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Ils sont revenus ? Non, non.
C'est une de vos voitures ? En tout cas, ce n'est pas mon service.
Mais moi, je ne m'occupe pas des personnalités.
Ce qui est sûr, c'est que t'es suivi.
Peut-être que c'est service à lui.
Il doit y avoir une explication pourquoi il fait faire ça.
On ne peut pas dire qu'il prenne des précautions.
Pourquoi tu me fais ça ? Qu'est-ce que vous me voulez ? Ça a encore recommencé.
Depuis quand ? Depuis trois jours.
Tu en es sûr ? Ils sont là.
On arrive !
Qu
'est-ce qui te dit que c'est une voiture de la
sécurité ? Si elle n'en est pas, il faut prendre des mesures pour assurer ma
protection. Après tout, j'y ai droit.
Les numéros de celles qui m'ont suivi.
Va chercher Pavel.
Tu laisses tomber les camarades.
Tu ne comprends pas que si on s'en prend à moi, c'est toi aussi qu'ils visent. Et
eux, tous les anciens d'Espagne.
J'en ai assez.
Pourquoi ne pas me confronter avec Noel Field ? Ne prenez pas pour un imbécile.
Je sais très bien qu'il est emprisonné en Hongrie.
Oui.
qui est derrière tout ça.
On s'attaque particulièrement aux anciennes de la guerre d'Espagne, à ceux
qui étaient en France ou à Londres pendant l'occupation.
Tu crois pouvoir y échapper ? C'est pas parce que tu travailles à la Sûreté, tu
sais.
Leubel, Pablik, Fegel avaient aussi des postes importants.
Ils sont en prison.
Tiens, lui, le vice-ministre de la Sûreté, il se retrouve à l'école du
parti, comme élève.
Otto a aussi perdu sa place.
Aujourd'hui, c'est mon tour.
Et demain ? Le tour de qui ?
Ce sont des voitures de la sécurité ? Oui.
Alors, tu ne sais pas ce qui se passe dans ton service.
Il faut que tu contrôles d'où viennent ces ordres.
Parce que s'ils viennent de qui je pense, on prend garde, ça peut être
dangereux.
Ils ne le sont pas au courant ? Ils ne vont mieux pas.
Pourquoi pas ? Ça les concerne aussi, nous.
Vous êtes venus ensemble ? Non, par hasard.
Par hasard.
À une époque où on surveille tous les anciens d'Espagne, il n'y a plus de
hasard. Ça va avoir l'air d'une réunion d'anciens brigadistes.
Surveiller, surveiller.
Il y a des problèmes, c'est sûr.
Mais moi, personne ne me surveille.
Tu as perdu ton poste, non ? Sling est en prison.
Moi, à l'école du parti, on m'apprend la dialectique.
Le positif et le négatif.
L'aggravation de la lutte des classes à mesure que s'édifie le socialisme.
Quand on vit ce ministre, il est suivi.
Le chef de la sécurité n'est pas au courant.
Les condonniers sont toujours les plus mal chaussés.
Démissionne.
Quitte ton poste, fais ton autocritique à tout hasard.
On la refuse, ma démission.
De l'autre côté, je suis écarté de tout.
Tenez, tapez-moi tout ça pour la réunion du chef de département.
Mais la réunion a eu lieu ce matin.
Qu'est-ce que ça signifie ? Le ministre a dit que ta présence n'était pas
nécessaire aujourd'hui.
Et vous l'avez tous cru ?
Moi, Gérard, je ne crois plus rien.
Je me demande simplement jusqu'où ça va aller.
C'est quand même le parti qui décide. Tous les malentendus peuvent s'éclaircir
avec le parti.
C'est évident.
Sauf quand ça vient de plus haut.
Je pensais que c'était à cause de l'histoire Field.
Au secrétariat, ils disent que ça ne les concerne pas.
Et Bedrich m'a dit... Pour nous, l'affaire Field est réglée.
Le secrétaire général, je crois que ce rendez-vous est inutile.
Oui, c'est encore moins...
Gérard insiste. Il y attache beaucoup d'importance.
Oui.
Oui. Bon.
Il a beaucoup de travail en ce moment. Il te téléphonera pour te voir.
Sur le plan du parti, cette histoire est réglée.
Tu sais comment ils sont à la sûreté. Comme la situation est grave, ils en
remettent.
Tu as des amis là-bas.
Le responsable de la sûreté, par exemple.
Et le responsable de la sûreté est bien embêté.
D'autant plus que lui aussi a connu Noël Field.
Ah, on aura notre procéra et que nous aussi.
Mais non, non, les circonstances étaient différentes.
Elles sont les mêmes.
Chez nous aussi, on découvrira des espions, des traîtres, des titistes.
Tu as parlé à mon successeur ? Son nouveau ministre.
Oh, lui, il a l'air d'y croire.
Je sais que ton dossier prend des proportions inouïes.
On n'en a pas encore fini avec cette affaire.
Il y a ramifications partout, en Pologne.
En Allemagne. C'est lui que tu devrais revoir.
Allez, partons. On croira jamais que nous sommes réunis pour évoquer nos
souvenirs d'Espagne.
On se sent déjà un peu coupables, non ? Viens, oublie pas.
Les attendent toujours.
Je vais demander au ministre de te voir.
Dis-moi, j'ai ici Gérard qui veut te parler.
Il est très préoccupé.
Il vient de me voir demain matin.
Mais dis-lui que depuis l'affaire Field, il les collectionne, les emmerdements.
Mais il y a des dizaines de camarades qui étaient en rapport avec Noël Field
pendant l'occupation.
Le parti le sait très bien. Nous n'avons pas su déceler l'ennemi dans nos rangs.
La trahison et la mort sont inséparables de la révolution.
Nous savions pourtant.
C'est notre tour de connaître la trahison et la mort pour que la
révolution continue.
Ça, c'est l'important.
Qu'elle continue, même si nous sommes broyés.
Va le voir demain matin.
Qu'est-ce qu'il faut faire d'autre ? Rien.
Confiance dans le parti.
Allô ? Qui est-ce ? C'est toi, la Française ? Un de ces jours, ton mari
sera pendu.
Qu'est-ce que c'est ?
Rien, c'est une erreur
Qu'est-ce que vous voulez ?
Je veux voir un responsable du parti.
Taisez-vous, vous n'avez rien à demander.
Qui êtes-vous ? Je veux voir un responsable du parti. Taisez-vous !
Déshabillez-le.
mettez-le.
Factures, papiers divers.
Bouton de manchette.
Stylo. Bouton de manchette. Montre.
Tiglet. Enleve.
Portefeuille.
Portefeuille.
350 couronnes.
350 couronnes.
Écart du parti.
Deux cartes.
Des photos de famille.
Photos de famille.
Ah,
voilà la Française.
Prévenez ma famille.
Elle pensera que tu as fait une fugue.
Des Bondarex.
Pour 1200 couronnes.
des magasins spéciaux comme des diplomates étrangers.
Pendant qu'on se sacrifie pour construire le socialisme, monsieur
vivait comme un bourgeois.
Laisse ça ! Votre numéro de matricule est 3 225.
Ne l'oubliez pas.
Marchez !
Défense de vous
asseoir ! Défense de rester immobile ! Marchez !
Le parti a toujours raison. Il y a sûrement un malentendu quelque part et
la vérité éclatera.
Mais pour ça, il faut se soumettre aux règles, même si elles sont dures, ne
serait-ce que pour prouver sa bonne foi.
À chaque fois que tu
t'arrêteras, on te remettra les idées en place !
Marchez !
Marchez
!
Non, lui, il n'y a pas le droit.
Marchez !
Vous
avez vu Gérard cet après-midi ? Il n'est pas passé.
Est-ce que vous avez vu Gérard cet après-midi ? Ah, il est pas passé.
Ça va de ce qui est là ? Ah bon, merci, excusez-moi.
Perquisition. Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il y
a ? Ah non ! Là-haut, il y a des enfants qui dorment.
Qu'est-ce que ça signifie ? Madame, nous avons l'ordre de perquisitionner.
Moi,
j'ai une ligne directe avec le comité central.
Nous allons appeler le secrétaire général.
Nous verrons bien ce qu'il a à en dire.
Vous avez un mandat ? Pas besoin de mandat.
Je vous ai déjà dit, madame, que nous avons l'ordre de perquisitionner.
Moi, je vous dis que je ne vous laisserai pas perquisitionner sans un
mandat.
Allez, maman, monte te coucher.
Vous,
madame, vous restez là.
C'est mon fils aîné.
Il est né en prison, en France, à la requête.
C'était une prison à Paris. Et pourquoi vous avez été en prison ? Parce qu'en
1942, les Allemands mettaient les communistes en prison.
J'étais condamnée à mort, mais je n'ai pas été exécutée parce que j'étais
enceinte.
Vous avez été longtemps en prison ? Non, j'ai été déportée à Ravensbrück.
Mon fils est le plus jeune prisonnier politique de France.
Mon mari lui a été envoyé à Mauthausen, NN, Nuit Brouillard.
Vous connaissez ? Ça, ce sont des photos
de mon mari pendant la guerre d'Espagne.
Et puis en France, pendant la Résistance.
Je vous en prie, c'est ma fille.
Cachez ça.
Bonsoir, ma chérie.
Papa n'est pas là ? Il va arriver.
Ce sont des collègues du ministère.
Tu t'es bien amusée ? Ça s'est bien passé, ton dîner ? Oui.
Alors va vite te coucher, maintenant, parce qu'il est très tard.
Tu vas voir comment dorment les petits, hein.
Oui.
Prends bien un peu de café.
Un peu de café.
Non ! Vous vous conduisez comme les nazis.
J'ai pas vu le mandat.
Allez à votre travail comme d'habitude, c'est pas un mot de tout ça.
Je vais parler au ministre, s'il vous plaît.
Parlez au ministre à 5 heures du matin.
Après l'école, on passera au ministère.
Ils n'ont rien pris d'important, des lettres, des papiers personnels, des
photos, 15 ans de vie commune, des souvenirs d'Espagne, des lettres écrites
en prison.
Gérard ne garde aucun document officiel à la maison.
Sois sans crainte, on va arranger ça.
Tu as la ligne directe, tu peux toujours m'appeler.
Hier soir, il avait rendez-vous avec le docteur Dimer pour son insufflation.
Tu sais, avec son pneumothorax, il faut absolument que toutes les... Bien sûr,
on s'en occupera. Il est simplement isolé, comme je te le disais.
Pour toi et pour ta famille, rien n'est changé.
Le chauffeur et la voiture du ministère sont toujours à ta disposition.
Tu as vu le ministre ? Oui, mais Gérard n'est pas arrêté.
Il est simplement isolé avec quelques camarades, le temps d'éclaircir certains
problèmes. On a besoin de son aide.
