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Original subtitles

Adjugé, 90 000 dollars à ce monsieur ici en face de moi. Merci.

Et maintenant, mesdames et messieurs, le numéro 34 sur la couverture de votre

catalogue, avec reproduction couleur.

Le portrait de Madame de Nemours, par Cézanne.

Étant donné l'extrême intérêt de ce tableau, Nous prenons des enchères par

téléphone pour le cas où des acquéreurs appelleraient de Londres et de New York.

Ce chef-d'œuvre appartient à la célèbre collection Bonnet. Elle est mise en

vente par le représentant actuel de la famille, M.

Charles Bonnet.

M. Charles Bonnet.

Mesdames et messieurs, ce superbe chef-d'œuvre post-impressionniste est

proposé à 200 000 dollars.

200 000 dollars.

210 000 dollars. 220 000 dollars.

220 000.

230 000, merci.

Maintenant, qui dit 240 000 dollars?

Merci beaucoup, merci.

Alors, qui dit 240 000 dollars?

Merci. 240 000 dollars.

200... 200... 260 000 dollars.

Le vainqueur espère battre son propre record très prochainement. Du sport,

passons dans les milieux artistiques, où s'est déroulée une importante vente aux

enchères de chefs-d'oeuvres impressionnistes.

La plus forte cote a été atteinte par un portrait de Cézanne, qui appartenait à

la collection de M. Charles Bonnet. Après des enchères très disputées, il a

été adjugé pour la somme de 515 000 dollars.

Son acquéreur, qui est lui-même un collectionneur très connu...

Bonsoir Marcel.

Bonsoir mademoiselle. Est-ce que mon père est rentré ? Oui, il est monté.

Dois-je prévenir ? Non merci, ne vous dérangez pas.

Bonjour, ma chérie.

Bonjour, papa.

Attention, je suis couvert de peinture. Couvert d'or aussi.

Oui, j'ai entendu le reportage sur les enchères à la radio.

Papa, il faut que nous parlions très sérieusement. Mon cher ange, ça a été un

triomphe. J'aurais pu vendre une douzaine de ces ânes du même coup. Un

seul suffit, ça suffit même largement. Cette histoire a assez duré, papa.

Non, non, un instant, un instant.

Regarde.

Comme c'est gentil de la part de Van Gogh de n'avoir signé que de son prénom.

Je peux imiter sa signature en un clin d'œil.

Là.

Parfait. Tu recommences, papa ? Tu recommences déjà ? Ce chef-d'œuvre perdu

depuis longtemps ne va pas être mis en vente de ce taux. Nous l'accrocherons,

il fera l'admiration de tous et qui sait, un beau jour, un magnat de la

finance me persuadera peut-être de me défaire de cette toile.

Tu es un véritable escroc.

Merci, mon enfant.

Oh, Nicole ! Ma poussière ! Ce n'est pas une poussière quelconque, c'est la

poussière de Van Gogh.

Cette poussière a vraiment été sa contemporaine. Je l'ai grattée moi-même

sur ces vieilles toiles du XIXe siècle.

Comme ça.

Tu vois, ça m'a pris des semaines.

Ça c'est de l'authenticité, je ne m'y connais pas.

Je ne crois pas que Van Gogh lui-même se soit donné autant de mal pour ses

tableaux. Il n'en a pas eu besoin, lui il était Van Gogh.

Mais ma chérie, tu sais bien que de toute sa vie, il n'a pas vendu plus d'un

seul tableau. Alors que moi, en hommage à la mémoire de ce grand génie

tragique... J'en ai déjà vendu deux.

Papa, je te répète une fois encore, que lorsque tu as vendu un faux, tu commets

aux yeux de la loi un crime.

Mais je ne les vends pas aux pauvres gens, je ne les vends qu'aux

milliardaires. Et ils acquièrent des peintures comme ceci-là.

La police ?

Ah,

mon Dieu, quelle peur tu m'as faite. Ce n'est que le directeur du musée Kleber

Lafayette. Il vient pour notre Vénus de Cellini.

Comment ça pour la Vénus ? Notre Vénus de Cellini va constituer le pôle d

'attraction d'une très grande exposition. Peintres et sculpteurs des

collections françaises.

Pas en public, papa ! Si.

Oh non ! Voyons, papa, tu ne vas

pas la laisser sortir de la maison.

Ne t'emballe pas.

Papa ! Mais papa ! C'est de la folie ! Papa !

J'arrive, monsieur Gramont.

Prenez votre tas.

Écoute-moi, je t'en supplie. Où vas-tu de la peinture? Est-ce que je sors la

peinture? Écoute-moi, papa, je t'en supplie, écoute-moi.

La Vénus de Trésil est un faux.

Ne prononce pas ce mot dans cette maison. Papa, c'est trop dangereux. Je

ne peux pas te laisser faire ça.

Papa, je t'en conjure.

Écoute-moi.

Mais arrête de te parfumer.

Très bien.

Viens avec moi. Monsieur Gramont te plaira. Il est profondément honnête et

complètement abruti.

Papa ! Mon cher Gramont,

comme c'est gentil d'être venu en personne.

Bonsoir, René. Vous me faites un grand plaisir, je vous assure.

Marcel Leporte, permettez-moi de vous présenter ma fille Nicole.

Enchanté, mademoiselle. Bonsoir, monsieur.

La voilà.

Permettez-moi.

Je m'en souvenais comme d'une œuvre d'art,

mais je reste sans voix.

Mon cher ami, Je vous exprime en mon nom et en celui du musée notre gratitude

pour votre prêt si généreux. Et je vous remercie au nom de la France toute

entière de n'avoir jamais laissé ce trésor sortir du pays.

Je sais les offres que l'on a dû vous faire et les tentations que vous avez dû

repousser. On est avant tout et toujours français.

Je vais le chercher, papa.

Mon papa,

laisse-moi t'aider.

Entre vos mains, cher Gramont, je remets notre ultime trésor.

Papa, qu'est-ce que tu as fait ? Un seul être vous manque et tout est dépeublé.

Papa ?

Qu'est-ce que j'ai fait ? Je viens d'offrir au monde la possibilité d

'étudier et d'admirer la Vénus de Cellini. Laquelle n'est pas de Cellini ?

Oh, les labels, les labels.

C'est ton travail avec les Américains qui t'a donné cette obsession des labels

et des marques de fabrique. Je voudrais que tu abandonnes cet emploi, Stéphanie.

Mais tu ne sais pas que les fonds en sculpture, c'est impossible.

Ce n'est pas comme en peinture. Je sais, je sais. Ils font des soi-disant tests.

Papa, ce ne sont pas des soi-disant tests.

Écoute, papa, une simple bouffée d'un machin chimique qu'ils appellent l

'argon. Et ils te donnent l'âge de la pierre, où elle a été extraite, quand

elle a été sculptée, et probablement le nom et l'adresse du bonhomme qui l'a

vendue. Mais bien sûr, mais pourquoi crois-tu que je ne l'ai pas vendue ? On

m'en a offert récemment, oh, ça me fait mal au ventre rien que d'y penser, on m

'en a offert un million de dollars.

Mais je ne la vendrai pas, je ne la loue même pas. Alors pourquoi ferait-il leur

test ?

Tu as entendu ce que Gramont a dit ? Cent mille cartes postales. Elle va

faire le tour du monde, notre chère Vénus. Tu ne crois pas que ça a de quoi

vous donner des émotions ? Si, j'en ai des frissons le long de la colonne

vertébrale. Le plus embêtant chez toi, c'est que tu es honnête.

Je ne dis pas cela pour te froisser.

J'ai des étourdissements quand nous avons ces conversations, papa.

Ce qu'il te faut, c'est un bon cognac.

Ma chérie, ce que j'aimerais que tu comprennes, c'est que je suis heureux et

fier que notre Vénus de Cellini soit un fou. Si elle était autant antique, que

serait-elle ? Une sculptée, en fait, il y a des siècles par un... par un Italien

hyper sexué. Mais notre Vénus de Cellini est vraiment à nous. Aussi sois fier d

'elle. C'est ton... c'est ton grand-père qui l'a faite. C'est ta grand-mère qui a

servi de modèle. Pendant des mois, elle s'est tenue là, sans faire un mouvement,

pendant que ton grand-père l'immortalisait dans le marbre.

