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Cette histoire appartient à l'histoire.
Le temps viendra où l'on dira, il était une fois la planète des cendres.
Moi, je dis aujourd'hui, il était une fois une petite fille de 15 ans.
Vous prendrez la rue Saint-Dominique, monsieur ? Elle est en sens unique.
C'est en sens unique ? Depuis quand ? Ça doit faire 10 ans.
10 ans ?
Bonjour madame.
Bonjour.
Toujours des musiciens chez vous ? Oui, surtout des américains.
Vous savez, l'hôtel est célèbre à New York et même sur la côte ouest.
J'ai retenu une chambre au nom de Rosenfeld.
Est-ce que la 24 est libre ? Je vous en ai gardé une meilleure avec bain.
J'aimerais avoir la 24.
J'ai vécu ici...
Oh, beaucoup de nez.
Ah, il y en a autant.
Ah,
contentement !
Suzanne ! T
'es toujours aussi belle, toi ! T'es
arrivée, enfin ! D'où tu viens ? New York.
Tu vas rester longtemps, hein ? Je sais pas, je vais voir.
Tu sais, moi, j'ai du mal à tenir en place.
Tu reconnais des femmes ici ? Je vais les regarder.
Il y en a qui tiennent avec nous ? Oui, cinq ou six, tu vas les voir.
Ginette, Pierrette, Rachel. Une enveloppe ? Ah oui.
Tu as vu une enveloppe ? Elle, par exemple.
Ah non, je ne me souviens pas.
Mais après 50 ans, comment veux-tu que je les reconnaisse ? Viens, on va boire
un verre.
Mesdames, est-ce que vous voulez une enveloppe ? Quand j'étais petite, à l
'école, on rappelait la roquine et on me tirait les cheveux. Pas toi ? Non, pas
du tout.
Moi, dans mon école, une roquine, c'est très tendance. Ah !
On tient, voilà.
Merci. Quel est le gros lot ? Un vélo.
On est même fiers.
Même chose.
Myriam, tu me reconnais ? Ginette ?
Si je viens de vous annoncer une surprise, c'est une surprise.
C'est incroyable.
C'est pas possible.
La dernière fois que je t'ai vue, t'étais si maigre.
T'avais une tête à finir au crématoire.
Tu vois, je suis bien là.
Et ça fait plus de 40 ans que je vends des saucettes et des culottes au marché
de la Villette.
C'est pas vrai.
C'est formidable.
Allez, allez.
C'est numéro 999.
Ça, ça vaut le coup. J'en ai jamais eu d'aussi beau.
Redonne-moi des enveloppes.
Regarde. Elle est jolie, la veste. Elle te plaît ? Eh bien, garde-la, tiens.
Voilà, moi, c'est le vélo qui me plaît.
Tiens, regarde, tiens, ses cheveux.
Le casse-pas, hein ? Une radio avec des lecteurs de cassettes, ça, c'est un
cadeau. Une brosse à dents. Une brosse à dents.
Une paire de chaussettes. Des chaussettes.
Si on en avait eu là-bas.
Un bonnet en fausse fourrure, j'espère.
Un appareil photo.
Je vous fais une photo.
D'accord ? Allez, allez, allez.
Viens, Ginette. On s'y met où ? Là ?
Là, c'est mieux, là. Oui, oui, oui. Le fond.
Attends.
Posez pas trop, hein.
Qui est-ce ? C'est Rachel.
Tu te souviens ? Mais si ! Il est arrivé enceinte dans le camp.
Les SS l'ont pris le bébé pour le jeter dans la chambre à gaz.
Quel numéro avez-vous sur votre ticket ? 75 745.
Et vous ? 75 745.
On est du même transport.
Vous vous souvenez de moi, Myriam ? Non, je ne vous connais pas.
Ne vous en faites pas aller toujours comme ça.
Je vais à l'hôpital psychiatrique.
