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On prévient l'apparition du mildiou en pulvérisant sur les vignes une solution
de sulfate de cuivre.
Deux types de préparation classique, en quelque sorte.
La bouille bordelaise et la bouille bourguignonne.
Bourguignonne, venant de Bourgogne, province française réputée pour ses
vins. On procède chaque année à trois pulvérisations.
La première a lieu lorsque les pousses atteignent une longueur de 12 à 13 cm.
La deuxième, peu avant ou peu après la floraison.
Et la troisième, un mois plus tard.
L'action de ce sulfateur est uniquement préventive, ainsi ne doit-on jamais le
négliger. Messieurs, je termine cette revue des moyens propres à combattre le
mildiou.
Je vous le rappelle, comme les années précédentes, des avions et des tracts
seront mis à votre disposition.
Ces tracts rappellent aux paysans que le mildiou, maladie qui ravage les vignes,
a fait son apparition pour la première fois en même temps que cette autre
maladie idéologique qui ravage les hommes.
Mais sur ce point, je passe la parole au général de la gendarmerie.
Monsieur le sous-secrétaire d'État à l'agriculture vient de nous le rappeler,
pour le mildiou, trois sulfatages préventifs sont nécessaires. Tout comme
le mildiou.
Cette maladie idéologique doit être combattue préventivement.
Tout comme le mildiou, elle est due à l'action de germes morbides et de divers
agents parasites.
Ainsi, la pulvérisation des hommes par les bouillies appropriées est
indispensable.
Les écoles, dans ce cas, constituent le premier stade.
C'est là, si vous m'autorisez cette métaphore, que les jeunes pousses n'ont
pas encore atteint une longueur de 12 à 15 cm.
La deuxième pulvérisation intervient peu avant ou peu après la floraison. Il s
'agit évidemment des universités, des jeunes ouvriers.
Et l'époque du service militaire est le meilleur moment pour l'appliquer et
sauver l'arbre sacré de la liberté nationale de l'infection du milieu
idéologique.
Cette année, les tracts jetés par avion parlent à nos paysans d'une autre sorte
de milieu idéologique qui commence à faire ses ravages dans notre pays.
Cette nouvelle variante, plus diffuse, plus insidieuse, c'est un ennemi
sournois qui s'éloigne de plus en plus de Dieu et de la couronne. C'est contre
cet ennemi tout particulièrement que portera notre effort préventif.
Inutile de noter, vous avez tout ça sur la circulaire qui vous a été remise.
A l'apparition des systèmes en isme, socialisme, anarchisme, impérialisme,
communisme, etc.
Les taches solaires ont commencé à pulluler à la surface de l'astre diurne.
Dieu refuse d'éclairer les rouges. Et les savants annoncent une formidable
augmentation des taches solaires depuis l'apparition des bitniques, des provos
et surtout depuis les encouragements au pacifisme venus de certains pays comme l
'Italie, la France et les Scandinaves.
Pour moi qui assume le commandement des forces de l'ordre du nord du pays, j'ai
voulu profiter de cette occasion de m'adresser à vous.
Aux fonctionnaires de l'État, nous devons préserver les parties saines de
notre société.
Et nous devons guérir les parties atteintes.
Ce soir, l'ennemi se réunit dans notre ville.
Mais nous ne sommes pas un système en isme.
Nous vivons en démocratie.
Nous n'interdirons pas cette réunion.
Et nous n'interdirons pas non plus à ceux qui pensent le contraire de le
manifester. C'est avec ces éléments sains, ces anticorps, que nous devons
combattre et extirper toutes les maladies.
Celles de la vigne et celles de la société.
C'est tout ce que j'avais à vous dire.
Pensez à cela.
Pensez-y, dans les jours qui viennent.
Vous venez déjeuner ? Oui, sur le pouce.
Venez, après je vous conduirai à l'aéroport. C'est très aimable de votre
part. Mais non, mais non, ça me fait plaisir.
Je vous en prie.
Prévenez Madame que je ne rentrerai pas. Je passerai la prendre ce soir. Monsieur
le directeur de la police ? Ce sont les ballerines du Bolshoï qui visitent la
ville, mon général.
Les Bolshoï de Moscou ? Oui, oui, les ballets du Bolshoï. Ils sont là pour
trois ou quatre jours. Et ce soir, c'est la grande première.
Restez, je vous invite à ma loge.
Il faut que je sois à la capitale cet après-midi. Ah, la capitale, le palais.
On vous aime beaucoup au palais.
Ce serait drôle s'il a de choisissez la liberté dans votre ville.
Comme ce fameux danseur. Oh non, surtout pas, pas d'histoire.
Non, vous savez, pour la liberté, il préfère Londres ou les Etats-Unis, les
pays à monnaie forte.
Et puis nous avons assez d'excités en ce moment dans notre ville, assez de
problèmes avec eux.
Mais vous savez très bien que pour une réunion au lieu clos, il ne faut pas d
'autorisation. Je m'en fous ! Je ne veux pas l'histoire.
L'autorisation, sinon vous n'aurez pas la salle.
Déclenchez-moi tout ça ! Mais non ! Mais vous ne vous en avez pas... Faites ce
que je vous dis ! Je suis chez moi, ici.
Apportez l'autorisation et je remets tout en place. Sinon, on trouvera une
autre salle.
Toi, déclenche-moi ça ! Mais soyez raisonnable ! Comment trouver une salle,
maintenant ? Et comment prévenir trois ou quatre mille personnes qui vont
arriver de tous les quartiers de la ville ? Je ne savais pas ce que c'était
comme réunion. C'est écrit sur le reçu et vous l'avez signé.
Bon, c'est plus signé, maintenant.
Voilà votre chèque.
Et je vous enverrai des dommages et intérêts.
Je vous en prie.
Ils vous ont vraiment menacé. Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
Enfin, voyons, on ne refuse pas une salle pour laquelle on a été payé sans
avoir subi d'énormes pressions.
Vous autres, les avocats, vous cherchez toujours... Monsieur Bozine, vous êtes
un amonète.
Alors dites-moi qui est derrière cette histoire.
Quelle est la vraie raison ? Fichez-moi la paix ! Je ne veux pas vous donner ma
salle, c'est une bonne raison, non ? Et si elle ne vous plaît pas, trouvez-en
une qui vous fasse plaisir.
Vous ne trouvez pas que c'est plutôt à nous de nous énerver ? Mon père et moi
aujourd'hui, ça vous suffit ?
Je vous la donnerai volontiers, maître, comme avant.
Mais il y a eu un contrôle de la municipalité.
Qu'en ça ? Hier matin. Il faut que les sièges soient placés selon un règlement.
Ce n'est rien. Je viendrai cet après-midi avec une quinzaine de nos
jeunes et on fera ça.
Non, ils disent qu'il faut les fixer au sol, mais il y en a pour une semaine au
moins. Mais ils n'ont jamais été fixés.
Alors moi, je vois qu'une chose, annuler la soirée ou se réunir dans la rue. Mais
là, c'est encore pire. On n'a pas d'autorisation du tout. Alors ça veut
dire les provocateurs, les flics matraqueurs, les blessés, tout.
On n'a pas la salle.
Il n'y en aura pas d'autres, ils le refusent tous.
Alors moi je propose une chose, annulez tout simplement.
Mais il n'acceptera jamais.
On annule et on va se coucher, sagement.
Ou mieux, on va tous ensemble à la grande première du Bolshoï. Et quand l
'autre va arriver tout à l'heure, on va l'envoyer au Bolshoï. Et ceux qui
viennent pour l'écouter, on va les envoyer au Bolshoï. Tu connais une salle
toi ? Le Bolshoï.
Il paraît qu'on veut assassiner le docteur.
Mais qui dit ça ? Ma femme. Qui te l'a dit à toi ? Comment ça ne me regarde pas
? Mais qu'est-ce qu'on dira à la police si on ne sait pas ?
Non, attends, attends, ne coupe pas.
Elle ne peut pas dire qui, mais elle affirme que cette personne ne savait pas
que le docteur arrivait aujourd'hui.
Bonjour madame, c'est Georges Pierroux.
Il faut absolument nous dire qui... Il n'en est pas question.
Je lui fais confiance. Il ne savait pas pour la réunion de ce soir, il ne savait
pas que le docteur arrivait.
Il a surpris une discussion.
Ça, il ne vous le dira pas, et à moi non plus.
Parce qu'il a déjà eu des ennuis, il ne veut plus en avoir, il a sa famille.
Ils sont prévenus.
Vous êtes prévenus, c'est l'essentiel. Il faut faire quelque chose au lieu de
discutailler, comme d'habitude. La chute est pour vous, je crois.
Oui, oui, ma chérie, je sais, je sais.
À tout à l'heure.
Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Ben, on prévient la Croix-Rouge.
Nous allons chez le procureur.
C'est vague, avouez que c'est vague.
Un témoin qui refuse de dire son nom, une conversation mystérieuse entendue de
Dieu sait où, peut-être le fait d'un mauvais plaisant, d'un mythomane.
Vous savez, ces gens qui téléphonent...
pour annoncer qu'ils ont mis une bombe dans un avion.
Et pourquoi diable voudrait-on assassiner votre président ? Marie,
allez ouvrir, je vous prie.
Prenez au 120.
Bon.
Je vais téléphoner au directeur de la Sûreté.
Il prendra des mesures de protection, officieusement.
Nous n'avons aucune base pour agir.
Eh oui.
On peut être procureur et s'intéresser à la commune de Paris.
Ah, céramique. Niki ! J'en ai pour deux minutes.
Vous venez au théâtre avec nous ce soir.
En ce qui concerne la salle de réunion, je n'y peux rien.
Le droit de propriété... Allô ? Le colonel pour le procureur général.
Le droit de propriété est encore inviolable dans ce pays.
On veut peut-être changer tout cela, mais nous n'y sommes pas encore.
Ah, enfin ! Il va pas ? Niki ! Occupe-toi de notre invité.
Deux secondes.
Un de nos meilleurs magistrats.
Ah, le colonel n'est pas là.
Eh bien, passez-moi l'officier de service.
Ah, très bien.
Vous êtes au courant de la réunion de ce soir ? Non, non, pas au Bolshoï, non.
Voilà.
Précisément, vous voyez, des menaces de mort auraient été proférées contre le
docteur.
Ah non, non, non, il n'est pas arrivé, non. Il arrive... Tout à l'heure.
Il arrive tout à l'heure.
Non.
Non plus, non, au téléphone.
Oui, comme vous dites, oui.
Eh bien, prévenez le colonel de ma part.
De ma part ? Non, c'est vague, évidemment.
Non, non plus.
Aucune base pour agir.
Ils prennent tout ça pour une manœuvre publicitaire. Le docteur va être furieux
quand il saura qu'on a été demandé protection à ses vendus. Vendus à qui ?
Aux Américains. Je me demande vraiment ce que les Américains viennent faire
dans cette histoire. Il faut toujours s'en prendre aux Américains. Même quand
on pense avoir tort, eux savent qu'on a raison. Arrête ton numéro.
Tiens.
Et voilà.
La police ? Faut croire.
Ça fait trois jours qu'ils ne me quittent pas.
Tout est prêt pour ce soir ?
Rien n'est prêt. On n'a plus de salle depuis ce matin et les gens sont même
pas au courant. Ils font tout pour saboter la réunion, docteur.
Qui peut arranger ça ? Le directeur de la sûreté. Et lui seul.
On déjeune et on va aller le voir.
Allons-y tout de suite.
D'accord.
Entrez directement à l'hôtel ! Il y a aussi des menaces de mort.
Un type raconte qu'il a entendu dire que l'on voulait assassiner.
On demandera à la police de prendre des mesures... On lui demandera rien, ça
fait pas sérieux.
A la police, on ne parle que de la salle, c'est tout.