C'est une affaire du parti.
Grave et confidentielle. Pas mieux si on laisse expliquer. Je connais le pire.
Si tu as besoin de quelque chose, je suis là.
Il m'a dit que rien n'était changé.
Maintenant, c'est moi qui m'occupe de vous.
Voici votre voiture.
Présentez vos demandes et plaintes.
Je veux voir un responsable du parti.
Présentez-vous.
Je suis le vice-ministre... Vous n'êtes rien du tout.
Gardez-vous.
Numéro matricule.
Matricule ! Vous êtes le 3 225. Nous reviendrons quand vous l'aurez appris.
Marchez !
Remettez ça.
Ne restez pas immobiles, marchez !
Vous êtes ici pour avouer vos crimes.
Vous devez tout avouer.
Avouer quoi ? Qui êtes-vous ? 1er février.
Avouez vos crimes ! Avouez qui vous êtes ! Je suis le vice-ministre des Affaires
étrangères. Vous n'êtes qu'un numéro ! Votre numéro ! Votre numéro ! Numéro 3
225.
Posez-moi des questions précises. Vous le savez très bien, mieux que personne.
Les hommes comme vous ont un nom.
Quel est votre nom ?
Au début, on cherche à aider le parti, l'aider à voir clair, voir clair en soi
-même et comprendre pourquoi on est là, quelle faute vous y a conduit.
On est tout disposé à faire sur notre critique.
à admettre des erreurs qui ont porté préjudice au parti.
Les années de lutte et de discipline, toute notre éducation, nous portaient à
croire que le parti ne se trompait jamais, que l'URSS a toujours raison.
Dans cette affaire, nous ne sommes pas seuls. Nous avons des conseillers.
Combien de fois avons-nous dit, tout fiers de cette humilité, qu'il valait
mieux se tromper avec le parti qu'avoir raison hors de lui ? Avouez ! Avouez vos
crimes ! Vous devez tout avouer ! Avouez vos crimes ! Posez-moi des questions
précises !
Mangez !
Assez
mangé, debout !
Vous ne continuerez pas à vous conduire en ennemis, vous obéirez aux ordres !
S'il vous plaît, il est deux heures de jour ou de nuit.
Vous êtes là pour une raison très grave.
C'est le parti qui a ordonné votre arrestation.
Nous sommes chargés de vous interroger.
C'est une affaire internationale d'espionnage et de trahison contre l
'Union soviétique et notre pays.
Votre devoir est d'aider à l'établissement de la vérité. Vous n
'êtes pas seul en cause.
D'autres personnes haut placées sont impliquées dans cette affaire.
Vous seul pouvez vous sauver.
Vous êtes depuis longtemps dans le parti.
Et je fais appel à vous pour aider l'Union soviétique et notre parti.
Avez-vous quelque chose à déclarer ? Je n'ai pas cessé de demander à être
entendu par le parti.
Pour éclaircir cette affaire, je suis prêt à répondre à toutes les questions.
Très bien.
Nous allons établir un procès verbal.
Mardi 4 février, je déclare.
Où et quand êtes-vous entré en relation avec les services américains dirigés par
l'Handels ? Comment avez-vous été recruté par l'espion américain Noel
Field ? Allez-vous collaborer avec d'autres espions américains dehors de
Noel Field ? Mais jamais, nulle part, par personne ! Qui êtes-vous ?
Cette affaire fera tomber des têtes.
Nous avons toutes les preuves.
Nous emploierons des méthodes dont vous n'avez pas idée.
Vous avouerez vos crimes.
Votre sort dépend de vous.
Ou vous optez pour des aveux cramplés pour essayer de vous racheter, ou vous
vous obstinez à rester dans la peau d'un ennemi de l'Union soviétique et du parti
jusqu'au pied de la potence.
Alors répondez aux questions.
Marchez.
Terminé.
Allez, marchez !
Vous pouvez dormir maintenant.
Sur le dos, position réglementaire.
Les bras devant.
Pensez à votre numéro de matricule ! Numéro de matricule ! 3
225. Vous pouvez dormir, maintenant !
Votre sale race, vous êtes tous pareils.
Les chambres à gaz n'ont pas fini le travail, mais nous le finirons.
Vous osez parler ainsi avec l'insigne du parti à la boutonnière.
Faites la leçon ! Un directeur ! Vous pensez tenir le parti, mais c'est fini !
Le parti vous rejette ! Vous êtes tous exclus ! Vous mentez ! Ce n'est pas
possible ! C'est contre les règles.
Les statuts du parti sont formels, là-dessus. Qu'est-ce que c'est, cette
conception petite bourgeoise de la démocratie dans le parti ? Vous savez
très bien que le comité central peut trancher dans des cas urgents.
Tenez vos cartes. La vôtre, celle de Vallès, celle de Zavotsky qui était chef
de la sécurité.
Nous connaissons vos activités criminelles en Espagne et en France. Et
cela grâce à nos commandes à conseiller.
Vous êtes exclu du parti.
Et les cartes qui nous manquent, nous irons les chercher.
Vous n'êtes pas le comité central.
Non, nous sommes au-dessus du comité central.
Notre tâche est de démasquer les traîtres infiltrés, même au comité
central.
C'est nous qui incarnons le pouvoir prolétarien.
Les amis qui vous protégeaient sont tous ici.
Et ils parlent.
Vous ferez comme eux.
Vous allez répondre aux questions de ces camarades.
Comme Zobotsky, qui a fait des aveux complets.
Il était chef de la sécurité.
Il savait très bien que la seule chance de sonner sa tête, c'est d'avouer !
Zobotsky ? Avouer ?
Mais avouez quoi ? Vous avez
assisté à une réunion clandestine la veille de votre arrestation.
Quelles décisions ont été prises ? C'est vous qui avez convoqué cette réunion ?
Oui, puisque vous étiez le chef du groupe trotskiste des brigades
internationales. Vous saviez démasquer, vous étiez aux avoirs.
Quelles décisions ont été prises ? Dans l'Espagne, vous avez donné libre cours à
vos objets en trotskiste.
Comment avez-vous organisé ce travail ? Ce travail, fractionnel de sabotage !
Vous avez connu Reich en Espagne ?
C'est lui qui nous a mis en contact avec les services d'espionnage américains ?
Reich a été démasqué, jugé et exécuté en Hongrie comme espion.
Vous comprenez ce qui vous attend ? Quels étaient vos rapports avec les
traitants polonais ? Pourquoi avez-vous protégé en Espagne le tétiste Dabsewicz
? Les autres avouent.
La seule chance de sauver votre tête, c'est d'avouer, comme eux, et d'aller
encore plus vite et plus loin qu'eux.
Puisque vous êtes le responsable, chez nous, la mauvaise herbe ne monte pas
jusqu'au ciel.
On n'a plus pas vent !
Il est connu en Espagne.
Donc c'est lui qui vous a mis en contact avec les Américains ! Bartosz aussi
était en Espagne avec vous.
Que savez-vous de lui ? Nous savons qu'il a déserté.
Jaurès était dans votre unité, vous vous souvenez ? Voici un rapport qui le
qualifie d'élément louche, avec des tendances oppositionnelles trotskistes.
Et c'est pareil avec toutes vos relations, ici comme à l'étranger.
Mes relations à l'étranger, c'était le Parti communiste français et italien.
D'où viennent ces rapports ?
Comprenez bien, nous savons tout dans cette affaire.
L'aide et l'expérience des camarades conseillers soviétiques nous ont permis
d'établir une image concrète des activités du réseau d'espionnage que
vous dirigez.
Voilà les avoués de Zavotsky. Il a tout avoué. Il décrit en détail les activités
criminelles de votre groupe trotskiste.
C'est faux.
Jamais Zavotsky n'a pu vous dire des choses pareilles.
Et ça, c'est pas sa signature ! Chacun des pays...
Ce n'est pas possible.
Non, ce n'est pas possible, pas à Marseille.
Si, c'est possible.
Mon activité pour les services américains à Marseille. Vous
reconnaissez son écriture, je suppose.
Zavotsky et les autres vous embernaient.
Vous ne vous êtes pas rendu compte à qui vous aviez affaire.
Pour prouver votre bonne foi.
Il faut dire tout ce que vous savez.
Vos aveux aideront le parti.
Mais avouez quoi que je fais de l'espionnage ? Vous avez une vision
transsubjective des choses.
Zabotsky, qui a été arrêté après toi, a avoué immédiatement. Et il continue,
parce qu'il sait que c'est la seule issue.
Mais tout est faux.
Le parti français et les organisations de la résistance sont des documents
officiels. Vous pouvez tout vérifier, toute mon activité.
Tu ne peux rien contre ces aveux.
Et d'autres commencent à avouer, dans le même sens.
Crois-moi, ici, tout le monde avoue.
Et comme tu étais leur chef, tu n'as pas une chance de t'en tirer.
Pense à ta famille, à ce qui peut lui arriver.
Tiens, écoute ça.
J'ai fait de l'espionnage pour le service des Américains dans le but de
renverser le régime.
Dans cette activité criminelle, j'ai été dirigé par... Regarde.
Écrit noir sur blanc.
Qu'est-ce que tu peux contre ça ? T'as soif ?
Un homme s'accuse des plus grands crimes et ajoute les avoir commis sur ton
ordre.
Devant d'un tribunal, qui croira-t-on ? Toi qui t'obstines à nier ? Ou lui qui s
'accuse ? Il n'a pas fini de parler, tu sais.
Puisque ce n'est pas vrai.
Ce qui compte, ce sont les aveux.
Pourquoi Zabotsky avoue-t-il des choses qui peuvent lui coûter la tête ? Parce
qu'il veut sauver sa vie.
Il sait qu'il n'y a qu'une chose à faire, avouer.
Je veux bien aider le parti à éclaircir cette affaire, mais je n'ai rien à vous
dire. C'est interdit de prononcer le nom du parti ! Et toi, je t'interdis de le
faire boire et de le tutoyer. Tu n'as pas affaire à un camarade, mais à un
traître. On est abandonnés du parti, de ses amis, de ses camarades.
Personne ne peut douter de ma culpabilité.
Moi-même, j'ai réagi comme ça au procès de Moscou et de Reich.
Quel communiste ne serait pas troublé ? Comment concevoir que le parti qu'il
place au-dessus de tout, qu'il pense infaillible, puisse faire avouer des
innocents ? Mais avouer quoi ? Pourquoi ? J'utiliserai toutes les méthodes pour
dévoiler au parti et au peuple votre trahison.
Zavotsky avoue qu'il connaissait vos relations avec les espions américains et
qu'il les a cachés parce que vous connaissiez les siennes avec la Gestapo
pendant l'occupation.
Votre ami Vallès avoue... avoir collaboré avec la police britannique.