Je vous
souhaite
la bienvenue. Et maintenant, je bois à toutes les survivantes, à tous les
survivants, et au bonheur de nous retrouver ensemble.
On a survécu parce qu'on avait la vie mieux accrochée au corps que les autres
ou parce qu'on a laissé les autres mourir à notre place ?
On va la voir ce vélo, non ?
Pourquoi tu ne les gardes pas ? Je ne rentrerai jamais en Pologne.
Dis donc, c'est les Champs-Élysées.
Ça passe sans arrêt.
Il faudrait qu'on le prenne un jour, ce bateau.
Tu sais ce que c'est ça ? Non.
C'est la chanson que chantait Françoise, nue devant sa goya, après avoir été
sélectionnée pour la chambre à gaz.
La chef de bloc s'est approchée d'elle et lui a dit « Quelle belle voix !
Pourquoi tu n'as pas chanté avant ? Je t'aurais évité la sélection.
Maintenant c'est trop tard, ils ont pris ton numéro.
»
Qui t'a dit ça ? Une doctoresse de l'infirmerie me l'a raconté.
Françoise, si elle est morte, c'est de ma faute.
Pourquoi dis-tu ça ? Un jour, une Polonaise,
une coursière DSS, une planquée, m'a
demandé mon numéro de matricule.
Françoise était derrière moi et elle a chuchoté dans mon oreille.
Dis que je suis ta sœur.
J'ai rien dit.
Puis il y a eu cet appel.
Un essai s'est arrivé.
Il a crié mon numéro, ton numéro.
Mais pas son numéro.
On était choisis pour le triage des vêtements, le Canada.
Paradis.
Si j'avais dit son nom, elle serait encore avec nous aujourd'hui. Mais tu
dis n'importe quoi.
Les SS, ils nous ont choisis en nous regardant. Ils n'ont jamais appelé des
numéros. Ça n'a rien à voir avec ta polonaise.
Cette histoire, je la ressasse depuis 50 ans.
Comme une faute terrible.
Mais enfin, arrête avec tes histoires des numéros.
Tu vois ?
On n'a pas les mêmes souvenirs.
Et qu'est-ce qui me prouve que c'est toi qui as raison ?
Est-ce que tu te souviens que je racontais
des histoires là-bas ? Oui, tu racontais souvent pendant les appels.
Ça durait des heures, on crévait de froid.
Tu nous amènes hier.
De quoi elle parlait, de mes histoires ? Je ne sais plus.
Et toi ? Tu ne t'en souviens pas ? Non, j'ai oublié.
T'as jamais pensé y retourner, un jour, là-bas ? Pourquoi faire ?
Bon, il faut que je rentre. On se voit demain en déjeuner ensemble.
Je t'appelle demain matin.
Bonjour, est-ce que c'est du képelsu ? Oui.
Vous faites du leber ? Bien sûr, mais je propose du herbe ou du herring. C'est
notre specialité de la maison.
Polonais, juif ? Vous êtes juif ?
Vous êtes juif ? Non, je suis polonais.
Polonais et catholique.
Il n'y a plus de juifs en Pologne ? Si vous voulez rencontrer un vrai juif
polonais, vous le trouverez dans la rue.
Il y a un autre café à l'est, Guttek. Il est toujours là.
Guttek ? Oui, c'est son nom.
Monsieur Guttek ? C'est moi.
Très bien de vous rencontrer.
C'est le Café Aleph ? Non, je suis le seul juif.
Mais votre nom n'est pas juif.
Ah, bien, ici, deux personnes ont changé leur nom.
Seulement après la guerre.
Oui.
Mais pourquoi ils appellent leur café Café Aleph ?
C'est une blague juive.
Sans jus.
Vous voudriez boire quelque chose ? Non, d'abord j'ai besoin d'une chambre.
Ok, attendez un moment.
C'est incroyable de faire un restaurant juif faux
après tout ce qui s'est passé.
C'est le point.
