All language subtitles for Au Bon Beurre-2

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Original subtitles

Vous êtes devenu fou.

Soyons sérieux.

L'armistice est signé.

Les Allemands sont partout.

Vous seriez rattrapé dans deux jours.

Fusillé, peut-être.

On est bien ici.

On a des loisirs, on étudie en paix.

Moi, je potasse.

Aussitôt la paix signée, je me présente à l'école de guerre.

Si vous voudriez que je m'évade.

Écouillé ? Oui, mon capitaine.

Pas de bêtises, hein ? Non, non.

J'ai la colique, mon capitaine.

Où vas-tu, Léon ? Au chat.

C'est toi, Gunther ? Oui.

Sois bravo.

As-tu des cigarettes ? C'est froid, aujourd'hui.

Sois bravo, sois bravo. Il n'y a personne là.

Merci, merci.

Attends, je vais te donner des papiers pour la toilette.

Sois bravo.

Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi es-tu si fou ? Il n'y a rien.

Fais bravo et viens !

Je suis dehors.

Les blingues.

Je n'ai... pas de argent.

Français ? Oui.

Prisonnier évadé ?

Je savais.

Comment ? Comment

?

Comment

t'appelles-tu ? Léon.

Et vous ? Helmut.

Oberleutnant Helmut Krakenholz.

Et vous ?

Non. Je

suis un pilote.

Stuka.

Embrasse-moi, Français.

J'arrivais à Paris dans les premiers jours de février.

Et la joie de retrouver ma mère s'accompagnait, je ne sais pourquoi, de

l'impression que ce bonheur ne pouvait pas durer.

Tu dois voir ça, bien.

Bonsoir, madame.

Bonsoir, madame Allouin.

Voilà encore une belle soirée.

J'ai mon bras qui me fait mal, ça ne va pas durer. Oui, pauvre pessimiste.

Il paraît que Vigouroux n'aura pas de boulet au moins avant 15 jours.

Il n'y a plus rien à vendre et on demande une vendeuse.

Bonsoir, monsieur le bugle.

Vous savez que le maréchal a pris froid.

Bonsoir, Josette. Ça va, ta maman ? Oui, ça va, madame. Merci.

Je peux vous donner un quart de livre, pas plus.

Il n'y a pas que vous à servir, mademoiselle Emilienne.

Bon, alors ça sera 125 grammes.

Qu'est-ce que vous voulez ? Le Français, il s'est régalé pendant 20 ans.

Eh bien, c'est le moment de passer à la caisse.

Si il n'y avait pas eu Blum et toute sa clique.

Et 100 grammes de râpé, si c'est pas trop.

Ça, les Juifs ne nous ont pas fait du bien.

On voudrait que les choses soient comme avant.

Les oeufs à 23 sous et le beurre en veux-tu en voilà ? Ça vous fait 3,40,

mademoiselle Emilienne.

Et 6 qui font 10.

À demain, mademoiselle Emilienne.

À demain.

Et pour vous, monsieur le bugle ? Vous restent-il des oeufs, madame ? Oui, mais

seulement des coques. Ils sont un peu plus chers.

Et alors ?

Au revoir, monsieur le but.

Mesdames.

Qu'est-ce qu'il vous fallait, madame Allouin ? Un quart de beurre.

Il vous reste des tickets ? Il ne vous reste que 25 grammes,

madame Allouin.

Bon, ben, disons 50.

Parce que c'est vous, hein ? Vous... Vous ne pouvez vraiment pas plus ?

Mais vous savez bien que non, madame Allouin. J'y peux rien, moi.

On n'est que le 6 du mois, il vous reste plus rien sur votre carte.

Bon, ben la prochaine fois, je vous donnerai un demi-litre de lait en plus,

pour les enfants.

Merci. N'est pas désovage.

C'est tout ce qu'il vous fallait ? Oui.

Bon, ça fait un 40.

Voilà.

Merci. Au revoir.

Excusez-moi une seconde, Mme Lecuyer.

Jaline, sors un peu ton livre, tu veux ? Et va me baisser le rideau. Oui, maman.

Et pas dans 107 ans.

Elle l'irait dans un bateau qui coule.

Qu'est-ce qu'il vous fallait, Mme Lecuyer ? Servez d'abord la petite

Josette. Je ne suis pas pressée.

Bonjour,

madame. Je viens pour la place.

Quel âge tu as ? 17 ans.

Je suis la fille de Mme Bertha.

La couturière ? Elle ne se sert pas ici.

Non, madame, je ne crois pas.

Janine ! Et ce rideau, alors ? Ces gosses !

Tu sais faire une addition ? J'ai mon brevet.

Mais que ça n'est pas fauché.

Tu as une blouse ? Non, madame.

Mais puisque ta mère est couturière.

Dis-lui qu'elle t'en fasse une.

Une blouse, c'est jamais perdu.

Arrête un peu, toi, que les gens puissent sortir.

Et va nous mettre le couvercle, tu, ton père va plus tarder.

Bon, tu auras 200 francs par mois, nourris le midi.

La nourriture de nos jours, c'est important.

Tu me donneras tes tickets, bien sûr.

Bon, le matin, tu arrives à 7 heures.

Tu lèves le rideau et tu savonnes le parterre. On ouvre à 8.

C'est d'accord ? Oui, madame.

Le soir, on ferme à 7h30.

T'as déjà servi les clients ? Ah non, madame.

Bon, ben le tout, c'est d'être polie. Je t'en demande pas plus.

T'es pas fainéante, au moins. Oh non.

Bon, tu auras le dimanche et le lundi pour te reposer.

Bon, allez, file.

À demain, 7h.

Et tâche d'être à l'heure.

À demain, madame.

Je vous trouve l'air bien guigré, madame l'écuyer.

Vous auriez pas des nouvelles de votre Léo, par hasard ? Mieux que ça.

On l'a libéré ? Évadez.

Je ne vous ai rien dit.

Il me reste un peu de jambon de paillonne. Il est extra.

Ça vous intéresse ? Oh oui.

Combien de tranches ?

Cinq ou six, si vous pouvez.

Il n'est pas donné, évidemment.

Mais ce n'est pas un jour comme les autres.

J'ai aussi du camembert, fait à cœur.

Si ça peut vous rendre service.

Ma mère, dans son inconscience, avait laissé deviner le bonheur de m'avoir

retrouvé.

Malheureusement, elle avait bien mal choisi sa confidente.

Mettez à moi cette lumière, tu veux ? Oui ! Allez !

Danine, va finir de baisser le rideau.

Bonsoir, ma jolie.

Bonsoir.

Bien passé ? Il ne faut pas se plaindre, mais ça devient de plus en plus dur de

circuler bientôt.

Il faudra laisser passer pour changer d'arrondissement.

Dis, papa, tu en avais combien, des boches ? Je te répète une fois de plus

qu'il ne faut pas dire des boches.

Boche, ce n'est pas joli.

Bonsoir, papa.

Bonsoir, ma chérie.

Ça te ferait plaisir, toi, si on te traitait de boche ? Dis à maman que tu

ne diras plus jamais boche. Hein, mon trésor ? Oui, maman.

On peut dire ce qu'on veut, mais ces gens-là, ils sont corrects.

Faut pas leur enlever ça.

C'est des gens corrects.

Bon, ben, maintenant, j'irai plus rien, pas ? Eh ben, c'est très bien, mon riri.

Quand on dit rien, il arrive jamais rien.

Hein, maman ? Ça, c'est bien vrai.

Une assiette.

Je me demande comment ils font les gens qui n'ont que leurs cartes.

Ils font comme nous, ils se débrouillent.

Mange, Janine.

Plus personne veut de l'omelette ? Néni, plus d'omelette ? Non, merci maman, mais

bon...

Réry, encore un morceau ? Merci maman.

Papa ? Papa, je peux prendre mon livre ? C'est pas bon de lire en mangeant !

Où tu as été aujourd'hui ? Petit patrin de côté

de camp.

C'est un petit l'air de... je sais pas quoi.

Les paysans, ils ont pas une bonne mentalité.

Les paysans ! Tu sais combien ils voulaient me compter pour l'évêque que

je t'ai ramené ? Rien de ligne.

15 francs pièce.

Total à la sortie, j'étais content que je les prenne à 12,75.

12,75, y'a rien à dire.

C'est vrai ? Ah oui, c'est très correct.

Papa, j'ai un pont l'évêque à 12,75.

Tais-toi et mange.

Tu te tais pas tout de suite, je te colle en pension, moi.

Non mais c'est vrai, à la fin, quand je me crève le tempérament, je fais des 300

km par jour de bois, à 5 heures du matin.

Et M.

Chial, parce qu'il va pour l'évêque à 2h75.

Merde alors ! Il est fatigué, ce petit.

Il est énervé.

Il est fatigué, tout le monde est fatigué. Riri, riri, je peux crever,

moi. Et toi aussi, Charles, tu exagères.

On cause pas comme ça un enfant.

Tu travailles trop, voilà.

Qui c'est qui va aller au lit, hein ? C'est le riri à sa maman.

Calme-toi, mon lapin, calme-toi.

Si tu pleures plus, papa va te...

Va lui chercher un loukoum, la boîte est sous l'escalier.

Alors, si ça calmait, monsieur, que passent les stocks, on ne va pas s

'étonner qu'un jour on se casse la gueule. Mais pour une fois, Charles.

Il va lui donner un loukoum parce qu'il est malheureux. Hein, mon riri ? Tu n

'aurais pas dû lui faire boire du vin, Charles.

Bon, serre le rôti, Charles.

Ça va brûler.

Pauvre petit mignon.

L'omelette et le loukoum, ça ne les fera pas assez.

Jeannine, tu vas porter cette assiette à ton frère.

Jeannine, arrête de lire et va porter cette assiette à ton frère, je te dis.

Mais fais attention, Nini, tu vas tout me renverser sur mon parterre.

La maîtresse t'a rien donné pour papa ? Si, si, maman.

Eh bien, qu'est-ce que tu attends ? Tout de suite, j'ai plus que 10 lignes.

C'est la maîtresse Janine.

On s'est arrangé.

Elle lui donne des leçons particulières et moi je lui donne un quart de beurre

et six œufs tous les quinze jours.

Comme ça au moins on est sûr que la petite travaille bien.

Pourquoi elle me donne une carte de tabac ? Son mari ne fume pas, alors je

vais lui demander sa carte.

Combien tu l'as fait payer ? Rien.

Comment rien ? Elle te l'a donné comme ça ? Oui.

Tu lui diras qu'un quart de beurre et six œufs c'est trop.

