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Original subtitles

Ah non, ça n'a pas commencé !

Police allemand, contrôle d'identité. Ça fait deux fois aujourd'hui. À quelle

heure je vais arriver, moi ?

Arrête

de pouter.

C'est pas un méchant homme, ton grand-père, tu sais.

Justement, je sais pas, je l'ai jamais vu. Mais si, ton papa t'a déjà emmené à

Riberac, tu te souviens pas ? Ben non, j'étais trop petit.

Vous allez à Ribérac, madame Chapuis ? Non, à Bordeaux.

Nous connaissons un docteur Chapuis à Ribérac.

Très bon docteur.

Et très bon français aussi.

C'est mon beau-père.

Le petit s'arrête chez lui à Ribérac et moi je continue à Bordeaux. J'ai trouvé

du travail.

Les respects au docteur Chapuis, madame.

En plus, il est copain avec vous. T'as fini de râler, oui.

La personne ! Mais qu'est

-ce que tu fais là toi ? Je la

connaissais pas cette photo.

Ah, vous voilà, vous.

Tu es qui, toi, pour funer comme ça dans mon bureau ? Vous reconnaissez même pas

votre petit-fils ? Alors là, c'est un comble.

Pour mémoire, Yvon est votre petit-fils.

Et il a 10 ans, qui est encore un peu jeune pour voyager seul en temps de

guerre. Bon, qu'est-ce que vous fabriquez là, tous les deux ?

Ah, bien sûr, c'est la moustache qui vous gêne.

J'ai toujours pensé qu'il devrait la raser.

En attendant, on pourrait peut-être offrir à boire, non ? Allez, viens, mon

petit poulet. Viens avec moi.

C'est du vrai café ? Robert faisait de l'agnole, en douffe, sans permis, et

sacrément bonne.

Il m'en reste plein la cave, alors je l'échange contre du beurre ou du café.

Robert ? Mon mari, enfin, mon ex-mari.

Après l'armistice, il est devenu très occupé, si vous voyez ce que je veux

dire. Alors on a divorcé.

Non, non, merci, merci.

Tu veux une petite goutte dans ton lait ? Oui.

S'il vous plaît. Oui, s'il vous plaît, Yvon.

Oui, s'il vous plaît.

Mais pourquoi vous n'avez pas téléphoné avant de venir ? Parce que vous m'auriez

raccroché au nez. Fallait m'écrire, alors.

Vous n'auriez pas répondu. À ça. Oui, bon, à ça, à ça, à porter un cendrier,

au lieu de faire des commentaires.

Vous pouvez savoir pourquoi vous êtes là ? C'est pour Yvon.

Il est fatigué.

À Paris, on manque de tout et c'est pas bon pour un enfant en pleine croissance.

Ben voyons.

Vous m'éloignez de votre famille, mais quand vous avez besoin de moi... C'est

vous qui avez pris vos distances.

Parce que ce n'est pas vous qui avez poussé mon fils à être... à être

aviateur, peut-être. Je vois pas le rapport.

Nom de Dieu.

Le rapport, c'est ça ? C'est à cause de vous qu'il est mort au front, mon fils.

En tout cas, lui, il est mort pour la France.

Parce que l'autre Gus, là, avec ou sans moustache, il l'aurait pas supporté.

Alors vous le gardez votre petit-fils ou pas ? Pourquoi vous voulez vous en

débarrasser de votre fils ? Vous croyez vraiment que ça me fait plaisir ? Je ne

peux pas faire autrement, c'est tout.

Il faut que je m'absente quelques temps.

C'est vrai que vous êtes libre maintenant.

Allez viens, on s'en va.

Irène, Irène, excusez-moi, c'est pas ce que je voulais dire.

Mais vous l'avez dit.

Mais c'est fini ce cirque, oui.

Tu vois ce petit-là, regarde, il a une mine de papier mâché.

On s'en va, maman, on s'en va. Tu vas voir, on va bien s'occuper de toi, mon

petit poulet.

Je suis pas ton petit poulet, et lui, il est méchant.

Écoute, mon amour, tu dois rester ici quelques temps.

Vous pourriez tout de même rester jusqu'à demain.

Non, je vais profiter du cœur.

Allons-y, messieurs, dames, allons-y.

Allez, allez.

Ne pleure pas, mon petit bonhomme, ne pleure pas.

Ne pleure pas, mon petit moussa.

Ne pleure pas, mon petit bonhomme, ne pleure pas.

C'est vrai, c'est un vieil ours à l'air, mais il n'est pas si méchant que ça

dure. On vous attend.

Au revoir, mon bébé.

Allez.

Allez, on vous attend.

Moi, c'est moi.

Tu vas voir, on va bien s'entendre tous les deux.

Et en plus, il a de l'appétit, c'est bien, c'est très bien.

Je vais téléphoner aux collèges.

Comme c'était moi, le directeur a bien voulu te prendre.

T'es bon, moi, en classe ? Ça va.

Ça va comment ? Plutôt bien ou plutôt mal ? Ça dépend des matières.

En mathématiques, par exemple ? C'est important si tu veux faire médecine.

Je veux pas faire médecine.

T'es trop jeune, tu sais pas encore.

Si, je sais, je veux pas faire médecine.

Ton père, lui, s'il avait voulu, il aurait pu être médecin.

Lui non plus, il voulait pas être docteur.

Voilà, allez.

Pas de sucre.

J'avais plus assez de sucre pour en faire une grosse.

De toute façon, c'est mauvais pour votre régime.

Bon, alors d'accord, alors là, tu finis ta tarte et au lit.

Parce que moi, j'ai de la visite, moi.

C'était la chambre de ton père.

Je venais l'embrasser tous les soirs. Tu sais, c'est moi qui l'ai élevé. J'étais

jeunette à l'époque.

Mais il fallait bien que quelqu'un s'occupe de la famille après la mort de

ta grand-mère.

Et dis donc, oui, est-ce que grand-père, ça serait pas un peu comme ton ancien

mari ? Oh, mais tu sais, ton grand-père, il s'en fiche de tout ça.