C'était naturellement avant qu'elle n'engloutisse ses énormes déjeuners.

Ramenez-moi à l'hôtel, je vous prie. Oui, monsieur.

Mr. Edwell, tapez ce mémo immédiatement, faites-le vous-même et adressez copie

aux intéressés.

J'annule tous les voyages d'affaires et mes rendez-vous dans l'extrême et Proche

-Orient. Prolonge séjour Paris pour une affaire urgente concernant ma fondation

artistique. Instructions ultérieures suivront quand nécessaire.

Au bureau de Paris, faites-moi un topo sur Charles Bonnet de Paris et sur tous

les membres de sa famille, sur sa collection et en particulier sur la

Vénus de Cellini qu'il expose en ce moment.

Envoyez ces informations à mon hôtel dès demain matin. C'est très urgent. Je

répète, urgent.

Et confidentiel.

Ne bougez pas ! Posez ce tableau !

Vous entendez ?

Mlle

Bollet, je vous en prie.

Ne bougez pas !

Pourquoi avoir choisi ce tableau en particulier ? C'était le plus facile à

décrocher.

Écoutez, n'appelez pas la police. Laissez-moi encore une chance.

Vous savez, je ne voulais enlever qu'un tableau.

Vous en avez tellement.

Ça ne vous aurait sûrement pas manqué.

Je le remets en place.

Dommage. Vous saviez que mon père et les domestiques étaient sortis ? Comment l

'avez-vous su ? C'est mon métier de savoir ce genre de choses.

Écoutez, si je vous ai fait peur, j'en suis absolument désolé. Je croyais que

vous seriez au vernissage avec votre père.

Un pareil événement.

Comme de toute façon, vous m'avez fait peur aussi, on est quittes.

Ne faites pas le malin.

Ce truc-là, ça n'est pas chargé, non ? Bien sûr que si.

Vous êtes armé ? Hein ? Avez-vous un revolver ? Dieu du ciel, non !

Bon, je vais vous laisser filer.

Je ne sais pas pourquoi...

C'est moi qui suis blessé.

Et qu'est-ce que c'est ? De la teinture diode.

Ça me fera mal ? Procambrioleur, vous n'êtes pas bien courageux. Je suis un

voleur mondain. Je suis surpris qu'on veuille m'abattre comme un lapin.

Si vous retiriez votre main, je pourrais peut-être vous soigner.

Je souffre.

Vous êtes pire qu'un bébé. Ce n'est qu'une petite blessure. Oui, seulement c

'est moi le blessé.

Que voulez-vous ? Ça fait partie des risques du métier. Vous êtes venu ici

pour voler.

Pourrions-nous éviter ces sujets trop personnels ? Parfait. C'est un truc à

vous mettre sur le flanc pour une semaine.

Vous marcherez droit pendant un certain temps.

Écoutez, l'état, je meurs de fatigue. Je dois travailler demain matin.

Vous travaillez ? Ça existe, des gens qui travaillent.

Très bien, je m'en vais.

Comment vais-je rentrer ? Je ne peux pas conduire.

Oh, je me sens mal.

C'est le choc, le sang que j'ai perdu.

Oh, Seigneur Dieu.

Je vous appelle un taxi.

Et je le paie par-dessus le marché, d'accord ? Non, en ce qui me concerne, c

'est parfait, mais... Si jamais la police découvre ma voiture juste devant

chez vous, ça peut lui mettre la puce à l'oreille. On me recherche, vous savez.

Je ne dis ça que dans votre intérêt.

Merci.

Merci infiniment.

Je vais vous raccompagner dans votre voiture, ça vous va ? Parfait, merci.

Vous n'auriez pas une cigarette, par hasard ?

Tenez.

Elle monte à près de 250 à l'heure.

Pour prendre la fuite, c'est l'idéal.

Vos affaires semblent marcher plutôt bien.

Je l'ai volée.

Je ne conduis pas de voiture volée.

C'est le même principe. Quatre vitesses plus une marche arrière. C'est insensé.

Vous devriez être en prison et moi au lit.

Très bien. Où allons-nous ?

Au Ritz.

Au quoi ? À l'hôtel Ritz. Il est place Vendôme. Je sais où est le Ritz.

Vous êtes un voleur bien sophistiqué.

Il me semble que votre bras va mieux.

Oh non, non, silence, silence.

Erreur, c'est l'autre bras.

L'infection se propage.

Nous voilà arrivés sains et saufs, merci. Si un jour je peux vous rendre le

même service. Ça me paraît très improbable.

Comment vais-je rentrer chez moi ? Vous voyez, il ne faut pas dire Fontaine, je

ne boirai pas de ton eau.

Bonsoir, monsieur Dermot.

Ah, Armand, je veux un taxi.

Oui, monsieur Dermot, tout de suite.

La voiture de madame va s'avancer.

Taxi !

J'ai été vendu, hélas.

Maintenant, vous savez mon nom. Baf, ma foi, tant pis. D'ailleurs, j'ai comme l

'impression, et croyez-moi, c'est rare dans mon métier, que l'on peut vous

faire confiance.

Hé ! Encore un dernier petit service.

Comme un idiot, j'ai oublié de mettre des gants pour travailler. J'ai peur d

'avoir laissé des empreintes. Faites-moi plaisir. Avant d'aller dormir, frottez

le bois du cadre délicatement avec un chiffon propre.

D'accord ? Entendu.

Et avec ça ? Vous ne voulez pas un faux passeport, des billets de fausse monnaie

? Non, non, non.

Vous êtes fou.

Vous êtes fou, allié.

Vous avez peut-être un embrassé en partant. En général, je suis réservé à

la première rencontre, mais comme vous êtes très gentil...

38 rue Parmentier, à Neuilly.

Soyez prudent.

Dormez bien.

Nico, ma chérie, quel dommage que tu aies manqué le vernissage. Notre Vénus

de Cellini a eu un succès extraordinaire.

Si tu avais vu cette foule, les milliers de gens, les photographes des quatre

coins du monde, tout cela pour notre Vénus qui était le pôle d'attraction.

Papa, j'ai surpris un cambrioleur.

Mais oui, oui, bien sûr.

Mais il faut me promettre que tu iras voir ça le plus tôt possible.

Cambrioleur ? Oh, ici, chez nous ?

Dieu du ciel ! Tiens, bois un peu de champagne et raconte-moi tout ce qui s

'est passé.

Eh bien, c'était au beau milieu de la nuit et soudain je l'ai vu.

Grand, selte et des yeux très bleus.

Plutôt joli garçon.

Mais brutal et méchant à la fois, papa. C'est un homme effrayant, arrogant,

féroce, qui n'a aucune morale, ni aucun scrupule, ni... On ne sait pas.

Et si vous...

Vous avez parlé ensemble ? Eh bien oui, plus tard, quand je l'ai ramené chez lui

en voiture.

Je t'ai obligé, papa. Je l'avais blessé au bras avec ton vieux pistolet.

Du coup, il est parti tout seul.

Je crois.

Ma chérie, écoute.

Tu vas reprendre toute cette histoire depuis le début et tu me diras tout ce

qui s'est passé en détail.

Je l'ai surpris en flagrant délit de vol.

Je l'ai tenu en respect avec le pistolet et j'allais téléphoner à la police

lorsque j'ai vu ce qu'il voulait voler. Le Van Gogh ! Ton Van Gogh ! Quoi ?

Alors je me suis reflée.

J'ai eu peur que si on l'arrêtait, ça ne te fasse une mauvaise publicité.

Publicité ? Ah oui, bien sûr. Tu veux parler de l'enquête. Ça aurait pu être

très gênant. C'est ce que je me suis dit. Je l'ai non laissé filer.

Bien ! C'est bien ce qu'il fallait faire, non ? Si, bien sûr. Peut-être un

dessin délicat en primaire. Si tu avais vu le grimace qu'il faisait quand je lui

ai pensé sa blessure.

