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Cri de rapace.
- Tu vois cette empreinte ?
Hein ?
C'est pas un loup, ça.
C'est la Bête.
Elle a longé la crête.
On va la suivre. 3 moutons en une semaine, ça suffit.
Coups de feu.
Bêlement.
Ah, les fumiers !
Chevrotements.
Tirer sur une femelle, en plein été, en plus.
On peut pas laisser le petit crever.
Je te descends, d'accord ?
Chevrotements.
Quand t'es sur la corniche, tu me préviens.
Je te donnerai un peu de mou.
Ça va?
- Euh... Ouais.
- Quand il est dans le sac, tire et je te remonte.
- D'accord.
Gémissement d'effort.
Cri de rapace.
- On chasse un fauve, on rentre avec un cabri.
Bêlements.
Meuglements.
Chevrotements du cabri.
Allez, viens, viens.
On va voir si elle l'accepte.
Viens, viens lui faire sentir.
Vas-y. Doucement, doucement.
Tout doucement, c'est bien.
Vas-y, essaye de lui faire téter. Doucement, tu y vas.
Va lui faire téter doucement. Voilà, c'est bien.
C'est bien.
Le cabri tète.
C'est pas trop mal.
Mais faut pas se réjouir trop vite.
Ça peut prendre du temps, ces choses-là.
On va les laisser.
Je vais aller m'occuper des vaches.
Avec cette bête qui rôde, il faut être prudent.
Je vous rejoins au chalet, ce soir.
Toi, file aider Angelina. Passe par les Glantières.
Directement. Pas de détour, compris ?
Allez, file !
- César !
Meuglements.
Salut, César.
- Salut, César.
- Oh là...
Faut désinfecter ça.
Gémissement.
- La Bête m'a foncé dessus.
Si j'avais eu mon fusil...
- Tu raterais un éléphant à 2 m.
Qui abat des chamois en plein été ?
- César, tu nous fatigues.
- Quoi ? Vous avez pas vu que c'était une femelle ?
Hein ?
- C'est vraiment pas le moment.
Faut que tu nous aides.
Faut se débarrasser de cette bête.
- J'ai vu ses traces sur la crête.
- Elle est plus bas.
André a été mordu aux Glantières.
- Aux Glantières ?
Il fredonne.
Halètements.
Grognements.
- Je vais pas le prendre, ton lièvre.
César, il t'appelle "la Bête".
César, c'est mon grand-père.
Enfin, pas mon vrai grand-père,
mais c'est pareil.
- Hé !
C'est bien ce que je pensais.
Rires.
- Regarde. Il est vivant, ton petit sauvage.
- T'en fais, une tête.
- T'as pas vu la Bête ?
Elle rôde dans le coin.
Regarde
la jambe d'André.
Tu lui apprendras à parler ?
- Quand t'auras appris à te taire.
- Bon, allez, les gars, on y va.
- Que faisais-tu, planté là ?
- Rien.
- Rien ?
Bon.
Ils vont te raccompagner.
Allez, va.
-Il était pas trop bourré, le César.
- Reviens dans 3 heures, tu verras.
-Il boit pas plus que vous.
Et lui, il tue pas les mamans chamois.
- Pour qui tu te prends, petit morveux ?
Rires.
- Je sais pourquoi la Bête t'a mordu. Tu pues. Elle t'a pris pour un bouc.
- Dis donc !
- Fous-lui la paix. Il a pas tort.
Tu pues vraiment comme un bouc.
Allez, marche ! - On y va.
Cris d'enfants.
- Tévret, occupe-toi des armes.
- Je vais prévenir Angelina.
- On se dépêche.
-Il faut prévenir Guillaume. Il est sur le sentier des écrins.
Tu sais où c'est ? Allez.
- Ils vont l'arrêter ?
- Pourquoi ils l'arrêteraient ?
Allez, file !
'Ça Va '?
Les cloches sonnent.
Bonjour.
À partir de cette semaine, tous les lundis, on prendra 30 kg de pain.
Ordre du quartier général.
-30 kg pour une petite boulangerie ?
- Et ne mettez pas de son dans la farine
comme l'a fait le boulanger de Maurienne.
- Et la farine ? Vous la fournissez ?
- Les ordres sont les ordres.
On est en guerre.
- Les soldats se battent. Ils pillent pas les boulangeries.