C'est pas un mauvais cheval.

Et pourquoi il vient pas me dire bonsoir ?

Parce qu'aujourd'hui, c'est le jour de la belote.

Parce que je compte moins que la belote.

Non mais à son âge, il a ses habitudes, ça le maintient.

Il a besoin de jouer aux cartes pour rester en forme.

Tiens, parle à les autres.

Qui carte ? La belote.

Allez, tu veux que je te dette à déshabiller ? Non.

Bon, alors tu lis un quart d'heure et tu te couches parce que demain il y a

école. On est d'accord ?

Bonne nuit, mon poulet.

Bonjour,

messieurs.

Votre tisane, docteur.

Qu'est

-ce

que tu veux ? Luxe 058 ? C'est pas trop tôt.

Venez.

Il fait un froid dehors. C'est par là.

C'est la

salle à manger.

Allez, venez ma poulette.

Quand j'ai su que le réseau avait besoin d'aide dans la zone sud-ouest, j'ai pas

hésité.

Pourtant, vous avez pas l'air dans votre assiette.

J'ai un fils.

J'ai dû le laisser chez son grand-père. C'est comme si je l'avais abandonné.

Il le sait, le grand-père ? Bon, lui... Moins il en sait, mieux ça vaut.

Je lui ai dit que j'avais trouvé un travail dans le Sud.

Alors... Pour tout le monde ici, vous êtes ma cousine de Paris qui vient m

'aider pour mes affaires à Bordeaux.

Donc on se tutoie. Tu t'appelles Jacqueline Barbet.

Voilà tes papiers.

Alors, le prochain passage vers l'Espagne, c'est un agent grillé.

Ta couverture, c'est un commerce de légumes et de pinards pour la maison.

Tu devras lui servir de guide jusqu'à Bazas. Là, tu récupères un agent qui

vient d'Espagne, qui va prendre ses fonctions à Paris.

Dimanche prochain, je l'amène à son rendez-vous. J'ai récupéré une famille

juive à évacuer vers l'Espagne. Là, tu prendras le relais.

Bon, allez, il faut que je te laisse.

Je vais aller m'occuper de ces messieurs.

Tu sais comment c'est.

Une fois qu'ils ont l'uniforme sur les chevilles, il n'y a plus de frontières.

C'est à croire que la nationalité, c'est une question de fringues.

Mais à propos de fringues, mets-toi à l'aise.

Tu es chez toi ici.

Je vais te faire monter quelque chose à manger.

Voilà, voilà, voilà, voilà ! J'arrive, j'arrive !

Dis donc, tu vas en prendre soin, hein ? C'était à ton père, ça.

Allez, file, va.

Tout à l'heure, Odette. C'est ça, tout à l'heure.

Allez, avance, avance.

Allez.

Alors, Hans, vous n'avez pas l'air dans votre assiette.

C'est l'estomac, docteur. On mange trop bien chez vous.

Bon alors, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ? Il ne va pas te mordre.

Allez, viens. Faut que je passe à la commandanture avant de t'emmener à l

'école. Viens.

J'irai tout seul à pied. Mais à pied, c'est trop loin. Ma voiture est chez le

garagiste. Allez, montre. Je vais te présenter au directeur. Je préfère y

aller à pied.

Mais puisque je te dis que je t'emmène à l'école.

Ne rentrez pas là-dedans.

Remarquez, une promenade de santé le matin, ça ferait du bien à votre régime.

Allez, il faut y aller.

Allez,

allez, allez, vite.

Allons, allons-y.

En voiture.

Un jour, il y en a qui devront rendre des comptes.

Docteur, je vous préviens, le commandant Cycle est de mauvaise humeur. Pourquoi

donc ? Un acte de terrorisme cette nuit. Encore un train.

Beaucoup de morts. On tient leur chef.

Représailles. Le commandant Cycle a ordonné de prendre des otages dans la

population. Il vous expliquera.

Ça suffit pour le moment.

Vous me faisiez les otages dès leur arrivée.

Je vais lui rafraîchir la mémoire.

Quand tu restes là j'en ai pour une minute.

Tu avais des brisées dans la voiture.

Allez, viens avec moi.

Le petit-fils.

Allez.

Bon, ne bouge pas de là.

Tu as compris?

Et Pierre Chopin, je vous attendais.

En attendant, montrez-moi vos fesses, commandant.

C'est pas que ce soit les folies bergères, mais bon.

Vous ne pouvez pas faire attention, non ? D'habitude, vous êtes plus à droit.

D'habitude, je ne pique pas au son de la mitrailleuse, commandant.

C'est vrai qu'ils sont emmerdants, vos hommes.

Vous ne pourrez pas faire ça ailleurs, non ? Allez.

La prochaine fois, si vous tenez à vos fesses, épargnez-moi ce cirque.

Ça va faire parler le terroriste, croyez-moi.

S'il survit.

À demain, commandant.

À demain, docteur.

Qu'est-ce que tu fais là, toi ? T'avais dit de ne pas bouger.

Mon petit-fils. Il n'est pas à l'école.

Justement, on y va.

Il devait m'attendre dans la voiture.

Prenez-lui la discipline.

Ça ne lui fera pas de mal.

Oui, ça.

Allez, viens, toi.

Et l'Allemand aussi.

Plus tard, il en aura besoin.

Tu trouves ça drôle ?

Tu vas voir, ça va très bien se passer.

Tu n'as aucune raison de t'inquiéter. Viens, viens.

Tu sais que ça le lycée où était ton père, ça ? Il travaillait très bien.

Il a eu ses deux bachots avec Mansour.

S'il avait voulu... Il aurait pu faire médecine, je sais.

Je vous présente Yvon Chapuis, un nouveau camarade qui nous vient de

Paris. Un brillant élève, comme son père qui aurait pu faire médecine.

Va t'asseoir à côté d'Adrien Lemoynier.

Mais surtout ne le prends pas comme modèle.