Mais oui, sa blessure aurait pu s'infecter. Oh, tu sais, ça a été

affreux, papa.

Oui, affreux.

Bonne nuit, papa.

Bonne nuit, ma chérie.

Bonne nuit, papa.

Bonne nuit, ma chérie.

T'en reviens ? Nicole !

Ce grand et séduisant schnappant aux yeux bleus, s'il t'a...

opportuné d'une manière ou d'une autre ? Eh bien, réponds !

Pas plus que ça.

Pardon. Tiens, bonjour.

Nos rencontres sont toujours placées sous le signe des œuvres d'art.

De toute beauté.

Vous n'oseriez pas ? Ne craignez rien, je ne suis pas en service.

Oh, mademoiselle Bonnet, quel plaisir de vous voir ici. Monsieur Grammont.

Monsieur Grammont, le directeur du musée...

Dermot, enchanté.

Enchanté, monsieur. Mademoiselle Bonnet et moi sommes de vieux amis. Nous tirons

le pigeon ensemble.

Oh, non.

Merveilleuse exposition, tellement de belles choses partout.

Et de si grande valeur. Oh, oui, oh, oui.

Et remarquez, je vous prie, les mesures de sécurité prises pour protéger votre

belle sculpture.

Vous vous intéressez à l'art, monsieur Dermot ? Oui, énormément.

Et aux mesures de sécurité.

Oh, c'est parfait.

Laissez-moi vous montrer, je vous prie.

Excusez-moi.

Vous voyez ces minuscules faisceaux bleus ? Ce sont des circuits à

infrarouge. Oh, il faut que je file.

Continuez, je trouve cela fascinant. Oh, faites attention, faites attention,

parce que ces faisceaux créent un circuit autour de la Vénus et tout ce

qui coupe ce circuit déclenche la sonnette d'alarme. Bravo.

C'est le système électronique de détection et d'alarme, nous l'appelons

le SEDA.

Très ingénieux. Très. Monsieur Grammont, je... Oh, je connais la question que

vous allez me poser. Et si un cambrioleur arrivait à couper la

sonnerie d'alarme?

Non, j'avoue, je n'y avais jamais pensé. Curieux, j'allais précisément vous poser

cette question.

C'est tout naturel. La réponse est impossible.

Voyez-vous, ça fonctionne comme la porte d'un coffre-fort. Et seuls deux gardiens

assermentés et moi-même, bien sûr, connaissons la combinaison. Je vais vous

montrer. J'ai un rendez-vous en matin. Au revoir, monsieur Gramont. Au revoir.

Je ne suis pas très pressée. Ah non, vous venez avec moi. Si vous insistez.

Au revoir.

Et maintenant, partez, sinon j'appelle la police.

Vous êtes d'une nature plutôt capricieuse. Vous êtes toujours comme

ça, en train de changer d'idée ? Écoutez, j'ai vraiment une chose

importante à vous raconter, alors ne partez pas.

Attendez !

Ah,

enfin vous voilà.

Je vous ai attendu au Ritz hier soir.

J'ai cru que vous étiez fait cueillir. Non.

Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Je ne fais du cambriolage qu'à mi-temps et ça me

donne du mal. Allez-vous trouver le Van Gogh ? Facilement.

Alors ? Ah, il vous laisse perplexe, on dirait.

Oh non, pas du tout.

C'est un très beau Van Gogh.

Oh, bien sûr que oui, mais qui a peint cette toile ? Mon cher Bernard, Bonnet

expose actuellement une sculpture de Benvenuto Cellini qui vaut un million de

dollars. Il n'a pas besoin de peindre des fausses toiles.

À moins que le Cellini soit un... Non, pas le Cellini.

D'abord, il a été exposé pour la première fois en 1910, alors que Bonnet

n'avait que 8 ans.

Par ailleurs, Bonnet n'a jamais étudié la sculpture.

Par contre, il a étudié la peinture.

Mais s'il a un million de dollars lâchés dans la nature, pourquoi peint-il des

faux ? Pour quel motif ? L'orgueil, la vanité, le besoin de jeter de la poudre

aux yeux et de s'amuser par-dessus le marché.

Simon, imaginez que Bonnet soit un jeune peintre. Comme beaucoup d'autres, il

copie les maîtres pour percer leurs secrets. C'est son dada, tout d'abord.

Mais au fil des années, ça va devenir une obsession.

Il étudie la moindre nuance de lumière, de couleur, d'ombre, de forme. Il s

'identifie complètement à sa peinture. Quand il peint Van Gogh, il est Van

Gogh. Il est Lautrec, Cézanne, il est le peintre qu'il choisit d'être.

Voilà quel est son motif.

Et voilà d'où il tire son profit.

Que pensez-vous de la fille de Bonnet ? Nicole ? Que t'as d'avoir là-dedans ?

Croyez-vous qu'elle soit dans le coup avec son père ? Dans le quoi ? C'est

vous-même qui dites qu'il n'y a rien.

Ah oui, c'est vrai. Vous vous trompez et vous verrez que j'ai raison.

Entrez.

Bonsoir, papa.

Bonsoir, ma chérie.

Marcel m'a dit que tu dînes en ville.

Avec un abeuf américain que j'ai connu aujourd'hui.

Il fabrique des calculateurs.

Des quoi ? Ah bon, ça pourrait faire la base d'une amitié durable.

Ah, le voilà.

Ponctuel comme l'horloge parlante.

Il a une énorme caviaque. C'est pas mal de signe.

Comment s'appelle-t-il ? Davis Leland.

Davis Leland ? Tu en es sûre ? Tu le connais, papa ? Non, mais je voudrais

bien faire sa connaissance.

C'est même un des plus importants collectionneurs de tableaux des États

-Unis. Je vais aller lui tenir compagnie.

Il ne m'a pas parlé de sa collection.

Il ne t'a pas dit qu'il a acquis le grand Toulouse-Lautrec de la collection

Bonnet ? Ton Lautrec ou le Lautrec de Lautrec ? Le mien, totalement.

Est-ce que tu penses, par hasard, que le mien serait inférieur ? Écoute, papa, il

a mentionné ton nom comme s'il lui était très vaguement familier.

Non seulement il ne m'a pas dit un seul mot de sa collection, mais il m'a dit qu

'il détestait les œuvres d'art.

Il soupçonne quelque chose.

À mon avis, il s'est arrangé pour me voir.

Je trouve ça assez bizarre.

Je vais aller lui parler.

Quel délicieux dîner. Le vin est sublime. Comment souhaite-t-il que vous

sachiez le choisir ? Je possède le vignoble.

Comme c'est amusant. Oui, c'est une filiale des houilles et coques de l'Est.

Houilles et coques de l'Est.

C'est elle-même une filiale des lins et laines de l'Ouest.

Fantastique.

Quel est votre indice de croissance ? Vous, alors ? Vous êtes formidable. Vous

êtes merveilleuse. Vous savez, en général, j'ai un mal fou à causer avec

les femmes.

Mais avec vous, c'est... C'est comme si nous parlions de balance et de bilan.

Vous êtes vraiment trop gentil, monsieur Leland.

Mais j'ai l'impression que vous ne tenez pas à aborder un certain sujet.

Ce n'est pas qu'une impression, n'est-ce pas ? Non, j'hésite à dire ceci.

Oui ? Mais voyez-vous, ça a quelque chose à voir avec votre père.

Et avec la collection Bonnet.

Oh !

Oui, voyez-vous, ce qui m'ennuie, c'est que ça m'est difficile à dire.

Monsieur Davis Leland ? Oui ? On vous appelle de l'étranger, monsieur, des

États-Unis, de la Californie.

Mais comment ont-ils pu savoir que je me trouvais ici ? Bon, je vous en prie,

excusez-moi, je serai bref.

Oh non ! Ce n'est pas un accueil très cordial. Je me suis pourtant donné un

mal fou pour vous accorder ces précieuses minutes de solitude.

Quittez cette table. Soyez bonne pour un cambrioleur en chômage.

Invitez-le à dîner. Le monsieur qui m'accompagne est d'une nature très

emportée. Alors annulez votre fou coup de téléphone.

Je dois absolument vous parler. Si seulement j'avais encore mon pistolet. C

'est important.