De partout dans le monde, les juifs, surtout les juifs américains, viennent
ici après la chambre de Berlin.
Ils veulent trouver leurs origines et visiter Auschwitz.
Comme toi.
Qu'est-ce que tu veux dire, comme moi ? Dès que je te vois, je pense que cette
femme n'est pas d'ici.
Elle doit être juive.
Pourquoi est-elle venue ? Peut-être que sa famille vivait ici.
Peut-être que ses parents étaient déportés.
Ou peut-être qu'elle l'était.
Je pense qu'elle était très jeune dans le camp.
Peut-être qu'elle est une survivante, l'une des plus chanceuses.
Comment as-tu deviné ? C'est facile, c'est facile, je ne devine pas.
Je l'ai découvert.
Ma famille vivait ici. Mon père et mon grand-père étaient ici, à Gazimierz.
Comment s'appelait votre grand-père ? Isaac Rosenfeld.
... ...
...
À l'aube, ils ont ouvert les portes.
On entendait des hurlements, des chiens qui aboyaient.
Des voix ont crié, des gens fatigués, les vieillards, les enfants prenaient
les camions.
J'avais mal aux pieds, j'allais monter.
Françoise m'a retenue de force.
Ne me quitte pas.
C'était la première sélection.
Elle m'a sauvé la vie.
Non, pas là, là !
6, 7, 8, 9,
on bloque.
Germaine, ah non, non Juliette, Mathilde, Germaine,
Madame Hirsch,
Judith, Simone,
sa mère Madame Jacob, Victoire,
René.
Matronne de bordel.
La petite Marie.
Henriette la voyante.
Madeleine. Michel.
Rachel. Et moi.
Myriam.
Ils avaient fait de nous des rats.
Non, Myriam. Nous n'étions pas des rats.
Souviens-toi.
Les nuits de grand froid, tu nous racontais de si belles histoires.
Quelles histoires !
Je
me rappelle seulement les flammes, les odeurs de chair brûlée, nos yeux vides,
l'entassement de nos corps vieillis trop vite, la peur, la mort, toujours.
Tu te souviens qu'on s'est rencontrés une fois ? Cela faisait six mois qu'on
était ici.
Tu m'as demandé et maman et Michel.
Je me suis jetée dans tes bras et un allemand m'a tapé dessus.
Je me suis évanouie.
Quand je me suis réveillée, tu avais disparu.
Je t'aimais tellement que j'étais heureuse de te... porté avec toi.
Ici,
c'est chez moi.
Je fais ce que je veux.
2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11,
12, 13, 14, 15, 16,
17, 18, 19,
20.
Sous-titrage ST' 501
Qu'est-ce qu'on bouffe ? Alors, qu'est-ce qu'on boufferait ? Moi, je
voudrais des haras avec des pommes de terre et des oignons dessus.
Et moi, je voudrais une baignoire pleine de bouillons de bœuf, avec des
crêplaires. Je rentre dedans, je bois tout et je mange tout.
Et toute une baguette de pain, coupée en deux, remplie de beurre et de miel.
Non, deux baguettes de pain. Et des grands bols de café au lait. Des oignons
frits avec des tomates et des œufs cassés dessus, avec de l'ail.
Et du poulet.
Des grands poulets.
Le plus grand poulet qui existe.
Chaque matin, on se battait pour arriver à un filet d'eau rouillée.
Je voulais tellement rester propre, ne pas m'abandonner, exister encore,
jour après jour.
C'est dingue. Je ne ressens rien du tout.
Pourtant, je devrais ressentir quelque chose.
Ma grand-mère n'est jamais revenue.
Et toi ? Tu sens quelque chose ? Je ne sais pas.
Il n'y a rien ici.
C'est vide.
Il n'y a rien à voir.
Il n'y a plus rien à voir ici.
Suzanne, j'avais besoin de te parler. Tu vas bien ?
Dis-moi...