Messieurs, il y a un problème.
Cette salle ne remplit pas les conditions de sécurité requises. Il y a
15 jours, on y donnait des spectacles, monsieur le directeur de la police.
Voici un rapport.
Le plus grave, c'est qu'il manque une issue de secours. Il n'y en a jamais eu.
Maître, pour les spectacles, ça n'est pas grave.
Parce qu'ils ne présentent, eux, aucun danger.
Par contre, une réunion comme la vôtre risque d'échauffer les esprits.
Nos réunions ne représentent aucun danger, en aucun cas.
Enfin, messieurs, il n'y a aucune raison de vouloir empêcher cette réunion.
Seuls les rapports des services compétents dictent mes décisions. Dans
cette affaire, je suis totalement neutre. Dans ce cas, pourquoi nous
faites-vous suivre ? Mais pour votre sécurité.
Ordre est venu de la capitale, du ministère de l'Intérieur, d'assurer la
protection des membres du comité de votre association.
contre les agissements éventuels des extrémistes. Des extrémistes que vous
ménagez ? Monsieur le député, il reste des salles qui réunissent toutes les
conditions de sécurité.
Tenez, celle de l'Union des employés, juste en face de votre hôtel.
Vous n'avez que la place à traverser.
Dans cette affaire, je suis neutre.
Croyez-le bien.
Bien collé.
C'est là, au premier étage.
Une toute petite salle pour 150 ou 200 personnes.
On va avoir l'air minable.
Dans une ville d'un demi-million d'habitants, 200 personnes seulement qui
pourront vous écouter, les autres resteront dehors. C'est minable.
Demandez aux colonels de nous autoriser la place et mettez des haut-parleurs aux
fenêtres et sur les arbres.
De toute façon, même sans autorisation, les gens seront là.
On va vous laisser maintenant, docteur.
Et on va essayer de prévenir les gens qui seront au Piccadilly.
Faites aussi imprimer les tracts et mettez les affiches pour annoncer le
changement de lieu.
Manuel, venez avec moi, je voudrais qu'on discute les thèmes de mon
discours.
Georges, toi aussi.
J'attends, oui.
Allô ? Allô, mon chéri, comment tu vas ? Bien, très bien, oui.
Hein ? Oui, oh, des problèmes avec la salle ?
Comme d'habitude.
Mais non, pourquoi veux-tu qu'il y ait des bagarres ? Je dis, pourquoi veux-tu
qu'il y ait des bagarres ? Oui, demain.
Georges t'embrasse.
Au revoir mon chéri, à demain.
Comment vont les enfants ? Ils vont bien, malheureusement je les vois
rarement. Et Hélène ? Des problèmes comme tout le monde, on ne vieillit pas
de la même façon.
Mais ça ne change rien pour l'essentiel.
On dit chez nous que l'ours qui n'a pas mangé ne danse pas.
Bon, les ours ne vont pas danser, ils vont lire ça.
Tiens, comme chez nous.
Allez-y.
Le mec a effervoré, mais on a réussi.
On a décidé de rester ici.
Tu vas faire ce qu'on te dit.
Sous-titrage ST' 501
C'est le pacte ! Le pacte de Barcelone !
Le haut sien.
Ducal, pas de bagarre, pas de provocation.
Regardez-moi ça.
Vous les ménagez, vous les dispersez gentiment au lieu de les recousser.
Ducal, ne les provoquez pas.
Monsieur l'avocat, il faut commencer maintenant.
Il n'y a plus de place là-haut.
Qu'il se passe encore un peu.
Avant lui, c'était le désert.
Les jeunes sont avec lui et il plaît aux femmes. Comme ministre ? Sûrement pas.
Il cherche à dégager le pays des affluences étrangères. Aux prochaines
élections, il ramasse tout. Il a de la gueule.
Quoi ? Il a de la gueule. Champion olympique dans sa jeunesse. Médecin,
professeur à l'université et député honnête.
Il est aussi au Bolshoï. Il faut absolument le convaincre d'annuler la
réunion. C'est ça, on se dégonfle. Il ne s'agit pas de se dégonfler, il s'agit d
'éviter la provocation. Non.
Il faut organiser un service d'ordre avec les... C'est ça, la bagarre, tout
ce qu'ils cherchent. La non-violence, toujours la non-violence, vous n'en avez
pas assez ? Notre force est dans le calme et dans le respect des lois.
Plutôt la loi de la jungle, oui.
On n'aurait jamais dû se laisser coincer dans cette salle. Ça sent le coup monté.
Un coup monté par qui ? Nous exigeons le démantèlement des bases étrangères, la
CIA. Et toi, tu ne crois pas que tu vas un peu trop loin ? Pour quelques
extrémistes bornés qui ne savent même pas de quoi ils parlent. Et les menaces
de mort ? Et alors ? C'est pas la première fois, non ? De toute façon,
chacun de nous a pris ses risques.
Personne. Ils sont tous au Bolshoï.
Insiste encore.
Il faut mettre les autorités de la police devant la responsabilité.
Nous, on va à notre réunion.
Allez, restez dehors.
Qui es-tu ? Moi, je suis maçon.
On m'a frappé.
Pourquoi ? Pourquoi les idées que nous défendons provoquent-elles une
telle violence ? Pourquoi la paix leur est-elle aussi intolérable
? Pourquoi ne s'envoient-ils pas d'autres organisations et mouvements ?
La réponse est simple.
Les autres mouvements sont purement nationaux, à usage interne, et laissent
indifférents nos alliés.
Mon général, nous sommes débordés.
Il faut arrêter ça, ça les excite.
Je vais envoyer quelqu'un pour aller débrancher les haut-parleurs.
Ça excitera les autres.
Surtout pas.
Où sont vos chefs ? Le colonel de la gendarmerie, où est-il ? Au téléphone,
on m'a dit qu'il était sur place.
Il n'y a pas assez d'hôpitaux, pas assez de médecins.
Mais la moitié du budget est consacrée aux dépenses militaires des sous-marins.
Les
peuples
qu'on a bloqués dans la voie de cette évolution sont des universités ou des
collèges.
Un bombardier stratégique de longue portée coûte le prix de 7 millions.
Un seul coup de canon et le salaire mensuel de l'instituteur est parti en
fumée.
Et voilà pourquoi ils ne peuvent tolérer ni cette réunion, ni notre présence, et
qu'ils ont souvoyé des hommes de main pour nous conspuer, nous attaquer.
À travers le monde, il y a un trop grand nombre de militaires le doigt sur la
gâchaine. Prêt à tirer sur tout ce qui bouge et évolue.
La police a tout bloqué.
Oh, dis donc.
Et ta mat' déjà.
Auprès de Wenzhou, il faudra attendre un mois avant d'en manger.
Qu'est-ce que tu dis ? Faut que tu mettes un silencieux. J'ai déjà pas d
'argent pour payer les traites, alors le silencieux.
Condamnés à rester dans ce sous-prolétariat où on les maintient
pour les manipuler.
Ils crient... Mais la police est déjà là. Ils ne sauront peut-être jamais que
nous combattons également pour eux, car vivons dans une société molle et
corrompue. Chacun pour soi.
Laissez faire et malheur vaincu.
Ils ont bloqué ici aussi.
Cache-toi.
Nous vivons dans un pays où même l'imagination est suspecte. Et pourtant,
il faut de l'imagination pour résoudre les problèmes de cette planète où la
puissance explosive des bombes atomiques stockées correspond à une tonne de
dynamite par habitant.
Ah merde, alors tu penses qu'à ça ?
On veut nous empêcher de parler.
On veut nous empêcher de tirer les conclusions politiques qui s'imposent à
partir de toutes ces vérités très simples.
Mais nous parlerons.
Nous sommes au service du peuple et le peuple a besoin de vérité.
Le peuple est dans la vérité. Plus de photos.
Qu'il retourne au Balchaï, c'est de là.
La vérité est le commencement d'une action puissante.
Laisse-moi dégager ces coyoules.
C'est mon cousin. J'ai donné un coup de frein et il est tombé.
Non, par les pieds, vous.
Vous l'avez frappé ? J'ai tout vu.
Qu'est-ce qui se passe ? Ah, bonsoir.
C'est mon cousin. J'ai freiné et il est tombé. Il saigne.
Il faudrait l'amener dans une pharmacie. Un papier ? Attendez, je...
Oh, je suis bête, les voilà !
Il saigne beaucoup.
Il faut l'emmener dans une pharmacie.
Non, il l'a frappé. J'ai tout vu. Il a une matraque.
Vous voyez, c'est rien.
Et ça, c'est rien. Allez, avance. Il lui tapait dessus de toutes ses forces,
comme pour le tuer.
Patin ! Et mon triporteur ? Personne n'y touchera.
Téléphonez au commissariat, qu'on m'envoie une voiture de patrouille. Oui,
téléphonez au commissariat.
Reste là.
Viens.
Je vais filer. Tu vas m'attraper, mais tu n'y arrives pas. Quoi ? Je ne peux
pas t'expliquer.
Il faut que je parte.
Tu fais le mort.
Si tu bouges, je t'assomme.
J'ai un petit rendez-vous, je peux pas louper ça.
Le régime n'a pas pu changer ça, tout de même.
Je vous assure, les Russes ne pensent plus qu'à vivre comme les Américains.
Monsieur le procureur, venez vite, c'est très grave. Monsieur le substitut, vous
venez avec moi. Bon, à tout de suite.
Ah,
monsieur le procureur.
Nous en reparlerons tout à l'heure.
Alors, ces balais, moi je les ai ratés à cause de toutes ces histoires. Pourquoi
ne m'avez-vous pas prévenu plus tôt ? En plein spectacle, comment faire pour vous
trouver ? Qu'est-il arrivé ? Un accident de la circulation, un accident stupide,
imprévisible. On a arrêté le coupable ? Pas encore, mais ça ne serait tardé.
La victime, c'est grave ? Je l'ignore, j'attends des nouvelles de l'hôpital.
J'y vais.
Si vous le permettez, je garde votre voiture. Mais oui, bien sûr.
Quelle histoire ? La presse est déjà au courant ? Je ne pense pas. Non.
Venez, il faut que je téléphone au ministre.
Ça.
À la rédaction.
Qu
'est
-ce qui vous arrive, mon vieux ? Tu sais, il y avait une manifestation.
À ces salauds, on leur a donné une bonne leçon.
On ne peut pas les empêcher de se réunir, mais on ne peut pas non plus
nous empêcher de réagir. C'est comme un processus biologique.
Alors je comprends.
Nous, les éléments sains de la société, les anticorps, enfin bref, on les a
tabassés.
Mais que voulez-vous de moi, Roger ? Écrit ? Écrit que j'étais à la
manifestation avec ceux qui ont corrigé ces salauds.
Pour quoi faire ? Pour les copains.
Qui sache ? Si vous voulez.
Allez vous faire soigner ça à l'hôpital. Et faites-vous inscrire pour qu'il n'y
ait pas que des blessés des autres.
Si vous y allez tout de suite, vous aurez votre nom parmi les premiers de la
liste.
C'était une mauvaise plaisanterie ? Ou alors de la mythomanie ? Ce n'est pas le
moment.
Vous l'avez sur les bras, cet assassinat. Vous vous égarez, mon ami.
La police a déjà des preuves que c'est un accident.
Nous avons besoin de leur concours. Tu nous mets dans une situation impossible.
Des accusations aussi graves, sans aucune preuve.
Ils sont aveugles, ou pire, complices.
Il parle déjà d'accident sans preuve. Vous passez une tentative d'assassinat ?
Qu'est-ce que vous ? J'étais à la manifestation, j'ai tout vu.
J'ai même des photos.
Vous avez des photos du triporteur ? Ah non, ça j'ai raté, non ? Non mais la
police nous a expédiés avant la fin.