Maintenant, ce sera une fois le quart de beurre et une fois les six oeufs. Le

beurre, ça te mange, des leçons particulières, ça te met pas en tartine.

Il est bon, c'est bon, il est bon.

L

'Ormandie,

ça commence à s'épuiser.

Il va falloir que je pousse jusqu'en Bretagne.

Ça veut dire du bois en plus pour le gazogène, les pneus à rechapper.

Les gens s'étonnent après que le produit augmente.

Allez, au lit.

Demain, réveil 5 heures.

Maintenant que je mette en route le gazo, moi, je suis pas parti au moins

avant 6 heures.

Allez, Nini, va te coucher.

N'oublie pas.

N'oublie pas de dire à ta maîtresse que papa la remercie bien pour la carte.

Oui, oui.

Mon papa est venu.

Tu sais bien que je n'aime pas laisser embarrassé.

Et puis j'ai les tickets à coller.

Tu feras ça demain.

Non, non, non, pas question.

Je te rejoins très vite.

Je te rejoins tout de suite. Bonne

nuit,

papa. Bonne nuit.

Et dis pas trop tard, hein, ma petite fenêtre.

T'as pas trop, ma Julie ? Mais non !

Monsieur

le général de la commandanture de l'Opéra, j'ai l'honneur de venir vous

dire qu'il se passe dans le 20e arrondissement des agissements qui

révoltent le cœur honnête du peuple français.

le prisonnier de guerre.

L'écuyer Léon, non

content de se sauver

de son

stalague,

L'écuyer Joséphine, 21 rue

Pandolfe, 20e arrondissement,

3e étage.

Recevez, monsieur le général de la commandanture de l'opéra, l'expression

de mes sentiments.

Une française qui ne signe pas pour des raisons que vous comprenez.

Tiens.

Sois prudent, hein. T'inquiète pas.

Je risque pas d'aller trop vite avec ça.

Allez, rentre vite, tu vas prendre froid, là.

Dépêche-toi de finir ça.

Et rentre le lait, les clients vont plus tarder.

Oui, madame.

Dépêchez-vous un peu, tous les deux, vous allez vous mettre en retard. Allez,

Riri, avale ça.

Arrête de lire, Janine.

Allez, ça suffit.

Oh, supporté. Allez, ton cartable.

Maman, chérie.

Maman.

Allons, un peu de muscle.

J'ai fait ça pendant 16 ans, moi. Je m'en porte pas plus mal.

Bonjour, messieurs.

Bien ? Pas tout à fait.

Oui, merci.

Merci.

Vous voulez voir mon house vice ? Non, non, c'est pas la peine. Si vous êtes

là, c'est que vous en avez un.

Bonne route alors, monsieur.

Merci.

Au revoir, monsieur.

Au revoir, Mme George. À demain.

Le midi, je vous ai dit de passer par derrière.

Ça s'est bien passé aujourd'hui ? Très bien, ma féerie.

Tu en fais une tête.

Tu n'aimes pas les rutabagas ? Si, si, madame.

Dis, maman, c'est quoi les rutabagas ? Des légumes.

Il n'était pas bon, ce pâté d'abats ? Je l'ai acheté exprès pour toi.

Pourquoi on n'en a pas du pâté d'abats, maman ? Tais-toi, Riri et lit !

Tu vas pas commencer à te plaindre, hein ? Je te donne la ration.

Tu auras de la viande une fois par semaine et du poisson le vendredi.

Janine ! Oui ? Dépêche-toi un peu de finir.

Faut qu'on mange, nous autres.

Janine !

Qu'est-ce qu'il y a ? Mets-nous la table, tu veux ? Mais Josette, à quel

faire ? J'ai des devoirs à finir, moi.

Tout de suite, madame.

C'est comme la vaisselle.

Tu seras gentil de nous la faire tout à l'heure.

C'est malheureux.

Et puis, l'œuf, vous le payez 50 centimes de plus que le ravitaillement

général.

Et le kilo de beurre, vous gagnez 20 francs de plus.

Net.

Et puis le beurre-là, c'est le temps que les Allemands portent pas chez eux.

C'est les Français qui mangent.

Ça compte.

Je t'ai fait chauffer de l'eau pour la vaisselle.

Merci Madame.

Bonsoir, madame.

Bonsoir, Josette. À demain.

Marie ! Oui ? Mets-nous la table, tu veux ? On attend Pierre-Pierre.

Bonsoir, Véry. Bonsoir, Janine.

Mademoiselle Janine.

Tu m'as l'air bien pressée, toi.

Tu as un amoureux qui t'attend ? Non, monsieur.

Allez, allez, ce serait normal à ton âge.

Et puis l'amour, ça repose du travail.

Bon, allez, file.

Il va falloir qu'on augmente nos tarifs, il n'y a pas de raison.

Ce qu'il y a de bien dans notre parti, c'est que personne ne peut se passer de

manger. Alors, comme je dis, il n'y a aucune raison de se gêner, Madame

Poissonard.

Moi, je colle mes tickets.

Le marché noir, finalement, c'est pas une mauvaise chose.

Je vais même plus loin.

C'est la seule façon de s'en tirer.

Et si tu veux que je te le dise, sans le marché noir, les commerçants, ils

seraient ruinés et les Français, ils crèveraient de faim.

Tu veux pas te coucher, là ? Juste le temps de finir et j'arrive tout de

suite.

Tu veux bien, hein ?

Elle n'a pas l'air très rigolote, ta Josette.

Tu en es contente ? Non, tiens, une couche, je te jure.

Tiens, cet après-midi, je lui ai demandé d'aller me chercher du camembert.

Qu'est-ce qu'elle me rapporte ? Le brie.

Je te demande un peu.

Si je te le dise, moi, je suis sûr qu'elle se touche.

Tu n'as pas remarqué, elle a les yeux au milieu de la figure.

Tu crois ? Bon, elle est comme toutes les filles de son âge.

Elle pense qu'au cul.

Chut, les enfants dorment peut-être pas.

Je ne peux pas sonar.

Il y a quelqu'un ? Il y a quelqu'un ?

Je suis sûre qu'il y a quelqu'un.

Répondez ! Il y a quelqu'un ? N

'ayez pas peur.

Qu'est-ce que vous faites là ?

Vous m'avez réveillé.

Excusez-moi.

Qu'est-ce que vous faites là ? J'ai froid, mademoiselle.

Évidemment.

Vous êtes tout nu.

Laissez-moi entrer, je vous expliquerai.

Je vous jure que je ne vous ferai pas de mal.

Je m'appelle Léon.

Et moi, Emilienne.

Je travaille chez M. et Mme Blancourt.

Troisième.

Quand même ! Qu'est-ce qu'il dirait mon Jojo si... si vous voyiez comme ça en

caleçon au milieu de ma chambre ?

Tenez. Venez, prenez une couverture.

Vous avez plus chaud.

Merci.

Bon.

Je vais me recoucher parce que demain matin, je descends à 6 heures.

Vous faites... Vous m'avez toujours pas dit ce que vous fabriquez sur le toit.

Je vous aurais bien fait de la tisane, mais j'ai plus d'alcool pour mon

réchaud.

Vous devriez essayer de dormir un peu.

Ça vous ferait du bien.

Peut-être que...

Je pourrais m'allonger sur votre lit ? Par-dessus, bien entendu.

Si vous permettez.

Viens.

Qu'est-ce qui t'a fait froid ? Pardon.

Je suis super vide à couverture maintenant.

Oh la la, que je descende !

Si on frappe, tu dis rien.

Remarque, on frappera pas, parce qu'il y a que Jojo qui pourrait venir.

Je sais, ça m'étonnerait.

T'aurais pas un livre à me prêter ? Si, regarde, sur l'étagère, là-bas.

Je dois avoir des signes et miroirs, des confidences.

Bon, dis donc, si j'ai un mot de mot, je te remontre à manger.

Parce que tu dois avoir faim, non ? Bon.

Bon, allez.

T'es calade ?

C'est bon ? Où est-ce qu'on est ici ? Sûre question.

Dans ma chambre, il y a... Non, mais je veux dire, la rue.

Comment tu sais pas ? Rue des Bâtes.

En 96.

Rue des Bâtes ? Mais alors j'ai tourné en rond sur les toits hier soir. J

'habite à deux pas.

Alors comme ça t'as dit quartier ? J'habite rue Pendolphe.

Chez ma mère.

C'est bizarre que je t'aie jamais vue.

Au fait, qu'est-ce que tu faisais cette nuit sur les toits ?

Écoute,

Emilienne. Peule-moi, Milou, c'est le patron qui dit Emilienne.

Écoute, Milou, je suis un prisonnier évadé.

Qu'est-ce que tu comptes faire ? Tu vas pas rester là jusqu'à perpète ? Non.

Je vais passer en zone libre.

Comme ça ? Tenue ?

Tiens, mets ça.

Jojo ne le met plus.

Jojo ? Je me rends compte qu'il ne te trouve pas ici.

Tu m'aimes ? Si je ne t'aimais pas, tu ne serais pas là.

Ben, viens avec moi.

Où ça ? En zone libre.

Là-bas, je t'épouserai.

Tu veux te marier avec moi ? Oui, Milou.

T'es pas un peu fou, non ? Je te connais pas, moi.

J'étais jamais autant vue qu'aujourd'hui.

Viens, t'y connais tout.

T'as pas de soucis non plus, évidemment.

Il est drôlement costaud, hein, Jojo.

Ma mère t'a remboursé, hein ? Oui, bien sûr.

Elle a mis l'écuyer.

L'écuyer.

T'oublieras pas, hein ? Non, non. Comme ça, je lui donnerai de tes nouvelles.

Va s'inquiéter la pauvre.

Tu m'aimes pas, hein ?

Sans cesse dérangé.

Tournez-vous, mes chéris.

Je vous en prie, monsieur.

Fermez les yeux.

Merci, madame.

Je vous en prie.

Je te cherchais.

Mais je ne vous connais pas, monsieur.

Et moi non plus, je ne te connais pas. Ça n'empêche pas de causer, non ? Je

peux peut-être te rendre service.

Je suis de l'autre côté.

De l'autre côté ? Eh bien, pas moi, monsieur.

Je suis du côté des gens normaux, moi. Mais non, je ne suis pas pédé.

Je suis de l'autre côté. Enfin, tu comprends pas ? Faut te faire un dessin.

Je m'appelle Le Mercier.

Jules Le Mercier.

Docteur Androi.

Toi, t'es un prisonnier évadé.

Ça se voit comme le nez au milieu de la figure.

Et bien sûr, t'as pas de papier.