Il redouble sa sixième et c'est pas mieux que l'année dernière.

Silence ! Sortez vos livres.

J'appuie.

Vous aiderez votre voisin qui n'a toujours pas résolu ses problèmes de

robine.

Bien.

Une baignoire de

104 litres

se remplit... C'est-à-dire à Paris ? À Paris, à ton âge, en

205e. Neuf minutes.

Monsieur Léon, plaisir de vous voir. Ça va mon petit lapin ? Ça va et vous ? Oui

très bien, et les deux petits pauvres.

Bonjour.

Je m'appelle.

Henri Desailles, piquet.

Vous voyez comment ça s'est passé.

Buison ! Buison ! On se retrouve à la sortie ?

Elle est pas là sa voiture de boche, hein, Chapuis ? Hein, il vient pas te

chercher ton collabos de grand-père ? Mais tu vas me dire ça tout de suite !

Mais c'est un collabos, Chapuis, tout le monde le sait, hein ! Tu touches pas à

mon nom, pauvre con ! Qu'est-ce que t'as dit, là ? Je dis pauvre con ! Tu vas

voir si t'es un pauvre... Pauvre con ! Lâche-moi !

Je m'excuse.

Il faut que j'y aille.

Mon grand-père m'attend.

On peut y aller ensemble, c'est le même chemin.

Hein, Adrien ? Oui, si tu veux.

Si vous voulez.

Viens là, approche-toi.

Ça ne fait pas mal, ça.

Voilà.

Dis-moi, pourquoi tu t'es battu ? Pour rien.

Pour rien ? À l'école, ils disent que t'es pour les boches.

Ils sont là et maintenant, il faut bien faire avec, non ? Faire avec ? Oui.

Ça veut dire quoi ? T'es pour ou t'es contre ? Non, mais ça veut dire qu'il

faut faire avec, c'est tout.

Moi, si je serais grand, je serais résistant.

En attendant, t'es petit et pas très résistant.

Allez, toutes ces bêtises, ça ne m'intéresse pas, surtout chez moi. T

'entends ? Ah, c'est fini.

Voilà.

Allez, file.

File. À moi.

Bonjour.

Bonjour.

Mon chéri, je me sens si loin de toi dans cette ville.

Dès que je serai mieux installée et que j'aurai des sous pour nous deux, je

viendrai te chercher.

Je te le promets.

En attendant, ne sois pas trop dure avec ton grand-père.

Je sais que tu ne l'aimes pas beaucoup, mais c'est ton grand-père.

Il a beaucoup souffert de la mort de ton papa, lui aussi.

Il faut que tu comprennes que cette guerre n'est plus la sienne.

Quand on a été médecin dans les tranchées de Verdun, ça peut se

comprendre, tu sais.

Je t'expliquerai quand tu seras grand.

Je te parlerai de ton papa aussi, dont tu es si fière, et qui nous manque tant

à tous les deux.

Je t'aime, mon chéri.

Et tu me manques à chaque instant de ces heures difficiles.

Ta maman, qui t'embrasse d'endroit.

Odette ! Odette ! Monsieur ? Ben, où ils sont passés ?

Ben alors ça ? Ils n'ont pas pu s

'envoler, la porte est fermée.

Parce qu'à votre avis, on n'a pas pu l'ouvrir de l'extérieur, cette foutue

porte.

Pourquoi vous me regardez comme ça ? Je m'en fiche, moi, de vos pierres.

Et susceptible avec ça.

Et on peut savoir pourquoi ? Je voulais pas qu'ils restent prisonniers, comme

nous. On n'est pas prisonniers, on est occupés, nuance.

Et c'est grâce au maréchal qu'on est restés libres. Libres de quoi ? Libres

de collaborer avec eux ? Non mais dis donc, qu'est-ce qui t'a appris tout ça,

petit morveux ? Tu veux refaire le monde à ton âge ? Ben commence par faire tes

devoirs, correctement.

Puis un instant dans ce soir, tu restes dans ta chambre. Et moi je ne dîne pas

avec des petits voyous.

Et vous aussi, foutez le camp ! Bon.

Le petit n'a rien mangé.

C'est pas comme ça qu'il va retrouver la santé.

Il mangera mieux demain.

Rien du tout ? Même pas un fruit.

Yvan ? Yvan ? Oh, nom de Dieu !

Non, mais dis donc ! Ça va pas, non ? Nom d'un chien, nom d'un chien ! Tu

préfères ça, hein ? Attends ! Tu vas me foutre la paix, dis un peu ! Non, je

préfère qu'on reste en vie ! Nom d'un chien ! Tu comprends ça ? Est-ce que tu

te rends compte qu'on est en guerre ? Et qu'on ne plaisante pas avec ça et ça ?

Alors, voyons.

Bon, ben, pour les oiseaux, je passe l'éponge.

J'espère qu'ils vont pas crever en liberté, c'est tout.

C'est sûr.

La liberté, c'est dangereux en ce moment.

Bon, ben, ça va.

Allez, descend. Descend voir où t'es.

T'as rien mangé ? Bon, alors.

J'ai pas faim.

Petite peste, moi.

Papiers, s'il vous plaît.

Ne vous inquiétez pas d'interlations, Raymond.

Et la lettre que je vous ai donnée pour mon petit garçon, vous la posterez à

Oloron-Sainte-Marie, d'accord ? Merci.

Merci, bonne journée.

Yvan ! Yvan ! Hé !

Ça vient de Laurent Sainte-Marie ?

Arrête de la lire, tu vas finir par l'user.

Elle va bien ? Ouais, elle dit que je lui manque.

Oh ça ? Tu crois qu'elle va bientôt venir me chercher ? Oh mais de quel

pourra, c'est sûr.

Je vois que t'as retrouvé l'appétit.

C'est la lettre.

Tu sais, ton grand-père, il a l'air comme ça, un peu... Arrête de me parler

de lui, ça va me couper l'appétit.

Tu devrais essayer de le comprendre quand même.

