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Pauly, tu vas te geler ici.
J'aime le froid. Tu vois ce gamin?
Quel gamin?
Il t'attend, comme un cavalier de bal de promo.
Je peux vous aider?
Vous êtes Ed Saxberger.
De quoi s'agit-il?
Je m'appelle Wilson Meyers, mais tout le monde m'appelle Meyers.
D'accord.
Je m'excuse de débarquer comme ça,
mais j'ai découvert que vous habitiez ici, dans mon quartier.
D'accord. Et alors?
J'ai lu Way Past Go.
Vous êtes bien le Ed Saxberger, n'est-ce pas? Le poète? Bien sûr que c'est vous.
Je vous ai reconnu sur la quatrième de couverture.
Vous avez lu Way Past Go? C'est dingue.
Où avez-vous trouvé un exemplaire?
Je l'ai acheté chez Foyles sur Charing Cross Road,
puis je l'ai lu d'une traite dans un pub sur Covent Garden.
C'est génial. On est tous de cet avis, tout mon groupe.
Votre groupe?
On est une communauté artistique de poètes, d'artistes,
d'essayistes et d'intellectuels.
Ça fait prétentieux, je sais…
C'est une blague? C'est Pauly qui vous a poussé à faire ça?
Je suis très sérieux.
Je ne sais pas quand vous avez lu ce livre pour la dernière fois, mais…
c'est comme si ces poèmes avaient été écrits hier.
Ils sont modernes, émouvants, cinglants.
Ils te prennent aux tripes avec leur style et leur actualité.
Ils sont intemporels.
Eh bien, c'était il y a longtemps.
En octobre 1979.
Vous étiez plus jeune que je ne le suis aujourd'hui quand vous l'avez écrit.
C'est très impressionnant.
Je ne veux en aucun cas paraître présomptueux,
mais pourrions-nous vous inviter à dîner un de ces jours,
mes amis et moi, en guise de…
Je ne sais pas, en guise de gratitude inspirée par cette source d'inspiration?
Motivée par l'inspiration…
Je ne m'exprime pas très clairement, mais…
mais je comprends parfaitement.
Ce que je veux dire, c'est : mes amis et moi…
Dîner avec nous.
Vous avez des choses bien plus importantes à faire.
Je vous ai déjà fait perdre assez de temps.
- Je suis désolé. - Ce n'est pas grave.
- Vous avez arrêté d'écrire de la poésie? - Il y a des années.
Je travaille au bureau de poste depuis des années maintenant, donc…
Un homme de lettres.
On pourrait dire ça, je suppose.
Eh bien, vous avez écrit un chef-d'œuvre, même si les gens ne le savent pas.
Et rien ne peut changer cela. C'est pour toujours.
Merci. Ça fait plaisir à entendre.
Qu'est-ce que je peux dire à mes amis?
Dites-leur que je suis très touché…
Et, je ne sais pas, transmettez-leur mes amitiés.
On est toujours au Any Old Place sur LaGuardia…
si jamais vous changez d'avis.
D'accord, peut-être un de ces jours.
D'accord. Génial.
Et alors?
Alors quoi?
J'aimerais bien avoir un admirateur secret.
Tu peux toujours rêver.
Presque!
Tu es en retard.
Ouais, je sais.
J'ai déjà ton numéro sept.
Oh, super. Merci.
- Salut. - Salut.
- Quoi de neuf? - Oh, rien.
J'ai battu Mikey de 40 $ ce soir.
Il n'abandonnera jamais.
Maintenant, tu peux prendre ta retraite.
Place les billes.
Salut, Mikey.
Salut, mon pote. Comment ça va?
Salut, on est de retour à l'hôpital, encore une fois.
Il est presque minuit.
On dirait que les choses ont vraiment pris une mauvaise tournure cette fois-ci.
Il a demandé de tes nouvelles tout à l'heure.
Il pense que tu es là, ou que tu vas venir. Je ne sais pas.
Le médecin s'en vient. Je dois y aller.
Tu dois vraiment me rappeler, d'accord?
C'est aussi ton frère.
Bon, à plus.
Saxberger!
Quelle chance!
Où allez-vous ce soir?
Je suis sorti me promener.
Je peux me joindre à vous?
Ouais, bien sûr.
- Comment s'est passé votre week-end? - Bien. Et le tien?
Je suis sûr que j'ai l'air trop enthousiaste, et c'est gênant,
mais la vérité, c'est que je me sens très inspiré depuis qu'on s'est parlé.
Et ç'a eu un effet vraiment stimulant sur notre groupe.
J'ai même commencé à écrire un nouveau poème,
une épopée sur Alexandre le Grand et l'Oracle d'Amon-Rê, figurez-vous.
- Voilà. - Ç'a l'air ridicule.
Mais l'idée m'est venue le soir après notre rencontre,
et ça semble englober toutes les choses auxquelles j'ai réfléchi :
la divinité, ce voyage impossible,
la mortalité, l'immortalité.
Je ne l'ai pas terminé, bien sûr.
Je vais juste le laisser reposer,
attendre qu'il fermente en quelque sorte dans mon esprit comme un bon moût.
Ouais. Je pars par là.
Est-ce que vous envisageriez de lire mon travail?
Je ne sais pas.
Ce serait un tel honneur.
Désolé si j'ai dépassé les bornes, si j'ai été trop enthousiaste.
Non, je serais ravi d'y jeter un œil.
Mais n'en attends pas grand-chose.
Oh, mon Dieu, vraiment? Merci, Saxberger.
Appelle-moi Ed.
Dans notre groupe, on s'appelle tous par nos noms de famille.
C'est une sorte de règle qu'on a décidée.
D'où viens-tu?
Pourquoi tu me demandes ça?
Juste par curiosité.
Tu as une façon très formelle de parler.
Je trouve qu'il y a trop de « euh » et de « genre », « tu sais », dans le monde.
- Tu sais? - Genre.
Tu sais, j'étais justement sur le point de retrouver mes amis, le groupe.
Tu veux te joindre à moi?
Il se fait un peu tard.
Je comprends, c'est juste que…
Tu n'as pas idée de tout ce qu'on a pu dire sur toi à notre table.
Je connais cet endroit.
Mais avant, ça s'appelait autrement.
Allô!
Voici Carmichael, dramaturge.
Salut.
Voici Scherfey, une sorte d'écrivain expérimental.
- Brussard, qui est critique. - Essayiste.
- Oui, essayiste. - Bonsoir.
- Et voici Winn, qui écrit… - De tout.
- De tout? - Ouais.
- Ravi de vous rencontrer, les gars. - Pareillement.
Voici Saxberger.
Oh, mon Dieu, Saxberger!
Quel honneur de vous rencontrer.
- Heureux de vous rencontrer. - Quoi de neuf?
D'accord. Écoutez, je suis vraiment touché par votre intérêt.
Ouais, vous travaillez au bureau de poste, c'est ça?
- Ouais. - Comme Bukowski?
Je suppose.
C'est assez étonnant qu'on vous ait perdu de vue pendant tant d'années.
Désolé. Ma mère va venir me chercher bientôt.
Je voulais juste vous demander si vous pouviez résumer,
disons, les moments clés de votre carrière, et ce que cela représenterait?
Vous savez, je ne sais pas comment m'y prendre.
Qui diriez-vous que sont vos contemporains?
Qui faisait partie de votre cercle?
Eh bien, je n'avais pas vraiment de cercle, à proprement parler.
Je veux dire, je connaissais certains des plus anciens, comme…
Robert Creeley. Vous le connaissez, n'est-ce pas?
Et…
Putain…
Qui d'autre? Amiri Baraka.
Ouais.
- Ed Dorn. - Sympa.
J'ai rencontré Burroughs quelques fois.