Où tu vas ? À Lyon.

Comment tu vas faire pour passer la ligne ? Bon, allez, je te prends en

charge. Suis-moi.

Merci, monsieur.

Jules !

Je

vois, monsieur, que vous lisez Mein Kampf, vos livres.

C'est intéressant.

Oh, monsieur, c'est la Bible du XXe siècle.

J'ai l'honneur, monsieur, d'appartenir à la Légion.

Et je peux vous dire que si le gouverneur avait pris la peine d'ouvrir

Mein Kampf, nous n'en saurions pas où nous en sommes.

Je viens de passer huit jours à Paris.

J'en reviens écoeuré.

Les gens n'ont rien compris. Maintenant, ce qui s'appelle rien.

On insulte le maréchal.

On regrette la Troisième République ? Ah oui, monsieur.

Et la jeunesse, monsieur ? C'est dur pour un homme comme moi.

Croix de guerre, 14-18, trois quittations.

Voir une bande de morveux se promener avec des vestons trop longs, des cheveux

dans le cou... Au chantier, tout ça ! Absolument.

Absolument. En 1934.

Vous entendez bien ? En 1934.

J'étais partisan d'une alliance avec l'Allemagne.

Au lieu de ça, qu'est-ce que nous avons eu ? Le Front Populaire.

Non, ça c'était en 36.

Un peu plus tôt.

Mais ce qu'il faut à ce pays, c'est redevenir français.

La France est un pays agricole, un pays rural, artisanal.

Les usines, ça ne sert qu'à faire des manifestants.

Vous êtes derrière le maréchal, bien entendu.

France de question.

Peut-on ne pas être d'ailleurs un maréchal ? Oh, il y en a, monsieur, il y

en a, et beaucoup plus que vous ne le pensez.

Mais bien sûr, un certain général de la Gaule ou de Gaulle qui serait passé à

Londres. C'est un ennemi de la France.

Un arriviste.

Les vrais Français restent en France.

Et les Allemands, monsieur ? Ils aiment la France, monsieur.

Ah.

Je le soupçonnais, mais depuis les huit jours que j'ai passé à Paris, j'en suis

sûr.

Leur correction force le respect.

Ah bon ? Un jeune Allemand de la Wehrmacht s'est levé dans le métro pour

donner sa place à une vieille dame.

Je l'ai vu de mes yeux vus.

Et Hitler ? Vous pensez que c'est aussi un grand ami de la France ? Oh, j'en

suis convaincu, monsieur.

Mais alors vous n'avez pas lu Menkoff ? Parce que dans Menkoff, Hitler et la

France, ils se la foutent au cul ! Bon, maintenant, vous m'écoutez bien ? Le

maréchal Pétain, je le connais mieux que vous. C'est mon homme ! Et vous savez ce

qu'il fait ?

Surtout, ne le répétez pas.

Il téléphone tous les jours à Londres, à Churchill.

Il est relié par fil direct.

Et il lui raconte tout ce que les boches ont fait dans la journée. Tout ! Taisez

-vous, c'est intolérable ! Bon, maintenant, le trait de plaisanterie, c

'est parti de la police secrète. Celle-là te le prouve.

Alors, vous montrez vos papiers, votre carte de la Légion, et tout sera dit.

Nous serons amis comme avant. Allez, allez, allez.

Mais il y a des gens dans ce compartiment dont la vie est plus

suspecte que la mienne.

Et à eux, on ne leur demande pas leurs papiers.

Vous faites sans doute allusion à mon jeune collègue.

Monsieur le commissaire aux renseignements généraux du département

de la police.

Il y a des résistants dans ce train.

Alors il les file.

Voilà, vous avez compris ?

Lyon, le 17 mai 1941.

Ma chère maman, il y a bien longtemps que tu attendais cette lettre, mais tu

savais par mes petites cartes que tout allait pour le mieux dans le meilleur

des mondes possibles.

Mon premier souci, bien sûr, a été de me faire démobiliser.

Je suis heureusement tombé sur des gens charmants et compréhensifs.

Si on faisait notre boulot convenablement, on devrait être maître

aux autorités d'occupation.

Allez, file.

Et qu'on ne te revoie plus.

Tu pourrais dire merci, au moins.

Merci.

Je me suis inscrit au cours de littérature médiévale.

C'est passionnant.

J

'allais

oublier de te dire que j'ai fini par dénicher un petit appartement.

Pas le luxe, mais assez confortable.

Tu te souviens peut-être de Le Mercier, je t'ai vaguement parlé de lui.

S'il n'avait pas payé mon premier terme, je serais encore à la rue.

En échange, je lui rends quelques menus service.

Salut. Salut.

Tiens.

T'as la tire-bouchon ?

Tu veux pas un café ? Non.

J'aime pas ton café.

Je t'ai dit que je voulais pas voir ça.

T'as compris ?

Tu pars en voyage ? Non, c'est toi.

Si t'es d'accord.

Fais attention.

Parce que... T'as pas peur ?

J'ai pris ton billet pour Valence.

Là-bas, t'auras les amis à la gare.

Ils t'attendront.

Le mot de passe, c'est vif pétain.

Monsieur, s'il vous plaît.

Vos papiers.

Votre valise.

C'est rudement lourd.

Qu'est-ce qu'il y a là-dedans ? Sois

prudent, petit.

On ne peut pas toujours fermer les yeux.

Dors encore un peu.

Et ton café ?

Non,

Léon, non.

Ton agrégation, Léon.

Non, non.

Voilà, ma chère maman. Je crois que tu sais à peu près tout.

Avec le beau temps qui revient, le moral s'améliore nettement.

Je passe mon agrégation en juillet et je fais le maximum pour réussir.

Toute la tendresse et les baisers de ton Léon.

Pendant 40 ans, j'ai été royaliste.

Mais aujourd'hui, la France n'est plus digne d'un roi. C'est un pays fini.

Je désespère de la France. Et 150 grammes de brie de clôture. Tenez,

monsieur. Avez-vous déjà vu un juif ancien combattant ? Moi, jamais.

Mais c'est vrai, ça, quand on y pense.

Vous comprenez aussi les JQ de février ? Ils ne sont plus valables.

C'est pas la peine de garder tout ça, parce qu'à part, on s'y perd.

Et un quart de bleu.

Horizon.

Garantie de repoussant de la terrasse. La République, monsieur, est la canaille

au pouvoir.

Qui parle de canailles ici ? Ah, c'est ce monsieur.

Dans un mois, la guerre sera finie et les boches sont à Berlin.

Et je connais des canailles, moi, qui ne feront pas de vieux os.

C'est pour moi que vous dites ça, madame ? Je le dis pour qui veut l'entendre.

Alors, alors, alors, on est entre Français, tout de même.

Entre Français ? J'aime mieux entendre ça que d'être sourde. En tout cas, je

suis meilleur Français que vous, madame.

Je préfère en rire.

Et qu'est-ce que vous avez fait de votre B.J. de novembre ? Et votre D.K. de

février ? Madame Allouin, vous avez perdu une demi-livre de date et 75

grammes de chocolat.

Mais... vous me les avez pris le mois dernier.

Moi ? Oui, rappelez-vous.

Soit disant qu'ils étaient plus valables. Ça alors ! Dites tout de suite

que je suis une voleuse ! Je dis pas ça, madame Poissonard, tout le monde peut se

tromper. Non, parce que si vous êtes pas contente, vous pouvez aller vous faire

inscrire ailleurs.

On n'oblige personne ici.

Moi, une voleuse.

Il me reste encore un peu de springanine, madame l'écuyer.

Ça vaut largement le rapet, croyez-moi.

D'ailleurs, c'est ce qu'on mange.

Gardez-les, vos ersatz.

Donnez-moi du porcelu.

J'y ai droit.

Ne prenez pas la mouche, madame l'écuyer.

Personne ne dit le contraire.

Josette, va me chercher un porte-allu.

Il y en a sûrement un dans ta main.

l'aval font des traîtres. Nous les fusillerons.

Et vous y passerez le premier.

Alors là, madame, vous me passez les bandes permises.

Vous avez beau être un agent d'Angleterre, une folle, une

irresponsable, alors là je dis non, non, non, non.

Halte là.

Allez-y, dénoncez-moi.

On a bien dénoncé mon fils.

Pour vous calmer, madame l'écuyer, vous vous faites trop de mauvais sang.

Mais il y a du vrai dans ce que vous dites. Mais monsieur le but, il n'a pas

tort non plus.

Un litre de lait, un quart de portailouille avec pain.

C'est tout, merci.

Tu peux bien parler de toi.

Ne me tourmentez pas pour elle, allez.

J'aimerais bien avoir son âge.

Bon, je m'en vais, madame.

Bonsoir, Josette.

Bonsoir, madame.

Qu'est-ce que t'as dans ta poche qui fait gros comme ça ?

C'est mon mouchoir.

Mon œil, oui.

Je l'ai vu tout à l'heure, elle a volé du port-salut.

C'est pas vrai, madame, je vous jure.

Du port-salut ? Fais-moi voir.

Là.

Voleuse !

Une voleuse, voilà ce que tu es.

Si c'est pas malheureux, ça.

Soyez gentil avec le monde et voilà qu'on vous récompense.

Tu n'as pas honte ? Charles ! Charles !

Regarde ce que je viens de trouver dans sa poche.

Mon Dieu.

Tu peux te saluer.

Bon, allez, appelle la police.

Non, elle n'a pas...

Je ferai plus, je vous promets.

Voleuse ! Salope ! Ça va prendre avant confiance en quelqu'un.

Tu mets les trucs, je te fous, tu me trompes.

Tu sais ce que tu as fait ? Tu as volé la ration d'un J2.

Un J2, à cause de toi, il aurait payé de fromage pendant un mois.

Mais tu te rends compte maintenant ? Oui, madame, oui.

À la porte, écoutez-moi ça, à la porte.

J'ai jamais vu une chose pareille, moi, jamais.

Tu te rends compte de voler la ration d'un enfant ? D'un enfant ! Bon, allez,

prends ta veste.

Je t'emmène au commissariat. Non, madame, pas au commissariat.

Allez, hop.

Non, mais pas cette fois-ci, je passe l'éponge.

Mais qu'est-ce qui me dit que tu n'as pas volé de l'argent aussi, hein ? Non,

madame, je n'ai jamais rien volé, je vous le jure. C'est la première fois.

Vous n'avez qu'à prendre la moitié de mon mois.

Et comment je vais la prendre la moitié de ton mois ? Estime-toi heureuse que je

te foute pas en prison, moi ! Ce n'est pas pour moi.