Tu te souviens de Mireille, celle qui te met un bordel ? Qu'est-ce qu'elle est
devenue ? Je crois qu'elle n'est jamais revenue.
Ah bon ? Quand les autres racontaient des histoires crues, elle était la
première à nous demander de nous boucher les oreilles. Elle trouvait qu'on était
trop jeunes.
Mais tu ne m'as pas appelée pour que je te parle de la grande Mireille.
Et la petite Janine ? Tu sais bien qu'elle a été amenée au bloc de l
'expérience.
Et Bella, celle qui était toujours avec sa sœur ? Écoute, Myriam.
Tu ne veux pas revenir à Paris ? Non.
Ouais.
Je vais y aller là. Je vais aller dormir.
Je t'embrasse.
Reviens vite.
Je t'embrasse.
Monsieur ?
Monsieur ?
Chaque
fois que je passe dans cette région, je viens ici.
Pour réfléchir.
Je réfléchis ici.
Vous avez perdu la famille ici ?
Vous avez perdu des proches ici ? Excusez-moi, je dois
partir.
Monsieur ?
Vous savez, je fais des photos du camp.
Son archéologie... Pourquoi vous me dites ça ? Parce
que vous avez cru... Qu'est-ce que j'ai cru ? Que je prenais des photos de vous.
Vous êtes juif ? Non.
Allemand.
C'est bien ma veine.
Vous pourriez être juif allemand.
Désolé, je ne le suis pas.
Personne n'est parfait.
Ces rails, avec mes copines, ont tiré des wagonnets
plein de pierres pour construire les ballast.
Ce chemin ne mène qu'à la mort.
Qu'est-ce que vous faites comme photo ? Vous êtes ici depuis longtemps ? Ça fait
près de huit semaines que je suis ici.
J'ai photographié... Enfin, j'essaie de photographier les traces, les signes,
tout ça.
Je cherche à faire quelque chose d'objectif.
Moi, je cherche l'invisible.
Madame, j'aimerais beaucoup que vous m'aidiez.
Si j'osais, je vous demanderais si c'est possible... Qu'est-ce que vous me
demanderiez ? Laissez-moi vous accompagner.
Le bloc de la mort.
On n'avait pas le droit de s'approcher.
Celle qui entrait là avait été sélectionnée pour la chambre à gaz.
Elle le savait.
Nous aussi, on savait.
On entendait les cris des femmes qui ne voulaient pas mourir.
et le bruit des camions qui les emportaient dans la nuit.
Le ciel ici était toujours rouge.
Quand êtes-vous venue ? Le 44 avril.
Je suis venue de Havre.
Et vous ? À la fin du 43.
Je n'ai pas été donnée de numéro. J'ai été sélectionnée pour un travail de
fabrique en Allemagne.
Mon père, ma mère, mes trois frères sont ici.
Cendres. Cantida.
Oncle Samuel et leur fille.
Mes cousines Sura et la si jolie petite Lestoucha.
Cendres. Oncle Haïm.
Tante Rivka.
Leur fils Zélik et Jacob et leur fille, Felaï Hanna.
Mes cousins et cousines.
Cendres.
Cendres.
Tous ceux dont je ne connais pas le nom.
Gazé, brûlé ici ou dans d'autres crématoires.
Et mon père, je l'ai aimé.
Salomon.
Cendres.
Isaac Rosenfeld.
Sholkhet, d'une communauté juive à Swupia, à Nirvuti.
Il était un leader religieux, un homme sage, responsable d'enforcer les rituels
de la culture.
Il vivait à Yadova Street, numéro 19.
Il avait quatre filles et deux enfants.
Le plus vieux, Mendel, est allé en Palestine.
Le plus jeune, Shloyme, Solomon, est marié ici, à Krakow, avec une fille de
marchand de graines.
Son nom était... J'ai oublié.
Grouchkiewicz.
Salomon est votre père, n'est-ce pas ? Il voulait immigrer en Amérique.