- À lundi.
- Le Grand Défilé est dangereux ?
- On n'y était pas. On était aux Glantières.
- On cherche la bête qui tue
nos moutons. Sans fusil,
voilà ! - Tu mens !
- Chut.
Vous faites comme moi, M. le maire.
Vous chassez des bêtes nuisibles.
Il y en a beaucoup, dans vos montagnes.
Beaucoup trop.
Ils traversent les cols, profitant de la nuit.
Comme les rats.
- Vous parlez de la Bête ?
- J'aimerais que vous ne me preniez pas pour...
Comment dites-vous, déjà ?
Un con ?
C'est ça ?
Il me faut les noms de ceux qui font passer les clandestins.
- Y a les Boches.
Dans le village.
- T'y touches pas.
Allez, viens.
- Y a des vraies balles dedans ?
- Chut, Sébastien ! Allez, viens.
Claquements de langue.
Chut ! Sébastien !
Cris et pleurs.
- Allez, dehors !
- Enfants de la patrie
Le jour de gloire est arrivé
Contre nous de la tyrannie
- Même les vieilles dames,
maintenant, lieutenant?
- On a relevé des traces au Grand Défilé.
Il y a eu un passage, la nuit dernière.
"U" passage ? De quoi ?
- Je finirai par les coincer.
Ce jour-là, ne soyez pas dans le coin par hasard.
En train de ramasser des myrtilles
ou d'observer des marmottes.
C'est clair ?
- Parfaitement clair.
- À cet âge-là, le petit cabri
avait aucune chance de s'en sortir.
En plus, il aurait pas pu survivre sans sa maman.
Hein, César ?
- Merci. Je préfère garder les idées claires.
- Ça me les éclaircit.
Essaie, ça te ferait du bien.
- Écoute, tout va bien.
Le cabri a une maman.
Et il t'a toi, aussi.
- Mais quand même. Ça doit être dur pour lui de pas voir sa vraie maman.
Dis, César ?
Maman sera là, cette fois, à Noël ?
Tu m'avais dit
qu'elle viendrait.
Il faut combien de temps
pour venir de L'Amérique ?
- Je sais pas. Je connais pas L'Amérique.
- C'est vrai, César.
Pourquoi t'es jamais allé en Amérique ?
Alors que c'est pile derrière la montagne ?
- Ta soupe va refroidir, Angelina.
- Angelina ?
- Oui ?
- Tu vas lécher l'oreille à Guillaume ?
- Pourquoi tu demandes ça ?
- Le fils d'André dit que les amoureux se lèchent les oreilles.
- Le fils d'André devrait tomber amoureux. Il parlera après.
Bonne nuit, Sébastien.
- Angelina !
On l'a déjà vue tuer les moutons ?
- Qui ça ? - La Bête.
- César t'a montré
les moutons égorgés.
-Il l'a pas vue les attaquer.
- Ça, non. Sinon, il l'aurait pas ratée.
Allez dors, maintenant.
- J'en mettrai 3 de plus.
Comme ça, si la Bête s'approche des moutons...
- C'est peut-être pas elle qui les tue.
- C'est elle, crois-moi.
Un berger de la vallée a pris un chien pour se protéger des loups.
Malheureusement, il n'aimait pas les chiens.
- Mais qu'est-ce qu'il a fait?
- On sait pas.
On dit qu'il lui tapait dessus.
Il s'est enfui. Il est devenu sauvage.
C'est sûr.
C'est sûr que c'est lui.
- Qui t'a dit ça ?
- C'est André. Il connaît le berger.
Hennissement.
- Je cherche André.
- André ? Il travaille là, dans la forêt.
Il souffle.
- T'es là ? Je croyais que je puais le bouc.
Reste pas là, tu vas te blesser.
- Non, je veux t'aider.
- Tu veux m'aider ?
Prends le bâton, derrière.
Allez, dépêche-toi !
Il souffle.
- Tu connais
le berger qui tapait la Bête ?
- Ouais.
- Pourquoi il la tapait?
- Qu'est-ce ça peut te faire ?
- Pourquoi il faisait ça ?
Parce qu'elle était méchante ?
Ou désobéissante ?
- Les gens, ça naît pas méchant.
Pareil pour les chiens. - Pourquoi ?
- Pourquoi, pourquoi ?
Tu sais pourquoi les gens font la guerre ?
