All language subtitles for Un long dimanche de fiançailles (2004) VOF 1080p BluRay HE-AAC 5.1 x265-k7_FR Full SDH [SRT] [fre] (SUBRIP)

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Original subtitles

...

- Le samedi 6 janvier 1917,

5 soldats condamnés à mort étaient conduits à Bouchavesnes,

sur le front de la Somme.

- Attention au fil !

...

- Le premier, jadis aventureux et gai,

portait à son cou le matricule 2124

d'un bureau de recrutement de la Seine.

Il portait des bottes prises à un Allemand.

Avant, le 2124, dit Bastoche,

en pinçait pour une jolie rousse, qui s'appelait Véronique Passavant.

Il était menuisier à la Bastille.

Parfois, entre deux commodes, ils buvaient une Champigneulle

chez P'tit Louis, rue de la Main d'Or.

Il avait pris ses bottes à un ennemi qui n'en avait plus besoin

pour remplacer, bien bourrée de paille ou de papier journal,

sa paire de vieux godillots.

Il était passé en conseil de guerre pour mutilation volontaire.

On avait trouvé des traces de poudre sur sa main blessée,

on l'avait condamné à mort.

- Attention au fil !

- Le deuxième soldat était le 4077

d'un autre bureau de la Seine.

Il était soudeur aux Chemins de Fer de l'État, à Bagneux.

Il s'appelait Francis Gaignard,

on l'appelait Six-Sous.

Il savait que les pauvres fabriquent les canons pour se faire tuer,

et que ce sont les riches qui les vendent.

Il le disait dans les cantonnements, mais il n'expliquait pas bien.

Et le mauvais vin, compagnon de la misère,

abrutissait tant les soldats

qu'il savait encore moins comment les atteindre.

- Es ist kein Problem !

Ich wollte nichts machen !

Il hurle

- Le 1818 était des cinq le plus brave et le plus redoutable.

Il avait tué un officier de sa compagnie.

Un officier qui frappait les morts.

- Debout ! Salauds !!

Tire-au-flanc !

Toi, lève-toi ! !

A l'attaque !!

Toi ! En avant !

- Personne ne l'avait su.

...

- Benoît Notre-Dame était un paysan de la Dordogne.

Un matin d'août,

on était venu le prendre et on l'avait mis dans un train.

- Attention au fil !

- Le fil du téléphone est le seul lien avec les vivants.

C'est par lui que pourrait parvenir la grâce du président Poincaré,

même si le seul à y croire encore, c'est lui,

le matricule 7328 d'un bureau de Corse,

Ange Bassignano.

D'après ceux qui le connaissaient,

jamais prénom n'avait été plus mal porté.

Il était menteur, tricheur, frimeur,

cafardeur, embrouilleur.

Avant,

Tina Lombardi était sa gagneuse.

Pour elle, il avait pris 5 ans. Affaire "de cœur" ou "d'honneur",

selon qu'il parlait à une femme ou à un homme.

En fait, un règlement de comptes entre proxénètes de village.

Cet été 1916, on récupérait les droits communs

pour ressusciter les régiments fondus dans la fournaise de Verdun.

On l'avait laissé choisir.

- Ça a chié des marmites, dans le secteur ?

- Non, c'est calme.

- Ça, c'est pour qui ?

- C'est-à-dire que... Vous attaquez demain.

- Alors, on...

On anticipe, quoi !

Mélodie d'une montre boîte à musique

...

- Attention au fil !

- Le 5e était un Bleuet, sobriquet de la classe 17.

Il lui manquait 5 mois pour avoir 20 ans.

A présent, il avait peur de tout :

des canons français qui tirent trop court, du vent annonciateur des gaz,

des nettoyeurs de tranchées, des exécutions pour l'exemple.

Il n'était pas le même, avant la tuerie. Au contraire.

Bravant la tempête pour porter secours aux gardiens des phares.

- En avant ! !

...

- Et puis, il y avait eu un obus de trop.

Il hurle

...

...

Tir

Il crie

- Bleuet, tu vas la revoir, ta fiancée. T'as gagné ton ticket.

- Ticket pour la cour martiale !

- Sergent, fermez les yeux. Il en a assez bavé.

- Il risque d'être fusillé ! - Soyez humain !

- Fermez-la ! - Sergent !

- Fermez-la ! !

- Quand Mathilde et Manech ont fait l'amour la première fois,

il s'est endormi la main posée sur son sein.

