All language subtitles for Thérèse et Léon

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Original subtitles

renverser le capitalisme et le remplacer par un régime de propriété collective

nous en avons souvent parlé jaurès et moi avant la république

par une succession de réformes étalées dans le temps conduirait tout

naturellement à la démocratie socialiste mais aujourd'hui la donne a changé

jaurès est mort et nous sortons de l'effroyable boucherie

Ces quatre années de guerre mondiale ont tué l'espérance.

Par la force, en Russie, Lénine et les siens ont renversé l'ordre établi. Ils

promettent aux prolétaires du monde entier des lendemains radieux.

Beaucoup en France veulent emprunter ce chemin.

Dans notre parti socialiste, une majorité se dessine en ce sens.

Tout à l'heure, à Tours, notre parti se réunira en congrès.

Je suis minoritaire.

Je monterai à la tribu.

Camarades, s'il vous plaît, du calme ! Du calme ! La parole est au représentant

de la minorité, le camarade Blum.

Non et non, chers camarades, je ne voterai pas pour l'adhésion à la

troisième internationale, même si cette position est aujourd'hui majoritaire.

Le communisme, c'est la subordination absolue.

Au chef ! La coexistence d'organismes officiels et d'appareils clandestins, c

'est donc dans les faits le pouvoir réel à un comité occulte.

Moscou exige l'abandon de tout ce que nous sommes depuis Jean Ress. Est-ce là

le parti que nous avons connu ? Non ! Quel parti, Blum ? Un parti vendu à la

bourgeoisie ? Le parti des ouvriers, camarades. De la démocratie, de la

république.

L'appel aux masses.

Et pas cette petite avant-garde disciplinée et putschiste que veut

Moscou.

Et ta participation au gouvernement de guerre, tu l'as oubliée ? Chers

camarades, l'Union sacrée, c'était la défense de la patrie contre l'agression

allemande, qui s'en réclame aujourd'hui en temps de paix. Et le camarade Cachin,

qui est des vôtres, a lui aussi participé à l'Union sacrée, que tu me

reproches.

La volonté de Lénine, c'est la conquête du pouvoir par la force, comme en 1917.

Son objectif, c'est la révolution mondiale par la violence. Je suis moi

aussi partisan de la dictature du prolétariat, mais ça ne signifie pas que

je renonce au combat pour la démocratie et les libertés. Au contraire.

Est-ce que Thorez a parlé ? En 1920, personne ne connaissait Thorez.

Je me demande même s'il était délégué.

Cachin, oui.

Cachin était assis là.

Là.

Beaucoup ne regardaient que lui. Il rentrait de Moscou, il avait vu Lénine.

Vous ne regrettez rien de votre discours, 16 ans après ? Pourquoi

revenir ici et remuer tout ça, M. Bouchard ?

Je suis historien, monsieur Bloom, je fais mon travail.

Pendant que vous irez courir l'aventure, il faut que quelqu'un reste garder la

vieille maison.

Malgré tout, restons les frères qui aura séparé une querelle de famille et qu'un

foyer commun pourra encore réunir.

J'avais raison.

Pardon. Oui, j'avais raison.

Une internationale militarisée, la dictature, la fin des libertés.

On voit où cela a conduit.

Les bolcheviques avaient tort.

Si le socialisme n'est pas la liberté, alors à quoi bon ? Croyez-vous que ces

photos soient indispensables à votre livre ? Monsieur Bouchard, parlez-moi

plutôt du Canada.

Je connais un peu les États-Unis, mais le Canada... Je suis Québécois avant d

'être Canadien.

Le Québec, c'est un peu de France au milieu du continent américain, mais les

Français l'ont oublié.

Bonjour, Kamal.

Bonjour, Kamal. Je m'en rends plus.

Bonjour, Kamal.

Bonjour. Oui, bonjour. Bonjour à tous.

Demain matin, 11h42, gare d'Asternitz.

Pour le socialisme, pour le parti, pipipi, voilà ! Pipipi, voilà !

Oui, c'est bruyant, je suis dans un café, il y a plein de jeunes. Tu me

manques, Thérèse, je t'embrasse.

Valraux me harcèle pour que j'aille à Moscou.

C'est intéressant, André, mais... Attention.

Léon et moi sommes de grands voyageurs.

Toi, tu rentres de Tours, et moi, je m'apprête à partir pour Moscou.

C'est vrai qu'il y a un lien entre ces deux villes.

Précise ta pensée.

J'étais dans la salle du Congrès, 16 ans après.

Comme si c'était hier. Et pourtant...

Si loin.

Comme le temps galope.

Et puis il y avait ce professeur.

Il ne m'a pas quitté une minute.

Un universitaire ? Canadien.

Il écrit un livre sur Léon.

J'imagine ton enthousiasme.

Eh bien, mes amis, je bois à vous, cher Gide.

Thérèse !

Vous devriez diffuser à la presse. La photo de cette coupe est brichée. On

vous croit si riche.

Ça ne marcherait pas.

Il dirait que le juif Gloum a truqué la photo.

Dites-nous plutôt ce qui agite la République des Lettres.

Mon journal, hein ? L'hebdomadaire des intellectuels pour le Front Populaire.

Comme au temps de l'affaire Dreyfus.

Mon cher Gilles, vous gâchez votre talent à ferrailler contre l'action

française.

Maurras a le stylo assassin, pas un article sans un appel au meurtre.

Oui, mais votre front populaire va faire augmenter les charges de nos

entreprises.

Comme si nous pouvions nous payer ce luxe.

Toujours le même refrain, le patronat ne changera jamais.

Les usines ferment, les travailleurs sont licenciés, les familles réduites à

la misère.

Mais ma chère Thérèse, vous oubliez que...

la crise économique et mondiale.

Je n'oublie rien.

Ni vos profits, ni l'arrogance des vôtres, Lambert et Beau.

Thérèse, ce n'est pas l'homme du patronat qui est parmi nous ce soir.

C'est mon ami et collègue du Conseil d'État.

L'incident a éclos, Léon.

L'alliance avec les communistes ne t'inquiète pas ? Je ne suis pas naïf,

Alexandre. Il n'y a rien à craindre du PC.

Staline a trop peur que l'Europe fasciste se retourne contre lui.

Voilà enfin une bonne nouvelle.

J'ai besoin des communistes.

Ils influencent les masses, sans compter les intellectuels.

Enfin Léon, tout de même, le PC avec toi, c'est le loup dans la bergerie.

J'ai peut-être t'étonné, mais quand nous avons négocié le programme du Front

Populaire, Thorez était le plus modéré.

Il a assisté même pour qu'on se limite à quelques mesures sociales pour rassurer

les radicaux.

On était loin de la dictature du prolétariat.

Je m'en souviens, il s'était même assis à ma droite.

Donc c'est toi qui as fait inclure les nationalisations, les hausses de

salaires et le droit syndical.

Oui. C'était bien loin.

Décidément, je ne comprendrai jamais rien à ta politique.