Ben voilà.
Y a pas de pourquoi.
Il l'attachait à une chaîne qui faisait pas 2 m.
Il le battait.
Parfois, il lui donnait pas à manger pendant des jours.
Forcément, le chien est devenu fou.
C'est pas récupérable.
- Hé ho !
Je sais que tu es là.
Pourquoi tu te caches ?
Viens, s'il te plaît, c'est important.
César a mis des pièges autour de la bergerie.
Faut pas que t'y ailles.
T'es pas drôle, tu sais.
Sébastien soupire.
Le chien gémit.
Oh non ! Reviens !
Sébastien soupire.
- Attention !
C'est pas possible
d'être aussi maladroit !
Excusez-nous.
Merci.
Cris d'enfants.
- Faut que je te montre un truc.
Tu viens ?
Le chien gémit.
Viens, allez ! Viens, viens.
Allez.
Viens.
Allez, suis-moi.
Oui !
C'est bien.
Tu me suis, d'accord ?
Tu vas voir, il fait beau, là-haut.
Exactement.
T'as pas intérêt à t'approcher.
C'est dangereux.
César en a mis tout autour.
T'as pigé ?
Mouais.
Renifle.
Faut bien te rappeler cette odeur.
C'est important.
Le chien aboie.
T'es bête ? C'est un piège. Tu peux pas lui faire peur.
Allez, viens. César pourrait rappliquer.
Bêlements et aboiements.
Je le savais, c'est pas toi qui tues les moutons.
Ça Se peut pas.
Tu sais ce qu'ils font ?
Ils volent dans toutes les fermes.
Même les confitures de la mère d'André.
Allez, on rentre.
NON, pas par là !
Reviens !
Reviens !
Sébastien aboie.
Coassement.
Elle est belle.
Oh non !
Bon, allez, viens.
Tu vois les montagnes, Là-haut ?
Là où il y a de la neige ?
Juste derrière, c'est L'Amérique.
C'est là que ma maman est allée.
Angelina
aime pas en parler.
Ça l'énerve tout de suite.
Ah oui.
Je t'ai pas dit. Angelina, c'est...
la fille de...
la sœur de César.
Elle est morte.
Pas Angelina ! La maman d'Angelina.
Elle a beaucoup toussé et pof, elle est morte.
Ma maman ?
Peut-être qu'elle reviendra
à Noël.
Peut-être qu'elle aura des cadeaux.
Ce que je voudrais,
c'est une montre avec une boussole.
Grognement.
Un bébé pleure.
- Commencez à grimper. Allez.
- Comment tu es sûr que c'était lui ?
On a le droit d'aller en montagne.
T'y es tout le temps, toi. - Moi, je suis grand.
La dame avait un bébé dans ses bras.
On emmène pas les bébés Là-haut.
Et si t'avais vu tous leurs bagages.
- C'est des histoires de grands.
Ça regarde personne, tu comprends ?
- C'est si grave ?
- Mais non !
- Ben si, tu t'énerves.
- Sébastien, est-ce que je demande où t'as trouvé ces saucisses ?
- Vaut mieux pas.
- Guillaume, c'est pareil. Vaut mieux pas savoir.
Merci.
- C'est pour le passage de la semaine prochaine.
- Y en a un de prévu ?
- Mercredi, je crois.
- Au revoir, bonne journée !
Que manigancez-vous, toutes les 2 ?
- Je lui ai dit que vous étiez occupé.
Ça avait l'air tellement urgent.
Je vous laisse.
- Je veux venir t'aider, mercredi.
- Cette pipelette de Célestine t'en a parlé ?
- Oui. Tout le monde est au courant sauf moi.
- Je te protège, c'est tout.
- Enfin, pourquoi tu me mets à l'écart ?
- Moins t'en sais, mieux c'est.
- Ah oui !
Oui, j'oubliais. Le secret.
La discrétion.
Sébastien t'a vu en route vers le Grand Défilé.
- Que faisait-il si haut?
- Je sais pas. J'interdis, mais il n'en fait qu'à sa tête.
T'inquiète pas, il dira rien.
- Angelina, c'est un enfant.
Rires et aboiements.
- Sébastien peut pas continuer à traîner dans la montagne.
C'est trop dangereux avec cette Bête et les Boches.
-Il est presque sevré. C'est les derniers biberons.