Tellement emblématique!
Ça doit être tellement gratifiant d'avoir publié de la poésie comme la vôtre.
Gratifiant?
Dans le sens de rester fidèle à sa propre…
authenticité.
Contrairement à ces charlatans de merde là-bas.
Qui sont-ils?
Des putains d'influenceurs.
Tu as l'influenceur classique,
le critique culturel, qui est aussi synonyme d'influenceur.
Il y a aussi le « créateur expérientiel », qui est Dieu sait quoi.
Et la copine de quelqu'un qui n'est en réalité qu'une influenceuse en herbe,
si une telle chose est imaginable.
À notre connaissance, ils ne parlent pas.
Ils ne communiquent que par le biais des médias sociopathes.
- Ce sont des accros. - À l'héroïne?
Non, au téléphone.
On rejette la technologie, autant qu'on le peut.
On a tous vu de nos propres yeux comment ça pourrit le cerveau.
Je ne vais pas te contredire.
Au moins, les gens savent qui ils sont.
Enfin, personne de pertinent sait qui ils sont.
Saxberger ne sait pas qui ils sont.
Pourtant, les gens les connaissent mieux qu'ils ne nous connaissent.
Votre groupe a-t-il un nom?
Je suppose que « les charlatans à la con » est déjà pris.
La société enthousiaste.
Qu'en penses-tu?
Pas mal. Ça fait un peu victorien.
C'est accrocheur et ironique. Ç'a tout pour plaire.
Ça montre qu'on s'oppose à la négativité,
à la vulgarisation, à la monétisation de tout,
à la grossièreté de la culture, tu vois?
Je suis content que quelqu'un s'en charge.
Il faut qu'on trouve une nouvelle façon de se faire connaître.
Il faut qu'on trouve un moyen de se faire connaître au monde entier.
C'est de ça qu'on parle.
Eh bien, avant, les gens organisaient des récitals.
Je suppose qu'ils le font encore.
Il suffit de louer un local et d'inviter des gens.
- Un récital? - Oui.
Je veux dire, une sorte de présentation officielle
de notre travail et de notre point de vue collectif.
Comment nous distinguer de toutes ces autres conneries?
Ça doit s'ancrer dans quelque chose de réel.
On doit ramener la littérature au peuple.
Considère ça comme sorte de retour au passé sincèrement ironique.
On le fait dans un endroit où ça se serait fait à l'époque de Saxberger.
On interdit les téléphones.
On engage un vrai photographe pour immortaliser l'événement
avec un appareil argentique.
On fait passer un chapeau. On demande des dons.
- D'accord. - Qu'en penses-tu, Saxberger?
Ça me semble bien.
- D'accord. - D'accord.
L'essai que tu écrivais, et ce texte que tu m'as envoyé.
Celui que je viens de lire!
On peut montrer ça aux gens.
Bon, une question bizarre.
Ça t'a plu de traîner avec nous?
Je sais pas.
Désolé, question gênante.
J'ai beaucoup aimé.
Qu'est-ce que tu penses de notre groupe?
Comment ça?
Je veux dire, tu trouves qu'on a l'air impressionnants?
Oh, bien sûr. Oui.
Il manque quelques figures clés ce soir.
Il faudra que tu les rencontres aussi, surtout Gloria.
Je me demandais s'il y avait des filles dans votre groupe.
Oh oui. C'est une actrice.
Vraiment hors du commun.
Elle est plus âgée que nous, mais oui.
Quand tu la rencontreras, tu verras ce que je veux dire.
Merci beaucoup. C'était sympa.
Saxberger, j'essaie de trouver le courage
de te poser cette question depuis qu'on est partis.
Est-ce que tu envisagerais de nous laisser utiliser
quelque chose qui t'appartient pour l'événement?
À moi?
Tu n'en as pas besoin.
Tu as ton propre travail.
Pas comme le tien.
D'accord. Je vais préparer quelque chose.
Merci infiniment, Saxberger.
D'accord, d'accord, très bien. Bonne nuit.
Merci.
UN POÈTE ET LA VILLE : ED SAXBERGER
- Salut, Saxberger. - Saxberger!
Quel plaisir de te revoir!
Je passais dans le coin et j'ai pensé passer vous voir.
- Faites-lui de la place. - Oui.
Merci.
On est justement en train de passer en revue la structure de notre récital.
Est-ce qu'on devrait l'appeler « Ce qu'on veut » ou « Ce que c'est »?
Parfait.
Et toi, Saxberger?
Je dois encore voir ce qu'il y a.
J'ai eu une idée. Écoute-moi jusqu'au bout, s'il te plaît.
Pourquoi pas quelque chose de nouveau?
Imagine à quel point ce serait passionnant pour le public
si tu écrivais quelque chose de nouveau.
Mais personne ne connaît mon travail.
C'est tout nouveau pour eux.
Tu sais, je n'ai pas écrit de poésie depuis…
je ne me souviens même plus depuis combien de temps.
Tant mieux.
J'ai eu mon heure de gloire, elle est passée. Alors, maintenant, c'est ton tour.
Ce sera ton nouveau moment. Le grand retour.
Écoute, les gens là-bas, ils ne comprennent rien.
Ils se contentent de consommer ce qu'on leur donne.
C'est pour ça que tu es l'un des nôtres.
Fais juste y réfléchir.
- S'il te plaît. - Mes garçons.
- Gloria! - La voilà.
Comment ça va, les enfants? Vous m'avez manqué.
Voici Saxberger.
- Bonsoir. - Bonsoir.
Gloria Gardener.
Enchanté.
Alors, vous êtes artiste, vous aussi?
Gloria, voici Saxberger.
L'auteur de Way Past Go.
Bien sûr, c'est exactement à ça que vous ressembleriez.
C'est un honneur de vous rencontrer, M. Saxberger.
Merci.
Saxberger a accepté de participer à notre récital.
- Une lecture. - J'en ai des frissons.
Qu'est-ce que tu bois?
À toi de choisir, chéri.
Aide-moi un peu. Tu veux un sloe gin fizz?
Tu veux un chai latté?
Pour l'amour de Dieu, pas de chai latté.
Pourquoi pas de l'absinthe? Oui, de l'absinthe!
Je prendrai un café noir, merci.
Alors, comment avance la pièce, Gloria?
On n'a jamais assez de financement.
L'un de nos acteurs principaux vient de se retirer
pour tourner un épisode d'une série policière
sur une chaîne de télévision nationale.
C'est scandaleux!
Je vous préviendrai dès qu'on sera de nouveau sur pied.
J'attends ça avec impatience.
Bref, j'aimerais en savoir plus sur votre récital.
En fait, c'est un événement.
Eh bien, Saxberger réfléchit sérieusement à écrire quelque chose de nouveau.
Il y pense.
Et alors?
Eh bien…
- Bien sûr, pourquoi pas? - Youpi!
Saxberger.
Je peux le lire? À moins que tu n'aies prévu de le lire toi-même.
Je n'ai même pas encore commencé. Il n'y a même pas encore un seul mot.
Si je ne lis pas ton poème lors de cette lecture ou récital ou peu importe,
j'en mourrai.
Eh bien, dans ce cas, ma chère, tu peux le lire.
- Merveilleux! - Ça va être génial, je pense.
Allons dîner. On a beaucoup de choses à discuter.
Tu viens avec nous, n'est-ce pas, Saxberger?
Ouais.
- Saxberger. - Merci.
Ou assieds-toi de l'autre côté de la table.
Quoi que tu fasses, ne mange surtout rien qui se trouve ici.
- Seulement là, là, là et au verso. - Pourquoi pas?
Alors, tu connaissais Ginsberg?
Non. Quand je suis arrivé en ville, il était déjà assez grincheux.
