All language subtitles for Maigret.et.le.mort.amoureux.2026.FRENCH.1080p.WEB.H264-SUPPLY

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Original subtitles

Merci.

Qu'est-ce qui se passe, Jean-Yves ? Qu'est

-ce qui se passe ? Il ne se passe rien, justement.

Il ne se passe rien depuis deux semaines.

Je n'aime pas quand on est dans un fort rythme comme ça.

Le Quai d'Orsay vient de m'appeler.

Les affaires étrangères ? Vous êtes brillant, ce matin.

Le ministre lui-même ? Son chef de cabinet.

Il me demande d'envoyer d'urgence au Quai, je cite, une personne habilitée.

Habilitée à quoi ? Je lui ai demandé et ça l'a énervé.

Et c'est pourquoi ? Je ne sais pas, sauf que c'est urgent.

Très urgent, même.

Demandez M.

Cromière. C'est lui, le chef de cabinet ? Non, la personne que vous devez voir.

Cormière ?

Cromière. Allez-y tout de suite.

J'ai gagné au terrain ce matin.

Commissaire Maigret, et voici le commandant Janvier.

Asseyez-vous.

Je dois vous avertir que l'affaire est sensible.

La victime n'est pas n'importe qui. La victime ? Armand Berthier-Lagesse. Ce

nom vous dit sûrement quelque chose.

C'était l'un de nos plus brillants ambassadeurs. Il est mort ? Madame

Larieux ? Mademoiselle.

Mademoiselle Larieux est... Comment doit-on dire ? La domestique, la

gouvernante, la femme de chambre.

Bref, Mlle Lariot est à son service depuis 40 ans. 46.

46. Elle l'a suivie dans ses différents postes et depuis qu'il a pris sa

retraite, elle habite avec lui.

Ça fait 12 ans.

Depuis 12 ans. Rue de Bellechasse.

Ce matin, en lui apportant son petit déjeuner, elle a trouvé la chambre vide.

M. Berthier-Lagès était dans son bureau.

Malheureusement, je dois dire, son cadavre atteint de plusieurs balles.

Vous n'avez pas appelé la police ? Mlle Larieux a vécu toute sa vie dans le

monde diplomatique. C'est à Mlle Larieux que je demande.

Je devais d'abord prévenir le ministère.

C'est ce que ma conscience m'a dicté.

C'était ce matin à quelle heure ? Sept heures et demie. Et prévenir un médecin,

vous n'y avez pas pensé non plus ? Monsieur était déjà froid.

C'était combien rue de Bellechasse ? Au 31.

Il y a quelqu'un en ce moment ? Personne.

Un instant.

Je suis autorisé à vous dire que M.

Bertilagesse avait pris sa retraite depuis longtemps et n'était en

possession d'aucun secret d'État.

Il n'y a donc pas lieu de penser que l'affaire ait un caractère politique.

Merci de ces précisions.

N'avancez pas.

On m'a demandé... Monsieur Cromière.

Cromière. Monsieur Cromière, je vous prie de reculer.

Reculez, s'il vous plaît. Le ministère m'a mandaté. Le ministère ne peut pas

vous avoir mandaté pour polluer une scène de crime.

Reculez.

C'est vous qui lui avez apporté le cognac ? Non.

Le bar est là.

C'était une habitude ? Oui.

Il rôde.

Tu m'étonnes.

Donc, il y a cinq impacts.

Je vois pas d'enveloppe.

J'appelle la PTS.

La PTS ? La police technique et scientifique.

Mademoiselle Larieux, on va prendre vos empreintes et faire quelques autres

tests. Bon, monsieur Cromière, les constatations, c'est beaucoup de monde

sur place.

J'ai compris.

Je vous raconterai. Je rendrai compte au ministère. Avec plaisir.

Ça sert à

quoi ? Quand on tire avec une arme à

feu, il y a des projections de poudre.

Je suis suspecte ? Personne n'est suspect, tout le monde l'est,

mademoiselle. Vous êtes notre seul témoin pour l'instant.

Merci, mesdames.

C'est fini ? J'aimerais voir la chambre du défunt et la vôtre.

Le lit était comme ça ? Oui.

Pas trop.

C'est quoi ça ? Vous voyez bien.

Vous pouvez voir votre chambre ?

Vous avez dormi ici cette nuit ? Comme toutes les nuits.

Vous n'avez rien entendu ? J'enlève mon appareil pour dormir.

Votre appareil ?

Il y a eu cinq

coups de feu, ça fait quand même beaucoup de bruit.

Je vous demande pardon ? On disait cinq coups de feu, ça fait quand même

beaucoup de bruit.

Qui sont les voisins ? En dessous, c'est des bureaux d'avocats.

Il n'y a personne la nuit.

Et puis au troisième, une société de conseil. Pareil.

Vous avez un autre domicile ? Non.

L'appartement va être mis sous scellé. Je suis désolé, mais vous allez devoir

trouver un autre endroit tant que dure l'enquête.

Vous m'avez bien compris ? Je suis sourde, pas idiote.

Quatre gifles dans le plancher.

La balle dans la tête est donc clairement la première et la tuer net.

On s'est acharné sur le corps, ensuite on a ramassé les enveloppes avant de

quitter les lieux.

Bizarre, non ? Vous étiez la seule personne à son service ? À Paris, oui.

Et à notre domicile ? La maison de Saint-Georges-les-Armières.

C'est dans Sologne.

Vous me suiviez là-bas aussi ? Parfois, pour les vacances d'été.

À quelle heure l'avez-vous quitté hier soir ? Après son dîner, à 8h. Après le

cognac ? Non, avant.

Il n'attendait personne ?

Il ne m'a rien dit.

Il a pu accueillir quelqu'un sans que vous le sachiez.

Mais je vous ai dit, une fois dans ma chambre, j'entends plus rien.

Il recevait parfois le soir.

Son neveu, surtout. Où habite-t-il, son neveu ? 67 rue Jacob.

C'est un antiquaire.

Vous voulez un verre d'eau ? J'ai pas soif.

C'est un Berthier-Lagès aussi.

Je vous demande... Non, je vous demande si ce neveu s'appelle aussi Berthier

-Lagès.

Non, Mazeron.

Pourquoi s'appelle-t-il autrement ? C'est le fils de la sœur. Elle habite où

? Elle est morte, il y a dix ans. Il n'a pas eu d'enfant ? Non.

Ce Mazeron est son plus proche parent ? À ma connaissance.

Vous n'avez pas voulu le prévenir ? Vous ne l'avez pas prévenu ?

Non.

Vous ne l'aimez pas ? Je n'ai pas à l'aimer ou ne pas l'aimer.

Vous ne s'entendez pas avec son oncle ? Je n'ai pas dit ça.

Vous s'entendez bien avec lui.

Ce ne sont pas mes affaires. A quelle heure avez-vous quitté votre patron hier

soir ? Il dîne tous les soirs à 7 heures. Ce n'est pas ce que je vous

demande. Je vous ai déjà répondu, à 8 heures.

Qu'est-ce que vous avez fait ? J'ai débarrassé la table, j'ai fait la

vaisselle et je suis allée me coucher. Vous êtes levée à quelle heure ? À 6,

comme d'habitude.

Et vous n'êtes pas entrée tout de suite dans le bureau ? Je n'avais rien à y

faire.

Vous êtes sûre que vous ne voulez rien boire ? Je vous ai dit non.

Vous avez fait quoi après vous être levée ? La toilette. Ensuite ? Je suis

descendue acheter des croissants. Et puis ? J'ai préparé du café, j'ai mangé.

Et ensuite j'ai été vers la chambre de monsieur avec le plateau.

Et ? Monsieur n'y était pas.

Le lit n'était pas défait.

Ça vous a fait quoi ? Ça m'a étonné. Inquiété ? Je ne sais pas, peut-être.

Aucune trace de désordre ? Non.

Et donc ? Je suis allée vers le bureau.

