non, monsieur. Vous ne lui avez pas écrit ? Non,

monsieur. Il voudra vous apprendre ce qu'il a fait pour vous.

Je vous ordonne de ne pas le voir au parloir.

Et s'il vous écrit, de m'envoyer la lettre sans l'ouvrir.

Entendez-vous ? Sans ?

Oui, monsieur.

Je vous obéirai.

Je vous en prie.

Asseyez-vous, mon enfant.

Pardon,

Monseigneur. Je vous en prie.

On vous a instruit les malheurs de cette pauvre... On a eu tort, c'est la douceur

même.

L'Église, vous le voyez, ma chère enfant, par la diversité providentielle

de ses maisons religieuses, permet à chacun de ses membres de réaliser leur

vocation particulière. Il y a place pour tous dans ce grand corps et chacun doit

s'attacher à découvrir

la place qui de toute éternité lui a été fixée par le Maître et le

Créateur de toutes choses.

Venez vous asseoir.

Et laissez-moi parler.

Bien entendu, il sera convenable, puisque vous changez de maison, que vous

renouvelliez solennellement vos vêtements. Nous le ferons, nous le

ferons, monseigneur. Ce sera une très jolie cérémonie. N'oubliez pas aussi que

vous devez votre dot à la charité.

Monseigneur, un peu de chocolat.

On a eu pitié de vos malheurs passés. Une jardine de confiture.

Madame, asseyez-vous donc.

Vous n'aurez donc jamais trop de reconnaissance pour... Pauvre petite,

mais c'est fini, n'en parlons plus. Nous la consolerons de ses chagrins. Elle

fera tout ce qu'il lui plaira. Une petite licorne aux fruits.

Merci.

Il est déjà tard.

Mon enfant, tu as donc bien souffert.

J'ai connu ta supérieure. Nous avons été pensionnés ensemble.

Nous étions ensemble à Port-Royal. Oh, c'était notre bête noire. Oh,

voici notre bête. Quelle jolie.

Tu as vu sur ça ? Regarde ses yeux comme ils sont longuissants.

Ne faites pas attention.

Je viens voir comme vous êtes logés.

C'est là qu'une petite amie prévint.

Mets ton coussin.

Faut que t'ailles.

Vous y êtes bien.

Ces draps ne sont pas fins. Ce sont ceux de la maison.

Les matelas sont bons.

Mais vous devez être fatig...

Il est tard, Mme Suzanne.

Notre mère vous demande.

Venez, venez.

Bonjour, Suzanne, ma petite fille.

Vous avez bien dormi ? Allez.

Voilà du café qui vous attend depuis une heure.

J'espère qu'il est bon.

Il est froid.

Vous avez perdu votre mère il y a longtemps ? Près d'un an. Où est-il

votre père ? Peu de temps avant. Je sais, je sais. Il me reste deux soeurs.

Tant mieux, tant mieux. Si l'on veut. Et l'ennui que vous êtes rempli de talent

et d'esprit aussi, ce qui ne gâte rien.

Eh bien, je ne sais pas.

Vous avez entendu maman, comme si on a su la chanter le gloria. Tu sais bien

que je n'y étais pas.

Elle est jeune.

Et saint Clément, pendant l'évangile, la tête qu'elle faisait.

Joue quelque chose, puis après, tu chanteras.

Cela est très joli, mais nous avons de la sainteté à l'église tant qu'il nous

plaît. Nous sommes seules, ce sont mes amies, elles sont les tiennes.

Chante-nous quelque chose de plus gai.

Elle ne connaît pas de romances à la mode ? Non, elle a la plus belle voix du

monde, je ne la tiens pas qui. Il faut qu'elle nous chante quelque chose.

Je ne sais rien.

Tu ne te souviens pas de ce qu'on chantait dans le monde ? Il n'y a pas si

longtemps.

Cela me semble si loin.

J'ai si peu vu le monde.

Connaissez-vous plaisir d'amour ?

