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Zulu
Et Rose ? Combien ?
25 francs.
D'accord.
Merci.
Sous-titrage Société Radio
-Canada
Bonjour à vous tous. Vous vous souvenez qu'hier, pour terminer le programme, on
avait eu des petits ennuis avec ce disque. J'avais promis qu'on l
'écouterait au début de l'émission. C'est une très jolie chanson. Une
chanson qui est d'ailleurs actuellement numéro 10 au Hip-Hop.
C'est chaud, on va faire un tour.
Crève de chaud, on y va.
Bonjour, quelle chaleur.
Combien ?
Bonjour, combien la passe ? Combien ? 30 ? 35 ?
Quelle chaleur.
On y va ?
Bon
anniversaire, Moïse.
Regarde.
Tu mets la pièce, là.
Dans la fente.
Elle ne peut plus sortir.
Tu vois, l'argent c'est fait pour être gardé, pas pour être dépensé.
Et quand il est plein ? Et bien quand il est plein, tu es riche, tu es content.
Elle va bientôt revenir, maman ? Je sais pas.
Ça vous intéresse de l'amener ? J'ai combien ? 35.
... ... ...
... ... ...
Bonjour. Quelle chaleur.
Combien ? T'as 16 ans, toi.
Oui.
C'est pas toi qui habites en face.
C'est bon.
Donne, l'argent.
Les habits, toi.
Tu t'appelles comment ? Moïse.
T'habites dans le quartier ? Oui. Et toi, comment tu t'appelles ?
Sylvie. C'est vrai, c'est pas trop chaud.
Elle n'a pas beaucoup servi.
Jamais ? Tiens, assieds
-toi.
Allonge-toi.
On va faire ça bien.
Parce qu'il n'y en a qu'une, première fois.
Il est tombé.
Voilà, monsieur Moïse.
C'était bien ?
La prochaine fois, il faudra
penser à mon petit cadeau.
pour le cas où ce sont des artistes que vous aimez bien, je suis persuadé que
dans le cas, il y en a certainement beaucoup.
Par exemple, on entendra Sylvie, les Sœurs, Monty, Wayne Fontana, les Rolling
Stones, on entendra aussi Franck Alamot, Thierry Vincent, ça c'est pendant la
première partie de l'émission, et puis pendant la deuxième partie, il y en aura
encore beaucoup, beaucoup d'autres.
Ici à moi.
Ok, je l'ai.
Aspect.
Bonsoir. T'as pas racheté de vin ? Non, j'en ai pas assez.
Je t'ai donné un billet de 5 francs ce matin.
T'as le ticket ? Non.
A partir de maintenant, tu me feras le plaisir de tout noter dans ce cahier.
Momo, tu sors, j'ai pris mon suppositoire, dépêche-toi.
Grouilleur.
Momo, tu sors tout de suite.
Dépêche, qu'est-ce que tu fous ?
Tu
me fais exprès ou quoi ?
Y'a plus de papier.
Bah va chez l'arabe.
Dépêche. Cours.
Je m'en fous, c'est un arabe.
C'est un arabe, c'est un arabe.
Mais si c'était pas un arabe, ce serait pareil.
Je ne suis pas arabe, maman.
Je viens du croissant d'or.
Un grand déce.
Une seconde.
Tu crois que c'est possible quelqu'un qui devine ce que tu penses ? Non.
T'es sûr ? Je connais quelqu'un qui peut.
Arrête de croire n'importe quoi qui t'a raconté ça.
Je t'assure, c'est vrai.
C'est quoi ce gâteau ? On n'est pas dimanche ? C'est de trouver.
C'est mon anniversaire.
On est déjà le 8.
Bon anniversaire mon petit.
Mais pourquoi tu mets qu'une seule bougie ?
C'est génial.
Et un 5,50.
C'est quoi le croissant d'or ? Le croissant d'or, c'est une région qui va
de l'Anatolie jusqu'à la Perse.
Merci, au revoir.
Au revoir, maman.
C
'est
quoi la Perse ? Quoi ?