Ne quittez pas, ne quittez pas et vous ne me passez personne.

Écoutez. Quoi ? J'en ai marre de vous quitter pas à la fin. Vous quittez cette

table ou je commence à faire du scandale.

D'accord, je m'en vais. Dites-moi seulement où et quand on peut se revoir.

Choisissez et faites vite.

Rappelez-vous, Simon Dermot, chambre 136, Ritz.

C'est urgent.

Ritz.

Ritz.

Bon, où en étions-nous ? Nous parlions de mon père et de sa collection.

Ah, oui.

Ça me coûte de vous dire cela, mademoiselle Bonnet.

J'ai arrangé notre rencontre. Pourquoi ? À cause de cette ridicule obsession qui

me ronge sans cesse. Dès le moment où j'ai posé mes yeux dessus, j'ai été

perdu, désespéré, complètement asservi par cette effroyable passion.

Mais... Poser vos yeux sur quoi ? Sur la Vénus de Cellini, bien sûr.

Je l'ai vue hier soir et depuis elle me hante. Je n'en pense qu'à elle. Je n'en

ai pas fermé l'œil de la nuit.

Ce matin, quand j'ai appris que votre père ne voulait pas la vendre, je me

suis démené pour vous rencontrer, en espérant me servir de vous pour arriver

à la Vénus.

Voilà, vous savez tout.

Mon pauvre chef.

Non, non, non. Ne me prenez pas en pitié.

Je déplore que vous soyez tombé amoureux de la Vénus. Elle n'est pas à vendre. Et

vous pouvez me croire, si elle était à moi, elle serait chez vous demain matin.

Oh, ce sera votre prix de consolation.

Vous m'avez embrassée ? Oui.

Et je recommence.

Alors ? Est-ce que nous dansons ? Oui, oui.

Oui ! Bonjour, ma chérie.

Je vais appeler Marcel.

Non, merci, papa. Je suis en retard.

Je veux seulement te dire deux mots sur Davis Leland.

Tout va pour le mieux.

En ce qui le concerne, tu peux continuer à peindre de faux tableaux tant que tu

pourras tenir un pinceau. Car il fait des pieds et des mains pour me voir et

arriver à toi grâce à moi dans l'espoir de repartir avec le Cellini.

Pas vrai.

Les milliardaires américains doivent tous être complètement piqués.

Mais leurs billets de banque sont imprimés avec une angle plutôt

sympathique.

Il y a un monsieur qui veut voir monsieur. Il vient de la part de

monsieur le directeur du musée Clébert Lafayette, monsieur.

Frito ? Bon, faites-le rentrer, monsieur. Faites-le rentrer.

Peut-être encore un pigeon à plume.

Monsieur ? Bonjour, monsieur. Je

m'excuse de vous déranger. Une considération technique concernant l

'assurance d'une statue que vous avez prêtée hauteur 63 cm en marbre,

intitulée Vénus par Benvenuto Cellini ? Une

assurance ? Pour ça ?

Ça n'a jamais été assuré, ça.

Ça n'a pas de prix. Oui, nous en sommes conscients. Aussi des stipulations

spéciales ont été créées pour son transport et pour son exposition.

Mais par une malencontreuse erreur, monsieur, votre signature ne figure pas

au bas de ce document.

Cela n'entraîne bien sûr aucune dépense en ce qui vous concerne.

C'est une pure formalité.

Une fois que vous avez signé ce document, l'œuvre d'art est couverte

jusqu'à son retour en ses lieux, en bon état.

Je n'ai qu'à signer ? Oui.

Et ce sera alors ? Assuré pour un million de dollars contre tout risque, y

compris le feu, l'inondation, les tremblements de terre, accidents d

'avion, mises à sac, pillages, pertes, troubles civils ou militaires,

effondrements totaux ou partiels de maisons, et évidemment contre tout

larcent ou vol.

Merci, monsieur.

À propos, monsieur, voudriez-vous être présent ?

Lorsque les techniciens feront l'expertise.

Les techniciens feront l'expertise ? Oui, c'est une pratique courante. D

'ailleurs, en signant, vous l'avez autorisé, monsieur. C'est une simple

formalité. Je crois que nous confions l'expertise au professeur Boer, qui

arrive de Zurich par avion vendredi.

Bon, merci, monsieur.

Au revoir, monsieur, mademoiselle.

Attendez.

Papa, ce professeur Bauer, est-ce qu'il connaît tous les tests ? C'est lui-même

qui les invente.

Mais ce n'est pas comme si nous cherchions à vendre la Vénus. Ma chérie,

dès la première flambe et le soupçon, c'est tout le mythe de la collection

Bonnet qui est fichu en l'air. Boum ! Tout ce que j'ai fait va être examiné et

réexaminé, passé au rayon X, fluoroscope, microscope, radiographié,

empuanti par leurs produits chimiques.

Nous vivons dans un monde de commerçants grossiers sans confiance, sans rien.

Il

faut

empêcher le professeur Bohair d'examiner la Vénus. Mais comment ? Il vient d

'avoir ma permission.

J'ai non seulement mis ma tête sous la guillotine, j'ai desserré mon collet et

ma cravate pour aider le bourreau.

Toi, au moins, je peux t'éviter des ennuis. Je veux que tu quittes Paris. Je

veux que tu ailles en Amérique.

Non, non, non. Va en Orient. Ça vaut mieux. Non. Mon enfant, ça me facilitera

la tâche. Tu peux me croire. Je n'ai pas l'intention de te quitter un point, c

'est tout. Monsieur.

Oui ? Le seigneur Paravideo désire vous voir. Qui ? Un sud-américain, à ce qu'il

m'a semblé, monsieur.

D'une nature très exubérante. Qui est-ce ? Je n'en sais rien.

Oh, mon Dieu.

Oh, mademoiselle, monsieur, je vous fais toutes mes... Oh, le voilà.

Oh,

tel que vous l'avez décrit.

Quoi qu'encore plus beau.

Oh, je vous présente tous mes excuses.

J'ai reçu un coup de fil, une révolution dans mon pays.

Certains de mes amis ont pris le coup de balai. Il faut que je répate tout de

suite. Et je ne pouvais pas quitter Paris sans avoir discuté avec vous de

cette merveille.

Seigneur, elle n'est pas à vendre. Vous m'avez dit que peut-être vous les

vendriez. Elle n'est pas à vendre. Au revoir. Je reconnais la touche des

maîtres.

Au revoir.

Adios.

Papa.

Quel petit prétentieux.

Je l'ai vu à la vente aux enchères, comment Cézanne a atteint une cote aussi

surprenante.

Et pourquoi pas ? Il le valait, ce prix surprenant, et même plus.

Ceci ne va pas être un scandale, mais un triomphe. Que les experts viennent en

foule. Qu'ils amènent leurs rayons X, leurs microscopes, et même leurs...

leurs âmes atomiques, si ça leur chante.

Tu ne te rappelles pas ce qui s'est passé avec Van Beggen et tous ces faux

Vermeers ? Ah, il a rendu fous les experts. Ils gagnaient chaque manche, se

battant avec furie pour finalement sortir vainqueur. En fin de compte, ils

peignaient un dernier Vermeer.

Et ce fut même son triomphe. Les gardiens s'émerveillaient du brio de son

pinceau. Même ses camarades de prison n'en croyaient pas leurs yeux. Et l

'administrateur du pénitencier...

Quel est le numéro de téléphone du Ritz ? Topia, 2830.

au revoir

Je ne vous ai pas reconnu. Vous avez quelque chose de changé.

Scotch.

Même chose.

Ça a été une surprise de vous entendre. Une surprise et un plaisir,

mademoiselle. Pas de nom. Je vous en prie.

Bon, si c'est aussi confidentiel, on peut monter dans ma chambre. J'ai une

bouteille de... Nous sommes ici pour affaire.

Il se trouve que j'ai besoin d'un homme qui a votre talent et votre expérience,

monsieur Delphine. Chut, pas de nom, je vous en prie.

Ça vous intéresserait de faire un fric-froque ? Un quoi ? Un casse. Un

casse ? Ah, je vois un cambriolage.