Malgré votre origine juive, vous êtes sorti vivant des camps de concentration.
Pourquoi ? Parce que vous avez collaboré avec la Gestapo.
Le chef espion américain, Dolce, a pris une liste de la Gestapo.
C'est comme ça qu'ils vous ont recruté.
Marchez !
Chaque
jour, nous envoyons un rapport au parti sur la conduite des détenus et leur
attitude de coopération.
Numéro 3 225 présent. Plus fort ! Numéro 3 225 présent.
Qu'est-ce que vous avez fait ? Pourquoi vous êtes ici ? Je ne sais pas.
On m'empêche de dormir, ça pue.
Je n'ai pas mangé ni bu.
Je suis innocent.
Attendez.
On a donné des ordres pour vous.
Vous êtes un cas particulier.
Ne le dites à personne, je serai puni.
Je veux voir un responsable du parti.
Vous êtes en train de commettre un crime.
Depuis dix jours, je n'ai pas dormi, ni mangé, ni bu.
Je veux qu'un responsable me pose des questions précises et qu'on inscrive mes
réponses.
Vous n'avez pas dormi ni mangé ? Il faut que je vois ça.
C'est garder un enfant qu'à leur tête.
Ça y est !
Votre groupe est au complet.
Tous les anciens d'Espagne.
Chez nous, comme en Hongrie, en Pologne, en Allemagne. Toutes les brigades
internationales sont concernées par cette affaire.
Ce sont exactement les mêmes questions qu'on a posées à Reich pendant son
procès. Vous semblez avoir étudié ce procès.
Je vous comprends chacun des aveux de Reich.
Vous démasquez davantage vous et vos semblables.
Pourtant, vous n'avez pas hésité à prouver ce procès pour mieux vous
cacher.
Nous allons faire comme les Hongrois qui ont liquidé Reich et sa bande.
Voilà la résolution que je vous propose d'adopter pour condamner l'espion et
traître Laszlo Reich démasqué par nos camarades Hongrois.
Je demande à ceux qui sont d'accord de lever la main.
Il y a beaucoup d'anciens d'Espagne dans ce procès.
Il n'y avait pas que des bons comme nous en Espagne.
Au vu que l'arbre ne nous cache pas la forêt.
Bien, alors résumons-nous.
J'ai commis dans mon travail certaines fautes par manque de vigilance.
J'ai eu des contacts avec Honovan, Vazella, Pavlik
et Peck.
Tous déjà condamnés pour leur liaison avec l'espion Phil.
Non, Vassela n'a pas été condamnée.
Elle s'est suicidée pendant l'instruction.
Ah, alors ? Vassela, j'ai accepté pour mon travail clandestin du parti d'argent
des impérialistes américains.
C'est signé.
C'est pas mieux comme ça, non ? Vous pouvez aller dormir, maintenant.
J'étais inconscient. Je résilie ma signature.
Elle m'a été extorquée par une contrainte physique.
Quoi ? Oui, par une contrainte physique.
Est-ce que vous pensez que ce procès verbal est un aveu ? Il n'a même pas la
valeur de nos autres critiques, mais voilà rien à foutre.
Vous verrez bien ce que vous allez finir par signer.
Allez, on reprend tout depuis le début.
Faut qu'il parle, sinon on liquide cette affaire. Et lui, arrête.
Allez-y.
Votre vie d'abord.
Marchez.
depuis le début.
Vous êtes né ? Vous êtes né ?
Je suis né le 1er février 1915 à Ostrava.
Mon père était en comité de chemin de fer.
Pourquoi vous appelez-t-on Gérard et non pas par votre vrai nom ? C'était mon
pseudonyme dans la résistance française.
Pour la résistance, vous la faites dans un pays étranger.
Vous êtes communiste et juif. La Gestapo vous a eus et vous vous en êtes sorti.
C'est louche tout ça.
Continuez. Mon fils est né en prison.
Il s'appelle Gérard parce que sa mère, qui ne savait pas si on se reverrait,
lui a donné mon nom.
N'essayez pas de me faire pleurer.
Continuez.
Mon père était le cinquième des huit enfants d'un employé des chemins de fer
en Moravie.
Il tend de la monarchie austro-hongroise, puis il a été en
Suisse.
Et au début du siècle, il s'embarque pour l'Amérique.
Il apprit très vite l'anglais.
Il pouvait réciter par cœur des poèmes de Whitman, des pages de Payne ou de
Jefferson.
À New York, il a connu ma mère et migré elle aussi.
Ils sont revenus au pays ensemble.
Pendant la guerre de 1914, il était brancardier.
Au contact des prisonniers russes, Il se familiarise avec des éléments
bolcheviques.
C'est lui qui me parla en premier de Rosa Luxembourg, des Spartakistes, de
Lénine, de la commune de Canton.
C'est lui qui me faisait lire Heinrich Heine.
C'est mon père qui m'a montré le chemin de la jeunesse communiste.
En 30...
On a voulu faire sauter la préfecture d'Ostrava.
Comment, comment ? Vous l'avez fait sauter ou pas, cette préfecture ? La
nuit dernière, vous avez raconté le contraire à mon collègue.
Mais non, nous avions 15 ans.
Nous voulions accomplir une action d'éclat, alors on a rêvé de faire sauter
la préfecture.
Comment rêver ? À moi, ce matin, vous m'avez encore raconté le contraire.
Vous avez trois versions, alors.
Une pour le matin, une pour l'après-midi, une pour la nuit.
Bon, alors recommencez tout depuis le début.
pour voir si vous n'en avez pas une quatrième.
Je vous écoute.
Je suis né à Ostrava, le 11 février.
Vous dites que votre ami Wagner a disparu à Moscou en 1935, avant votre
départ pour l'Espagne, avant que hier vous affirmiez que vous ne saviez pas ce
qu'il est devenu.
Quelle version croire ? Recommencez.
J'ai connu Wagner à Moscou.
Il est revenu de Chine... Non ! Recommencez dès le début.
Vous êtes né...
Vous disiez que votre père vous faisait lire Heinrich Heine.
Et quoi encore ? Heinrich Heine.
C'est mon père qui me montra le chemin de la jeunesse communiste.
L'affaire Zacco-Vanzetti le passionnait et je défilais avec lui dans les rues d
'Ostrava.
Il respectait le courage physique de Bakounine.
Il y avait de la considération pour Kropotkine, dont il connaissait tous les
écrits.
Mais il ne partageait pas l'idéologie fondamentale des anarchistes.
Depuis longtemps membre de la gauche socialiste, il était un des fondateurs
du parti communiste dans sa ville.
Pourricoté par la bonne société et par la communauté juive,
qu'il est considéré comme un traître parce qu'il était athée et militant d
'organisations antireligieuses.
Il trouvait difficilement du travail.
Sa famille ne l'était pas non plus, sauf l'oncle Zygmunt, qui ne manquait pas de
lui faire la morale.
J'ai eu mon père pour la dernière fois.
Il était 35 à Moscou.
Il avait beaucoup vieilli.
Il s'était organisé pour venir dans un voyage, en voyage avec
des gens qui étaient avec lui.
Il voulait voir et connaître ma femme.
Il s'intéressait à tout.
Il posait parfois des questions auxquelles je ne savais que répondre.
Auxquelles je ne savais que répondre.
Tout ne lui avait pas plu à Moscou.
Il y avait des choses qu'il ne comprenait pas.
Mais il avait accompli son rêve.
Voir la place rouge et Lénine dans son mausolée.
Quand il est parti, il était triste.
Il demandait quand nous reverrions-nous.
Ni lui, ni maman, ni mon frère Jean, ni ma soeur Juliette,
morts en déportation.
Nous sommes dans un bureau de 4 mètres sur 5, avec une armoire grise,
verte, et une machine à écrire, un verre à bière vide.
Une tasse de café.
Du pain.
Allez,
fous le camp, toi ! On en reparlera.
Bon, revenez. Finissons-en.
Espèce de salaud, bandit trotskiste.
C'est à Moscou que tu as déjà commencé ton sale boulot.
Allez.
Ils vont me pendre.
Qu'ils parlent, sinon on les dit ! Ils vont me faire disparaître comme Wagner à
Moscou. On m'a retiré ma carte du parti. Ils disent que je suis trotskiste.
On dirait que je me suis suicidé parce que j'avais trop de choses à me
reprocher. Il s'est suicidé.
Il n'a pas eu le courage de reconnaître ses crimes.
Vous avez de la chance, mais vous finirez tout de même sur la potence.
Votre peuple sera vengé.
Si les ordres viennent de qui je pense, en garde, ça serait très dangereux.
Pour le moment, nos camarades conseillers vous préfèrent vivants pour
le procès.
On nous demande d'octroyer aux conseillers soviétiques auprès de la
sécurité le statut et les avantages réservés au corps diplomatique.
Mais ce sont des policiers, pas des diplomates.
Profitons de leur expérience des procès de Moscou.
La présence des conseillers nous semblait naturelle.
Elle découlait du principe de l'aide technique et économique de l'URSS au
pays socialiste.
Le procès aura lieu au mois d'août. J'ai cinq mois pour vous faire avouer.
A Moscou, Radek avait tenu trois mois. C'est un record.
Alors vous voyez, j'ai de la marge. Des camarades disparaissent toutes les
nuits. Il paraît qu'on prépare un grand procès.
Votre intérêt, c'est d'avouer au plus vite, sinon vous serez jugé à mi-clos.
Et j'aurai 20 témoins à charge pour vous faire pendre. Ils m'ont encore fait
rédiger ma biographie. Ils ont trouvé une différence de détail. Une vieille
histoire que j'avais oubliée.
Avouez ! Avouez que vous êtes trotskistes ! Avouez-le ! À Moscou, en
36, vous étiez des gens en rapport avec des espions trotskistes.
C'est pour éviter d'être démasqués que vous êtes partis en Espagne.
Wagner était au Comintern depuis des années.
Il est venu me voir dans la chambre de mon hôtel, rue Gorky. À cause de cet
oubli, ils ont épluché toutes mes biographies. Ils m'ont tout pris. Mes
papiers, ma carte du parti, mon travail, l'hôtel.
C'est pas possible, Staline doit pas être au courant.
Staline doit pas être au courant.
Ça y est, chef, il commence à avouer.
Regardez la belle formulation que j'ai ici. Il commence à avouer.
Une phrase me hantait.
L'individu, dans son angoisse, non pas d'être coupable, mais de passer pour l
'être, devient coupable. Regardez la belle formulation que j'ai ici.
Voilà ce que j'ai à dire sur l'activité du groupe Trotskist, des anciens
volontaires des brigades.
À partir de ça, on peut travailler.
C'est votre ami Tonda.
C'est quand même le parti qui décide. Tous les malentendus peuvent s'éclaircir
avec le parti.