Il a perdu un fils. Moi c'est mon père que j'ai perdu.

Il y pense lui ?

De toute façon, ils s'en fichent de moi. Ils s'en fichent de tout le monde.

Tiens, mets ça.

Elles étaient à ton père quand il avait ton âge.

Voilà. Ils départent dans cinq minutes.

On va où ? Pardon ? On va où ? Cherchez de quoi bêter.

Au cas où la pétite reviendrait.

Ça, c'est ma maison de campagne. Je vis ici avec ta grand-mère le dimanche,

quand on était jeunes mariés.

Ah, d'accord.

Le cabanon que j'ai embrassé ta grand-mère pour la première fois, tu

sais.

T'avais quel âge ? 19 ans.

Et elle, 17.

C'était mon premier baiser.

Bah, t'étais pas en avance, hein.

Oh, la vache ! C'est ta grand-mère qui les a faits.

Mais pourquoi tu les as pas pris chez toi ? C'est chez moi, ici.

Elle dessinait vraiment bien.

Un peu qu'elle dessinait bien.

On déployait notre matériel au bord de l'eau.

Moi, je pêchais.

Et elle... Elle dessinait.

C'est beau, hein ? Tiens, viens voir.

Tu vois ? C'était ses pastels.

Ma vache ! Bon ! Maintenant, il serait temps de penser à la friture.

Sinon, on va se faire remonter les bretelles par...

Odette, Odette, oui.

Allez.

Dommage que je ne l'ai pas connue.

Qui ça ? Ma grand-mère. Elle était sûrement plus gentille que toi.

Pourquoi tu n'aimes pas ma mère ? Qu'est-ce que tu racontes ? J'aime bien

ta mère.

Je ne l'aime pas parce qu'elle n'a pas empêché papa d'être aviateur.

Non, pas du tout.

Ton père, il l'a choisie tout seul.

Il avait une tête de mule, ton père.

Comme toi, d'ailleurs.

Tel père, tel fils.

Je lui ressemble ? Comme deux gouttes d'eau, oui, tu lui ressembles.

On s'y casse pied.

N'empêche, t'aurais bien voulu qu'il fasse docteur.

Ouais. Surtout qu'il serait pas mort aujourd'hui.

C'est pour ça que tu n'aimes pas ma mère. Et non, tu vas pas me casser les

pieds longtemps avec ta mère.

Je te dis que je l'aime bien, ta mère.

Il est un peu communiste sur les bords, mais bon... Ça veut dire quoi,

communiste ? Ça veut dire que tout est à tout le

monde.

Ma mère, elle n'est pas à tout le monde. Elle est à moi.

Non, mais ce n'est pas ce que je veux dire. Tiens, par exemple, tu pêches deux

poissons et moi aucun.

Eh bien, il y en a un pour toi et un pour moi. Voilà.

Tu comprends ? C'est un peu ça être communiste.

Tu dis ça parce que t'as peur de rentrer Bordeaux ? Non, pas du tout, pas du

tout.

N'empêche, moi, je les aime bien, moi, les communistes.

Sauf qu'avec leur congé payé et leurs 40 heures, où est-ce qu'on va avec ça ?

Quand j'étais jeune, moi, je travaillais 80 heures par semaine.

Plus les gardes, et j'en suis pas mort.

Ma mère aussi, elle travaille beaucoup.

Après la mort de papa, elle travaillait la nuit à la brasserie. Et l'argent,

elle ne le donnait à personne.

C'était tout pour nous.

Déjà qu'il n'y en avait pas beaucoup.

Ouais, compas.

Tu vois qu'elle n'est pas communiste, ma mère.

Bonjour ma grande.

Il est là le Léon ? C'est pour quoi ? Pour une consultation.

100 jours de fermeture au docteur, il est à la pêche.

Je peux pas l'attendre ? J'ai des maux de tête.

Vous n'avez qu'à vous coucher plus tôt.

C'est radical pour les maux de tête.

Eh oh ! T'es gentille ma poule, mais moi la nuit, je travaille.

Et moi c'est rien encore, j'ai un malade là dans la voiture.

Une urgence.

Désolée. Non assistance à personne en danger.

Tu sais ce que ça pourrait lui coûter au docteur ?

Alors mon petit lapin, on vient de la pêche ? Oh mais c'est qui ce petit jeune

homme ? Bonjour.

Mon petit fils.

Il va faire des ravages plus tard.

Et je m'y connais.

Qu'est-ce que vous faites là ? Il y a urgence docteur.

Je suis bien obligée de me coltiner les clients moi-même.

Il est mal en point ce qu'on m'a dit.

Bah oui, il pouvait pas se débrouiller tout seul évidemment.

C'est pas prudent surtout en ce moment. Sauf que là il y a urgence. Je me

demande même s'il y a pas un microbe qui... Bon, bon, bon, d'accord, d

'accord, d'accord.

Je m'en occupe.

Très bien, je vous le laisse, docteur.

Vous allez surveiller mon personnel.

Au revoir, toi.

Au revoir, mon petit lapin.

Ah ! Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

Bonjour, docteur.

Bonjour, mon ami, bonjour.

Alors comme ça, vous recevez des terroristes chez vous, maintenant ? Vous

ne vous imaginez tout de même pas que je vais interroger tous les clients qui

viennent en consultation dans mon cabinet, non ? Ce sont des patients à

vous ? Jamais vus, je vous dis. J'étais à la pêche avec mon petit-fils et ils

ont forcé l'entrée en mon absence.

Quand je suis arrivé, ils étaient dans le salon.

Cet homme était suivi depuis Bordeaux.

Nous savons qu'il arrivait de Londres.

Il ne parlera plus, évidemment.

Par contre, la dame qui l'accompagnait, elle, nous allons l'interroger.

Et elle parlera.

Au revoir, docteur.

Au revoir, mon ami.

Et méfiez-vous des inconnus.

Mais pourquoi t'as pas dit que tu la connaissais ? Pourquoi t'as rien dit ?