C'est quel turbin, Poupée ?

Ce n'est pas du facile.

Ça me botte.

Affranchis-moi. Je marche.

Le clébert, la fayette, mon bonhomme. Je ne marche plus.

Pourquoi ce musée spécialement ? La Vénus de Cellini.

Votre Vénus de Cellini ? Ce n'est pas la mienne, la latre. C'est un objet de

famille. En tout cas, ça ne devrait pas vous regarder.

Vous allez la voler ? Pourquoi ?

C'est un gag publicitaire ou quoi ? Seigneur, non. Elle a beaucoup de

valeur. Elle vaut un million de dollars.

Je sais. Il y a aussi un million de policiers qui montent la garde. Ça nous

met à environ un dollar le policier. Merci. Ils ne valent pas cher, mais tout

de même.

Vous ne voulez pas le faire ? Non.

Vous en êtes sûr ? Tout à fait sûr.

Je suis désolé.

Merci d'avoir pensé à moi.

Écoutez, finissez votre verre.

Il faut que je file.

Vous étiez vraiment sérieuse ?

Enfin, vous avez vu comme votre statut est protégé. L'électronique, les

gardiens... Moi, je pensais pouvoir vous abandonner ce genre de détails.

Oui, bon, la nuit porte conseil. Mais il est trop tard maintenant. Le musée est

fermé. On ira le visiter demain et on regardera comme ça se présente. Avant de

monter un coup, il faut reluquer les lieux.

Merci infiniment.

Dites, il est tôt. Et si je vous montrais le vrai Paris ?

Sèvres, c'est très gentil à vous, mais j'y habite, je suis venue au monde à

Paris. Oh, j'oubliais. Eh bien alors vous, montrez-moi le vrai Paris.

Oui, en fait, vous savez que je suis arrivée au bout de la bordure. Oh, je

vous demande pardon.

Où et quand demain matin ? Oui, moi je pense que pour qu'une telle affaire

aboutisse, il est indispensable que vous et moi soyons détendus. Alors prenons un

agréable et solide petit déjeuner.

Au coin de l'avenue Gabriel et de l'avenue Marigny, 10 heures demain, d

'accord ? D'accord.

Ce sont ces policiers qui vous tracassent tant ? Oui.

Et ceci ? C'est le ministère de l'Intérieur. C'est toujours gardé.

Et ceci, là ? Il n'a rien à voir avec nous.

Il monte la garde devant l'Elysée.

C'est là que le président habite.

Je sais.

Et le musée que vous voulez attaquer est juste là.

C'est du gâteau.

J'ai l'impression d'être déjà au pincet. Allons.

Pendant un moment, j'ai cru voir une ressemblance.

Ressemblance entre quoi ? Vous et... C'est idiot.

Elle date d'au moins 400 ans.

Je sais, mais... Permettez.

Où vous trouviez-vous dans les toutes premières années du XVIe siècle ? Je n

'en sais rien, mais je n'étais pas habillée comme ça.

Salam alaykoum

Où est le responsable ? Monsieur, à votre service.

Dubois, inspecteur délégué du commissariat au tourisme.

On ne fait pas tous les jours le ménage ici ? Regardez ma manche, je l'ai à

peine frottée contre la boiserie.

Je m'excuse monsieur, nous avons pourtant une équipe de femmes de ménage.

Une fois par mois, je suppose.

Non monsieur, toutes les nuits, de minuit à quatre heures du matin.

Veillez à ce qu'elles fassent leur travail plus consciencieusement, ou je

fais un rapport.

Oui monsieur.

C'est tout.

Oui monsieur.

Monsieur ! C'est par ici ? Bien sûr.

Est-ce que vous ne trouvez pas qu'on vise trop haut en commençant par un vol

d'un million de dollars ? Il faudrait se faire la main avant de se lancer, vous

savez. Je connais une petite galerie que nous pourrions braquer histoire de se

mettre en train, pour ainsi dire. Et ensuite, ayant pris confiance en nous,

on n'aurait plus qu'à passer au plat de résistance.

Pas d'accord ? Pas d'accord du tout.

Encore une question.

Pourquoi avez-vous choisi en particulier cette œuvre d'art ?

Vous ne croyez pas que j'aurais volé quelque chose qui ne m'appartenait pas

tout de même ? Excusez-moi, je veux parler sans réfléchir.

Et pourquoi n'attendez-vous pas qu'elle soit revenue chez vous pour la voler,

alors ? Ni bévue, ni bavure, le coup est sûr et c'est de tout repos.

Je me ferai une joie de vous offrir mes services.

Il ne s'agit pas d'un caprice ou d'une lubie, mais de quelque chose qu'il faut

que je fasse, parce que... Parce qu'il faut que je le fasse.

Je vois.

Il faut voir les choses en face, impartialement.

On ne peut pas débrancher le système d'alarme, hors de question.

On ne peut pas le couper, hors de question.

On ne peut pas le trifouiller... Hors de question ? Un cambriolage, ça vous

connaît ? C

'est

ainsi que vous travaillez d'habitude, en vous baladant ?

Je réfléchis.

Regardez mon fond, il est tout plissé.

Ce qu'il nous faut, c'est se débrouiller pour qu'au bon moment, un des deux

employés assermentés du musée soit obligé d'aller couper le système d

'alarme. On ne pourrait pas lui graisser la patte.

Excellente idée. Non.

Pourquoi non ? Parce que j'ignore quel gardien est dans le secret.

Très amusant. Essayez.

Si vous consentez à me dire ce que vous faites et pourquoi, je vous paye une

panoplie d'indiens et un train électrique.

Je veux que vous jetiez un dernier coup d'œil sur le bleu du ciel, le gazon

vert, les arbres, la Seine, tout ce que personnellement je déteste. C'est

pourquoi la perspective d'un séjour dans une prison française ne m'effraie pas du

tout.

Vous avez un plan qui pourrait marcher ?

Avec votre air suffisant, je vous trouve parfaitement odieux. Quand on fréquente

les milieux interlopes, on ne fait pas la difficile.

Quel effet ça vous fait d'être la souris d'un voyou, Poupée ? Et maintenant, où

allons-nous ? Dans mon appartement.

Je tiens à ce que vous vous rappeliez, M. Dermot, que nos rapports ne dépassent

pas le cadre des affaires.

Je ne le perds pas de vue, mademoiselle Bonnet. Je ne perds pas non plus de vue

le fossé qui me sépare de vous. Vous êtes une aristocrate et je ne suis qu'un

humble cambrioleur.

Bon, voilà la salle de bain.

Déshabillez-vous.

sommes-nous bien venus ici pour la même chose vous ne risquez rien vous n'êtes

là que pour essayer votre costume vos adorables froissures allez et que ça

saute bon si c'est nécessaire à la bonne marge du plan allez mais vous en êtes

sûre ah les femmes ça bavarde ça bavarde ça bavarde faites ce qu'on vous dit

Très joli.

Vraiment très, très réussi.

Ça demande encore une toute petite retouche.

Oui.

Là, voilà. Et maintenant, tournez-vous, je vous prie.

Allez.

C'est parfait.

Juste ce qu'il faut.

Ce qu'il faut pour quoi ? Juste ce qu'il faut pour faire bisquer M. Givenchy.

À genoux.

À genoux.

Frottez le plancher.

À la brosse.

Le crime ne paie pas, en effet.

De l'huile de coude, frottez.

Et ne boudez pas.

À 23h57, ce sera le branle-bas de combat dans le musée.

Et à minuit, l'équipe des femmes de ménage débarquera. Et quoi qu'il arrive,

cramponnez-vous à votre seau.

Vous avez vraiment un plan, n'est-ce pas ? Bien sûr que j'en ai un. Et

maintenant, écoutez-moi bien.

Mon plan, c'est que la nuit de l'enlèvement, mon plan et moi, nous

resterons tranquillement dans mon lit avec un bon livre.

Pourquoi ? Pourquoi ? Vous me demandez pourquoi ? Moi, je vous demande

pourquoi. Pourquoi m'obliger à pénétrer dans un musée bourré de gardiens pour

voler une précieuse statue qui vous appartient ? Pourquoi ? Mais je vous ai

dit pourquoi. Enfin, je vous ai dit pourquoi. Je ne pouvais pas vous dire

pourquoi.