Mademoiselle Larieux ?

Je ne souhaite ça à personne.

Ça quoi ? Ce qui est arrivé à votre patron ? Ce que vous avez éprouvé ?

Vous avez éprouvé quoi ? J'étais sans dessus-dessous.

Vous avez dit qu'il était déjà froid, donc vous l'avez touché.

Oui.

Il était glacé.

Et puis sa tête...

La

pointe est sur elle.

Je veux savoir ce qu'elle fait.

Heure par heure.

Vous croyez qu'elle nous cache des choses ? Elle est comme ça.

J'en sais rien, mais j'ai sacrément envie d'une bonne bière.

Je vous la commande ? Non, merci, Lucas.

On va la prendre dehors.

Bonjour.

Monsieur Mazeron ? C'est moi.

Cherchez quelque chose en particulier ? Commissaire Maigret de la police

judiciaire, voici le commandant Janvier.

C'est à quel sujet ? Vous êtes le neveu de Monsieur Berthier-Lagesse ? Oui.

Vous l'avez vu quand pour la dernière fois ? Avant-hier, on a dîné ensemble,

chez lui, dans un restaurant italien, rue Perronais, où j'ai mes habitudes, c

'est entre chez lui et chez moi.

Vous habitez près d'ici ?

J'habite au-dessus, pourquoi ? Vous avez de la famille ? J'ai deux filles. Elles

sont ici ? Mon aîné étudie en Angleterre, l'autre est avec sa mère.

Qui n'habite pas avec vous ? Nous sommes séparés. Depuis combien de temps ?

Plusieurs années.

Il vous a paru comment, votre oncle, au cours de ce dîner ? Comme d'habitude,

plutôt gai.

Il a des ennuis ? Il est mort.

Bonjour. Il faut repasser plus tard.

Je ne peux pas vous dire les noms.

Qu'est-ce qui s'est passé ? Il a été abattu. Comment ça abattu ? De plusieurs

balles. On lui a tiré dessus. C'est le sens de ce qu'on vient de vous dire.

Il avait des ennemis. Des ennemis ? Sûrement pas.

C'est arrivé où ? Chez lui.

Est-ce qu'il possédait des armes ? Il a eu un automatique.

Il l'a eu ? Il n'avait plus ?

Il le gardait en souvenir de la libération de Paris, où il s'est

illustré, paraît-il, héroïquement, malgré son très jeune âge.

Il avait de la fortune ? Il vivait sur toute sa pension.

Et il vole ? Vous alliez souvent chez lui ? Une à deux fois par mois environ.

Jacotte a dû vous le dire.

Jacotte ? Ah, pardon. Sa domestique.

Jacqueline Larieux.

Il l'appelait Jacotte. Enfin, tout le monde l'appelle Jacotte.

Elle n'a pas l'air de vous aimer beaucoup.

Il n'aime personne en dehors de lui. Si ça tenait qu'à elle, personne ne serait

rentré chez lui.

Vous pensez qu'elle aurait pu... Le tuer ?

Non, non.

Vous avez hésité.

Tout ça est tellement bizarre.

Tout ça quoi ? Tout. Que ce soit arrivé maintenant.

On est mercredi. On est bien mercredi. Oui, et alors ?

Juste le jour de l'enterrement.

La princesse Isabelle de Vuines, née du ménil du Buisson, son épouse, le duc

Philippe de Vuines, son fils et ses petits-enfants, ainsi que toute la

famille, vous font part dans la tristesse et l'espérance du rappel à

Dieu du prince Hubert Honoré Gaétan de Vuines.

Isabelle de Vuines.

Les lettres vous renseigneront.

Ça sent bon.

J'ai fait une rouelle de veau aux carottes.

J'ai mis du blanc frais, du muscadet. À quel bonheur.

Ah, doucement.

Moi, je n'ai vu que des vieux.

Même le neveu de la victime, qui n'est pourtant pas un vieillard, il fait plus

vieux que son âge.

Il fait quoi, le neveu ? Antiquaire.

Il pourrait faire partie de ses antiquités.

Il a une tête de sacristain.

Quelle tête ont les sacristains ? Je sais pas, mais il en a la tête.

Les lettres parleront, peut-être.

Il y a des lettres ? Des flopées.

Sur près de 50 ans.

Signé Izzy.

Votre Izzy.

Et c'est Izzy qui n'est autre que la princesse de Vuynes a enterré son mari

hier. Hein ? Parce qu'il y a un autre mort ? Eh ouais.

Mort de quoi ? Des suites d'une chute de cheval à 80 ans, si c'est pas du plus

grand chic.

C'est quoi ces lettres ? Ce sont des lettres d'amour ? Bah pas vraiment.

Des anecdotes au quotidien parce qu'elle lui écrivait tous les jours.

Il y en a des milliers. Des milliers ! Mais le ton est celui d'une amoureuse.

Tu vas les lire toutes ? Il va peut-être falloir.

Et... Oui ? Il y a un testament ?

Bonjour. Bonjour.

Commissaire Maigret de la police judiciaire, je viens voir Maître Bonnet.

Je suppose que vous êtes là pour me parler de mon pauvre ami. Vous avez tout

compris.

Vous n'avez jamais eu la goutte.

Vous ne connaissez pas votre bonheur.

Et... Je dois ouvrir le testament dans deux jours.

Dites-moi, vous êtes sur une piste ? Mais c'est justement à propos du

testament. Monsieur le commissaire, il y a quelque chose qui s'appelle la

déontologie. Je ne vous demande pas de violer votre devoir de réserve. Non ?

Que voulez-vous me demander ? Pouvez-vous me dire, sans trahir quoi

que ce soit, si la princesse de Vuy n'est concernée à un titre ou à un autre

par le testament ?

Il n'y a rien dans le testament qui sorte de l'ordinaire.

C'est une histoire qui sort de l'ordinaire.

Ce sont deux personnes hors du commun.

J'ai toujours eu la plus grande admiration pour Armand.

C'était donc non seulement votre client, mais votre ami ? Ça date du lycée Louis

le Grand.

Il était déjà aimé de celle qui serait trois ans plus tard la princesse de

Vigne.

Mais ça ne l'empêchait pas de courir.

Un séducteur.

Son amour pour Isi était sincère.

Il souffrait de ne pouvoir se marier à cause du veto paternel.

Mais il avait des besoins, mots affreux, mais je n'en vois pas d'autres.

J'appelle un chat, un chat, et un chaud lapin, un chaud lapin.

La princesse et lui n'ont jamais... Couché ensemble, je vous le garantis,

ces vieilles familles avec leur tradition médiévale, la virginité de l

'épouse.

Oui...

Si j'en crois sa correspondance, elle tolérait ses aventures. Et même celle de

son mari.

Il était aussi mon client.

Le prince était votre client ? Tel que vous me voyez, je vais ouvrir les deux

testaments.

Il ne craignait pas de se rencontrer dans votre étude ? Et si ça avait été le

cas ? Ils avaient plein de choses en commun, les mêmes goûts, entre autres en

matière de femmes.

Tenez, une histoire folle.

Ils ont eu pendant des mois la même petite amie, à l'insu l'un de l'autre,

une actrice de la comédie française.

Ne me demandez pas son nom. Les années 60, elle est décédée.

À l'insu l'un de l'autre ? Il se confiait à vous ? Je suis ainsi fait.

Je le reçois dans un instant.

Je dois mettre fin à l'entretien.

Pardon, nous ne pouvons vous raccompagner.

Et sa dame de compagnie, mademoiselle Larieux, elle a de la famille ? Je n'y

en connais aucune.

Elle est sur le testament ? Elle n'a pas été oubliée.

C'est tout ce que je suis en mesure de vous dire, et c'est déjà trop.

Merci, maître.

J'espère que vous trouverez la canaille qui a fait ça.

Un canaille qui a fait ça.

Vous avez vu mon rapport sur mademoiselle Larieux ? À jacquotte, oui.