C'est correct ? C'est tout là-bas ? Oui.
Et ici.
Donc, mon père...
J'ai passé 20 ans de ma vie reconstituant les histoires de personnes
qui ont vécu dans ce quartier avant l'extermination.
65 000 crocs juifs sont morts à Auschwitz.
Maintenant, il n'y en a qu'environ 100 qui sont restés ici.
Ils sont venus chercher des traces de leurs familles.
Ils sont venus me voir et maintenant je peux gagner de l'argent de cette façon.
Nous avons besoin d'argent ici.
Il doit être là.
T'en es sûr ? C'est ce que dit ma mère.
L'amie de cette femme vivait ici avant la guerre. Elle voulait voir l'étagère.
C'est un nom japonais ? Elle est inquiète. Elle a lu dans les livres
qu'ils parlent de réparation.
Elle ne doit pas être inquiète. Je suis passée par là et j'ai voulu voir la
maison de mon père.
C'est juste un passage.
Elle voulait voir sa mère.
On a eu le même.
Elle dit qu'il y a beaucoup de vases comme celui-là en Pologne.
Regarde, c'est mon père.
Cette photo a été prise ici avant de partir pour la France.
C'est mon père.
Vous allez devoir changer votre livre, M. Guttek.
Mon père n'est jamais allé en Amérique.
Il a resté à Paris.
Il a vécu dans la République, la liberté, la fraternité.
Le ministre français l'a arrêté en 1943.
Il a pris le train de France, ici.
Nous arrivons à Auschwitz ensemble.
Alors, j'ai eu d'orange.
Ah non, je vous en prie.
Vous voulez boire quelque chose ? Oui, non, merci.
Alors, c'est avant ces photos ? C'est avec vous que mon travail pourrait
prendre plus de sens.
J'aimerais faire des photos de vous, à Burkina.
Vous ne voulez pas savoir pourquoi je fais ce travail ? Ces photos de quand ?
Pour une expo ou un livre, non ? Oui, il y a de ça, mais ce n'est pas tout.
Mon père, né en
1942, meurt d'un cancer à 60 ans.
Il m'apprend huit jours avant sa mort que son père, alors mon grand-père,
colonel dans la SS, faisait partie de la direction administrative qui a mis en
place l'organisation des camps en Pologne et en particulier ceux d
'Auschwitz et d'Antwerp-Birkenau.
Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Un petit-fils de SS qui revient sur les traces de son criminel de grand-père ?
Mais vous n'auriez pas pu me dire avant que vous traînez ce fardeau ?
Désolée,
je sais que c'était injuste pour vous, mais je ne peux pas le supporter.
Je suis venue vous chercher.
J'ai besoin de vous.
Vous n'êtes pas des fantômes.
Toi, Françoise, aux yeux si bleus, qui chantais les chansons de Piaf, les
berceuses de ta mère.
Ensemble, on lisait le soleil qui nous disait les heures si dures, si longues.
Toi, la Hongroise avec qui je portais des pierres, tu es devant moi.
Toi, la petite Renée.
Toi, Ida.
Et toi, Clépsy Clépsy de Salonique.
Je ferme les yeux.
J'ai quinze ans, puis seize.
C'est peut-être ici que j'ai été le plus aimée.
Ma mémoire n'est pas comme le livre de Gouttec.
Souffrance de l'oubli.
Brume.
À Paris, Ginette, tu m'as dit « Myriam, comment tu as pu oublier ? »
Tu te rends compte ? Il m'a demandé si c'était mon numéro de téléphone.
Moi aussi, j'en ai un.
Il est pas vrai, ce type-là ? Patate, va ! Allez, allez, jouez au loto, ça
pourrait peut-être vous porter chance.
Il a une drôle de tête, d'ailleurs. Il m'a énervé, ce type-là. Il danse avec n
'importe qui.
Dis, Ginette, on creusait près des cuisines.
Non.