Ça ne me suffit pas.

Vous avez parfaitement raison. À votre place, j'aurais fait la même chose.

Je suis dans un pétrin terrible.

Mais ça, ça n'a rien à voir avec vous.

Je ne peux rien expliquer, alors je suis coincée.

Je vais quitter ces vêtements.

Vous n'allez pas pleurer.

Je ne pleure pas. J'avais une poussière dans l'œil. Vous n'avez rien dans l'œil.

Vous pleurez. Vous essayez de m'attendrir.

Ce n'est pas vrai. Je ne marche pas. Je ne me laisse pas avoir.

Je sais.

Je m'en vais.

Dépêchez-vous.

Allez, dépêchez-vous.

Allez.

Allez.

Et rendez-vous devant le musée ce soir à 5h30 tapant.

Et ne me demandez pas pourquoi ou je vous jette le seau à la tête.

Oui, monsieur.

Merci, monsieur.

Je ne serai pas là pour dîner, Marcel.

Je rentrerai peut-être très tard, en fait.

Si on me demande au téléphone, n'importe qui, vous ne savez pas où je suis ni

comment me joindre.

Bien, mademoiselle.

Bonjour.

Voulez-vous dire à mademoiselle Bonnet que je suis là, je vous prie ? Je suis

désolé, monsieur, mademoiselle Bonnet est sortie.

Sortie ? Vous êtes sûr ?

Sa voiture est dans la cour. J'en suis sûr, monsieur. Elle a pris un taxi.

Bon,

j'attendrai.

Ah, vous ! Bonjour.

Oh, quelle agréable surprise.

Je suis bien sortie, mais j'ai oublié quelque chose, alors je suis revenue par

l'entrée de service.

Mais je repars immédiatement. Merci, Marcel.

Monsieur va sortir avec moi. Sorti ? Ah non, j'ai répété, je suis maquillé et

prêt à jouer.

Heureusement, mon discours ne sera pas long. Il faut vraiment que je file. J'ai

un important rendez-vous d'affaires. Les affaires, les affaires, les affaires.

Vous, les Françaises, vous ne pensez qu'à ça.

Bon, une minute, une seconde, vraiment. Vous êtes pressée ? Oui. Vous voulez que

ça soit ? Parfait.

Je préfère ça aussi.

Tenez, attrapez.

Oh, délice. Je vous en prie, je vous en prie, pas de merci.

Mais pourquoi ? Pourquoi ? Voilà bien la question la plus sotte que j'ai

entendue. Mais c'est fantastique, nous ne nous connaissons même pas. Je vous en

prie, revenez. Non, non, ma décision est prise. Moi, j'aime l'action, j'agis par

impulsion. J'ai acheté une flotte de pétroliers de cette façon, une des

meilleures affaires que j'ai faites. Oh, mais je ne suis pas une flotte de

pétroliers et je ne vais pas me fiancer avec un monsieur qui m'est presque

inconnu. Eh bien, vous apprendrez à me connaître. On parle de moi dans les

journaux et dans le votat mondain. Tenez, tenez, voilà.

C'est d'accord ?

Oui, oui. Non, je suis un peu étourdie. Et cette chose-là, elle brille tant qu

'elle m'aveugle. C'est trop tôt que j'ai fait. Non, non, pas déjà. Je ne me suis

jamais fiancée à une jeune fille qui soit aussi romande que vous.

Le baiser.

Qu'est-ce que vous faisiez ? Je me suis fiancée.

Allez, venez.

Oui, il s'est amené juste comme j'allais partir, il veut que je l'épouse. Je n'ai

pas voulu vous faire attendre, alors je me suis fiancée avec lui. J'ai bien

fait, je ne suis pas en retard, j'espère ? Non, pas du tout. En fait, nous avons

encore dix bonnes minutes, alors si vous voulez vous marier, ne vous gênez pas.

Allons, venez.

Veuillez déposer votre paquet au vestiaire, mademoiselle.

Allez-y.

Prêt à jurer que...

Il

nous reste un petit moment pour améliorer notre culture artistique.

Comment ne pas déclencher l'alarme ? Eh bien, comme ce monsieur que vous voyez

ici, je suis tributaire de réactions humaines normales.

Oh, période bleue ?

Regardez la subtile harmonie des couleurs. Voyez-vous, ce qu'il y a de

bien dans les systèmes mécaniques très compliqués, c'est que quand tout à coup,

ils se détraquent... Oui, quand ils se détraquent... Eh bien, les employés qui

en ont la charge ont tendance à se paniquer et à tourner en rond dans l

'affolement le plus complet. Et nous, à ce moment-là, on agit.

Oh, quel superbe rembrandt !

Maintenant, il est trop tard pour qu'on puisse faire marche arrière. Dans une

minute, très exactement, ça va sonner pour la fermeture.

Nous pourrons partir avec les autres et aller tranquillement dîner. Ou on peut

rester. Dans ce cas, obligation d'aller jusqu'au bout. Est-ce que vous y tenez

tellement ? Plus que ça.

D'accord.

C'est vous le patron. Faites ce que je vous dis.

Allez.

Pareil pour le compte à rebours.

6, 5, 4, 3, 2, 1.

Ça y est.

Observez bien les réactions humaines normales.

Ça va ? Je... Jamais je n'aurais espéré connaître une pareille intimité.

Vous savez, la saison touristique passe en plein, les hôtels sont bondés, je n

'ai pas pu trouver autre chose.

Il a fermé la porte.

Il nous a enfermés.

Ça complique la chose, je l'admets. Mais ça ne la rend que plus intéressante.

Je vais m'évanouir. Non, faites rien.

Il n'y a pas la place.

Allons-y, les gars.

Vous avez compris ?

une juste maintenant nous savons quand les gardiens font leur ronde toutes les

heures exactement nous sommes toujours enfermés faites quelque chose superman

Quoi qu'il en soit, par une étrange coïncidence, il se trouve que j'ai.

n'y sait pas.

Attendez de m'avoir vu faire un bis.

laissez-moi faire

Grosse bête.

Merci.

Félicitations. Vous êtes affreuse. On ne peut pas voler cette statue tout de

suite. J'ai horreur de me plaindre. Un peu de patience.

Ça va venir.

Mais quand ? Et comment ? Écoutez, si vous étiez un gardien et que vous deviez

passer vos nuits à garder un tas de vieilleries trop chères pour vous et qui

ne représentent rien à vos yeux, quelle serait votre humeur ? Irritable.

Oh non

! Je fais une guerre psychologique.

Avec ça ?

Allumez partout ! Venez avec moi ! Carrionnée à toutes volées

!

Allez

voir par là ! Et vous là-haut ! Et vous par là !

Chef, rien à signaler.

Chef, il ne manque rien. J'ai vérifié, ce n'est pas un con circuit.

Technicien, hein ? Un système d'alarme spécialement conçu pour me saper le

moral.

Je regrette. Merci.

Musée Clébert Lafayette, gardien-chef à l'appareil.

J'engraite infiniment que monsieur le ministre et madame aient été dérangés.

Oui, je sais, la sonnerie d'alarme est très forte.

Non, nous ignorons pourquoi elle s'est déclenchée. On a fouillé tous les coins

avec la police, mais... Non, monsieur, il ne me manque rien et le système a été

rebranché.

Toutes mes excuses.

Bonne nuit, monsieur.

La préfecture de police.

L'alarme a réveillé le ministre de l'Intérieur.

Chouette !

Je

meurs de traque.

Mon cœur bat la chamade. Je me sens terriblement mal.

Je vous appellerai bien un docteur, mais honnêtement, je doute qu'il puisse

entrer dans le placard. Je meurs de traque.

Pour vous aussi, je n'avais pas le droit de vous mêler à cette histoire.

Et si vous voulez laisser tomber... Eh bien, c'est très gentil à vous et je

vous en remercie vivement, mais alors... Que fait-on pour le professeur Bauer ?

