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Zulu
---
...
Soupirs et gémissements
---
Elle inspire.
Gémissements
Cri
Ça a commencé ici.
Musique romantique
---
Non, avant.
---
---
Bouleversant.
Comment ?
Ce film est bouleversant.
Ah !
Tant mieux.
Ça aurait commencé là ?
Waouh !
Elle te chauffe.
Ah bon ?
In the Mood for Love, Prête à tout...
Et alors ?
Faut qu'elle prenne Attache-moi pour que tu percutes ?
Il siffle.
Musique romantique
---
Bonjour.
Bonjour.
Musique entraînante
---
Quand commence une histoire ?
Au premier rendez-vous ?
Au premier baiser ?
Musique douce
---
Au premier...
Je t'aime.
Musique douce
---
On était heureux, amoureux.
On était seuls au monde.
Cris
Rires
---
Un sourire et mon cœur sursautait.
Il suffisait d'un regard.
---
On était libres,
inconscients.
---
Ce jour-là, il m'a dit...
Je veux un enfant de toi.
Par désir,
par amour, par folie, j'ai répondu...
Fais-le-moi.
Gémissements
---
Tout a vraiment commencé là.
Petits cris
Musique douce
---
Ça va ?
Qu'est-ce qui ne pouvait pas attendre ?
Bab,
il faut parler.
Hein ? Oui.
Faut qu'on parle, Nico.
Je t'écoute.
Tu veux me lourder ?
Non, pas du tout.
On va pas te le voler. Quoi ?
Ton sac, tu le regardes.
Pour Freud, le sac symbolise le vagin.
Ah ?
Que regardes-tu à l'intérieur de ton vagin ?
C'est pas comme ça que je voulais te le dire.
T'es enceinte ?
C'est sûr, ça ?
Musique douce
---
J'ai pensé à ces 9 mois.
9 mois pour rêver du bébé,
le sentir bouger, lui parler,
le caresser.
J'ai le vertige.
9 mois de bonheur.
Elle tousse.
---
Vos pires ennemis
sont le fromage, les œufs,
la viande, la charcuterie,
mais aussi
votre mère, votre belle-mère.
Ceux qui ont déjà
des enfants.
N'écoutez personne.
Et tout se passera bien.
L'accouchement
aura lieu
début mars, le 5.
- Mars, ça vous va ?
Barbara ?
Barbara ? Oui, M. Truffard.
Je compte sur vous, on va pas y passer 107 ans.
Ça fait 9 mois pour accoucher de votre thèse. Ça ira, non ?
Si ça se passe bien, un poste
vous attend ici même.
La question de l'autre dans le tractatus logico-philosophicus.
C'était le sujet de ma thèse de philo.
Mais je me posais d'autres questions.
Ça va, Barbara ?
Oui, tout va bien.
Vous me semblez étrange.
Différente.
Physiquement, vous semblez changée.
Vous me faites penser
à Gregor Samsa.
La Métamorphose ?
Oui, La Métamorphose.
Die Verwandlung.
Qu'est-ce que vous cachez ?
Mais il n'y a rien, je vous assure.
Tu te fais des films.
Je te jure, ça se voit pas.
On fait comme on a dit.
Yes.
Quoi ?
Qu'y a-t-il ?
J'ai quoi ?
Rien, chérie.
Tu me regardes bizarre.
Dessin animé
Il ronfle.
- Dis donc, t'as été
chez le coiffeur ?
- Non, pourquoi ?
- T'as quelque chose de changé. - Ah ?
T'as enflé des joues ?
Non merci.
Ça suffit, maintenant.
Tu crois que j'ai pas vu ?
Tu bois plus, tu fumes plus.
Tu veux pas me dire que t'es enceinte.
C'est puéril.
Tu serais la 1re au courant.
Arrête de mentir. Tu es enceinte de combien ?
- Prépare-toi,
tu vas en chier.
Bab.
Vous me croyez ?
C'est bon ?
C'est pathétique. Tu es prête à tout
pour pas me le dire.
Je serais prête à intoxiquer mon bébé ?
Intoxiquer, les grands mots !
Enceinte, je buvais et fumais, et pas que des cigarettes.
Et tu es en pleine forme.
J'ai fumé à 12 ans, d'où ça vient ?
Tu vas pas me mettre ça sur le dos ?
T'étais si mal avec tes bagues et tes lunettes grotesques,
que tu as fumé pour te faire remarquer.
Tu avais choisi les lunettes.
Tu avais un physique ingrat,
il fallait que tu aies l'air intelligent.
Ça cachait un peu ton acné.
On y va ?
Oh ! Que tu es susceptible !
Et ta mère,
elle est au courant ?
Non, certainement pas.
J'en étais sûre.
Tu l'as dit à ta mère ?
T'avais promis.
J'ai rien pu faire. Tu la connais.
Elle l'a senti au son de ma voix.
- La dernière au courant.
Tu demanderas à ta belle-maman de te garder ton bébé.
Je suis une mauvaise grand-mère.
Tes nièces, ta sœur préfèrerait les attacher
que me les laisser. Absolument.
J'allais te le dire.
Après la naissance ?
Je suis juste à côté.
Tu es sûre d'être prête ?
Tu n'es pas indépendante financièrement.
Je t'ai poussée à faire des études !
Ça valait le coup de brûler mon soutien-gorge.
Aucune femme n'a brûlé son soutien-gorge.
Qu'y a-t-il ? Barbara est enceinte.
Félicitations.
- Tu y étais, toi ?
Et bonne chance, surtout.
Toi mère, ça promet.
C'est pour ça que je voulais pas te le dire.
Je suis pas sûre d'avoir la fibre maternelle.
Les enfants ne m'intéressent pas.
Les bébés, je trouve ça bête, chiant.
Petite, je voulais devenir adulte le plus vite possible.
J'ai ma thèse, tu bosses dans un vidéoclub.
Tu lis encore des B. D.
Je lis pas des B. D., je lis un strange.
Le Surfeur d'Argent, le super-héros le plus noble
de toute la galaxie.
N'empêche, regarde-nous.
On est complètement irresponsables.
Comment être responsable d'un autre ?
Tu es immature.
T'as pleuré devant Koh-Lanta.
Oui.
Grâce à ton job hyper sérieux,
tu peux parler rien qu'avec les dialogues
de Retour vers le futur.
Nom de Zeus, tu as raison !
Nico, sérieusement.
T'en penses quoi ?
C'est formidable.