Mes soeurs le chantaient quelques fois. Oui, plusieurs d'amour, plusieurs d

'amour.

C'est moi.

Eh bien, que penses-tu de son élève ? Qu'elle a la main bien plus légère que

son professeur.

Et moi, j'admire la main du professeur.

Vous avez vu sur Thérèse, elle a les plus jolis doigts du monde.

Ne baisse pas les yeux.

Regarde-moi.

Regarde-moi.

Ta supérieure va connaître toutes tes pensées.

La règle t'oblige à ne rien lui cacher.

Tu me diras tout, n'est-ce pas ? Si tu me caches quelque chose, car à toi, je

te ferai donner la discipline en ma présence.

Sœur Thérèse, tu peux t'en aller si tu t'ennuies.

Je ne m'ennuie pas.

J'ai mille choses à demander à cet enfant.

Je crois. Je vais savoir tout sur l'histoire.

Je veux qu'elle me raconte toutes les peines.

Je suis sûre que j'en pleurerai, mais n'importe.

Suzanne, quand est-ce que je saurai tout ? Quand vous l'entraînerez, madame.

Tout de suite, alors, si nous avons le temps. Que l'heure est-il ? Madame, il

est 10 heures.

L'office va sonner.

Comment ce jour ? Mais, madame, vous m'aviez promis un moment de consolation

avant l'office.

J'ai des pensées qui m'inquiètent.

Si je vais à l'église sans vous ouvrir mon coeur, je ne pourrai pas prier, je

serai distraite.

Tu es folle avec tes idées. Je parie que je sais ce que c'est. Nous en parlerons

demain. Oh, chère madame ! Accordez à ma soeur ce que vous demandez.

Nous parlerons des mois une autre fois.

Comme vous l'aurez entendu, elle ne souffrira plus.

Thérèse, tu m'agaces. Je sais.

Je t'ai dit des bêtises, cela me gêne.

Je ne veux pas être gênée.

Je sais.

Mais je ne suis pas maîtresse de mes sentiments.

Je le voudrais.

Je le saurais.

Ma chère sœur, qu'avez-vous ? Pourquoi

me fuyez-vous ? Est-ce que notre mère ne peut pas nous aimer toutes les deux ?

Non.

Non, ce n'est pas possible.

Pourquoi êtes-vous venues ici ? Vous n'y serez pas heureuse longtemps, je vous

assure.

Et moi, je serai malheureuse pour toujours.

Mais que craignez-vous ? Que j'abuse de son amitié ? Que je vous éloigne d'elle

? Vous me connaissez mal.

Ce n'est pas votre faute, je le sais bien.

Promettez-moi... Que voulez-vous que je vous promette ? Promettez-moi que...

Que vous la verrez le moins

souvent que vous pourrez. Et pourquoi ? Puisque je vous assure que... Je suis

perdue.

Eh bien, ma fille, nous complotons.

Ma mère, je vous demande pardon de préciser votre condition.

En effet, il eût été mieux de la demander.

Ma sœur avait de la peine.

J'ai voulu la consoler.

Et de quoi, grand Dieu ? Votre bonté pour moi l'inquiétait.

Elle craint que je n'obtienne la préférence dans votre cœur.

Ce sentiment de jalousie si naturel, d'ailleurs, si flatteur pour vous, ma

mère, était, il m'a semblé, qu'il était devenu cruel et je la rassurais.

Sœur Thérèse...

J'ai eu de l'amitié pour vous, j'en ai encore.

Mais je ne saurais souffrir ces prétentions exclusives.

Défaites-vous-en, si vous craignez d'éteindre ce qu'il me reste d

'attachement pour vous.

Et si vous vous rappelez le sort de la sœur Agathe.

Et cette grande brune qui est encore en face de moi.

Mon enfant, vous connaissez, je suis bonne.

Ne m'obligez pas à me punir.

J'en souffrirai trop.

Maman, ça c'est d'un...

Et n'en sortez pas sans ma permission.

Ma chère mère.