Que se passera-t-il demain quand il viendra expertiser votre si précieuse

petite papyrus ?

n'est pas au long discours alambiqué un signe de tête pour oui ou non.

Qui l'a sculpté ? C'est grand-papa.

Qui a posé comme modèle ? Grand-maman.

vous êtes le premier à avoir noté une ressemblance c'est parce que je suis

sensible et perspicace depuis quand savez-vous la vérité pour elle et moi

depuis que vous m'avez demandé de la voler mais alors si vous savez que la

vénus n'avait pas de valeur pourquoi

que je peux être belle expliquez-le moi encore

c

'est

curieux Comme tout à coup, il y a beaucoup de place ici. Nous commençons à

être à l'aise dans le milieu ambiant.

Qu'est-ce qu'il y a ? Oh, excusez-moi, c'est ma bague de fiançailles. Je l

'avais oubliée.

Moi aussi.

Félicitations. Puis-je embrasser la fiancée ?

Et d'abord, j'embrasse ta fiancée de qui ?

D'un Américain. Il s'appelle Leland Davis.

davis leland oh oui ils ont bien de la veine tous les deux ça va être l

'heure de la deuxième ronde je marque ma place

Prenez-le ! Prenez-le partout !

Moi, je connais quelqu'un qui va en avoir rapidement assez de ce boucan.

Réaction même normale.

Jacques Harre à l'appareil, gardien-chef du musée Clébert Lafayette.

À vos ordres, monsieur le Président.

Oui, c'est juste. Je reconnais que ça fait un bruit terrible, monsieur le

Président. Ça a précisément été installé dans ce but.

Non, non, monsieur le Président, ce n'est pas moi qui l'ai installé.

Oui, bien sûr, je sais que c'est la seconde fois cette nuit.

On va y mettre bon ordre immédiatement.

Bonne nuit, monsieur le Président.

Devinez qui on a réveillé cette fois.

Coupez le courant.

Je vais débrancher ce sacré système.

Et pour toujours.

Ça a marché.

Ça alors.

Enfin, ils l'ont coupé leur ABCD.

Ça a marché.

Ce n'est pas ce que vous espériez ? Si, si.

Reprenez votre calme, vous êtes génial.

Je sais, je sais. Ça me fait un drôle d'effet.

Ah, maintenant.

Attendez que la confusion soit au maximum, et à ce moment-là, vous vous

mettrez à frotter comme une démente en direction de la salle des gardiens.

La salle des gardiens ? C'est ça.

Mais les gardiens !

Quand ils verront que la Vénus a disparu, il va y avoir des gardiens

partout, excepté dans leur salle.

On y va ? On y va.

Abonnez-vous à votre son.

Restez ici.

Papa avait du talent.

Quant à grand-maman...

Maintenant, cachez

-vous dans la cheminée jusqu'à l'arrivée des femmes de Ménal.

...

Quelle nuit nous avons pensé ? Une alerte l'une après l'autre, et le

téléphone qui n'a pas arrêté de sonner.

Devinez qui nous a appelés de l'autre côté de la rue ? Qui ?

Ne restez pas là, bouche bée. Allez à votre poste, mon vieux.

Et on n'hésite pas quand je donne un ordre.

Allez !

à vous aussi.

Mangez-moi cette bouteille de lave !

Monsieur Bonnet, je peux vous raconter brièvement l'histoire de la Vénus,

monsieur. La police a-t-elle déjà des indices, monsieur Bonnet ? Est-il vrai

que vous en ayez refusé un million de dollars ? Comment avez-vous appris le

vol, monsieur ? Je me suis réveillé avec une sorte de prémonition.

D'abord, j'ai cru avoir une indigestion, mais non.

Monsieur Gramont, le directeur du musée, m'a téléphoné. Je pense qu'il ne va pas

tarder à arriver. Offrez-vous une récompense à celui qui retrouvera la

Vénus. Mais non ! Comprenez ma réaction.

Cela me semble un peu indécent de parler d'argent à un moment près.

Je viens d'écouter la radio.

Je n'en crois pas mes oreilles ni mes yeux.

Absolument fantastique d'avoir pu enlever cette statue.

Apparemment, la police est en train de faire sa petite enquête. La police ?

Vous êtes complètement piqué. Si on attend après la police, la Vénus de

Cellini va passer la frontière et on ne la verra plus jamais.

De Solnay, je porte toujours le plus grand intérêt à la Vénus de Cellini,

volée ou non. Est-ce que je me suis fait comprendre ? Leland, parlez-vous quand

de ce que vous dites ? Vous fermez les yeux sur un crime.

En somme, vous m'offrez de devenir un receleur d'œuvres d'art volées.

J'aime les œuvres d'art.

Dans le but d'être utile, je veux moi aussi faire mon enquête pour rendre

service à la police.

Est-ce donc un crime ? Et si vous trouvez la statue, si vous battez la

police de plusieurs langues ? Chers amis, ça se me regarde.

Non, je suis un marchand de tableaux, pas un receleur. Un receleur ? Mais

voyons, je prends toute l'histoire sous mon bonnet. Ce que je vous demande, c

'est simplement un contact.

De solnay ! Bon, je m'en vais. Je m'en vais.

Attendez.

Il se trouve qu'un homme est à Paris en ce moment et qu'il est spécialisé dans

les problèmes artistiques.

Il se nomme... Ah ! Non, Leland, je vous en prie.

Pensez à ce que vous allez faire.

Vous oubliez Nicole Bonnet. Je l'ai vu toutes les deux, Nicole et Leland.

Rappelez-vous, je vous ai vendu votre premier tableau.

J'ai fait de vous un collectionneur. J'ai cru que ça ne vous apporterait

rien. Eh bien, c'est réussi.

Je n'ai jamais été aussi calme de toute ma vie. Oui, c'est bien ce que je vois.

Allez, comment il s'appelle ? D'accord, il s'appelle Simon Dermott.

Il est descendu au Ritz.

Oiseau de proie, appel Hirondelle du matin. Oiseau de proie, appel Hirondelle

du matin.

Comme notre téléphone est peut-être sur la table des gouttes, il vaut mieux que

nous parlions en code.

Comment ça va ? Bien dormi ? Ah, Simon, n'est-ce pas affreux ? J'ai dormi comme

un loir.

Et je viens de prendre un énorme petit déjeuner. N'est-ce pas honteux ? C'est

une tare de famille.

Qui ? Quoi ? Ah, elle va bien.

Elle est enveloppée dans une de mes vieilles chemises.

Elle ne pourrait pas être mieux. Je l'ai bercée dans mes bras pour qu'elle s

'endorme cette nuit. C'est la première fois que ça m'arrive avec une grand

-mère.

Ah.

Simon. Croyez-vous qu'on devrait se montrer ensemble ? D

'accord. Au rite, c'est dans une heure ou pas.

La Vénus de Cellini n'était pas assurée.

Vous en êtes certain ? Oui.

Mais je me souviens vaguement d'avoir signé une pièce pour l'assurance. Mais

cette police n'avait pas encore pris effet.

Il fallait attendre que l'examen des experts ait été fait.

Ah oui, il devait y avoir un expertisme. Un million de dollars de plus, un

million de dollars de moins. J'ai l'impression que mon père n'avait pas

fait une mauvaise affaire. Ah, mon cher monsieur, vous êtes princier.

J'aimerais pouvoir exprimer comme il se doit le sentiment que j'éprouve.

Le professeur Bauer va être terriblement déçu, j'en ai bien peur.

Oh oui, d'ailleurs, il faut absolument que je le voie. Bien, faites-lui mes

compliments, je vous prie. Et dites-lui que je regrette de ne pas pouvoir le

rencontrer cette fois.

Alors courage, Jean-Monsieur, ce n'est pas la fin du monde, vous savez.

Nico ! Papa ! Marcel, champagne.

Nico !

Où es-tu ? Je suis là. Nous sommes sauvés. Les femmes merveilles, nous

sommes sauvés.

Je remercie le Saint-Patron des faussaires. Je suis folle de bonheur. Tu

n'iras pas en prison. Je n'aurais pas l'air d'Amérique. C'est trop

merveilleux. Il faut fêter ça. Marcel, portez le plateau dans la bibliothèque.