La paire, c'est quoi ? C'est dans le dictionnaire, à la lettre P.
Papa Popole.
Titi ! Quoi ? Rien.
T'es pas foutu d'ouvrir un dictionnaire.
Ton frère le mangeait, il voulait tout savoir.
Mais c'est pas les courses, lui ! Quoi ? Rien, t'as pas de chance.
Je déteste Popole ! Je m'appelle
pas Momo.
Je sais que tu t'appelles Moïse.
C'est bien pour ça que je t'appelle Momo.
C'est moins impressionnant.
Qu'est-ce que ça peut vous faire ? Je m'appelle Moïse.
Moïse, c'est juif, c'est pas arabe.
Je ne suis pas arabe, Momo.
Je suis Mijelman.
5'80.
Pourquoi mon père dit vaché l'arabe, si vous êtes pas arabe ?
Arabe, bon mot, ça veut dire ouvert de 8h du matin jusqu'à minuit. Et même le
dimanche dans l'épicerie.
Voilà.
Allez,
allez, allez, on se dépêche. Plus tard, s'il te plaît, plus tard.
Position de départ, parfait.
La première phrase.
Comme ça
? Oui, comme ça.
Voilà, tu veux bien venir ? Oui, oui.
T'adresses à Paul, qui va venir après, par devant aussi. Non, ne le fais pas, c
'est pas la peine.
Est-ce que tu viens me voir ? Il me manque encore un peu.
Bon, on va la répéter une dernière fois.
C'est bon ? Alors en place, s'il vous plaît. La caméra au départ, merci. On se
dépêche, on se dépêche. Silence ! Silence, merci.
Non, Cédric, s'il te plaît, plus tard.
C'est une répétition.
Allez-y.
Une jambe ou deux par-dessus la porte, viens là ! Nouvelle vague !
Nouvelle vague ! Trois mignonnes approches fort
bien balancées, elles chantent une chanson d'elle, vise près de l'est. Là
nos trois pépères se sont déveillés par terre.
Alors, Momo, tu as envie de faire du cinéma ? Non.
Moi, si je n'étais pas si vieux, je crois que je me lancerais.
Vous ? Je ne suis pas de pierre, Momo.
Imagine que je suis dans un bateau avec elle et ma femme.
Le bateau coule.
Bonjour, monsieur.
Est-ce que vous auriez de l'eau ? Bien sûr, mademoiselle.
Je vous vois combien ? Cinq francs, mademoiselle.
Je ne savais pas que l'eau était si rare ici.
Mais ce n'est pas l'eau qui est rare, mademoiselle.
Ce sont les vraies stars.
Je vous remercie.
Vous avez un sacré culot.
Faut bien que je me refasse toutes les boîtes que tu me chouraves.
Ah non, viens voir, mon gars.
Viens, je... Je voulais rembourser.
Écoute-moi.
Tu ne me dois rien.
Si tu dois continuer à voler, j'aime autant que tu le fasses chez moi.
Regarde-moi.
Tu ne me dois rien.
Tu as fait le menu ?
Comme entrée, j'ai ce pâté pour chat qui fera l'affaire.
Très bon, ton père n'y verra que du feu. Tu lui dis que c'est une terrine de
campagne. Toi, tu évites.
Le pain, c'est pas la peine d'en acheter tous les jours.
Tu le passes un peu par le four, puis c'est très bien.
Dans le café, tu rajoutes un peu de chicorée.
Et les sachets de thé, tu les laisses sécher, puis tu peux t'en resservir.
Et pour le Beaujolais, tu rajoutes un peu de ce vin tous les jours dans la
bouteille.
Et pour toi, prends ce que tu aimes.
Beaucoup de jeunes venettes de la chanson sont venues. Nous avons déjà
applaudi les dragons. Et en ce moment, nous assistons au tour de chant des
chats sauvages.
T'as arraché les Beaujolais ? Ouais, ils l'ont promocé.
J'ai essayé ce pâté.
Comment tu le trouves ? Pas mauvais.
Je te préviens, il est un peu cher.
Goûte.
Il est très parfumé.
Non, non merci, j'ai pas très faim.