*- Espace.
Frontière de l'infini
vers laquelle voyage notre vaisseau spatial.
Sa mission de cinq ans,
explorer de nouveaux mondes.
Découvrir de nouvelles vies, d'autres civilisations.
Et au mépris du danger,
avancer vers l'inconnu.
* Musique mystérieuse
---
- Le fœtus avec
son pôle céphalique, son tronc.
Le sac amniotique.
Et là, son sexe.
Si vous avez envie de savoir.
Non. Oui.
Bah non. Mais si !
Dites-le-moi à l'oreille.
D'accord ?
Tu crois qu'on pourra tenir avec toi qui sais et moi pas ?
On se revoit
dans quelques semaines,
vous pouvez réfléchir.
- Et ce truc qui bouge
à 200 km/h ?
Ça, c'est son cœur qui bat.
Battements de cœur
Musique douce
---
C'est pour ça que je mets toujours 2 capotes.
- Tony !
On est les 1ers à le voir.
Fais un effort.
Avec du baume du tigre entre les 2 capotes.
On veut pas savoir.
Quoique si, continue.
Pourquoi ?
C'est simple. Imagine que la capote du dessus éclate.
La nana hurle tant ça lui brûle la muqueuse.
Du coup ça fait comme une alarme.
T'es un gentleman, tu dis "brûler la muqueuse".
Je pensais que tu dirais...
Arracher la chatte ?
Chut !
- Bab, ça te fait pas flipper ?
Moi, d'avoir un truc
dans mon ventre,
ça me rendrait dingue.
C'est vrai, j'avais peur.
Je me sentais comme possédée.
J'étais habitée par un autre, un alien.
Un étranger qui modifiait et dirigeait mon corps.
Un être qui avait ses goûts, ses désirs et qui me commandait.
C'est lui qui me réveillait tous les matins.
Il me faisait oublier mes préceptes végétariens.
Il me donnait envie de rire.
Ou de pleurer sans raison.
Il jouait avec mon horloge interne.
J'étais marmotte le jour et chauve-souris la nuit.
Ronflement
---
Nicolas prenait les choses avec une insouciance déconcertante.
Les hommes peuvent laisser les choses glisser sur eux
comme le vent.
Petits cris
Au 4e mois, je me suis sentie épanouie.
Je ne pensais qu'à l'amour.
J'avais les sens en folie, les hormones
au climax.
Comme si j'avais atteint le sommet de ma féminité.
Désolé, j'ai l'impression
qu'il nous regarde.
Limite, il participe.
Je t'en supplie. Fais-moi l'amour.
Soupirs
Baise-moi.
Soupirs
---
Non, je peux pas.
Ça me bloque.
Tu t'es tapé ton directeur de thèse ?
Non, j'ai fait une expérience.
Rires
C'est une étude sur la taille du pénis
par profession.
Les manuels
sont mieux lotis. Tais-toi.
J'ai envie de sexe, je rêve d'un gang bang.
C'est horrible.
Je crois que le mec du fond ne t'a pas entendue.
Tous les hommes me prennent pour la vierge immaculée.
S'ils savaient ce qui se passe dans mon corps.
Cet énorme éblouissement hormonal.
Ils me regarderaient
d'un autre œil.
Nico pareil.
Tu vois ce modèle de moulin à poivre ?
C'est un Rubirosa.
Du nom de Porfirio
Rubirosa.
Un Sud-Américain de l'entre-deux-guerres
gâté par la nature.
Tais-toi, j'en peux plus.
Je te jure !
Rires
Bon.
J'ai une solution.
Le Magic Finger.
Faut aimer les picots.
Si vous n'aimez pas les picots,
j'ai ça pour les gourmandes.
J'ai déjà mangé. On sort de table.
Vous êtes complices, je peux vous proposer ça.
Non, mais vous faites pas
les canards plutôt ?
Les canards tout simples.
On ne fait pas les canards ici.
Mais il y a Snoop.
Un import japonais formidable.
Il vibre, remue la queue
et si vous sifflez, il sort sa petite langue.
Bon, faut savoir siffler.
Elles sifflent.
---
Sifflement
---
---
---
- Oh, Nico !
Quoi ? Il a bougé !
C'est quoi, ce chien ?
Le bébé a bougé.
Ah bon ?
Je sens rien.
Ah non.
Non.
Musique douce
---
Je l'inspire pas, on dirait.
---
On voit bien
les grandes lèvres
et les petites lèvres.
Et là, son clitoris.
On voulait pas savoir.
C'est une fille.
- Vous auriez fini
par le savoir.
J'ai dit
que son utérus est antéversé antéfléchi.
On ne peut pas rêver mieux comme réceptacle
pour un bébé. J'hallucine !
Ton utérus est parfait.
Tu voulais un garçon ?
Je voulais ne pas connaître son sexe.
Je vous l'avais dit, non ?
Pourquoi ne pas tenir compte
de mon avis ?
Je ne suis pas juste un utérus, merde !
T'avais pas une question à poser ?
Non.
Mais si.
Est-ce que le bébé avale tout ce que j'avale ?
Le cordon ombilical et le placenta sont des filtres.
Vos aliments
sont décomposés en nutriments.
Il n'y a pas d'ingestion directe.
Non, mais du sperme par exemple ?
C'était ça, hein ?
Ah... Eh bien...
Il y a beaucoup de bons nutriments
dans la semence éjaculatoire.
Ils seront transmis au fœtus.
Pour son plus grand bien.
Par contre, il ne faudrait pas
que ce soit sa principale alimentation.
Hum...
Musique classique
---
Poser la question de l'autre, c'est s'interroger sur soi.
L'autre, l'alter ego.
Qu'est-ce qu'un être humain ?
L'homme appartient à la famille des hominidés,
au genre homo, à l'espèce sapiens.
Un primate proche
des grands singes.
Au-delà de ces données naturelles,
l'humain est un être culturel, dès lors
qu'il entre dans le langage.
- Amandine ? Chut !
Anouk ?
Comme la serveuse de l'Étoile ?
Non.
Ça fait un peu anus.
Eléanore.
T'as décidé que je bosserais pas aujourd'hui ?
Eléanore ?
Eléanore.
Euh...
Oui, c'est joli.
Ah bah non.
C'est pas possible.
Pourquoi ? - Elle aura mon nom ?
Et alors ? - Eléanore Malle.
Elle est anormale.
Petits cris
Elle est pas anormale.
C'est une blague.