Nous allons déjeuner. Et ce soir, il y aura des fous d'artifice, des cocktails.

Oui, papa. Mais pas tout de suite. J'ai un rendez-vous très important au Ritz.

Mais je reviendrai vite, je te le promets.

Je commencerai tout seul.

Vous savez que ce que vous demandez est extrêmement difficile et très dangereux.

Oui, je m'en rends compte, monsieur Dermot. Pas de nom, je vous en prie. Il

ne faut pas oublier que ce genre d'individu est capable de tout.

C'est Zorn ? Oui, oui.

Par chance, j'ai pu avoir des contacts. En fait, ce matin, j'ai mené une petite

enquête. J'ai lancé plusieurs ballons d'essai par simple curiosité.

Encore trop tôt pour avoir du concret. Disons plutôt que je soupçonne qui a

monté ce coup. Est-ce que vous savez la chose dont nous parlons ? Est-elle

toujours en France ? Je crois que oui.

Oui, je crois pouvoir affirmer qu'elle est toujours en France.

Vous vous rendez compte qu'il se peut très bien, je dis il se peut, que vous

ayez à payer très cher une chose que vous n'exposerez jamais, dont vous ne

parlerez jamais, que vous ne montrerez jamais même dans votre propre salon.

Oui, oui, je sais, il me la faut.

Je veux simplement la sortir du coffre-fort, la regarder tout seul de

temps en temps, savoir qu'elle est à moi, que je la possède et que je peux la

toucher.

Encore une chose, le connaissez-vous par hasard ? Ce à qui elle appartient, un

membre de la famille Bonnet. Je connais M. Bonnet. Je connais aussi sa fille. A

la vérité, je vais même la voir ce soir.

Oh, non.

Laissez tomber. Ne la voyez pas, ne lui téléphonez même pas, c'est vital.

Pourquoi ? Tout contact, quel qu'il soit avec un membre de la famille Bonnet,

vous serez fatale. Les malfaiteurs la prendraient et soupçonneraient d'un

pierre. Mais, mais, nous sommes fiancés.

Vous savez, vous êtes un sacré vénère. D'après ce que j'ai entendu, c'est une

fille délicieuse.

Au diable tout ça. Le monde est plein de statues. Oubliez la Vénus.

Non, non, non, écoutez.

Je ferai ce que vous dites.

Je vous en donne ma parole.

Ok.

Je vous rappellerai dans la journée. C'est ça, c'est ça.

Appelez-moi.

Merci. Restez tranquille.

Attendez, je vous téléphone. D'accord, d'accord.

J'ai l'air normal.

Oui, pourquoi ? Je voulais parler à ce monsieur et il m'a fui comme si j'avais

la peste ou je ne sais quoi.

Je voulais simplement lui rendre ceci.

Vraiment ? Eh bien, prenons un verre, ça remonte le moral.

Je crois que le mieux, c'est de fêter ça au champagne.

Mais on ne fête pas un vol, c'est vraiment immoral.

Bon, chargez-vous-en, moi je suis perdue. Une bouteille de Don Perignon,

je vous prie.

Ça s'arrangera, vous êtes à l'âge ingrat, trop vieille pour être une

délinquante juvénile et trop jeune pour être une criminelle endurcie. On a

réussi.

Est-ce que vous avez vu la presse et la télévision ? Vous avez entendu la radio

? C'est l'exploit du XXe siècle, pratiquement.

Et c'est nous qui l'avons fait.

Enfin, c'était vous le cerveau, bien sûr, mais je vous ai bien aidé tout de

même, n'est-ce pas ? On a bien travaillé tous les deux, étant donné que c'est la

première fois qu'on colle la porte.

Je sais que je ne devrais pas m'emballer ainsi, mais ce n'est qu'une journée

comme les autres pour vous. C'est mon premier cambriolage, mais nous en être

tirés comme nous l'avons fait ?

Mon premier cambriolage.

Alors, que faisiez-vous chez nous l'autre nuit ? Vous voulez vraiment le

savoir ? Non.

Si.

Vous avez devant vous un détective spécialisé dans les œuvres d'art volé.

Et je traque. Je recherche et je démasque les faussaires.

Je fais aussi autorité en matière de sécurité dans les musées. Je suis expert

conseil près les principaux musées de Munich, Londres, New York, Chicago,

Madrid et même de Leningrad.

Je suis licencié en histoire de l'art et en chimie et l'université de Londres m'a

donné son diplôme avec distinction académique en criminologie.

Alors vous n'êtes pas cambriolet ? Je prélevais un fragment du tableau peint

par votre père, ce beau Van Gogh, que vous êtes apparu en chemise de nuit et m

'avez blessé.

Apportez un autre verre. Oui, monsieur.

Papa ! Nous ne nous connaissons pas. Je m'appelle Charles Bonnet.

Puis-je m'asseoir avec vous ? Simon Dermot, je vous en prie.

Papa, monsieur est un de mes amis.

En fait, il me racontait... Mince, grand, yeux bleus, beau garçon.

Un homme effrayant.

Nous avons, il me semble, des intérêts communs.

Vous avez deux très jolies filles dans votre famille, monsieur Bonnet.

Deux ? Oui, l'autre est pour l'instant enveloppée dans une chemise dans ma

chambre.

Ah, ah...

Et laquelle, puis-je savoir, comptez-vous garder pour vous ? Je garde

la vraie.

C'est un choix excellent, si je puis m'exprimer ainsi.

Je le crois aussi.

Et l'autre ? J'ai un projet pour elle aussi. Je crois qu'il vous fera plaisir.

Vraiment ? Non, en fait, il faut que j'aille m'occuper d'elle maintenant, si

vous voulez m'excuser.

Mais... Extraordinaire.

Il est toujours aussi brusque ? Pas dans un placard.

Let's play !

Vous avez fait du très bon boulot. C'est sûr que vous ne voulez pas l'argent ? Je

voudrais vous... pour... hein ? Je voudrais contacter.

Ne vous en faites pas, si ça n'est pas dans un très proche avenir. Ah, d'accord

! Le mot de code, notez-le bien.

Intimité ! Intimité ! C'est noté.

Faites bon voyage. Merci, vous aussi.

Intimité !

Ah ah ah !

Mon cher petit, quel joli coup. Dire qu'il est le seul collectionneur qui n

'osera jamais la faire expertiser.

Combien disiez-vous qu'il était prêt à payer pour la Vénus, mon fils ? Je n'ai

rien dit, papa.

Mais je suis sûr qu'il a proposé une somme assez rondelette.

Et comment ? Zéro, zéro, zéro, zéro.

Offert par Charles Bonnet à Davis-Leyland.

Asseyez-vous, monsieur Bonnet.

Il se trouve que vous êtes un faussaire.

Mon métier m'oblige à appréhender les faussaires et à les faire mettre en

prison. Oui, oui, ça pourrait être très fâché.

L'un de nous deux doit s'effacer.

C'est indéniable.

On joue à pile ou face.

J'ai déjà joué à pile ou face en venant ici.

Et alors ? Vous avez perdu.

Vous avez eu votre heure de gloire et vous avez été le meilleur.

Lâchez vos brosses, vos pinceaux et vos tubes et retirez-vous en beauté.

Qu'en dites-vous, champion ?

Voici ma réponse.

On joue les lutteurs de foire en un moment pareil ? Oh, Nicole, ma chérie.

Dites-le lui, je suis trop ému. Papa a vu la lumière, il va marcher droit.

Papa, tu n'es pas malade ? Il s'en remettra. Et si on manque l'avion, on

pourra toujours se marier en prison.

Ce jeune homme est absolument remarquable. La façon dont il m'a

expliqué les choses, la voie du bien s'est ouverte devant moi, large et

droite. Vite mes enfants, que je m'effondre complètement.

Le... le... le Gringot?

Oh,

Seigneur! Soyez le bienvenu!

Qui est-ce?

Papa a un cousin.

Un Sud-Américain.

Passez, passez, passez ! Vous savez, pour

quelqu'un qui ne fait que commencer à mentir, vous faites preuve d'un talent

sans pareil.

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