Thérèse, cesse d'agresser Lambert Ribaud.

Tu l'invites soit, mais ne me demande pas de mettre mon drapeau dans ma poche.

D'ailleurs, je me trouve encore trop modérée.

Je subis ton influence.

Je ne demande qu'un peu de courtoisie.

Je trouve que tu es parfois trop conciliant.

Conciliant ? Parce que l'homme du patronat est mon ami.

Tout à l'heure, quand Lambert Ribaud t'a demandé de modérer les camarades du

parti, qu'est-ce que tu lui as répondu ? Tu lui as dit...

J'ai 63 ans.

Au prochain congrès, je passerai la main. Je suis trop vieux pour me lancer

dans de nouveaux combats.

Vous trouvez ça drôle ? D'être mariée à un homme qui veut passer la main ?

À

vous.

Je peux le dire, monsieur Bouchard.

Je l'ai rencontré quand j'avais 20 ans.

Il était marié.

J'ai très vite deviné ses sentiments, mais... Je savais qu'il ne quitterait

jamais sa femme, Lise.

Qui était malade, alors... Je me suis éloignée.

Il vous a poursuivi ?

Lise portait souvent en cure.

Il restait seul sous les travails.

Le parti, ses livres, ses articles.

Pas une minute à lui.

Et puis, il y avait Jaurès.

C'était une fascination.

Réciproque.

Jaurès exigeait beaucoup de lui.

Donc, vous vous êtes perdue de vue ? Non.

Non.

Un soir, on s'est croisés sur les boulevards.

Ils sortaient d'un théâtre.

Moi, d'une réunion de section.

C'était en avril 1911.

On s'est revus, on s'est écrits.

Sa femme le savait ? Dans les premiers jours de la

guerre, elle a trouvé une lettre.

Elle a accepté.

Après sa mort en 1931, nous nous sommes mariés.

Tout cela est-ce bien utile pour une biographie, monsieur Bouchard ?

Précisément.

Écrire une biographie, c'est d'abord comprendre un homme, mais... Léon Blum

est étrange.

Il prône l'union libre et se marie deux fois.

Écoutez ce qu'il dit.

Il m'a fallu quelque courage pour dominer le préjugé favorable que l'union

libre m'inspirait.

Car l'homme et la femme sont d'abord polygames.

L'homme est plein de contradictions, monsieur Bouchard.

Et malgré tout, vous avez dit oui.

Oui.

Vous n'aviez pas peur de son penchant pour la polygamie ? Non.

Je suis irrésistible.

Il y a encore beaucoup d'ouvriers, ces filles-là.

Autant pour pêcher, mais dans notre section, c'est plutôt des employés, des

fonctionnaires, des cheminots.

Quelques femmes.

Elles, surtout.

Une militante de choc.

Le professeur Bouchard, qui écrit un livre sur Léon. Annie, mon amie.

Enchanté de faire votre connaissance, mademoiselle.

Excusez-moi, mais vous avez un drôle d'accent.

Il est québécois.

Vous venez ? Oui.

À plus tard.

Je n'ai jamais abordé des élections avec autant d'incertitude.

Il faut que la campagne électorale soit vraiment unitaire.

Daladier et les radicaux diront oui, j'ai confiance.

Il me reste à convaincre Torres.

Ce sera plus difficile.

Cela ne suffira pas, Léon.

On ne gagnera pas ces élections.

C'est possible.

Mais il faut se mobiliser. Un mauvais résultat et la droite pactisera avec les

fascistes.

Il faut se battre.

Tu as raison, mais...

On ne gagnera pas.

Qu'est-ce que c'est que ça ? Mais ce sont les cameaux du roi.

Ils enterrent Bainville.

On entend mal.

On ne peut pas faire demi-tour, monsieur Blum.

C'est Blum ! C'est Blum !

Rupture de la veine temporale, hémorragie, contusions multiples.

Beaucoup de chance, M. Lebrun.

Le choc a été violent, madame.

Ne t'inquiète pas, je te ramène une paire.

Quand pourra-t-il sortir, docteur ? Nous verrons demain, madame.

Je file à la maison te chercher des affaires.

Repose-toi, chérie.

Madame, une délégation d'une partie vient d'arriver.

Où sont-ils ? Dans le hall.

Il est sauvé.

Enfin, presque.

Voilà des mois que je vous mets en garde. La presse déchaînée, les appels

au meurtre. Je vous demandais des gardes du corps.

Rien. Nul.

Vous êtes nuls ! Ils ont failli le tuer ! Le tuer !

Maintenant, laissez-le tranquille.

Je vous dirai quand vous pourrez le voir.

Allez plutôt rassurer les camarades et organiser la riposte.

500 000 ! Tu imagines ? Pour nous, tous les dirigeants étaient là.

Pour le PC, Torres Duclos. Pour les radicaux, Daladier.

Et l'extrême droite ? Comme d'habitude.

Brasiliac parle de cortège expiatoire.

Maurras, de gibier de bagne, de pègre métèque, de lits de faubourg.

Tu veux rentrer ?

Encore un moment ? On est bien ici ? Ta

plus cicatrice.

Tu vas mieux.

La douleur physique n'est rien, Thérèse.

Le pire, c'est ce cauchemar qui revient.

Cette violence.

Tu me riais au nez quand je te disais de prendre des gardes du corps.

Je ne peux pas vivre comme ça.

La vie, c'est de ne pas craindre de la perdre.

Belle Maxime.

Il fait frais.

On rentre.

Tu reçois des centaines de lettres.

Écoute celle-ci. Haute Loire.

Cher Léon Blum, nous sommes scandalisés par l'attentat. Nous vous souhaitons bon

rétablissement. Nous vous embrassons.

Ginette et Adèle, 14-16 ans.

Des gamines, néons.

230 cheminots d'Austerlitz souhaitent rapide rétablissement aux camarades

Blum. Il y en a des centaines comme ça. Je suis très étonné.

Hypocrite. Depuis des années, c'est le même enthousiasme.

À chaque réunion, ils se précipitent pour te parler, te toucher, te serrer la

main. Tu exagères.

Et non.

Écoute.

2300 mineurs de Liévin, scandalisés par l'attentat, souhaitent bonne santé à

Léon Blum.

800 prolétaires de chez Renault adressent au chef du Front Populaire

sentiment de fraternité.

On est tout près du culte de la personnalité.

À quoi penses-tu ?

À ce que j'ai dit l'autre jour à Lambert et Bou.

Je suis trop vieux maintenant pour me lancer dans de nouveaux combats.

Je n'ai jamais vu un vieux se rétablir aussi vite après un tel choc.

Cette haine.

J'ai tout donné au parti et j'ai bien le droit de vivre un peu avec toi.

Au milieu de mes livres et de mes amis.

Je comprends, Léon.

Mais si tu renonces, les fascistes auront gagné.

On vote dans deux mois. Qui peut diriger la campagne ? Jaurès, lui, n'a jamais

lâché.