Quel cynisme ! Vous verrez qu'ils vont exploiter ce malheureux incident sur un
plan politique.
C'est prévisible. C'est trop odieux. Leur grand talent, c'est de fabriquer
des martyrs.
De vrais nécrophiles.
Espérons qu'il n'y aura pas de morts cette fois-ci, monsieur le procureur.
Ça les arrangerait bien d'en avoir un.
C'est désespérant.
Le cerveau est atteint à deux ou trois endroits.
Nous sommes en pleine opération.
Le malade a un cœur qui résiste exceptionnellement, mais hélas, M. le
procureur, il est encore trop tôt pour pouvoir se prononcer.
Mais il faut vous prononcer ! Il ne peut pas vous entendre.
Mais vous ne voyez pas les implications politiques de cette affaire ? Par
contre, je peux vous assurer que l'autre blessé est hors de danger.
L'autre ? Mais quel autre ? Le député Georges Pirou. Il a été ramassé sur la
voie publique.
C'est grave, mais il est hors de danger.
Deux députés blessés. La police a vraiment été au-dessous de tout.
Ils ont sûrement prévenu la femme.
J'écoute pas les conversations.
Oui, je sais bien.
C'est vrai.
Et elle arrive quand ? Demain, par le premier avion.
Demain ? Mais c'est aujourd'hui.
C'est pour mon journal.
Alors ? Alors, qu'est-ce qu'elle a dit ? Elle n'a rien dit, d'abord.
On entendait sa respiration.
Puis elle a dit, il vivra.
Le directeur, il savait plus quoi répondre.
Et elle.
Ainsi, ils s'y sont quand même parvenus.
Pardon, vous étiez là pour les événements de ce soir ? Oui, oui.
Attendez, je suis journaliste. Vous voulez... Non, non, non. Non, mais
écoutez ! Non, colonel, je crains que la police n'ait pas été à la hauteur de sa
tâche. Il fallait éviter les heurts à tout prix.
Deux députés blessés ! Dontat dans un état grave. Nous avons le coupable.
Où est-il ? Je veux le voir.
Je vous conduis, nous le gardons à la cantine.
À la cantine ? Il paraît que les cellules sont en très mauvais état.
Elles manquent d'électricité. Les crédits sont votés, mais non débloqués,
comme d'habitude.
Elles servent surtout d'entrepôt.
Je viens d'avoir le ministre.
Cette affaire est très grave. Et ses implications politiques peuvent être
catastrophiques. Alors si les journaux apprennent que le coupable se prélasse à
la cantine, le ministre peut être tenu au courant minute par minute, mon
général.
Il n'a même pas les menottes.
Et l'enfant est à lui ? Non, c'est un petit vendeur de galettes.
Il était seul ? Ils étaient deux.
Nous avons les coordonnées de l'autre. Mais il semble qu'il dormait à l'arrière
du triporteur pendant l'accident.
Il s'est rendu spontanément ? Non, arrêté pour infraction bénigne. Un agent
s'est aperçu qu'il conduisait en état d'ivresse. On vous soumettra son
rapport.
Souffle.
Pas de traces d'alcool.
C'est le ragout.
Le ragout de mouton, c'est bien connu. Ça tue les odeurs.
Et qu'est-ce que tu as fait jusqu'à maintenant ? J'ai fait le ragoût.
Il a fait le ragoût ? Alors cet homme est ici depuis des heures et vous me l
'avez caché ? Je ne le savais pas, je l'ai appris plus tard.
Mais comment ? On ne vous a pas prévenu ? Depuis quand es-tu ici ? Depuis dix
heures et demie, onze heures.
Mais c'est Durcel de malfaiteur ! Vous me l'avez caché ! Et vous, colonel, vous
ne le saviez pas ? Je le savais.
Je le savais, mais je n'avais pas eu le temps de prévenir le général.
Et puis vous êtes arrivé, et quand j'ai entendu le général vous dire qu'on n
'avait pas arrêté le coupable, je n'ai pas voulu le démentir.
Bien, bien.
Qu'on me prépare un bureau.
Je prendrai sa déposition moi-même.
Venez.
Et qu'on arrête le deuxième coupable.
Il n'y a personne, monsieur. Ils sont tous au marbre.
Qu'est-ce qu'il y a encore ? Vous portez des lunettes, maintenant ? C'est pour
pas qu'on me reconnaisse.
Il faut enlever mon nom de la liste. Le type va mourir, je veux pas l'histoire.
Mais quels sont vos rapports avec tout ça ? Mais moi, rien.
C'est un accident de type Soudan Saint-Réporteur.
Non, mais si on voit mon nom dans le journal.
On va faire des interrogatoires. Je préfère pas.
Bon, ben ça va, j'enlèverai votre nom, allez.
Qu'est-ce que tu fais, maintenant ? Non, je peux pas.
Non, je suis occupé.
Allez.
Faut que tu parles.
Non, par là.
Ils veulent encore cela ? Des folies, bien sûr.
Seulement, nous sommes raisonnables. Nous refusons. Mais va leur expliquer
que c'est toujours les nôtres qu'on assassine.
C'est vivant, Manuel.
Mais il est cliniquement mort, pourquoi tu vas là-dedans ? Cliniquement mort,
est-il dit.
Le cerveau est détruit.
Mais le cœur bat.
Il ne veut pas s'arrêter, le cœur.
Il bat.
Il suffirait d'un mot, ils descendent en ville et cassent tout.
Pourquoi on les retient ? Je me demande si nous avons encore la volonté de nous
battre. Lui, il l'avait.
Et c'est pour ça qu'ils l'ont tué.
Nous, on nous laisse.
C'est tout ce que j'ai trouvé.
Les journaux du matin.
La police rejette sur nous la responsabilité des incitants.
La retransmission du discours par les haut-parleurs a constitué une véritable
provocation. Le caractère antinational des propos tenus, l'attaque délibérée de
la politique étrangère du gouvernement ont provoqué une riposte spontanée de la
foule. D'où le climat de violence et de regrettables incidents survenus. Les
forces de l'ordre ont accompli leur devoir avec sérénité. Dans cette lourde
tâche, deux officiers de la gendarmerie et onze agents de la force publique ont
été blessés.
C'est ce que le général a déclaré aux journalistes. Je pense qu'il faut faire
un communiqué pour répondre à ça.
Exactement. Il faut souligner le caractère pacifique, le calme qui a
régné chez nous. Notre réunion était autorisée. Elle a été autorisée pour
être mieux sabotée par la police et ses complices.
On ne peut pas parler de complicité tant qu'on n'a pas de preuves. On n'en a
aucune de sérieuse.
On peut déplorer la passivité et l'inefficacité de la police.
Ce n'est que par la suite qu'on pourra utiliser toutes les failles, toutes les
contradictions sur le plan politique.
Et pourquoi pas en charger la Croix-Rouge ou la Commission des droits
de l'homme ? Vous proposez une déclaration défensive et pleurnicharde.
Alors qu'au contraire, il faut les attaquer, il faut dénoncer les
responsables. Et descendre dans la rue avec des armes.
Et pourquoi pas ? N'importe quoi, alors. C'est inadmissible. Sans aller jusque
-là, nous pouvons envisager... Nous n'envisagerons rien du tout.
Nous devons rester dans la loi.
Ça fait des années que nous restons dans la loi. Ce n'est pas le moment d'en
sortir. C'est notre seule voie pour exploiter l'affaire au maximum.
Cette affaire ne doit pas se retourner contre nous.
Exactement. Vous n'avez pas honte.
Il est en train de mourir, à dix pas d'ici.
Nous n'avons aucun argument sérieux contre eux. Si, nous avons les menaces
de mort prononcées hier.
Il a dit lui-même que ça ne faisait pas sérieux. Hier, ça ne faisait pas
sérieux. Et aujourd'hui ? Ce type, il ne serait pas disposé à parler aujourd'hui.
Une déclaration à la presse.
Je ne crois pas.
Il était déjà terrorisé à l'idée des représailles possibles.
Maintenant, il le sera encore plus.
Il faut essayer.
Tu sais où le retrouver ? Pas avant midi.
Et puis, il faut prendre des précautions.
Ils surveillent tout ce qu'on fait.
Oui, c'est bien eux.
Mais voyons, ils assurent notre protection.
Nous pouvons être aussi tranquilles que le docteur.
Quelle a été votre réaction en apprenant la nouvelle ? Est-il vrai que le
président des États-Unis a envoyé un télégramme ? Le texte de ce télégramme.
Êtes-vous un couple idéal ? Votre mari était-il menacé de mort ? Laisseriez
-vous les communistes se servir du nom de votre mari ? La police parle d
'accident. Est-ce que vous croyez à une tentative d'assassinat ? Pourquoi vous
avez fait venir un chirurgien anglais ? Vous n'avez pas confiance ? Est-il vrai
que vous étiez sur le point de divorcer ? Croyez-vous à un accident malheureux ?
Pour la troisième fois.
Voici le directeur de l'hôpital.
Un accident est arrivé à votre mari.
Maman ! J'ai connu votre mari.
Nous avons fait une partie de nos études ensemble.
J'ai voulu le suivre quand il a fait son marathon pour la paix, mais comme c
'était interdit, je n'ai pas pu.
C'est grave, mais il s'en sortira.
Le professeur Dodd est arrivé de Londres cette nuit.
Oui, c'est un des plus grands chirurgiens anglais. Il est optimiste.
Que veux-tu dire aux parents ? La vérité ? Ils auront tout le temps de la vivre,
la vérité.
La fracture provoquée par la chute a défoncé la voûte crânienne.
Indiscutablement, la masse cérébrale a été atteinte.
Le choc d'une violence inouïe a provoqué dans l'espace clos du cerveau une
véritable explosion, une sorte de séisme cérébral.
Il est impossible actuellement d'évaluer les traces physiques et psychiques de
cette commotion, même si l'opération réussit.
La troisième tentative chirurgicale vient d'être commencée. En fait, le seul
point positif est la résistance cardiaque du mourant. A son arrivée à l
'hôpital, nous avons pratiqué un massage du cœur, injection d'adrénaline
également. Son cœur est d'une résistance étonnante. Il est reparti, il bat
régulièrement.
Venez, madame.
Le général Missou. inspecteur d'un gendarme. Madame, un stupide accident.
Nous déplorons tous.
Monsieur le directeur de la police. M.
le procureur général.
M. le juge.
Je disais donc que certaines parties du cerveau pouvaient être relativement
atteintes. Évidemment, ces lésions ne sont pas encore définies. Mais les
chirurgiens sont très optimistes.
Il faut attendre le résultat de l'opération en cours.
Votre mari, madame, a un cœur exceptionnel.
Si le cœur tient, il vivra.
Et tous les espoirs sont permis.
Le ministre lui-même.
Ils vont essayer d'exploiter la présence de sa femme, jouer de la corde sensible.
Ils sont très forts pour ça.
Ah,
les dossiers.
C'est le secrétaire de leur comité.
Il me faut un résumé de chaque dossier.
Surtout avec des détails sur leur vie privée.
Sur leur travail aussi.
Il me faut tout ça avant ce soir.
Le député est blessé.
Ça, c'est l'autre avocat.
Et le sien ? Vous l'avez ? Il vient d'arriver.
Il a des histoires de femmes, lui ?
Je ne sais pas, mais sûrement.
Il faut casser son ariole.
Dans quel terme est-il avec sa femme ? Elle est surveillée ?
Comme tous les autres, mon général.
Pour elle, on a parmi les photographes... Ça, c'est votre cuisine,
je ne veux pas la connaître.
Les autres ? Ils se sont tous réunis ce matin.
Après, ils sont allés à l'aéroport chercher la femme.
Ensuite, ils se sont séparés. Un groupe a accompagné la femme à l'hôpital.
Et quant à celui-là...