Ça va, t'as pas mal ? Oh, t'es un amour.
Merci, mon ange.
Quand tu seras plus grande, tu viendras me voir. Je t'en voudrais ça.
Mais j'ai 16 ans.
J'ai déjà couché.
Bon.
Il a du cran, ce gamin.
Imbécile !
Qu'est-ce que tu veux ? J'ai froid.
Ferme ça, la lumière bouffe les reliures.
Qu'est-ce qui te prend de prendre des douches n'importe quand ? J'ai froid.
Heureusement que ton frère n'était pas comme ça.
Pourquoi tu penses toujours à lui ? T'as rien à faire ?
Pour un livre, il adorait les livres, lui.
Hier, t'as oublié de nettoyer la douche.
Je crois qu'il m'aurait aimée.
Quelle question.
Pourquoi tu ne souris jamais ?
Sans un truc de riche, j'ai pas des moyens.
Bonsoir. Tu crois que moi, je suis riche ? Vous avez toujours plein de billets
dans la caisse.
Ça paye la marchandise et le loyer.
À la fin du mois, tu sais ce qu'il me reste ? Pas grand-chose.
Ah, là, excusez-moi, mademoiselle.
Quand je dis que sourire, c'est un truc de riche, je veux dire, c'est pour les
gens heureux.
C'est là où tu te trompes. C'est sourire qui range.
Essaye.
Essaye, tu verras.
Attends, tiens.
Prends ça.
Choucroute garnie, qualité supérieure.
Merci.
Alors ?
C'est pas moi qu'il faut regarder, c'est là.
Ça crève les yeux.
Je m'excuse, mais j'ai pas bien compris la leçon.
Bon.
Je recommence.
On monte ? C'est 30 francs.
Pas de problème.
Tu es déjà journaliste ? Enfin, étudiant.
C'est bien ça, journaliste.
On voyage, on apprend des choses, on voit des gens.
Toi aussi, tu vois plein de gens.
Oui, et ce qu'il y a dedans.
Tu peux m'aider, s'il te plaît ? Tu sais, tu es plus belle quand tu souris.
Ah oui ? Ouais.
C'est terrible une souris.
Tu m'excuseras, mais j'ai pas de petit cadeau.
Tu vois, ça marche.
On a tout ce qu'on veut.
Bonsoir, Pa.
Bonsoir.
C'est prêt. J'ai acheté du pâté et du Beaujeuner.
Toi, t'as fait une connerie.
Regarde-moi.
Approche un peu pour voir.
Plus près.
Ouvre grand.
Il va falloir te mettre un appareil, il y a un problème avec tes dents.
T'as oublié quelque chose ? C
'est de ma faute.
Si j'étais comme Popole, mon père m'aimerait.
Mais qu'est-ce que tu en sais ? Il est parti, Popole. Peut-être qu'il
supportait plus ton père.
Vous croyez ? Pourquoi il serait parti ? Je suis sûre qu'il savait sourire.
Ma mère n'a pas eu le temps de m'apprendre.
Vous l'avez connu, Popole ? Je te préfère cent fois, Popole.
Je te préfère cent fois, Popole.
Allez, aide-moi, ça calme les nerfs.
Il dit qu'il me faut un appareil. J'ai le dent qui pousse de travers.
Fais voir.
Elles sont pas si mal.
Regarde les miennes.
Souris un peu moins, ça suffit.
Tu te vois, il t'a fait rail dans la bouche.
Plus haut que le fil, on voudra croire que tu as 16 ans.
Comment vous savez ? Je ne sais rien.
Je sais juste ce qu'il y a dans mon Coran.
Tu sais, au début, c'est bien d'aller voir les professionnels.
Mais après, quand tu mettras des complications, des sentiments, tu sauras
apprécier les novices.
Vous y allez, vous ? À votre âge ? Au revoir.
Merci.
Merci. Au revoir.
Le ciel, il est à tout le monde.
Il n'est pas réservé aux mineurs.
Ça te dirait une petite balade le dimanche après-midi ? Vous avez marché ?