Jaurès ? Oui, ça, c'est un argument.

Mais ils l'ont tué.

Je suis là.

continuer ensemble.

N'est-ce pas ? Là, tu vois, il était monté sur une table.

Et quand il a commencé à parler, personne ne l'entendait, personne ne le

comprenait. Alors, il y a eu un murmure dans la foule et il a élevé la voix de

plus en plus fort. Eh oui, mes amis, mes camarades, vous qui m'avez tant aidé

dans l'épreuve, je vous le dis, ici, à Narbonne, où je me sens chez moi en ce

21 avril.

Vous tenez entre vos mains le bel idéal socialiste, mettre la machine au service

de l'homme, réduire la durée du travail, mieux répartir les richesses, étaler sur

l'humanité les bienfaits collectifs de la nature et du progrès.

On vote un seul jour, pas une

fois de mort.

Contre le fascisme ! Pour le pain, pour la paix et pour la liberté ! Vive la

France populaire ! C'était étonnant de voir ce Parisien au milieu des vignons.

Et puis j'ai l'impression que cette campagne l'embête.

Et puis Narbonne, c'est le bout du monde.

Vous le connaissez bien ? Non, pas vraiment, je l'ai juste vu une fois.

On va prendre un café ? Ah non, moi je peux pas, le travail m'attend.

Juste un petit café ? Je travaille 50 heures par semaine, moi monsieur, 50

heures. Ah, 50 heures, c'est énorme. Oui, c'est énorme. Au bon marché, c'est

50 heures par semaine.

Mais attends un peu les élections, David Krokatchi, je suis sûre que ça peut

changer.

Nous pouvons d'ores et déjà pronostiquer que tout se jouera au deuxième tour.

À droite, les modérés sont laminés. On va gagner moins de 2% sur 1932.

C'est désolant.

Décidément, cette France paysanne et bourgeoise est indécrottable.

Attendons tout de même les résultats définitifs, Léon. Même si personne ne

croit à cette miracle.

Pas même les prolétaires.

Non, André.

Ces chiffres disent autre chose.

Nous stagnons.

Les radicaux s'effondrent.

Par contre, le PC gagne 700 000 voix.

Notre parti est trop timoré.

Le peuple veut une gauche plus combative.

Le peuple, pas tout le peuple, chérie.

Et puis l'avance des communistes va effrayer les modérés au second tour.

Bon, je vais écrire mon éditorial.

Il faut que je sois prudent.

Et en même temps, je dois les galvaniser.

Loumel, si vous pouviez le porter au populaire, je pourrais dormir.

On se retrouve mardi à Narbonne.

J'ai autant envie d'y aller que de me faire lâcher. Mais bon, quand on pense

que les radicaux là-bas distribuent des tracts contre moi avec tous les

antisémites du coin, quel pays ! Enfin, j'y serai jusqu'à dimanche.

Attendons le soir du deuxième tour.

On verra bien.

Bonsoir André. Bonsoir. Bonsoir.

Bonsoir Paul.

Accompagnez-le à Narbonne, ça lui fera plaisir. Je sens que de nouveau, il en

a...

On a gagné.

Oui.

Oui, très bien.

Quelle victoire.

On a gagné.

On doit revendiquer le gouvernement.

Pourquoi on ? Je ne vais pas dire je.

Les résultats sont clairs.

Le gouvernement doit être dirigé par un socialiste.

C'est bien ton avis, non ? Oui.

Qui, sinon toi, peut diriger ce gouvernement ? Beaucoup d'autres,

Thérèse. Tu n'imagines pas tout à coup le nombre de prétendants.

De toute façon, c'est le président de la République qui décide.

C'est la Constitution, Léon. Je sais.

Mais Lebrun n'a pas le choix.

C'est toi qui le dis.

Oui. Et le parti le dira aussi.

Tu ne vas quand même pas t'abriter derrière cette baderne de Lebrun pour te

dérober ? Léon, tu m'entends ? Baderne, baderne, c'est tout

de même le président de la République.

Dors journée, Thérèse.

Viens dormir un peu.

Monsieur le président du conseil,

Peut-être serait-il bon d'abréger la transition entre votre gouvernement et

la nouvelle majorité de Léon Blum.

La Constitution dit que la Chambre doit aller au terme de la législature.

C'est le 4 juin, cela nous laisse un mois.

Le président Lebrun a été clair.

Un mois, c'est un mois.

Certes, cher Faro.

Mais je sens une tension dans le pays.

Arrêtez de pleurnicher, Lambert Ribaud.

La République en a vu d'autres.

Le pays digérera le Front Populaire comme l'affaire Dreyfus ou l'assassinat

de Jaurès.

Le temps, mon ami, le temps.

Blum n'est pas un révolutionnaire.

Vous le connaissez bien.

Bien sûr.

Ce n'est pas un agité.

Mais il y a ce foutu programme du Front Populaire.

Jusqu'où ira-t-il si le PC demande plus ?

Croyez-moi, vous devez accélérer la transition.

Non. Le président de la République veut que je reste, alors je reste.

Et puis, entre les promesses électorales et la direction du gouvernement, il y a

la réalité.

On verra si Blum tient ses engagements.

Château-Pape Clément, 1924.

Décidément, vous avez le sens de l'humour et de l'histoire.

1924.

La gauche avait gagné déjà.

Et en 18 mois, elle était au tapis.

Et rien n'avait changé.

Et nous sommes toujours là, en train de déguster la France éternelle.

Un grand Bordeaux qui traverse les âges, comme nous.

La Chambre doit aller au terme de la législature.

Nous avons un mois.

Un mois, c'est trop long. Les ouvriers ont les yeux braqués sur nous.

Il faut brusquer les choses.

Je ne provoquerai pas la démission de Sarrault. Je ne me proclamerai pas chef

du gouvernement.

J'inspecterai la loi Pivert. Pourquoi respecter un ordre qui n'est pas le

nôtre ? Sortir de la légalité, c'est ouvrir la porte à l'aventure. Je ne

fournira aucun prétexte à nos adversaires.

N'oubliez pas les ligues fascistes.

Justement, il faut bouger plus vite qu'eux.

Voyez-vous qu'à notre place, les fascistes hésiteraient ? Précisément,

Pivert, nous ne sommes pas des fascistes.

Monsieur Blum ? Oui.

Excusez-moi.

Non. Non, non.

C'est arrivé chez nous. Elle est tombée de sa chaise en syncope.

Tu sais, Léon, elle est surmenée. Et puis, elle a toujours peur pour toi.

Alors, docteur ? Le coup est bon.

Le cœur aussi, mais elle est un peu faible, mais vous pouvez l'avoir,

monsieur le président.

Mais ce malaise, qu'est-ce que c'est ? Nous ne le savons pas encore.

La dernière fois, j'ai voulu la garder, mais elle a refusé.

La dernière fois ? Votre femme est venue me voir en janvier, puis à nouveau en

mars, avec toujours des fièvres et surtout cette fatigue qui la mine.