On l'a suivi. Il a été remettre un communiqué au journaux. Vous en avez une
copie, je crois.
Ensuite, il est allé à l'université pour parler avec des étudiants. Quoi, les
étudiants ? Contactez les nôtres à l'université. Faut plus le lâcher, celui
-là. C'est un maragé. Il veut profiter de la situation.
Aucune vergogne. Et il est juif, naturellement. Demi-juif. Ce sont les
pires. Il se croit supérieur à tout le monde, y compris aux autres juifs.
Oui ? Monsieur le procureur général est là. Qu'il entre.
Faut plus le lâcher.
Jour et nuit.
Ah, entrez.
Nous vous attendions.
Alors, ce deuxième coupable ? Nous l'avons. Il s'est présenté spontanément
ce matin. Il est au secret. Venez, entrons dans mon bureau.
Tenez, asseyez-vous, je vous en prie.
C'est lui, maintenant, le patron. C'est officiel.
Il faut donc lui transmettre le dossier constitué par vos premières
investigations et ensuite, prendre ses directives.
Et monsieur le substitut suivra l'affaire à ma place.
Les hommes du colonel ont fait leurs premières enquêtes.
Quand puis-je interroger le deuxième coupable ? Mais quand vous voudrez.
Mais il semble qu'il dormait à l'arrière du triporteur, assommé par l'alcool.
Ce qu'il mettrait hors de cause, si c'est vérifié.
Et leur emploi du temps, avant ? J'ai ici la déposition du conducteur. Tenez
sa photo.
Il semble bien qu'ils aient passé la soirée à boire au bistrot du chinois.
Je ne savais pas qu'il y avait des commerçants chinois dans notre ville. Le
patron a fait la guerre de Corée, dans un bataillon de volontaires. C'est
depuis ce temps-là qu'on l'appelle le chinois.
Il a confirmé la déposition des deux coupables.
Et voici la sienne, je vous la lis.
Je sous-signe Bertrand d'Atelier au chinois, demeurant vite un poste de
profession et début de boisson. Je déclare que dans l'après-midi du 22 mai
de cette année,
Iago et Vago sont venus à mon bistrot vers 7h, 19h, et sont restés jusqu'à
10h, 22h.
Quand ils sont arrivés, ils ont commencé à la nizette.
C'est interdit, madame.
13e témoin, un ouvrier du port.
J'ai vu Vago et Iago boire plusieurs verres d'anisette, je ne sais pas
combien, mais quand ils se sont levés pour partir à 10h, 22h, ils étaient
sous. J'ai même entendu le chinois dire, ne prenez pas le kamikaze, vous ferez un
accident. Le kamikaze ? Ah oui, c'est le tréporteur. C'est un engin, je crois, de
marque japonaise que le coupable conduit comme un fou.
Décidément, nous sommes en pleine Extrême-Orient.
Je crois que tout ça est assez clair.
Et quoique n'ayant pas encore des renseignements complets sur le passé des
coupables... La thèse de l'accident me semble indiscutable. Je crois aussi. Par
ailleurs, le ministre et le procureur général Collas que j'ai eu au téléphone
voudraient qu'on fasse vite, très vite, pour couper court aux spéculations
politiques qui discréditeraient le pays à l'étranger.
Personnellement, je pense que le parquet doit publier une déclaration dès aujourd
'hui sur les circonstances de l'accident, annoncer aussi que les
coupables sont sous les verrous et qu'ils seront poursuivis pour conduite
en état d'ivresse et coups et blessures involontaires.
Et délit de fuite.
Oui, le général.
Il faut également trouver le chauffeur qui a conduit la victime à l'hôpital.
Allô, oui ? Ne quittez pas.
C'est pour vous, monsieur le procureur. Ah.
Oui ? Il vient de
mourir.
Ça ne change rien au terme de la déclaration du parquet, monsieur le
procureur.
Simplement, au lieu de coups et blessures... Il faut mettre homicide
involontaire.
Je vous attends en bas.
Ah ah !
Il est mort.
Qui êtes-vous ? J'admirais votre mari. Je l'ai suivi dans une tournée aux îles.
Je suis journaliste. Pas de photo.
Non, non, non.
Non, mais juste quelques questions. C'est important, vous savez, le public,
le peuple a le droit de savoir.
Pourquoi pensez-vous que ce n'est pas un accident fortuit ? Que ce n'est pas un
accident du tout ? Hier, quelqu'un aurait entendu proférer des menaces de
mort.
Vous étiez au courant.
Vous vous y attendiez, n'est-ce pas ?
Vous avez dit, ainsi, ils y sont quand même parvenus.
Qu'est-ce que je dis ? Au directeur de l'hôpital, la nuit passée.
Vous avez dit, ils y sont quand même parvenus.
Qui ça, il ? Laissez-moi.
Ce triporteur, les coupables sont arrêtés.
C'est bien eux que vous pensiez.
Laissez-moi.
Ils savent déjà.
Bien sûr, madame. Et ça ne fait que commencer.
Attendez, attendez, je ne comprends pas.
La mort ne serait pas due aux conséquences de la chute ? Absolument
pas.
La fracture de la voûte crânienne n'a pu être provoquée que par un coup porté à
la victime.
C'est la conclusion qui s'impose.
La chute n'a provoqué que des contusions sans gravité réelle.
Vous en êtes certain ? Mais un coup de quoi ? Vous voulez parler du choc contre
le triporteur ? Le choc du triporteur, il l'a reçu au corps et c'était pas
grave. Le coup mortel est celui reçu sur le crâne et il n'a pu être donné que par
un instrument du genre...
barre de fer ou crosse de revolver.
Mais personne n'a jamais mentionné la présence d'une arme quelconque.
Non.
Continuez, docteur, continuez.
Donc, cette fracture de la voûte crânienne n'a pu être provoquée que par
un instrument frappant de haut en bas.
En effet, ce n'est que dans ces circonstances que l'on trouve des
lésions symétriques de l'encéphale qui portent d'une part... sur la région sous
-jacente et d'autre part sur la région opposée à la blessure. Ce sont ces
lésions que l'on a retrouvées à l'autopsie, ainsi qu'une hémorragie
cérébrale droite, alors que la fracture portait sur l'os temporal gauche.
Dans le cas où elle serait résultée du choc produit par une chute sur une
surface dure comme le revêtement de la rue, on n'aurait pas retrouvé ces
lésions symétriques typiques.
Mais pourquoi ne pas nous avoir dit ça plus tôt ? Plus tôt ?
Oui, hier, par exemple.
Mais hier, le blessé est encore vivant, monsieur le substitut. Nous nous basons
sur les résultats de l'autopsie. Si on avait eu le temps de faire d'autres
examens, nous aurions abouti aux mêmes conclusions.
Il y a une autre hypothèse.
Si le blessé a été traîné par le triporteur, son crâne a pu heurter le
bord du trottoir.
Il a été établi que le heurt s'est produit au milieu de la chaussée, loin
du trottoir. Et en aucun cas, une chute ne peut donner de telles lésions.
Je pourrais téléphoner ? Oui, à côté.
Les mêmes lésions se seraient produites s'il avait...
Il ne pouvait donc pas frapper. L'autre était saoul.
C'est un coup trop précis pour un homme ivre.
Quelqu'un parmi les manifestants ? Ça colle mal, leur histoire.
Vous les connaissez bien ? Ils font de la politique ? Peut-être.
Communistes ? Non, ils ne travailleraient pas ici.
Dans l'opposition ? Ça, on ne sait jamais.
Je voudrais parler au général.
J'ai demandé à vous voir mon général parce que j'ai besoin d'un certain
nombre de précisions. Des précisions ? Mais il me semble que tout ça est assez
précis. Il y a un fait nouveau.
C'est pas respirable chez vous.
Vous étiez là au moment de l'accident, n'est-ce pas ? Oui.
Comment ça s'est passé ? À quel moment au juste ? Lorsque le triporteur a
surgi, que s'est-il passé ? Eh bien, nous étions là, le colonel et moi.
Il est sorti en s'allant à droite et à gauche.
Des gens qui, d'ailleurs, ne l'applaudissaient pas.
Et il n'a pas vu le triporteur qui arrivait en zigzagant.
C'est comme ça qu'il l'a heurté.
Les hommes du colonel se sont lancés à la poursuite du véhicule.
Deux officiers ont dégainé leurs armes, mais il y avait la foule. C'était trop
risqué. Le triporteur a continué ses zigzags et finalement, il nous a
échappés.
Et ensuite ? Ensuite, la police a dégagé l'endroit et elle a aidé les avocats à
placer le blessé sur une Volkswagen pour le conduire à l'hôpital.
On a toujours pas retrouvé le chauffeur de la Wolfslagen ? Toujours pas.
Mais c'était sûrement un ami des avocats. Il est allé aussitôt vers eux
pour les aider à transporter le blessé.
Dites-moi, lorsque la victime a été renversée, est-ce que sa tête a pu
heurter le bord du trottoir ? Pas du tout. Ça s'est passé presque au milieu
de la chaussée.
Vous en êtes certain ? Tout à fait certain.
Mais pourquoi toutes ces questions, si vous permettez ? Vous parliez d'un fait
nouveau.
Selon les résultats de l'autopsie, il serait mort déçu d'un coup de matraque.
Quoi, un coup de matraque ?
Mais Benoît Cosmel, qu'il sait médecin. Pourquoi on t'y fait une autopsie ? J'ai
ordonné l'autopsie. C'est la procédure légale. Mais pourquoi ? Tout était clair
après nos trois réunions d'hier. Vous allez nous foutre dans un...
Un
témoin spontané. Voici son nom et son adresse.
Il prétend que la mort du député est un assassinat et qu'il en a la preuve.
Il vient déposer cet après-midi à deux heures.
Voilà. Ça commence, on parle d'assassinat. Ils parleront de complot,
vous allez voir, si vous laissez traîner les choses.
Je l'ai vu. Il est complètement saoul.
Il a failli tomber sous la camionnette.
Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Vous avez vu ? Oui, je l'ai vu. Il a glissé
et il est tombé.
Il y a quelqu'un ? Il y a quelqu'un ?
Je suis le général de la gendarmerie.
Mon général, j'allais chez le juge d'instruction pour témoigner et comme je
marchais... Tu es tombé et tu t'es cogné contre le trottoir. Mais non ! Tu
souffres bien d'une maladie nerveuse, d'épilepsie. Mais non ! On m'a frappé.
J'avais rendez-vous avec le juge parce que j'ai la preuve de l'assassinat du
député.
C'est pas un accident.
C'est Yago lui-même qui me l'a dit.
Alors j'allais le dire au juge.
Et puis en y allant... On m'a frappé sur la tête.
De la camionnette avec une matraque.
Sûrement pour m'empêcher de parler.
On a voulu me tuer.
Je ne sais pas qui t'a dit de raconter tout ça.
Ni pourquoi.
Je ne veux pas le savoir.
On peut oublier tout ça.
Disons que tu t'es laissé influencer.
Tu es presque de la famille.
Un cousin dans la gendarmerie et le beau-frère employé par le gouvernement.
Oublie donc tout ça.
Au général.
Il s'arrive.
Quand tu sortiras, viens me voir. Tu me diras ce dont tu as besoin.
Je passerai prendre de tes nouvelles.
Je suis célibataire. Je vis avec ma mère.
Profession ? J'ai un atelier de vernissage.
Vous connaissez bien Iago ? Très bien. Je fais souvent des transports. Lui, les
deux autres, je connais pas.
Le jour de l'assassinat... De l'accident.
Vers midi...
Je l'avais prévenu par téléphone.
Iago est venu me faire un transport.
Quels salauds ! Ils se font vernir les cercueils et moi j'ai pas de quoi payer
mes traites pour mon kamikaze.
Faudra revenir cet après-midi, ils sont pas prêts.
Je suis pris cet après-midi.