Voilà, c'est ça.
Eléanore Malle. Tu comprends ?
* Rires
---
Oui, c'est ça.
Oui, je lui dis.
Je te rappelle. Gros bisous.
Bisous, maman.
Tu vas pas me croire.
Tu sais, ton utérus.
Tes trucs, là... Enfin bref.
Ma mère a le même.
Exactement le même.
Incroyable, non ?
Tu manges pas ?
Non, j'ai plus faim.
Régale-toi, je vais parler de la prostate de mon père.
Je suis trop grosse, faut que je fasse un régime.
T'es enceinte.
J'ai fait un calcul simple.
Le bébé puise dans les réserves de la mère.
Les femmes ont du gras.
Si je mange moins le bébé va dévorer mon gras comme un ténia.
Tu compares notre enfant à un ver solitaire.
C'est pas positif.
On peut toujours l'appeler Tania.
Tu sais que j'adore notre appart.
Il est parfait pour nous deux.
Mais trop petit pour nous trois.
Un trois pièces va se libérer au 1er. T'en penses quoi ?
On a les moyens ?
Non, mais si je prends un vrai boulot.
Genre costume-cravate, attaché-case.
Tickets-resto, la totale.
J'ai passé un entretien aujourd'hui.
Ah bon ?
Tu te rappelles quand on s'est rencontrés ?
Tu me parlais de tes rêves de cinéma.
Tarantino, lui aussi, avait commencé dans un vidéoclub.
Il a pas d'enfants, Tarantino.
Oh, alors...
C'est la Pleyo, avantageuse au niveau qualité prix.
Faut une licence pour la déplier ?
On vous la livre avec une notice.
Celle-là a l'air bien.
C'est le top du top.
La Bébesta Rossa. Landau 3-en-1 : poussette,
nacelle et maxi-cosy coque auto.
Poignées antidérapantes, freins à disques et guidon
avec un trou pour la boisson.
Elle se plie
comme cela et se déplie comme ceci.
Voilà.
Ça, c'est quoi ?
Un compteur kilométrique.
Vous l'avez en gris métallisé ?
Fracas
Nico.
Cri
Viens voir.
- C'est quoi ? - Les poussettes de la mort.
Des victimes d'accidents. Il y a des crash tests.
Regarde, c'est la nôtre.
La Bébesta Rossa, 2/10.
Tu sais son surnom ?
Le petit cercueil.
On va la rendre.
La Pleyo est notée 9/10.
OK pour la Pleyo.
L'autre, même s'il est mon semblable, est différent.
Il peut être considéré comme un ennemi, une menace.
Un danger.
Nos rapports sont voués à l'incompréhension.
Par les méandres de la dialectique,
l'autre devient très vite
Sonnerie
un enfer.
---
* Hou hou !
T'as reçu mon colis ?
- Notre tarée de mère
me l'a déjà offert.
Ta tarée de mère t'a donné l'édition de 1970.
Offerte par ma foldingue de mère.
Je suis sûre que tu l'as pas lu.
Si, j'ai même pris des notes.
- T'as quand même tout foiré.
Quoi que tu fasses, ton môme te dira que t'as tout foiré.
Je te conseille quand même de le lire.
Mes annotations doivent être marrantes.
Elle a qu'à lire les deux.
Et je vous fais une étude comparative, aussi.
La Laurence Pernoud de 1970 était plus libérale
que celle de 2010. Avec la cigarette, par exemple.
En 1970,
on pouvait fumer enceinte.
En 2010, c'est le crime contre l'humanité.
C'est fou, non ?
Non ?
Nico ?
C'est fou, non ?
Hein ?
Musique douce
---
Me rebeller, refuser de devenir une chienne.
Refuser d'entrer dans le troupeau,
de faire tout comme il faut.
On reprend.
Sécher. Claquer
l'extra-balle.
Musique du flipper
Sécher encore.
Sécher toujours.
Glander.
Musique douce
---
Tourner en rond.
---
Et attendre.
Attendre.
---
...
Nico ?
Musique inquiétante
---
Nico ?
---
Nico ?
---
Elle crie.
---
Soupir
Vous avez suivi mes cours ?
Oui. - Vous êtes sûre ?
Jusqu'au bout ? C'est important.
Certaines prennent ça de haut.
Elles regrettent après.
Arrêtez de vous crisper
que j'examine votre col.
J'ai mal.
Vous n'avez pas fini.
Y a pas des trucs pour la douleur ?
On m'a appris à gérer les femmes agressives.
Vous êtes agressive !
Vous êtes agressive, voyez.
Vous l'êtes toutes.
Rire
J'ai un bonnet de trop.
C'est pour vos pieds.
Je suis à côté.
Appelez-moi.
Le docteur va arriver.
Ça va ?
C'est une idée à la con.
Que ton oncle m'accouche.
Faut faire ça à l'ancienne, en famille ?
C'est un super obstétricien et tu l'adores.
Je vais pas adorer qu'il voie mon sexe béant et sanglant.
Je ne dîne plus avec lui.
Oh !
Cris de douleur
Oh, putain !
C'est une connerie.
On peut rentrer à la maison ?
Non. S'il te plaît ?
Me touche pas.
Ah !
Elle inspire.
Je fais quoi ?
Tais-toi.
Laisse-moi.
Je te laisse.
- Non, reste.
Viens. Je viens.
...
Rires
---
J'en peux plus, putain.
Bip sonore
Nico, Nico !
Qu'est-ce qu'il y a ?
Que se passe-t-il ?
Elle est morte ? Quoi ?
Mais non, il a dû bouger, ce bébé.
Voilà.
Merci.
Votre mère veut assister
à l'accouchement.
Elle se casse.
Elle insiste. Appelez la sécurité.
Je m'en occupe.
On va faire le dos rond comme un chat.
Voilà.
Tenez.
C'est quoi ?
Si vous aviez assisté à mes cours,
vous le sauriez.
T'es pas allée aux cours ?
Oh !
T'étais où ?
Barbara.
T'étais où ?
Au bistro, putain !
T'es de la Stasi ou quoi ?
Fous-moi la paix !
Je vais tomber dans les pommes.
Je descends à la cafèt'.
Voilà.
C'est sympa de vous voir.
Vous viendrez dîner.
Quand tu veux.
Non, non.
Cri de douleur
Vous allez l'appeler comment ?
Que penses-tu de Martha ?
Comme tante Martha ?
Oui.
Pourquoi pas ?