Vous êtes toujours assis sur votre tabouret.
Allo ?
Messieurs, s'il vous plaît, une petite photo.
Bougez plus.
Merci.
Ça doit être
chouette d'habiter Paris.
Mais tu habites Paris.
Non, moi j'habite rue Bleu.
C'est trop beau ici, c'est pas pour moi.
La beauté elle est partout, où que tu regardes.
Ça c'est dans mon Coran.
Vous croyez qu'il faut que je lise votre Coran ? Si Dieu veut te révéler la vie,
il n'a pas besoin d'un livre.
Je croyais que les musulmans ça buvait pas d'alcool.
Oui, mais moi je suis soufi.
C'est pas une maladie.
C'est une façon de penser.
Bien qu'il y a des façons de penser qui sont aussi des maladies.
Soufisme.
Courant mystique de l'islam, né au 8e siècle.
Opposé au légalisme, il met l'accent sur la religion intérieure.
Légalisme.
Légalisme. Souci de respecter minutieusement la loi.
Opposé au légalisme.
Ça veut dire qu'il est opposé à la loi ? Qu'il n'est pas toujours honnête ? Si
respecter la loi c'est être comme lui, c'est trop triste.
Je préfère être contre le légalisme.
Religion intérieure.
C'est nul le dictionnaire, il y a toujours un mot qu'on ne comprend pas.
religion intérieure.
Je suis viré, Moïse.
Il va falloir que je cherche du travail.
Ailleurs.
Il va falloir se serrer la ceinture.
Comment vous faites-vous pour être heureux ? Je sais ce qu'il y a dans mon
courant.
Faudrait peut-être que je vous le pique un jour.
Même si ça se fait pas quand on est juif.
Qu'est-ce que ça veut dire pour toi être juif ? Je sais pas.
Pour mon père, être juif, c'est être déprimé toute la journée.
Pour moi, c'est juste un truc qui m'empêche d'être autre chose.
C'est de mauvaises chaussures, tu sais.
Demain, je t'emmène en acheter.
Mais j'ai pas d'argent.
C'est moi qui te les offre.
C'est qu'une seule paire de pieds, tu sais.
Faut en prendre soin.
Si les chaussures te blessent, tu les changes.
Tes pieds, tu peux jamais en changer.
Merci.
Mon petit, excuse-moi, je suis parti.
Je n'ai rien en moi pour faire un père.
Peut-être nous reverrons-nous un jour, plus tard, lorsque tu seras adulte.
Quand j'aurai moins honte et que tu m'auras pardonné.
J'ai laissé sur la table tout l'argent qu'il me reste et la liste des gens que
tu dois contacter.
Ils prendront soin de toi.
Adieu.
T'aimes pas ? Si.
Tu connais ? Regarde, c'est facile.
1, 2, 3, 4, 5, 6.
Essaye.
Essaye.
C'est parti.
Mon père a du mal à digérer.
Qu'est-ce que je lui donne ? Ferner Branca.
Voilà.
Je crois que je vais arrêter le pâté.
Qu'est-ce que je peux lui faire pour ce soir ? Ravioli ? Excellent, les
raviolis.
Un courant ?
C'est quelque chose qui n'a rien de spatial, mais qui, comme les fusées
géantes, les satellites, a tout de même quelque chose de surhumain, un
gasifouille. Red Adair, le pompier volant, va peut-être, d'un moment à l
'autre, essayer d'éteindre ce qu'on appelle là-bas le briquet du bien.
Et ma foi, peut-être, un moment, le briquet, il nous semble si grand-mère de
nous.
Pourquoi ? Pas ici.
Pourquoi ? Si ma mère me voit, elle me tue.
Non, c'est moi qui la tue.
T'es bête.
Déjà, quand j'ai acheté ce pantalon, il m'a traité de pute.
Il te va très bien.
Tu trouves ?
Pas que le pantalon.
Tu sais, c'est pas parce que je t'envoyais de l'eau que tu me plaisais
pas.
Je sais.
Ah bon, tu savais ? Qu'est-ce que tu aimerais le plus
? Rien.