C'était pour ma mère.

Tu parles pour sa mère. Elle a bon dos, ta mère, oui ! Tiens, regarde-moi ça.

Et les peines de miettes de pain.

Bon, je peux en revendre, hein.

Bien entendu, on prendra 125 grammes de tickets sur ta carte.

Oui, madame.

C'est à peu près le poids de ce que tu as volé.

Merci, madame.

M'en fais-tu pas les dégages ? Moi, je ne veux plus vous voir, c'est moi !

Qu'est-ce qu'il lui arrive à celle-là ? Au moins, tu sauras ce qui arrive quand

on vole.

Il est foutu, hein ? Non !

Allez, on mange ! Lily, attends ! Bon, arrête de pleurer,

toi.

Jeannine, arrête de pleurer, je te dis, c'est fini.

Cette salope va couper l'appétit.

Ça suffit.

Riri, mon lapin ! Je commence à m'emmerder, Riri.

Je suis pas bien né.

Je ne me sens pas bien, Julie.

Je ne me sens pas bien.

J'ai mal.

J'ai mal.

Charles, Charles, qu'est-ce que tu as ? Papa, qu'est-ce que tu as ? Je ne sais

pas.

Maman, qu'est-ce qu'il a, papa ? Je ne sais pas, je vais vomir.

Viens, viens.

Je ne suis pas bien.

C'est cette histoire de Joseph qui l'a tout retourné. Va chercher le docteur,

toi.

Bonsoir, docteur. Bonjour.

Qu'est-ce qui se passe ? Pour qu'il se mette au lit, c'est sûrement très grave.

C'est pas grave.

Alors, mon vieux ?

Qu'est-ce qui ne va pas ? Oui.

Je vais te voir votre langue.

Ah oui, ce qu'on appelle une langue chargée.

Dénosée ? Oui, docteur.

Ne m'étonne pas.

Vous avez mal où ?

C'est grave, docteur ? Qu'est-ce que vous voulez que ce soit ? Il a le foie

gros comme un ballon de rugby.

À notre époque, c'était un camp.

Mais pourtant, on a une nourriture saine.

Oui.

Et abondante.

Bien.

Bien, bien, bien.

On fait un verre, c'est une façon de parler.

Je suis pas bien, lui.

Je suis pas bien.

20 tensions, bravo.

C'est beaucoup, ça.

Il y a encore 15 ans, mon vieux, on vous aurait signé.

C'est très grave.

Je vais voir ce qu'on peut faire.

Courage, Poissonner.

Vous voulez un café, docteur ? Non, merci.

Donnez-moi plutôt une petite goutte de porto.

Bon. Alors.

Pas de beurre.

Pas d'huile.

Pas de graisse.

Incroyable.

Bouillon de légumes.

Carottes.

Et Vichy.

Merci.

Le fameux.

À propos de Vichy, allez donc y faire une cure tous les deux.

Vous ne serez pas dépaysé.

C'est tout ? Pas de médicaments ? En général, je prescris des vitamines et

des huiles de poids de morue.

Mais lui, ça le tuerait.

C'est pas ce que vous souhaitez, Mme Poissonard.

Oh, docteur ! Sinon, vous n'avez pas besoin de moi pour y parvenir.

Quand vous aurez tous les deux le cœur bien enrobé de graisse, paf ! Le foie ?

Le cœur.

Vous me direz le résultat elle-même.

Combien je vous dois, docteur ? Non, pas d'espèce.

Donnez-moi plutôt une douzaine d'œufs.

Coq, si c'est possible.

Pas du tout.

Pas du Bayonne que je vois, là, derrière vous ? Si, si.

Vous en voulez un peu ? Dans le fond, pourquoi pas.

Comptez deux tranches par personne.

Nous sommes six.

J'ai peut-être du camembert aussi.

Mais alors, pas trop fait.

Celui-là, par exemple.

Charles, tu n'es pas raisonnable.

Tu es creux.

Ça, c'est bon signe.

Tu te sens mieux ? Tu aurais pu mettre un petit morceau

de lard quand même.

Qu'est-ce que tu me proposes après ?

Des carottes nature.

Il n'y a peut-être pas tort, le Toubib. On devrait aller faire un petit tour à

Vichy. Ça, c'est sûr que tu en auras besoin.

Tu sais, ça risque de coûter cher.

Tu sais combien on a mis de côté ce mois-ci ? Ah, tant pis.

Je dirais entre 7 et 8.

Plus ? Bah, bah.

10 ? 12 ? Bah, je te dis.

15 000.

18 982 francs et 20 centimes.

Tu es sûr ? Il est temps de faire mes comptes, là, moi.

Et cet argent-là, j'ai pas l'intention de le laisser dormir, crois-moi.

Fais pas de bêtises, au moins.

T'inquiète pas.

Ça te dirait de te retrouver avec un petit lingot d'or dans ta cave, Madame

Poissard ?

Moi, je pensais plutôt à du Suez.

Ah non, non, non, de l'or.

L'or, ça peut pas tomber.

C'est bien joli, ton Suez, mais imagine que les Allemands bombardent le canal de

Suez. Qui c'est qui traîne ? Ceux qui ont du Suez ? Non, non, non, je dis de l

'or.

Si tu es d'accord, on ferme le 30 du mois et on part à Vichy.

Le maréchal, il paraît qu'il reçoit tout le monde.

Pourquoi on n'irait pas lui faire une petite visite, nous ?

Ça pourrait nous aider pour le commerce.

Mais où tu vas trouver tout ça, toi ?

La précision des jeunes pilotes du Reich fait des ravages que rien ne peut

endiguer. Ni la défense antiaérienne, ni la classe britannique ne parviennent à

stopper l'inexorable suprématie des toucas qui ont désormais la maîtrise

absolue du ciel.

Seuls les objectifs militaires sont visés, les installations civiles et

sanitaires sont épargnées. Ainsi, on a décidé le maréchal Gurin dans un souci

humanitaire pupuleusement respecté.

Et tandis que la bataille d'Angleterre virage, les divisions blindées du

maréchal von Rundstedt progressent en territoire bolchevique. Les panzers,

malgré le froid et la neige, continuent leur avance. Il ne trouvera son terme

que dans la pacification totale du sol soviétique et le rétablissement de la

civilisation occidentale.

La population s'est aussitôt mise au travail avec une ardeur et une joie

retrouvées. Les moissons sont là pour témoigner de la vitalité des paysans

russes qui ont retrouvé fierté et dignité.

Rien désormais ne pourra entraver la grande œuvre pacificatrice engagée par

le chancelier du Grand Reich pour ressouder une Europe débarrassée de la

crise. Hommes et femmes mettent en commun leur amour de la terre et du

travail, alliés aux sentiments externes de leur patrie libérée. Ici comme

ailleurs, en Allemagne comme en France, on commence à percevoir la justesse et

la grandeur de la politique d'amitié allemande.

Le maréchal Pétain, fidèle à sa mission, n'a pas hésité à renouer avec notre

allié naturel des liens qu'une funeste politique a vainement tenté de rompre.

Il a compris le premier que la France devait saisir la main fraternelle tendue

par nos voisins... Ne laisse pas bébé, tu vas tomber ! Et vous l'aurez dû, je

suis d'accord ! ...à cette oeuvre historique que doit sceller à jamais l

'amitié franco-allemande.

Le premier, mais pas le seul, car le président Laval inlassablement poursuit

l'œuvre du maréchal pour la mener à son épanouissement.

Rien d'autre que l'amour de la France n'habite son cœur et ne dicte ses

paroles. Pierre Laval poursuit cette politique de lucidité qui commande l

'unification de l'Europe face à la menace bolchevique et au capitalisme

judéo-maçonnique.

La France et l'Allemagne retrouvées, le travail respecté, la morale retenue, la

matrie honorée, tout cela nous le devons aux soldats de Verdun, qui sait que nos

deux pays sont d'une même chair, l'Europe.

Madeleine ? Madeleine ?

Qu

'est-ce que tu veux ? Ça va.

Je suis enceinte.

Si j'ai la grecque, je fais un geste. Qu'est-ce que tu veux dire ? Un geste ?

Il y a des moments où il faut savoir prendre ses risques.

Tu comprends, passer une valise par-ci, par-là, ça va un moment. Mais c'est pas

avec ça qu'on va réveiller le pays.

D'accord, viens et parle plus bas.

Un geste, un beau, un vrai.

Quelque chose qui réveille l'opinion.

Qu'est-ce que t'as dans la tête, toi ? Tu vas voir.

J'ai dit seulement si j'ai la grecque.

C'est pas encore fait.

Non mais j'ai bûché dur.

Monsieur, vous désirez ? C'est pour un couteau ? Oui. Mais quel genre

exactement ? Celui-là.

Très bon acier.

Inoxydable. Le mange bien en main.

Tenez.

Soyez prudent quand même.

Surtout si elle est enfant.

Je vous fais un paquet ? Non, merci.

J'ai reçu ! J'ai reçu, Denis.

Qu'est-ce qu'il y a, ça va ? Si, si, ça va.

Ma chérie, depuis des mois, une idée m'obsède.

Exécuter le faux soyeur de ma patrie.

Tu vois qui je veux dire.

Aujourd'hui, je suis prêt.

Peut-être rentrerai-je demain ayant accompli mon acte de justicier.

Peut-être serais-je tué moi-même.

De toute façon, la postérité retiendra mon nom.

Si tu ne me revois plus, sache que mes dernières pensées auront été pour toi,

pour le petit être que tu portes et pour ma chère maman que tu ne connais pas.

Après la guerre, quand il ne sera plus honteux, mais au contraire honorable d

'avoir aimé la France, l'université te versera une pension.

J'ai mûrement réfléchi.

Rien ne m'arrêtera.

Adieu.

Monsieur le Président. Doucement.

Mais lâchez-moi.

Il faut absolument que je voie le Président.

C'est à quel sujet ? C'est personnel.

Vous êtes peut-être de ses relations ? Non, pas précisément.

Mais je pense avoir des renseignements qui seraient susceptibles de l

'intéresser. Des renseignements ? Quel genre de renseignements ? Confidentiels.

Ah.

Dans ce cas, je pense que vous devriez d'abord voir un de ses attachés.

Demandez-moi le grandier.

De la ravette ?

Le capitaine ? Non, son frère. Le capitaine est prisonnier.

Ça, je suis bien placé pour le savoir.

Nous étions dans le même camp.

Oui, ne quittez pas, je vous le passe.

Oui, mais respect, monsieur l'attaché.

J'ai là un ami du capitaine Legrandier qui demande à vous voir.