C'est sympa Martha.
Ah oui, tante Martha.
Léa, je voudrais l'appeler Léa.
Ce sera Léa.
Ça peut servir.
Merci.
Non, pour ta femme.
Encore.
Une contraction, on y va.
Allez, on pousse.
Je suis trop mal.
Sers-toi de ta pompe.
Je sais pas à quoi ça sert.
Appuie et t'as plus mal.
Allez, vas-y.
Prends-la.
Voilà, c'est bien.
Voilà pourquoi il fallait venir aux cours.
Salope, salope !
Mais salope !
C'est pas grave. On y va.
Allez, Barbara.
Il faut sortir le bébé.
Vas-y, vas-y. Allez. Concentre-toi.
Attrape tes étriers. C'est bien.
De l'air. Gonfle tes poumons.
Tu tires sur tes bras.
C'est bien, enroule-toi bien sur ton ventre.
Parfait, continue.
Continue, encore.
Vas-y. Elle crie.
On pousse tous les deux. Prends de l'air.
Tu inspires, tu bloques.
Tu tires sur tes étriers et voilà.
Pousse, encore.
Encore, encore, allez.
Elle crie.
Allez, on recommence.
Je vais faire une épisiotomie.
Fracas
Allez.
Ah !
Ça va ?
On recommence, on y va.
Je n'étais que spasmes et convulsions.
Je n'avais plus d'idée ni du temps
ni pourquoi j'étais ici.
Pourquoi ne m'a-t-on pas prévenue ?
Pourquoi ma mère ne m'a rien dit ?
Elle hurle.
Cris du bébé
Musique douce
---
Le cerveau doit supprimer le souvenir de la douleur.
Plus tard, tout se sera effacé de ma mémoire comme par magie.
La vérité, c'est ça.
Dans un accouchement, on vous déchire à l'intérieur
et on vous recoud avec du fil
et une aiguille.
...
Musique douce
---
- On est là
pour la cicatrisation.
Regardez les fils, approchez.
Trois fils résorbables.
Ils vont tomber
dans 4-5 jours.
Pas d'hématome, pas d'inflammation.
Il peut y avoir un hématome
pour l'épisiotomie.
Voilà, c'est en bonne voie de cicatrisation.
C'est de la haute suture.
Merci.
Au revoir, bon après-midi.
Il faut que vous dormiez.
Elle sera bien à la nursery.
Vous inquiétez pas.
Je vous la rends demain matin.
Musique douce
---
- Bah alors ?
Vous êtes toujours là ?
Léa et moi, on va rester un peu. On se sent pas prêtes.
Ne dites pas n'importe quoi.
Dépêchez-vous, je vais vous aider.
Vous avez vu votre tête ?
Que vous arrive-t-il ?
Vous pouvez pas comprendre.
Vous avez peur ? C'est rien.
Vos hormones sont en chute libre, là.
C'est normal d'avoir peur.
Je vais pas y arriver.
Mais si, vous y arriverez.
Faites-vous confiance. Tout va venir très naturellement.
Mais si ça vient pas ?
Si je m'entends pas avec elle ?
Croyez-moi.
Elle saura vous conquérir.
J'en connais peu
qui résistent.
Pleurez un bon coup.
Ça va vous faire du bien.
Elle pleure.
Merci. De rien.
Musique douce
---
Musique rock
---
Tu lui fais faire son rot ?
Ouh là ! Bab !
Bab !
Reprends-la.
---
Pleurs
---
- Bab ! Tu me files
un coup de main ?
---
Motherfuckers !
*- Docteur, vous allez nous aider
à répondre à une question que se posent les mamans.
Comment tuer votre bébé.
Sans être soupçonné d'infanticide. - Bien sûr.
- Ce lait périmé
et infesté de champignons.
Très efficace. Une cacahouète.
Un petit jouet, un bonbon. Radical.
Étouffement garanti.
Elle pleure.
Qu'y a-t-il ?
Qu'y a-t-il ?
Pleurs du bébé
---
---
---
---
Téléphone
Oui ?
Bonjour, M. Truffard.
Justement, il fallait que je vous parle.
L'altérité doit être traitée phénoménologiquement.
Levinas dit : "La caresse est une marche vers l'invisible."
Comment ça, hors sujet ?
Il faut qu'on parle, M. Truffard.
* Bonjour.
Je m'appelle Léa, j'ai un mois et je parle.
Qui c'est, ça ?
C'est maman qui rentre.
Chouette, elle a fait les courses.
- Que fais-tu ?
J'immortalise ses 1ers instants.
- T'as une caméra ?
On l'a reçue ce matin.
Y a un mot dans la boîte.
"Envoie-moi des images de ma petite-fille. Papa."
Toujours aussi laconique.
Il a qu'à venir. Qu'il aille se faire foutre.
Allez, mon cœur. Tu viens ?
On va au dodo ?
Eh ! - Hop là !
Pourquoi tu dis ça ?
On parle pas comme ça.
Ne me dis pas comment traiter mon père.
Il est parti. Il a rien fait pour moi.
S'il était mort, ça serait pareil.
Ce serait pas pareil, crois-moi.
Pardon, j'aurais pas dû dire ça.
Pardon.
Petits cris du bébé
---
---
Hé, hé, hé.
Que fais-tu,
petite coquine ?
C'est ça que tu veux ?
Tiens.
Voilà.
Musique douce
---
Elle fait ses nuits, c'est cool.
Elle fait ses nuits ?
Y a une personne qui fait ses nuits et c'est pas elle.
Je vais pas me lever la nuit pour lui donner le sein.
Bah non.
Pleurs
Elle a mangé ?
Ça se voit, non ?
Oui, effectivement. On voit ce qu'elle a mangé
depuis qu'elle est née.
T'as qu'un t-shirt ?
T'as qu'un neurone ?
J'ai pas le temps d'être coquette.
Je vais la changer ? Non, j'y vais.
Je m'en occupe.
Non, j'y vais.
Non, j'y vais !
* Alors, que se passe-t-il ici, jeune fille ?
Oh, oh, oh !
Ça pue, ça.
Oh, ça pue.
Ça pique le nez, tellement ça pue.
Rires
Dis pas ça ou elle sera constipée comme toi.
* Sérieusement.
T'as eu une mauvaise image de ton caca
quand t'étais petit.
Il sent bon, ce caca.
On en mangerait.
S'il te plaît, Léa.
S'il te plaît.
Plus de couches !
Passe à la pharmacie.