Grand trotskiste ! Votre ami parle ! Plus de trois semaines sans sommeil,
sans nourriture pratiquement.
Parle-lui ! Il a tout avoué ! Ce n'est pas signé. C'est le double !
C'est bien, mais comme nos amis l'ont décidé, il faut arriver à la formulation
« organisation d'espionnage trotskiste ». C'est ça qu'il doit signer.
Vous le signerez aussi.
puisque vous êtes leur chef.
Les camarades du parti vous en empêcheront. Qu'est-ce que vous avez
fait quand nous disparaissions par milliers ? Il est impossible de
pensarlo, el partido.
Il déménage complètement ? A ma place, qu'est-ce que vous feriez ?
Avouez ! Mais avouez quoi ? Que j'ai fait de l'espionnage ? A
ma place, qu'est-ce que tu ferais, Gérard ?
Et ça, il est tabou.
Stali nous a enseigné que l'homme est le capital le plus précieux.
Quand l'homme se noie, il faut l'aider à sortir de l'ombre.
Laisse-le. J'ai entendu ce mot-là qui disait « laissez-le » en le reprenant
dans un instant.
On m'a laissé par terre et j'ai eu une vision merveilleuse.
Je suis à Monte Carlo où je n'étais jamais allé, sur une plage très belle.
Alors la première chose que j'ai faite quand je suis arrivé en France, c'est
venir ici pour connaître ce paysage.
En plus, les médecins me conseillent le climat.
Pour mes poumons.
Il faut raconter, Gérard.
Raconter quoi ? Tout ça.
Il faut parler, le faire savoir.
À qui ? Écrire un livre.
Si vous voulez, je connais des éditeurs.
Écrire pour qui ? Pour nous.
Les communistes ne sont pas préparés à comprendre cette vérité.
Ils diront qu'il faut laver son linge sale en famille, que je fais le jeu de l
'ennemi. Certains diront même plus.
qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Vous voyez bien qu'il n'avait pas l'esprit de
parti.
C'est trop tôt, objectivement.
Quand même.
Je crois que tu dois écrire ce livre. Les gens qui ont fait ces procès sont
encore au pouvoir. Ils n'admettront jamais la publication de ce genre de
témoignages. Tu publies ici, en français ? Non, non, d'abord là-bas.
Un tel livre doit jaillir de l'évolution même de la situation.
En somme, on ferme sa gueule.
Les gens, je n'ai pas de compte personnel à régler. C'est un problème d
'ensemble. Précisément.
Et les autres, tous ceux qui sont morts, qui est-ce qui va parler à leur place ?
Et à la nôtre ? Qui a parlé à notre place en 1952 ? Toi, peut-être ?
Tu te souviens de ce que vous disiez lors du procès ? Nous n'étions que des
chiens enragés, des espions titistes, cosmopolites, bandits trotskistes. Toute
mon activité en France, le parti la connaissait bien pourtant.
Mais personne n'a parlé.
Qu'est-ce que tu as fait, toi ? Rien.
Pourquoi ? Parce que j'aurais été exclu du parti.
C'est trop facile, mais toi ? Toi, tu les croyais coupables ou non ? En fait,
on manquait d'informations.
On a su tout ça après le 20e congrès, en 1956.
Mais pas besoin d'attendre le 20e congrès, il suffisait de lire la presse
bourgeoise, comme vous dites, pour apprendre que ces procès étaient
fabriqués. Mais vous, vous viviez dans un univers clos, à l'univers de valeurs
religieuses, hors du parti point de salut.
Seulement moi, excusez-moi, mais votre histoire ne m'apprend rien d'essentiel,
sauf les détails, le mécanisme de cet enfer.
Mais son existence était connue.
Un sénateur devenu célèbre depuis... Écrivait à l'époque, les procès de
Prague nous rappellent que l'enfer a sa logique. Le même a trouvé d'aussi belles
phrases pour justifier les gardiens d'Auchine.
Et plus tard, celle d'Algérie, qui après tout a fait à peu près un million de
morts au total. Bon, bon, mais tout cela explique le comment, mais le pourquoi.
Staline a fait éliminer les meilleurs, les plus brillants.
Staline, qui n'était pas tout seul, était un ancien séminariste.
La confession publique, l'humiliation du pêcheur.
Et puis il était infaillible.
En 1949, c'est la guerre froide.
Les régimes de démocratie populaire ne sont pas solides.
Ils sont issus de la victoire militaire soviétique et non pas d'une vraie
révolution. Il y a de graves problèmes économiques et sociaux.
Staline n'aime pas les pouvoirs socialistes indépendants. Il se méfie de
Tito qui refuse d'imiter aveuglément le modèle russe de socialisme.
Alors Tito est proclamé agent de l'impérialisme et Titiste devient
synonyme d'espion.
On avait fait la même chose avant avec le mot trotskiste.
Et alors ? Alors, après le procès Reich en Hongrie, la direction du parti a
accepté l'envoi du conseiller soviétique.
Je considère ça comme une preuve de confiance.
Vous constituez un groupe de travail spécifique sous la direction de nos
camarades conseillers.
Nous n'aurons de comptes à rendre qu'à eux, au président de la République et au
secrétaire général du parti.
Aucune instance du parti n'est habilité pour contrôler cette activité.
Un mois après, j'ai été transféré de nouveau.
C'était vers la fin du mois de février.
Non, ces voitures-là sont plus modernes.
En 1951, c'était la Tatraplane, celle qui avait un aileron à l'arrière.
Le fait de me retrouver dans une prison normale me redonne de l'espoir.
Vous pouvez vous coucher.
Si vous pouviez vous voir, vous auriez peur.
Nous sommes le 6 mars.
Ça fait 35 jours que vous refusez de collaborer avec nous.
Le parti est informé tous les jours sur votre attitude négative.
Nous allons reprendre depuis le début.
Je veux bien répondre à condition que le procès... Quelle condition ? Vous jouez
avec votre tête ! Vous n'avez qu'une possibilité.
Tout avouer sur vous-même et sur les autres.
Emmenez-le.
Et préparez-vous l'interrogatoire.
Vous avez droit à quatre heures de sommeil.
Enlevez votre treillis.
Et position réglementaire.
Vous devez admettre votre culpabilité.
En tant que vieux membre discipliné du parti, vous devez vous soumettre à son
jugement. Si je suis un espion trotskiste, pourquoi faire appel à mes
sentiments de communiste discipliné ? Et si je suis un bon communiste, qu'est-ce
que je fais ici ? Mon commandant, au téléphone.
Surveille-le.
C'est lui dans le couloir.
Comme il doit être fatigué.
Il a la peau dure, mais son sort est réglé.
Et moi ? Quel sera mon sort ? On vous enverra travailler quatre ou cinq ans
dans une ferme d'État.
Le temps d'oublier toute cette affaire.
Jabotsky a été exécuté en 1954, après tous les autres.
Nous avons reçu une lettre de votre femme.
Bien sûr, il n'est pas facile d'entretenir une famille, mais avec l
'aide du parti, j'en viendrai à bout.
Elle n'a pas mauvais esprit, elle.
D'ailleurs, elle vous a renié.
Quoi, ça vous étonne ? C'est pas la première fois.
Il y a deux ans déjà, elle était la maîtresse d'un de vos amis. D'ailleurs,
il est ici, il a roué.
Je t'en prie !
Si elle s'appuyait sur votre épaule, c'est que vous aviez des relations
intimes avec elle.
Réponse ? Mais non, pas intime, très amicale.
Question ? Oui ou non, s'appuyait-elle sur votre épaule ? Réponse ? Oui.
Donc, ça prouve que vos relations étaient intimes. C'est le mot juste dans
le dictionnaire.
Réponse ? Bon, allez-y pour intime.
Elle a fini par avouer qu'elle était sa maîtresse.
Quel salaud qui a inventé ça.
Deminez !
Pour Gérard, il faut m'envoyer tous les documents. Je vais les voir en tout le
monde.
Alors,
qu'est-ce qui se passe avec mon mari ? Tu écris beaucoup trop de lettres.
Tu crois que les camarades n'ont que ça à faire ? Tu lis ? Enfin, le secrétariat
m'a chargé de te recevoir.
Tu veux quoi ? Savoir ce qui lui est arrivé.
Depuis deux mois.
Il semble terriblement compromis.
Tout ça le concerne.
Enfin, il est arrêté, oui ou non ? Si oui, j'ai le droit de le savoir.
Et de savoir pourquoi.
Je suis sa femme et je suis membre du parti. Il n'y a pas d'inculpation contre
lui.
Mais il émet un tas d'affaires louches, il faut les éclaircir.
La vie de Gérard est toute claire, je le sais, je la partage depuis 16 ans. Tu ne
sais rien du tout, la vie d'un militant semble claire et puis un jour on
découvre quelque chose et ça devient un trouble.
Pas celle de Gérard.
Parce que tu l'aimes.
Il y a toujours eu des traîtres, des agents provocateurs, des flics dans le
mouvement ouvrier. Et ce ne sont jamais leurs femmes qui les ont découverts.
En 1941, dans ton parti, vous avez bien été obligé de descendre le
secrétaire à l'organisation ? Tu veux parler de Giton ? Giton ?
Il était indicateur de la police depuis des années.
Le secrétaire...
à l'organisation.
Ces derniers temps, ils n'étaient pas un peu bizarres ? Enfin, ils te
délaissaient et rentraient des heures indues.
C'est pour sa vie privée que le parti l'a fait arrêter ? Enfin, isolé, pour
lui faire la morale ? Je t'ai déjà dit qu'il n'est pas inculpé.
Toi, tu devrais repartir pour la France avec ta famille.
Ah, c'est ça, je devrais être moi la première à le condamner.
Mais pourquoi je le crois, moi, coupable ? Faudrait qu'il me le dise lui-même.
La vie va être difficile pour toi.
J'ai la tâche pénible de t'informer que tu dois quitter ton service à la radio.
Mais pourquoi ? La direction vient justement de me désigner comme la
meilleure journaliste des émissions en français. N'est pas la question.
Tu ne peux plus travailler dans un service officiel.
Mais tu as l'usine.
C'est une punition, l'usine ? Eh bien, voilà. Vous avez une appréciation plutôt
vexante pour la classe ouvrière dans un pays où elle est au pouvoir.
Ce n'est pas moi qui décide.
En Union soviétique, c'est ainsi que se règle de tels cas.
Maman, vous déménagez. J'ai essayé de les arrêter, mais je n'ai pas réussi.
Qu'est-ce que vous faites ? Tiens, papa, ton journal.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Ordre du ministre, il faut libérer la villa.
Il y aura un autre logement pour vous. Et où ça ? Voilà, c'est là.
Ça aurait pu être pire.
Les enfants, tu pourrais les installer ici.