Négatif. Donc elle n'a pas tiré. Je dirais pas ça.

Les traces de poudre, ça reste quatre heures sur la peau.

Sur les vêtements, ça dure plus longtemps, mais... Il n'avait pas non

plus sur les siens. Elle a pu se laver et se changer.

L'estomac contenait du saumon, des pommes vapeurs, une poire.

Des pommes vapeurs, vraiment ? L'eau, on s'en fout. Moi, je les aime à la vapeur.

Il avait bu un peu d'alcool.

Je dirais un verre de vin et puis le cognac.

Ne demandez pas la marque.

Les organes sont en bon état, si on oublie les perforations.

La première ogive a perforé l'os maxillaire et l'os zygomatique droit,

fait sauter le plancher de l'orbite et traversé le cerveau selon un axe,

disons, sud-est, nord-ouest. On l'a retrouvé avec des débris de la boîte

crânienne sur le mieux.

Et voilà les sandwiches.

Je pose ça où ? Ici.

Parfait.

Le jambon, tout ça, c'est pour moi.

Antoine, le végétarien qui est juste là. Bon appétit. Hé, hé, hé, on reste

concentrés, s'il vous plaît.

Les quatre autres tirs ont respectivement traversé la partie

supérieure du poumon gauche, le foie, brisé la clavicule gauche et perforé la

rate. Dans quel ordre ? Je ne peux pas dire.

Tenez.

Oui, monsieur le procureur.

Oui, les médias font leur travail et on essaie de faire le nôtre. Je n'ai

malheureusement rien à leur donner, ni à vous non plus.

Mais je suis justement avec mon équipe pour essayer de faire le tour des

hypothèses. Mais dès que j'ai quelque chose, voilà.

Au revoir, monsieur le procureur.

Cinq projectiles, ça fait pas un comptron. Oui, mais l'arme a pu s

'enrayer. Ou le tueur a été dérangé.

Ou il a vu que c'était pas la peine de s'acharner.

C'était bien un automatique.

La balistique est formelle, c'était un automatique.

Et les enveloppes ? On n'a pas retrouvé les enveloppes. Oui, je sais.

La question, c'est pourquoi les avoir ramassées ? On parle d'hypothèse.

Et si les organes touchés, donc le poumon, le foie et la rate, avaient une

signification symbolique ? L

'enquête de voisinage donne quoi ? Rien.

Personne n'a rien entendu. L'immeuble est vide la nuit.

Berthier Lagesse était la discrétion même dans le quartier.

Seul le marchand de journaux à l'angle de la rue des Saint-Père et du boulevard

Saint-Germain le connaît personnellement.

Le vieux lui achetait régulièrement la revue des deux mondes.

Et voilà.

Sinon, il était très ému d'apprendre sa mort.

Et elle fait quoi, la jacotte ? Depuis hier, elle est sortie de son hôtel que

pour acheter de quoi manger.

Et elle mange apparemment très peu.

Elle a tout de même passé un coup de fil aujourd'hui depuis sa chambre.

Vous devinez à qui ? À l'hôtel de Vuynes.

Bravo, patron.

On lui a répondu que Madame n'était pas disponible. Qui est sur elle

actuellement ? C'est Baron qui prend la relève.

Qu'il me l'amène.

Je vais prendre une bière et un sandwich.

Là, maintenant.

J'en vends ? Vous savez ce que c'est qu'un barillet ? Les balles sont dedans,

et ça tourne.

Quand on tire, les enveloppes, elles les douillent, restent dans le barillet.

Ça, c'est un revolver.

Pour l'automatique, on va vous expliquer. Lucas ?

Oui, euh... Tu me prêtes ton arme de service ?

Le

chargeur est dans la crosse.

Quand on tire avec ce genre d'arme, les douilles sont éjectées latéralement,

parfois même assez loin.

Vous pouvez le prendre en main.

Il en avait un comme ça ? Pas comme ça, non. Mais un automatique ? Je pense,

oui. Il le gardait où ? Dans le secrétaire de sa chambre.

Il n'était pas dans un coffre ? Non.

Donc n'importe qui pouvait y avoir accès.

Merci, Lucas.

Quand vous êtes entrée à son service, vous aviez quel âge ? 28 ans.

Vous saviez qu'il était amoureux ? Je postais ses lettres. Vous n'avez jamais

vu la personne à laquelle il écrivait ?

Elle n'a jamais mis les pieds dans l'appartement.

Mademoiselle Larieux, si vous pouviez éviter de répondre à côté de mes

questions, ça ferait gagner du temps à tout le monde. Je vous pose une question

simple, est-ce que vous pourriez y répondre simplement ? On vous demande si

vous l'avez déjà vue, c'est tout.

Oui, je l'ai vue.

Merci. Où ? Dans la rue.

Seulement dans la rue ? Je lui ai aussi porté des lettres. Ah, on y arrive.

Ces lettres, vous les portiez en cachette ?

Non, je demandais à la voir et on conduisait dans son appartement.

Elle vous parlait ? Elle pouvait me poser des questions.

C'était quand ? Encore récemment.

Est-ce que vous pourriez être plus précise ? Il y a environ 15 jours.

Quel genre de questions ? S'il allait bien, s'il faisait de l'exercice. Il en

faisait ? Il s'entretenait.

Au cours de sa carrière, vous l'avez suivi dans tous ses postes ? Oui, tous.

Vous n'avez jamais été séparé de lui ? Sauf une fois.

Cinq mois, à Cuba.

Pourquoi ? À cause d'une femme qu'il a exigée.

Quelle femme ? Une femme qu'il voyait et qui ne m'aimait pas.

Il m'avait loué un petit appartement près de la Légation.

J'ai pensé à rentrer en France, mais l'histoire a fini à vous.

Vous aviez des amants ? Et lui, il a été le vôtre ?

Vous ne voulez pas répondre ? Ma vie ne regarde que moi. Mais non, mademoiselle,

plus maintenant.

J'ai le droit de me taire. On sait par les lettres que vous avez fait partie de

ces maîtresses.

Vous ne les avez pas lues ? Jamais.

La princesse commente très librement les aventures de votre patron. Elle lui fait

même part de ses préférences. Ça ne devrait pas être permis, après la mort

des gens, de fouiller dans leur correspondance privée. Mais oui, mais si

ces lettres peuvent nous aider à trouver l'assassin, ça ne vous intéresse pas de

savoir qui a tué votre patron ? Ça ne me fera pas revenir.

Je vous raccompagne.

Au revoir, à bientôt. Je vous appelle à mon retour de Genève.

Très bien.

Vous savez du nouveau ? Je ne vous ai pas demandé la dernière fois où vous

étiez la nuit du meurtre.

J'ai dîné dans le restaurant qui me sert de cantine.

Au petit Saint-Benoît, rue Saint-Benoît. Vers quelle heure ? 21h.

Je suis rentré à 22h30.

Et vous n'êtes pas ressorti ? Quand je me couche, je me couche.

J'ai lu de mon livre de cheveux les pensées de Pascal avant d'éteindre la

lumière.

Il y a eu vol chez mon oncle ? J'ai le droit de savoir.

Apparemment, non.

C'est un game courtois.

Vénus tente d'empêcher Mars de tuer Adonis, son amant.

Cette toile n'est pas à vendre.

Ah non, pourquoi ? C'est ma mère.

Ah oui ? La sœur de votre oncle ? Mon père l'a peinte dans les années 60.

Elle aurait pu se marier dans son milieu, mais il lui a fait croire à son

talent.

Il a fini restaurateur de tableaux.

Comme père, il était comment ? Ça intéresse votre enquête ? Ça m'intéresse

moi.

Sévère et colérique.

Et votre mère ? Douce, effacée et triste.

Votre curiosité satisfaite ? J'ai ici quelques lettres de la princesse.

Si vous pouvez m'éclairer sur quelques points.