* Tu pourras prendre mon shampoing anti-chute
et ma crème pour les seins,
l'anti-crevasse, le grand tube.
Avant, j'étais romantique.
Et mes suppos anti-hémorroïdes.
Merci.
Saloperie de poussette de merde !
Avant, j'étais philosophe.
J'étais légère, innocente.
J'ignorais un certain nombre de choses.
Votre périnée est dans un sale état.
Ah.
Il s'est distendu.
Un hamac dans lequel se serait assis un éléphant.
Vous avez des problèmes d'incontinence ?
C'est normal.
Votre périnée est un muscle.
On va le remuscler.
Ça mesure la force et la durée des contractions
que vous effectuerez avec votre périnée.
D'accord.
C'est marrant,
j'étais loin d'imaginer que vous puissiez être un homme.
Votre nom,
Camille Rose.
Bien joué.
Ça va pas faire mal après l'épisiotomie ?
Le processus de cicatrisation est arrivé à terme depuis longtemps.
Vos rapports sont douloureux ?
Mes rapports ?
Oui, vos rapports.
Ah, oui ! Non, en fait, j'ai pas de...
Depuis l'accouchement, vous n'avez pas...
Non. Non.
Bon.
Pas de rapports.
Mélodie enfantine
---
Tu vas être bien dans ta chambre, hein ?
La porte s'ouvre.
...
Soupirs
---
* Pleurs du bébé
---
Elle a une option détecteur de sexe.
Hein ?
---
Tu nous fais une place ?
T'es sûre que c'est une bonne idée ?
Exceptionnellement.
Sonnette
---
C'est quoi, cette blague ?
C'est Darty pour le frigo.
C'est le seul rendez-vous que j'aie eu.
Un dimanche matin, comment t'as pu ?
Pour une fois que tu dois régler un problème, tu te plains.
C'est dégueulasse de me faire lever
alors que j'ai que le week-end
pour me reposer.
*- C'est le frigidaire. 1er étage.
Et elle, c'est plus possible, ça.
Il est pas fait pour 3, ce lit.
Ça dure depuis des semaines.
Je suis fatigué.
J'ai besoin de sommeil. Je bosse comme un forcené.
Bonjour.
Le frigo est dans la cuisine.
Dans la cuisine ? T'entends, Roger ?
Il y a des originaux,
parfois.
- Il a quoi, ce frigo ?
Il ne marche pas. Il ne marche pas.
Je bosse pas ?
J'en branle pas une
depuis que Léa est née.
J'ai pas 1 minute. Je fais toujours la même chose.
C'est Un Jour sans fin.
Tu t'organises mal, c'est tout.
Bien sûr, c'est de ma faute.
Moi aussi, je suis fatiguée.
Tu deviens folle.
Darty, un dimanche. On fait pas ça.
Je deviens folle !
Je m'occupe de Léa et personne ne s'occupe de moi.
J'aimerais bien qu'on me cajole.
Qu'on me fasse l'amour, merde !
Je craque, j'en peux plus.
Je suis dépassée.
T'en fais pas, je crois que j'ai la solution.
Sonnette
Bonjour, Edith. *- Bonjour, Barbara.
Vous avez du mal avec la petite Martha.
Elle ne s'appelle pas Martha, mais Léa.
* Vous m'ouvrez ? Bien sûr.
Tenez-lui la nuque.
Oui, oui.
Elle tète dans le vide ?
Vous croyez ?
Non, je ne pense pas.
Je lui fais faire
son rot.
Vous me donnez son bavoir ?
Voilà.
Elle a encore faim.
Vous n'avez pas assez de lait.
Donnez-lui le biberon.
Non, je continue à l'allaiter.
Je peux vous apporter mon stérilet.
Pardon, mon tire-lait.
Ça vous stimulera.
Je veux continuer à l'allaiter, vous comprenez ?
Vous voulez, mais vous n'y arrivez plus.
Je suis là pour vous aider.
J'ai allaité Nicolas jusqu'à 5 ans.
Je sais de quoi je parle.
Vous avez été allaitée ?
Non, ça abîme les seins. C'est une torture.
J'ai essayé.
Trois semaines avec Katia.
Tu me faisais si mal
que je jurais.
Je pouvais pas continuer à te traiter de salope.
Tu comprends, chérie ?
Et puis, ça n'aide pas à couper le cordon.
Pourquoi t'allaites ?
Parce que... C'est la société qui t'y pousse.
Les mères parfaites n'existent pas.
Contente-toi d'être médiocre.
Comme moi.
Je suis un mammifère.
Pas le discours, genre, c'est naturel.
Je me souviens d'un article où Céline Dion
parlait de l'allaitement comme d'une œuvre d'art.
"Quand René-Charles me tète les tits,
"je suis une artiste."
Rires
Encore un coup du Club du lait.
Elles lui ont retourné
le cerveau à cette pauvre Céline.
Le Club du lait ?
Si tu y vas, ne compte pas sur moi pour te sortir de cette secte.
Je m'appelle Barbara et j'ai une fille, Léa.
BONJOUR BARBARA, BONJOUR LEA.
OÙ en es-tu avec Léa ? Elle est allaitée ?
Oui, mais je manque un peu de lait.
Je devrais compléter avec des biberons ?
C'est l'ennemi de l'allaitement.
Il faut éviter.
Elle est portée ?
Cododotée ? Pardon ?
Cododotée.
Tu dors avec elle ?
- Nous menons une croisade
pour le portage et le cododotage.
D'accord.
Oui, il m'arrive de dormir avec elle.
Le problème,
c'est que j'ai déjà plus trop de vie sexuelle.
Cododoter, c'est mettre toutes les chances de son côté.
C'est facile d'allaiter quand on dort avec son bébé.
Oui.
- Ma mère reste,
ça t'ennuie pas ?
Bien sûr que non.
Ce qui m'ennuie, c'est qu'elle propose des biberons à Léa.
Elle veut ruiner mon allaitement.
Le biberon est l'ennemi de l'allaitement.
Oui.
Elle va rester dormir, les allers-retours la fatiguent.
D'accord.
Mon cœur, on va au bain ?
Tout va bien ?
Vous cherchez quoi ?
Rien, rien.
Musique angoissante
---
Elle dort comme une poupée.
Elle retrouve son petit lit.
Barbara, j'ai pensé à vous.
Alors, voilà.
C'est quoi ?
Mon tire-lait.
J'ai aimé que Nicolas me tète.