Qui est cette dame ? C'est une amie.
Son frère est avec papa et nous allons travailler ensemble.
Son frère est en prison comme papa ? Mais qu'est-ce qu'il t'a dit, ça ? À l
'école, tout le monde le dit.
Vous êtes Londonova ? Oui.
Vous connaissez mon mari ? J'en ai entendu parler, oui, des copains qui
étaient avec lui.
Eh ben voilà, je...
Je cherche du travail et c'est même assez pressé.
Je sais rien faire.
Ça ne fait rien, on vous apprendra.
Et vous ? J'ai trouvé une place à Autorinova.
C'est très bien, c'est juste à côté, vous serez voisine.
Si vous le désirez, vous pourrez commencer à la fin du mois.
Ah oui, très bien.
Merci.
On aimerait être ensemble.
Enfin, si c'était possible.
Bon, on essaiera d'arranger ça.
Je vous ai fait fuir, ceux-là. Mais si, mais si.
Je suis habituée de ça, ça m'arrive tout le temps.
T'as vu ? Ils ont arrêté le secrétaire général du parti.
Je me demande jusqu'où ils vont aller.
J'avais écrit, moi, pour Gérard.
Il a jamais voulu me voir.
C'est fini, maintenant.
Avec cette arrestation, tout devient clair.
Qu'est-ce qu'ils en disent à ton journal ? On dit qu'il est responsable de toutes
les arrestations.
Comme de l'arrestation de Gérard.
Pour cacher sa politique économique néfaste, il a déclenché une purge parmi
les responsables qui le désapprouvaient.
J'en connais un bout.
Si tu savais comme ils m'ont persécuté, tu vas voir.
Gérard va être libéré bientôt.
Il était rédacteur en chef du journal du parti.
Quelques semaines plus tard, il a été arrêté à son tour.
Il a avoué et il est devenu l'un des 14 accusés du centre de conspiration contre
l'État.
Condamné. Et exécuté.
Tiens, le voilà.
Je te souhaite bien du plaisir.
C
'est
beau.
Suis-moi.
Depuis six mois, vous avez usé une bonne douzaine de référents.
Même des commandants.
Vous avez fini par l'excéder.
Ne vous en faites pas, ça ne fait rien.
Nous allons tout reprendre depuis le début.
Nous avons encore beaucoup de référents et surtout, beaucoup de temps.
Le temps qu'il faut pour vous faire tout avouer.
Un an, s'il le faut davantage.
J'ai cinq mois pour vous faire avouer.
Alors vous voyez, je ne suis pas pressé.
Vous ne vous doutez pas du carousel qui vous attend.
Vous faites ça.
Levez-vous, s'il vous plaît.
Marchez.
Marchez.
J'apprendrai plus tard que Kohoutek avait été sous l'Ancien Régime et sous l
'occupation nazie commissaire de police chargé de la répression anticommuniste.
J'ai établi des contacts avec Noël Field à Genève en 1947.
Signez ça.
Je vous en prie. Mais le parti sait ça très bien. J'ai fait un rapport là
-dessus.
Eh bien, tant mieux.
Signez.
Le parti sait ça très bien.
Pour ces contacts, Noël Field m'a remis
la...
Somme, il vous a remis combien ? Non, non, non, non, pas pour ces contacts.
C'est pendant ces contacts.
C'était pour payer les frais de sonatorium.
Le parti était tout courant, il m'autorisait.
Qui veut-il le contraire ? Ainsi, il vous a remis des marchands. Oui.
Combien ? Je ne sais plus, il y a cinq ans.
Marché. Mais c'était pas pour ces contacts qu'il m'a remis de l'argent.
C'était pour soigner mes poumons malades après les clans nazis.
Vous savez très bien que les services de Field aidaient les déportés.
Continuez.
Nous disions qu'un autre fils vous a donné de l'argent.
Combien à peu près ? Moins de 300 francs suisses ou davantage ? Davantage.
Combien ? Deux ou trois fois plus.
Face au mur. Mettons 800 francs, ça vous va ? Bon, voilà un fait établi.
Moi, ce sont les faits qui m'intéressent.
En 1947... Approchez, approchez-vous.
Notre fils m'a remis la somme de 803...
Suisse. Voilà.
Voulez-vous vous signer ? Mais le parti sait ça très bien. Je vous en prie.
Zonic a été condamné à mort au cours du procès Reich.
Il avait touché 300 francs.
Mais moi, c'était pour... Vous aurez des sanatoriums, je sais.
Personne n'a dit le contraire.
En 1947, durant mon séjour en Suisse, j'ai pris contact avec l'espion
américain Noel Field.
Vous devez signer ça.
Non. En 1947, je ne savais pas que Noel Field était un espion.
Noel Field est-il un espion américain ? Oui.
Le procès du traître Reich a bien établi que Noel Field était un espion américain
? Oui.
Dans cette résolution votée par une assemblée du parti, vous condamnez le
traître Reich après son procès.
Vous avez signé cette résolution ? Oui.
C'était donc une manœuvre pour cacher... Pas du tout.
Le procès Reich a bien établi que Field était un espion en 1947.
Oui, mais en 1947, nous ne savions pas que Noël Field était un espion.
Disons qu'en 1947, vous êtes entré en rapport avec l'espion américain,
démasqué en 1949.
Oui. Eh bien, dites-le.
En 1947, pendant mon séjour en Suisse, j'ai pris contact avec l'espion
américain Noel Field. Oui, mais je ne pouvais pas savoir en 1947 ce qu'on
découvrirait en 1949.
Personne ne pouvait prévoir que Noel Field était l'espion en 1947.
Maintenant, monsieur, chaque fait doit être apprécié objectivement. Plus tard,
on appréciera les côtés subjectifs.
Noel Field était un espion américain.
Vous avez pris contact avec lui.
Je suis entré en contact avec lui parce que... Quel contact, monsieur ? En
contact avec lui parce que... D'espionnage.
Des contacts d'espionnage. Mais pas du tout ! Appelez les choses par leur nom.
Mais pas du tout !
J'étais malade, sans ressources, alors je suis entré en contact avec Field
parce qu'il dirigeait à Genève un centre d'aide aux réfugiés. Je ne suis pas une
assistante sociale, monsieur.
Comment avez-vous établi des contacts d'espionnage avec Noël Field ? Ce n
'étaient pas des contacts d'espionnage.
Vous avez signé ici.
En 1947, durant mon séjour en Suisse, j'ai pris contact avec l'espion
américain Noël Field.
En 1947, durant mon séjour en Suisse, Noël Field m'a remis la somme de 800
francs suisses.
Rapprochez ces deux faits.
Mais j'ai été tourné... Pourquoi un espion américain paierait-il le
sanatorium à un dirigeant communiste ? Nous énumérons simplement les faits.
Je vous le répète,
les aspects subjectifs... seront abordés dans une phase ultérieure.
Voilà.
En 1947, j'ai pris contact avec Noel Field.
Puisque Noel Field est un espion américain, j'ai résumé la chose de la
façon la plus favorable pour vous.
Et que j'étais en contact avec lui, je suis objectivement coupable des contacts
d'espionnage.
Pendant cette période, Noel Field m'a remis la somme de 800 francs suisses.
Voilà. Si vous voulez signer, vous voyez, j'ai écarté toute appréciation
subjective.
Oh, pardon.
Le C, c'est pour la traduction.
Merci.
Voilà.
Pour les camarades, conseiller.
Ah, j'ai oublié.
J'ai une lettre de votre femme pour vous.
Après, vous irez dormir un peu.
Position réglementaire.
Asseyez-vous.
Le chef a oublié de vous faire signer ce petit complément.
Puisque les anciens volontaires des brigades internationales reconnaissent
être des trotskistes et des traîtres, Le fait d'avoir été leur responsable me met
sur le même plan qu'eux objectivement.
Signez.
Après, si vous voulez, vous pourrez écrire à votre famille.
Dans les jeunesses communistes, j'avais déjà travaillé sous la direction de
Mirkowski, donc le passé protiste.
Et bien connu.
Je ne lui ai jamais dit ça.
Vous n'avez pas travaillé avec Smirkovski ? Si, mais je n'ai jamais dit
qu'il était trotskiste.
Ça, il l'a dit lui-même.
Vous connaissez sa signature ? Eh bien, c'est la sienne.
Vous ne faites que confirmer ses aveux.
Avec les camarades conseillers, nous sommes convaincus que vous étiez
trotskiste avant d'aller en Espagne.
D'où sortez-vous ça ? Il faut taper ça.
En 1936, vous avez hébergé dans votre hôtel à Moscou un certain Wagner,
élément trotskiste, chassé du parti.
Vous parliez, vous mettiez des doutes sur les Français de Moscou.
Je dois inclure quelque chose sur cette question.
Approchez-vous.
Déjà, à Moscou, j'habitais dans un hôtel où ont été arrêtés beaucoup de totskars.
Il va être content, le président de la République et le secrétaire général du
parti.
Ils ont habité le même hôtel, eux aussi.
Précisément. Le secrétaire général, l'ex-secrétaire général du parti, est
ici.
Ne vous faites pas d'illusions.
Ça ne vous disculpe pas.
Au contraire...
Ça prouve que vous avez placé tous à des postes importants en vue de prendre le
pouvoir au profit des impérialistes américains.
Ça, c'est vous qui le dites ? Non, c'est lui qui le dira.
Et vous confirmerez ses dires.
Il a déjà commencé, d'ailleurs.
Je ne signerai jamais rien de pareil.
Si, vous signerez.
Comme les autres.
Voyez-vous que les partis fassent arrêter son secrétaire général à la
légère ?
Le secrétaire général répondait beaucoup avec les Britanniques.
Leur correspondance passait par la valise diplomatique, donc pas vos
services.
Combien de lettres ? Giliacus s'occupait du mouvement de la paix. Giliacus était
un agent de l'intelligent service.
Bon, ajoute.
Je déclare avoir reçu et transmis combien de lettres ? Quatre, cinq ? Non,
deux.
Je vais à la traduction, vous souviendrez ça après.
Remettez ça ! Et marchez ! Marchez !
C'est traduit ? Maintenant, vous pouvez signer.
Voilà.
Après, vous irez dormir.
Pourquoi ? C'est pas la même.
Attendez, je vais le lire.
Lisez le double.
Mais non, ce n'est pas la même chose.
Mais si, mais si, vous êtes fatigué.
Non, on n'a pas tapé de double. Mais si.
Vous pouvez aller dormir.
Il résulte d'un certain procès-verbeau que vous avez signé, et plusieurs
témoignages le confirment, que vous avez livré à la Gestapo.
le comité central clandestin, et provoquer ainsi l'exécution de Fouchik
indirectement. Des témoignages ? Qu'est-ce que c'est encore que cette
saloperie ? Nous devons synthétiser tout ce matériel.