Hubert a compris, et je lui en suis reconnaissante à jamais, que je suis à

vous pour l'éternité.

Vous connaissiez le prince ? Il est arrivé de le voir.

Comment le décririez-vous ? Bel homme et un bon cavalier.

Il est mort des suites d'une chute de cheval, n'est-ce pas ? Ça arrive.

Même au bon cavalier.

Pourquoi la princesse l'a-t-elle épousée plutôt que votre oncle ? Elle a choisi d

'obéir à son père plutôt qu'à ses sentiments.

Ce mariage, si je lis bien, n'a pas été consommé tout de suite. Le prince semble

l'avoir accepté. Tant que son frère cadet pouvait perpétuer le nom des

Vuines. Ça paraît d'un autre siècle, mais le temps n'a pas de prise sur

certaines grandes familles.

Un peu tout de même.

Durant la bataille des Ardennes en 1944, ce jeune frère est tué, il n'a pas d

'héritier. Un an plus tard, la princesse donne naissance à un fils, Philippe.

Elle écrit à votre oncle, Dieu merci.

C'est un garçon. Je suis mal à l'aise que vous manipuliez ces lettres devant

moi. Ce sont des photocopies, les originaux sont sous-cellés. Qu'est-ce

que vous pensez de ces mots ? Ça parle de soi-même, je crois.

Si l'enfant avait été une fille, la princesse aurait dû continuer de se

sacrifier jusqu'à ce que le prince ait un héritier mâle. C'est bien ce que je

dois comprendre.

Votre perspicacité vous honore.

Vous savez, si le prince consolait de ce mariage qui devait être assez frustrant

? C'est possible.

Votre oncle et le prince se rencontraient parfois.

Monsieur le commissaire, je ne sais pas si vous avez l'autorité pour venir m

'interroger dans ma boutique, sans mandat.

Les mandats, c'est en Amérique. Tout ça n'existe pas chez nous, monsieur

Mazeron. Peut-être préférez-vous une convocation en bonne et due forme au

quai des Orfèvres.

Tiens, client se présente.

Je vais bientôt finir.

Le prince est mort trois jours avant votre oncle. Votre oncle l'a su, je

suppose.

Quelle est votre question ? Qu'est-ce que ça impliquait pour lui ? C'était

chose acquise que si le prince venait à mourir, mon oncle et la princesse se

marieraient.

Aussi vite comme à l'église.

Le sort en a décidé autrement. Le sort ou quelqu'un.

Bonjour, je peux vous aider ? Madame Mazeron.

Charlotte, c'est pour vous.

Madame, c'est le commissaire.

Bonjour. Bonjour.

Alors, ça vous ennuie pas si ça se passe chez moi ? C'est juste en haut.

Très bien.

Lumina, tu peux ranger la cabine d'essayage ? C'est un vrai foutoir.

J'ai quitté ma Normandie et ma famille très jeune. Je travaillais au printemps

Haussmann. C'est là que j'ai rencontré Alain.

Comme client ? J'ai oublié ce qu'il a acheté.

C'était un stand de sacs à main et d'accessoires en cuir.

Il est revenu plusieurs fois.

J'ai fini par accepter un dîner.

Il me parlait de Pascal, de Platon.

Les hommes avec qui j'étais avant lui étaient des... Bref.

Je me suis laissée impressionner, on s'est mariées et puis Elisabeth est née.

Et puis ? Vous, Vivière de Jacob ? Oui.

Son oncle était en poste à Washington à l'époque et à l'occasion d'un congé nous

a reçus chez lui, rue de Bellechasse.

Alors avec lui, le courant est tout de suite passé.

Votre mari était jaloux ? Vous le soupçonnez ?

C'est juste un pauvre type qui sait pas sourire.

Il inquiète de tout.

Sa santé, ses affaires, ses cheveux, ce que les gens pensent de lui.

Je peux pas laisser lui, lui-là.

C'est une gentille fille que j'ai prise comme stagiaire, mais elle est pas

fichue de s'en sortir toute seule si un client se présente.

Il est toujours aussi pâle ? Votre mari ? Oui, il est pâle.

Il m'a fait souffrir.

Souffrir ? Ce truc que les Américains appellent cruauté mentale.

C'est une clause de divorce, Lama, vous savez.

Bon, moi, j'ai pas envie de me lancer dans une procédure de divorce qui

refuse, j'ai pas les moyens.

Et puis, il me fiche la paix, maintenant.

Il vous a humilié ? Il supportait pas ce qu'il appelait les bêtises.

Et puis, des bêtises, j'en faisais.

Et les filles aussi en faisaient.

Sa mère était horrible avec moi.

Ça ne cadre pas avec la description qu'elle m'en a faite ? C'était une femme

horrible.

Un monstre.

Je me lâche.

Ça fait peine d'y un assassin.

Et ça s'est fini comment ? Comme ça.

J'en ai eu marre. Un jour, il faut partir.

Voilà.

Hop, c'est aujourd'hui.

Il a vu ma valise ouverte sur le lit.

Il n'a pas essayé de vous retenir ? Non, mais il était persuadé que je

reviendrais.

Que je ne m'en sortirais pas sans lui, avec les filles.

J'ai eu à cœur de lui prouver le contraire.

Vous l'avez trompé.

Il vous a dit quelque chose ? Non.

Tant que j'ai vécu avec lui, j'avais bien trop peur.

Physiquement, vous me comprenez.

Vous avez quelqu'un ?

Oui. Depuis un an, un médecin, il est lui-même séparé de sa femme.

Vous avez fait connaissance comment ? Sur un site de

rencontre.

Votre mari ne vous donne rien ? Plus depuis des années.

Soi-disant parce que les filles sont grandes.

J'ai laissé tomber.

Vous étiez au courant, je suppose, de la liaison de son oncle ? Comme tout le

monde.

Il parlait de sa princesse comme d'une créature quasi surnaturelle, alors

que... Alors que quoi ? C'était un sacré coquin.

Un jour que j'étais allée le trouver pour je sais plus trop quoi, j'ai eu un

peu de mal à me sortir de ses pattes.

Votre mari l'a su ? Non, mon Dieu, je sais pas comment il aurait réagi.

Il n'avait pas beaucoup de rapport, si vous voyez ce que je veux dire.

C'était toujours très froid, très mécanique.

Bon, là, faut vraiment que je descende. La pauvre Ludmilla, elle doit être en

panique.

Ce que je vous ai dit, vous avez pas besoin de faire état, n'est-ce pas ? J

'étais contente de vous parler.

Ça me suit bien.

J'ai eu la visite de M.

Mazeron. Qu'est-ce qu'il voulait ? Il se plaint que vous vous promenez partout

avec les lettres de son nom.

Ce sont des photocopies, je le lui ai précisé.

Il exige en tant qu'exécuteur testamentaire que ses écrits soient

placés sous scellés.

J'ai tenté de lui faire comprendre comment se dirigeant une enquête de

flagrance. Son épouse le décrit comme une espèce de sadique.

Des conclusions à en tirer ?

Je suis tenté de vous faire une réponse de normand.

C'était vraiment nécessaire de voir cette dame ? Un certain Cromière du Quai

d'Orsay m'appelle toutes les deux heures.

Je ne sais pas ce que vous lui avez dit ou fait, mais il se plaint que vous n

'avancez pas et vous taxez d'incompétence.

Monsieur le procureur, j'ai mon rythme. Sans vouloir vous mettre la pression, ne

pensez-vous pas qu'il faudrait interroger... Je vais le faire. Pourquoi

pas tout de suite ?

Vous permettez ?

Le commissaire Maigret.

Asseyez-vous, je vous en prie.

Tout d'abord, dites-moi la vérité.

Est-ce qu'il a souffert ? Il est mort sur le coup.

Ma première idée a été d'aller là-bas, mais vous avez dû emmener le corps à la

mort, bien sûr.

Il était dans son bureau.

Oui. Occupé, j'imagine, à corriger les épreuves de son livre.