...

Quand sa blessure l'élance,

Manech sent le cœur de Mathilde battre dans sa paume

et chaque pulsation la rapproche de lui.

Si Manech était mort, Mathilde le saurait.

Depuis l'avis de décès,

elle se raccroche obstinément à son intuition comme à un fil ténu.

Jamais elle ne se décourage.

Mathilde est d'heureuse nature.

Elle se dit que si le fil ne la ramène pas à son amant,

tant pis, c'est pas grave, elle pourra toujours se pendre avec.

En juin 1920, Mathilde a reçu la lettre d'une religieuse.

Un malade à l'hôpital de Rennes veut la voir.

Il aurait rencontré Manech en janvier 17,

sur le front de la Somme.

- Août 1912. J'étais plutôt bel homme, vous trouvez pas ?

C'est une De Dion.

Avec boîte à prise directe.

- Dites-moi ce qui est arrivé à Manech !

- En janvier 17, on m'a désigné pour escorter 5 condamnés à mort.

- Il était parmi eux ? - Oui.

Je devais les conduire en première ligne.

Des gendarmes nous attendaient avec les prisonniers,

à côté d'un petit cimetière en ruine.

Qu'est-ce tu fous avec ces bottes allemandes ?

- J'attends. - Quoi ?

La grâce de Poincaré, tu peux t'asseoir dessus !

- Il va la signer !

J'aurais pas dû être condamné. Je suis corse, pas français !

- Laisse-le, il déraille un peu, ça vaut mieux pour lui.

- Vous avez fini, mon lieutenant ?

- C'est le froid qui le sauve.

En été, la gangrène l'aurait déjà achevé.

Il siffle

- Et Manech ?

Sa blessure le faisait souffrir ?

- On lui avait amputé 2 doigts.

Apparemment, il n'avait plus mal.

Je devais les conduire à la tranchée

"Bingo Crépuscule".

- Bordel de merde !

Il fallait larguer ces types en route,

leur botter le cul pour qu'ils déguerpissent !

- Je livre 5 condamnés. La suite me regarde pas.

- La suite, je vais te la dire !

Mes ordres, c'est de balancer

tes gars par-dessus le parapet et de les laisser crever

entre les Boches et nous !

Les voilà, mes putains de saloperies d'ordres !!

- Sergent, avec les Boches d'en face,

y a un statu quo.

- Le secteur s'endort ? Un pétard dans le cul...

pour que la merde nous saute à la gueule !

- A la soupe ! Vous avez de la chance, c'est tiède.

Betterave, fenouil.

Quelque chose te ferait plaisir, gamin ?

- Un bol de chocolat avec une tartine de miel.

- Je tuerai père et mère, mais je trouverai ça !

Vous permettez, mon lieutenant ?

- Il est orphelin !

- Il va lui dégoter. C'est Célestin Poux, "l'écumeur des cantines",

"le pilleur des roulantes" !

- Un quart d'heure plus tard, il avait tout dégoté.

- Beurre au sel de Guérande, miel de lavande,

cacao du Niger.

A la bonne heure !

- Dis, Bleuet,

t'as personne à qui écrire ? T'as bien une fiancée ?

- Mathilde !

Elle s'appelle Mathilde, sa fiancée.

- Mathilde.

J'entends

son cœur qui bat, comme du morse.

On va se marier.

Une chance qu'ils nous aient condamnés...

Je vais rentrer à la maison après l'exécution.

- Vaut peut-être mieux que je vous épargne la suite.

- Je suis boiteuse, pas idiote.

Dites-moi ce qui s'est passé.

- On a ouvert une brèche dans les barbelés,

équipé les cinq contre le froid.

Célestin Poux a sacrifié un gant de laine rouge

pour protéger la main de votre fiancé.

- Ils sont loin ? - 100 mètres.

Trop loin pour les grenades, trop près pour l'artillerie.

- Les gaz, n'y pensons plus. C'est l'histoire du gazeur gazé.

- Peuvent s'en sortir ?

- S'ils sont pas dégommés, ils crèveront de faim et de froid.

Les Boches vont bien se fendre la gueule.

- Bastoche s'est fait embrasser par un caporal.

Le caporal Gordes.

Visiblement, ils se connaissaient d'avant-guerre.

Après...

on les a jetés par-dessus le parapet.

Tirs allemands

- Merde. - Ta gueule.

Tirs

...

- Merde. - Ta gueule !