Je suis allée à quelques-unes de ses lectures
et un de mes amis traînait souvent avec lui.
Je connaissais assez bien Jimmy Schuyler.
Pauvre Jimmy.
Ouais.
La prochaine fois que quelqu'un te posera une question comme ça, tu diras :
« Bien sûr, je les connaissais tous. »
Oh, d'accord, d'accord.
J'ai pensé marquer cette occasion
en remettant au goût du jour une vieille tradition : le toast.
Alors…
nous passons beaucoup de notre temps
en tant qu'artistes en herbe ou confirmés, à admirer les icônes du passé…
en nous tenant dans leur ombre longue et imposante…
les maîtres d'autrefois qui ont porté l'art sur leurs épaules,
malgré toutes les épreuves auxquelles ils ont pu être confrontés
et qu'ils aient été acclamés ou ignorés.
L'un de ces hommes nobles,
criminellement méconnu et sous-estimé, est parmi nous aujourd'hui.
Nous te rendons hommage, Ed Saxberger, pour tout ce que tu as accompli
et tout ce que tu as encore à accomplir.
- À Saxberger. - Santé!
Santé!
Vous savez, c'est de coutume de répondre à un toast par un autre toast.
Je ne crois pas avoir pris la parole devant un groupe aussi nombreux
depuis que mon patron a pris sa retraite.
Vous savez…
je suis frappé par votre jeunesse
et par le fait que vous êtes tous très impressionnants.
J'étais autrefois le plus jeune de chaque groupe,
puis un jour, je suis devenu le plus âgé.
Quelle que soit ma contribution…
je suis très ému.
Alors, à vous qui préservez
le patrimoine artistique national
issu de la grande tradition de Whitman, Pound et Williams…
c'est à vous, messieurs, et à toi, Gloria…
que je lève mon verre.
Santé.
- Santé. - Santé.
- À Saxberger. - À Saxberger.
Non, absolument pas.
Écoute…
On insiste.
Non, laissez-moi faire quelque chose.
Non, hé. On insiste.
- T'es sûr? - Oui.
Eh bien, c'est très gentil. Merci, les gars.
C'est chez moi.
D'accord. Bonne nuit.
Saxberger!
Bonne nuit, les gars!
Bonne nuit, Saxberger
- Bonne nuit. - Bonne nuit!
Qu'est-ce que la plupart des gens fument de nos jours?
De qui tu parles?
Les jeunes, comme des étudiants de NYU.
Et un de ces briquets-là.
Ça fera 18,72 $.
- Vous plaisantez? - Non.
Merci.
Dis-leur d'abattre mes murs nus,
mes piliers de béton,
leurs fêtes et leurs griffes acérées.
Laissez-moi la terre, grattez la terre.
Que la prose et la propriété s'éteignent toutes deux,
et qu'elles me laissent la paix.
La descente m'attire comme l'ascension m'attirait.
La mémoire est une sorte d'accomplissement, une sorte de renouveau.
Même une initiation…
puisque l'espace qu'elle ouvre est un lieu nouveau.
Es-tu mon frère?
Es-tu en vie? Es-tu mort?
Les harpistes chanteront à jamais
la rencontre d'Achille et d'Hélène parmi les ombres.
Mais nous ne l'étions pas.
Nous ne sommes plus que des ombres qui marchent…
Saxberger, c'est Meyers.
Écoute, j'ai quelques trucs à te montrer.
Tu peux passer chez moi?
Je suis coincé ici en attendant que le plombier vienne réparer mon évier.
Je suis sur Sullivan.
Elle n'est pas fermée à clé! J'arrive tout de suite.
Je suis content que ce soit toi. J'attends toujours le plombier.
C'est un peu ostentatoire, je sais.
C'est un peu écœurant, je suppose.
Pas vraiment.
Je veux dire, pour un poète.
Eh bien, Stevens était poète,
mais c'était un haut dirigeant dans une compagnie d'assurance.
Eliot travaillait dans une banque. Donc…
Mes parents l'ont achetée comme investissement quand j'ai commencé à NYU.
Au final, ça revient moins cher que les résidences universitaires.
D'accord.
Alors, tu as fini tes études?
Ouais, j'ai terminé ma maîtrise il y a peu.
De la poésie, à NYU?
À Gallatin. J'ai créé ma propre majeure.
Les vertus du style, de la rhétorique et de la voix,
mais la poésie en était la composante principale, comme tu peux l'imaginer.
Bien sûr.
Première édition.
LA SOCIÉTÉ ENTHOUSIASTE
UNE LECTURE SPÉCIALE DE L'ESTIMÉ POÈTE ED SAXBERGER
- Je peux la garder? - Bien sûr.
J'ai longuement hésité sur la police, le papier cartonné.
Ce genre de détails compte vraiment.
Dans 20 ans, personne n'aura plus de souvenirs tangibles.
C'est vrai.
Je sais à quel point la technologie nous abrutit,
et je ne veux pas en faire partie.
Ouais, tu en as parlé.
Les autres…
sont-ils tous allés à NYU?
Carmichael est allé à l'ETW pour l'écriture dramatique.
Mais Sherfey est allé à Parsons,
qui n'est qu'une garderie hors de prix, et il a abandonné ses études.
Winn suit un enseignement à domicile, même s'il a l'air de lever souvent la main.
Fernandez est allé à la RISD.
Pour une raison que j'ignore, il a fait vœu de silence.
Brussard…
Si je ne me trompe pas, sa famille possède
absolument toutes les graines de soja de l'État du Missouri.
Il a un penthouse sur Ludlow.
J'ai entendu dire que son père lui avait donné de l'argent
pour l'empêcher de revenir à Saint-Louis pour toujours.
En tout cas, le groupe est assez hétéroclite.
Il change tout le temps.
Et Gloria?
Tu sembles particulièrement intéressé par Gloria.
Non.
Tu viens de présenter tous les autres.
Le passé de Gloria est un peu mystérieux.
Elle préfère que ça reste ainsi.
On se fiche des écoles où les gens sont allés, ou de qui est leur père.
C'est le respect de l'art qui nous unit.
Le reste n'est que…
du bruit de fond, des fioritures délirantes
du capitalisme à un stade avancé.
Je ne veux pas paraître trop : « Oh, le capitalisme »,
mais c'est vrai.
On est radicaux.
Mais au final…
notre contribution à la société et à notre religion, c'est notre art.
Ce n'est pas qu'on soit apolitiques.
Je veux dire, c'est important, bien sûr. Mais toi, alors? Où es-tu allé à l'école?
J'ai abandonné le lycée, en fait.
- J'adore ça. - Ouais, enfin, je sais pas trop.
Je suis arrivé en ville en 77.
Je t'imagine avec juste un sac de voyage et 11 $ en poche.
Non. Ce n'était pas du tout ça.
J'étais juste impatient et je voulais me rendre à La Mecque.
Comment as-tu su que tu étais poète?
Je ne le savais pas. J'ai juste commencé à écrire.
Il y avait beaucoup de poésie dans l'air à l'époque.
J'allais tout le temps à des récitals, j'en faisais moi-même.
Je faisais partie d'une communauté, un peu comme la tienne.
Ouais, je vois ce que tu veux dire.
Oh, je voulais te dire que j'ai parlé de toi à un ami de la famille.
C'est un agent chez Knoll. Il aimerait te rencontrer.
Moi? Me rencontrer?
Oui.
À quel sujet?
À propos de toi.
Il me prend à l'essai comme pigiste.
Je signe son nom dans le coin quand j'envoie des textes à des revues,
mais il a beaucoup d'excellents auteurs.
- Des poètes, des romanciers. - Quels poètes?
C'est un homme bien et il adore les écrivains.