Je connaissais son emploi du temps, presque heure par heure, sans qu'il ait

besoin de me le dire.

Vous êtes allé chez lui ? Une seule fois.

Jacob m'a laissé entrer un jour où je savais qu'il n'y était pas.

Je voulais visualiser le décor de sa vie pour pouvoir le situer en pensée.

Comment avez-vous appris sa mort ? Philippe, mon fils, est venu avec sa

femme et ses enfants pour les obsèques de mon mari.

Sa femme a vu les journaux auxquels je suis abonné et que mon personnel pose

sur la console du hall d'entrée.

Moi, je ne l'ai jamais.

Elle était au courant ? De ma relation avec Armand ? Comme tout le monde, on ne

s'est jamais caché. Et votre fils ? Mon fils aussi.

Il n'a jamais souhaité le voir ? Pourquoi faire ? Maggie,

le thé est froid.

Je vais en refaire, madame. S'il vous plaît.

Je vous demande pardon, j'ai oublié de vous proposer du thé.

Je vous remercie.

Voyez-vous, pendant 50 ans, j'ai eu l'habitude de vivre avec lui en pensée.

Je savais ce qu'il faisait chaque heure du jour.

Je visitais les villes où il était en poste quand il était encore ambassadeur.

À quelle heure a-t-il trouvé la mort ? Entre 23h et minuit.

Il n'était pas encore prêt à se coucher.

Qu'est-ce qui a bien pu se passer ? Il n'y a pas eu d'effraction.

Il est probable soit que M. Bertier-Lagesse a fait entrer son

assassin, soit que celui-ci ou celle-ci était déjà dans la place. Celle-ci ?

Vous soupçonnez Jacote ? Tout le monde et personne ? Non, pas elle.

Elle nous était tellement dévouée.

Il y a 20 ans, elle s'était cassé le bras en Suisse. C'est elle qui écrivait

sous sa dictée.

Vous communiquiez uniquement par lettres ? Oui.

Pourquoi pas le téléphone ? Je le devais à mon mari.

Quel rapport aviez-vous avec lui ? Mon mari, je le respectais infiniment.

Mais vous ne l'aimiez pas.

Pas comme j'aime Armand.

D'après ce que je me suis laissé dire, il vous trompait.

Hubert, ce n'est pas le mot. On ne se cachait rien.

Donc vous n'étiez pas jalouse.

Et Jacotte, diriez-vous qu'elle l'est ? Jalouse de qui ? De moi ? Par exemple.

Non.

Ou alors comme un chien est jaloux de son maître.

Non, il ne serait pas choqué de m'entendre parler ainsi.

C'était un bel animal dans sa jeunesse. Elle a été sa maîtresse. Elle a été.

Vous n'étiez pas jalouse d'elle ? Ma seule crainte, c'était qu'il rencontre

une femme capable de prendre ma place dans sa pensée.

Je n'aurais pas imaginé.

On ne sait vraiment rien sur l'assassin.

Seulement qu'il lui a tiré en pleine tête et puis qu'il a continué de tirer

sur le corps.

Il faut une haine effroyable pour faire cela, n'est-ce pas ? On a eu assez de

sang-froid pour ramasser les douilles, faire disparaître le tout, effacer les

empreintes. Tout ça ne cadre pas avec une rage aveugle. La haine, ce n'est pas

la rage.

C'est vrai.

Merci, Maggie.

Vraiment, vous ne voulez pas ? Je n'insiste pas, alors.

Chacotte n'a pas essayé de vous joindre après avoir trouvé... Elle a peut-être

essayé. Mais le téléphone n'arrêtait pas de sonner depuis la mort de mon mari, si

bien que mon fils exaspéré a fini par le couper.

Ni cherché à vous voir ? Le jour des obsèques ? Non, impossible.

Connaissez-vous les termes du testament de M. Berthier-Lagès ? Dans l'ensemble,

Armand tenait à me laisser ses meubles et ses effets personnels pour que j'aie

l'impression, s'il mourait avant moi, d'avoir été un peu sa femme.

Acceptez-vous cela ? C'est sa volonté.

Et sa volonté est la mienne.

Je vais être obligée, à cause du nom que je porte, de continuer à vivre ici dans

cette maison au lieu de m'installer rue de Bellechasse comme je l'ai toujours

rêvé.

Mais je reconstituerai l'appartement d'Armand ici.

Je suis sa veuve.

Au fait, Jacob savait qu'à la mort de votre mari, vous iriez vous installer

rue de Bellechasse ? Ça la mettait en joie.

Et votre fils ? Mon fils quoi ? Il est désormais l'héritier du nom. Il le

serait tout autant si Armand avait vécu.

Il est encore à Paris, je crois. Oui, il est descendu avec femme et enfant à l

'hôtel Scribd. Il ne réside jamais chez vous ? Oui, vous, monsieur le

commissaire, je ne supporte pas les enfants.

C'est une erreur de croire que toutes les femmes sont faites pour être mère.

J'ai eu Philippe très jeune, parce que c'était mon devoir.

Je me suis occupée de lui, mais ça s'arrête là.

Il en a six.

Il est né à 24 ans, le plus jeune neuf.

Non, l'idée d'avoir des cris et des cavalcades dans la maison, non.

Mère ?

Les enfants aimeraient vous dire au revoir. Ah, Philippe, nous parlions de

vous, justement.

Le commissaire Maigret.

Ah, mais nous nous sommes croisés tout à l'heure.

Aurélie a bien rangé tous ses crayons de couleur ? Absolument tous, mère. J'y ai

veillé, personnellement.

Le commissaire aimerait vous poser quelques questions. Où souhaitez-vous le

recevoir ? Je ne sais pas, n'importe où.

Dans la bibliothèque, peut-être. Vous serez plus tranquille, non ? Vous en

avez fini avec moi, monsieur le commissaire ? Tenez-moi au courant.

De la suite de l'enquête ? Quand le corps d'Armand sera rendu à sa famille,

à son neveu.

C'est par ici.

Vous ne fumez pas ? Seulement la pipe.

Moi le cigare, mais pas ici.

Ma mère ne l'admettrait pas.

Curieuse coïncidence, non ? Les deux morts, vous pensez qu'elles peuvent être

liées ? Pas vous.

Vous connaissiez la victime ? Ma mère me l'a montrée de loin quand j'étais

enfant. Et puis plus tard, il m'est arrivé de le croiser.

Vous lui en vouliez ? D'avoir privé mon père de l'amour auquel il aurait dû

avoir droit ? Par exemple ? Je ne l'ai jamais vécu comme ça.

Ma mère lui vouait une sorte d'amour mystique.

Je dirais même assez naïf.

Mon père était le premier à en sourire.

En tout cas, avant sa chute.

C'est-à-dire ? Il n'est pas mort tout de suite.

Il a eu le bassin fracturé.

Et l'une des conséquences de l'opération qui n'a pas marché, c'est qu'il a

développé dans les derniers jours un délire comme quoi je n'étais pas son

fils, mais en réalité celui de Berthier Lagesse.

Est-ce que c'était bien un délire ? Je vous pose la question.

Ma mère m'a juré qu'il n'y avait jamais rien eu de physique.

D'ailleurs, je n'en ai jamais douté.

Vous êtes arrivé quand ? Dimanche après-midi.

Mais j'étais déjà venu la semaine dernière pour voir mon père. Mais comme

je ne savais pas que son état se dégraderait brutalement, j'étais

reparti. Vous êtes venu avec votre famille ? Ma femme et les enfants ne

sont arrivés que lundi.

Je suppose que vous avez eu un entretien avec votre mère.

Vous voulez dire, est-ce qu'elle m'a parlé de son futur mariage ? Inutile. Je

savais que ça arriverait. Sauf que ce n'est pas arrivé.

Non. Et ça, c'est très étrange.

Vous n'avez aucun soupçon ? On ne peut pas parler de soupçon.