Moi, j'aimerais rencontrer mon frère. T'as un frère, toi ? Ouais, il vit avec
ma mère.
Je le déteste.
Pourquoi ? Parce que s'il était là, je suis sûre que tu
serais avec lui.
Tu me regarderas même pas.
Non ? Si.
Ça me bouffe le vent de savoir que tu pourrais être avec lui ou un autre.
C'est vrai ?
Je crois que Myriam est amoureuse de moi.
Enfin, moi je le suis.
La preuve, j'ai plus envie de Sylvie.
Comment va ton père ? Je le vois plus le matin.
Il a beaucoup de travail.
Il doit partir très tôt avec son nouveau boulot.
Il est pas furieux que tu lises le Coran ? Je me cache.
Et puis, je comprends pas grand-chose.
Quand on veut apprendre quelque chose, on prend pas un livre.
On parle avec quelqu'un.
Merci, madame.
Voilà.
Pourtant, vous dites que vous savez ce qu'elle... Que je sais ce qu'il y a dans
mon courant.
Tu penses à te laver le matin ? Bien sûr que je me lave.
Je change même de chaussettes tous les jours.
30 francs.
La prochaine fois, il me faudra l'autorisation de ton père.
J'aimerais ce soir vous emmener m'étancer.
Elle en aime un autre, depuis hier.
Peut-être qu'elle m'a menti qu'elle l'aimait avant.
J'en étais sûre.
Elle aura toujours un beau bol pour bouffer le ventre.
Ça ne fait rien.
Ton amour pour elle, il est à toi, il t'appartient.
Même si elle le refuse, elle ne peut rien y changer.
Elle n'en profite pas, c'est tout.
Mais vous, vous avez une femme ? Oui.
Pourquoi on la voit jamais ? Mais on va aller se rafraîchir.
Allez, viens.
Vous m'avez pas répondu ?
Si on ment pas de réponse, c'est une réponse.
Vous aussi vous êtes circoncis.
Mais je mens comme les juifs.
Donc vous pourriez être juif ? C'est ma main, c'est ma bouche.
Je comprends pas.
On peut pas tout comprendre avec la tête.
Où tu vas ? Laisse-moi, je suis en retard.
Dis-moi où tu vas.
Ça se voit pas ? C'est Chabat.
Je t'ai vu avec Richard.
Je sais.
Et alors ? Je veux plus être avec toi.
Pourquoi ? Pourquoi ? T'es fou, lâche-moi.
Je veux plus te voir. C'est fini.
Je viens me voir ? Ça va pas ?
Allez viens, je vais arranger ça.
Mon garçon, on a une mauvaise nouvelle.
Votre père a été retrouvé mort sous un train près de Marseille.
Tout indique qu'il a volontairement mis fin à ses jours.
Maintenant, il va falloir reconnaître le corps.
Je ne veux pas le voir.
C'est qui, lui ? L'ami de mon père.
Un ami ? Comment ça, un ami ? Ma femme s'est occupée de maman.
Ça fait longtemps que vous êtes ici, en France ? Très longtemps.
Momo a grandi ici.
Vous connaissez le père ? Il vaut mieux qu'on parle ensemble de ça.
Excuse-moi, Momo.
Il est malade ?
Il a enterré mon père.
Excuse-moi ? Un père qui se suicide, c'est pire qu'un père qui t'abandonne.
Ah, tu m'aimes !
Maman,
on a besoin d'une dizine.
Allô, Babylone 2129, ici Brigitte. Je voudrais deux yaourts, deux citrons.
Est-ce que vous pouvez me charrier deux caisses d'eau minérale ? Oh, je fais
erreur ! Zut, j'en ai marre !
Allô, Babylon 21-29, ici Jacqueline Maillot.
Vegan est pas là ? Oh, comme c'est fâcheux.
Alors, voulez-vous dire à ce petit monstre que s'il ne m'imite pas dans le
disque... Excuse-moi, la porte était ouverte.
Je cherche Moïse.
Je suis sa mère.
Et toi qui es-tu ? Moi on m'appelle Momo.