Ça n'aurait servi à rien.

Allez, rentre ! Mais c'est dégueulasse ! Tu pètes tes trouilles, c'est ça ? T'as

un dégonflé ! T'as un vrai dégonflé de collabos ! Yvon, attention ! Tu

commences à me casser les pieds avec tes collabos à la noix ! Tu connais quoi, la

guerre ? Tu m'en veux ? Je connais peut-être pas grand-chose, mais je sais

que tu voulais sauver ta peau. Et ça, c'est dégueulasse ! Si mon père était

là... Arrête !

C'était mon fils et je le connaissais mieux que toi. Ça, ça me ferait mal. C

'était mon père et lui, il n'y a que moi qu'il connaissait. Ne me parle pas comme

ça. T'entends ? Et la pêche maintenant ? C'est fini.

Terminé. Allez, fous-moi le camp.

Mais on n'a plus rien à se dire. Petit con.

Petit con.

Louison ! Louison ! Elle est en retard aujourd'hui ? Je ne comprends pas.

Les volets sont fermés.

On dirait qu'ils sont partis.

Qu'est-ce que vous lui voulez à Louison ? Ils sont partis.

Partis ?

Cette nuit, une voiture est venue les chercher. Le père, la mère et la fille.

Mais pourquoi ? Tu es trop jeune pour savoir.

Ils sont partis, c'est tout. Mais où ça ?

Tu sais ce que c'est, toi, un juif ? Bah non, pourquoi tu me demandes ça ? Bah, j

'ai demandé au directeur pourquoi elle est partie avec ses parents, Louison.

Il m'a répondu parce que c'est des juifs.

Bah et alors ? Alors, je n'ai pas très bien compris, qu'est-ce que ça veut

dire, des juifs ? Ah bah, je ne sais pas.

Mon père, il dit qu'on ne les aime pas trop par ici.

Même qu'il paraît que ton grand-père, il refuse de les soigner.

Pourquoi ? Bah, pour se faire bien voir par les boches, par dit.

Eh bah, si c'est ça, moi, je ne veux pas être le petit-fils d'un collabo.

Bah y'a un moyen pour ça. C'est quoi ? Bah y'a qu'à faire résistant.

Et comment qu'on fait ?

Oh

la vache ! Aller battre non ? C'est ça faire de la

résistance ? Tu vois c'est pas compliqué hein.

On devrait rentrer dans un réseau.

On leur serait utile.

Bah ouais, t'as raison, mais comment ? En plus, ça lui ferait les pieds à mon

grand-père.

Quoi ? Ils l'ont arrêté. C'est Michel, le fils de l'épicier, qui m'a prévenu.

Il l'a vu avec son copain.

Mais pourquoi ? Mais il peignait des croix de Lorraine sur les murs. Oh ! Je

suis une éraille.

Oh, le monde ! C'est pas du tout.

Ça va pas, ça, non ?

C'est une copine à mon grand-père.

Madame, madame, je la connais, elle est mon grand-père.

Elle a craint le triage, préviens Jean. Lousse ! La filière est grillée, ils

sont ici à Bordeaux.

Suivez-moi.

Oh, également.

Décidément, docteur, vous vous faites remarquer en ce moment.

Les terroristes qui viennent vous rendre visite, soi-disant pour une

consultation, votre petit-fils qui s'amuse à peindre sur les murs, vous

savez que c'est très grave, tout cela.

Je sais, oui.

Mais pour ces terroristes, c'est une coïncidence, commandant. N'importe qui

peut se faire soigner chez moi, n'importe qui, mais même vous.

Traînez-en !

Voici nos apprentis terroristes.

Approchez-vous, tous les deux.

Savez-vous ce qu'il en coûte, un acte de cette nature ? Le docteur Chapuis vient

de m'annoncer que vous alliez être punis très sévèrement.

Je pense qu'il en est incapable.

Nous autres, nous avons la manière.

Nous allons nous en charger.

Mais, commandant, je m'excuse pour ce qu'ils ont fait, mais ce ne sont que des

gamins stupides.

Ils ne se sont pas rendus compte.

Savez-vous, docteur, pourquoi vous avez perdu la guerre ? Vous, les Français,

vous ne connaissez pas le mot « discipline ». Et ça commence très jeune.

Chez nous, les enfants obéissent.

Je sais, je sais, commandant. Notre pays a besoin d'ordre.

C'est pour ça que vous êtes là, d'ailleurs.

Mais enfin, là, vous comprenez, il s'agit de mon petit-fils.

Si vous me confiez ces deux petits crétins, je vous garantis qu'ils ne

recommenceront pas.

Vous avez raison, docteur Chapuis.

Vous êtes un bon médecin, puisque n'importe qui vient vous rendre visite.

Et, grande qualité, vous ne faites pas mal avec vos piqûres.

Sauf quand vous fusillez sous vos fenêtres.

Je ne vous conseille pas de recommencer.

La prochaine fois, je n'aurai aucune indulgence.

C'est malin.

Ça sert à quoi de faire le con tout à l'heure ? C'est la dame. Elle m'a dit un

truc que j'ai pas très bien compris.

La dame ? Quel truc ? Elle a dit qu'il fallait prévenir Jean à la gare.

Tu le connais, toi, Jean ? Ben oui, mais prévenir de quoi ? Justement, j'ai pas

très bien compris.

Elle m'a dit filière et souricière à Bordeaux.

Filière, souricière... Ça veut dire quoi, ça, au juste ? Bon, et ben alors ?

Qu'est-ce qu'on attend ?

Bande de petits crétins ! Est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous

avez fait ? Ah, que jure ! Alors, vous êtes inconscient ou quoi ? Mais c'est la

guerre ! La guerre ! Nom de Dieu, ça vous dit quelque chose, non ? La guerre

! Ah, ce qu'on jure ! Incroyable de voir ! Incroyable !

On lui dit ? Un message ? Ça va pas, non ? C'est un

collabo ? En attendant, il vous a sorti du trou, le collabo.