Alors ce soir ? Ce soir non plus.
Ce soir je crois que je ferai la plus grande bêtise de ma vie.
Ce soir j'irai jusqu'au meurtre.
Il est parti et le lendemain j'ai appris qu'il avait tué le député. Et Iago t'a
raconté tout ça comme ça ? Depuis quand êtes-vous au parti ? Au parti ? Quel
parti ? Mais je n'ai jamais parti à aucun parti.
Je n'aime que le football.
Mais qu'est-ce que vous avez tous, alors ? Le général veut que je sois
épileptique. Quel général ? Le général de gendarmerie. Il dit que c'est une
maladie nerveuse.
Il est venu vous voir ? Il était là, juste avant vous.
Il me parle comme un malade. Mais je ne suis pas épileptique. Et je n'ai jamais
appartu à aucun parti.
Continuez à propos de Diago.
C'est tout.
Diago est reparti en disant bon employé.
C'est bien lui le plus heureux.
Dis-donc, alors tu viens les chercher quand, ces cercueils ?
J'ai bien essayé de l'empêcher de faire des bêtises, mais... Tu savais, Iago n
'écoute personne. Qui t'a conseillé de téléphoner à M. le juge d'instruction ?
Mais personne ! J'ai vu la photo d'Iago dans tous les journaux.
Vous voyez où ? La première page de tous les journaux. Comme un ministre.
Et tu t'es dit, pourquoi pas moi ? Et tu as inventé toute cette histoire ? Non,
non, il ne l'a pas inventée.
Quelqu'un t'a conseillé. Mais non ! Même ma mère était contre.
Elle m'a dit de rester tranquille.
C'est lui qui a mangé.
Il a tué un homme.
Quel homme ? Un député qui est venu parler.
Un député du gouvernement ? Non, de l'opposition.
Il a bien fait.
Qu'est-ce que ça peut te faire, à toi ? Il a sa photo dans le journal.
Allez, viens manger.
Laisse-les s'entretuer.
Je n'ai pas faim.
Un peu plus tard, elle est revenue avec ma soeur. Dis-donc-toi.
C'est ce que j'apprends.
Tu veux te distinguer ?
Je veux simplement faire mon devoir de citoyen. Toi, va voir dehors si j'y
suis. Disons, ton devoir de citoyen, c'est d'abord de t'occuper de ta
famille. Ma famille, je m'en suis toujours occupé. Puis t'as été assez
grande pour trouver un imbécile qui te paye des robes. D'abord, je te permets
pas de traiter mon mari d'imbécile. Et ensuite, ce sont mes affaires. Tu
permets, maman ? Qu'est-ce que tu crois qu'on va te donner, toi, la médaille ?
Je suis quand même venu vous le dire.
Enfin, je serais venu si on m'avait pas frappé sur la tête.
Vous êtes sûr que vous n'êtes pas tombé ? Bah, alors, je suis plus vernissant,
mais acrobate.
Parce que, pour tomber sur la tête... Je reviendrai demain vous faire signer
votre déposition.
Si vous la maintenez toujours.
Bien sûr que je la maintiens, je vais quand même pas en fond.
Ainsi vous l'avez, votre premier témoin à charge.
Ah, ils n'ont pas perdu de temps, eux.
Aujourd'hui un témoin, demain vous en aurez dix, après demain quinze.
Ils auront entendu Gago dire ceci, ils l'auront vu faire cela, n'importe quoi.
Des faits bas, sans aucune valeur juridique, mais ce qu'il faut pour semer
le trouble, déchauffer les esprits. Ils l'ont envoyé et ils ont ajouté l
'histoire du matraquage. Ainsi le simple témoin devient un martyr.
Pas frappé trop fort pour qu'il puisse parler, mais assez pour l'envoyer à l
'hôpital. Vous admettez que j'ai été matraqué ? Vous voyez bien que je suis
pas tombé sur la tête. Sais-tu combien ça peut te coûter un faux témoignage ?
Mais c'est pas un faux témoignage ! Je pensais vous aider en venant. Moi, si j
'avais su, je serais pas venu.
Je t'avais prévenu.
Pourquoi te mêler à ça ? T'étais pas tranquille à la maison ? Tiens,
mange.
Et si tu disais que t'as glissé sur une peau d'orange et qu'après, tu savais
plus ce que tu disais ? J'ai pas glissé.
Pourquoi tu veux toujours avoir raison ? Écoute-moi, une fois, une seule.
Allez, la première et la dernière.
Tu dis ça chaque fois ? Non, non, c'est la dernière. Tu m'écoutes ? Tu dis que t
'as glissé et on est tranquille. Ton beau-frère aura pas d'histoire et toi,
tu risques pas la prison.
Moi ? J'en enverrai d'autres en prison.
Je risque rien, je les tiens.
Et Yago avec sa photo dans le journal.
Et donc, c'est la police ou ta fille qui t'a envoyé ? Oui, c'est moi.
Qu'est-ce que tu veux ?
Fiche en l'air, mon ménage ! Maman, laisse-nous seules. Vous n'allez pas.
Laisse-nous, je te dis.
Vous vous disputez. Stop, je te dis ! Tu me détestes parce que j'ai mieux réussi
que toi dans la vie, hein ? Je vais toujours mépriser toi et ton mari pour
me traiter comme un gamin. Laisse mon mari tranquille, tu lui fais assez de
mal comme ça ! Tu m'as jamais aidée et maintenant tu veux gâcher ma vie ? Quand
papa est mort, j'ai cru que tu me remplacerais.
J'avais besoin de protection.
Mais rien.
Tu m'as négligée. Tu m'as jamais sortie.
Tu préférais le football et les voyous, comme Iago.
Et voilà où ça m'aide.
Maintenant, tu risques la prison pour faux témoignages.
Oui, on va passer pour complices. Et mon mari va perdre son travail.
Écoute, viens plus près.
Écoute-moi.
Tu apprendrais que quelqu'un va être tué ce soir.
Bon, tu le crois pas.
Et puis après, tu apprends qu'il a été tué.
Tu ne préviendrais pas la police ? Moi, je n'ai rien fait d'autre.
Je leur ai dit ce que je savais pour les aider.
Aider qui ? La police, les juges, pour trouver le coupable.
Tu as de les autres et tu le sais très bien.
Qu'est-ce que vous voulez, vous ? C'est votre mère qui m'envoie.
Je suis journaliste.
Je vais vous raconter ce qui est arrivé à mon frère.
Parce que vous écrivez n'importe quoi dans les journaux.
Vous étiez ? Non, mais c'est tout comme.
On ne l'a pas frappé.
Soit qu'il a glissé.
Soit il a eu un malaise et il est tombé, soit il a été frappé par les gens de l
'opposition pour provoquer des histoires.
Oui, c'est à peu près ce que dit la police.
Elle cherche à faire passer votre frère pour fou.
Vous en avez, vous ? Non, jamais pas. Pourquoi vous cherchez à le faire passer
pour fou ? Mais je n'ai jamais dit ça, moi.
Au contraire, il est têtu comme une mule.
On ne pourra jamais lui faire changer d'avis.
S'il change d'avis, l'affaire est réglée, c'est un accident.
Mais s'il est têtu, comme vous dites, il y a une relance de l'enquête. Mais si,
il était fou.
Et s'il avait eu des crises d'épilepsie quand il était petit.
Mais dis aussi à monsieur le journaliste que ton mari et toi vous appartenez à
une organisation d'extrême droite et que c'est comme ça que vous avez trouvé du
travail. Eh bien oui, j'appartiens.
Réveillez pas le policier.
Il va le réveiller.
Il dormait.
C'est pour les photos ? Oui.
Pour les journaux comme Iago ? Oui.
Tiens. Oh non, c'est pas beau. Mais si, il faut que les gens te voient.
Comme ça, ils sauront qu'on t'a frappé.
Et si on t'a frappé, c'est pour t'empêcher de dire des choses
importantes que tu connais, tu comprends ? Eh ben, ceux qui m'ont frappé, ils m
'ont commencé.
Mais non, ils n'oseront plus maintenant que tu vas être célèbre.
Il faut que les journaux parlent de toi, et ça, je m'en charge.
Mais il faut me dire ce que tu sais de l'affaire. Les gens qui sont venus ici,
ta soeur, ta mère, le juge... Général, tu peux pas me voir, celui-là.
Moi, je voyais le rendre service en venant. Ils me font la gueule.
Même que le procureur m'a demandé si j'étais coco.
Et tu l'es ? Ah non ! Faudra l'écrire, hein ! J'aime que le football.
Avec ça, j'ai ce qu'il me faut.
On va faire la une pendant une semaine.
Oh, pardon.
Mais je le connais !
Ainsi, vous souffrez d'une infection cardiaque. Non, je... C'est une vieille
fêlure.
Nom, prénom et profession.
Vous avez déjà été condamné ? Oui, quatre fois.
Oui, quatre.
Bord d'armes illégales, injures publiques, vol sans effraction.
Et viol.
Viol ? Pas vraiment. J'étais moniteur dans un camp de scout.
Qu'est-ce que vous faisiez à l'hôpital ? Elle avait été mise au secret par la
direction de la Sûreté.
Mon client souffre d'une infection cardiaque.
D'ailleurs, voici le certificat du médecin de la police.
Je connais, je connais.
Mais cela n'explique pas le plâtre, ni cette canne qui est plutôt un gourdin.
C'est à cause de cette ancienne fêlure ?
Je n'avais pas soigné quand c'est arrivé, j'ai défauché.
On me demandait des radios, des plâtres, 10 jours immobiles, et si j'arrête deux
jours, j'ai peur de faim.
C'était une fêlure de riche.
Oui, vous comprenez, le riche, il a un rhume, une semaine au lit, et nous, les
pauvres, une fêlure, il faut travailler, sinon c'est le cimetière.
Alors j'en ai profité pendant que j'étais à l'hôpital pour soigner ma
fêlure. Qu'est-ce que vous avez fait le soir de l'accident ?
On a bu de l'anisette jusqu'à 10h avec Yago chez le chinois. Vous voyez souvent
Yago ? Souvent.
On est amis et cousins.
Il avait bu aussi.
Beaucoup. Il boit beaucoup, Yago.
Même que le chinois lui a demandé de ne pas prendre le kamikaze pour rentrer.
Moi, je suis monté derrière et j'ai dormi.
J'ai été réveillé par le choc et les cris.
Je croyais qu'on était dans le fossé.
Mais non, ça roulait toujours.
Je regarde et je vois un type courir et bondir dans le kamikaze comme un tigre.
Souple et féroce comme un tigre.
Il m'attrape et blond.
Dors ! Je me suis retrouvé sur la chaussée. Comment il a se taire et vous
dit ? Comme un tigre ? Non, toute la phrase.
Souple et féroce comme un tigre.
Iago a employé exactement les mêmes termes.
Pourtant il confusait, il n'a pas pu le voir.
Simple coïncidence, monsieur le juge.
Ils ne se sont pas vus depuis l'accident.
Ils n'ont pu avoir de contact.
La police pourra vous le confirmer.
Oui.
Continuez.
Alors, je me suis retrouvé sur la chaussée, avec des voitures partout. J
'ai failli être écrasé.
Alors ? Je suis rentré chez moi.
Et puis, le lendemain, quand j'ai lu les journaux, j'ai été me présenter à la
police qui m'a mis à l'hôpital.
Oui, et là, il s'est perdu dans les couloirs.
En cherchant sa chambre, il a rencontré ce journaliste.
Tout cela coïncide parfaitement avec les autres témoignages.
Pourtant, une de vos phrases donne beaucoup à réfléchir.
En fait, elle commande toute la suite de mon enquête.
Je pense que vous êtes communiste.
Moi, oui, vous ! Et Yago aussi, si vous êtes amis.