Cet hiver, il rejoindra les siens dans la montagne.
L'appel du sauvage.
- Une autre bête égarée doit rejoindre le troupeau.
- Quel troupeau ?
- L'école.
- Personne sait où il va. Vous savez ce qu'il fait ?
- Viens.
- Éloignez-le du Grand Défilé. C'est tout.
- Oh ! Tu pues !
Viens.
Allez, viens. Oui.
Oui !
Que tu es beau !
Ah ben non, t'es pas beau !
T'es belle !
Si je t'appelais comme ça ?
Belle, tu es si belle
Qu'en te voyant Je t'ai aimée
Souviens-toi du temps où tu venais
Chaque soir pour me rencontrer
Tu passais Si belle que j'en rêvais
Tu le sais Mon amie, je t'aimais
Belle, que j'aime tant
Je t'attendrai en te rêvant
Belle, si tu le veux
Nous serons deux
Nous serons deux
Y a que moi qui ai le droit de venir. C'est mon secret.
Rentre.
C'est chez moi.
Enfin, chez nous, maintenant.
Attends, t'as pas vu le mieux.
Passage secret.
Allez, viens.
Ça mène dehors, tu verras.
Comme ça.
Si tu veux venir te cacher,
tu peux.
Personne se doutera
que t'es là. Allez.
Viens.
T'as peur ou quoi ?
T'es une poule mouillée.
Allez, viens.
Exclamation de surprise.
- Que fabriques-tu encore là ?
T'as perdu ta langue ?
Que fais-tu là, marmotte ?
- Attends ! Je vais t'expliquer.
- Pousse-toi.
Que voulais-tu
m'expliquer ? Hein ?
- Rien, je te dis.
- Qu'est-ce que tu me caches ?
T'es vraiment bizarre, toi.
Allez, viens.
Allez, viens !
Tu vas venir à la bergerie avec moi. Je vais te mettre au boulot.
Meuglements.
Ronflements.
Un cerf brame.
Coups de feu.
- Faut pas tirer sur les biches ! Vous avez pas le droit.
Si César
voit ça, il va vous démolir!
- T'emballe pas, gamin !
De quoi je me mêle ?
Essaie un peu !
- Lâchez-moi. - Tu te prends pour qui ?
Belle grogne et aboie.
- Pousse-toi !
Saloperie !
- Une arme brisée.
Un soldat immobilisé.
Vous comptez régler ça comment, M. le maire ?
- Elle n'est pas à moi, cette bête.
Je vous l'ai dit, elle est dangereuse.
- Allez, viens.
Que faisais-tu Là-bas ?
Tu veux te faire dévorer ?
- Réponds
au lieutenant, Sébastien.
- Je pêchais.
- Tu pêchais ?
Sans canne à pêche ?
- J'ai pas besoin de canne à pêche.
- Les enfants
ne vont pas à l'école ? - Mais si !
Lui... - C'est la France.
Patrie de liberté
et des cancres.
Pas étonnant qu'on ait gagné
la guerre en 2 mois.
- Vous aviez perdu la précédente.
- César !
Mon lieutenant.
On va organiser une battue.
On l'aura, cette bête.
- Je les connais, vos battues.
De vraies passoires.
- Vous voyez un autre moyen ?
- Je veux du monde. 50 personnes.
-50 personnes ?
- Pour demain matin, 8 h, heure allemande.
- Vous la faites où la battue, demain ?
- Tu connais cette bête ?
Pourquoi elle a attaqué le Boche ?
- J'en sais rien, moi.
- Écoute, des chiens battus, j'en ai connu.
J'ai même connu des gars qui essayaient de les sauver.
Ça finit toujours très mal.
Elle est foutue, cette bête. - Je sais.
- Bon.
On ira sur le versant des Glantières.
Là où on t'a interdit d'aller.
À la Meije, tu seras en sécurité.
C'est dangereux, une battue.
- J'irai à la Meije, promis.
- Bon.
On tire rien d'autre, pas même les sangliers, si on en lève.
On est là pour la Bête, que pour la Bête. Compris ?
Bon, on marche en ligne.
On fait du bruit. Ceux qui ont des crécelles ou des trompes,
VOUS Cornez.
- Dans quelle vallée on va ?
- Les Glantières.
- Elle sera pas aux Glantières.
Il faut ratisser la Meije.