Pardonnez-la, ma sœur Thérèse.

Elle perd la tête.

Elle ne sait plus ce qu'elle fait.

Que je lui pardonne, je le veux bien.

Mais que me donnerez-vous en échange ? Je n'y ris.

Approchez votre front.

Il est trop tard pour commencer votre histoire.

Vous me donnerez une petite leçon de classe.

Rentrez.

Rentrez vite chez vous, c'est mieux.

Je vous remercie pour ce miroir.

Il n'en faut pas parler avec les formelles.

Suzanne,

j'ai réfléchi sur cette affaire de Longchamp.

J'ai une proposition à vous faire.

Vous devez votre dot à la bienfaisance. Oui, ma mère.

Et les sœurs de Longchamp ont gardé l'autre.

Oui, elles ne vous ont rien rendu.

Non, maman, ce n'est pas juste.

Vous êtes en droit de réclamer qu'on vous la rende.

Eh bien, Suzanne, que voudrait-il faire ? Un procès en votre nom contre la

maison de l'enchant.

La nôtre fera les frais. Si nous gagnons, nous vous partageons un mois. C

'est en face de vous.

Allons, mes filles ! Alors, vous ne répondez pas ? Vous rêvez ?

Oui.

Je rêve que mon nom reparaît très loin des mémoires, des audiences avec encore

des détails, des noirceurs, des calomnies, pour me rendre odieuse.

Que j'en aurai de l'amertume, que je finirai par vendre de mon innocence, et

que je pleurerai.

Je ne le veux pas.

Eh bien, n'en parlons plus.

Cela est sans importance.

Suzanne,

m'aimez-vous ? Oui, vous êtes si bonne pour moi. Non, vous ne m'aimez pas. Je

ne vous aime pas ? Non.

Que faut-il que je fasse ? Devinez.

Je cherche, je ne devine rien.

Elle est bien sale.

Ce voile est trop serré.

Mais ça n'avance pas.

Quel âge avez-vous ? Pas encore 20 ans.

Je veux savoir toute votre vie. Vous me la direz ? Oui, toute.

Mais cela sera bien long et bien triste.

Ne crains rien, j'aime pleurer.

Tu dois aimer pleurer aussi.

Tu essuieras mes larmes, j'essuierai les tiennes.

Et peut-être nous serons heureuses au milieu du récit de tes souffrances.

Qui sait jusqu'où l'attendrissement peut nous mener.

Alors, raconte.

Suzanne, vous aimiez beaucoup votre première supérieure. Oui, beaucoup.

Elle ne vous aimait pas mieux que moi, mais elle était mieux aimée de vous.

Vous ne répondez pas ? J'étais malheureuse.

Elle a toussissé mes peines.

Mais qui vous a fait détester le couvent ? Vous me cassez quelque chose.

Il n'est pas possible, jolie comme vous l'êtes, que personne ne vous l'ait dit.

On me l'a dit.

Et celui qui vous le disait ne vous déplaisait pas ? Non.

Vous vous êtes prise de lui ? Non. Quoi ? Ce n'est pas une passion secrète ?

Confiez-moi tout.

Je suis indulgente.

Je n'ai rien à vous confier.

Mais encore une fois, d'où vient votre répugnance pour notre ville ? De cette

ville même.

J'en hais la retraite, la contrainte.

Il me semble que je suis appelée à autre chose.

Qui vous a fait croire cela ? L'ennui qui m'accable. Je m'ennuie.

Même ici ? Ah oui, chère mère, même ici, malgré toute la bonté que vous avez pour

moi.

Mais est-ce que vous sentez en vous-même des mouvements, des

désirs ? Non.

Je le crois.

Vous paraissez d'un caractère tranquille.

Assez. Froid même.

Je ne sais pas.

Vous ne connaissez pas le monde ? Je le connais peu.

Qu'est-ce qui vous y a dit ? Je ne le sais pas, mais je le sens.

C'est la liberté que vous regrettez ? C'est cela et peut-être beaucoup d

'autres choses.