J'y pense avec plaisir.
Mais ce petit vorace me faisait un mal de chien.
J'avais les tétons tout irrités.
Cette machine m'a sauvé la poitrine.
Nicolas,
tu peux venir m'aider ? Oui.
Elle veut ma peau.
Non, t'es parano.
Non. Si.
Elle veut t'aider et toi, tu la critiques.
Demande
à ta mère de venir.
Tu la supportes ?
Je l'appellerai si je suis au fond du trou.
Pourquoi tu dramatises tout ?
Ma vie est dramatique.
Ma mère est douée avec les enfants.
Regarde-moi.
Justement, regarde-toi.
Tu joues les fils
alors que j'ai besoin d'un homme.
Musique douce
---
Elle avait faim.
---
*- Ce soir, tu dors dans ton lit.
Y a tes petits amis.
Le petit panda.
Zaza, la girafe sous ecsta.
Petits cris
Je te mets ton petit doudou.
Pleurs
---
Je crevais d'envie de l'aimer.
Je crevais d'envie qu'il m'aime.
Mais c'était difficile.
Mon corps était devenu insensible.
Je ne ressentais plus qu'une sorte de gêne.
Ça te fait mal ?
Ça va si tu vas doucement.
Infirmières, médecins, sages-femmes,
obstétriciens.
Tant de gens m'avaient touchée de façon si mécanique
que désormais, tout était désacralisé.
Mon sexe n'avait plus rien de sexuel.
Il était devenu un endroit de passage.
Déchiré, cousu.
Décousu.
Mais jamais vraiment cicatrisé.
Elle était ce que j'avais de plus précieux.
Ce qu'il y avait de mieux.
Le reste, je m'en fichais.
Ah !
Je t'aime.
Totalement.
Avec elle, je vivais des moments de grâce.
De fusion.
Des moments d'amour absolu.
Avec Nicolas, on s'éloignait.
On était deux continents qui dérivent.
Pleurs
L'allaitement procure une telle satisfaction,
un plaisir de donner si intense, si fusionnel,
que c'est un accomplissement
sensuel, émotionnel...
Orgasmique ?
Oui.
Applaudissements
---
Vendredi prochain, même heure ?
Oui.
Ça sera notre dernière séance.
Est-il possible
de prendre des séances supplémentaires ?
Bien sûr.
J'enseigne
à l'école de kinésithérapie.
Vous feriez une démonstration ?
Votre périnée est si tonique.
Elle pleure.
---
Excusez-moi.
Barbara, il faut pas vous sentir obligée.
Je suis désolée.
C'est le 1er compliment qu'on me fait sur mon physique
depuis que j'ai accouché.
Merci.
Vous devriez prendre du temps pour vous.
Sortir, voir des amis, vous amuser.
La vie, quoi.
Qui va s'occuper d'elle ?
Elle a bien un papa, non ?
On prend une baby-sitter.
Pour une fois que je te demande.
Je vois plus
mes copines.
J'utiliserai le tire-lait de ta mère.
T'es égoïste.
Arrête un peu, là !
Ça m'aurait fait plaisir, mais pas ce soir.
C'est l'anniversaire de Tony.
Je vois plus mes potes non plus.
Il me faut la notice.
Y a moyen de la déplier quand même !
Pas besoin.
Elle est très bien là.
Ça lui ouvrirait un autre horizon. Elle est collée à toi.
Qu'en sais-tu qu'elle est bien ?
Tu lui as demandé ?
Ça se trouve elle rêve que tu la lâches.
Si je la lâche, elle tombe.
Ah, ah !
Et la crèche ?
J'y suis retournée, mais cette connasse
de directrice nous laisse sur liste d'attente.
Je m'y suis prise trop tard.
J'aurais dû l'inscrire avant sa naissance.
Pour ce soir, y a ma mère.
Ou la tienne.
On va prendre une baby-sitter.
- C'est quoi ? - My-Babysitter-is-a-Monster.com.
Oh !
Je vais demander aux voisins, ils ont l'air sérieux.
Oui.
OK, bonne idée.
Il siffle.
Mon cœur, tu vas rester chez la gentille dame.
Maman va se prendre une énorme biture.
Elle va plus savoir comment elle s'appelle.
Elle va sortir avec ses copines.
Entrez.
Merci.
Les enfants, ici,
c'est pas ce qui manque.
Ils sont tous à vous ? Oui.
Un de plus ou un de moins, on verra pas la différence.
Comment vous faites, c'est pas trop ?
C'est épuisant, non ?
Ça va, au bout du compte, tout rentre dans l'ordre.
Vous verrez.
Brouhaha
---
Dans l'ordre ?
Quel ordre ?
L'ordre de ceux
qui sont malheureux en famille ?
Musique entraînante
Ceux qui font un enfant pour réparer les dégâts,
mais qui finissent quand même par divorcer ?
L'ordre de ceux qui n'ont pas le courage de se séparer ?
Il existe
tous les cas de figure.
Mais des couples amoureux avec des enfants,
je n'en connaissais pas.
Pas un seul.
Musique entraînante
---
Bonsoir.
Bonjour.
Je viens récupérer Léa.
Votre fille ? Votre mari est passé il y a déjà 6 heures.
Ah, pardon.
Ça va.
Qui se réveille ? C'est maman ?
Maman a envie de vomir là.
Ça va pas du tout.
Elle s'est pas trop habituée au biberon ?
J'aime bien. Tu l'allaiteras pas
toute sa vie.
Il est quelle heure ?
Il est midi.
On a chanté la chanson du hérisson.
On a lu l'histoire de la petite taupe.
Et on a joué au lapinou.
T'as bien mangé.
C'est un petit bidou.
- Quand il trotte, il fait des pets.
Que fais-tu là ?
OÙ est Nico ?
Il fait des courses. Il m'a appelé.
En urgence, bien sûr.
J'ai cru être le SAMU.
Elle chantonne.
Pauvre petite fille abandonnée
par son ivrogne de mère.
C'est fou ce qu'elle te ressemble.
Comme si j'avais 30 ans.
Je vais la prendre.
Tu es trop proche de ta fille.
Ça lui rend pas service.
Elle prendra pas son indépendance.
Et elle va te le faire payer.
Je suis pas bien.
Comment t'as pu te mettre dans cet état ?
Quelle inconscience !
T'as pris ta voiture sous LSD
avec 2 filles dans la voiture.
C'était pas inconscient ?