C'est pour Mohamed.
Ah bon tu n'es pas Moïse ? Non moi c'est Mohamed.
Mais il n'y a pas un garçon ici qui s'appelle Moïse ? Moïse il est parti
madame.
Tu permets que je visite ?
Il
en avait marre d'être ici.
Il n'a pas que de bons souvenirs.
C'est sa chambre.
Tu crois ?
Il aime la musique ? Il va revenir ?
Je ne sais pas.
Il a dit qu'il voulait retrouver son frère. Son frère ? Paul, je crois.
Paul ? Oui, un grand frère.
Je n'ai jamais eu d'enfant avant Moïse.
Je pensais que vous m'adoptez.
Demain, si tu veux.
Vrai ? Vrai.
Et votre femme, elle veut bien ? Ma femme, elle est retournée au pays depuis
longtemps.
Mais on ira la voir, si tu veux.
Le bureau est fermé, il est 5h moins le quart.
Il ouvrira demain matin à 9h. Vous ne pouviez pas le dire il y a une heure.
Ibrahim, c'est le nom ou le prénom ? Ibrahim Demelji.
Et plie le nom ? D-E-M-I-R-D-J
-I. Demelji.
Vous seriez français, ce serait déjà très difficile.
Mais alors là, dans votre situation, un
miracle ne suffirait pas.
Non. Non.
Non.
Non.
Non. Non.
Oui.
Présentez-vous lundi matin à 9h.
Au bureau 206.
C
'est
une excellente routière.
Quatre amortisseurs à boudin, sept chevaux fiscaux, vous pouvez faire des
pointes jusqu'à 140.
Elle a été élue la voiture de l'année au dernier salon.
Mais pour vous, monsieur, peut-être que celle-ci serait mieux.
Moteur V8, alors là, c'est la souplesse.
Je n'ai pas la peine de me faire l'article.
Je vous dis que je l'achète, celle-là.
Avez-vous le permis, monsieur ? Permis ? Oui.
Ah, bien sûr.
Bien sûr.
Voilà, voilà.
C'est un permis de conduire, ça ? Bien sûr.
Vous voyez bien ?
En plus, il faut que je lise l'arabe.
Bien, suivez-moi.
Si vous voulez, nous pouvons vous proposer de payer en plusieurs
mensualités sur une durée de trois ans. Quand j'achète, ça veut dire que j'ai de
l'argent.
Je paye comptant.
Eh bien, dans ce cas, faites-nous un chèque de... Non, je vous dis, je paye
comptant, avec de l'argent.
Voilà, du vrai argent.
Oui, voilà.
Mais personne ne paye en liquide, c'est pas possible. Pourquoi ? Je perds de l
'argent, ça ?
J'ai bien accepté, moi. Pourquoi vous non ? On
se trompe de maison.
Très bien, très bien.
Faisons comme cela.
Nous pouvons vous la livrer dans 15 jours, ça va ?
15 jours ? Mais dans 15 jours, je serai mort.
Non. Je la veux demain.
Demain, à l'épicerie, devant la porte.
Ah, Ibrahim ! Elle est belle !
Je ne sais plus, maman.
Comment ça ? Vous avez déjà conduit ? Il y a très longtemps, avec mon ami
Abdullah, mais... Mais ? Les voitures, elles n'étaient pas comme ça.
Elles n'étaient pas tirées par des chevaux ? Non, mon petit maman, par des
ânes. Des ânes.
Mais le permis ? C'était une lettre de mon ami Abdullah.
On est dans la merde, alors.
Doucement, doucement, doucement, doucement.
Les deux pieds, comme ça.
On lâche avec l'un et on appuie avec l'autre.
Très doucement.
C'est comme une femme, une voiture.
Ah, et pourquoi vous me l'avez pas dit avant ? Elle est très chatouilleuse des
pieds, ça va. Ça va, maman ? Bon, allez-y.
Doucement.
Voilà. Doucement, voilà.
Et bien ça, c'est un virage à droite. On ralentit.
Et ça ? Ça, c'est stop, on ralentit.