Quelles autres choses ? Mon amie, parlez-moi à cœur ouvert.

Vous voudriez vous être mariée ? Je l'aimerais mieux qu'être ce que je suis,

c'est certain.

Pourquoi ? Je l'ignore.

Vous l'ignorez ? Dites-moi...

Quelle impression fait sur vous la présence d'un homme ? S'il a de l

'esprit, je l'écoute avec plaisir.

S'il est beau, je le remarque.

Et votre cœur ? Non, jusqu'à présent.

Et quand votre regard a rencontré celui d'un homme, vous n'avez pas senti...

Quelques fois de l'embarras, il me faisait baisser les yeux.

Mais aucun trouble ? Non.

Et vos sens ?

Il ne vous disait rien ? Il y a un langage d'essence.

Vous ne le connaissez pas ? Non, chère mère.

À quoi cela me servirait-il ? À dissiper votre ennui ? À l'augmenter, peut-être.

Ma mère, je ne vous comprends pas.

Si tu voulais, je te serais plus claire.

Non, j'aime mieux ne rien savoir.

Pourquoi avoir peur ? Quel est innocent ! Oui, c'est vrai.

J'aimerais mieux mourir que de cesser de l'être.

Ma mère, qu'avez-vous ? J'ai dit quelque chose qui vous a fait de la peine ?

Pardonnez-moi.

Je parle sans réfléchir.

Pardonnez-moi.

Suzanne, vous dormez bien ? Oui.

Vous vous endormez tout de suite ? Presque toujours.

Et quand vous ne vous endormez pas tout de suite, à quoi pensez-vous ? À ma vie

passée.

La tristesse est celle qui me reste à vivre.

Ou je prie Dieu, ou je pleure.

Et le matin, quand vous vous éveillez de bonheur ? Je me lève.

Tout de suite ? Tout de suite.

Vous n'aimez pas rêver ? Vous reposer sur votre oreiller ?

Non, jouir de la douce chaleur.

du lit.

Non.

Jamais.

Jamais vous n'avez été tentée de regarder avec complaisance combien

vous êtes belle.

Non.

Je ne sais pas si je suis aussi belle que vous le dites.

Et puis, c'est pour les autres qu'on est belle, et non pour soi.

Jamais vous... Madame, le père Lemoyne vous demande de parloir.

Elle est défendue de quitter votre chambre.

Que faites-vous ici ? J'ai oublié à notre mère.

Vous êtes restée longtemps avec elle ? Autant qu'elle a voulu.

Ce n'est pas ce que vous m'aviez promis. Je ne vous ai rien promis.

Oseriez-vous me dire ce que vous avez fait ?

Ayez pitié de moi.

Je vous

remercie.

Mais qui y a-t-il, ma mère ? Pourquoi vous ne dormez pas ? Je ne peux pas

dormir. Ce sont des rêves qui me tourmentent.

Je vous vois entre leurs mains, vos cheveux épars, vos pieds ensanglantés.

Je tremble, je me réveille.

J'écran quelques malheurs, présages du ciel.

J'ai voulu voir mon ami, ma chère mère.

J'ai pris froid, mais je sais que je n'ai rien à craindre.

Je crois que je vais dormir.

Donnez-moi votre main.

Votre peau est calme.

Rien ne l'émeut.

Ma chère mère, vous continuez de prendre froid.

Vous avez raison.

Adieu, mon ami, je m'en vais.

Mais qu'avez-vous ? Vous pleurez ?

C

'est Thérèse.

Oui, c'est elle, j'en suis sûre. Ne lui faites pas de mal.

Adieu, Suzanne.

Recouchez-vous, dormez bien.

Sœur Suzanne, retournez dans votre cellule.

Je ne veux pas que vous alliez à confesse.

Et pourquoi ? Je ne le veux pas.

On dira ce qu'on voudra, mais vous n'irez pas.

Vous viendrez chez moi, vous vous accuserez, je peux vous absoudre.