C'est une phrase qui t'a échappé, sûrement, qui me fait penser que tu l
'es.
Vous comprenez, les riches ont un rhume, plouf, une semaine au lit, nous, les
pauvres, une fêlure, faut travailler, sinon c'est le cimetière.
Et tu n'as pas fini ta phrase parce que tu as compris que tu te trahissais. Mais
je déteste les communistes ! Je vous... Les paroles ne m'intéressent pas, je
vous déprime ! Il n'y a qu'un communiste pour dire ou penser ce genre de phrases.
Je fais partie d'une organisation qui combat les communistes, eux et leurs
amis. Et Iago ! Iago aussi ! Comment s'appelle-t-elle ? Croc, combattant
royaliste de l'Occident chrétien.
T'as déclenché une tempête.
Vago est emprisonné pour complicité.
Et s'il y a complicité, il y a préméditation.
Le juge t'a cru.
Il a cherché et... Il a découvert que Vago et Iago appartenaient à une
organisation secrète.
Une organisation secrète ? Oui.
Ils appartiennent au Croc.
Au Croc ? Tout le monde les connaît.
Même que la police les prend dans le service d'ordre quand il y a une visite
officielle. Mais... T'as rien à craindre, hein ? T'es connu, maintenant.
Ouais. Dans six mois ou un an, je serai oublié.
Personne ne peut plus te toucher.
Dis-moi, tu connais pas quelqu'un qui pourrait me les montrer, ces gens du
croc ? J'pairai.
Ça, c'est eux, c'est sûr.
Raison de plus pour les démasquer.
Alors, tu connais personne ? Si.
Mais tu me jures de pas dire que c'est moi qui t'ai indiqué le nom.
C'est Dumas.
On l'appelle le Russe parce qu'il est né à Odessa.
Il est avec le Grock, mais parce qu'ils le tiennent.
Ils le tiennent à cause d'une histoire de son frère.
Son rêve, c'est d'aller travailler en Allemagne.
Mais il n'a pas de passeport.
Alors, si tu peux lui arranger ça... Oh, Dumas ! Un passeport ?
C'est dans la poche.
Je t'appiendrai ça par mon journal.
Les photos ? Les voilà.
Voilà, chose promise, chose faite.
À toi maintenant.
Vous n'aimez pas ? Si.
Alors, ça question ? Ils se réunissent régulièrement, ceux du croc ?
Oui.
Où ça ? Chez un gros type, dans l'arrière-ville.
Et vous êtes nombreux ? Des fois, oui.
Qu'est-ce qui se passe dans ces réunions ? Le chef nous parle de la patrie.
La religion, la monarchie, qui sont les deux piliers de notre éternelle patrie,
de notre civilisation chrétienne occidentale.
Moi, j'écoute.
Si on n'écoute pas, on n'a pas de boulot.
Et puis quoi encore ? En Russie, l'ouvrier n'a pas le droit de faire la
grève, ni de croire en Dieu, ni d'avoir sa maison et son jardin.
L'individu est écrasé par une entreprise totalitaire.
Et vous êtes tous d'accord ? J'ai lu la même chose dans les journaux.
L'individu n'a rien, tout appartient à l'État.
Mais Iago assistait aux réunions.
Toujours.
Il parlait aussi des capitalistes.
Plus de capitalistes, plus d'ouvriers ! Plus de gauche, plus de droite ! Tous
unis, un seul peuple, c'est ça qu'il faut à notre pays. Oui, mais pour ça, il
faut tout balayer ! D'accord, mais il faut commencer par la vermine
intellectuelle. Libraire ! Assemblée d'ici ! Il nous parlait aussi de la
mascarade parlementaire.
Des mouvements de jeunesse patriotique. Ah oui ? Qu'est-ce qu'ils disaient ? Qu
'il faut regrouper les jeunes.
Leur donner un idéal commun.
À l'étranger, on leur dit, faites l'amour par la guerre.
Nous leur disons, faites la guerre. La guerre à la corruption.
La guerre au libéralisme et aux libertés données à corps et à travers.
Pour ça, disons que je suis d'accord, mais je m'en fous.
Et Yago dans tout ça ? Il est d'accord.
Lui, il pensait qu'une chose, c'est à payer les traites de son kamikaze.
Après son coup, il va pouvoir les payer largement.
C'est pour ça qu'il a tué le député.
T'as dit que tu voulais accuser personne, toi ? Non, non, monsieur,
combien je vous dois ? Pas question.
Tu peux quand même me les montrer, ces types, pour prendre quelques photos.
C'est ça que tu voulais, hein ? Les trois types sur le triporteur.
Le boucher, il est aussi dans le coup.
Le gros.
C'est le patron de la taverne où on se réunit.
Le coiffeur.
Celui-là. C'est le mécano.
Les deux autres en noir aussi.
Avec la veste kaki. Celui-là ? Oui.
C'est un ancien boxeur.
Il avait migré en Amérique et il est revenu. Là, dans le jardin.
Le chef.
Il était officier avec les Allemands pendant l'occupation.
Là-bas. Là. C'est le marchand de figues. Une grande gueule. On le file toujours
au premier rang quand il y a des coups durs.
Donnez-moi quelques figues.
Voilà, monsieur.
La photo, hein ? Là-bas, le type qui est assis, il vend son sang.
Plus le cahier est urgent, plus il le vend cher.
Un autre type, il y a deux ans, il a vendu son œil à un Américain.
Maintenant, il est plein de dollars et il vient plus aux réunions. Lui, il a
une mauvaise vue, alors il vend son sang.
Cela non plus ? Non.
Et celui-là ? Et celui-là ? Non.
Non.
Non plus ? On dirait... C'est lui.
Cet homme m'a frappé deux fois.
Devant l'hôtel et dans l'ambulance.
Écrivez-le ici et là, dans la marge.
Il faut la publier. Il faut la publier dans notre journal.
Vous signez la légende, qu'il n'y ait aucun doute.
Il faut la publier.
Oui, mais pas dans votre journal.
Dans un quotidien, un gros tirage de la capitale. D'abord, ce sera lu, puis
ensuite, c'est mieux payé. Il faut se prendre tout ce qu'on a pris.
La photo paraîtra demain avec mon papier.
Et faites venir ici le juge d'instruction, je lui donnerai toutes
les autres photos.
Écoutez, qu'est-ce que vous voulez ? Vous faire plaisir ou être efficace ?
Dans un journal local de l'opposition, ça passera une aperçue, on dira, c'est
de la politique. Alors que dans mon journal, ce sera de l'information et du
sensationnel.
Alors comme ça, vous me connaissez ? Je suis un travailleur, vous me déshonorez
! Un travailleur honnête. Et vous me montrez comme un gangster.
Cette manifestation, j'y suis pas allé. Je vous connais pas.
J'ai pas de politique, moi.
Les députés, ils sont tous cochons et compagnie. Laissez-le.
Sortez.
Je suis le juge d'instruction.
Expliquez-vous. Ma photo.
La première page d'un journal.
Monsieur Pierrot m'accuse de l'avoir frappé. Qu'il dit.
Il m'a reconnu le soir de la manifestation.
Mais je n'étais pas à la manifestation.
J'ai des témoins.
Tout ça, c'est de la politique.
Cochon et compagnie.
J'étais au marché, moi. J'avais des figues à préparer. Dans quel journal y a
-t-il votre photo ? Je ne sais pas comment qui s'appelle.
C'en est un qui est arrivé à 10 heures de la capitale.
Je ne suis pas lié en moi. Enfin, pas couramment.
Le vendeur de journaux qui est un copain me l'a montré.
Puis il me l'a lu.
Et au marché, on me regarde comme si j'étais un voyou.
Alors je suis venu m'expliquer avec monsieur, entre hommes.
Vous avez dit un journal de la capitale. Alors ? Tu me reconnais toujours ? Je
vous ai demandé de quel journal il s'agit ! Ben... Le journal de la
capitale qui arrive à 10h. Ils sont pas arrivés ce matin.
L'avion postal n'a pas pu décoller, il y avait du brouillard.
Qui t'a demandé de venir nous raconter tout ça ?
C'est moi qui l'ai frappé.
Mais c'est pas moi.
On m'a forcé.
La même personne qui est venue me prévenir, elle m'a forcé.
Quelle personne ? Comment s'appelle-t-il ? Non, je peux pas dire son nom.
Il est très haut placé.
C'est une personne importante.
Je peux pas dire son nom.
Il est venu me prévenir.
Ah, René ! Bonjour.
Il y aura ta photo dans un journal de la capitale.
Ma photo ? Oui.
Les journaux arrivent à 10h, vers 11h45, mais pas avant, surtout pas avant.
Tu fonces à l'hôpital chez Pirou.
Tu fais du scandale.
Tu protestes de ton innocence.
Tu cries.
Tu aveugles le quartier.
Nous, on s'en est occupés. Il y aura des journalistes.
Allez, répète ce que tu dois faire.
Bon, alors je fonce à l'hôpital chez... Écartez-vous de... Chez le député Pirou.
Mais quelle est cette personne ? Dites-nous quelle est cette personne.
Mais quelle est son nom ? Non, non, je peux pas le dire.
Il est très haut placé. C'est bon, c'est bon, messieurs.
Suivez-moi, s'il vous plaît.
Je suis innocent.
Je suis simplement venu témoigner.
Tout ça, c'est des communes politiques de l'opposition.
Alors, cette personne haut placée... Non, non, je te demande pas son nom.
Il t'a aidé ? Oui, pour mon travail. Et surtout pour mes oiseaux.
Faut dire qu'il réveille les voisins le matin parce qu'ils chantent. Alors, il y
a eu des plaintes, on voulait me chasser de la maison.
Pourtant, c'est joli, les oiseaux.
Faudrait que vous veniez les voir, monsieur le juge.
Et puis, il m'a aidé pour mon travail aussi.
La concession sur le marché, la patente, enfin, tout ça.
Et le jour de l'accident, il est venu te chercher ? Oui, Jimmy, le boxeur. Il est
venu me dire, viens, le directeur est en bas.
Il était dans sa bagnole.
Allez, monte ! Tu sais que c'est pour
ce soir ? Ah, mais c'est pas possible.
J'attendais un chargement de figues.
C'est fragile, les figues.
Faut y sortir des paniers.
Ecoute, Barone, pour les vendre, tes figues, il te faut un étalage. Mais je l
'ai, l'étalage. Il te faut aussi une autorisation.
Je l'ai, l'autorisation.
Mais évidemment, tu as l'autorisation. Mais pour combien de temps encore ? Pour
six mois. Bougre d'imbécile qui te les renouvelle, tes autorisations.
C'est lui qui donne les autorisations ? Eh oui.
Et puis après, il nous a déposé près du piquet d'Ili.
Barone, ce soir, je veux du bon travail. Je te fais confiance.
Si ça marche, t'auras une autorisation définitive. Et peut-être une nouvelle
maison. Faut que tu restes tranquille avec tes petits oiseaux.
Allez, va.
J'ai dit comme ça, oui, mon colonel. On fera pour le mieux.
C'est le colonel de la gendarmerie, n'est-ce pas ? Oui.
Bien.
Asseyez-vous, on va reprendre ça calmement depuis le début.
Vous pouvez venir, monsieur le substitut ? Vous vous rendez compte que la
prolongation de l'enquête sur cette affaire...
donnent à l'opposition prétexte à une agitation de caractère subversif.
Et on murmure que vous êtes de leur côté. Il n'y a pas prolongation d
'enquête, il y a une affaire nouvelle sous un jour totalement nouveau.
Il y a des points troublants, j'en conviens, mais l'affaire est claire dans
son ensemble, ça n'a pas bougé.
Si, monsieur, au contraire. Nous partons d'un accident de la circulation de
zivrognes. Merci de la glace, ma chérie.