Vous pensez à quelqu'un, à quelqu'un dont la vie allait être changée par la

mort de votre père.

Disons que je connais l'existence de Jacob.

Je ne voudrais pas paraître impoli, mais j'aimerais dire au revoir à ma famille

avant qu'ils partent. Je ne voudrais pas qu'ils arrivent chez nous de nuit.

Vous restez à Paris jusqu'à quand ? Demain soir. À l'hôtel Scribd ? Oui.

Vous étiez où le soir du meurtre ?

Entre 22h et minuit. Je dînais ici avec ma mère ? Seul ? Jusqu'à l'arrivée de l

'abbé Gauge.

C'est qui cet abbé Gauge ? C'est son directeur de conscience.

Ma mère est une vraie grenouille de bénitier. D'ailleurs, elle doit très

bien s'entendre sur ce point avec Jacotte. Elles l'ont en commun. Un de

ces traditionnalistes qui n'ont pas digéré Vatican II.

Il porte la soutane, il est vieux, je suis pas sûr qu'il soit propre.

Je soupçonne des pires travers.

Je comprends pas comment ma mère peut l'apprécier.

Il est arrivé à quelle heure ? Un peu avant 10h. Je suis parti un quart d

'heure après.

Et vous êtes rentré direct à l'hôtel ? Oui.

Enfin, je suis allé voir mes enfants et ma femme à l'hôtel

pour les embrasser parce qu'ils étaient arrivés la veille.

Et puis après, je suis ressorti. Je suis allé prendre l'air au Champs-Élysées.

Jusqu'à minuit ? Bon.

Et puis après tout...

Ça va peut-être vous paraître incongru vu les circonstances, mais chez moi,

jeunesse tout, je suis trop connu pour me permettre la moindre histoire.

Donc quand je viens à Paris, j'ai besoin de, comment dire, de me détendre.

Donc, aux Champs-Élysées ? Elle était brune, pas très grande.

Elle avait un gros grain de beauté sous le sein gauche.

Oui, c'était le gauche.

Et sa robe, elle portait une robe rose fuchsia.

Française ? Oui.

Les étrangères m'intimident.

Son prénom, son nom ? Je ne lui ai pas demandé.

Ça s'est passé où ? Un studio, rue de Berry.

Il y avait des affaires dans l'armoire, dans sa salle de bain aussi, donc je

pense que ça devait être chez elle.

J'espère, monsieur le commissaire, que vous me comprenez.

Je ne voudrais pas que ma femme la prenne.

Pour elle...

En dehors d'un certain monde...

J

'avais acheté un poulet.

Ça se garde.

Et ton affaire ? Si on n'en parlait pas.

Monsieur, dame ? Tu as envie de quoi ? J'ai pas très faim.

Moi, en entrée, les escargots et après, la tête de veau.

Madame, si vous aimez les coquilles Saint-Jacques, je vous les recommande.

Elles sont fraîches du marché.

Ah, d'accord.

Tu vas bien prendre une entrée.

Des poires aux vinaigrettes, alors.

Et un Saint-Joseph, ça te va ? Un Saint-Joseph de chez Guigal.

Parfait. Merci beaucoup.

Ridicule. Ridicule.

Tu parles tout seul ? Fallait pas te lever.

Qu'est-ce qui est ridicule ? Je me suis fait un rêve... un rêve idiot.

Une grande salle, comme une salle de bal.

Et il y avait Mazeron, un curé, des vieux, tous élégants, ridés,

parcheminés. Et moi, j'étais au milieu comme l'idiot du village.

Et le curé, il était en soutane. Et il parlait à l'oreille de Jacotte et il se

foutait de moi ouvertement. Alors moi, pour me donner une comptance, je

cherchais mon tabac dans mon pantalon et je... Tu quoi ?

J'étais à poil.

Le bas.

En haut, la veste de pyjama.

Bah...

Bon, c'est bon, je peux éteindre.

Je suis allé du côté de la rue de Berry, vers 22h.

Y avait 3 ou 4 filles.

J'ai fini par repérer celle qui correspondait le plus à la description.

Une petite brune.

Elle m'a dit qu'elle n'était pas là le fameux soir parce qu'elle allait voir

son bébé à la campagne.

J'en ai vu sortir une autre avec un touriste étranger.

Elle a confirmé le gant de beauté.

D'après elle, il a été rapide et il a bien payé.

Elle a remarqué aussi un monogramme sur sa chemise.

Une bleue à col blanc.

Elle voit pas ça souvent.

Les lettres, c'était PDV.

Elle se souvenait de l'heure ? Ouais. Il est parti vers 23h30.

Ça fait moins d'une demi-heure, la passe tout compris.

Ouais. On peut dire qu'il a été rapide. Encore un.

Encore un qui est rapide ? Encore un qui dit la vérité.

Ah.

Mazon. Il a bien dit des seuls au petit Saint-Benoît. On a eu la note. Il a pris

un oeuf mayo, un filet de julienne et un verre de blanc.

Pas de dessert.

S'il est rentré à 22h30, il peut très bien être allé chez son oncle. C'est à

deux pas. Donc il n'a pas d'alibi, mais... Mais ? Mais non, j'y crois pas.

Pourquoi ? Justement parce qu'il n'a pas d'alibi.

Et puis c'est un pisse-froid.

Un pisse-froid, ça peut péter un câble. Péter un câble, pourquoi ?

Peut-être qu'il s'est cru trompé. Pourquoi maintenant ? Après la mort du

prince, il a eu une révélation ? Enfin, le mobile, c'est quand même sûrement la

vengeance. Pardon ? Je disais que... Comment on sait que c'était un cavaleur

? Enfin, moi, je me dis que... Qu'est-ce qu'on a d'autre ? Des factures de chez

Arnis.

Il s'attendait tellement pas à mourir qu'il s'était commandé deux beaux

costumes chez Arnis quinze jours avant de se faire flinguer.

Alors voilà tout ce qu'on a. Des factures de chez Arnis. Pardon pas trop,

mais on a les fringues de Jacotte.

Celles qu'elle a données au pressing.

C'est quoi ces fringues ? C'est son uniforme de domestique.

Un tablier blanc, une robe noire, des gants blancs.

Pour nettoyage à sec.

Vous êtes dessus ? Oui, bien sûr.

Je viens vous voir.

La quai d'Orsay me harcèle.

C'est la corbière.

Cromière. Il vous accuse de faire fuiter des informations que les médias ne

devraient pas répondre.

Je ne fais rien fuiter du tout. Je sais bien.

Alors ? Vous avez toutes les pièces du dossier.

Pour moi, la clé, c'est la mort du prince.

Vous croyez ? Mazeron est le principal bénéficiaire de celle de son oncle.

Vous avez vérifié s'il a des besoins d'argent ? Il ne paie plus de pension à

sa femme, dont il n'est pas divorcé, d'ailleurs, mais séparé.

Pourquoi pas divorcé ? Parce que chez ces gens-là...

Je fais partie de ces gens-là, en effet. J'ai même joué au tennis avec Feu le

Prince, il y a dix ans. Nous étions dans le même club.

Ceci dit, ma soeur cadette est divorcée, deux fois. Alors ne généralisez pas.

Je vous demande pardon.

C'est une bonne pédiatre, mais sa vie privée, c'est le chaos.

Où en étions-nous ? Ah oui, Mazron.

Même s'il a des soucis d'argent, je ne crois pas que l'intérêt soit le mobile

du crime.

Et sa femme ?

Elle m'a avoué candidement que Berthier-Lageste l'a tripoté autrefois.

Ça ne me paraît quand même pas suffisant comme mobile.

Vous ne connaissez pas les femmes.

J'en parlerai à la mienne.

Vous connaissiez donc le prince Hubert et sa femme, la princesse ? Ici, pas

personnellement. Elle ne joue pas au tennis.

Elle ne m'a pas paru très affligée, ni par la mort de son mari, ni par celle de

son grand amour. On dit que rien n'a de prise sur... Alors, où il est là, je

vous le passe.