- Ils viendront pas jusqu'ici.
César me l'a dit.
Ils sont andouilles.
Viens, on va voir s'il y a des truites dans le torrent.
Vacarme de la battue.
Grognement du sanglier.
- Hé, les gars ! On est en retard !
- Avancez, nom de Dieu !
Avancez, les gars ! Avancez ! Vous êtes plus en ligne !
- Je comprends pas. Ils devraient pas être là.
César a dit qu'ils iraient
aux Glantières. Je te jure !
Cornes, cris et aboiements.
Viens !
Allez, viens !
Cornes.
Je t'en prie, viens !
Pourquoi
tu t'arrêtes ? T'arrête pas !
Non !
Va-t'en !
Va-t'en !
C'est mon amie.
- Pousse-toi !
- Lâche-moi !
Lâche-moi !
César !
Tu peux pas la tuer. C'est mon amie.
- Dans les alcôves !
- César ! T'as vu quelque chose ?
Aboiements et cris.
- Belle !
- Là!Là!Là!
- Je l'ai eue !
Belle gémit.
Coup de feu.
- On la trouvera pas ce soir.
- Elle passera pas la nuit.
- Bon.
On arrête. J'appellerai les Boches demain matin.
- Sébastien !
Fracas de meubles.
M !
Sébastien !
Sébastien !
- Que s'est-il passé ?
Il est rentré en pleine nuit.
-Il est là ? Sans un mot.
- Tu m'expliques ?
César rit.
- Ben...
Imagine-toi, ce chien...
Imagine-toi,
ils ont fait copain-copain avec le gamin.
Il faisait. J'ai dû l'enfermer. - Qui ?
- Le gamin.
La bête, on l'a... Clac!
- T'as pas honte ?
Regarde-toi ! Tu sais plus ce que tu dis.
Et ce gamin que t'es censé éduquer mieux qu'à l'école !
- Je te pardonnerai jamais.
Grognements.
Sébastien pleure.
Les loups hurlent.
Cliquetis.
Grognements.
Grondement.
Belle ?
Belle pleure.
Belle ! Ma toute belle !
T'es vivante !
Belle !
- T'étais où ?
Sébastien !
César soupire.
- J'ai apporté de quoi te soigner.
Tu vas voir. Ça va aller.
César dit que le génépi
peut tout guérir. C'est ce qu'il met sur les blessures.
Belle gémit.
Belle pleure.
Non, Belle. Non.
Oui, je sais.
Ça pique un peu, en fait.
T'es brûlante.
Cris d'enfants.
- Bonjour, docteur. - Bonjour.
Bonjour, Anna.
- Bonjour, docteur.
- Guillaume!
Je te cherchais.
Dis, si un malade a de la fièvre,
on fait comment pour le soigner ?
- On va à l'école,
on suit de longues études et on devient médecin.
- Dis-moi pour de vrai !
- Ça dépend. Quelquefois, la fièvre a du bon.
Ça veut dire que le corps lutte contre la maladie.
- Et si c'est pas de la bonne fièvre ?
- Ça peut être une infection
dans le cas d'une blessure.
- Et alors ?
Il faut faire quoi, par exemple ?
S'il y a une "infectation" ?
Il rit.
- S'il y a une infection, il faut une piqûre et...
Pourquoi
tu me demandes ça ? - Je sais pas, pour savoir.
Et après ?
-Il faut désinfecter la plaie, la suturer, si c'est profond.
- César soigne ses moutons avec le génépi.
- César fait tout avec le génépi.
Je sais pas comment on tond un mouton,
mais pour une blessure infectée, il y a que la piqûre.
- Et sinon ?
- Sinon, c'est très grave.
Sinon, on peut mourir.
-Il me faut une piqûre.
- Qui est malade ?
- Je peux pas te le dire. Tu la tuerais.
- C'est ridicule, je vais tuer personne.
On tue pas les gens malades,
on les soigne, c'est tout. - C'est pas un gens.
C'est Belle.
- Tu parles de cette bête qu'ils ont tuée ?
C'est une bête sauvage.
C'est très dangereux.
On sait pas comment elle va réagir, blessée.
Je t'interdis de l'approcher.
- C'est mon amie.
-Il faut prévenir César qu'elle est vivante.
- Si tu parles, je dirai que t'amènes des gens dans la montagne.