On arrête les zivrognes, leurs témoignages concordent dans les moindres
détails. Et ils sont confirmés par celui du Chinois. Bien.
Le lendemain ?
Le résultat de l'autopsie conclut à la mort par suite d'un coup de matraque.
Une contre-autopsie prouverait le contraire. Et l'expertise de la contre
-autopsie apporterait un résultat qui annulerait les précédents, etc.
Oui, oui. Mais je n'avais pas eu le temps d'explorer cette nouvelle
hypothèse. Un témoin spontané révèle qu'il ne s'agit pas d'un accident, mais
d'un attentat prémédité.
Il vous a rapporté une vague discussion.
Ce témoin ne peut pas revenir jusqu'à mon bureau. Il est assommé en route.
D'ailleurs, il est encore à l'hôpital.
Qu'est-ce que vous suggérez ? Je ne suggère rien, monsieur le procureur. J
'énumère des faits.
Là-dessus, ce journaliste entre en action.
Ses mobiles sont tout ce qu'on voudra, sauf politique. Ça a son importance.
Et je découvre que Iago et Vago appartiennent à une organisation, Croc,
combattant royaliste de l'Occident chrétien. Oui, je connais, je connais.
Vous connaissez.
À laquelle appartiennent aussi l'agresseur du deuxième député ainsi que
la plupart des participants à la manifestation.
Il semble que la police les connaisse et les utilise comme auxiliaires dans des
occasions comme les visites officielles.
Ça, ça reste à prouver.
Comme reste à prouver que le chef de la police a conduit dans sa voiture celui
-ci à la manifestation.
Ça me paraît énorme. Le chef de la police ne se compromettra jamais avec ce
genre d'individu, en tout cas pas si ouvertement.
Vous ne ferez croire ça à personne.
Ma conclusion est la suivante.
L'affaire serait simple si on l'a stoppée au niveau de l'accident de
circulation produit par deux ivrognes.
Seulement, ce n'est plus possible.
Par contre, si nous admettons l'existence d'une préméditation
organisée par un groupe, ce groupe étant aidé ou simplement toléré par la police,
tout redevient clair et tout se tient.
Ce que vous me dites est très grave.
Et je vais en informer immédiatement le ministre.
Mais mon sentiment est qu'il faut s'en tenir à la thèse de l'accident.
Prémédité, si vous voulez, par deux fanatiques.
ivrogne de surcroît.
Ah, c'est vrai, vous ne fumez pas.
Croyez-moi, il faut arriver à une conclusion rapide.
La ville, le pays, je dirais même le monde, sont tournés vers vous et
attendent. L'honneur de notre pays est en jeu.
Et cessez d'interroger ces minables.
Vous êtes jeunes, plein d'avenir, avec entre les mains une affaire qui peut
vous porter très haut ou briser votre carrière.
Croyez-en mon expérience.
Mon organisation est agréée par les autorités de l'État.
Ses membres sont des citoyens honnêtes, les éléments sains de la société, si
vous voulez.
Les anticorps, dans la lutte contre toute infection.
Notre but est la défense de notre civilisation chrétienne occidentale,
mais c'est une lutte morale, par les idées et par l'exemple donné. Je peux
vous affirmer qu'aucun des membres de mon organisation n'a assisté à la
manifestation de ce soir-là.
Que faites-vous le soir de la manifestation ? J'ai passé la soirée
avec le trésorier du syndicat des débardeurs.
Alibi confirmé.
Bien. Avec mon frère, on a passé la soirée à jouer aux cartes chez notre
dentiste. Alibi confirmé. Moi, je suis boulanger.
Je dors jusqu'à minuit dans l'arrière-boutique.
Son patron a confirmé l'alibi. J'ai passé ma soirée au bistrot du chinois.
Alibi confirmé. J'étais chez le chinois.
Alibi confirmé. Moi, je joue aux cartes toute la soirée.
Avec les frères, chez le dentiste.
Alibi confirmé.
Et ça, c'est pas vous ? Elles ont été prises pendant la manifestation.
Ouais, on dirait bien que c'est moi.
Inculpation pour faux témoignages.
Et pour ceux qui ont confirmé son alibi à inculpation pour faux témoignages,
entrave à l'action de la justice et injure à magistrat.
Emmenez-le.
Le témoin numéro 27 est mort cette nuit d'une crise cardiaque.
Il s'agit du propriétaire de la salle où se réunissaient les crocs. Lors de votre
première déposition, vous avez déclaré que Iago vous a frappé avec une matraque
du même type que celle de la police.
Oui. Est-ce que vous maintenez cette déclaration ? Oui, monsieur le juge.
Le procureur vous a téléphoné personnellement le matin des incidents
pour vous prévenir que des menaces de mort avaient été prononcées contre le
député. Or, vos supérieurs disent que ce message ne leur est pas parvenu.
En effet, j'ai oublié de les prévenir, monsieur le juge.
Mais vous savez que c'est très grave.
Ça peut vous coûter. C'est une faute de service. J'aurais répondu devant mes
supérieurs, mais pas devant vous, monsieur le juge.
Le matin des incidents, maître, vous avez été prévenu de menaces de mort qui
auraient été prononcées à l'encontre du député président de votre mouvement.
Oui. De qui teniez-vous ces informations ? De la femme d'un collègue.
Mais elle n'était pas autorisée à nous donner le nom.
Il faudra pourtant qu'elle le dise.
Je peux vous le dire. La personne est d'accord.
Il est même venu avec moi. Il attend dans le couloir. Allez le chercher.
Il s'appelle Coste.
Le matin de l'assassinat... Des incidents.
Dites des incidents.
Le matin des incidents, il est venu dans mon bureau me prévenir qu'il avait
surpris une conversation.
Mais il vous dira mieux que moi ce qu'il sait.
Je ne voudrais pas qu'on parle de moi dans les journaux.
Je ne veux pas être connu. Pourquoi ? Ce que vous avez à dire n'est pas vrai ?
Oh, si, si, mais je ne veux pas avoir d'ennuis.
Vous viendrez me voir si on vous ennuie.
Allez, je vous donne. Vous pouvez l'attendre dans le couloir, s'il vous
plaît ? Nom, prénom, profession.
C'est moi qui m'en occupe et je me tue au travail.
Et c'est mon associé et la banque qui touchent la moitié de mes gars.
Il y a quelqu'un qui t'appelle.
Encore ?
Lequel ? Celui-là.
Continuez. J'ai entendu Yago qui disait... Et s'il pleut ? Et alors ? Ah
ben alors ça dérape. Ah non, il ne pleuvera pas. Il pleuvera pas, il
pleuvera pas. S'il y a des dégâts, je ne l'ai pas payé encore.
On te les remboursera.
Vous payez toutes les traites ? Oui. Hé, dis-donc, Yago, le vernisseur a
téléphoné. Il faut que tu passes cet après-midi.
Il y a une livraison de cercueil à faire.
Mais c'est bon signe.
À ce soir.
Ensuite, il est venu vers moi.
Allez, viens, je te paye un coup.
Il sait en s'essayant que j'ai vu la matraque. Qu'est-ce que tu fais avec ça
? C'est pour ce soir. Il y a un transport à faire et ça arrangera pas
mal de choses.
Quel transport ? Un transport en enfer.
Il y a un député qui arrive de la capitale.
Il te faut prendre un sale coup.
Personne le sait.
Si ça s'apprenait, je saurais que c'est toi.
Un peu plus tard, le même homme est revenu.
En civil, le colonel y change beaucoup. Comment savez-vous que c'était lui
? J'avais fait une demande pour avoir un tréporteur. Depuis deux ans, tous les
cinq ou six mois, je vais le voir pour qu'il me la donne, cette autorisation.
J'ai toujours vu en l'uniforme.
Pourquoi aurait-il choisi Yago ? Parce que c'est le meilleur conducteur de la
ville. Faut le voir, avec son kamikaze, comment il conduit.
Cet individu a des antécédents politiques.
Il a fait de la résistance sous l'occupation dans les rangs communistes.
Ensuite, il a été déporté aux îles.
Alors, son témoignage ? Suspect, évidemment.
À votre place, je ne le retiendrai pas.
C'est clair maintenant qu'ils veulent éliminer tous les témoins gênants.
Ça a raté avec le premier, mais il s'attaque à moi avec des moyens plus
expéditifs. De quoi parlez-vous ? Une tentative d'assassinat, à l'instant.
Le complot continue.
Et ça va continuer tant qu'on n'aura pas inculpé les vrais coupables. Maître, j
'ai instruit cette affaire et je n'ai pas besoin de vos conseils. Non, parce
que vous savez que l'affaire a été conçue plus haut.
La police en est l'instrument.
Elle n'a ni la possibilité ni le courage.
de commettre un assassinat de cette importance sans y avoir été autorisée ou
du moins couverte. Alors les coupables, il faut les chercher dans le
gouvernement et plus haut encore dans le palais où le général inspecteur de la
gendarmerie était chef de la garde.
Et comme le palais ne fait rien sans ses protecteurs étrangers, il faut
chercher... Un mot de plus et je vous inculpe d'un jour au chef de l'État et à
la justice.
Vous n'êtes pas ici à un meeting.
Que s'est-il passé ? On a voulu m'assassiner.
Ils ont appris que j'avais des révélations importantes à vous faire. Et
en venant ici, une voiture a essayé de m'écraser.
Vous avez des témoins ? Voici les noms de trois mères de familles honnêtes et
croyantes qui ont accepté de témoigner. Et le nom du gardien du square, un
ancien combattant décoré.
Quelles sont ces révélations importantes ? La Volkswagen, c'est une voiture de la
police.
Celle qui a conduit la victime à l'hôpital ? Oui.
Et comme les policiers n'ont pas pu partir dans la voiture pour l'achever en
route, Le chauffeur a tout fait pour allonger le trajet.
Je le sais, j'y étais.
C'est curieux.
Moi, je sais que cette voiture appartient à l'un de vos amis.
C'était sûrement un ami des avocats. Il est allé aussitôt vers eux pour les
aider à transporter le blessé.
Mais pas du tout. Qui vous a raconté ces histoires ? Cette voiture a disparu.
Aucune trace de son passage à l'hôpital.
La page du registre où elle a dû être inscrite a été déchirée.
Cela ne vous semble pas insolite ? Oui.
Je pense que vous l'avez fait disparaître pour apporter de l'eau à
votre moulin.
C'est bien celle-ci ? Oui.
Trouvez-moi le propriétaire de cette voiture.
Vous voulez vous laver un peu ? Merci beaucoup, ça va très bien.
Asseyez-vous.
J'attends vos révélations.
Et je vous préviens qu'au bout, ça peut être l'inculpation pour faux témoignages
et entrave à l'action de la justice.
Je vous écoute.
Voilà. Cette voiture attendait là, cachée par les policiers.
Parlez-moi du moment où le triporteur a surgi.
Il s'est détaché ? Monsieur le directeur de la police !
Monsieur l'inspecteur de la gendarmerie ! Il voulait demander au général de
faire dégager la place pour éviter les bagarres.
Allez, venez !
Les voilà encore ! Qu
'est-ce que vous attendez ? J'ai vu arriver le triporteur.
Attention ! Le type à l'arrière était-il debout ? A-t-il pu le frapper ? Je ne
peux pas l'affirmer. Ça s'est passé trop vite.
Ensuite ? Il est tombé à genoux. C'était la confusion la plus totale.
À genoux ? Comment, sa tête n'a pas heurté la chaussée ? Absolument pas.
Il était à genoux, entouré par les manifestants qui arrivaient de partout.
Et la police, elle, restait passive.
Quel manifestant ? Qui était près de lui ? C'est impossible à dire.
Nous l'avons dégagé.
Et c'est alors qu'il s'est effondré.
Une Volkswagen est arrivée. Je ne sais pas d'où elle sortait.