Tu te trompes, on creusait près des crématoires.
On déterrait des lambeaux d'uniformes russes, des casquettes, des zoos.
Je sais bien pourquoi on creusait quand même.
T'as pas oublié ? Pourquoi on creusait là ? On creusait pour
brûler les cordées en gros qui sortaient des surmagases.
Il n'y avait plus de place dans les crématoires.
J'ai pas fait ça, moi.
Ben si.
Non, on creusait près des cuisines. Non, tu te trompes. On creusait près des
crématoires.
Près des cuisines ? Mais j'en suis sûre, c'était là.
Et la révolte des undercommandos. Tu sais bien, les commandos des
crématoires.
Si, ça je m'en souviens.
Couper les barbelés et nous appeler pour les suivre.
On ne pouvait pas être si près d'eux.
Mais si, ça tirait de partout.
Ils s'enfuient en courant.
Non, on ne pouvait pas être près des cuisines.
D'ailleurs, on les a vus revenir, encadrés par les SS.
Ils ont tous été gazés.
Comment t'as pu oublier tout ça ?
Suzanne, c'est moi.
Je te dérange encore.
Dis-moi, on creusait près des cuisines ? Mais non, tu te trompes. On creusait
juste derrière les crématoires.
Mais t'es sûre ? Tu vois l'ancien camp de Tzigane ? En face, il y a le Mexique.
On y passait tous les jours, le matin et le soir.
On continue plus bas, à gauche, et c'est là qu'on creusait les fosses.
Tu vois, elle est là.
Elle est là.
Un, deux, trois.
Je ne sais pas si tu es là.
Non.
Non.
Ce n'est pas là.
C'est pas possible.
Ils sont sortis là.
Là.
Là.
Il n'y a plus rien ici.
C'est que...
on creusait ici elle
était couverte de chandre
même le ciel était noir
Bonsoir. Vous avez ma clé, s'il vous plaît ? Oui.
Voilà.
Madame, il y a un jeune homme qui vous attend.
Réveillez-le et dites-lui de monter dormir là-haut.
Va rester contenté là.
Je vous ai apporté quelque chose.
Tenez.
J'aimerais savoir ce que vous en pensez.
À ce soir. On verra ça demain.
Bonne nuit.
Bonne nuit madame.
Vous pouvez m'appeler Myriam.
Bonne nuit Myriam.
C'est quoi cet endroit ? Le sauna.
Mais c'était pas comme ça.
Où on est ici ? Les déportés se déshabillaient dans cette pièce.
C'est là qu'on leur prenait tout ce qu'ils avaient avec eux.
Vêtements, bijoux, argent, photos, tout.
Je reconnais pas.
Je suis passée par ici, forcément.
Il n'y avait pas de vitres dans le sauna, c'était tout gris.
On dirait un musée.
D'abord, on nous a fait rentrer dans
une pièce.
On nous a rasé et tatoué.
Et puis on nous a emmené au douche.
Quand on s'est retrouvées toutes nues, avec le crâne rasé, il y en a qui
pleuraient et d'autres qui rigolaient.
Il y avait quelque chose de ridicule.
Des femmes SS sont entrées et elles ont demandé s'il y avait des musiciennes.
Une petite voix a répondu, moi, je suis danseuse à l'opéra.
Une femme SS a dit, c'est bien, montre-nous ce que tu sais faire.
Et elle s'est mise à faire des pointes et des jetés battus, toute nue avec son
crâne rasé dans un silence total.
Lorette, c'est ça, elle s'appelait Lorette.
Elle devait avoir à peu près 15 ans comme moi.
Vous savez ce que c'est ? Des cendres.
Des cendres d'hommes, de femmes, d'enfants.
Je pourrai jamais oublier.
Il n'y a pas un jour que je n'y pense pas.
Quelques fois le soir, je me dis, tiens, tu n'y as pas pensé.
Et forcément, je me remets à y penser.
Ce n'est pas fini avec ce camp.