Vous avez signé, j'ai organisé le retour de Kleikan après lui avoir procuré en
France de faux papiers.
Vous affirmez que Kleikan était dans votre groupe trotskiste en Espagne et
ici vous vous reconnaissez responsable de ces trotskistes.
J'avais reçu des instructions... Restez assis.
J'avais reçu des instructions.
Clécan est interné en France.
Nous l'avons fait sortir de prison. Nous lui avons procuré des faux papiers
nécessaires pour rentrer au pays. Et c'est Clécan qui a livré à la Gestapo,
Gucci et le comité central clandestin.
Clécan n'a pas allé sous la torture. Comment savez-vous que vous y étiez ? On
a dit. Ça n'est pas prouvé. Par contre, des personnes de votre groupe, Hot List,
témoignent de vous avoir entendu donner l'ordre à Clécan de livrer le comité
central à la Gestapo.
Mais Clécan... Pourquoi discuter ? Nous avons des témoignages. C'est l'histoire
du comité central clandestin ?
M. Tourbien a mis ça dans les procès-verbales, il l'a déjà signé.
Voilà, j'ai un gelé.
En Espagne, j'avais davantage d'estime pour les dirigeants d'anarchie que pour
ceux du parti.
Non, je ne signerai pas ça.
En Espagne, j'avais de l'admiration pour des dirigeants comme l'impassionnariat d
'Uruti.
Marchez.
On vous a dit de marcher.
Ça fait plusieurs jours qu'on vit avec ces histoires.
J'ai même retenté mon départ.
Vous abandonnez votre activité anarchiste pendant votre jeunesse ? Je n
'ai jamais eu d'activité anarchiste.
Vous avez voulu dynamiter une préfecture.
Mais j'avais 15 ans.
C'est l'âge où les tendances se cristallisent.
C'est d'ailleurs purement formel. Les menottes. On ne peut pas vous juger sur
cette base.
Ce ne sont que des procès verbaux administratifs.
Le parti peut vous faire condamner à une peine très sévère avec peu de matériel
ou à une petite peine avec beaucoup de matériel.
Votre seule chance, c'est de vous en remettre entièrement au parti.
Voilà.
Ça me permet de prendre mes vacances.
Je ne les ai pas volées.
Albas était au quartier général des brigades internationales. J'ai connu le
titiste Dabchevitch.
Non. Je résume vos déclarations précédentes. Non, j'ai déclaré avoir
connu Dabchevitch, mais aussi Luigi Longo, Paglietta, André Marti. Face au
mur, monsieur, face au mur ! Cela ne nous intéresse pas encore.
Je n'ai jamais prononcé le mot de titiste.
Ce n'est pas un mot, monsieur, mais une qualification politique, un concept qui
définit nos ennemis. Mais en 37, en Espagne, il y avait des communistes
yougoslavs. Il n'y avait pas de titiste.
Et vous avez été vice-ministre.
Vous ignorez la baissée même de la dialectique.
Il faut juger le passé à la lumière des vérités que le parti a établies aujourd
'hui.
Savez-vous ce que c'est que le titisme ? Dites-le, monsieur.
Dites-le ! Écoutez, j'ai approuvé la dénonciation du titisme.
Eh bien, n'en venez pas sur cette approbation ! Quand Adapchevitch, il est
titiste, puisqu'il est ministre de Quito.
Vous guettez le jour.
Vous ne vous coucherez pas avant d'avoir signé ça.
Bonjour.
Alors, et ses vacances ? Eh bien, j'ai retrouvé la forme.
Vous en avez besoin ? Ici, ça traîne.
Toujours à couper les cheveux en quatre.
On voit bien qu'il est juif.
Ça va ? C'est bien d'avoir conseillé à votre femme de rentrer en France.
C'est ce qu'elle a de mieux à faire.
Vous l'avez vu ? Pourquoi vous ne l'avez pas écrit ?
Asseyez-vous, asseyez-vous.
La direction du parti a demandé un procès verbal.
Qu'il fasse la synthèse et tout ça...
Et qui reflète l'ensemble de vos activités.
Ce sont les camarades conseillers qui ont préparé ces projets.
Vous gagnez du temps.
C'est l'accord pour moi. Pas du tout.
Le procès-verbat n'est pas destiné au tribunal. C'est un document de travail
et usage interne.
Regardez.
Beaucoup d'accusés ont déjà signé l'alerte, croyez-moi.
Ils sont beaucoup plus gâts que les vôtres.
C'est en 1947, à Genève, que j'ai établi des rapports d'espionnage avec Noel
Field, l'agent américain bien connu.
En paiement des informations que je lui ai transmises, il m'a donné la somme de
800 francs suisses.
En paiement des informations que je lui ai transmises.
Mais c'était impossible.
Le parti a approuvé cette formulation.
Faites comme lui.
Montrez, vous êtes bon communiste.
Mais vous me faites signer que je suis un espion trotskiste. C'est parce que
vous êtes encore communiste que vous avez réussi à démasquer toute ma faute.
Les aveux.
sont la forme supérieure de l'autocritique.
Et l'esprit autocritique est la vertu principale du communiste.
Il demande des corrections.
C'est votre ami Haïdou, remplacé trotskiste par sioniste.
Il est juif, pas sioniste.
Nous sommes dans une démocratie populaire.
Les mots juifs est une injure.
Nous écrions sioniste.
Sioniste est un qualificatif politique.
Le mot juif en Union soviétique est interdit. On dit hébreu.
On dit aussi hébreu.
Sioniste, c'est pas du tout la même chose.
Hébreu ne sonne pas bien.
Nous écrions sioniste.
Ce sont les ordres.
Voilà. Reprenons.
Attendez.
Ça, c'est le procès-verbal à charge.
Ensuite... On écrit celui de la défense, dicté par vous.
Il n'y a jamais eu de procès-verbal de la défense.
À force d'entendre trotskiste, titiste, nationaliste, bourgeois, ces mots
perdent tout leur sens.
Si on m'avait demandé de dire, mon fils, le petit trotskiste Michel, vient d
'avoir un an, je l'aurais signé.
Je n'avais qu'une solution, le suicide.
J'ai essayé, deux fois.
Et vous êtes toujours communiste ? Je ne comprends pas.
Ou plutôt, oui, c'est la foi.
Vous êtes des croyants qui n'aimaient pas l'Église. Laquelle ? Il y en a
plusieurs désormais. Dieu est mort.
C'est maintenant qu'on peut être communiste.
Et ce Phil, qu'est-ce qu'il est devenu ? En 55, il est réapparu en Hongrie. On l
'a sorti de prison, on l'a réhabilité.
Il est toujours en Hongrie, d'ailleurs. Il n'a jamais voulu retourner en
Occident. En fin de compte, c'était quoi ? Agent américain ou agent russe ? Il
écrira peut-être ses mémoires.
Mais pourquoi l'avait-on choisi pour jouer ce rôle ? Eh bien, après la guerre
d'Espagne, il a dirigé un service américain d'aide aux réfugiés à
Marseille et à Genève.
C'est là qu'il a connu des dizaines de communistes d'Europe centrale. Il les a
aidés. Et en même temps, il était en contact avec Allen Dahls, qui dirigeait
à l'époque en Suisse un réseau de renseignements américains.
C'est pas si simple.
C'était la guerre contre Hitler, l'URSS et les États-Unis étaient alliés.
Après, il y a eu la guerre froide.
Et alors, les Américains ont chassé Field de son service, parce qu'il
connaissait trop de communistes.
Et les Soviétiques l'ont fait passer pour un agent américain.
Voilà. Vous en êtes donc à votre vingtième mois de prison et d
'interrogatoire.
Il faut en prendre tout ça par cœur.
Question et réponse.
Emmenez-les.
Mettez le bandeau.
Question. Avez-vous tout dit de votre activité de conspiration dirigée contre
l'État ?
Oui, je n'ai rien caché, ni à l'instruction, ni devant le tribunal.
Je reconnais ma participation au centre de conspiration contre l'État.
Vous dites votre texte au moment où il finit de parler.
Comme nous avons fait en répétition.
Bon, vous êtes là.
Il sait son texte. Enlevez ça.
Vous n'avez pas bonne mine.
Combien de fois par semaine sautez-vous dans la cour ? Jamais depuis 21 mois.
Mais comment jamais ? Heureusement qu'on arrive au bout.
Ça n'a pas toujours été très facile.
Remettez ça.
Maintenant, vous allez être confrontés avec votre chef et vos complices. Venez.
Vous savez que les partis ont demandé rapport sur votre comportement pendant
la confrontation.
Enlever le bandeau.
Asseyez-vous là.
Ainsi nous finissions par nous retrouver ensemble, pris au même piège.
le secrétaire général du parti qui avait ordonné les premières arrestations et le
ministre de la Sécurité qui avait mis au point le scénario du procès avec les
conseillers soviétiques.
J'ai construit le centre de conspiration contre l'État m'appuyant sur divers
éléments ennemis. J'apprenais plus tard que le secrétaire général avait essayé
de se suicider en se précipitant la tête contre le mur.
Pour l'empêcher de recommencer, on capitonna sa cellule.
Dans une autre occasion, alors qu'il était seul, il ferma la porte à clé et
il essaya de se pendre.
On enfonça la porte et on le se bat de justesse.
Son sauveur fut décoré plus tard pour cet exploit.
Des hommes qui avaient vécu en Occident avant et pendant la guerre.
Ainsi, j'ai introduit dans le secrétariat du parti le nationaliste
bourgeois Bedrin Geminder, à la sécurité Joseph Pavel et Karel Schwab. Aux
affaires étrangères, le vice-ministre... Pourquoi se rétracter ici ? Personne ne
le saura.
Le parti a demandé un rapport sur votre comportement pendant la confrontation.
Si vous vous rétractez, c'est le procès huis clos. Il faut survivre, Gérard. Au
procès, tu pourras dire la vérité.
Vous avez signé tout ça ? Je faisais partie de la
conspiration contre l'État que dirigeait le secrétaire général du parti.
J'étais responsable du groupe trotskiste au ministère des Affaires étrangères.
Vous avez bien fait de vous en tenir au texte établi.
Ça vous permet de faire partie du procès public.
Le secrétaire général prétend limiter son rôle à une direction idéologique du
centre. A Moscou, Bukharine avait fait la même chose, mais ça lui a coûté la
tête.
Bon, il faut m'apprendre tout ça.
Maintenant.
Ne vous en faites pas, il sera là.
Question du procureur, combien de lettres contenant des informations d
'espionnage avez-vous expédiées à Ziliacus par le courrier diplomatique ?
Réponse ? Deux, peut-être cinq.
Je n'enregistrerai pas cette correspondance pour ne laisser aucune
trace.