C'est là que j'ai voulu l'hospitaliser, pour des examens complets.

Pourquoi n'avez-vous rien dit ? Elle nous a fait jurer de ne pas vous en

parler.

Pour les examens, informez-moi avant de leur parler.

Merci, docteur.

Ce sera notre force, cet enthousiasme des masses. Il serait périlleux et

tragique de le décevoir.

Mais si nous restons unis, si nous savons être à la fois sages et

audacieux, alors nous remporterons la victoire.

Victoire de la liberté contre le fascisme, de la justice sociale et de l

'ordre contre l'iniquité et le désordre.

Et cette victoire, c'est à moi de vous y conduire.

Je serai votre chef.

Et tant pis si je n'avais pas envie de l'être. Je le suis. L'histoire en a

décidé ainsi.

Bonjour Thorez.

Bonjour. Merci d'être là.

Pour tout vous dire, j'ai horreur des salles enfumées et des palabres sans

fin.

J'ai lu votre communiqué, votre décision de ne pas participer au gouvernement.

C'est une erreur.

On s'est battu ensemble, on a gagné ensemble, nous devons gouverner

ensemble.

C'est un point de vue que je comprends.

Alors ?

C'est embarrassant de dire oui après avoir dit non.

Mais il y a la menace fasciste.

On sert les rangs ouvriers.

C'est simple.

Plus simple à dire qu'à faire.

Mais si, Torres.

Un gouvernement commun.

Un comité de salut public. Vous m'avez mal compris.

J'ai plaidé pour l'entrée du parti au gouvernement.

La majorité du comité central ne veut pas.

Les camarades soviétiques non plus.

Nous soutiendrons sans participer.

Merci de votre franchise.

Nous nous verrons régulièrement.

Je vous tiendrai informé.

Au revoir, Torres.

Les médecins m'ont rassuré, c'est seulement une grande fatigue.

Il te faut du repos.

Tu les mets dans l'eau ? Les Grunebaum t'invitent dans leur maison.

Tu te reposeras mieux là-bas qu'à Paris.

Tu veux me chasser ? Pas question, Léon.

Je sors demain et on repart. Je ne te quitte pas d'une semelle, surtout pas en

ce moment.

Sois raisonnable, je t'en prie.

Tu connais les médecins. Quand ils ne trouvent rien, t'envoient à la campagne.

Le grand air, c'est le remède miracle.

Tu as besoin de repos.

Est-ce que je t'ai laissé à l'hôpital, moi ? Quelle tête de mule.

Dans ce cas, passons au moins le week-end chez eux.

Je te rejoindrai dimanche.

Moi aussi, j'ai besoin de souffler un peu.

Alors, ton discours au comité national ? Je me suis

interrogé sur mes capacités, mes aptitudes.

J'ai dit aux camarades qu'il fallait peut-être qu'à la tête du gouvernement,

il y ait un autre homme qui se révèle, que je doutais.

Que je n'étais pas convaincu d'avoir les qualités d'un chef.

Que ce serait une épreuve pour moi.

Certains ont été choqués.

Si toi tu doutes, comment veux-tu que les camarades se mobilisent ? Qu'est-ce

qu'ils veulent ? Que je me transforme en douché, en fureur, en petit père des

peuples ?

Je veux l'adhésion des masses, mais pas une adhésion aveugle à des slogans

simplistes.

Parfois, les camarades ont besoin de certitude, Léon.

Au congrès de Tours, je leur disais déjà que le peuple ne doit pas être un

troupeau qu'on mène à la baguette, qu'il doit être sensible aux appels de la

raison, du cœur, donc au doute.

Sensible au doute, Thérèse.

Il n'y a que les animaux qui ne doutent pas.

Réduire l'homme à ce statut...

C'est ce que font Hitler, Mussolini et Staline.

C'est indigne de nous.

C'est juste.

Je suis complètement d'accord avec toi.

Vivement demain que je sorte d'ici.

Je voulais pas venir, ça m'impressionne.

Quoi ? Ben, ces immeubles.

Je me sens pas à l'aise dans ce quartier.

C'est bizarre, quand même.

Un intellectuel épouse la cause du peuple et on s'en méfie.

Oui, on devrait pas, t'as raison, mais ça fait quand même drôle.

Ta réaction m'aide à comprendre le succès des attaques de Maurras contre

nous.

Tu as soif ? De l'eau, je veux bien, oui.

J'ai parlé avec les camarades.

Ça va plus, Thérèse ? On respecte la Constitution, mais pendant ce temps-là,

le patronat se durcit.

Et nous, on reste les bras ballants, on attend, on attend.

Je sais.

Léon en est conscient, mais il est convaincu qu'on ne peut agir autrement.

Même chez nous, au bon marché, les filles commencent à s'inquiéter.

Il répète qu'il fera voter les lois sociales en juin.

Pour lui, ça peut attendre trois semaines, Annie.

Assieds-toi.

Tu viens à la réunion ce soir ? J'arriverai peut-être en retard, je vais

chez le médecin.

Ah bon, ça va pas mieux ? Oh si ! Mais c'est pour rassurer Léon.

Sinon il menace de tout laisser tomber.

Tu imagines, communiqué de M. Blum, la fatigue de ma femme m'oblige à renoncer

à la politique.

Alors ? Les camarades s'impatientent.

C'était tendu à la section.

Non, je te parle de ces examens.

Tout va bien, Léon, je n'ai rien. Je suis en pleine forme.

C'est vrai ? Oui, oui.

Et toi ? Rien.

De mauvaises nouvelles.

Raconte.

Non, je t'en parlerai demain.

Maintenant, s'il te plaît.

Un attentat fasciste dans le quartier juif, quatre blessés.

J'y suis allé.

Ils ont dû être touchés de te voir, non ? Très touchés. Ils m'ont dit qu'il ne

fallait surtout pas que je gouverne le pays.

Sinon, les fascistes se déchaîneraient contre la communauté juive.

Sérieux ? T'imagines Blum expliquant à Lévy que Blum a bien le droit de diriger

le pays, comme un catholique ou comme un protestant.

Insensé.

C'est tout ? Non, ce n'est pas tout.

Bloch. Deux courbes voies se mettent en grève, tu sais, les avions.

Les ouvriers occupent l'usine. Pourquoi ? Deux licenciements pour faire grève le

1er mai.

Tu aurais pu dire au Lévis que le juif Bloch se conduit comme n'importe quel

autre patron.

C'est agaçant, ces grèves qui se multiplient.

Breguet au Havre, Latécoère à Toulouse.

Je crains la contagion.

Moi, je la souhaite.

Il n'y aurait rien de pire, Thérèse.

Rien de pire.

Pour durer, pour durer longtemps, il faudra donner très vite le sentiment de

la réussite.

C'est une épreuve que vous ferez sur moi et que je ferai sur moi-même.

Mais il y a quelque chose qui ne nous manquera jamais.