Que se passe-t-il ? Venez, je vais vous entendre.

Allez-y donc, puisqu'il le faut. Mais promettez-moi, dites ce qui vous plaira.

Dieu nous jugera.

Mais... mais mon père...

C'est ma supérieure.

Elle peut rentrer chez moi, m'appeler chez elle, quand elle le veut.

Je le sais.

Loué soit Dieu qui vous a gardé jusqu'à présent.

Je n'ose vous parler plus clairement.

Je ne veux pas devenir son complice.

Mais je vous ordonne de la fuir.

N'entrez jamais seul chez elle.

Fermez-lui votre porte, surtout la nuit.

Si elle entre malgré vous, allez dans le corridor.

Appelez.

Criez s'il le faut.

Ameutez la maison.

Faites tout ce que vous feriez si Satan en personne n'était devant vous et s'il

vous poursuivait.

Oui, mon enfant, Satan, c'est lui qui... que vous devez voir sous l'aspect de

votre supérieur.

Dites avec moi.

Satana, va des rétros à Baji, Satana.

Satana, va des rétros à Baji, Satana.

Satana, va des rétros à Baji, Satana.

Satana, va des... Vous êtes en bonne santé ? Oui, mon père.

Pourriez-vous passer une nuit sans dormir ? Oui.

Eh bien, ne vous couchez pas ce soir.

Après votre souper, vous irez au pied de l'autel, vous y passerez la nuit en

prière. Vous ne savez pas le danger que vous avez couru.

Vous remercierez Dieu de vous avoir protégé.

Je ne vous donne pour pénitence que de vous tenir loin de votre supérieure.

Amen.

Je sens toutes les suites du conseil que je vous donne.

mais je vous le dois.

Dieu est le maître, et nous n'avons qu'une loi.

Suzanne, que faites-vous ici ?

Madame, vous le voyez.

Vous savez l'heure ? Oui, madame.

Pourquoi n'êtes-vous pas chez vous ? Je me prépare pour la sainte communion.

Vous avez l'intention d'y passer la nuit ? Oui, madame.

Qui vous l'a permis ? Le directeur me l'a ordonné.

Le directeur n'a rien ordonné contre la règle.

Moi, je vous ordonne d'aller vous coucher.

Madame, c'est la pénitence qui m'a imposé.

Vous la remplacerez par d'autres œuvres.

Ce n'est pas à moi de choisir.

Allons, mon homme. La fraîcheur de la nuit vous rendra malade.

Vous prierez dans votre salut.

Vous me fuyez ? Oui, madame, je vous fuis.

Loin de moi, Satan ! Quevez-vous ! Arrêtez ! Je ne suis pas Satan.

Je suis votre supérieur et votre ami.

Pardonnez-moi, chère mère.

Ce n'est pas moi. C'est le Père Lemoyne.

Et que lui avez-vous dit ? Il m'a interrogée.

J'ai bien dû lui répondre.

Me voilà donc bien horrible à vos yeux.

Il n'y avait rien à répondre.

Quoi de plus normal que l'amitié que j'ai pour vous ? Le Père Lemoyne voit

cela autrement.

Et comment ? Il voit toutes les nourrissures du péché.

Vous déjà perdus.

Moi sur le point de l'être.

Allez, votre père Lemoyne est un visionnaire. Ce n'est pas sa première

algarade. Il suffit que je m'attache à quelqu'un pour qu'il s'occupe à lui

tourner la cervelle.

Peu s'en est fallu qu'il me rende folle, cette pauvre Thérèse.

Oh, mais ça commence à m'ennuyer. Je me défrais de cet homme-là.

D'ailleurs, il demeure à dix lieues. C'est un embarras pour le faire venir.

On n'a pas qu'en temps, vous.

Mais nous en parlerons plus à l'aise. Vous ne voulez pas remonter ? Non, chère

Mélan.

Nous demandons grâce. Tu me permets de passer la nuit ici.

Ou demain, je ne serai pas.