Alors, je peux lui dire oui?
Bien sûr, pourquoi pas? On ne sait jamais, pas vrai?
Je devrais y aller.
Et notre poème? Ça avance comment?
Ah, c'est bien. C'est encore une ébauche.
C'est un travail en cours.
Comment tu t'y prends?
Désolé, question un peu présomptueuse.
Eh bien, je me promène et j'observe des choses.
Je ne sais pas, ça fait si longtemps.
Est-ce que j'ai une méthode? Je ne crois pas.
Quand penses-tu qu'il sera terminé?
Je ne sais pas.
J'aime bien laisser les choses mûrir avant de m'engager.
Choix de mots intéressant.
Bon, c'était sympa.
Préviens-moi quand tu auras quelque chose sur papier.
Oui, d'accord.
Ed… Saxberger…
tu devrais écrire tes mémoires.
Merci de m'avoir invité.
Alexa, monte le volume de 50 %.
Salut, comment ça va?
Salut, tu es venu!
Regardez-moi ce type!
Salut, c'est quoi, cette écharpe?
C'est une écharpe.
Tu m'as apporté un cadeau?
Ouais, c'est ton anniversaire, non?
- Ouais. C'est vraiment sympa. - Ouais.
Je veux dire, c'est vraiment sympa. Vraiment sympa.
J'ai compris.
- Hé, Marie? - Ouais?
Sers un verre à ce monsieur, et moi, je prendrai mon ginger ale.
D'accord.
Tu ne vas même pas en boire un pour mon anniversaire?
Six ans de sobriété me disent que non, mais je t'aime quand même.
Je ne sais pas, c'est un peu le chef de la bande.
Il est prétentieux, comme un personnage
tout droit sorti d'un roman d'Edith Wharton.
Comme un dandy. Chic, tu vois, raffiné.
Comme un gamin de riche?
Non, pas comme ceux qu'on voyait autrefois
et qui s'habillaient comme s'ils étaient pauvres.
Il a des héritiers. En plus, ce n'est plus vraiment un gamin.
Ça doit être sympa.
Joyeux anniversaire
Joyeux anniversaire
Joyeux anniversaire, cher Arnold
Joyeux anniversaire
Il y en aura encore plus à venir!
Tu n'es pas obligé de l'ouvrir tout de suite.
Ce n'est pas un shower.
Allez, qu'est-ce que tu racontes?
Way Past Go par Ed Saxberger?
Je parie que les pages sont toutes vierges à l'intérieur.
« Je n'avais pas besoin d'une raison. »
Ih, d'accord, d'accord. Laisse tomber.
- « Je n'avais pas besoin »… - Laisse tomber.
Hé! C'est mon cadeau, mec.
Tu ne peux pas simplement reprendre le cadeau de quelqu'un.
C'est quoi?
C'est un recueil de poèmes que j'ai écrits quand j'étais gamin.
- N'importe quoi. - Non, non, je l'ai écrit en 1979.
Regardez, c'est moi.
Beau gosse.
Laissez tomber.
OK, j'ai écrit un poème pour Arnold, moi aussi.
- Vous voulez l'entendre? - Oui.
D'accord.
Il était une fois…
Oh là là!
Il était une fois un homme de Bay Ridge.
Il buvait pour oublier son mariage.
Sa femme s'appelait Lisa.
Elle savait comment te taquiner.
Car ses seins étaient trop beaux pour qu'on les dénigre.
T'es un homme mort.
Ed, lis tes poèmes.
- Allez, Ed. - Pour vous, les gars?
Vous ne les comprendriez pas.
- Allez! - Allez.
Oui, lis-nous quelque chose tiré de Don't Pass Go.
Lis-le. Allez. Quoi, tu penses qu'on est trop rustres?
Ouais, c'est ce que je pense.
Pardon?
Ouais, je pense vraiment que vous êtes trop rustres.
- C'est quoi ce bordel, Ed? - Allez, calme-toi.
Tu te prends pour un putain d'intellectuel
parce que t'as écrit quelques poèmes il y a 50 ans?
Tu n'as aucune idée.
De quoi?
À qui tu parles.
Tiens. Garde ça précieusement.
C'est une édition originale.
Hé, où tu vas? Allez, Ed.
Oh, mec!
Il était une fois un homme qui s'appelait Saxberger.
Tu sais, Susan est très organisée,
donc au moins ça m'enlève un poids.
Mais on en arrive à un point
où je vais vraiment avoir besoin d'un coup de main ici.
Bon, on verra bien comment ça se passe.
« On verra bien comment ça se passe. » Je ne l'ai jamais entendue.
Écoute… je devrais y aller maintenant.
Il a encore demandé de tes nouvelles.
D'accord.
Je sais que tu ne veux pas t'occuper de ça.
Mais tout ce qui s'est passé, c'était il y a longtemps maintenant.
Écoute, il ne va pas aller mieux.
Tu ne veux pas que ça te pèse.
Je sais, je sais.
La famille, c'est ce qu'il y a de plus important dans la vie.
Qui a dit ça?
D'accord. Super. Là, tu me mets en colère.
- Je vais y aller maintenant. - D'accord.
Et quand je t'appelle, tu pourrais me rappeler pour une fois?
D'accord.
- D'accord? - Au revoir.
Au revoir.
… un jeune artiste qui reste en quelque sorte un mystère pour le…
Saxberger. Saxberger.
Je suis allé au café. Ils m'ont dit que vous seriez là.
Il faut que tu voies ça.
Qu'est-ce qu'on fête?
Ils ne recommandent pas n'importe quoi.
Ce ne sont pas juste des influenceurs.
Ce sont de véritables faiseurs de tendance.
- Sympa, sympa. - On fait ça simple, juste l'essentiel.
L'essentiel, une lampe. On n'a besoin de rien d'autre.
Et la musique?
En fond sonore?
Quoi, une petite liste de lecture mignonne?
Pour qui tu nous prends, bordel?
Va te faire foutre, Brussard.
Saxberger.
Tu sais que Gloria est avec Carmichael maintenant?
OK.
C'est juste que je pensais que tu devais le savoir.
Pourquoi?
J'ai vu l'effet qu'elle te fait.
Moi aussi, je suis passé par là.
Brussard, Brussard, je veux te parler de quelque chose.
J'y ai réfléchi et je pense que la musique est une bonne idée.
Des interludes, de la musique instrumentale.
- Bonjour. - Rebonjour.
Je sais ce qu'il venait de te chuchoter,
que ce jeune homme là-bas est mon amant.
Ouais.
Brussard m'a fait des avances une fois, enfin, plusieurs fois.
Mais une fois, il m'a vraiment fait des avances
et je l'ai poussé dans les escaliers de mon immeuble.
C'est horrible.
Je ne supporte pas à quel point il est jaloux et mesquin.
C'est juste parce qu'il voit bien que tu me plais, et ça le rend fou.
J'ai une très grande tolérance pour les hommes méprisables.
Tu vas juste essayer d'allumer des pétards sur scène.
C'est exactement le contraire de ce que j'essaie de dire.
Il faut juste qu'on reste simples.
D'accord.
D'accord. Au revoir.
Désolé.
Je m'excuse d'avance.
On vient d'emménager ici…
et, évidemment, on n'a pas encore rénové, donc…
Un bureau, c'est un bureau, non?
C'est drôle.
Sérieusement, merci de m'accueillir.
Hé, c'est un honneur et un plaisir.
Alors, pourquoi ne me parlez-vous pas un peu de vous?
Que voulez-vous savoir?
Je suppose que vous n'avez jamais eu ce genre de rendez-vous auparavant?
Ça se voit?
Eh bien, on commence tout juste à faire connaissance.
- D'accord. - D'accord?