Un ami de captivité.

Oui, vous vous appelez ? L'Écuyer, lieutenant L'Écuyer.

Lieutenant L'Écuyer.

Bien, monsieur l'attaché.

Premier étage, bureau 129.

Alors, comment va mon frère ? Bien, très bien.

Du moins, je veux dire, quand je l'ai quitté.

Quel soldat ! Il a fait une guerre épatante.

Épatante ? Nous essayons par tous les moyens de le faire rentrer, mais c'est

très difficile.

Si j'ai bien compris, il vous a chargé d'un message.

Non, pas exactement.

En vérité, j'ai quitté le capitaine il y a presque deux ans.

J'avoue que je ne comprends plus.

Je me suis évadé.

Ah.

Mais c'est magnifique, ça, mon vieux.

Ça a été dur ? Non, à vrai dire, pas tellement.

Ah, ah, ah.

Assez de modestie, lieutenant.

Hein ? Et surtout, ne m'en dites pas plus.

Mes fonctions, vous comprenez.

Cigarette ? Non, merci.

Et qu'avez-vous fait depuis... Depuis que vous avez quitté le flag ?

J'ai passé l'agrégation.

Je vous en félicite.

L'état d'esprit en faculté, vous avez pu en juger ? Résistant.

Ça ne m'étonne pas.

Mais ici, vous croyez que nous aimons les boches ? Nous les roulons dans la

farine, lieutenant.

Voilà notre métier.

Pied à pied, nous défendons contre eux les dernières libertés de la France.

De vous à moi.

Ce sont de pauvres types.

Sincèrement, je n'aurais jamais pensé qu'il y eut des patriotes jusque dans le

cabinet de Laval.

Excusez-moi.

Oui, qu'on me laisse tranquille.

C'est le major von Papst. Eh bien, qu'il attende, je ne suis pas à sa botte.

Il se croit tout permis, c'est intenté.

En deux mots, lieutenant, que puis-je faire pour vous ? J'aimerais voir le

président Laval.

Cela ne me paraît pas impossible, encore qu'il soit très occupé.

Dites-moi de quoi il s'agit, je vous ménagerai les abords.

C'est très personnel.

Oui, bien sûr, mais entre nous.

Ne m'en demandez pas plus.

Cela pourrait vous compromettre.

Quand pensez-vous que je puisse voir le président ? Bon, soyez ici demain à

11h. J'aurai obtenu votre rendez-vous.

Merci.

Par là.

Au revoir.

Allô ? Donnez-moi le 603.

Dans court ? Un dénommé Lécuyer sort à l'instant de mon bureau. Arrêtez-le.

Soyez prudent, il est peut-être armé.

Major.

Comment va mon ami le Major von Papst ? Bien.

Et toi ? Mauvais Français.

Je suis confus de t'avoir fait attendre une histoire de fou.

Regarde ce garçon, là. Tu sais ce qu'il a en tête ? Non.

Tu es Laval, tout simplement.

Et il vient me raconter ça, à moi.

Mais lâchez-moi ! Qu'est-ce qu'il vous prend ? T'es charassé pour te raser ?

Dis donc, ça pique ? Allez, confisquez-le. C'est une erreur, je vous

dis. J'ai rendez-vous demain avec le président Lamarck.

Allez ! J'ai rarement vu un crétin pareil.

Mais c'est le fils de l'écuyer.

Qu'est-ce qu'il a bien pu faire, Charles ? Je l'ai toujours dit, c'est un exalté.

Allez, viens, ma Julie.

Regarde ces quatre-là.

C'est pas eux qui vous rendraient francophiles.

Marché noir. Eh oui.

Messieurs, dames.

On vient apporter un cadeau pour le maréchal.

Eh, Pierrot ! Une délégation.

Par ici, messieurs, dames, s'il vous plaît.

Monsieur le maréchal de France, chef de l'État.

À vos rangs ! Fixe !

Bonjour, mes amis.

Repos.

Les scouts de France ont l'honneur et la joie d'offrir une canne à Monsieur le

Maréchal. Merci, mes enfants, merci.

Oh, c'est une très belle canne.

J'aime beaucoup les cannes.

J'aime beaucoup les boy scouts.

Merci, monsieur le maréchal.

C'est un grand honneur.

Aux électriciens, maintenant.

Approchez, mes amis.

Monsieur le maréchal, on vous a apporté un poste à galène avec vos initiales et

la francisque.

Que c'est beau, un poste à galène.

Merci, mes amis, merci.

J'aime beaucoup la musique et l'électricité.

Et vous, mes amis ? Nous vous apportez des

oeufs, M. Le Bréchel.

Merci, mon ami. J'aime beaucoup les oeufs à la coque.

Ils sont tout frais du jour.

Tout frais ? C'est merveilleux.

Votre nom, mon ami ? Charles-Hubert Poissonard, crémier.

Et ça, c'est ma femme, c'est ma fille, Janine, et ça, c'est Henri, mon petit.

Bonjour, mes amis, bonjour.

Un chou à ta médaille, tu me l'apprêtes ? Laisse, mon petit, laisse.

Tu vas tenir tranquille, oui ? Excusez-le, monsieur le maréchal, c'est

un enfant.

J'aime beaucoup les enfants.

Allez, Riri, va demander pardon au monsieur.

Mais non, mais non.

Mais pourquoi vous voulez pas me la prêter, votre médaille ? Je vous la

rendrai ? Mais tais-toi, Henri. Tu auras une médaille quand tu auras fait la

guerre. Hein, monsieur le maréchal ? J'aime beaucoup la guerre.

Ces oeufs... Oh, mais ils sont gros. Ils ont été pondus par de

grosses poules.

Non, non, ils ont été pondus par des poules comme tout le monde.

On leur a dit que c'était pour le maréchal.

Brave petite poule de France.

Notez ça, Benjamin.

Allez, au revoir, mes amis.

C'est un beau métier d'être crémier.

Allez, au revoir.

Et vive la France.

Et vive le maréchal.

Sois raisonnable.

Pour qui tu travailles ? Hein ? Pour votre pays,

monsieur. Tu sais qu'on pourrait te passer à la Gestapo ? En fait, je vous

en prie, je ne parle pas l'allemand.

Petit communiste de merde ! Bon, ça suffit comme ça, hein ?

J

'ai voulu tuer le président Laval et je regrette d'avoir échoué. J'ai agi seul.

et de mon plein gré.

Tu t'en tiens à ça ? Je m'y tiens parce que c'est la vérité.

Tu persistes et signe.

Je persiste et signe.

On est bien d'accord.

Tu persistes.

Alors, signe.

Gaucher ou droitier ? Droitier.

Bonne chance, mon gars.

Et vous aussi, monsieur.

Vous en aurez besoin ? C'est ça.

Fais le malin.

Rembarquez-moi ce petit con.

Charles, écoute ça.

On cause de nous dans le journal.

Quoi ? Le miracle des poules.

Ce sont d'humbles gens du beau pays de France.

Le père a ce bon visage, ces bonnes mains du travailleur. La mère, elle, a

revêtu ses plus beaux atours.

Un chapeau comme une dame.

C'est une bonne et forte paysanne de notre beau pays.

Forte ? Ah, quand même, il exagère.

Il a un peu raison. Tu manges trop, Julie.

Une paysanne qui va à la messe et cuit le pain.

Et puis il y a les enfants.

On les a endimanchés.

Le petit garçon a mis son costume de marin. Il rêve d'être amiral comme notre

Darlan. Le maréchal paraît.

Le père se fige dans un garde-à-vous impeccable.

C'est un crémier.

Un crémier de chez nous.

Le maréchal, il n'y a pas de doute, c'est nous.

Le maréchal lui offre l'éblouissement de sa face.

C'est bien écrit.

Qu'est-ce qui a pondu ça ? René Benjamin.

Ce n'est pas un nom juif, ça ? Il n'est pas fier, le maréchal. On remarque que

les juifs, c'est des hommes comme les autres.

L'éblouissement de sa face.

L'homme pose un genou en terre, c'est moi ça.

Comme un chevalier devant son suzerain.

C'est une grande minute.

Je me suis agenouillé, moi.

C'est drôle, je me... Je me souviens pas.

Le maréchal est heureux.

Il relève l'homme, il lui demande son nom.

C'est un beau vieux nom du terroir de France.

Je m'appelle Poissonard.

Sa famille s'avance.

Le petit garçon n'y peut tenir.

Le maréchal le fascine.

Il se jette dans ses bras.

Le maréchal reçoit ce petit être qui se donne à lui.

Il l'embrasse, il l'a embrassé.

Quel souvenir inoubliable pour ce petit garçon de France.

Alors, monsieur le bugle ?

Il sait écrire en français, le jupin du maréchal.

Ah, monsieur Poissonard, mais s'il a pardonné aux juifs, le maréchal est un

saint. Sans lui, vous savez, Hitler finirait par se désintéresser de nous.

L'Allemagne est en quelque sorte la grande sœur de la France. La petite sœur

faisait des bêtises.

Alors la grande sœur est venue gentiment lui faire la morale.

Lui donner une ou deux taloches.

On vous écouterait comme ça pendant des heures, monsieur Lemieux. Qu'est-ce que

ce sera pour vous ?

Eh bien, je prendrai volontiers un peu de Bayonne.

Je vous coupe ça tout de suite.

Merci.

Il a augmenté.

Vraiment, il ne vous reste pas quelques tickets de matière grosse ? Non.

C'est que ce n'est pas le même prix que le ravitaillement.

On n'a pas le droit.

Et du saucisson, il vous en reste un peu ? Toujours pour les clients. Julie !

Donne un peu de rosette en plus pour M. Le Bugle.

Combien de tranches ? Je ne sais pas, moi, une douzaine.

Et du cantal ? Vous n'en aimeriez pas un petit morceau ? Provenance directe

réservée pour les amis.

C'est ça, mais mettez-moi aussi un peu de cantal.

Un petit peu de beurre ? Alors, juste un petit quart.

On ne le vend qu'à la demi-livre.

Eh bien, allons pour une demi-livre.

Je vais vous chercher ça.

Combien de rosettes vous avez dit déjà ? Disons, quatre ou cinq.

Vous allez vous ruiner, monsieur le bugle.

Attendu qu'il ait amplement prouvé que l'accusé, au moment des faits, portait

une arme sur lui, et que de son propre aveu, Il détenait ce couteau dans le

dessin d'attenté à la vie du président Laval.

Attendu que de ce fait la préméditation est évidente, sans circonstances

atténuantes, la cour le condamne à 20 ans de travaux forcés. Léon !