Mais vous, ma mère, vous allez communier ? Sans doute.

Le père Lemoyne ne vous a rien dit ? Non.

Comment se fait-il ? On ne va confesse que pour s'accuser de ses péchés.

Je n'en vois pas avoir de l'amitié pour vous.

Allez, montons dans ma chambre.

Non, chère maman.

Je l'ai juré à Dieu.

Je ne viendrai plus vous voir.

Stan, faisons encore chacune une petite prière et venez avec nous. Non, ma mère,

non.

Tenez-moi votre permission de passer la nuit ici.

Bien, je vous la donne.

Mais à la condition que cela n'arrive plus.

Je voulais voir le père et moi.

Vous ne le verrez plus.

Je suis le nouveau directeur.

Qu'est-ce qui est passé ? Je peux compter sur votre discrétion ? La plus

entière.

On a, je crois, écrit contre lui à l'archevêché.

Et qu'a-t-on pu dire ? Qu'il demeure trop loin. Il est d'une morale trop

austère.

On le soupçonne de gens sénismes. Il sème la division dans la maison.

Éloigne l'esprit des religieuses de leur supérieure. Qui vous l'a dit ? Lui-même.

Je le vois parfois.

Il m'a parlé de vous.

Que vous a-t-il dit ? Que vous étiez bien à plein.

Qu'il ne vous avait vu qu'une ou deux fois, mais avait peur pour vous.

Qu'il redoutait... Que redoutait-il ? Laissons cela.

Je suis votre confesseur.

Je peux aussi me confier à vous.

Mon exemple vous rendra peut-être un peu de courage.

Moi non plus, Sœur Suzanne, je ne suis pas appelé.

Je ne l'ai jamais été.

Moi aussi, je suis entré en religion, malgré moi.

Les persécutions que vous avez subies par vos parents, vos supérieurs, je les

ai aussi subies.

Pourquoi me dites-vous cela ? Pour vous apprendre à mieux supporter votre état.

C'est là notre seul recours.

On n'évite pas les chagrins, mais on s'y résigne.

Les bons religieux se réjouissent de leur croix.

Ils vont au-devant des mortifications.

C'est un échange qu'ils font de leur bonheur présent contre un bonheur futur.

Nous subissons les mêmes peines, mais pour quelles récompenses ? Nous nous

damnons dans les pénitences aussi sûrement que ceux du monde au milieu des

plaisirs. Nous nous privons, ils jouissent, et après, le même

enfer nous attend.

On nous a chargés de chaînes sans aucun pouvoir de les rompre.

Tâchons, chère sœur, de les traîner.

Adieu. Je reviendrai vous voir.

Non, jamais, non.

Non, je l'ai promis.

C'est mieux pour vous et pour moi.

Je prends trop de place dans votre âme.

C'est autant de perdu pour Dieu.

Ça vous va me le reprocher.

Vous ne voulez pas en passer un trait.

Non, jamais, non.

Vous ne voulez pas ça, Suzanne.

Vous ne savez pas ce qui peut arriver.

Vous ne le savez pas.

Vous me ferez mourir.

Il le faut.

Mais ce que m'a dit le Père Lemoyne ? Il a bien fait.

Et pourquoi ? Ma sœur, tenez-vous-en à mes conseils, à ceux du Père Lemoyne,

et tâchez d'en ignorer la raison tant que vous vivrez.

Et si je savais le péril, je pourrais mieux l'éviter ? Ce serait peut-être le

contraire. Vous m'estimez si mal ? Il y a des lumières funestes.

Plus instruite, votre supérieur vous aurait moins respecté.

Je ne vous comprends pas.

Tant mieux.

Mais qu'est-ce que la tendresse peut avoir des dangereux ? Où est le mal de s

'aimer, de se le dire ? Cela est si doux.

Il est vrai.

Et cela est-il si commun ? Ma pauvre supérieure. Elle n'était pas faite pour

la vie religieuse.

Voilà ce qui arrive quand on s'oppose à la nature.