C'est la résolution, c'est le courage et c'est la fidélité.

Je ne présente pas à vous aujourd'hui comme un homme déjà accablé d'avance

sous le poids des charges et des responsabilités qui l'accablent.

Je ne viens pas ici en disant ôtez de moi ce calice, je n'ai pas voulu cela,

je n'ai pas demandé cela.

Si, si, j'ai voulu cela.

Et j'ai voulu cela parce que cela c'est la victoire de notre parti.

Tu avais raison. Ce séjour chez les Grünbaum m'a fait du bien.

Conduis-moi vite.

Tu sais combien a coûté ton dernier accrochage ? Non.

7200 francs.

7200 francs ? Comment va-t-on faire, Léon ? Ne t'inquiète pas, je peux encore

payer 7200 francs.

Ah bon ? Excuse-moi.

Bon, on va les laisser passer.

Tu t'en vas ? Je vais cueillir des aubépines.

Tu es

soucieux

? Je réfléchis.

À quoi ? Au pouvoir.

Un accès de narcissisme ? Je n'ai jamais recherché le pouvoir.

C'est un euphémisme.

Je me suis même donné plus de mal à m'en écarter que d'autres à s'en approcher.

J'en ai même écarté le parti.

Aussi longtemps que possible.

Eh bien, continue, Léon.

Le président de la République ne veut pas de toi.

Laisse le gouvernement aux radicaux.

Ecoute-moi, Thérèse.

J'ai dit aussi longtemps que possible.

Le moment est venu.

Mais franchement, j'aurais pu rêver meilleure situation.

Parce que tu pensais accéder au pouvoir dans des conditions idéales ? Tu te

vois, dis aux électeurs qui ont voté pour toi.

Je m'en lave les mains, je rentre à la maison et j'écris une suite à mon essai

sur le mariage pour dénoncer l'existence insupportable que Thérèse m'impose.

Absurde, non ? Mais pourquoi ? Pourquoi faut-il que je dirige ce pays en pleine

crise économique ? Si tout allait bien, ce bon vieux pays aurait encore voté à

droite.

C'est dans les moments difficiles qu'il tourne à gauche.

Je gouvernerai, Thérèse. Je te dirai comme ce vieux militant que j'ai

rencontré hier, enfin les difficultés commencent.

C'est important que tu sois là.

Tu le sais bien.

Revenons une minute au choix des hommes.

Pour les socialistes, je me débrouillerai, je les connais. Pour les

radicaux, j'aurai besoin de vos suggestions.

N'oubliez pas, j'ai trois impératifs.

Un, je veux des femmes au gouvernement.

Dites-moi lesquelles et pour quels postes.

Deux, je crée un ministère des sports et des loisirs à qui le confier.

Trois, je veux donner un élan nouveau à la recherche scientifique.

Il me faut un nom.

Françaisie. Nous en parlerons demain.

Dites à Saint-Lingrot que je vais lui parler.

Vous savez que Renaud et Coeur ont débrayé ? Oui, on est des millions.

Des millions !

Comment

ça

se passe, l'Amberibo ? Mal.

Bonjour, Paul.

Ils occupent nos usines.

C'est une nouveauté, ça, tiens.

Qui dirige le mouvement ? Tout le monde et personne, je ne sais pas d'où ça

vient.

Et surtout, je ne sais pas où on va.

Bon Dieu, Paul, Paul, Paul, Blum, qu'est-ce qu'il fait ? Il forme son

gouvernement, il s'informe, il consulte. Eh bien, il a tort.

Tous les patrons disent la même chose, on va tout droit au bordel.

Excusez-moi, mais avec ces grèves, on plonge dans le pétrin.

Que proposent les patrons ? C'est très simple.

Que Blum sorte du bois.

Qu'il calme le jeu avant qu'il soit trop tard.

Sinon le pays sombre dans l'anarchie. Alors, alors, vous le connaissez aussi

bien que moi.

Les événements ne lui imposeront rien.

Non, non, non, non, dix jours c'est beaucoup trop long. Il faut que Bloom

prenne le pouvoir, sinon le pays risque l'asphyxie. Je transmettrai, comptez sur

moi.

Ce film a été tourné hier.

C'est impressionnant.

Dès que vous le voudrez, Léon, je peux organiser d'autres projections.

Merci.

Ça, c'est devant Hispano-Suiza.

Elles sont vraiment bien, Marcel.

Au bon marché, ça bouge pas, tu vois.

Quand je parle de débrayés, les filles ne réagissent pas.

Vous avez déjà fait la grève dans les grands magasins ? Jamais.

Blum est catégorique, Jules.

Si la CGT n'agit pas, on ne contrôle plus rien.

Il faut arrêter ça, et vite.

Arrêter vite, tu plaisantes.

Toutes les corporations entrent dans la danse, c'est du jamais vu.

Franchement, tu pousses pas un peu à la roue.

Il faut te le répéter combien de fois, Jules.

On est dépassé, on est dépassé.

C'est un mouvement unique, c'est une grève générale.

C'est comme on l'aurait voulu en 14 pour éviter la guerre, sauf que là, ils

demandent à rien à personne, ils y vont.

Merci camarade.

Donnez-moi au courant.

C'était la métallurgie.

La plupart de nos délégués sont faits virer. Résultat, c'est le bordel.

Et les grands magasins ? T'as vu les grands magasins ? Y'a pas de syndicats,

y'a pas de syndiqués.

Et c'est des femmes.

Ben, elles occupent.

Depuis ce matin, elles occupent.

Dis à Blon que c'est plus simple et plus inquiétant qu'un complot.

Pendant qu'il prend son temps pour former le gouvernement, le prolétariat

lui prend ses garanties, camarade Jules Mock.

Voilà la vérité.

Il faut que je le voie.

J'arrive de la banlieue, c'est impressionnant.

Monsieur Bouchard, en temps normal, il n'aime pas beaucoup répondre aux

questions, mais là j'ai peur qu'il vous envoie sur les roses.

Comment voulez-vous que j'écrive mon livre si je passe à côté de ce moment-là

? Eh bien, attendez-le.

Mais je vous aurais prévenu.

Vous avez lu l'article de Marceau-Pivert, Tout est possible ? Vous

y croyez ? Qu'on peut tout changer ? J'imagine mal Léon Blum en

train d'appuyer une révolution.

Entre révolution et inaction, il y a une marge.

Vous trouvez votre mari inactif ?

Pas du tout.

Je suis attentive à ce que les grèves nous disent.

Qu'est-ce qu'elles disent, d'après vous ? Que les souffrances, les amertumes

accumulées pendant des décennies éclatent.

Les ouvriers réclament leur dû, ils ne veulent plus attendre.

Et qu'en pense Léon Blum, lui ?

Posez-lui la question,

monsieur Bouchard.

Ça va pas ? Excusez-moi, vous pouvez revenir un autre jour.

Oui, oui.

Désolé.