D'accord.

Parce que tu vois, si je n'avais pas toutes ces relations, les rats

commenceraient de bouffer les orteils.

Passe-moi voir.

Ah, voilà, enfin mon petit poulet.

Hé, il t'a pas fait de mal au moins ? Non, non, ça va. Bon, allez, viens

manger un bout de gâteau, tu dois avoir une de ces fêtes.

Oh, pauvre chou.

Le pauvre chou va filer dans sa chambre. Et s'il recommence, c'est l'orphelinat,

en attendant que sa mère revienne.

Quant à demain, il n'y a peut-être pas école, mais il n'y a pas pêche non plus.

T'as rien.

Tu restes enfermé.

T'as compris ? Enfermé, oui, ici.

J'en fais quelque chose ?

On cherche Jean.

Travaille sur la machine, là derrière.

Vous faites ça, les mômes ? Vous aurez parlé à Jean ? Qu'est-ce que vous lui

voulez, à Jean ? Il y a une dame.

Personnelle.

C'est moi.

C'est une dame à la commande à Tours qui m'a dit de vous dire que la fille avait

crié et qu'il y avait un sourire.

Une allemande ? Non, une française.

Elle était battue. Je la connaisse, Mme Raymond.

Comment ça se fait que tu la connaisses, toi, cette Mme Raymond ? C'est surtout

mon grand-père qui la connaît. Elle appelle mon petit lapin.

Elle a pu vous parler ? C'est lui, dans la commandanture.

Quand il a vu la dame, il a couru après.

Il a eu juste le temps de lui glisser ça à l'oreille.

À la commandanture ? Qu'est-ce que vous y foutiez, à la commandanture ?

On s'est fait piquer à dessiner des croix de Lorraine sur les murs.

Et qui c'est que vous a sorti de là ? Oh bah tiens, le collabo de service.

Mon grand-père, docteur Chapuis.

Attendez-moi là un moment.

Qu'est-ce qu'on fait ? On se tire ?

Il nous a dit d'attendre.

Et si ce n'était pas Jean ? Et qu'il soit allé nous dénoncer ? Et

alors

? C'est pour aller où les mômes ?

Bonsoir.

J'en ai eu un malaise.

Je vais appeler le docteur.

On va pas rentrer là-dedans.

T'as peur du noir ? C'est pas ça, mais pourquoi on nous enferme ? Qu'est-ce qu

'on a fait ? On vous enferme pas, on vous cache.

Comme de vrais résistants. Ah, d'accord.

Allez, on va rentrer.

Et hop !

Comment va Armand, tes branches ? Ça suffit.

Salut.

Qu'est-ce qui se passe ?

Patron, on a un problème.

Raymond. Elle a parlé ? Je crois pas, non.

Mais elle nous a fait prévenir.

Les fraisiers savent tout.

La filière est grillée.

Ils ont placé une souricière au PC de Bordeaux.

Je la connais.

Elle parlera pas.

Et le train de munitions, qu'est-ce qu'on fait ? Je m'en occupe. Je vais

envoyer les horaires à Londres. Ils vont le bombarder. En attendant ici, on

pousse plus nos raies.

Compris ? Inspirez.

Ben oui, tu vois, c'est une chute de tension.

Ben voilà, vous avez besoin de repos, mon vieux.

Alors, quoi ? Trois jours d'arrêt de travail ? Trois jours ? Et qu'est-ce que

je vais foutre, moi, pendant trois jours ? Ce que je te dirais de faire, mon

petit dieu ! Vous faites comment ? Comment vous êtes-vous prévenus ? Qu'est

-ce qui s'est passé ? Justement, on a des soucis.

Bon,

on va vous laisser partir.

Mais attention, il n'est pas question que vous répétiez un mot de tout ça.

Pas un. Je n'ai rien, je vous le jure. Ce n'est pas fini.

Assis.

Toi, le grand, tu l'aimes bien, ta mère ? Alors, si tu parles, on s'occupera d

'elle. Et comme il faut, crois-moi.

Et quant à toi, si tu dis un mot, un seul, parce que tu sais, tant qu'on a

votre grand-père, on lui fait la peau. PJ ? Il a eu deux réponses dans ma

poche. Mais vous pouvez compter sur moi.

Je n'ai rien, je vous le jure.

Moi non plus, je ne sais rien du tout.

La résistance, on ne peut plus y entrer.

À votre âge, le seul endroit où vous pouvez rentrer, c'est chez vous.

Tu ne devais pas rester dans ta chambre ? D'où tu viens ? C'est que je suis allé

chez Adrien pour ce problème de robinet.

Les maths, ce n'est pas son fort.

Et puis qu'il est tout petit.

Déjà qu'il est un an de retard.

Tu as bien fait.

C'est bien d'aider ses camarades.

C'est mieux que de faire du tort aux Allemands.

Bon, ben, c'est pas tout. Mais moi, je vais me coucher.

Demain, je vais à la pêche.

Et n'imagine pas que tu vas venir avec moi.

J'y vais seul.

De toute façon, je déteste la pêche.

C'est ça mon poulet ? T'es sûre que tu peux pas accompagner ton grand-père à la

pêche ? Certain.

Où allez-vous ? Il y a un bal ? Comme tous les dimanches, je vais voir ma sœur

à Périgueux.

Ah oui, c'est vrai, votre sœur, j'avais oublié votre sœur. Ah oui.

Vous avez un oeuf aux ovesses ? Oh ben évidemment, cette question.

Alors pour le repas, vous avez tout ce qu'il faut dans le cellier. À ce soir.

Vous m'avez demandé, M. Léon ? Oui.

Bien sûr, j'ai besoin de toi, c'est pour ça que je t'ai mis en arrêt de maladie.

Alors suis-moi, je vais te raconter ce qui se passe.

Bon, ben, ça va bien mordre tout ça, les chiens, pas besoin de moi pour la pêche,

tout ça.

Je serai, Mme Goldstein, Jean, un ami.

Bonjour, docteur.