Mais moi, je ne vais jamais très vite.
Arrêt obligatoire, stop à 150 mètres, on marque l'arrêt.
Oui, oui, oui.
Ça,
c'est ligne jaune.
Il y en a partout, partout, sur toutes les routes.
Ligne jaune, continue.
Oui, continue, oui. Tu verras comme c'est pour les routes de campagne. C'est
pas fini. Ligne jaune, continue et... Ligne jaune, continue.
Il y a des lignes pointillées.
On ne dépasse pas.
Mais j'apprends, maman, j'apprends.
Mais ça me rétrécit le cerveau.
Avant de se garer, qu'est-ce qu'on fait ? Avant de se garer ?
On ralentit.
Et le clignotant alors ? Mais vous oubliez tout ! Mais je peux pas penser à
deux choses en même temps.
T'as qu'à tousser, voilà.
Toi tu tousses, et moi je mets le clignotant.
Garez-vous là de l'autre côté, derrière la bleue.
Coupez le motel.
Et s'il y avait une ligne jaune, qu'est-ce que vous auriez fait ?
Je continue ? Oui,
continue.
J'ai mis le clignotant.
Tout droit.
Quoi tout droit ? J'en continue tout droit.
On ne dépasse pas.
Bon, je vous donne le permis, mais c'est juste.
Je voulais dire au revoir.
Au revoir, Turquie.
Et toi, tu pars ?
Adieu.
Là, Momo, on est chez les riches.
Regarde, il y a des poubelles.
Quoi, les poubelles ? Lorsque tu veux savoir si tu es dans un pays riche ou
pauvre, tu regardes les poubelles.
S'il y a des poubelles sans ordures, c'est un pays riche. S'il y a des
ordures à côté des poubelles, c'est ni riche ni pauvre. C'est touristique.
Et s'il y a des ordures sans poubelles, c'est pauvre.
Alors ici, c'est riche ? Oui, c'est la Suisse.
C'est
pauvre ici ? Oui, c'est l'Albanie.
Et là ? Tu sens ? Ça sent le bonheur. C'est la Grèce.
Les gens sont immobiles. Ils prennent le temps de nous regarder passer.
Tu vois, toute ma vie, j'aurais beaucoup travaillé.
Mais en prenant mon temps, lentement.
Je n'ai jamais cherché à faire du chiffre ou avoir défilé les clients,
non.
La lenteur.
C'est ça le secret du bonheur.
Qu'est-ce que tu vas faire plus tard ? Je sais pas.
De l'import-export ? Import-export ? Mais c'est bien ça.
Import-export.
Je vous présente mon fils Momo, qui un jour fera import-export.
C'est la mer où vous êtes né ? Non.
Qu'est-ce qu'il y a ? Rien.
Pourquoi vous ne me parlez pas ?
Ça sonne au son ?
Ça sent la bougie ? C'est catholique.
Ça pue, ça sent trop les pieds.
Pourquoi toi tes pieds ils sentent pas ? Tu vaux pas mieux que ton voisin ? Moi c
'est parfait, ça me rassure. Je me sens, je te sens.
Merci à tous.
Elle est où, votre mère ? On se rapproche.
Je suis heureux, maman.
Tu es là, et je sais ce qu'il y a dans mon Coran.
Je vais vous faire de la peine, mais j'arrête pas de penser à la rue bleue.
Tu t'ennuies ? Non, non.
Mais j'y pense.
J'arrive pas à penser à autre chose.
Je vais te faire danser.
Vous ? Oui, il faut absolument.
Le cœur de l'homme, c'est comme un oiseau enfermé dans une cage.
Quand tu danses, le cœur chante.
Et puis...
il monte au ciel.
Ils tournent autour de leur cœur.
Dieu est là, dans leur cœur.
C'est comme une prière.
Ils perdent tous les repères.
Cette pesanteur qu'on appelle l'équilibre.
Ils deviennent des torches.
Ils brûlent dans un grand feu.
Ma tête s'est vidée.
Toute ma haine.
C'est ça, prier ?
Viens, on va prendre un thé.