- Septembre 14.

150 livres à l'épaulé-jeté !

J'avais un peu perdu à l'époque.

- Ce matin-là,

en janvier 17, Manech était toujours vivant ?

- Au lever du jour, Favart a gueulé leurs noms.

A part le paysan de la Dordogne,

tous ont répondu.

- Bassignano ! - Présent !

- Bouquet ! - Qu'est-ce que tu me veux ?

- Langonnet !

- Oui, oui, je suis là !

- Le Bleuet, tu devrais te planquer un peu plus !

Notre-Dame ?

Notre-Dame ?

- J'en sais pas plus.

Je suis rentré

faire mon rapport le cœur gros.

- Pas trop tôt, Esperanza ! Les Rosbifs nous remplacent.

Bingo machin ?

C'est quoi ?

- La prise en charge des condamnés. Je la pose là ?

- Non, donnez...

Oh...

Il ricane

Restez pas planté comme ça !

Promu sergent-chef, vous partez demain pour les Vosges.

- Cette expédition me restera longtemps en travers de la gorge.

- Ça tombe bien. Y a pas que du gaz moutarde dans les Vosges.

Y a aussi les pastilles. Rompez !

- Quelques mois plus tard, j'ai été blessé dans la Somme.

Je me suis retrouvé dans l'ambulance de Chardolot,

l'un des caporaux de Bingo Crépuscule.

Il n'avait plus que... quelques jours à vivre.

Ho !

Ho !

Moi, c'est Esperanza.

Bingo Crépuscule, tu te souviens ?

- Excuse-moi de pas te reconnaître.

- Mes 5 gars dans le no man's land,

ça s'est fini comment ?

- A ton avis ?

- Aucun s'en est tiré ?

- Ta conscience te travaille, Esperanza ?

T'aurais dû rester avec nous à Bingo.

T'aurais vu graver des M,

s'agiter un caleçon et planer un Albatros.

- Tu délires, t'as la fièvre.

- On a balancé 5 types vivants, on a récupéré 5 macchabées.

Maintenant...

J'ai plus les yeux pour voir, mais j'imagine ta tête. Ça me plaît.

- Il a parlé de M et d'albatros ? - Oui.

Et d'un caleçon !

Mademoiselle, il y a là-dedans

ce que les condamnés m'ont demandé de faire parvenir à leur famille.

Mon état m'a pas permis de le faire.

C'est le double de la lettre de Benoît Notre-Dame à sa femme.

Je lui ai envoyé l'original en revenant de Bingo.

- Vous êtes ici à cause du gaz dans les poumons ?

- Même pas. La grippe espagnole.

Quand la mort fait celle

qui vous a pas remarqué...

- Mathilde,

si t'arrives pas à pleurer, tu peux parler.

Si tu peux pas parler, dis rien.

Parfois on commence à parler, c'est là qu'on se met à pleurer.

En pleurant, on dit ce qu'on n'aurait pas dit en parlant.

Tu peux aussi continuer à faire ta tête de pioche.

...

- P'tit Louis, dis à Véro que je pense à elle.

C'est malheureux qu'elle veut plus me parler.

J'ai revu Biscotte,

on s'est réconciliés. Adieu mon ami. Bastoche.

- "Benoît Notre-Dame, matricule 1818.

Je serai un long moment sans t'écrire.

Dis à Bernay que je veux tout régler pour mars."

- Il vend son engrais trop cher.

Dis à mon Baptistin que j'aime tant :

rien de mal ne lui arrivera s'il écoute sa maman.

Je connais personne d'aussi bon. Je t'aime. Benoît.

- "Pour Tina Lombardi,

de la part d'Ange Bassignano."

Mélodie de la montre

...

...

- Si Pois-Chiche entre avant qu'on m'appelle, Manech est vivant.

On frappe à sa porte

J'ai pas faim.

Allez, à table !

Mathilde, à table !

- J'arrive !

- Mathilde est née le 1er janvier 1900.

C'est très commode pour calculer son âge.

En 1903, ses parents périssent dans l'accident de l'autobus 44.

Depuis, Mathilde a l'habitude de dire :

- Feu mes parents, feu mes parents.

Feu mes parents, feu mes parents,

feu mes parents, feu mes parents.

- Son oncle et sa tante, Sylvain et Bénédicte, l'élèvent ensemble,

grâce à l'assurance vie placée

par l'avocat de ses parents, Pierre-Marie Rouvières.