Vous allez être condamnés à le voir à travers mon regard.
Stop !
Il faut absolument que je mange quelque chose, je vais me trouver mal.
Vous ne pouvez pas attendre ? Non, non, il faut absolument que je mange quelque
chose tout de suite. Pas vous ? Non, merci.
Je ne veux pas.
Je n'ai rien.
Cette soupe est immangeable.
C'est drôle, hein?
Je suis sûre qu'il y en a une autre.
Cette soupe est pire que celle du camp.
Je suis sûre qu'il y en a une autre.
J'ai vu la Polonaise se servir dans une autre casserole. Mais on aurait pu aller
ailleurs. Non, non, mais je la garde pour elle. Ils vont la manger. Moi, j'ai
mangé ça. Eh bien, non, je vais aller leur dire.
Non, non, j'y vais. Non, non, non.
Attendez.
Je suis désolée, je ne comprends pas le polonais.
Sorry.
Qu'est-ce qui m'arrive ?
Et
après, vous avez fait quoi
? Quand je suis revenue, j'étais incontrôlable.
Je dormais par terre.
La nuit, je me réveillais et j'allais vider le garde-manger.
Je pourrais parler à personne, seulement à ma petite sœur.
Vous vous sentiez seule ? Oui.
Allez, assez de parler de moi. Et vous, alors, qu'est-ce que vous avez fait ?
Moi ? Oui.
J'ai bien de vous rencontrer.
Non, non, non.
Alors, on s'installe à la table?
Non, au bar, non?
Au bar? Oui.
Vous donnez quoi?
Vodka. Vodka?
Une bouteille? Une bouteille de vodka?
Oui, je tiens le coup.
Pourquoi vous êtes revenue ici ? J'ai pensé que pendant longtemps
que faire répondre à la violence par la violence, je voulais pas revenir ici, c
'était impossible.
Qu'est-ce qui a changé ? J'ai rencontré un
homme qui m'a aimée et... Cet homme, il est mort.
Vous êtes revenus pour lui ? Vous n'êtes pas revenus pour témoigner, non ?
Les anciens déportés ne reviennent pas pour témoigner.
Ils sont malades de souffrance, comme moi.
Ils ont peur de revenir ici, comme moi.
Pensez à une chose, foutez le camp d'ici, comme moi.
Qu'est-ce que vous faites ? Mes amis disent qu'on nous a fait creuser des
fosses pour mettre les cadavres, pour les brûler.
Parce qu'il y en avait trop à mettre dans les crématoires.
Ils les arrosaient de pétrole.
C'était à quelle époque ? En octobre 44, ça j'en suis sûre, parce que j'ai vu la
révolte des Sander Commando, là.
Ils nous ont fait signe de la main pour s'enfuir avec eux. Mais elles n'ont rien
inventé, vos amis.
C'est bien ici qu'elles sont, les fosses.
C'est ici.
C'est vous qui me dites ça ? Mais de quoi je me mêle ?
Mais qui vous a demandé quelque chose ?
Et si je veux pas m'en souvenir, moi
?
Je croisais un type marrant, un juif américain, un vrai américain.
Be a good girl, God bless you.
Il me rappelait un grand type, un électricien qui avait la liberté d'aller
d'un bloc à l'autre.
Un jour, six ou sept mois après que j'ai vu mon père pour la dernière fois,
Il m'a apporté un billet de mon père.
Il avait écrit quoi, votre père ?
Je suis
vivante.
Je suis vivante. Je suis vivante !
Je trouve une place là.
Myriam, dites-moi, votre père, il avait écrit quoi sur ce petit papier ?
Je ne m'en souviens pas.
Je ne m'en suis jamais souvenée.
Vous savez ce que ça veut dire ? La petite prairie au boulot.
Sous-titrage
FR
?
... ... ... ...
Chant.
Sous-titrage ST'
501
Où est le rêve, le rêve, le rêve
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