Tu vas pas me le reprocher toute ma vie.
Il ne vous est rien arrivé.
Uniquement grâce aux flics qui t'ont arrêtée.
T'es ingrate.
Avec tout ce que j'ai fait pour toi.
Tu as fait des études.
C'est reparti.
Qui te soutenait
à tes matchs de volley ?
Qui allait à tes galas de danse ?
Quand tu étais bébé,
au Népal, qui a traversé le pays
pour t'acheter du lait ?
Ça va mieux ?
Pourquoi t'as appelé ma mère ?
Tu as dit que quand tu serais au fond du trou, on l'appellerait.
J'ai estimé que t'étais au fond du trou, Barbara.
Des vacances, c'est ce qu'on a trouvé pour sauver notre couple.
Au baby club.
Et à son inventeur.
Cet homme mérite le prix Nobel.
Cet homme ?
Je pense que c'est une femme.
Tu veux goûter ?
Nico.
Oui ? Tu veux goûter ?
La piña colada sans alcool, non.
Je m'en tiens à ce mojito bien chargé.
On est pas bien, sur cette île paradisiaque ?
L'île de la tentation, oui.
Quoi ?
Arrête de regarder ces poufs.
Sinon je te balance ma piña colada à la gueule.
Je mate pas ces poufs, je regarde...
Les gens, là.
Tu te fous de moi.
Rires
Elle est bonne, ta piña colada.
Dommage qu'il n'y ait pas d'alcool.
Musique pop
---
Je t'aime.
Montre-moi comment tu m'aimes.
...
Gémissements
---
Pleurs du bébé
Reste.
Reste.
Gémissements
Je peux pas. Si.
Non.
Non, reste !
Pleurs du bébé
Gémissements
---
---
Musique douce
---
- Regardez dans mes notes.
C'est dans le dossier "non classé".
Laissez tomber, je suis là dans 5 minutes.
Musique dramatique
---
Dans l'expérience de la naissance,
on fait l'expérience de l'arrachement,
du dévouement à l'autre, de la responsabilité.
Les limites de notre corps se trouvent dépassées
tout comme les cadres de notre pensée.
Oui, l'expérience humaine décisive, c'est l'éclatement
de la conscience dans la rencontre
avec l'autre qui est la rencontre avec l'infini.
- Oui.
Entrez, entrez.
Vous m'avez déçu, Barbara, vraiment.
J'avais une grande estime intellectuelle pour vous, mais...
Les fragments de thèse que vous m'avez rendus
ou plutôt les lambeaux.
Ça ne ressemble en rien à de la philosophie.
Je vais arranger ça.
Ça part dans tous les sens.
On dirait que vous avez changé de thèse en cours de thèse.
Autant changer de directeur.
Ou de métier. En l'état, ce serait terrible
de vous laisser enseigner.
M. Truffard, je vous en prie.
Laissez-moi une chance.
Un dernier petit délai.
J'ai donné le poste à votre condisciple,
Jean-Baptiste Leroux.
- Jean-Baptiste Leroux.
Papa, je te présente ta petite-fille, Léa.
Cris du bébé
Elle me ressemble.
- Que fabriques-tu ?
En tout cas, Nicolas,
tu l'as jamais rencontré.
Elle dort toujours pas ?
Non, je suis à deux doigts de prendre le formol.
Bonne chance.
Elle a 9 mois.
Elle pleure, elle fait pas ses nuits.
Je sais pas ce qu'elle a.
C'est peut-être génétique.
Maman m'a dit que je pleurais beaucoup petite.
Tu t'en souviens ?
Elle chantonne.
Tu penses que les filles pleurent car leur papa leur manque ?
Nicolas passe tant de temps au bureau
qu'on se demande s'il a pas une double vie.
Ça te rappelle des souvenirs ?
Ça y est, elle dort, mais pour combien de temps ?
Bientôt elle se réveillera, il faudra la rendormir.
Encore et encore.
Lui chanter des chansons débiles.
Avec des phoques, des poneys, des loutres
et tout un tas d'autres bestioles.
Pleurs
Elle est réveillée. Adieu !
Voilà, tu connais ta petite fille.
Plus besoin de venir la voir.
Allez, à un de ces jours peut-être.
La bonne nouvelle, c'est que le père Noël existe.
Il est arrivé à l'heure.
Pas comme certains.
- Les cadeaux !
Ah, le voilà !
Ça y est !
Je suis désolé.
On vous a attendu.
Joyeux Noël.
Ça va ?
- Vous avez faim, Nicolas ?
Y a de la dinde et de la bûche.
Et beaucoup à boire.
- Prends une petite coupe, chéri.
Elle est très bonne, la bûche.
Ça va ? Oui et toi ?
Faites-moi voir.
- Le retardataire. - Salut, Daniel.
- Oh, c'est la dînette, très beau.
Il est quelle heure ?
Midi.
Je déjeune avec Tony,
t'aurais pu me réveiller.
J'en ai marre de plus dormir dans mon pieu.
Je vais m'installer à l'hôtel.
T'es pas comme dans un hôtel ici ?
C'est quoi le numéro du room service ?
C'est le 1.
Sonnette
C'est qui ? Bah, c'est Tony !
Tu peux lui ouvrir ? - Non.
C'est le bordel, je suis débraillée.
Il a un cadeau pour la petite.
Sonnette
Ouais, vas-y, monte.
T'as pas ouvert mon cadeau,
pourquoi ?
J'en ai marre de tes reproches.
Joyeux Noël !
- Ça va ?
Pleurs
Tu peux t'en occuper ?
Vous devriez le laisser pleurer un peu.
Il a quel âge déjà ?
9 mois et c'est une fille.
Laissez-la pleurer 9 minutes.
Autant de minutes que de mois.
Qu'elle apprenne.
Regarde les Sioux, par exemple.
Leurs enfants apprennent seuls.
Tomber dans la rivière, se brûler...
Après, ils recommencent plus.
- T'essaieras
sur tes enfants. Ah, non, t'en auras pas, t'es polygame.
Pleurs
Oh là là ! Le petit monstre !
Regarde.
Il imite les Sioux.
C'est tendu avec Bab.
T'as vu comme elle me parle ?
J'ai envie de me barrer.
* Mais loin, loin !
- Tu vas la quitter ? - Pas aujourd'hui,
c'est Noël. - T'es con !
Viens, on se casse.
Elle veut le sein de sa maman.
- Ah ouais ?
Tu voulais pas la voir ?