Raymond devait les prendre dans l'entrepôt pour les conduire au PC de

Bordeaux avant l'Espagne.

Alors maintenant, c'est cuit. En attendant, je les ai cachés ici, c'est

plus sûr.

En attendant quoi ? Désormais, le courrier et les agents passeront par les

airs.

Vous êtes de voyage.

Docteur, ma femme est enceinte de 8 mois.

Et si elle accouche dans l'avion ? Je vais vérifier que tout va bien.

Bon, ben, on va attendre dehors, nous. Oui.

Cigarette ? Merci, non.

Dr Chaput est un homme d'exception.

On le sait, oui.

Mais c'est pas ce qui se dit en ville.

L'étiquette de Colabo lui colle à la peau.

Quoi, lui, Colabo ? Il a tissé des liens étroits avec la commandanture.

Alors les gens, vous pensez, hein ? Pourquoi il fait ça ? Y a pas que des

seringues dans la mallette, M. Léon.

Y a aussi un appareil photo.

Quoi, un appareil photo ?

Et comment vous croyez qu'on les a, nous, les plans de circulation des

convois ? C'est de la folie.

Je n'irai pas se faire prendre.

Vous ne connaissez pas le bonhomme.

Ce n'est pas le genre à mourir dans ses pantoufles.

Bon, tout va bien. Vous pouvez y aller. Il faut seulement qu'elle reste au

coucher le plus possible.

Docteur, je ne sais comment vous remercier.

En restant en vie.

Allez, merci.

Je te les confie. Tu prendras soin d'eux jusqu'à ce que je revienne.

Mais si j'avais un problème, j'aurais tout en charge.

D'accord.

Yvan ! Quoi, Yvan ? Qu'est-ce qu'il va devenir s'il vous arrive quelque chose ?

Bonjour, Docteur Chapuis.

La commandante Ziegler vous demande.

Il est souffrant.

Veuillez nous suivre, s'il vous plaît.

Vous la reconnaissez ? Comment voulez-vous que je la reconnaisse

? Vous l'avez défigurée.

Allons, docteur Chapuis.

Faites un effort.

Elle est venue vous rendre visite la semaine dernière.

Oui, bien sûr.

Oui, je m'en souviens, oui.

En effet, elle et un autre.

Un terroriste ? Oui.

Qu'est-ce qu'elle venait faire chez vous avec cet homme ? Je vous l'ai dit, se

faire soigner, je suppose.

C'est une terroriste, elle aussi.

Mes hommes y sont allés un peu fort.

Je veux connaître le nom de ses chefs.

Nous savons qu'elle appartient à une organisation très importante qui a des

ramifications à Angoulême, Bordeaux, Pau, l'Espagne.

Je veux les têtes.

Vous allez pouvoir la ranimer, n'est-ce pas ?

Détachez-la.

Détachez-la ! Détachez-la.

Et laissez-moi seul avec elle.

Le temps reste, commandant.

Non.

Ça va me manquer, tu sais.

Il n'a rien pu faire, c'était... C'était trop tard.

Il a fait un arrêt cardiaque.

Qu'est-ce que vous dites ?

Quand ils l'ont laissé, elle respirait.

Vos hommes sont des amateurs, commandant.

Ils y sont allés trop fort.

Son cœur n'a pas résisté.

Das gibt's doch nicht.

Ich habe keine Lust, mich mit solchen Dilettanten abzugeben.

Habt ihr denn nicht gelernt, ihr Idioten ? Raus hier, verschwinden Sie, ihr

Krettern ! Excusez ma colère.

Ce sont des brutes, mais je vous croyais meilleur médecin.

J'ai mes limites, commandant.

Ressusciter les morts n'est pas dans mes compétences.

Non, pas non plus.

Demain, je donne une petite cocktail pour le colonel Gessler, le haut-chef de

la Gestapo pour la région aquitaine.

Il fait une halte à Riberac avant de rejoindre son poste à Bordeaux.

Venez donc dîner avec nous, ça vous remettra de ces petits agréments. Oui,

certainement, avec grand plaisir. En attendant, j'ai une journée très

chargée. C'est mon jour de visite et j'aimerais finir avant la nuit.

Si vous le permettez. Bien évidemment.

Bonsoir, docteur.

J'ai fait dîner le petit.

En plus, il avait pas bien envie de vous attendre.

Je vais monter le voir.

Pourquoi vous lui dites pas la vérité ? Quelle vérité ? Vous me prenez pour une

cruche.

Je vous ai préparé un petit frishti à la cuisine.

Vous le mangerez avant la belote.

Au fait, elle va bien, votre sœur ? Ma sœur ? Oui, de

mieux en mieux, oui.

Tant mieux, tant mieux.

Voilà.

T'es pas déshabillée, toi ? Non.

Tu crois vraiment que je suis un sale cup ? Tiens,

des coupons de jeu.

Faut pas les faire attendre.

La belote, c'est important en temps de guerre.

Bonsoir messieurs.

Votre tisane docteur.

L'avion se posera ici, ce soir à minuit.

Et André, tu prépares le balisage du terrain.

Seul ? Non, Armand t'aidera.

Parfait.

Yvon. Yvon, allez, ouvre, ouvre, ouvre.

Je me suis emporté.

Fais pas l'idiot.

Ouvre, ouvre.

Odette.

Odette. Oui.

Mais où est le petit ? Comment ça, où est le petit ? Il n'est pas dans sa

chambre.

Jésus, on sait qu'il a bien pu aller.

Qu'est-ce que tu fais ici, toi, cette heure-ci ? Mais vous pouvez pas rester

là, hein ! Faut partir ! C'est à mon grand-père ! S'il vous trouve, il va

vous dénoncer ! Tu ferais mieux de rentrer couché, au lieu

de dire des bêtises.

Entrez, docteur.

L'opération rayonne pour cette nuit.

L'avion sera à l'heure.

Je vais examiner votre femme.

Bah, ne reste pas là, toi.

Occupe-toi plutôt de jouison.