Question du procureur, soyez plus précis, vos co-accusés parlent de dix
lettres.
Réponse ? Je t'admets qu'il pouvait y en avoir dix.
La piqûre.
C'est du calcium.
Ça réchauffe, hein ? Vous êtes blanc comme un fromage.
Il faudra arranger ça.
Guidé par mon instinct bourgeois dans le but de faire carrière... Non !
Guidé par mon instinct bourgeois et dans le but de faire carrière... Non, égoïste
! Bourgeois et égoïste.
Guidé par mon instinct bourgeois et égoïste, dans le but de faire carrière
et d'assurer mon bien-être personnel, pendant mon séjour à l'Ouest, je suis
devenu cosmopolite et je suis passé tout à fait dans le camp bourgeois.
Voilà.
C'est très bien. Non, non, ce n'est pas bien du tout. Pas bien du tout.
Vous... Le texte, oui, le texte, ça va.
Vous ne ferez quoi à personne que vous êtes coupable avec ce gna gna gna gna.
Voilà, vous m'apprendrez ces 15 pages, vous, je dis.
Il faut que vous mettiez...
C'est pas plus de sincérité, voyons.
Vous ne savez pas la chance que vous avez d'être dans ces procès.
Vous n'êtes plus le principal accusé.
Ah, c'est pour la piqûre.
Oui, il ne reste plus que cinq.
C'est bien, ça, hein ? Ça donne des couleurs.
Enlève ça.
Le docteur Novak, président du tribunal d'État.
Avez-vous déjà subi des condamnations ?
Oui, deux fois. Dans les années 31-33 et puis à Paris en 1942.
Pour quelles raisons ? La première pour activité communiste.
La seconde pour ma participation à la lutte contre les nazis.
Inutile d'écrire ça.
Avez-vous un avocat ? Non, je n'en veux pas.
La loi l'exige. L'État vous en fournira un.
Maître Avoustique, votre avocat.
Malgré la gravité de votre car, je vois que l'État s'occupe de vous.
Il vous gâte, même.
Il me gave, plutôt, comme une oie.
Pardon ? Vous disiez que mon cas est grave.
Vous risquez la peine capitale.
C'est la peine que vous méritez, pas qui est prévue par la loi.
Vous n'avez qu'un moyen d'obtenir que votre condamnation soit moins lourde.
C'est de plaider coupable et d'avoir une bonne attitude devant le tribunal.
Quel était votre rôle dans le centre de conspiration ?
Je reconnais avoir assuré et négocié, en tant que membre de la conspiration des
relations d'espionnage du secrétaire général du parti avec l'agent
britannique Ziliacus, et d'avoir à cet effet employé le courrier diplomatique
de mon ministère.
Cela ne mise à part jeter moi-même en relation d'espionnage avec l'agent
américano Elfield et lui communiquer des informations d'espionnage. Je viens de
parler au coureur.
Eh bien, il considère que votre cas est le moins grave.
Quinze ans maximum.
Je vous l'avais dit, ce procès est votre chance.
Mais surtout, tenez-vous bien.
Si vous faites un écart, ça tombera sur votre famille.
Le camarade ministre de la Sécurité a tenu à vous voir.
Au nom
du parti et du président de la République, je fais appel à vous.
Il faut vous en tenir au procès verbal du tribunal.
Ainsi, vous rendrez un très grand service au parti.
Dehors, la situation est grave.
La guerre menace.
Le parti attend de vous que vous vous laissiez guider par ses intérêts. Il
vous en sera tenu compte.
Votre famille est sous la protection du parti.
Elle ne subira pas les conséquences de ce procès.
La veille du procès, ils sont allés chercher un complet neuf à la maison.
N'oubliez pas la crevate.
Est-elle là ? Il
va être libéré bientôt ? Je
ne sais pas, madame.
Ils sont venus chercher les affaires de mon frère. Ils seront peut-être là ce
soir, quand nous rentrerons.
Plus tard, on apprenait que les référents chargés par le conseiller
Golkin de faire disparaître les cendres des exécutés, ayant trouvé la route
berglacée, avaient éparpillé ces cendres.
Et le chauffeur plaisantait.
C'est la première fois que je transporte 14 personnes dans ma tatraplane.
Nous trois et les 11 dans le sac.
La séance est ouverte.
Je m'adresse aux accusés.
Est-ce que le délai prévu par la loi en vue de la comparution à l'audience a été
respecté ? Oui.
Je conseille aux accusés de suivre attentivement la lecture de l'acte d
'accusation et le déroulement des débats.
Je leur demande de faire usage de leur droit d'exprimer leur opinion.
Je rappelle aux accusés qu'ils ont le droit de conduire leur défense de la
manière qu'ils jugeront la plus appropriée.
Je donne la parole au camarade procureur général.
L'enquête menée par le ministère de la Sécurité de la République a établi que
les impérialistes américains, afin de s'assurer la domination du monde, ont
organisé, après la Deuxième Guerre mondiale, une conspiration contre la
paix des peuples. Dans tous les pays de démocratie populaire, ils ont créé des
centres clandestins composés d'éléments corrompus. Je les accuse en tant que
traîtres, trotskistes, tétistes, sionistes, nationalistes bourgeois.
et ennemis du peuple d'avoir créé un centre de conspiration au service des
impérialistes américains et sous la direction d'agences occidentales de
renseignement afin de détacher le peuple de son alliance et de son amitié avec l
'Union soviétique pour renverser le régime, arrêter l'édification du
socialisme et restaurer le capitalisme.
Mais, bien que les conspirateurs aient leur chef,
et réussi à édifier des positions importantes dans les organes du parti et
de l'État, ils ne sont pas parvenus, comme Tito en Yougoslavie, à usurper le
pouvoir et à atteindre leur but criminel.
Grâce à l'inaltérable fidélité de nos peuples à l'Union soviétique, la
conspiration a été brisée sur la base des faits mentionnés.
Les accusés.
Ancien secrétaire général du parti, d'origine juive.
Ancien dirigeant de la section des relations internationales du parti, d
'origine juive.
Ancien dirigeant de la section économique, d'origine juive.
Tchèque, ancien secrétaire général adjoint du parti.
Slovaque, ancien ministre des affaires étrangères, d'origine juive. Ancien vice
-ministre de la défense nationale.
Tchèque, ancien vice-ministre de la sécurité, d'origine juive.
D'origine juive.
tous deux anciens vice-ministres des affaires étrangères. D'origine juive, d
'origine juive, tous deux anciens vice-ministres du commerce extérieur.
D'origine juive, ancien vice-ministre des finances.
D'origine juive, ancien secrétaire de comité régional du parti.
D'origine juive, ancien rédacteur en chef du journal du parti.
Eux tous, je les accuse d'avoir.
Pendant les trois heures que dure la lecture de l'acte d'accusation, Un
silence absolu règne dans la salle.
On nous filme et ainsi nous passerons en spectacle dans les salles obscures.
La séance est suspendue.
Restez ici.
Cigarette ? Cigarette.
Café ? Ça va ? Je t'ai mis une. Voilà.
Asseyez-vous.
Asseyez-vous. Ça se passe bien ? Cigarette ?
C'est un procès politique, le parti n'a pas besoin de tête. On voit la bouche,
sur des vitamines, avalées.
Est-ce que vous avez besoin de quelque chose ? Le président de la République
suit le procès et souhaite que tout se passe bien, ça ne dépend que de vous.
Ça va ? Je suis allé aux nouvelles.
Il n'y aura pas de peine capitale.
Le parti n'a pas besoin de tête, mais d'un procès. Un procès des hautes tenues
politiques. S'il y a une ou deux condamnations à mort, elles se rendent
de pure forme.
Et si quelqu'un se rétracte devant le tribunal, on coupera les micros et on n
'entendra plus dans la salle.
Et faire défiler le vêtement à la charge.
C'est le mien.
La séance est ouverte.
Nous reprenons la transmission en direct du
procès du centre de conspiration contre l'État.
Vous allez entendre la déposition de l'ex-vice-ministre de la Sécurité.
L'espion américain Noel Field, démasqué par le procès de Hongrie, déclara dans
sa déposition qu'il avait formé dans notre pays un réseau d'espionnage.
Comment avez-vous dissimulé ce que vous saviez à ce propos ? Du moment que nous
ne pouvions supprimer cette déposition, j'ai ordonné que l'enquête soit
effectuée de façon formelle.
J'ai prévenu ceux qui étaient en cause afin qu'ils puissent préparer leur
défense. Il y a un petit changement de texte ici.
Il faudrait l'apprendre.
Après, ce sera à vous.
On va revoir le début de votre déposition.
Je vous assure, je ne suis pas... Question.
Qu'est-ce qui vous a amené à travailler activement en ennemi de la République ?
J'ai été élevé dans un milieu bourgeois. Les masses travailleuses me sont
toujours restées étrangères. Voulez-vous un interprète ? Non.
Vous comprenez les questions et vous serez capable d'y répondre ? Oui.
Quelle école avez-vous fréquenté ? J'étais à l'école allemande d'Ostrava.
Quelle langue connaissez-vous parfaitement ? L'allemand.
Vous connaissez réellement bien l'allemand ? Depuis longtemps, je n'ai
plus à parler l'allemand.
À vrai dire, vous ne connaissez convenablement aucune langue.
Vous êtes un cosmopolite typique.
Quelles étaient vos dispositions vis-à-vis du peuple travailleur ? J
'étais... J'étais insensible.
Avez-vous bien compris la question ? Quelles étaient vos dispositions vis-à
-vis du peuple travailleur ?
J
'étais indifférent aux intérêts du peuple travailleur. Je n'ai jamais été
lié...
J'étais indifférent aux intérêts du peuple travailleur.
Je n'ai jamais été lié à ce peuple.
Ses intérêts nationaux me sont toujours restés étrangers.
Ça va être votre tour.
Rappelez-vous, tout dépend de votre attitude.
J'ai été élevé dans un milieu bourgeois.
Les masses travailleuses me sont toujours restées étrangères et je me
suis laissé diriger par mon instinct bourgeois.
Bourgeois égoïste.
qui était ma carrière et mon bien-être personnel.
C'est mon séjour, plus de 11 ans à l'Ouest, qui m'a changé.
Pendant ce séjour, je suis devenu cosmopolite et je suis passé tout à fait
dans le camp bourgeois. J'avoue être coupable d'avoir fait partie intégrante
depuis l'année 1948 jusqu'au jour de mon arrestation du centre de conspiration
contre l'État.
Je reconnais pleinement ma culpabilité dans le fait d'avoir... Dis, maman, le
monsieur dont on parle à la radio, c'est pas mon père, est-ce pas ? Non,
monsieur, non.
Je l'aurai bien dit au copain, à l'école.
Va te coucher, toi aussi.
et je lui communiquais les informations d'espionnage.