Vous aussi, vous avez de la haine ?
Moussoua ?
Je suis
français.
Je ne parle pas votre langue.
... ... ...
... ...
Est-ce que vous trouvez que je suis beau ? Tu es très beau, maman.
Non, mais... Est-ce que vous croyez que je serais assez beau pour plaire aux
filles ? Et s'en payer ? Dans quelles années ce seront elles qui paieront pour
toi ? Pour le moment, ça marche pas très bien.
Évidemment. Tu as vu comment tu t'y prends ? Tu les fixes en ayant l'air de
leur dire, regardez comme je suis beau.
Alors forcément, elles rigolent.
Tu dois les regarder en ayant l'air de dire...
Je n'ai jamais vu plus belle que vous.
Pour des hommes comme toi et moi, pas Alain Delon, Marlon Brando, ta beauté, c
'est celle que tu trouves aux femmes.
L'homme a d'abord été minéral, puis végétal, puis animal, puis il est devenu
un homme.
Est-ce que tu imagines le chemin parcouru de la poussière jusqu'à aujourd
'hui ? Puis plus tard, tu deviendras un ange quand tu en auras fini avec la
terre.
Quand tu danses, c'est déjà un peu ça.
Tu vas m'attendre ici. J'en ai pas pour longtemps.
C'est derrière la montagne.
Allez.
Allez, descend.
Allez, descend.
Mais pourquoi ? Depuis le temps que je suis parti, je ne sais pas ce que je
vais trouver.
Qu'est-ce que je vais faire là ? Parle avec ton sourire.
Je reviens très vite.
Plus tard, mon fils.
Qu'est-ce que tu
fais
?
Passe pas avec moi, retourne dans ton village.
Je sais pas où je vais.
Momo ! Momo ! Oui, Momo ? Ibrahim a fait un accident.
Il t'attend dans la ville.
Ibrahim, Ibrahim ! Où est Ibrahim ? Il t'attend dans la ville.
Il t'a fait un accident. Fais vite ! Fais vite ! Il t'attend dans la ville.
Fais vite ! Allez ! Fais vite !
Ibrahim est dans cette maison.
Allez, entrez.
Le voyage s'arrête là.
Non.
Si.
Je suis arrivé.
Je ne savais pas.
Et la mer ? Toutes les rivières se jettent dans
la même mer.
Je sais ce qu'il y a dans mon corps.
J'ai bien vécu.
Je suis vieux.
J'ai une femme.
Je suis revenu chez moi.
L'épicerie marchait bien.
Elle est jolie, là, bleue.
Même si elle n'est pas bleue.
Mais puis, il y a toi. Je pars.
Je meurs.
Je vais vous joindre.
Je vous donne une lecture du testament.
Voici mes dernières volontés.
Moi, Ibrahim Demirci, lègue la totalité de mes biens à Moïse.
Maman, je suis en rendez-vous.
Excusez.
Mon fils Momo, parce qu'il m'a choisi pour père.
Et parce que je lui ai transmis tout ce que j'ai appris dans ses... Excusez-moi.
Maman, je te dis, je te rappellerai, moi.
Mais non, pas maintenant.
Moi, Ibrahim Dimerdi, je lègue la totalité de mes biens à Moïse Schmitt,
mon fils, Momo.
Parce qu'il m'a choisi pour père.
Et parce que je l'ai déjà transmis.
Tout ce que j'ai appris dans cette vie.
Ce qu'il y a de mon corps en Moumou, maintenant tu le sauras.
Toi aussi.
C'est tout ce qu'il y a à savoir.
Maintenant, je suis Momo.
Tout le monde me connaît dans la rue.
Je suis l'arabe du coin, ouvert de 8h du matin jusqu'à minuit, et même le
dimanche, dans l'épicerie.
8h40.
Une seconde.
Tu sais, je ne suis pas arabe, Momo.
Why can't we live together?
Tell me why, tell me why.
Why can't we live together?
Everybody wants to live together.
Why can't we live together?
Just a little peace in this world.
Sous-titrage Société Radio-Canada
Sous-titrage ST' 501
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