Dans un an, De Gaulle sera là, et je serai libre, comme

la France.

Garde ! Emmenez le condamné.

Messieurs de la cour, vous savez parfaitement que votre sentence est

inique en me condamnant à vous condamner le patriotisme.

Je ne ferai même pas appel.

L'histoire jugera.

C'est là.

Bon, eh ben... Je sais même pas où vous joindre.

Moi, je sais.

C'est ma plaine.

Parfait. Mais ma parole, on mouille le lait.

Bonjour, Léonie.

Vous n'êtes pas à l'avance une fois de plus.

Il ne faudrait pas que ça devienne une habitude.

J'ai été retardée.

Une panne de métro, sans doute.

Exactement. Je ne vous crois pas.

Croyez ce que vous voulez, je m'en bats l'œil.

Mais Charles, t'entends comme elle me parle ? Allez, Julie, on ne va pas

recommencer. Allons.

Simplement, Léonie reste un peu plus tard, c'est tout.

Et puis quoi encore ?

En tout cas, moi, ce que je vois, c'est qu'on mouille le lait.

Comme tout le monde, ma petite, comme tout le monde. Seulement, il faut

savoir. Mais c'est défendu, monsieur Poissonnard.

Si on ne devait faire que ce qui est permis, on serait vite à la rue, hein,

Julie ? Ça vous ennuierait pas trop de finir le parterre ? Les clients vont

arriver. Moi, laver parterre ? Je suis hors de ça.

De toute façon, j'ai jamais fait le même.

C'est de l'eau oxygénée que vous mettez dans votre lait, là ? Faut bien, ma

fille. Faut mieux le conserver.

Ça aussi, c'est défendu, M.

Poussinard.

Vous vous rendez compte si le contrôle économique apprenait des choses

pareilles ? M'apprenait quoi ? Que vous mouillez votre lait, puis que vous y

mettez de l'eau oxygénée.

T'inquiète pas, c'est tous des cons. Avec une livre de beurre et une douzaine

d'œufs, je les fais manger dans ma main, moi.

Pas toutes, monsieur Poissanard.

Pas tous.

En attendant, vous me levez le rideau. Il est bientôt 8 heures.

Allez hop.

Bien, monsieur.

J'y arrive pas, M.

Poissonnard. J'ai pas la force.

Bon, ben, je vais le faire moi-même.

Les bidons qui sont vides, tu seras gentille au moins de les rentrer dans la

tour. Allez.

Mais c'est trop lourd.

Mais allez au moins laver votre bol. C'est vous qui lavez sa lit.

C'est bien pour vous faire plaisir, Mme Poissonnard.

Parce que je suis pas votre bonne, moi.

On me paie pour servir les clients, pas les patrons.

Faut pas entrer là, mademoiselle Léonie.

Faut pas regarder, c'est défendu.

Dis donc, ils s'emmerdent pas, tes parents ? C'est défendu, je vous dis.

Sortez de là ou je le dis à mon père.

Papa ! Faut pas vous flamper, madame Lecunier.

Il reviendra bientôt, votre Léon. Il va tuer personne, après tout.

Papa ! Quoi ? Léonie.

Mais quoi, Léonie ?

Elle est là-bas, elle regarde.

Où là-bas ? Mais là-bas, tu sais bien.

Laisse, laisse, j'y vais.

Qu'est-ce que tu fais là ? Mais... je regarde.

J'admire.

Vous devez en avoir pour une petite fortune, là-dedans.

C'est pas tes oignons. Sors de là.

Sors ! Tonton ? Papa va se fâcher.

Va faire chauffer le café de ton frère, toi.

Dis donc.

Oui, papa.

Sors. Mais je sors.

Je sors.

Évidemment, tu n'as rien vu.

Ça reste entre nous.

Comme ce qu'il dirait en famille.

En famille, oui.

Allez, va t'occuper des clients.

Allez.

Occupez-vous de Mme Allouin.

Bien, madame.

Mme Allouin, qu'est-ce que ce sera ? Du lait, du beurre et du fromage. Oui, pas

si vite. Les tickets d'abord.

Oui.

Vous n'allez pas aller loin avec ça.

15 grammes de beurre, 150 grammes de chocolat.

Ne crève pas de faim, vous enfants.

Léonie, soyez polie avec les clientes.

Bien, madame.

Et voilà, du bon lait bien crémeux.

Regardez-moi ça comme ça mousse, comme c'est épais.

On dirait qu'il sort du pied de la vache.

Tiens, professeur, voilà de la compagnie.

Salut. Salut.

Politique ou droit commun ? Politique.

J'ai essayé de tuer Laval.

Je m'appelle Léon Lécuyer.

Et toi ? On a fouillé chez moi, on a trouvé des explosifs.

Je m'appelle Alphonse.

Tu as mangé ? Je suis pas faim.

Ça, c'est ce qu'on me dit toujours au début.

Tiens, prends ça.

Il me reste un peu de chocolat.

Tu es la vague.

Faut être con. Pourquoi ? L'action individuelle, politiquement, c'est zéro.

T'es anarchiste ? Non.

SFIO.

Et mieux en mieux.

Remarque, je ne suis pas inscrit, mais je trouve que Léon Blum, c'est un type

épatant.

Attaqué par la droite comme il l'a été, je ne vois vraiment pas ce qu'on peut

lui reprocher. Bon, Léon Blum, laisse-moi rire.

L'homme qui a trahi la classe ouvrière, le responsable de Franco, oui ! Bravo.

Tu places bien tes admirations.

Et le général de Gaulle, qu'est-ce que tu en penses ? De Gaulle ?

Un général d'action française.

Tu m'emmerdes, camarade.

J'aime mieux ça.

On va pouvoir discuter.

Alors, M.

Poissonard, ça a bien donné, la Normandie ? On a bien volé son monde ?

Bon appétit.

Et surtout, ne te gêne pas.

Il y a de la jeûne, il n'y a pas de plaisir.

M. Poissonard, vous n'oubliez pas, ma petite augmentation.

Tu ne manques pas de culot, toi.

C'est ce que tu viens de me dire ? J'ai entendu.

Elle se régale pendant que tu travailles.

Je la vire, moi.

Charles, elle nous vole, je l'ai vu.

Oh !

Des restes de beurre, des tombées de fromage, et même des verres de lait

frais. De lait frais ? C'est pas vrai, ça.

Au moins trois fois par jour. Tu dis rien, toi ! J'ai bien essayé, mais...

Elle me traite de radine, de colabo, de... De quoi

? Jean-Claude, Jean-Laurent. Bonjour, ma chérie.

Allez, vite goûter, tous les deux, allez.

Bonjour, madame Véry.

Salut, les chiens !

De quoi elle t'a traité, je veux le savoir.

De salope.

De salope, toi ? Non, je veux dire, c'est pas difficile, je la vire.

Charles, t'emballe pas.

Elle sait trop de choses.

J'en ai rien à foutre et je l'emmerde, moi.

Elle va pas nous tenir comme ça jusqu'à la fin des temps, non ? Qu

'est-ce qu'il y a, mon riri ? Je m'attapais.

Non mais, il soulève mes jupes et il dit que je tends les époques. C'est vrai.

Je vous fous à la porte, vous avez compris ? A la porte ! Pas la peine de

crier, je suis d'accord. Oui, mais d'accord ou pas d'accord, je vous fous à

la porte et tout de suite, moi ! Je regrette, je dois mes huit jours. Il n'y

a pas de jours qui tiennent ! Bon, alors vous expliquerez avec l'inspection du

travail sans parler de la répression des fraudes.

Petite traînée ! Chacun sa spécialité ? Vous volez bien le monde,

vous ! Moi ? Moi, je suis une voleuse ? Parfait !

Qui c'est qui met de l'eau dans le lait ? Et de l'oxygéné ? C'est moi, sans

doute ! Taisez-vous ! Oh, la maison Poissonard, je la connais, moi ! J'en

aurais raconté si je voulais ! Bon, ça va, ça va, taisez-vous ! Et calmons-nous

! Calmons-nous !

Ah, bonsoir, mesdames.

Qu'est-ce qu'il vous fallait ?

Je vous règle, on se sépare amicalement.

Et puis vos bijoux, je vous les règle aussi et c'est pas la peine de revenir.

Vous finissez votre journée, on n'en parle plus. D'accord ? Pas question, je

termine la semaine.

Il me reste trois jours.

Ça va pas vous ruiner, non ? Vous partez samedi et je vous solde. Ça va ? Je sors

maintenant. Le mercredi, c'est mon jour de coiffeur.

T'as ce que t'as ? Une petite fille.

Bonjour, monsieur.

Répression des fraudes.

Je ne vous avais jamais vu, vous.

Voilà ma carte.

Je suis Monin et inspecteur principal.

Allez, venez avec moi dans l'arrière-boutique, monsieur l

'inspecteur.

Vous prendrez bien une petite goutte avec nous.

C'est ça.

Je fermerai la porte pour que vous ne soyez pas dérangé par les clients.

Je ne bois jamais d'alcool.

Je ne vais pas me refuser un petit verre de vin.

J'ai l'estomac fragile.

Ah, ça devient difficile.

Ça devient difficile d'être commerçant de nos jours.

Il y a des fois qu'on aimerait fermer la boutique et laisser tout en plan.

C'était pas pour rendre service aux gens il y a longtemps qu'on aurait fermé,

nous.

Pour ce que ça rapporte.

Les gens, ils sont malheureux.

Ils arrivent pas à vivre avec leur ration.

Tenez-vous, je suis sûr que pour moi, je n'ai pas votre sang.

Non ? Vous voyez ? Vous allez me faire un plaisir, M.

Simonin.

Un morceau de gruyère, là.

Il fait la livre tout rond.

Elle est pour vous.

Il ne faut pas que M. l'inspecteur emporte un mauvais souvenir de nous.

Charles, donne-lui aussi un quart de beurre pour manger avec son gruyère.

C'est surtout de viande qu'on manque. Ah, ça, c'est pas ma spécialité, hein.

Vous nous diriez du jambon ? Du jambon ? Tiens.

Ça vous ferait plaisir du jambon, monsieur l'inspecteur ? À qui du jambon

ne paiera-t-il pas ? Je vais faire un paquet pour monsieur l'inspecteur avec

une île de gruyère, un quart de beurre et six tranches de jambon.

Allez.

C'est tout ce que vous avez ? Ah ben, vous avez un sacré appétit, monsieur l

'inspecteur. Bon, allez, venez la semaine prochaine, il y aura toujours un

paquet de coupés pour vous.