Ma femme décidait d'écrire au président de la République qu'elle connaissait
personnellement pour lui dire son désarroi et son désespoir devant mes
aveux.
Nous allons vous lire la lettre que Londonova, l'épouse de l'un des traîtres
jugés par le tribunal d'État, a envoyée au président de la République.
Au président Godval.
Après l'arrestation de mon mari, avec les éléments que je possédais sur sa
vie, son activité, je pensais qu'il avait été la victime de traîtres
cherchant à dissimuler derrière son cas leur activité criminelle dans le parti.
Hélas, après la lecture de l'acte d'accusation et l'audition de ses aveux,
mes espoirs se sont effondrés.
Mon mari n'a pas été une victime, mais un traître à son parti, un traître à son
pays.
Ma peine est grande et c'est humain.
Mais comme communiste, je dois me féliciter dans l'intérêt du peuple et de
la paix mondiale que le centre de conspiration contre l'État ait été
découvert et me joindre à tous les honnêtes gens du pays pour réclamer un
juste châtiment des traîtres que vous jugez.
Depuis que je ne suis plus directeur de l'usine, je peux partir plus tôt.
À cause de moi.
Si tu ne m'avais pas embauché... Mais non, mais non.
Je ne suis pas d'origine ouvrière et j'ai été en Occident pendant la guerre.
Écoute, je ne te fais aucun reproche.
Je sais que tu es sincère.
Tu as eu tort d'écrire cette lettre.
D'abord, je l'ai écrite au président de la République, je ne l'ai pas écrite
pour qu'on la lise à la radio.
Mais tu l'as entendu, non ? Il plaît des coupables.
Oui, j'en ai trop entendu.
Les témoignages, l'acte d'accusation, les aveux, tout sonne faux.
On dirait qu'ils ont tous appris une leçon.
Je ne crois pas à ce procès.
Pourquoi le parti ferait-il un tel procès si ce n'était pas la vérité ? Il
y a eu des précédents, souviens-toi.
Eh bien, justement.
Dans l'acte d'accusation, dans les débats, il y a des bouffées d
'antisémitisme. C'est inadmissible.
Les héros de la veille deviennent des espions, des traîtres.
Non, je ne comprends pas.
Je ne suis pas d'accord.
J'ai décidé de renvoyer ma carte du parti.
Tu sais à quoi tu t'exposes ? Enfin, pourquoi aurait-il avoué
un homme comme lui ? Mais il nous le... J'espère qu'il nous le dira un jour.
Lorsque j'ai connu l'acte d'accusation, j'ai analysé de nouveau l'activité de
Reissing pendant l'occupation.
Et je suis arrivée à la conclusion qu'il avait dû livrer à la Gestapo Julius
Futschick et le comité central clandestin. C'est l'histoire du comité
central clandestin ? Laissez tomber.
On a mis ça dans les procès-verbats des récines.
Il l'a déjà signé.
Pour terminer, je voudrais vous dire les dernières paroles de Futschick.
Celui qui a fidèlement vécu pour l'avenir et qui est tombé pour sa beauté
est une figure taillée dans la pierre.
Mais celui qui a voulu, avec la poussière du passé, dresser un barrage
contre le courant de la révolution n'est qu'un pantin de bois pourri, même si ses
épaules étaient dorées de galons.
Hommes, je vous aimais tant.
Soyez vigilants.
L'exposition de Foucault, la veuve du héros de la résistance, a laissé une
impression que les juges n'oublieront pas facilement.
Juste avant, le chef de la conspiration déclarait « Notre centre de conspiration
contre l'État comptait des centaines de membres. » Ça promet du travail pour les
juges. Je reprends, camarade.
Trois simples bancs fléchissent sous le poids des crimes qu'ont commis ces
vampires de la trahison.
Il faudrait que tous les citoyens puissent voir leur chef.
Sa tête rousse à la nuque agressive, aux sourcils broussailleux de Judas, aux
yeux fuyants. Son immense édifice de crime l'ensevelit sous son toit. C'est
un homme mort.
Au chien, une mort de chien.
La séance est ouverte.
En 1939, j'ai établi à Londres des contacts d'espionnage.
Avec qui ? Avec l'agent américain Emmanuel Mosca.
J'ai livré à ce dernier des renseignements sur le parti communiste
dans l'immigration et sur ses cadres en Angleterre.
Continuez, continuez. Par ailleurs, je reconnais avoir eu des contacts avec l
'agent de l'intelligence service Hamson.
Ce dernier me convoqua en décembre 1944 à une entrevue au
ministère de l'information.
qui sert de l'information britannique pour mon activité subversive
dans notre pays.
Dans mon pays, une fois que le pays serait libéré.
ridiculiser la justice et tu continues de faire le jeu de tes patrons
impérialistes.
Ça t'écoutera ta tête, toi.
Bandu.
Ne lâche pas.
Il vient de jouer sa tête avec ce qu'il a fait.
Il l'a fait exprès. Il a toujours eu un mauvais esprit.
Il devait tourner les procès en dérision, mais ça l'écoutera cher.
La séance est ouverte.
Levez-vous et écoutez la sentence.
Le tribunal d'État a entendu du 20 au 27 novembre 1952 les débats au sujet de l
'affaire criminelle des dirigeants du centre de conspiration contre l'État.
Au nom de la République, sont condamnés à la peine de mort.
À la peine de mort.
À la peine de mort.
à la peine de mort, à la peine de mort, à la peine de mort, à la peine de mort,
à la peine de mort.
Au nom de la République, sont condamnés à la peine de privation de la liberté à
perpétuité, à perpétuité, à perpétuité.
J'accorde aux accusés un délai de réflexion.
Ils pourront consulter leurs avocats et décider s'ils acceptent les peines
prononcées. La Cour se réserve également le droit de préciser son point de vue.
La séance est suspendue.
Où sont nos référents ? Où est mon
référent ? Où est mon référent ? Je voudrais voir mon référent.
Allez me chercher mon référent.
Pourquoi ils ne sont plus là, les référents ? Où sont les référents ? Je
vais faire appel. Je vais faire appel, moi aussi.
Oui, maintenant, je vais faire appel.
Moi aussi je veux faire appel. Il y a
des camions remplis de résolutions réclamant la peine de mort pour
vous tous.
La situation internationale s'aggrave.
Nous sommes au bord de la guerre mondiale.
Après l'élection d'Axanower en Amérique, le parti a besoin de vous.
Si vous faites appel, le procureur aussi fera appel.
Et ce sera l'accord.
Des pétitions venant de toutes les cellules du pays réclament votre mort.
Si vous avez un bon comportement et si vous acceptez la décision du tribunal,
vous serez gracieux. C'est un procès que le parti a besoin, et non de vos têtes.
La séance est ouverte.
Je m'adresse aux accusés.
Acceptez-vous la sentence.
J'accepte ma condamnation et je renonce à faire usage de mon droit de recours.
J'accepte ma condamnation et je renonce à faire usage de mon droit de recours.
J'accepte ma condamnation et je renonce à faire... J'accepte ma condamnation.
J'accepte ma condamnation. J'accepte. J'accepte. J'accepte. J
'accepte ma condamnation. J
'accepte ma condamnation et je renonce à faire usage de mon droit de recours.
En 1963, la réhabilitation pénale est accomplie pour tous.
Mais certains ne sont toujours pas réhabilités politiquement.
Pourquoi personne ne s'est rétracté au procès, devant les journalistes ? Parce
que les communistes ne nous auraient pas cru.
Et seuls les adversaires auraient crié victoire.
En 1963, vous avez été libéré et réhabilité ? Non, j'ai été libéré en
1956, mais c'est plus compliqué que ça.
Un an après la mort de Staline, On exécute à l'Union soviétique Beria, le
ministre de la Sécurité, et certains chefs conseillers qui ont organisé les
procès.
En 1955, une commission commence à réexaminer les procès.
Kohoutek et sa clique sont emprisonnés pour abus de pouvoir, mais nous les
survivants sommes toujours en prison.
Deux ans après, Kohoutek est amnistié, tandis que beaucoup de ses victimes
condamnées dans d'autres procès resteront encore deux ou trois années en
prison.
Vous, vous ne vous souvenez pas de moi.
Mais qu'est-ce qui nous est arrivé, monsieur ? Vous y comprenez quelque
chose.
Vous savez, en 56, quand on vous a libéré, moi, j'étais en prison, oui.
On ne sait plus ce qui est vrai et ce qui est faux, mais ceux qui ont donné
les ordres sont toujours au pouvoir.
J'ai exécuté les ordres. Ah, il y avait des micros. J'insistais, il y avait des
micros pour me sauver, moi aussi.
Vous permettez que je vous offre une bière ?
Et votre femme, ça va, hein ? Oui.
Je sais qu'après, enfin, après les événements, lorsqu'elle a compris que
vous étiez innocent,
elle s'est beaucoup démêlée pour vous ici, en France.
Et la santé ? Ça va mieux, hein ? Il faut surtout vous ménager.
Ouais. Je me suis trouvé en travail tranquille.
On ne m'y apprendra plus.
Jamais.
Je suis bien content pour vous, monsieur.
Dis donc, l'histoire chaotique, là, tu veux la garder ? Mais qu
'est-ce qui nous est arrivé, monsieur ? Vous y comprenez quelque chose, vous ?
Je
n'ai pas fermé l'œil de la nuit.
Il va vraiment publier ça ? Ce n'est pas moi qui publie.
C'est l'Union des écrivains tchécoslovaques.
Ils attendent le manuscrit. La situation n'est pas claire, tu le sais bien.
Les forces impérialistes sont déchaînées. Tu risques d'apporter de l
'eau au moulin de l'adversaire.
Je sais, je sais.
Bon, tu m'accompagnes quand même, oui.
Maintenant, je ne suis plus seul.
Le parti est d'accord et exige enfin la vérité complète, malgré certaines
difficultés. J'espère que nous n'aurons pas à le regretter. Au revoir, mon
chéri. On va te dire que tu n'auras jamais dû. Plein de trucs !
On va me dire, moi, monsieur, à votre place, j'aurais pas avoué.
On va me demander pourquoi je suis encore vivant. On dira tout ce qu'on
voudra, mais je ne suis plus seul.
Désormais, je parle avec le parti et nous disons la même chose.
En janvier 1968, les conservateurs avaient été écartés de la direction du
parti communiste tchécoslovaque.
Une période nouvelle commençait.
Le peuple reprenait la parole après des années de silence.
de passivité, d'indifférence ou de mépris.
La preuve en était faite, le socialisme est dans la liberté des masses comme le
poisson dans l'eau.
Et puis, le jour même où je suis arrivé à Prague, j'ai dû vivre l'invasion du
pays par 600 000 hommes et 6 000 tanks des armées du pacte de Varsovie.
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