Pour voir si on a envie de travailler ensemble.
- D'accord. - D'accord.
Ouais.
Je suis né dans l'ouest de la Pennsylvanie
et je vis ici, en ville, depuis mes 17 ans.
Vous êtes juif?
De nom, mais mon père n'était pas pratiquant.
La famille de ma mère était principalement d'origine allemande.
On a été élevés dans la religion catholique.
Et que faisaient-ils?
Il travaillait dans une usine.
C'était une ville avec une brasserie et une papeterie.
Elle était femme au foyer.
C'est ça, la vraie Amérique.
Comment connaissez-vous Meyers?
Wilson, vous voulez dire?
Oui, c'est ça.
Nos familles se connaissent depuis très longtemps.
Mon père a fondé un cabinet d'avocats
dont son père est aujourd'hui associé principal
et il en prendra probablement les rênes un jour.
J'ai grandi à Mamaroneck.
Ma sœur le gardait quand il était petit.
Toutes ces choses typiques de la banlieue, sans intérêt.
Bon, assez parlé de moi.
Et si je vous parlais un peu de ce qu'on fait ici?
- D'accord. - D'accord?
On n'a pas de mandat.
On est animés par la passion.
Et on représente des voix uniques et on les aide à atteindre leurs objectifs.
Je m'occupe de poètes, de créateurs de contenu,
de personnalités du sport, d'auteurs et d'auteurs de livres de cuisine,
qui cartonnent d'ailleurs.
Quel genre de livre de cuisine?
Des tartes.
Juste des tartes.
Donc mes goûts sont assez éclectiques, comme tu peux sans doute le constater.
Et j'en suis le reflet.
Exactement.
Et vous travaillez au bureau de poste maintenant, m'a dit Meyers?
Depuis 37 ans.
C'est incroyable.
Alors, Meyers vous a donné un exemplaire de Way Past Go?
Oui. Ouais, c'est vraiment un travail incroyable.
C'est tellement marquant. Vraiment. Oui.
Et vous envisagez de rééditer mon ouvrage, je suppose?
Euh, à terme.
Peut-être, oui, une fois que vos mémoires seront terminés.
- Mes mémoires? - Où en es-tu?
Je n'y ai même pas encore réfléchi.
On peut vous faciliter la tâche, si vous voulez.
On pourrait vous mettre en relation avec quelqu'un…
et vous n'auriez qu'à raconter vos histoires
tout en profitant de déjeuners préparés par un traiteur.
Écoutez, pour être honnête…
ces mémoires, c'était l'idée de Meyers, pas la mienne.
Écoutez, on utilise beaucoup le terme « découverte » par ici,
mais vous, monsieur, vous n'êtes pas une découverte.
Vous êtes quelque chose de bien meilleur et de bien plus rare.
Vous êtes une redécouverte.
Je suis une redécouverte?
- Je ne savais pas. - Oui. Et c'est précieux.
Qu'en pensez-vous?
Pourrais-je avoir un peu de temps pour y réfléchir?
Je comprends tout à fait. Prenez tout le temps qu'il vous faut.
J'ai un rendez-vous sur Zoom, donc…
Ed.
Tu as vu que des élèves ont emménagé au 1F?
- Ils ont l'air d'avoir environ 11 ans. - Non, je n'ai rien vu.
Tu aimes faire de la pâtisserie?
Pas vraiment.
Bien sûr que si.
Salut.
Je voulais voir ton appart.
D'accord.
Laisse-moi t'aider.
Bienvenue.
C'est un manteau très élégant.
Merci. C'était un cadeau.
C'est donc ici qu'il écrit.
Pas encore.
Mais tu as écrit, et tu écriras à nouveau.
Je ne sais pas.
C'est ce que tu penses pour l'instant,
mais tu ne sais pas comment la célébrité va t'affecter.
La célébrité?
Ouais. La célébrité.
Ne mets pas la charrue avant les bœufs.
Tu trouves peut-être que ces garçons sont idiots,
mais ils ont des relations.
Ça pourrait être une grande opportunité pour toi.
Tu devrais vraiment te préparer mentalement.
Et comment te prépares-tu à ta célébrité?
J'ai dit quelque chose de mal?
Non.
C'est juste qu'il n'y a rien de plus passionnant
qu'un génie masculin redécouvert.
Et une femme de génie, alors?
Mieux vaut être une ingénue.
Excuse-moi.
Oui?
C'est Arnold.
Je suis un peu occupé en ce moment.
Ouvre, crétin.
- C'est qui, Arnold? - C'est un ami.
Je devrais me cacher sous le lit ou derrière le rideau de douche?
Non.
Salut. Désolé de débarquer comme ça.
C'est bon. Qu'est-ce qui se passe?
C'est qui, chéri?
Oh, je peux repasser une autre fois.
Gloria Gardner.
Non, s'il te plaît.
Je te retrouve en bas, de l'autre côté de la rue, au café…
Edward chéri.
D'accord.
Edward chéri.
Ça fait quelques jours qu'on ne t'a pas vu par ici.
Je suis désolé, mais ces types m'ont vraiment énervé.
Ce n'était pas toi.
Ce sont des gars super, mais oui, parfois, ils peuvent être de vrais connards.
Ouais, je comprends. C'est qui, elle?
C'est une actrice. Elle lit mes poèmes.
Elle lit tes poèmes?
Ouais, il y a un groupe là-dedans qui fait une lecture.
C'est rien. C'est pas grave.
Ça fait 30 ans qu'on se connaît et tout à coup, tu as des secrets?
C'est pas important.
D'accord. Alors, on peut venir?
Non. Je suis sérieux.
Je veux personne là-bas.
D'accord, très bien. Je ne le dirai à personne et on ne viendra pas.
Je peux venir, moi?
On verra, peut-être.
Écoute, merci d'être venu, mais elle m'attend en bas.
- D'accord, je comprends. - Elle est cool. Elle est cool.
Ouais, d'accord.
Alors, j'imagine que tu ne vas pas aller voir
le match entre Georgetown et St. John's?
Oh, mince! J'avais complètement oublié ça.
- Ouais, peu importe. - J'ai plein de trucs à faire.
Peu importe.
Qu'est-ce que tu as là?
Tu sais très bien ce que c'est.
Allez. Ça va être sympa.
Si tu le dis.
Soho a beaucoup changé depuis que tu es arrivé ici, pas vrai?
Oh ouais.
Tu vois ces fenêtres tout en haut de cet immeuble?
C'était le loft de Frank Moore.
Quand je suis arrivé en ville, j'y suis allé pour une soirée
et j'y ai rencontré des poètes,
des peintres, des écrivains et des gens de théâtre.
Cookie Mueller a fait une lecture.
Cookie était cool. Sharon était là.
Le centre-ville, c'était un autre monde à l'époque.
Soho, c'était comme vivre sur la lune.
Impossible de trouver un taxi.
Tout le monde était artiste, tout le monde était pauvre,
tout le monde était jeune… jusqu'à ce que ça change.
J'ai les mains froides.
Tiens.
Tu fais quoi pour joindre les deux bouts? Des petits boulots d'actrice?
Surtout. Je m'en sors. Je chante aussi.
Eh bien, tu es différente de ces gamins de riches qui ont tout cuit dans le bec.
On dirait que tu travailles dur et que tu te débrouilles toute seule.
Tu n'es pas censé penser ça.
Ah bon?
Non.
Tu es censé penser que je mange du caviar au petit-déjeuner
et que je vais à Paris chaque année pour acheter les soieries les plus raffinées.
Qui es-tu?
Ça, c'est mieux.
Je suis sérieux.
Saxberger.
Saxberger!
Oh, Saxberger.
Gloria.
Gloria.
Gloria.