Monsieur le commissaire, c'est pour vous.

C'est Moërs. Mettez-le au parleur.

Il faut vous procurer un portable, je vous assure.

Vous avez le souffle court ? J'ai le résultat des tests sur les vêtements de

la gouvernante.

Chacotte ? Oui, alors ? Ils sont positifs.

C'est sûr. Il y a des projections de tir sur les gants, sur le tablier, la robe.

C'est elle, sans aucun doute possible.

Elle a flingué.

Merci, Moërs.

Voilà un résultat.

Cachez votre joie.

Vous tenez votre coupable et moi, je respire.

Je peux utiliser l'appareil ? Oui, bien sûr.

Maigret, qui est sur Jacotte ? La pointe ? Donc il l'arrête immédiatement.

Oui, oui, en garde à vue.

Non, pas les pinces.

Et tu lui notifies bien ses droits, surtout.

Oui ? Monsieur Cromière.

Bien.

Vous êtes en garde à vue au titre de l'article 63.5 du Code de procédure

pénale. Vous êtes suspecte d'une infraction pouvant vous mener en prison.

Vous avez idée de l'infraction en question ? Non. Je pense que si.

Vous avez droit à l'assistance d'un avocat. Vous en connaissez un ? Non.

On peut en nommer un d'office.

Je n'en ai pas besoin.

Quand vous serez déféré devant le juge d'instruction, s'il vous met en examen,

vous en aurez besoin.

Nous verrons bien.

On a trouvé des traces de poudre sur les affaires que vous avez portées au

pressing.

Vous l'expliquez comment ? Je n'ai pas à l'expliquer.

Ces traces prouvent que vous avez utilisé très récemment cette arme.

Cette arme ? Ou une autre.

Qu'en avez-vous fait ?

Je n'ai rien à dire.

Vous tenez à répéter les mêmes mots tout au long de votre garde à vue ? Vous

savez, ça peut aller jusqu'à 48 heures. C'est long. C'est très fatigant.

Ne vous inquiétez pas pour moi.

Vous le haïssiez, votre patron ? Vous n'avez pas supporté que la princesse l

'épouse et s'installe dans l'appartement où vous avez vécu des décennies dans la

plus parfaite intimité avec lui ?

Moi, c'est comme vous voulez.

J'ai tout mon temps.

On va vous apporter de l'eau.

Et vous voulez un sandwich ? Je l'ai fait monter de la brasserie Dauphine,

ils sont excellents. Je n'ai pas faim. Pas d'allergie, pas de phobie

alimentaire ? Non, mais je n'ai pas faim.

Tu peux appeler la brasserie qui nous fasse monter des sandwiches jambon

cornichon et pour moi... Non, un café pour moi.

Et de l'eau minérale.

Plate ou gazeuse ? Plate. Enfin une réponse.

On sait que c'est vous.

Et je remarque que vous ne le niez pas.

Tout ce que je veux, c'est le pourquoi.

Quoi ? Désolé de vous déranger. Je peux vous parler, patron.

Tu sais que tu me casses mon interrogatoire.

Je suis désolé, mais je crois que c'est important.

Julien Devuyn.

À quoi il ressemble ? 25-30, tiré à quatre épingles. Ça doit être l'aîné du

prince Philippe, ça. Qu'est-ce qu'il veut ? Vous parlez, il insiste.

Je l'ai mis là-haut avec Bambou.

Julien de Vuines, vous connaissez ? Pourquoi ? Je vous demande si vous le

connaissez.

C'est le petit-fils de madame. Il est là. Vous savez pourquoi ? Je devrais le

savoir ? Chacotte, arrêtez.

Mademoiselle Larieux, arrêtez de répondre à mes questions par des

questions. Je vous demande si vous savez pourquoi ce Julien veut me voir.

Répondez. J'en ai aucune.

Et les sandwiches, ils arrivent ? Est-ce que j'ai le droit de voir un

prêtre ? Vous voulez voir un prêtre ? Je voudrais parler à l'abbé Gauge.

Le directeur de conscience de la princesse ? C'est aussi le mien.

Maintenant ? Oui, ça ne sera pas long.

Où est-ce qu'on peut le joindre ? Au presbytère de Sainte-Claude-Tilde.

Contact d'urgence, l'abbé Gauge.

Il doit être à Sainte-Claude-Tilde.

Ramène-le qu'il arrive ici tout à faire 60.

Jacob veut le voir. Je crois que c'est important et même très important.

Et s'il est en train d'administrer une extrême onction ? J'ai pas le temps d

'avoir de l'humour.

Dès qu'il est là, vous sortez tous et vous les laissez en tête à tête.

C'est bien régulier, ça, patron ? Je m'en fous.

Je vous en prie, asseyez-vous.

Merci, Baron.

Je vous croyais en route pour la Normandie avec votre famille.

Non, pas moi, j'ai des cours rue Dulme.

Et quand j'ai appris que vous alliez chez ma grand-mère, j'ai failli venir

vous parler, mais en présence de mon père... Qu'est-ce que vous ne pouviez

pas dire en présence de votre père ? Mardi, j'ai été voir mon oncle.

Votre oncle ? Oui, c'est comme ça que j'ai pris l'habitude d'appeler M.

Berthier-Lagesse.

Oui. J'avais plus de proximité avec lui qu'avec les miens. Vous le fréquentiez ?

Je n'en parlais pas.

Bon, je m'en cachais pas non plus.

Depuis tout petit, j'avais entendu parler de l'histoire avec ma grand-mère.

Vous avez lu ses lettres ? Les siennes, non.

Quand l'avez-vous rencontré en chair et en os ? Il y a deux ans, dans une

réception.

Il a eu l'air ému de me voir quand je me suis présenté.

Plus tard, il m'a reçu rue de Bellechasse à mon initiative.

Il était...

Chaleureux, plein d'anecdotes, amusants.

Il vous recevait souvent ? Au moins une fois par mois.

Il y a un an, j'ai eu une crise sentimentale.

Je pouvais pas en parler à mes parents, encore moins à mon grand-père.

Et il a été très à l'écoute, il m'a beaucoup aidé.

Vous n'aimiez pas le prince Hubert, votre grand-père ? C'était pour moi un

étranger.

Au contraire, je me suis toujours senti à l'aise avec ma grand-mère, mais ce que

je vivais...

Elle n'aurait pas compris, je ne pourrais pas.

Et votre mère ? Je ne voudrais pas être méchant, mais je dirais qu'elle attache

plus d'importance aux convenances qu'à quoi que ce soit d'autre. Enfin, bref.

Qu'est-ce qui vous a troublé mardi, quand vous avez vu Berthier-Lagès ? Pour

la première fois, il m'a paru vieux.

Enfin, pas seulement ça, mais inquiet.

Je crois même terrifié.

Terrifié. Je l'avais toujours vu enjoué, optimiste, drôle.

Et là... Vous lui avez dit quelque chose ? Quelque chose comme... Dans un an,

ma grand-mère sera votre épouse.

Il n'a rien répondu.

J'ai eu la maladresse d'insister, et alors il m'a dit, avec une voix que je

ne connaissais pas du tout, on ne nous laissera pas faire.

On ne nous laissera pas faire, vous êtes sûr ? Ou on ne me laissera pas.

Son visage, son expression, il avait pris dix ans, quoi. Il était gris.

Bon, sur le moment, je me suis dit que c'était peut-être une réaction à la mort

de mon grand-père. Ils avaient presque le même âge.

Mais depuis, ça me trotte dans la tête.

Vous en avez parlé à quelqu'un ? À votre grand-mère ? À personne.

Mais plus j'y pense, plus je crois qu'il était terrorisé, qu'il se sentait

menacé.

Oui. Le curé est là. Il est comment ? Vieux.

Il pue.

Le tabac.

Tu as fait comme je t'ai dit ? Oui, oui.