Savez-vous que vous venez de vous rendre coupable de corruption de fonctionnaire

? Cela sera consigné sur le procès verbal.

M'en facez-vous. Qui quoi ? Qui m'avait demandé.

Vraiment ? Non, non, non, non, non. Vous m'avez pas demandé, je vous l'ai donné,

comme ça, pour vous faire plaisir.

Parce que vous êtes sympathique.

Je suis sympathique.

Oui, oui, très sympathique.

Vous m'envoyez ravi.

Mais vous changerez peut-être d'avis tout à l'heure.

Deux. Pour le lait, deux pour le beurre.

On n'a rien à se reprocher.

Je vous le souhaite.

Vous savez, ce n'est pas la peine de prendre vos grands airs.

Je me plaindrai.

Il ne faut pas croire que parce qu'on est des ouvriers, on ne connaît

personne.

Moi, j'ai été reçu par le maréchal, monsieur.

Ah bon ? Laisse donc, Charles.

Corruption de fonctionnaire.

Sans préjudice des sanctions qui peuvent être prises en cas de fraude.

Au revoir, madame.

Au revoir, monsieur.

Vos paquets, monsieur le respecteur.

Vous oubliez vos paquets là.

La récidive maintenant ?

Sors, sors.

Sors.

Venez pas.

Regarde ça, un amiral préfet de police.

Il aurait mieux fait de rester sur son bateau, ce feignant.

Ce n'est pas étonnant qu'on ait perdu la guerre.

20 000 francs d'amende ! Voilà.

Eh bien, ils sont gentils avec vous, vos amis d'école labo.

J'espère que vous avez compris à présent. Qu'est-ce que vous dites ? Ces

canailles et compagnie.

La France est bien bas, madame.

Ce n'est plus une vie d'être commerçant de nos jours, madame l'écuyer. Ce n'est

plus une vie.

Pour avoir tué père et mère pour ça.

Merci, mon Dieu. 20 000 francs. Ils n'auraient pas pu nous fermer au mois d

'août, non ? On serait partis en vacances, il n'y aurait pas eu tout ce

manque à gagner.

On a beau dire, la République, ça n'est pas que des mauvais côtés.

Il est propre, le régime.

Allez, je t'écoute.

Cinq petits pots extra fins.

Dis, Bruno Dajun, premier choix.

Il est propre.

Les alliés vont gagner la guerre.

Tu crois ? J'en suis sûr.

Allez, déshabille-toi. Mais qu'est-ce que tu fais ? Mets-toi tout de suite.

C'est pas son art.

Les enfants vont nous entendre. Qu'ils dorment.

Déshabille-toi.

Richard, dépêche-toi.

Ce serait trop bête de mourir, hein, ma Julie ? Vous voyez ça, hein ? Oui.

Bonne journée.

Non,

monsieur l'inspecteur, je lui ai dit, je mange pas de ce pain-là, moi. Il voulait

du beurre, des oeufs, du jambon.

Au moins citron, je vous vous rendais compte ? C'était ça ou l'amande ? Eh

oui, madame, à moins ça s'est passé comme ça.

Et pour vous, mademoiselle Emilienne, qu'est-ce que ce sera ? Trois ciseaux, s

'il vous plaît. On va vous donner ça.

Bonjour. Bonjour.

Mademoiselle Léonie, s'il vous plaît, j'ai plus froid.

C'est une cloche, t'es pas peur.

Léonie, capoute.

Capoute ? C'est impossible.

C'est fouché. Capoute ? Non, non, n'est pas capoute.

Raus, parti.

Renvoyé. Ah, good, good.

Vous parlez pas français ? Un petit peu.

Quel schnock.

Léonie, parti, va-en.

Va à Rome, à tes souhaits.

Parti, Léonie, pourquoi ? C'était une salope.

Une salope ? Oui, oui.

Voulez-vous bonbons, madame ? Bonbons ? Ils vous font les grâces aujourd'hui,

demain ils vous fusilleront comme un rien.

Il a l'air gentil, tout beau ce qu'il est.

Si c'est pas malheureux de voir ça.

Des cigarettes, s'il vous plaît, madame ?

C'est pas bon ? Monsieur, cigare ? C'est toujours bon à prendre.

Moi et mes frances. C'est pas réciproque.

La France, elle t'emmerde.

Monsieur Poissonard, il y a des dames.

Crick, la guerre, triste.

Il nous nargue maintenant.

Si la guerre est triste, il fallait pas la faire.

Bon, allez, maintenant, dehors, on t'a assez vu. Fais attention, Charles, des

fois, qu'il comprenne le français.

Mais non, t'as qu'à le regarder, il comprend rien.

Bonjour, M. Jean.

Fanto, ma famille.

Femme et petite gosse.

De la graine de nazi.

C'est bien une grosse allemande.

Sa femme et enfant et sa couche avec Léonie, quelle mentalité.

Ils sont mignons.

Franspo, moi apprends français.

Vous apprends français, moi.

Eh bien, c'est ça, mon pote, je vais t'apprendre le français, tiens.

Allez, répète après moi.

Moi, ich, allemand, connard.

Allez, vas-y, répète.

Allemand, connard.

Allez, vas-y, répète.

Charles, comment... Mais laisse, on va se marrer.

Moi...

Allemand connard.

Moi, Allemand connard.

Wunderbar.

Voilà. Allez, la leçon est finie. À l'année prochaine si tu es toujours là.

Moi, Allemand connard. Voilà, tu es doué.

Ich komme zurück.

C'est ça, reviens. Au revoir.

Au revoir.

Au revoir.

Tu as vu comment je vais parler aux frites, moi ? C'est tout.

Monsieur le

Président

! doucement les enfants qui bergent la faim.

Pour vous.

Pour Riri, Sachani, et

ça, c'est prise pour Mme Boussana.

Oh, Hans, vous êtes fou.

Oh, c'est trop, c'est... Ce n'est pas trop.

Vous êtes ma petite famille française.

Jamais trop en amitié, vous êtes ma petite famille française.

Qu'est-ce que tu veux faire ?

Lequel c'est, le coco ?

Moi

aussi, je suis communiste.

Allez, en route.

Moi aussi, je vous dis, Elion, pas rien demander.

Moi aussi je suis venu ! Moi aussi je suis venu !

Réveillez ces filots !

... ... ...

...

C'est rien, c'est Monsieur Rappoport, un ami.

Tout à l'heure, Monsieur Rappoport.

Tout à l'heure, tout à l'heure.

On a arrêté sa femme et sa fille ce matin.

Il y a les celliers à l'appartement.

C'est pas malin de cacher un loupin.

Ça pourrait vous coûter cher.

Bon.

Alors, 5 kilos de pois cassés, 2 porcs alus, 10

camemberts, un jambon, 8 saucissons. Je les ai comptés.

15 boîtes de thon naturel et 40 boîtes de sardines. D'accord ? C'est d'accord.

Ce qui fait 3 250.

Moins 10 % pour ma commission.

2 925 francs. Voilà.

Merci.

Il est bon, ce porto.

Vous savez, c'est un brave homme.

Vous qui avez des relations, pourriez pas faire quelque chose ? Des relations,

des relations... Il y a de l'argent.

Il tenait une boutique aux Champs-Élysées.

Alors, on va voir ce qu'on peut faire.

Vous pouvez venir, M. Rapoport.

J'ai expliqué votre histoire à M.

Poisonneur.

Ils vont les tuer, monsieur.

Ils vont les envoyer en Silesie, dans les mines de sel.

Et qu'est-ce qu'il me reste à moi quand ils sont en Silesie ? Dites-moi un peu

seulement.

Rien.

J'ai plus qu'à me jeter dans la selle, monsieur.

Non, non, non, pas le monsieur.

C'est sûrement une erreur, monsieur, parce que moi j'ai toujours porté l

'étoile. Toujours.

Demandez à madame la concierge. Oui, ça c'est vrai.

Et puis dans le métro, j'ai toujours été dans le dernier wagon, comme c'est la

loi.

On n'arrête pas les gens pour rien en France, monsieur.

Vous avez de l'argent ? Oui, monsieur.

J'ai 5000 francs.

C'est tout ce qu'il me reste au monde.

C'est quoi votre partie exactement ?

La chemise.

Pyjamas, sous-vêtements, chaussettes, cravates. C'est bon, ça ? On se

plaignait pas trop.

Seulement, ils nous ont mis un gérant à rien.

Une crapule, monsieur.

C'est pas pour dire, mais les boches, elles ont fait du mal au commerce.

À qui le dites-vous ? Elles ont fait du mal.

Cessez-la.

Une autre boutique ? Qu'est-ce que vous en dites ? Très jolie.

Et ça, ça gagne bien ? Ah, c'est comme pour tout.

C'est dur.

Bonjour, ma jolie.

Bonjour, ma jolie.

Monsieur Rappoport.

Bonsoir, monsieur.

Très honoré, madame.

Bah, excusez-moi, je... Bon, me reste.

Ne vous affolez pas, c'est Hans.

Soldat connard.

Soldat connard, hein, Hans ? Je vous présente M.

Rapport.

Enchanté.

Moi aussi, M. Hans.

Il danse un peu fort, quand même.

Faites-vous à l'aise, M.

Rapport.

Juif ? Pas bon.

On dit pas juif.

On dit israélite.

Israélite ? Et puis israélite ou pas, on est tous des frères. Voilà ce qu'il dit,

moi.

Asseyez-vous, monsieur Rapport.

Allez.

Ça va mal. Alors c'est que ça va bien.

Ça va bien.

Guerre verdue.

Pas pour tout le monde. Ça fait pas.

Allemagne, kaput.

Kaput.

Deutschland kaput.

Tu vas venir une seconde.

Tu n'as quand même pas gardé ce juif toute la nuit. Mais

non.

Je pensais que vous pouviez l'installer dans l'appartement qu'on a acheté pour

le voir Saint-Germain. Il n'y a personne.

Au revoir, monsieur Rapport. Au revoir, monsieur Arms.

Ah,

mon cul !

J

'ai un ami, Place Pigalle, et il est bien placé pour les faux papiers.

Pour 5000 francs, il vous rebaptise un juif au nom du père et du fils.

Évidemment, c'est peut-être un peu cher pour vous.

Ça y va, je m'arrangerai, monsieur.

Comment vous voulez vous appeler ? De Sérigny.

Qu'est-ce que vous en pensez ? Ça a de la gueule, oui.

En deux mots.

Avec un Y au bout, si possible.

Mais surtout, M. Charles, je vous en supplie, n'oubliez pas mes pauvres

femmes.

Deux colis par semaine, c'est promis.

Vous n'en faites pas si noté.