Si vous m'avez dit que la banque m'affamise comme grève, il n'occupera

encore. Il n'ose pas.

Et tu vois, personne.

Si mon père voyait ça... Mon province, c'est pareil.

Saint-Etienne, Marseille, Lyon, Lille.

Toute la métallurgie a les bras croisés.

Chez nous, dans le bâtiment, tous les grands chantiers sont occupés, tous.

C'est fou.

La secrétaire m'a fait une synthèse des revendications.

Alors, voilà.

10 à 15 % d'augmentation de salaire, congé payé 8 à 15 jours, reconnaissance

des syndicats.

Convention collective par branche, élection de délégués du personnel,

réintégration des militants syndicaux licenciés.

J'en passe.

Ils sont malades.

Il faut exiger du gouvernement l'évacuation par la force. Ah non, j'ai

un cas possible.

Pas la police, pas l'armée.

Non mais si Bloom acceptait.

Tu te rends compte de ce qui arriverait ? Dis-moi, tu veux du sang ? Ce serait

la révolution.

Mais ce sang rejaillirait sur nous. Qu'est-ce qu'on fait alors ? J'ai vu

Grünbaum, un proche de Bloom.

Et alors ?

Alors ? Alors il faut négocier avec la CGT.

Si Jouot arrive à contrôler le mouvement.

Négocier dans ces conditions, c'est pour nous la mort assurée.

Écoutez, messieurs, si l'un d'entre vous veut ma place, je lui cède avec plaisir.

Tu as bonne mine.

Tu es mieux qu'hier. Oui, ça va.

Je lisais ton dernier discours.

Ces difficultés heureuses, espérées, bienvenues, nous essaierons de les

résoudre par l'action, en mettant très vite la classe ouvrière en face de

résultats.

Tu exagères.

Comme si ces grèves te donnaient tant de plaisir.

Mais je ne parlais pas des grèves.

Alors ces grèves, tu en penses quoi ? Elles m'ennuient, je les prends comme

une gifle.

Une gifle ? Oui, les capitaux dont j'ai besoin vont fuir à l'étranger, les

patrons sont tétanisés.

Les petits bourgeois s'affolent, quand on pèse, il est complètement

déstabilisé. Mais non, ces grèves te renforcent.

La peur rendra les patrons plus souples.

Je ne suis pas de cet avis, pardonne-moi.

Les grévistes sont tes meilleurs alliés, Léon.

Je t'ai connu plus clairvoyant.

C'est que je vieillis, Thérèse.

Oui.

Tu as oublié le président des radicaux.

De la tienne.

Qu'est-ce qu'on fait, Léon ? Eh bien, le gouvernement.

Non, je parle de la grève générale. Qu'est-ce qu'on fait ? Il y a urgence.

Tu connais le calendrier.

J'agirai, après mon investiture, dans la légalité.

Certes.

La meilleure attitude, c'est le calme.

Parlons du gouvernement.

Tu veux des femmes ? Oui.

C'est indispensable.

On n'a pas assez de problèmes comme ça.

Et tu vas me demander de leur donner le droit de vote ? Non.

Le Sénat refuserait.

Moi aussi.

Je te le dis tout net, moi aussi.

Bon, ça n'a pas été facile, mais j'ai convaincu mes amis.

Tu es d'accord pour deux femmes ministres ? Non.

J'en veux trois.

Tu veux deux femmes ? Deux socialistes, bien sûr.

Bien sûr.

Il faut que j'obtienne quelque chose en échange.

Une troisième ministre.

Mais une radicale.

Et ce sera ? Pas n'importe qui, cher Léon.

Pas n'importe qui.

Madame Brunsvig.

La femme du philosophe.

Une personnalité exceptionnelle.

Pour une femme.

Très bon choix.

Je t'en conjure.

Arrête ces grèves.

C'est une catastrophe.

Vous allez coucou.

Et que ça s'arrête, on sent que ça s'arrête.

Je vois le brin jeudi, le gouvernement est presque au complet.

Je réfléchis seulement sur trois ou quatre postes, notamment le secrétariat

d'état au sport et au loisir.

Vous avez pensé à Léo Lagrange ? Lagrange ? J'aurais préféré un homme

plus proche de moi.

Je le trouve un peu jeune, emporté.

C'est un très bon avocat, vous savez.

Vous me faites penser à Jaurès, mais je veux dire physiquement.

Bon.

Je l'appellerai Prévenil.

Alors, les grèves, qui commencent ? Un véritable raz-de-marée, plus de 12

000 usines occupées. On risque la paralysie totale.

Encore 8 jours et ce sera le rationnement, ou la réquisition.

Oui, j'ai vu jouer hier soir.

Pour le sonder et pour savoir ce qu'il propose.

Je vous avais pourtant rapporté notre entrevue.

Je sais, mais je voulais juger par moi-même.

Je vous m'agace.

Je sais que c'est réciproque.

Il affirme que la CGT ne contrôle pas.

Tous nos camarades le confirment, Léon.

Jules, tenez-vous informé auprès des syndicats.

Paul, auprès du patronat. Et vous, André, prenez la température des groupes

par l'inventaire.

Excusez-moi, je suis pressé. Cécile est passée voir Thérèse ce matin.

Oui, je suis inquiet. Hier, elle était livide, elle tremblait de fièvre.

Ça recommence, je n'y comprends rien.

J'ai appelé le professeur Rosner, c'est le meilleur. Il la verra demain.

Il faut qu'il la guérisse.

Quand je la vois dans ce lit, toute tremblante, avec ce sourire, qui se veut

rassurant, c'est un cauchemar.

Comment assurer ma tignon ? Léon, si vous voulez qu'elle se batte, battez

-vous aussi, je vous en prie.

Ne craignez rien, Cécile.

Je me bats.

Monsieur le Président, vous avez parlé des congés payés, monsieur le Président.

Monsieur le Président, votre progrès, c'est les congés payés.

Le

gouvernement

est au complet, monsieur le Président.

Il était temps.

J'ai respecté la Constitution.

Ça va être trop traîné.

Il faut aller vite, maintenant.

J'ai prévenu Sarrault, il est prêt. La passation des pouvoirs peut avoir lieu

dès ce soir, disons à 18h.

Ce soir, déjà ? Oui.

Pour les ministères de l'Intérieur et du Travail.

L'urgence, ce sont les grèves, M. le Président du Conseil.

Ce soir, c'est possible.

Quand irez-vous devant les chambres pour l'investiture ? Samedi.

Ça me dit que c'est trop long.

La situation nous échappe.

Vous ne voyez pas ce qui se passe dans le pays ? Il faudrait être aveugle, M.

le Président.

Eh bien, alors agissez.

C'est ce que je fais et je n'irai pas plus vite.

Puisqu'il en est ainsi, M.

Blum, je vous en conjure, je vous en prie.

Dès demain, vous m'entendez ? Dès demain, adressez-vous aux ouvriers par

la radio.