- Chut !
- Tu peux la soigner, hein ?
Grognements.
N'aie pas peur. C'est le docteur Guillaume.
Belle grogne.
Belle, t'inquiète pas.
Allonge-toi. Allez.
Viens, s'il te plaît.
Elle supporte pas
qu'on la touche.
Parce que les humains lui ont fait que du mal.
- Ça va être simple.
Enlève son pansement, que je voie
sa blessure.
Belle gémit.
- Elle va pas mourir ?
- La blessure
a pas l'air trop grave.
La balle a rien touché
de vital.
C'est cette "infectation", comme tu dis, qui m'inquiète.
- Il va te guérir.
Ça va aller.
Elle voudra jamais
que tu lui fasses une piqûre.
- Je vais pas lui faire.
- J'y arriverai jamais.
- À toi, maintenant.
- Je pique où ?
- Alors, tu vas...
au-dessus de la blessure.
Y a un muscle. Tu le sens ?
Il faut planter
d'un coup sec.
Sans hésiter.
Belle pleure.
- Montez, je vous emmène.
- Non, merci.
-Il fait froid.
- On a l'habitude.
- Vous êtes très résistants, dans le coin.
Montez. - Et si je monte pas ?
- J'ai reçu carte blanche du quartier général SS
pour démanteler le réseau de passeurs de clandestins.
Vous savez ce que signifie "carte blanche" ?
Meuglements.
Excusez-moi, je pouvais pas vous laisser dans le froid
avec cette neige qui tombe.
Alors qu'il y a une place à côté de moi, bien au chaud.
Vous parlez jamais ?
- Jamais à un Allemand.
- Belle !
Sébastien rit.
Arrête ! Arrête !
Arrête ! Arrête ! Arrête !
Arrête ! Arrête !
Arrête !
- Allez, ma belle.
Allez ! Allez !
- Tu crois que je t'ai pas vu, petite canaille ?
Allez, on n'a pas fini.
Passe-moi la boule avec le ruban.
Merci.
- Ma maman,
comment elle va savoir pour mon cadeau ?
- Tiens.
Demande à César. Lui, il pourra t'expliquer.
- Expliquer quoi ?
- Rien.
- Tu voulais me demander quelque chose ?
- Non.
- Bon...
- Angelina ?
Ma maman,
comment elle saura que je veux une montre avec une boussole ?
- La montre, c'est pas le plus important.
Le plus important, c'est qu'elle pense à toi.
Où qu'elle soit.
L'horloge sonne.
Ah!
- Allez, Esther.
- On arrive ! Allez !
- On m'a dit que c'était 300 pour le passage.
- On vous a mal renseigné.
Gardez-les, vous en aurez besoin.
- Merci.
Vraiment, merci.
- Vous me remercierez en Suisse.
'On Part quand ?
- Quand la voie sera libre.
Les loups hurlent.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Restez là, je m'en occupe.
- T'inquiète pas, chéfle.
Je suis là.
Hurlements des loups.
Bêlements affolés.
Respiration haletante.
Bêlements affolés.
Les loups hurlent.
Bêlements affolés.
- Belle !
Belle aboie.
Grognements et aboiements.
Belle, viens !
Belle !
Ah!
Le loup gémit.
Les loups gémissent.
Gémissements d'effort.
Aboiements.
- Belle !
Belle !
- Guillaume ! T'es blessé ?
- Rien de grave.
Belle a fait fuir les loups.
C'est eux qui mangeaient tes moutons.
- Tu l'as appelée Belle ?
- C'est plus joli que "sale bête", non ?
- Célestine, une attelle.
J'arriverai pas à marcher avec une bande.
- Même avec l'attelle.
- J'y vais, docteur.
Belle gémit.
- Je m'excuse, tu es contente ?
- Pardon ?
- Non, je parlais au chien.
Elle rit.
- Tu parles au chien, maintenant?
- Arrête, ça sert à rien.
- J'ai pas le choix.
- Je peux les emmener. Je connais le chemin.
- Pas question.
- J'en suis capable. - S'il t'arrivait
quelque chose, je me le pardonnerais pas.
- T'as vraiment rien compris.
- C'est trop dangereux.
- En vérité, t'as pas confiance.
- C'est faux, tu le sais. - Ah ?
Pourquoi tu m'as pas dit qui t'informe sur les rondes ?