Tiens.

Allez-y.

Je vous en prie, docteur.

C'est pas un collabote, mon père.

C'est un héros.

C'est mon grand-père.

Mon père aussi, c'est un héros.

Il est aviateur.

Il est mort au combat.

Ta maman ? Ma maman, elle travaille.

Elle travaille où ? Je sais pas.

Tu sais pas où elle est ? C'est pour ça que tu es chez ton grand-père ?

Et Adrien ? Adrien.

Adrien Lemoyne.

Je lui ai dit qu'il voulait se marier avec toi.

Il m'a dit que t'étais sa petite amie.

Il me dit ça à tout le monde pour faire croire que c'est vrai.

C'est tout.

C'est pas vrai alors ? C'est pas avec lui que je me marierai.

Mais avec qui alors ? Allons-y ! Allons-y, c'est l'heure ! Yvon, viens

avec nous, puisque tu es là.

Tu allumeras les balises avec Armand. Ce sera plus utile que de grébouiller des

croix de Lorraine sur les murs. Allez, tiens.

Allez, ils vont se faire soin de tout ça.

Mais où est-ce qu'ils sont encore allés se fourrer, tous les deux ?

Pourquoi

tu me regardes comme ça ? Parce que t'es un gros menteur.

Papa, il serait fier de toi.

Et n'empêche, les aviateurs, ça sert.

En ce moment, ils sont à Londres.

Bon, il faut y aller maintenant.

Menteur n'est ponctuel.

Il est là.

Il faut que je vous parle.

Un agent a récupéré tout de suite à l'hôtel des voyageurs. Mais merde, je ne

fais pas du transport en commun, moi. Et d'où il vient, celui-là ? De Bazas.

Bazas ? Mais alors, qu'est-ce que j'ai à voir avec Bazas, moi ? C'est le seul

agent qui a échappé à la rafle.

Qu'est-ce qu'il faut à Ribera au lieu d'être en Espagne ? Il a su pour

Raymond. Et comme la filière est grillée, il est remonté jusqu'à la

source.

Il aura le journal Gringoire dans les mains.

On ne peut quand même pas débarquer chez moi les uns après les autres. Non, je

refuse. Bon, alors, dépose le petit, puis j'y vais.

Allez, passe en avant, allez.

J'y vais, j'y vais, j'y vais.

C'est ça, à tout à l'heure, docteur.

C'est vous, docteur ? Qu'est-ce que vous faites avec ce pistolet ? Quelqu'un

viendra chercher Yvon à la sortie de l'école.

Qui ? Un de mes joueurs de belote. Ah, la belote ! Mais j'en étais sûr, j'en

étais sûr ! Une fois Yvon en bonne main, vous fermez le cabinet et vous foutez le

camp.

Pourquoi ? Mais qu'est-ce que je lui ai fait ? Répondez-moi ! Qu'est-ce que je

vous ai fait ? Mais si vous restez, les Allemands essaieront de vous faire

parler. Mais voulez-vous que j'aille ? J'ai votre sœur, un périgueux. Je suis

sûr qu'il saura vous protéger.

Il ? Dites-moi, vous me prenez pour un imbécile, non ? Vous aussi ? Votre sœur

t'a retraité des postes de périgueux que vous allez rejoindre tous les dimanches

soirs depuis que votre ex est allée frécoter avec celui-là.

Alors, vous fermez la boutique et vous foutez le camp.

Vous allez manquer ma petite tête.

Votre nom ?

Jacqueline Barbé.

C'est votre vrai nom que je veux ! Jacqueline Barbé.

Vous feriez mieux de parler maintenant.

Je dois m'absenter quelques minutes.

Ça vous donne le temps de réfléchir ?

Dépêchons

-nous, docteur Chapuis.

Je n'ai pas que ça à faire.

Mettez Jacqueline Barbette ici,

s'il vous plaît.

Oui.

Je voudrais parler à Major Ziegler.

Le Commandant Sigurd est très fatigué. Ne souhaite pas être dérangé.

Il s'éteint.

C'était une erreur.

Papiers, s'il vous plaît.

Vous partez tout de suite.

Il n'en est pas question.

Vivons par avec vous, je vais vous faire passer la ligne.

Je vous ai mal jugé, je vous demande pardon.

Merci.

Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Bon ben ça va, allez

allons-y, allons-y, vite, vite, allez !

Papière et béteux.

Merci.

Allez,

arrêtez le véhicule.

Sous-titres par Jean

Laflute

Sous-titrage Société Radio-Canada

Vous vous êtes trompé de camp.

Je ne crois pas. C'est ce que nous allons voir.

Les déportés sont de retour.

Ces premiers résistants français ont dit non à l'occupant.

Ceux qui ont dit non à l'occupant, ceux qui ont maintenu la France dans son

honneur, ont été jetés dans des camps, dans des bagnes qui étaient déjà des

pierres. Ils retrouvent la vie dans une France libérée, au service de laquelle

ils ont combattu.

La France accueille de son mieux ces survivants prisonniers et déportés. C

'est bientôt prêt, t'as fini ?

Euh, presque.

Puisque vous êtes de retour à Paris, tous les quatre, car tu es un petit

frère maintenant, j'espère que je pourrai venir te voir aux prochaines

vacances.

Car toi aussi, tu me manques, Luison.

Nous, on n'a toujours pas de nouvelles de grand-père.

Mais avec maman, on a décidé de s'installer ici.

Comme s'il était avec nous. Tu comprends ? Odette est revenue avec son nouveau

mari de péricule.

Il est très gentil.

Un peu bébête, mais il s'occupe très bien de la maison, du jardin et tout.

À table.

Maman m'appelle.

Elle croit que je travaille.

Mais comme je ne peux pas m'empêcher de penser à toi, Louison, il faut que j

'écrive pour te le dire.

Réponds-moi et embrasse bien tes parents et ton petit frère.

Yvon Chapuis

Laissez-moi.

Quand je serai grand, je ferai médecine.

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