Si

vous,

M. Poissonard, vous attendez plus... M. De Serigny, Un vieil ami.

Allez.

Dites, c'est pas du pneu rechappé, ça ? Rechappé, ce pneu ? Il sort directement

de l'usine.

Et vous me le vendez pas moins de 250 francs, hein ? Bon.

Tiens, Gina.

Tu me ranges ça dans la remise avec le reste. Oui, bien sûr.

Monsieur de Sérigny cherche un appartement.

On pourrait peut-être lui montrer le mien, non ? À cette heure-ci ? Tant qu

'on y est, on pourrait jeter un coup d'œil, non ? Comme vous voulez, monsieur

Poissonard, après tout.

C'est à vous.

Il m'a coûté assez cher.

Où vous en êtes avec les Canadiennes ? Ça démarre pas très fort.

Pour les triples semelles, j'en ai plus une paire. Vous me diminuez les

Canadiennes de 10 francs, je m'en fous, et vous me remontez les souliers.

Je vous ferai livrer 80 paires d'ici deux jours.

Comme vous voulez. Bon, on y va.

Bonne

nuit,

monsieur Rappoport.

Dormez bien.

Sous-titrage FR ?

Les boches sont parties, ma Julie.

Ils sont partis ! On peut bien se le dire maintenant.

On a souffert, pas vrai, M. Poissonard ? Les Allemands reviennent, ils sont à

Romainville ! Qu'ils disent ? Les Allemands reviennent.

Les Allemands reviennent ? Oh mon Dieu, Charles ! Baisse le rideau !

Allez-y !

Je ne les ai pas volés là.

D'autant que les Allemands n'en auront pas.

Les bocs sont foutus, on les a eus, les enfants ! On les a eus, ma Julie ! On

les a eus ! Bravo ! Tu n

'as pas peur qu'ils reviennent ?

C'est bon,

allons-y encore, allons-y encore.

Fermez-moi la barricade, là-bas ! On se place ! On se place et on attend !

On guette ! On se met en place et on ne bouge plus !

Allez-y !

Et bien ici mon Rémi ! Aïe aïe aïe !

Monsieur Pozonat, ouvrez ! Hans, il faut me cacher !

Assez ! Charles, qu'est-ce qui se passe ? C'est le Fritz, Hans.

Hans ? Il va se planquer chez nous.

Tu te rends compte qu'on trouve un boche à la maison ? Yaya ! Amis, camarades,

vous cachez-moi.

Monsieur Hans, ça pour une surprise, c'est une surprise.

Mais jamais, dans la cave, moi, oui, pas bouché.

Fais-le, aide-moi, aide-moi.

C'est ça, on va t'aider. Je vais t'aider, moi, à la cave. Merci,

monsieur. Merci, madame. On va le mettre dans la cave.

Est-ce que c'est ça qu'il veut ? Les provisions.

T'as pas peur qu'il mange les provisions ? T'inquiète pas, j'ai mon idée, il va

pas rester longtemps.

Tiens, Yaron, tiens.

Là,

tu vas être bien dans la cave.

C'est ça que tu veux, hein ? Tu vas pouvoir attendre la fin de la guerre

ici. La fin de la guerre bientôt.

Merci. Ami.

Ami.

Je vais coller mon revolver sur le ventre.

Je l'ai désarmé et je l'ai enfermé là.

Il avait l'air drôlement dangereux.

Avec moi, ça prend pas ses manières, fumier ! Dors !

C'est passé, mais c'est pas fait.

On va te tuer. On va te tuer, quoi ! Moi, je...

Sale

bâche ! Bravo, M. Poissonnard.

Les cartes d'alimentation ne seront abolies qu'en 1948.

Les poissonneurs, après quatre années d'occupation, vivront donc encore quatre

années des plus prospères.

Si l'on en croit les mauvaises langues, en 1948, par l'effet des dévaluations, d

'un négoce avisé, les crémiers possédaient tant en bien meubles qu

'immeubles, titres, lingots d'or, napoléons, stocks, etc.

47 millions de francs.

D'après la bonne, qui vient trois fois par semaine, des diamants, des saphirs,

des rubis, des turquoises et des perles s'entassent dans la cassette personnelle

de Julie.

Charles Hubert aurait 30 paires de chaussures à quadruple semelle, ce qui

fait 240 semelles.

Il y a aussi quelque part un manteau de vison dont on ne se sert pas, car c'est

une valeur refuge.

La guerre avait fait 36 millions de morts, les poissonnards possédaient 47

millions en francs or.

Il ne manquait plus qu'une chose, pour asseoir leur définitive respectabilité.

Julien, écoute ça.

Concession, père Lachaise, caveau, trois pièces, agrémenté, chapelle, prix à

débattre, faci, 48.

Qu'est-ce que tu en penses ? On a encore le temps, tu sais.

Tu sais, ça passe vite, hein ? Tu penses y prendre tout de suite ? Et puis, le

père Lachaise, il n'y a pas mieux, il faut voir ça aussi.

Allez,

j'appelle.

Qu'est-ce que je risque ?

Trois piques.

Parole.

Quatre piques.

Compte. C'est bon.

Excusez-moi.

Allô ? Je crois savoir que Mme de la Ravette en espère un million.

Alors, les aristocrates comme ça, moi je dis oui.

C'est tout que vous avez fait, tous les deux ? Nous avons parlé musique.

C'est tout ? Monsieur Legrandi m'a invité au concert Padelou mardi soir.

Tu as accepté, j'espère ? Je lui ai dit qu'il me fallait d'abord votre

permission.

C'est bien.

C'est bien.

Les gens sont d'une vulgarité à faire peur.

Pas la petite.

Tu ne vas pas t'en ticher d'elle, j'espère ? Pourquoi pas, mère.

J'ai pris mes renseignements, rassurez-vous.

Mes parents tournent autour de 50 millions.

Tout de même.

Écoutez, mère.

En 1700, un noble se mariait avec une fille de fermier général.

En 1900, avec une juive.

Aujourd'hui, c'est une fille de crémier.

Je marche avec mon temps.

Je suis déjà député.

Vous ne voulez pas me voir ministre ?

Allez Louis, on y va.

Il y a déjà longtemps, presque cinq ans, que j'ai été libéré.

Mon évasion, mon passage à la prison de Fontevraud m'ont valu d'être nommé

professeur de quatrième au lycée Jean-Baptiste C.

Je suis père de quatre petites filles et j'espère toujours un garçon.

Asseyez-vous.

Le hasard a voulu que j'aie dans ma classe le jeune Henri Poissonard, dit

Riri. Je vais vous rendre vos compositions d'histoire.

C'est pas très brillant, hein ? Carreau.

Présent. Huit.

Devoir pas très bien construit, quelques connaissances.

Clavier. Absent.

Poissonard. Présent.

Deux, sujet mal compris, devoir bâcler, aucun effort.

Ça vous fait rire ?

La façade du

bombeur a été refaite, tout en marbre. Et l'intérieur a été doté d'une

installation frigorifique ultra moderne.

Bonjour madame. Dites-moi madame l'écuyer, j'aimerais bien le connaître

un peu mieux votre garçon depuis le temps.

250 grammes de brie de clôture.

Venez donc, Dylan, ce soir à la maison.

On a quelqu'un à manger mercredi, ma chérie.

Ah non ? Ah ben alors, disons mercredi, si ça lui va.

Et dis-tu que ça nous ferait très très très plaisir.

Trois francs vingt. Non, non, non, non, non.

Merci, ma chérie.

Il faudra me faire travailler ce feignant, hein, sur l'écuyer. Je veux qu

'il soit le premier partout.

Vous savez qui va poser la fillette, là ? Allez-y, Luton.

Le grandier de la ravette.

Le collabo.

Non, non, le député.

Tu viens, Madeleine, il est tard, il faut qu'on rentre.

Je vous prie de nous excuser, mais j'ai encore quelques copies à corriger.

Si jamais vous avez besoin d'un coup de piston, ne vous gênez pas, M.

Lécuyer. Avec mon futur gendre qui est député, ça m'étonnerait que ce soit

difficile. Mais d'abord, Primo et Dune, je veux que le petit Ril ait des bonnes

notes sur son carnet.

Votre fils aura les notes qu'il mérite, monsieur.

Tu viens, Madeleine ?

Quel con, dis donc.

Après le repas que tu leur as fait, l'intérêt à mettre des bonnes notes au

gosse, je te le dis, moi.

Sinon, je le fais saquer, hein.

Tchac ! Le bon rapoport a récupéré son magasin.

Le temps, peu à peu, a effacé son chagrin.

Il a mis à la caisse Mme Verweysenschitz, qu'il vient d'épouser.

C'est agréable de vous voir. C'est la nouvelle Mme Rappoport.

Très heureux, madame.

Vous savez que Janine se marie ? Alors faudra m'habiller ça.

On va lui faire un beau costume pour le mariage.

D'autant que c'est un athlète, ça fait du sport.

Alors, Anna, nous disons... 67... T'es demi.

Tiens, lève ton bras.

44.

Vous me ferez bien une petite ristourne, monsieur Rappoport ? Un souvenir du bon

vieux temps.

Non.

79.

C'est gratuit.

C'est un cadeau de Rappoport.

Pour Jeannine.

Au revoir.

Au revoir, au revoir.

À bientôt.

Tes parents, entre nous.

Quelle vieille fripouille.

Erreur fatale. Jeannine avait pour ses parents une vénération à l'épreuve des

faits. Elle prit du coup son mari en grippe.

Et cela fit un mauvais ménage.

Espèce de fouille-merde ! Salopard !

Dénoncé comme collaborateur notoire, M. Le Bugle avait passé neuf mois à Drancy.

Collabor ! Sa gourmandise, exploitée par la rapacité des poissonnards, l'avait

définitivement ruiné et réduit à l'état de clochard.

Salopard !

Cherche pas, va. T'ennuies pas.

Je suis prof.

Allô ? Allô, Janine ? C'est papa.

Papa ? Ton mari est là ? Gérard, non, il est à la chambre à cette heure-ci.

Il est à la chambre.

Tu veux qu'il te rappelle ? Dis-lui qu'il me rappelle et dis-lui que c'est

urgent.

Excusez-moi.

Monsieur Legrandier au téléphone, s'il vous plaît.

Excusez-moi un instant.

Allô ? C'est toi, chérie.

Je l'appelle tout de suite.

À ce soir.

Allô, père ?

C'est Gérard.

Je sais par un collègue de l'éducation qu'il y a quelques postes disponibles à

Oran, en Algérie.

C'est assez loin ?

sera crémié.

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