Une espèce de folie.

Elle est folle ? Oui, elle l'est.

Et le deviendra davantage.

Et tous ceux qui sont engagés sans vocation, vous croyez que c'est le sort

qui les attend ? Non, pas tous.

Il y en a qui meurent avant, ou qui s'habituent, ou qui espèrent quelque

temps. Qui espèrent quoi ?

Faire résilier leurs vœux.

Mais après ? Trouver un jour

la porte ouverte que le feu prendra à la maison.

Les murs de la clôture tomberont.

Oh oui, c'est vrai.

Je me suis fait ces illusions.

Je me les fais encore.

Et quand on les a perdues, on se déteste soi-même.

On déteste les autres. On appelle le ciel.

On cherche une fenêtre bien haute. Un puits.

Un corps.

On les trouve quelquefois.

Il y en a qui deviennent furieuses.

Celles qui gardent leurs espoirs jusqu'au tombeau sont encore les plus

heureuses. Et sans doute, les plus malheureuses.

Comme je suis fâchée de vous avoir entendue.

Pourquoi ? Je ne me connaissais pas.

Maintenant, je me connais.

Je suis damnée.

Comment va notre mère ? Elle en mourra.

Que faut-il que je fasse ? Vous pouviez faire beaucoup.

Ma sœur, je ne vous comprends pas.

Je ne peux plus attendre.

Je dois vous parler.

Mon père, je ne veux que vous voir en dehors du confessionnal.

Écoutez-moi, Suzanne.

Aujourd'hui, c'est à moi de me confesser à vous.

Mais qu'avez-vous ? Laissez-moi.

Vous m'avez fait perdre le peu de courage qui me restait.

Et pourtant, je... Allez-vous-en.

Comment vous donnerais-je le courage qui vous manque ? Je ne l'ai pas moi-même.

Écoutez-moi.

Jamais deux êtres ne se sont ressemblés autant que nous.

L'histoire de votre âme... C'est aussi l'histoire de la mienne.

Pourquoi me dites-vous ça ? Allez-vous-en.

Allez-vous-en ! Nous nous damnons ensemble.

Vous aussi, Suzanne, vous êtes en train de vous damner.

Faisez-vous.

Suzanne, il faut fuir.

J'ai tout préparé. Un fiacre vous attendra. J'ai des amis.

Vous y serez en sûreté.

Vous oublierez vos souffrances.

Vous découvrirez ce monde qu'on a voulu vous cacher.

Je ne vous crois pas.

Je ne peux pas vous croire.

Vous ne voulez plus être libre ? Si.

Je ne le veux plus jamais, mais pas comme ça.

C'est le seul moyen.

Laissez-moi deux jours.

Je vous attendrai la nuit prochaine.

Soyez au fond du jardin, près du puits, entre 11h et minuit.

Merci.

Sœur Sainte-Marie.

Et celle qui s'est sauvée, on l'a rattrapée ? Pas encore, mais on a repris

le moine.

Qu'est-ce qu'on en a fait ? On l'a rendue à ses supérieurs.

Il passera sa vie dans un cachot.

La fille aussi, d'ailleurs, si on la retrouve.

C'est bien fait. Ils ont bafoué la religion.

Eh bien, Marie, qu'avez-vous ? Rien, madame.

Êtes-vous assez bête pour vous attendrir sur cette fille ? Elle n'avait qu'à

boire, manger, filer Dieu et dormir.

Elle sait bien où elle était.

Si elle avait été seulement trois ou quatre fois à la rivière par le temps qu

'il fait.

Madame, on ne connaît bien que ses peines.

Allez, c'est une coquine que Dieu punira.

Il ne faut pas rester là, mon enfant.

Venez chez moi.

Suivez-moi.

Vous avez porté mon message ? Ce monsieur m'a nourrie. Il est mort.

Ce n'est pas vrai.

Ne pleurez pas, il y en a d'autres.

Et des plus jolis. Et des mieux aimants. Et nous ne sommes pas jalouses.

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