J'étais censé écrire mon poème aujourd'hui.
Mince! Quelle heure est-il?
Il faut qu'on y aille. On va être en retard.
Où est-ce qu'on va?
On va remonter le temps.
Bienvenue!
Alors…
J'étais jeune, je n'avais que 16 ans à l'époque
Quand tu es arrivé de Birmanie un jour
Et que tu m'as dit de faire ma valise
Et tu l'as fait, et tu m'as emmenée loin d'ici
J'ai dit : « As-tu un travail stable et bien rémunéré
Ou pars-tu naviguer et vagabonder en mer? »
Et tu as répondu : « J'ai un boulot sur les chemins de fer
Et, chérie, comme tout ça va être génial »
Tu m'en as dit long, Johnny, ce n'étaient que des mensonges
Tu m'as bien eue, Johnny, dès le début
Je te déteste quand tu te moques de moi comme ça
Enlève cette fichue pipe de ta bouche, Johnny
Surabaya Johnny
Est-ce vraiment la fin?
Surabaya Johnny
La douleur finira-t-elle par s'apaiser?
Surabaya Johnny
Je brûle à ton contact
Tu n'as pas de cœur, Johnny
Mais je t'aime tellement
Au début, tu étais gentil et tendre
Jusqu'à ce que je fasse mes valises et que je parte avec toi
Et ça a duré deux semaines,
Jusqu'au jour où tu t'es moqué de moi
Et tu m'as frappée aussi
Tu m'as traînée partout dans la ville
En amont de la rivière, puis jusqu'à la mer
Maintenant, je me regarde dans le miroir
Et c'est une vieille femme qui me fixe en retour
Tu ne voulais pas d'amour, Johnny, tu voulais de l'argent
Mais quand je regarde ces lèvres, Johnny, c'était fini
Je t'ai donné tout ce que j'avais, mais tu en voulais plus, Johnny
Efface ce sourire narquois de ton visage, espèce de salaud
Surabaya Johnny
Personne n'est plus méchant que toi
Surabaya Johnny
Mais oh, mon Dieu, je t'aime toujours
Surabaya Johnny
Je brûle à ton contact
Tu n'as pas de cœur, Johnny
Mais je t'aime tellement
Mon Dieu.
D'accord. Tu veux que… j'essaie une fois maintenant?
- D'accord. - D'accord.
Il était une fois un homme du vieux Flatbush.
Il essayait de…
trouver…
Non, attends une seconde.
- Laisse-moi… - C'est tellement stupide.
Il était une fois un homme du vieux Flatbush.
Gros cul.
Il chercha partout une belle à marier.
Et celles qu'il connaissait pleuraient
et les saisons s'entrechoquaient.
Bien.
- C'est ça? - Oh oui.
Tu devais être magnifique quand tu étais jeune.
Les saisons s'entrechoquent.
Les saisons s'entrechoquent.
Je t'aime tellement
Les saisons s'entrechoquent.
Les saisons s'entrechoquent.
Ce que tu aimes vraiment demeure,
le reste n'est que scories.
Ce que tu aimes vraiment ne te sera pas enlevé.
Ce que tu aimes vraiment est ton véritable héritage.
Le passé est le passé.
Et si l'on se souvient
de ce que l'on avait l'intention de faire et que l'on n'a jamais fait…
c'est que l'on n'a pas suffisamment songé à le faire.
Le passé est le passé.
Les saisons s'entrechoquent.
Les saisons s'entrechoquent.
Les saisons s'entrechoquent.
Je n'écrirai plus jamais de poème.
Bon, jusqu'à présent, il y a seulement une douzaine d'invités,
et cinq d'entre eux sont de la famille de Winn.
Et notre voisin et son ami.
La plupart des gens achètent un billet à l'entrée le jour même.
- Non, ce n'est pas vrai. - Si, si.
- Salut. Je m'appelle Ed. - C'est une amie.
Quoi qu'il en soit, le mieux qu'on puisse faire,
c'est de s'assurer que les personnes que vous connaissez sachent quand ç'a lien.
Rappelez-le à vos amis. Demandez-leur une faveur.
Winn, combien de fois leur avons-nous envoyé des courriels?
Il a dit peut-être. C'est celui de sa femme…
Tu peux le montrer?
Et tes amis?
Je n'ai pas d'amis.
Tu n'as plus d'amis de l'époque?
Comme qui?
Comme Gregory Corso.
Ce n'était pas mon ami. De plus, il est mort.
Oh, désolé. Je pensais à quelqu'un d'autre.
J'ai des collègues, mais ils n'ont pas vraiment l'oreille pour la poésie.
Eh bien, une fois qu'ils sont assis, ils font partie du public.
Et c'est ce dont on a besoin. Plus on est nombreux, mieux c'est.
Tu as donné ton poème à Gloria?
Non, je ne l'ai pas encore terminé.
Alors, où en es-tu?
Je ne l'ai pas encore écrit en entier.
En fait, je n'ai même pas commencé.
- C'est demain. - Je sais.
Tu vas pouvoir le terminer?
Probablement pas.
Alors, qu'est-ce qu'on est censés faire?
Eh bien, tu as déjà plein d'autres poèmes, non?
C'est vrai. On peut utiliser l'un des plus anciens.
Ce serait nouveau pour le public comme tu l'as dit.
Ça te va, Saxberger?
Ça me semble bien. Merci.
Ça ne va pas. C'est déjà indiqué « nouvelles œuvres ».
C'est trop tard pour les réimprimer maintenant,
Je n'étais pas paresseux.
Je ne veux pas que vous pensiez ça.
Je n'ai tout simplement pas pu le faire.
Ce n'est pas triste, c'est juste que ça ne s'est pas produit.
Parfois, je me dis que si j'avais mené une autre vie,
par exemple si j'avais eu des résidences d'artistes,
un poste permanent quelque part,
peut-être que si j'avais mené cette vie-là…
ça aurait été plus facile d'écrire un poème.
Mais ça ne s'est pas produit.
Et je ne suis pas sûr d'avoir voulu cette vie de toute façon.
On va s'en tenir aux anciens.
Ça va, Ed.
- Winn. - Ouais?
Les listes de diffusion que tu as envoyées par courriel,
tu peux me les envoyer?
- Ouais. - Toutes.
- Je veux voir la liste. - Oui.
Parce que combien de personnes sur cette liste sont des gens qu'on ne connaît pas?
Aucune.
Allô?
C'est moi.
- Qui? - Saxberger.
Ce n'est pas vraiment le bon moment.
Tu es arrivé chez moi à l'improviste.
Salut.
Quelle montée!
Ouais. Écoute, ça me fait plaisir de te voir,
mais ce n'est vraiment pas le bon moment.
Tu dois aller quelque part?
Non.
Désolé de m'être imposé, mais je suis venu te voir.
C'est un ami. Il va partir dans une minute.
- C'est ton colocataire? - Oui.
Comment tu l'as rencontré?
C'est son appartement, et c'est un vieil ami très cher.
Alors, qu'est-ce qui se passe?
Il n'est pas très sympa.
On finira cette conversation la prochaine fois qu'on se verra, d'accord?
Tout va bien?
Oui, tout va bien.
Couches-tu avec ce type pour avoir un loyer gratuit?
Bon sang, Saxberger!
Désolé. J'essaie juste de comprendre.
Je vais bien, vraiment.
Je suis venu ici parce que je voulais te dire que je pensais à toi.
D'accord.
J'ai fait quelque chose de mal?
Non.
C'est juste compliqué pour moi.
Tiens, j'ai choisi le poème pour demain.
Super.
Je veux que tu t'habilles et que tu viennes avec moi.
Je t'emmène dîner.