Ils ont confiance en vous, vous êtes socialiste.

Ils vous croiront.

Moi, j'espère.

C'est une idée, M. le Président.

C'est une idée.

M. le Président, M. le Président du Conseil.

Bonjour, c'est Elias. Je vous en prie.

Voici, en direct de notre studio, l'allocution de M.

Léon Blum, président du Conseil.

Mes chers compatriotes, le gouvernement ne manquera aucun des engagements qu'il

a pris envers vous.

Mais sa force réside avant tout dans la confiance du peuple.

L'action du gouvernement, pour être efficace, doit s'exercer dans l'ordre.

Toute panique, toute confusion servirait les dessins obscurs des adversaires du

Front populaire dont certains préparent déjà leur revanche.

Le gouvernement demande donc aux travailleurs de s'en remettre à la loi

pour celle de leurs revendications qui doivent être réglées par la loi, de

poursuivre les autres dans le calme, la dignité et la discipline.

Il demande au patronat... d'examiner ses revendications dans un large esprit d

'équité. Il déplorerait qu'une tactique patronale d'introsigence parut coïncider

avec son arrivée au pouvoir.

Il demande enfin au pays entier de conserver son sang-froid.

La victoire du 26 avril et du 3 mai reçoit aujourd'hui sa pleine

consécration.

Un grand avenir s'ouvre devant la démocratie française, je la jure.

comme un chef du gouvernement, de s'y engager avec une force tranquille qui

est la garantie de victoire nouvelle.

Elle dort.

Alors, Jules, vous avez vu les syndicats ? Mission accomplie, mais pas sans mal.

J'ai obtenu du carburant, de la farine, il y aura du pain.

Mais on ne tiendra pas longtemps, Léon, votre discours n'a pas suffi. La grève

continue, et même elle s'étend encore.

Et toi, Paul ? J'ai vu Lambert Ribaud. Le patronat est prêt à céder. Il t

'implore. Bien.

C'est Salin Gros qui ira voir Jouot.

Il est ministre de l'Intérieur et membre de la CGT. Ça devrait nous aider.

Ils prépareront la négociation.

Il faudrait que les discussions aillent à Matignon. Tu les présiderais.

Je vais y penser.

Je vais mettre la dernière main à ma déclaration.

Et puis j'irai dormir un peu.

En somme, mes amis, tout va bien.

Paul, si tu peux faire entrer l'ambassadeur d'Espagne.

Il y a une heure qui m'attend.

Au revoir.

Au revoir, Gilles.

Si on m'avait dit qu'un jour comme celui-là, je réajusterais ta cravate ?

Je ferais comme toi le jour où tu seras Premier ministre.

C'est pas de moi la veille qu'une femme sera présidente du Conseil.

Bon, parfait.

Bon, pour le service, je ne te quitterai pas des yeux.

Messieurs, dès la semaine prochaine, le gouvernement déposera les projets de loi

qui donneront vie au programme du Front populaire.

Nous concernerons la semaine de 40 heures, les conventions collectives dans

les entreprises, les congés payés de 15 jours pour les salariés, les

nationalisations et les grands travaux.

Au Canada, ce serait une révolution.

Nous présenterons au Parlement une seconde série de projets visant

notamment le Fonds national de chômage, l'assurance contre les calamités

agricoles, l'aménagement des dettes agricoles.

Un régime de retraite garantissant contre la misère les vieux travailleurs

des villes et des campagnes.

Nous vous saisirons ensuite d'un large système de simplification et de détente

fiscale, soulageant la production et le commerce, ne demandant de nouvelles

ressources qu'à la contribution de la richesse acquise, à la répression de la

fraude et surtout à la reprise de l'activité générale.

que nous nous efforcerons ainsi de ranimer l'économie française, de

résorber le chômage, d'accroître la masse des revenus consommables, de

fournir un peu de bien-être et de sécurité à tous ceux qui créent par leur

travail la véritable richesse, nous aurons à gouverner le pays.

Et si les institutions démocratiques étaient attaquées, nous en assurerions

le respect inviolable avec vigueur. La fidélité à nos engagements, telle sera

notre règle.

Le bien public, tel sera notre but.

La France est un pays extraordinaire.

Je m'attendais à un débat politique.

J'ai entendu la droite polémiquer pendant deux heures contre les Juifs, la

République, la laïcité.

Quand les Québécois vont lire mon livre, ils ne croiront pas.

Il n'y a pas d'antisémitisme chez vous, M. Bouchard.

Comment s'appelle ce fou, ce fanatique, le fasciste? Voilà!

Xavier, voilà!

Ah, M. Bouchard, vous êtes parmi nous ce soir.

Félicitations, M. le Président.

C'est moi qui ai demandé à Thérèse de l'inviter.

Alors, soyez le bienvenu.

J'ai pressé, on passe à table.

Je suis désolé d'être indiscret.

Et pourquoi elle aura-t-elle dit que les occupations d'usine étaient illégales ?

Mais parce que c'est la vérité.

Elles le sont.

Politiquement, ce n'est pas très habile.

La morale en politique existe.

Il n'y a aucune contradiction entre la vérité et l'action. Avec Léon, le

moraliste n'est jamais bien loin.

Mais si c'est illégal, il faut agir.

Mais pourquoi pas ? Vous allez envoyer la troupe dans les usines ?

Il y a eu des précédents.

Ce n'est pas possible.

Rassurez-vous, ça ne m'est jamais venu à l'esprit, mais je vois, avec un

étonnement douloureux, que dans mon propre parti, je passe pour un social

traître.

Merci de votre confiance.

Bien sûr, ce paragraphe est difficilement acceptable, mais il faut l

'accepter, monsieur.

Monsieur, vous aurez bientôt pour signature le protocole consignant les

accords que vous avez conclus.

Ainsi pourra s'achever dans le calme le plus formidable conflit social qu'ait

connu la République.

Je forme le vœu que ces accords matignons inaugurent une ère...

où dans le respect mutuel syndicats ouvriers et patronaux règlent leur

inévitable conflit par la négociation et le compromis qui sont l'une et l'autre

les vertus irremplaçables de la démocratie et de la République.

Merci de ton aide.

Je suis comme toi Léo, un modéré.

Mais je connais bien mes patrons, tu les auras contre toi dès que le vent aura

tourné. La noblesse de l'homme, c'est l'espérance.

J'espère que ce vent durera.

On les pose, M. Laronge.

Là, dans le coin.

Qu'est-ce que je disais déjà ? Ah oui, les congés payés. Ils sont votés.

Il nous reste, messieurs, à donner aux ouvriers les moyens de voyager.

Bien, M. le ministre.

Oui, mais c'est trop cher.

Nous allons créer ensemble des billets de congés à prix réduit.

Ensemble ?

Mon ministère va éditer des formulaires. Ils seront à la disposition des

employés. On y mettra le nombre de jours de congé, les dates, la destination, le

nombre de personnes.

Et l'ouvrier et son patron les co-signeront.