A 5 ans, Mathilde a attrapé le virus de la polio.

Elle est restée des mois alitée,

malgré les cataplasmes à la moutarde,

les pendules, les bouillons de trèfles à 4 feuilles.

Aujourd'hui, Mathilde a 20 ans. Elle joue du tuba,

car c'est le seul instrument capable d'imiter les bouées de détresse.

Pois-Chiche, le chien, dort en faisant des pets.

Il pète.

- Chaque fois qu'elle l'entend, Bénédicte dit :

- Chien qui pète, joie sur ma tête.

- Mathilde a des soins quotidiens pour ses jambes.

Georges Cornu, vice-champion de Bretagne de nage libre,

vient la masser.

Au début, elle était un peu honteuse, puis elle s'est habituée.

Lorsqu'elle est d'humeur,

elle imagine que Georges Cornu admire ses formes.

Un jour, il s'est permis de dire :

- Vous êtes vraiment bien balancée. Et j'en ai palpé quelques-unes !

- Mathilde ne savait plus si elle devait l'appeler :

- Mon cher Georges...

Mon très cher Georges...

Jojo.

- Parfois, avant de s'endormir, elle s'imagine dans des situations

plus que troublantes.

Mathilde n'a jamais besoin d'aller

aux ultimes péripéties de ses divagations

pour que le plaisir l'emporte.

Depuis qu'il a disparu, elle ne peut supporter

la pensée de son fiancé quand elle se contente.

- A ta place, j'oublierais tout ça, Mathilde.

Ça sert à rien de poursuivre du vent.

- Pourquoi il n'aurait donné aucun signe de vie ?

- Parce qu'il a été fait prisonnier,

qu'il est avec une Allemande à tresses blondes et gros lolos.

- Un Breton, manger de la choucroute ? Impossible !

- Tu veux pas que je t'aide ? - Non, garde les pieds sur terre.

- Je tiens sur mes jambes !

- Qu'est-ce que tu dis ? - Rien !

- Oui, j'ai bien entendu.

C'est ce que tu dis qui tient pas debout.

Manech a pas pu être fait prisonnier.

On a pris la tranchée d'en face.

C'est les vainqueurs qui font des prisonniers.

- Il a perdu la boussole, ou il se cache

pour pas aller au bagne.

- C'est du roman,

tout ça, Mathilde. Faut te faire une raison.

- Jeune, belle,

tu pourrais trouver un mari malgré...

Il tousse

La mélodie déraille

- Dans cette histoire, il y a une fausse note.

Je dois retrouver

"l'écumeur des cantines", Célestin Poux.

Ou alors la gagneuse du Corse ? Elle en sait peut-être plus.

Demain je monte à Paris !

- Quoi ?

- Pour quoi faire ?

- Trouver un survivant de Bingo Crépuscule !

- Les dossiers brûlants, j'ai l'habitude.

Cette armoire en est pleine.

Le nombre de scandales noyés dans l'œuf

si Germain Pire n'y avait pas mis son grain de sel !

Regardez, très grosse affaire. Extrêmement délicate.

En 17, un train de permissionnaires déraille au Mont-Cenis : 425 morts.

L'enquête révèle qu'un officier a donné l'ordre au mécano

de prendre le départ malgré des freins défectueux.

Censure totale du gouvernement Poincaré.

Les familles des victimes n'ont qu'un recours

pour retrouver l'officier :

Germain Pire.

- Pire que la fouine.

- Pire, mademoiselle. Je l'ai retrouvé, leur officier,

au grand dam des hautes instances militaires.

D'accord,

au cimetière de Craonne.

Le temps de préparer les valises, je vais les retrouver, Poux Célestin

et la fiancée du Corse.

- Vos tarifs, M. Pire que la fouine ?

- La fouine ne saigne que les pigeons et les dindons.

Pour vous, ça sera...

20 francs par jour,

plus les frais, naturellement.

- Pourquoi cette faveur ?

- Hélène, tu viens dire bonjour ?

Pour les frais, ne vous inquiétez pas.

Germain Pire mange peu, ne boit pas, et donne la pièce avec parcimonie.

- Bonjour. - Bonjour.

- Notre-Dame de Paris ? - Non, je vous appelle

de Paris à propos de Notre-Dame Benoît !

- Benoît Notre-Dame !

Un brave paysan.

Il est mort pour la patrie.

Elle m'en a soufflé plus d'un !