Ça a l'air sympa, mais je vais devoir remettre ça à plus tard, d'accord?
Je veux juste m'assurer que tu vas vraiment bien.
Oui. Vraiment.
Tu ferais mieux de partir, d'accord? Je vais te dire au revoir maintenant.
C'est un genre d'espace commun.
Il y a vraiment des gens qui vivent ici.
L'hymne soviétique, c'est le signal de Brussard.
Désolé de t'interrompre. Saxberger est là.
Je crois qu'il y en a trois autres ici aussi que je t'ai envoyés.
Salut.
C'est quoi, cet endroit de hippies?
Je sais, c'est un peu déclassé, mais les gens connaissent cet endroit.
Je veux dire, les gens viennent ici.
On va trouver une super maison, je te le promets. Les gars sont à l'arrière.
Je ne comprends pas pourquoi tu ne peux pas simplement le lire?
- Tais-toi. - Pourquoi tu ne peux pas le lire?
- Salut, les gars. - Salut.
C'est tout simplement impossible que je le lise.
C'est écrit expressément pour une femme.
Je ne me suis pas préparé. On pourrait trouver une femme?
Ça va aller.
Non, je ne suis pas un comédien. Je suis dramaturge.
- Ça doit bien vouloir dire quelque chose. - De quoi tu parles?
Gardner ne viendra pas. Elle n'en a pas envie.
Quoi?
Ouais, elle est malade.
- Elle est malade? - Elle ne viendra peut-être pas.
Qui va lire mon poème?
Eh bien, c'est une migraine. Elle en a souvent.
Une migraine? Non, elle et Carmichael se sont disputés.
C'est tout. Elle le fait juste marcher.
Elle le fait transpirer. Tout va bien se passer.
Hé, va te faire foutre, Brussard.
C'est vraiment n'importe quoi!
Je sais même pas ce que je fais ici.
C'est pas facile pour moi.
Vous, vous êtes tous jeunes, bien lotis.
Vous avez rien à perdre.
- Vous vous en fichez complètement. - Où est mon presse-papiers?
Meyers, c'est quoi le plan?
- Le plan? - Mon poème, qui va le lire?
Il se passe plein de choses. Tout ne tourne pas autour de ton poème.
- Bienvenue. - Gloria.
Je suis la dernière arrivée?
Ouais, mais tu es à l'heure. T'inquiète pas.
J'ai failli rater ça, les enfants, mais je suis là. D'accord?
- Saxberger a pété les plombs. - Et puis merde!
Je peux avoir un verre d'eau à température ambiante?
Je croyais que tu le savais.
Non, Fernandez a pris son…
Les gens, ils sont en colère.
C'est mon voisin.
Depuis des années, une bataille fait rage
pour l'âme de notre communauté d'artistes,
une bataille que très peu…
Le lavage de cerveau sur les réseaux sociaux
menace votre liberté de pensée même.
Il homogénéise les masses et ouvre la voie à la dictature,
une dictature cognitive basée sur les pièges à clics.
Et quand la dictature est un fait…
Bon. C'est mon signal.
La révolution est un droit.
La révolution est un droit.
Pour ceux d'entre vous qui ne le savent pas, c'est Victor Hugo,
l'un des plus grands écrivains du XIXe siècle.
Aidez-moi!
Éteignez immédiatement vos téléphones portables pour le reste de la soirée.
J'ai l'honneur de vous présenter la Société enthousiaste.
Où est mon petit garçon?
C'est une question que l'on se pose tous les jours, n'est-ce pas?
C'est ce que demandent les voisins,
ainsi que ses camarades de classe, et les policiers aussi.
Je leur ai dit que je ne savais pas, et je ne le sais toujours pas.
Où est mon petit garçon?
Même une visite chez le médecin me semble être un changement de rythme bienvenu,
même une visite au Service des immatriculations.
Il jouait dehors avec les enfants du quartier.
C'était ce genre d'endroit.
J'ai grandi dans un endroit horrible, mais ici…
c'est ça, l'enfance.
Où est mon petit garçon?
Je sais où se trouve le corps de mon fils.
Mais où est mon fils?
Après l'accident…
Après avoir paniqué et tout nettoyé…
j'ai caché son petit corps
à tout le monde, même à son propre père.
Où est-il parti alors?
Une telle décision ne peut être annulée une fois prise, vous comprenez?
Vous comprenez?
Je vois bien que vous comprenez.
Carmichael, je dois y aller.
C'était génial.
- C'était un moment inoubliable. - Je sais.
- Allez. - Méditation d'automne.
Tu es incroyable.
Merci. J'ai juste besoin de m'asseoir.
J'ai juste besoin de quelques secondes.
De grandes serres déchirent le ciel, pleurant la pluie…
Gloria, c'est à toi de lire ensuite. Le poème de Winn n'est pas très long.
… s'écoulant comme un fleuve puissant.
Gloria.
Dans les tranchées de mon cerveau,
le long des ruisseaux qui se répandent à travers et par-dessus mon être profond.
- Elle va bien? - Oui. Non, elle va bien.
- Elle respire normalement. - Gloria.
Gloria.
Et mes mots scintillent comme des diamants.
Je t'aime, mon chéri.
Elle est K.-O.
Tu vas devoir le lire toi-même.
Je suppose que oui.
Ça ira.
C'est comme ça que ça aurait toujours dû être.
Où est le livre?
Je crois qu'il est dans sa veste. Je vais te présenter.
Merde!
Il en reste combien?
C'est rare…
de découvrir quelqu'un dont l'œuvre
est aussi pertinente aujourd'hui qu'elle l'était en 1979.
Quelqu'un qui, de manière déroutante, a glissé entre les mailles
d'une culture qui avait désespérément besoin de lui.
C'est pour moi un immense honneur et un immense plaisir
de vous présenter à nouveau le grand poète new-yorkais, Ed Saxberger.
Je vais lire un extrait de Way Past Go.
J'ai volé comme une étincelle issue des feux que j'avais allumés,
pour revenir au cœur creux et rouillé de cette Amérique.
J'ai gardé les yeux rivés sur le ciel
depuis la vitre arrière d'un bus Peter Pan,
tout au long du chemin jusqu'à ma Mecque d'asphalte sombre et scintillante.
Des rues criblées de nids-de-poule que j'avais hâte de parcourir
se déroulaient devant moi, tel un tapis rouge vin,
avec un monde souterrain qui bourdonnait sous mes pieds.
Mon ombre en mouvement s'est posée en centre-ville…
là où tout se passait toujours,
ici et maintenant, pour l'éternité.
Mille et une nuits avec un budget 1,98 $ par jour.
Des délices à prix cassés : de la rayonne chatoyante
et des pierres éparpillées de zircone cubique.
La rue du Canal, un ciel de toile au-dessus d'une mer de carton,
d'aube en aube, ici et maintenant, pour l'éternité.
Nous avons tout fait se produire sans jamais nous arrêter,
et sans jamais appeler cela du travail, car tout cela n'appartenait qu'à nous…
battement après battement,
depuis le réveil glacial sur des sols aux planches fendues,
jusqu'à l'écriture de ces mots pour toi et toi seule.
Je t'ai observée derrière le bar Three Roses,
tes poignets fins comme des crayons,
tes yeux de raton laveur, ta bouche pincée et maquillée de rouge à lèvres
qui murmurait : « Et si tu m'écrivais un sonnet? »
J'ai écrit ce premier sonnet à la lueur d'une bougie
chez toi, à l'angle de Grand et Thompson…
après que nous ayons joui si fort que nous avons tous les deux pleuré.
J'écris celui-ci d'une main tremblante…
dans le métro A en direction du nord,
pour rejoindre Sugar Hill tout en haut de Harlem, plus long qu'un sonnet…
un poème qui ne s'achèvera pas tant qu'il ne t'aura pas retrouvée…
où que tu sois partie.