Pour vous, celui que vous appelez votre oncle craignait d'être tué ? En tout

cas, il envisageait un malheur, clairement.

Et vous parlez de ses amis ? Oui, ils les avaient tous perdus.

Et de ses ennemis ? En 50 ans de carrière, j'imagine qu'il s'en était

fait quelques-uns.

Oui, alors il les cachait bien.

Bien, merci.

On branche pas le micro en douce ?

Qu

'est-ce qu'il a bien pu lui dire ? Qu'est-ce qu'elle a bien pu lui dire,

elle ? Et là, je peux lire sur ses lèvres, « Ego te absolvo ».

Et là ? Il prie.

Non, là, t'as... Oui,

monsieur le procureur.

Non, je n'ai toujours pas de téléphone portable.

Oui, ça a ses inconvénients, mais aussi ses avantages. Je ne conduis pas non

plus.

Ils sont ensemble depuis une vingtaine de minutes.

Oui, vous serez le premier à informer.

Bien sûr, monsieur Procard.

Je

vous

demande pardon de vous avoir fait attendre.

Je suppose qu'on ne peut pas fumer ici.

Je vous en prie, asseyez-vous.

Je vous écoute.

et je dirais malheureusement la chronique, était que M.

Bertier-Lagès ne reçoive pas de sépulture chrétienne.

Il s'est suicidé.

Il voulait attendre les obsèques pour parler.

J'ai réussi à la rassurer sur ce qui lui tenait le plus à cœur.

L'Église ne refusera pas à M.

Bertier-Lagès sa bénédiction.

J'allais me coucher quand j'ai entendu le coup de feu.

Vous n'êtes pas si sourde que vous avez bien voulu nous le dire.

Je me suis précipitée dans le bureau et j'ai vu monsieur par terre, le visage en

sang. Et le pistolet ? Il était à côté de lui.

Qu'avez-vous fait ? Je suis allée chercher un miroir dans ma chambre pour

m'assurer qu'il ne respirait plus.

Ensuite ? J'ai pensé appeler la princesse. Mais vous ne l'avez pas fait.

Je lui ai dit que c'était un suicide, je ne pouvais pas.

Et j'ai imaginé la suite.

L'enterrement civile.

Et alors ? J'ai prié.

Après j'ai pris le pistolet et j'ai tiré.

En demandant pardon à monsieur.

Et au ciel.

Au bout de quatre coups, ça s'est arrêté. Ça ne fonctionnait plus.

Et puis j'ai vu ces choses qui brillaient sur le tapis. Les douilles ?

Je les ai ramassées.

J'ai pas dormi.

À l'aube, je me suis lavée.

Je me suis changée.

Je suis allée au pont de la Concorde.

J'ai attendu qu'il n'y ait personne.

Et j'ai tout jeté à la scène.

Va nous chercher de l'eau, s'il te plaît.

Pourquoi il s'est donné la mort ? Il y a trois mois, son médecin lui avait dit de

ne plus boire d'alcool.

Il aimait la boisson.

Il a arrêté, puis il a recommencé.

Il s'est mis à faire des cauchemars.

Il se plaignait de maux d'estomac.

Comment s'appelle son médecin ? Le docteur Urko.

Ton téléphone, s'il te plaît. Je vous donne le mien.

Ne vous battez pas.

Quel numéro ? 01 99 00 37 43.

Allô ? Bonjour, docteur. Ici le commissaire Maigret. Je voudrais vous

parler d'un de vos patients.

Exactement.

C'est un suicide, à ce qu'il semble.

Ça ne vous étonne pas ? Allô ? Vous m'entendez mieux, là ?

Le légiste dit qu'il n'avait rien. Ses organes étaient en bon état.

Vous le lui disiez aussi ? Il ne vous croyait pas.

Il a vu des confrères, et eux aussi.

J'ai compris, je vous remercie.

Non, je vous dis merci, docteur. Au revoir.

Un peu dur d'oreille, le docteur Urgot.

Berthier-Lageste s'était fourré dans la tête qu'il avait un cancer.

Il avait toujours été si fier de sa santé.

Ça a commencé avec la prostate.

Ça l'humiliait, de se relever la nuit.

Et puis tous ses amis mouraient les uns après les autres.

L'un d'eux, on s'est acharné à le faire durer trois ans, dans des souffrances

épouvantables. Il avait dit à son médecin, « Si vous ne me tuez pas, vous

êtes un assassin.

»

Je ne

supportais plus les patches de nicotine.

Vous devriez vous y mettre un de ces jours.

Y penserai.

Pensez-y avant d'être vieux.

Vous pouvez fumer, mais à condition d'ouvrir la fenêtre.

J'attendrai.

Allez, dites-moi tout.

Vous aurez mon rapport dans la journée.

Je vais faire reconduire Jacob de chez elle, ou plutôt chez le notaire, puisque

c'est aujourd'hui l'ouverture du testament.

Y a rien de plus déçu, paraît-il, qu'un homme qui parvient au comble de ses

voeux. Vous pensez que Berthier Lagesse, sur le point de réaliser son rêve,

aurait succombé à la déception ?

Cela a plutôt jeté dans une forme de terreur, si j'ai bien compris.

Se croire atteint d'une maladie incurable, c'est un symptôme de

dépression mélancolique.

Si vous le dites, je ne suis pas médecin.

N'offrir pour tout époux à la princesse qu'un infirme en fin de vie, ça a dû lui

paraître atroce. Mais pourquoi parler de déception ? Non, je rêvais les yeux

ouverts, je me demandais ce qui serait arrivé si Berthier Lagesse ne s'était

pas tué et s'il avait finalement épousé la princesse.

À moins que... Quoi ? Quelque chose vous chiffonne ?

C'est peut-être moi qui suis déçu.

T'es déjà là ? Oui.

Qu'est-ce que ça sent bon !

Est-ce que ce serait pas durable de la pain au bruneau ? J'espère que ça te va.

Mais quelle folie.

Moi j'ai suivi la recette.

Mais qu'est-ce qu'on boit avec ça ? On commence par quoi ? Parce que moi je

meurs de faim.

Tiens, c'est vous.

Bonjour. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? Mazeron n'est pas là.

Il est à une vente. Je le remplace.

Vous êtes à son service.

Vous voulez acheter quelque chose ? Je me demandais comment il s'en sortait, si

le testament l'avait favorisé ou non.

Bref, j'ai eu envie de faire un tour.

Joli, ça.

C'est un couvercle de clavecin, début du septième.

Évitez de toucher.

L'affaire est close.

Et les témoignages de l'abbé Gauche et du docteur Rourgaud ont été décisifs.

Tout reposait sur eux, au fond.

C'est votre médecin aussi, je crois.

Depuis quand ? Quelle importance ? C'est une belle histoire que vous nous avez

servi. Tout le monde l'a cru.

Même moi.

Mais je garde en mémoire les mots de Berthier Lagesque.

Julien, le petit-fils du prince, m'a rapporté.

On ne me laissera pas faire.

Bon, ce n'est pas une maladie.

Il devait s'agir de quelqu'un.

Comme vous le dites vous-même, l'affaire est close.

Vous n'avez pas voulu aller chez la princesse ou c'est elle qui n'a pas

voulu de vous ? C'est quoi votre rapport avec Mazron ?

Sa femme le disait cruel, mais avec vous, c'est comme l'idée qui doit filer

d'où.

Vous devez lui rappeler sa mère.

Ah, ça y est.

Oui, ça tombe.

J'espère qu'il n'arrivera rien à Mazeron. Ce n'est pas que je l'adore,

mais ce serait peut-être plus difficile pour vous cette fois.

Oui. Ça s'est bien passé ? Bon.

Alors, qu'est-ce qu'il a encore, votre estomac ? C'est peut-être cette salade

de pommes de terre.

Non, il n'y a personne.

C'est la pluie.

Personne n'est venu.

13 personnes.

Personne d'intéressant.

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