Et c'est seulement à ce moment-là que les policiers sont intervenus.
Ils ont voulu monter dans la voiture.
Non !
Vite, démarre, à l'hôpital ! Mais qu'est-ce que tu fais ? Démarre !
Mais va plus vite ! Mais klaxonne, voyons !
Il marche pas, ton klaxonne ? Va à droite, c'est pas le chemin ! Ça va, ça
va, c'est pour éviter les embouteillages.
Il le faisait sûrement exprès, pour perdre du temps.
Et finalement, il est rentré dans une autre voiture.
Mais tu le fais exprès, ma part. La voiture est louée. Il faut faire un
constat.
Monsieur, nous avons un blessé. C'est une question de vie ou de mort. Prenez
le numéro.
Viens, viens. C
'est
sûr qu'il l'a fait exprès.
Et si les flics avaient été dans la voiture, c'est eux qui l'auraient achevé
en cours de route. Comment peut-on dire que je l'ai fait exprès ? Ce n'est pas
juste. J'ai fait de mon mieux.
Ils étaient tellement affolés, je leur en veux pas.
Et à l'hôpital, personne n'a fait attention à moi.
J'avais loué la voiture parce que j'avais rendez-vous avec une jeune fille
l'après-midi.
Je l'avais raccompagnée et je passais par là. La circulation était coupée.
J'ai dû passer un barrage sans m'en apercevoir.
La police non plus.
Et à l'hôpital, je suis parti pour aller laver les sièges. Il y avait du sang
partout et... Vous venez de déclarer, je suis chauffeur, mais c'est occasionnel.
Au dehors de voiture, vous avez dit que vous étiez militaire.
Je suis en train de faire mon service militaire.
Dans quelle arme ? Je fais mon service dans la gendarmerie.
Ah.
Donc, vous êtes chauffeur dans la police.
Et dans quel service ? Dans un service proche du général.
Combien proche ? Disons personnel.
Depuis quand ? Un an.
Vous êtes donc le chauffeur personnel du général depuis un an.
Et c'est tout à fait par hasard, bien sûr, que vous vous trouviez sur les
lieux de l'assassinat.
Pardon, monsieur.
Oui. J'écris assassinat, monsieur le juge ? Vous avez dit assassinat.
Le procureur vient de téléphoner.
Vous savez qui est là ? Le procureur général.
Voulez-vous nous laisser, je vous prie ? Bien, monsieur.
Le procureur général du pays, conseiller du gouvernement, est venu pour vous
parler. Secret et incognito total.
Allô, oui, monsieur le procureur ? Oui, oui, il est là.
Le temps de prendre mes dossiers et nous arrivons.
C'est d'Angot.
Asseyez-vous.
Ainsi, vous vous disposez à inculper le chef de la police et le général de la
gendarmerie. Cela me semble inévitable, monsieur. Les seuls événements
inévitables, mon cher, sont ceux qui dépendent de la volonté divine.
Le faisceau de preuves est accablant, monsieur le procureur-gérant. Preuves ?
Des racontards, des willies.
Derrière chacune de ces soi-disant preuves se cachent les intrigues de ces
gens qui se nomment des pacifistes et qui ont trouvé là le moyen de s'offrir
un héros. Cela est certain, monsieur le procureur-général.
Mais la complicité de la police avec les manifestants et les coupables est
maintenant établie.
Ces deux hommes, cerclés de rouge, sont des policiers en civil.
Ils ont participé à la manifestation, ils ont même avoué.
Il est également établi que le chef de la police a rencontré le jour même des
événements Iago, ainsi que d'autres manifestants.
Le général m'a déclaré lui-même qu'il ne connaissait pas l'homme qui a conduit la
victime à l'hôpital.
Or, j'ai découvert que cet homme est précisément le chauffeur personnel du
général.
Je passe sur la passivité de la police pendant la manifestation.
Viennent ensuite la manipulation des témoins et l'intimidation ouverte.
Vago est mis au secret à l'hôpital pour une maladie de cœur avec un certificat
du médecin de la police.
On le découvre en train de roder près de la chambre d'un témoin capital. Il
portait une canne gourdin.
Puis vient l'affaire de l'arme du crime, la matraque que Iago portait pendant la
manifestation et que plusieurs témoins ont vu.
Cette matraque disparaît au moment où Iago est pris par la police.
Confronté, le gardien a fini par avouer qu'il a dû refaire son rapport.
Il ne faut pas que tu mentionnes la matraque dans ton rapport.
Mais c'est déjà fait, monsieur.
Je suis l'inspecteur général de la gendarmerie.
Repos.
Tu n'as pas besoin de te justifier.
Tu as fait ton devoir.
Il y a combien de temps que tu es dans le service ? Six ans.
C'est simple, tu vas refaire ton rapport.
Ah, monsieur le procureur.
C'est à ce moment-là que vous êtes arrivé, monsieur le procureur.
Le gardien n'a pas pu mentir, bien au contraire.
Ses avis lui coûteront probablement très cher.
Ce sont des éléments d'inculpation, évidemment.
Mais pas suffisants pour qu'un jury condamne des officiers de police.
Le jury fera son devoir, il est important que je fasse le mien.
Et vous réussirez à discréditer la police.
Et ensuite la justice.
Puisqu'on lui reprochera de ne pas avoir condamné des policiers.
Comme si ça ne suffisait pas.
Que ce pays soit envahi par des voyous à cheveux longs.
par des athées, des drogués aux sections définies.
Maintenant, vous voulez mettre en cause les forces armées et la justice.
Les seuls encore intacts dans ce pays pourris par les partis et le
parlementarisme. Au moment même où on rêve de rénovation.
Un pays sans parti, sans gauche ni droite.
Un pays obéissant à Dieu et à son destin.
Vous voulez tout pourrir.
Écoutez-moi.
J'ai une proposition à vous faire.
Je comprends vos scrupules.
Ils sont à votre avantage.
Et ma proposition va dans votre sens et dans celui du gouvernement et du palais.
Il faut disjoindre cette affaire en trois parties.
Premièrement, il faut instruire le procès des deux criminels, que justice
soit faite.
Deuxièmement, les autorités de police.
Leur négligence est évidente, tout au moins probable.
Mais ce cas ne ressort pas de la compétence d'une cour d'assises.
C'est une affaire administrative interne que cet organisme réglera très bien lui
-même.
Troisièmement, entamer une procédure contre les organisateurs de la réunion.
Par la provocation des propos transmis par Auparleur, ils sont moralement
responsables du climat de violence qui s'est établi.
D'ailleurs, c'est une vieille règle de conduite.
Voyez à qui le crime profite.
Au ministère de la Justice, on m'a demandé si vous êtes gauchisant.
Je démentis formellement.
J'ai ici une liste de témoins qui vous aidera.
Il semble même qu'on n'a jamais voulu tuer le député, mais simplement le
bousculer, l'intimider.
Je pense vous avoir convaincu.
En tout cas sur le point concernant la sauvegarde de l'honneur des forces de l
'ordre.
Cela dit, vous êtes le seul maître à bord avec votre conscience.
Et après Dieu.
Je ne supporterai pas ce déshonneur.
Si vous m'inculpez, ce n'est que pour moi et le suicide.
Quand on est toujours sans, ce déshonneur est insupportable.
S'il le faut dans ce bureau même, on s'en rejaillira sur votre tête.
Nom, prénom, profession.
Je vais répondre.
Signez votre déposition.
Vous êtes officiellement inculpé pour homicide volontaire avec préméditation.
Votre mandat de dépôt est prêt.
La loi accorde 24 heures aux officiers supérieurs avant de les incarcérer.
Si vous voulez éviter les journalistes, vous pouvez sortir par là.
Vous êtes inculpé d'homicide volontaire avec préméditation.
C'est intolérable ! Je suis où ? Vous n'avez pas le droit
! C
'est la curie.
Nom, prénom, profession.
Vous êtes inculpé d'homicide volontaire avec préméditation.
C'est vous.
Vous devez bien comprendre que pour moi, il n'y a qu'une alternative.
Ou je suis l'avis de tout soupçon, ou je me suicide pour éviter le déshonneur.
Non, prénom, profession.
C'est l'usage, général.
Qu'avez-vous fait le jour de l'assassinat ? J'avais décidé d'aller au
ballet du Bolshoï. On parle par amour de la danse. Je n'ai pas ce genre de
perversion, Dieu merci.
Mais c'était une bonne occasion de repérer les sympathisants.
Le matin même de l'assassinat, vous avez été prévenu que des menaces de mort ont
été prononcées contre la victime.
Personne ne m'a parlé de ces menaces de mort.
Je persiste à croire que c'était une manœuvre, en but de justifier les
incidents ultérieurs.
Mes hommes n'ont pas pu arrêter le triporteur.
Mais un type a sauté sur la plateforme arrière, comme un tigre.
Souple et agile comme un tigre.
Je ne connais personne de cette organisation.
Mes services n'ont jamais eu de rapport avec ces combattants.
J'ai là une photo prise à l'occasion d'un banquet que vous leur avez offert.
C'était pour les remercier de leur participation au service d'ordre lors d
'une visite officielle.
Mais il est communiste ou quoi ? Pourquoi cherche-t-il à m'accorder ? Son
père était colonel de gendarmerie.
Cette photo est truquée.
De toute façon, ce n'est pas une preuve.
Vous êtes inculpé d'homicide volontaire avec préméditation et abus de pouvoir.
Vous vous croyez victime d'une erreur judiciaire comme Dreyfus ? Dreyfus était
coupable !
Ça y est, ils sont tous inculpés, même le général.
Bonjour, madame.
Voyez, le petit juge ne s'est pas dégonflé.
Voyez, Hélène, c'est comme s'il était vivant.
C'est une vraie révolution.
Le gouvernement va sauter.
Les extrémistes vont être balayés.
Les élections, ça va être un raz-de-marée.
Le substitut n'a pas pu assister au procès.
Il est mort d'une crise cardiaque selon le diagnostic du médecin légiste.
Sept autres personnes n'ont pu témoigner au procès, étant décédées dans l
'intervalle.
Un accident de voiture, une explosion de gaz, un suicide, une noyade, un accident
de travail, un deuxième accident de voiture, mort d'une crise cardiaque au
volant de son véhicule. Leur mort n'est réellement pas suspecte et n'a aucun
rapport avec l'affaire, a déclaré le nouveau chef de la police.
Après trois mois de procès...
Le tribunal a condamné Vago à 8 ans de prison, à purger dans une prison
agricole où chaque année compte pour deux.
Iago, 11 ans dans les mêmes conditions.
10 mois de prison pour tapage nocturne.
12 mois, même motif, avec possibilité de racheter leur peine.
Pour les 4 officiers, inculpations non retenues, sanctions administratives non
rendues publiques.
Devant l'indignation générale, le gouvernement a démissionné.
Après le procès, les forces de l'opposition se sont regroupées dans le
pays. Leur victoire aux élections était inévitable.
Quelques semaines avant les élections, les militaires prenaient le pouvoir et
démettaient le juge de ses fonctions.
Alors qu'il était transporté à la sûreté dans une voiture de police, le député
Georges Pirou meurt d'une embolie, déclarèrent les policiers.
Déporté aux îles, tombe du septième étage de la sûreté où il était
interrogé. A voulu s'évader, déclarèrent les policiers.
Trois ans de prison pour avoir détenu et diffusé des documents officiels.
Parallèlement, les militaires interdisaient les cheveux longs, Les
mini-jupes, Sophocle, Tolstoy, Euripide, briser les verres à la Russe, faire
grève, Aristophane, Ionesco, Sartre, Albi, Pinter,
la liberté de la presse, la sociologie, Beckett, Dostoevsky, la musique
moderne, la musique populaire, les mathématiques modernes et la lettre Z
qui veut dire « il est vivant » en grec ancien.
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