Peut-être derrière le comptoir du Blarney Stone,
ou de nouveau en tournée avec ce groupe.
Peut-être en train de cueillir des pêches dans la vallée de San Joaquin,
ou de séjourner au pair à L.A.,
ou peut-être es-tu avec moi comme Eurydice…
me mettant au défi de me retourner.
Ce premier soir au Three Roses, les fusées m'ont murmuré à l'oreille…
« Elle va te brûler, mec. »
Et c'est exactement ce que tu as fait…
maintenant et pour toujours.
Bravo, papy!
Bravo, papy!
Incroyable.
- Je ne sais pas. - Ça va, Saxberger?
Ouais, ça va. Ouais.
- Félicitations pour ta prestation là-haut.
- Bien. - Bravo, papy!
- Mon amie a vraiment adoré. - C'est génial.
Prépare-toi à recevoir des propositions.
Salut, Saxberger.
Comment ça s'est passé?
À merveille.
Tu n'as pas l'air satisfait.
Franchement…
J'ai vraiment soif.
J'ai du mal…
Écoute, laisse-moi t'aider avec ça.
C'est froid.
Et voilà.
Veux-tu dire à Carmichael que j'ai accepté le rôle à Minneapolis?
Je ne sais pas de quoi tu parles.
Je vais jouer Un amour d'hiver dans un théâtre très réputé à Minneapolis.
Merveilleux.
C'est une super nouvelle, non?
Ouais.
Tu sais…
- Je suis une artiste. - Ouais, je sais.
Et je n'appartiens à personne, juste à mon art.
Je sais.
Je dois y aller.
C'est quoi, ça?
C'est juste un petit truc.
- Tu es allé à une fête? - Je peux?
Ça veut dire quoi?
Au revoir et adieu, mon frère.
- Tu pars? - Non.
Je cite juste un poème.
Tu devrais la garder. Ça te va mieux qu'à moi.
Bonne nuit.
Salut, Jimmy est mort il y a quelques heures.
Je voulais juste que tu le saches.
À plus tard.
« La Société enthousiaste,
« un groupe littéraire autoproclamé au nom joyeux ou sarcastique,
« selon l'interprétation que l'on en fait,
« a organisé un récital, une lecture, un spectacle.
« Peut-être qu'un méli-mélo serait plus approprié.
« Un méli-mélo de poètes, d'écrivains et d'acteurs.
« En tant qu'événement, tout cela avait un certain charme désordonné.
« Mis à part une lecture envoûtante
« par un vieux barde de village,
« et une performance à fond par une actrice chevronnée,
vous n'avez pas raté grand-chose si vous n'y étiez pas. »
Où est Gloria? Elle et Saxberger s'en sont bien sortis.
Elle voulait que je vous dise
qu'on lui a proposé un rôle dans ce théâtre de Minneapolis,
et qu'elle va l'accepter.
Tant mieux pour elle.
Voilà un site web consacré aux arts.
« Hier, une lecture d'œuvres
par la plus célèbre société littéraire de Lower Manhattan… »
La plus célèbre?
« … la Société enthousiaste,
organisée par le Diaghilev du groupe, Wilson Meyers. »
C'est qui, Diaghilev?
Les Ballets russes.
Nijinsky, Stravinsky. C'est un grand imprésario.
« Des poèmes, des monologues et des essais présentés
« par les auteurs eux-mêmes, pour la plupart jeunes,
ainsi que par des comédiennes. »
Puis ils citent juste en quelque sorte…
Ouais, nous tous. Donc c'est bien, non?
Une mention spéciale pour la comédienne.
« Et ils ont été accueillis par des ovations enthousiastes du public.
« Même si le moût en fermentation
« a encore du chemin à faire avant de devenir un vin raffiné,
« ce groupe de jeunes artistes
« pourrait marquer le début de quelque chose de nouveau
et le retour de quelque chose d'ancien dont on a cruellement besoin. »
C'est pas mal.
En fait, c'est plutôt bien, non?
Il y a quelque chose qui cloche.
Comment ça?
Qui l'a écrit?
Ça dit juste « l'équipe ».
Tu es sacrément silencieux là-bas.
Tu laisses juste le moût fermenter?
Attends, qu'est-ce que ça veut dire?
C'est lui qui l'a écrit.
- Je ne comprends pas. - C'est toi qui l'as écrit?
Je ne comprends pas.
J'ai peut-être un peu usé de mon influence.
Tu as usé de ton influence ou tu l'as écrit?
C'est une question de positionnement.
Si Diaghilev était encore en vie aujourd'hui,
il aurait écrit ses propres critiques.
C'est à deux doigts de ce qu'elles sont déjà.
Enfin, je n'aurais pas pu t'écrire une critique élogieuse!
J'ai été très juste.
Tu n'es pas Diaghilev, putain.
Et qui t'a donné la permission de dire
que nous étions le début du retour de quoi que ce soit?
Qui t'a désigné comme notre putain de chef?
C'est moi le chef! Qui d'autre pourrait l'être?
J'ai travaillé jour et nuit pour nous rassembler tous sous une même bannière!
Pourquoi? Parce que j'y crois!
C'est moi qui nous ai réunis! C'est moi qui nous ai maintenus unis!
C'est moi qui ai trouvé Ed, bon sang!
Désolé, je ne t'ai pas léché la bite pour une putain de dissertation débile!
En quoi croyez-vous, putain, hein?
En rien!
J'emmerde tout ça.
J'en ai assez.
Ouais, moi aussi.
Ça te dit d'aller dîner?
Non. Je suis trop fatigué.
Ouais.
J'ai perdu l'appétit, moi aussi.
Saxberger. Salut.
Je veux te dire que j'ai vraiment beaucoup de respect pour toi et ton travail.
C'est très gentil.
Bon, bref, je me demandais
si tu serais disposé à jeter un œil à certaines de mes œuvres.
J'ai vraiment confiance en ton avis
et j'aimerais savoir si tu penses que j'ai du talent.
Tu es jeune. Tu as toute la vie devant toi.
Oui, je sais. J'en suis conscient.
C'est juste qu'avant de consacrer ma vie à quelque chose…
Écoute, écoute.
Je jetterai un œil à ce que tu m'enverras.
Je le ferai avec plaisir.
Mais pour ce qui est de décider si tu as du talent ou non,
je n'y connais absolument rien.
Mais tu es Saxberger.
Si c'était vraiment bon ou vraiment nul, peut-être.
Mais le talent n'est qu'une partie de l'équation.
Tu sais, tu ne devrais vraiment pas mettre ton estime de toi sur un plateau
et la tendre à un vieux comme moi.
Attends. Tu es un génie.
Arrête.
Pourquoi accordes-tu autant d'importance à mon avis?
Dis-moi une chose.
Tu as vraiment aimé Way Past Go?
J'ai très envie de le lire, vraiment.
Et je n'arrête pas de demander à Meyers, il a promis de me le prêter.
Il l'a promis à tout le monde, mais on ne peut pas compter sur lui.
- Alors? - Je veux dire, j'avais envie de le lire.
Personne ne l'a lu, pas vrai?
Mais ta lecture était géniale.
D'accord.
Tu ne lis pas les miens. Je ne lis pas les tiens.
D'accord?
Bonne chance, petit.
- Le voilà. - Salut.
D'accord, d'accord.
T'y étais à deux doigts.
C'est déjà ça, c'est déjà ça.
Bon. C'est parti.
J'aime bien ça. Non, je n'aime pas ça.
J'aime bien ça, mais je n'aime pas ça.
Désolé, mon pote.
- D'accord. - Je suis capable.
Scratch!
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