- Que fais-tu ?
Je t'interdis.
- Tu m'interdis ?
Tu m'interdis ?
- Angelina !
Arrête ça.
- C'est pas toi qui décides de ce que je fais.
- Angelina !
Criaillements.
- Vous inquiétez pas.
Tout va bien.
Je m'appelle Angelina.
Je vous ai apporté à manger.
Bonjour.
- Où est notre passeur ?
- Votre passeur, c'est moi.
On part à l'aube.
Guillaume m'a dit qu'il n'y a
pas de ronde. Des pas approchent.
Elle soupire. Sébastien !
Que fais-tu là ?
- Je veux rester avec toi.
- T'es trop petit. C'est dangereux.
- Tu dis que je suis petit.
Mais en vérité, t'as pas confiance.
- Bon.
Juste pour la journée.
Ce soir, tu rentres fêter Noël avec César.
Surtout, tu t'éloignes pas de la grotte.
- D'accord.
Rires.
Regarde.
- Oh là là !
Zaz : "L'Oiseau".
- Je connais les brumes claires
La neige blanche Et les matins d'hiver
Je voudrais te retrouver
Le lièvre blanc qu'on ne voit jamais
Mais l'oiseau, l'oiseau s'est envolé
Et moi jamais, je ne le trouverai
- Angelina connaît la montagne
comme sa poche.
Tu verras, dans 2 jours, tu seras de l'autre côté
des montagnes, en Amérique.
- C'est pas L'Amérique, c'est la Suisse.
- Non. De l'autre côté des montagnes, c'est L'Amérique.
César me l'a dit.
- L'Amérique, c'est de l'autre côté de la mer.
Très loin. Il faut prendre le bateau.
Et c'est long.
- Tu sais écrire "Amérique", toi ?
- Oui.
- Si jamais
Je rencontrais ce bel oiseau
Qui s'est envolé
S'il revient de son voyage
Tout près de toi, le long du rivage
Mais vois-tu, je lui raconterai
Combien pour toi Je sais qu'il a compté
C'est l'oiseau que tu aimais
l'oiseau jaloux, je l'ai deviné
S'il revient de son voyage
Je lui dirai que tu l'attendais
Crépitement du feu.
Les cloches sonnent.
- On peut dire ce qu'on veut, les Français savent faire le vin.
- Ça, oui.
Chant de Noël : "Stille Nacht, heilige Nacht".
- Joyeux Noël.
- Mon lieutenant ! - Oui ?
- Pour faire passer des Juifs, vous feriez ça quand ?
Moi.
Je ferais ça aujourd'hui.
- Tu as raison.
En plus, la nuit est claire
et la journée sera belle.
- C'est pas idiot.
Bien.
- On se dépêche !
Allez !
Faites-moi un rapport radio, toutes les heures.
Bonne chance.
Les cloches sonnent.
- Louis !
- César ? Que se passe-t-il ?
- Joyeux Noël.
- Waouh !
Elle est où, maman ?
César soupire.
- C'était une belle gitane, ta mère.
Je l'ai trouvée dans la neige. Elle était en train d'accoucher.
Je l'ai portée au refuge de pierres sèches.
Elle m'a fait promettre de bien m'occuper de toi.
Et elle a fermé les yeux.
Je l'ai enterrée près du refuge.
Je te promets, je sais rien de plus.
Mais à la seconde où elle t'a posé dans mes mains,
je t'ai aimé comme mon fils.
- Pourquoi t'as dit qu'elle pensait à moi ?
- Elle est peut-être Là-haut, ta maman,
mais son amour, lui...
Il te portera toujours.
Et moi, je suis là, moi.
- Allez, ma chérie, allez.
Angelina !
- Attendez !
- Avancez, vite ! Vite, avancez !
- Revenez !
- Plus vite ! - Attendez !
- Allez !
- Angelina !
Angelina !
L'écho reprend : "Angelina".
-Il nous rattrape, on va pas assez vite.
- Attendez ! Écho.
Grondement de l'avalanche.
- Avancez ! Vite !
- Vite, vite ! - Papa !
- Avancez ! Avancez, vite !
Grondement de l'avalanche.
- Maman !
- Oh, ma chérie, c'est fini.
Belle aboie.
- Tout va bien ?
Belle aboie.
Belle gémit.
- César !
- Ne bougez plus.