Je ne comprends pas bien, monsieur le ministre.

À la vue de ce billet, vous délivrerez un titre de transport avec une réduction

de... disons 50%. Mais monsieur Lagrange... Monsieur le ministre.

Pardon, monsieur le ministre, c'est impossible.

C'est anti-ferroviaire.

Anti-ferroviaire.

Messieurs, n'oubliez pas que c'est l'État qui vous donne les concessions.

Estimez-vous heureux de ne pas être nationalisé ? Monsieur le

ministre, s'il vous plaît, 30%,

pas plus.

Je veux 50%. Vous proposez 30%, ce sera donc 40%. C'est un bon compromis.

D'accord ?

Allez, vous embaucherez, vous commanderez des locomotives.

Vous verrez, messieurs, le tourisme populaire sait ferroviaire.

Voulez-vous boire quelque chose pendant qu'on prépare notre accord ? Un cognac,

s'il vous plaît. Deux.

Je vais faire encadrer ce numéro.

Jamais je n'aurais pu imaginer ça.

Il y a trois mois, quand j'ai payé, voté à l'unanimité.

Congé payé, 563 voix pour, une contre. Convention collective, 563 pour, 5

contre. La semaine de 40 heures. Ça, ça a été plus difficile, hein ? Mais voter,

ce sera ma fierté d'avoir modifié la vie du peuple, à l'usine et hors de l'usine.

C'était un rêve, maintenant c'est une réalité.

Moi je pense à Jaurès, ça c'est 30 années données au parti.

Oui, c'est moi.

Oui, professeur.

C'est un cancer de l'estomac.

Je ne suis pas sorti souvent de mon hôtel Matignon pendant la durée de mon

ministère, mais chaque fois que j'ai traversé la grande banlieue parisienne,

les routes couvertes de ces théories de tacos, de motos, de tandems,

avec des couples d'ouvriers vêtus de pullevers assortis, me montraient

que l'idée de loisir réveillait chez eux une espèce de coquetterie naturelle.

Cela donne le sentiment que par l'organisation du travail et des

loisirs, nous avons apporté une espèce d'embellie, d'éclaircie

dans des vies difficiles.

et obscur.

Jamais nous n'avons connu une période aussi calme, presque sereine.

Comme si la vie avait changé.

C'est vrai.

L'espérance donne un parfum différent à l'heure que l'on respire.

Je ne vous connaissais pas cette propension au lyrisme.

On me l'a souvent reproché.

On t'a reproché cela, mais aussi l'inverse.

En somme, je ne suis jamais dans le temps.

Il faut reconnaître, Léon, que vous osiez souvent entre euphorie et

pessimisme.

Eh bien, je vais confirmer ce travers.

Je ne partage pas votre euphorie.

La situation sociale est meilleure.

Le prolétariat a retrouvé sa dignité, mais...

Les patrons relèvent la tête.

Comme si... le bel été socialiste était fini.

Je ne ressens pas ça.

Je m'intéresse quand elle disait que les grévistes étaient mes meilleurs alliés.

Enfin, les lois sont votées. La classe ouvrière réagira si les patrons restent

contre nous ou le mur de l'argent.

Ah, pas sûr, pas sûr.

Ce qui a soulevé les ouvriers en main n'existe plus, nous n'avons plus rien à

donner. Eh bien, quel tableau.

Nous voilà donc aussi démunis ? Non, mais nous dépendons de forces que nous

ne maîtrisons pas.

Les communistes et les radicaux. Oui, bien sûr, leurs attaques contre notre

politique en Espagne m'inquiètent.

Et les succès de Franco n'arrangeront rien.

Ah, l'Espagne.

Quelle blessure.

Est-ce qu'il y a ici un seul homme ? qui croient que j'ai changé depuis trois

mois.

Je vous assure que ces trois mois me paraissent à moi en ce moment aussi long

que je ne sais combien d'années.

Croyez-vous quand je lis comme vous dans les journaux le récit de la prise d

'Iroun ou l'agonie des derniers défenseurs ? Est-ce que vous croyez que

mon cœur n'est pas déchiré ? Vous ne croyez rien de tout cela, n'est-ce pas ?

Vous m'avez gâché la soirée, Léon.

Moi qui voyais la vie en rose.

Accordez-moi au moins le privilège de l'âge.

La vie est rarement rose.

Elle l'est.

C'est déjà pas mal.

Tu m'as manqué, Marcel.

Je dis écrit, tu sais.

Mais la poste espagnole, c'est compliqué.

Et puis j'ai beaucoup circulé, d'un front à l'autre.

Est-ce que les Républicains tiennent le coup ? Oh, Franco progresse partout.

J'ai bien peur que Bloom se soit trompé.

Et Thérèse ? Elle va de plus en plus mal.

Et comment il prend ça, Bloom ? Ben, il vit un cauchemar.

Ce serait le cas pour n'importe qui, mais vraiment, en ce moment, pour lui, c

'est pire que tout.

J'en ai assez, Léon.

Je ne retourne plus à l'hôpital.

Mais ma chérie, à l'hôpital, tu seras mieux soignée.

Je t'en prie, Thérèse.

Si tu ne démissionnes pas, j'y vais, sinon...

Mais ça n'a rien à voir.

Mon amour, il faut te soigner.

Pour le reste.

Le reste ? Ça veut dire quoi, Léon ?

Le reste,

le reste, tu sais bien, c'est les dévaluations, les grèves,

le patronat qui sabote, l'or qui file, le parti qui

rechigne à accepter la pause et les radicaux qui me lâchent.

Tu as la majorité, Léon ? À l'Assemblée, il y en a encore.

Les radicaux me trahiront.

Pourquoi veux-tu céder ? Fais appel au peuple.

Mobilise.

Devant la rue, ils céderont.

Je ne veux pas d'épreuve de force.

Le pouvoir, je l'ai exercé dans la légalité, avec la confiance des

chambres.

Repose-toi.

Repose-toi.

Je suis là, atterré, devant les débris d'une œuvre

rompue entre mes mains.

Thérèse n'est plus.

La bellité 36 est morte.

C'est un moment où toute croyance se retire, où l'on se sent perdu dans un

monde. à jamais hostile.

Comme tous les hommes j'ai connu dans ma vie un certain nombre d'heures

semblables à celles-là, il existe pour moi quelques maîtres mots qui en

expriment la désolation et qui me reviennent mécaniquement à l'esprit

chaque fois qu'un écart béant se creuse ainsi entre la réalité et les

constructions de la pensée ou du rêve.

Je suis vieux et je ne toucherai pas à la terre promise.

Je ne verrai pas les peuples dans la justice et dans la paix.

Je ne verrai pas, selon l'image du poète, les nations assises autour de

leur foyer, comme des sœurs autour de l'âtre.

Mais est-ce que la noblesse de l'homme n'est pas d'espérer, de travailler,

à une œuvre qui ne contemplera pas achever et dont il ne profitera pas lui

-même.

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