Ouais.
Elle est super, mais on doit y aller.
Allez déjeuner, pendant que je fais la boniche.
Après, je te ferai une pipe.
T'es pathétique.
Bon, je t'attends en bas.
Ne m'humilie pas devant ton pote.
Tu t'humilies toute seule.
J'en ai marre de tes remarques.
Tu me soûles, tu comprends ?
Je me casse.
C'est ça, casse-toi.
La porte claque.
On s'est quittés là.
Si tu pars,
tu revois plus la petite.
* Non !
Si tu fais ça, je vais chez les flics.
Elle pleure.
Non, là.
Tu veux qu'on se sépare, c'est ça ?
Non.
Qu'est-ce que t'as ? Je te reconnais plus.
Je me sens tellement seule ici.
Enfermée dans l'appart, toute la journée.
Assignée à résidence.
Je suis presque pas sortie depuis un an.
T'as même pas remarqué.
Elle pleure.
Je pleure tout le temps.
Je suis comme remplie d'eau.
Je sais plus quoi faire. Je n'ai plus aucune joie.
J'ai plus rien à donner.
Je suis vidée.
T'étais pas remplie d'eau ?
Faut que je sorte d'ici.
J'ai besoin d'air et toi aussi.
Tu veux qu'on se quitte vraiment ?
J'ai besoin de me retrouver.
Tu veux partir ?
Vas-y, pars.
Mais Léa reste ici, c'est pas négociable.
Non !
Elle pleure.
---
Musique mélancolique
---
On se fait une infusion ?
Les hommes sont des bons à rien.
Tu peux rien espérer d'eux.
Une fois que t'acceptes l'idée, ça va mieux.
Tu me l'as déjà dit cent fois.
Tu veux que je renonce comme toi ?
Tu penses ça des hommes ?
T'as jamais refait ta vie.
Avec deux petites filles à charge ?
Dis que c'est de notre faute.
C'est de notre faute si papa t'a quittée ?
Mais non !
Comment tu peux t'imaginer un truc pareil ?
Les responsables, c'est ton père et moi.
C'est juste moins facile...
Avec deux petites filles à charge.
Ça fait longtemps qu'on est plus à ta charge.
Franchement.
T'as pas envie de finir toute seule, si ?
Tu m'emmerdes là.
T'as toujours été une emmerdeuse. Ta sœur aussi, mais toi...
Pourquoi faire des enfants si c'est si emmerdant ?
J'aimais tellement ton père
que la plus belle chose que je pouvais faire avec lui,
c'est des enfants de cet amour.
Y en a plus, j'en refais ?
Si tu veux, ça me fait rien.
Rires
---
Musique mélancolique
---
"Se déshabille avant d'entrer dans le palais."
Banane.
Ah oui.
"Muet de naissance" en 6 lettres ?
Sonnette
Non, c'est pour moi.
Ma maison est redevenue un hôtel ?
T'es pas prête ?
Si, pourquoi ?
T'as cru qu'on allait au Parc Astérix ?
C'est que des fringues de quand j'avais 17 ans.
Justement, t'étais super bonne à 17 ans.
Voilà.
Ah non. Ah si.
Ça fait pas un peu trop ?
Trop quoi ?
Trop pute.
C'est parce que t'es pas coiffée.
Pourquoi tu m'en as pas parlé ?
J'ai pas le droit d'être malheureuse.
Je suis maman, je peux pas me plaindre.
Ce serait indécent, non ?
Un bébé, c'est la plus belle chose au monde, non ?
Bab, c'est de la théorie tout ça.
Barbara ?
Ah, bonsoir. Bonsoir.
Bonsoir. Bonsoir.
Comment va votre périnée ?
Bah, plutôt bien. Bien ?
Je sais pas trop.
Toujours aussi tonique ?
Vous savez, ça arrive souvent.
Que des couples se séparent après un enfant.
Ma femme pourrait vous en parler.
Enfin, mon ex-femme.
Votre mec devrait se rendre compte de sa chance.
Musique techno
---
Barbara ?
Je suis désolée. Non, c'est pas grave.
Elle tousse.
Musique douce
---
Je peux rien vous dire.
---
Le 17, vous dites ?
Je vois ça avec mon assistante.
Vous notez le 17, s'il vous plaît ?
---
On fait dodo, ma chérie.
---
Husserl,
Kant, Heidegger.
J'avais lu ces livres pour rien.
Au lieu de m'aider à y voir plus clair,
la philo m'avait emprisonnée dans les concepts.
Face à la vie, j'étais démunie.
Musique mélancolique
---
Ça a commencé là. J'étais envahie par un sentiment d'existence.
Un corps à la dérive. J'avais lu Elisabeth Badinter.
Responsable d'un autre.
Comment faisaient les femmes ?
C'est une mauvaise idée de faire participer son compagnon.
Un film d'horreur.
Brouhaha de pensées
---
Je n'étais plus qu'un creux, un vide, un néant.
Désormais, j'étais mère.
Musique douce
---
Pour elle, j'avais tout remis en question.
Elle avait bouleversé ma vie.
Elle m'avait poussée dans mes retranchements.
Elle m'avait fait dépasser toutes mes limites.
Elle m'avait confrontée à l'absolu
de l'amour, du sacrifice,
de la tendresse, de l'abandon.
Elle m'avait disloquée, transformée.
T'as réussi ?
De quoi ?
La poussette.
Je me suis fait aider.
Tu vois, c'est facile.
Tu m'as tellement manqué. Viens là !
J'ai l'impression
de pas l'avoir vue pendant 1 an.
Tu vas tout me raconter.
Ma petite coquine !
Ce que t'as fait avec papa.
Heure par heure. Minute par minute.
C'est bon pour la crèche.
Ah bon ?
Ils la prennent à la rentrée.
Comment t'as fait ?
J'ai fait comme ça à la directrice...
Qui pourrait résister ?
Regarde, regarde.
Oh, qu'est-ce que c'est ?
C'est la neige.
Il neigeait le jour où tu es née.
C'est beau, hein ?
Tiens, ton doudou.
Faut qu'on parle, non ?
Oui.
J'aimerais qu'il suffise d'un regard pour se dire qu'on s'aime.
Qu'on s'est trop aimés pour ne plus s'aimer.
Tout passe avec le temps, tout.
Mais ce qui reste, ce qui perdure par un grand mystère,
c'est la vie.
Oui, la vie.
Musique douce
---
Sous-titrage : TVS
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