Économisez vos forces.
- N'allez pas... N'allez pas au Grand Défilé.
Mes hommes sont Là-haut.
J'ai fait au plus vite pour vous prévenir.
- C'est vous ? Depuis le début, c'est vous ?
Pourquoi vous me l'avez pas dit ?
- On peut pas rester là.
- Le Grand Défilé est surveillé.
Et impossible de passer par L'Écho.
-Il reste le Baou.
- Le glacier ? Des crevasses couvertes de neige.
- Belle saura les repérer.
- Sauvez ces gens.
- Les salauds ! Ils sont bien là. Allez !
Attention ! Vous me recevez ?
Attention !
Un groupe de clandestins !
Oui ! Un groupe de clandestins.
- Halte !
Là!
Des traces sur le glacier!
Ils ont moins de 4 heures d'avance. Ils sont faits comme des rats.
En avant !
Sifflement du vent.
Cris lointains.
- Qu'y a-t-il ?
- Ramassez vos affaires.
Vite, il faut partir.
- Allez, Esther. - Vite.
'J'ai peur!
- On voit rien, Belle. Il faut qu'on marche devant.
Mais tout seul, j'y arriverai jamais.
- Ramassez-le !
- Chut. Belle pleure.
Je sais que t'aimes pas ça, Belle. Mais il le faut.
Belle gémit.
Belle pleure.
Belle aboie.
- C'est bon.
- Fais attention. - Oui, j'ai vu. Reste derrière.
On ne peut pas trouver un autre chemin.
Faut prendre ce pont.
- Ça va, ma chérie ?
Sifflement du vent.
- Allez, ma chérie. Allez !
Vas-y. - Viens !
N'aie pas peur.
Voilà.
Très bien.
Sarah ! À vous !
Doucement. Voilà, doucement.
Non ! Regardez pas le vide.
- Viens, Belle. Allez.
- Sébastien, c'est à toi.
T'inquiète pas, elle suivra.
Regarde-moi ! - Allez, viens !
- Doucement... Voilà.
Doucement !
- Allez, viens !
Allez ! Viens, Belle !
N'aie pas peur.
Vas-y, Belle ! Vas-y !
Non, recule pas !
J'ai besoin de toi.
Oui ! Oui, Belle, viens!
Belle !
Belle gémit.
Belle !
- Allez, on tire !
Encore !
La corde !
'On Y est presque 1
Belle aboie.
Allez, on y va. Courage.
Sifflement du vent.
Tu la voyais comme ça, L'Amérique ?
- C'est pas L'Amérique, c'est la Suisse.
- Tu sais ça, toi, maintenant?
Merci.
Merci.
Elle rit.
Il soupire.
- On a réussi.
- Et Guillaume ? - Je le remplace.
- Vous avez passé le Baou comme ça ?
Toute seule, dans la tempête ?
- Grâce à Belle.
- Belle, t'es la chienne la plus courageuse que j'aie jamais vue.
Toi aussi, t'es drôlement courageux.
- Je vais pas rentrer avec toi, Sébastien.
Je vais rejoindre L'Angleterre, Londres.
Je veux aider à gagner la guerre.
Je veux faire une chose qui compte.
Je reviendrai vite, c'est promis.
Dès que la guerre sera finie.
Ça va aller ?
Tu donneras ça à Guillaume.
D'accord ?
Tu sais rejoindre le Grand Défilé, d'ici ?
Après, c'est facile.
- Allez, viens, Belle. On rentre.
Belle aboie.
-Il va rentrer tout seul, le petit?
-Il n'est pas tout seul.
Zaz : "Belle".
- Belle, tu es si belle
Qu'en te voyant, je t'ai aimée
Belle, que j'aime tant
Depuis longtemps, je t'attendais
Souviens-toi du temps où tu venais
Chaque soir pour me rencontrer
Tu passais, si belle que j'en rêvais
Tu le sais, mon amie, je t'aimais
Belle, oh, ma si belle
Tu t'en allais sans m'écouter
Belle, je t'attendrai
Pendant longtemps
Tu es si belle
Puis un jour, un jour tu passeras
Près de moi, ma belle
Tu viendras
Nous ferons alors si tu le veux
Ce jour-là le beau voyage à deux
Belle, si tu le veux
Nous serons deux
Nous serons deux
Sous-titrage : Eclair Group
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