- Sa femme et son petit ? Ils sont toujours là ?

- Chut ! Mlle Minet, je n'entends rien !

Non. Un jour, elle est partie sans laisser d'adresse.

- C'est une chorale que j'entends ?

- Oui ! Nous sommes dans une église, mademoiselle !

Derrière vous, c'est pas un cantique !

"Tout ça ne vaut pas l'amour"

- Merci, M. le curé. - Je vous en prie.

- Bingo Crépuscule ! Ça n'a ni queue ni tête !

- Et la défense des causes perdues ?

- A 10 ans, c'était charmant, cette insolence...

- Prenez-moi au sérieux !

- Tu dilapides ton héritage dans une croisade ubuesque !

"Bingo Crépuscule" ! Pourquoi pas "Youpi Tralala" ?

- Je veux accéder aux archives de l'armée.

- Admettons qu'il y ait une once de vérité là-dedans,

si un condamné avait survécu, il risquerait le bagne.

Tu le sais ! Tes recherches

le mettraient en danger !

Sois raisonnable. En me confiant leurs intérêts,

tes parents... - Feu mes parents.

Justement,

mon bonheur, ça faisait partie de leur intérêt.

Au revoir

et merci, Pierre-Marie.

- Tu as tort de le prendre comme ça, Mathilde.

Je pense à ton avenir.

Ça me fait de la peine de voir que ton état s'est dégradé.

D'accord. Je vais voir ce que je peux faire pour toi.

- Ben oui, y a pas qu'à Lourdes !

Chant polyphonique corse

...

- Bonjour. Je cherche Tina Lombardi, que j'ai connue toute petite.

Claquement du volet

(Les femmes parlent en corse)

- Je suis l'oncle par alliance de Tina Lombardi

et j'aurais voulu...

...

- Excusez-moi. Je m'occupe des intérêts

de la famille Lombardi sur le continent.

Je cherche Tina. C'est au sujet d'un petit héritage. Voyez !

- Vous cherchez Tina Lombardi ?

- Oui, enfin... c'est...

Cris et coups de feu

- Vous connaissez pas la Corse ?

C'est joli, très pittoresque.

Votre Tina tapine aux abonnés absents.

Une personnalité haut placée à la préfecture

a retrouvé sa piste à Bar-le-Duc.

Valentina Emilia Maria Lombardi, dite Tina,

a été enregistrée en 1916

à proximité du cantonnement du 23e régiment de Marseille.

A l'Armistice, la fille de joie a joué la fille de l'air.

J'ai perdu sa piste à Lyon.

"Tout ça ne vaut pas l'amour"

("Le grand frisé") - J'en perds la tête

Je suis comme une bête

...

- Évaporée dans les traboules de la Croix-Rousse.

- Vous laissez tomber ?

- Pas du tout.

Pire ne s'avoue jamais vaincu. Pire est obstiné.

Pire que Pire, ça n'existe pas.

- Parfait ! Merci.

"La force du destin", de Verdi

...

Lavrouye glousse

- Juste un tout petit peu.

Oh non !

Il rit

- Pas les yeux !

...

- Attention avec ça...

...

- C'est à chaque fois la même chose. Il se pointe ici.

"J'ai pas un caractère de cochon, qu'est-ce que tu me dis ?

Attends, on va voir ça."

Vous désirez ?

- C'est mon fiancé.

Et lui,

le menuisier,

je crois que vous le connaissez.

- Oh oh...

Fait soif !

Un verre de vin...

- Ça de moins dans la poche du médecin.

- Ma grand-tante disait ça. Elle est morte

en 1911, à 99 ans.

Elle a jamais été malade.

Bonne chance !

- Je touche du bois.

- La guerre...

- Non ! Une hyène

au Jardin des Plantes.

J'ai voulu la caresser...

Bastoche et Biscotte m'ont fabriqué ça.

- Biscotte ?

- Son meilleur ami. Ils s'étaient connus

durant l'inondation de 1910 en sauvant une bourgeoise.

Bastoche était doué,

mais alors Biscotte, un orfèvre.

Un virtuose du ciseau à bois ! C'est lui qui a chevillé

les articulations.

- C'est pour vous.

- "P'tit Louis, dis à Véro que je pense à elle...

J'ai revu Biscotte, on s'est réconciliés.

Adieu mon ami. Bastoche."

- Ils se sont disputés.

Vous connaissez la raison ?

- Mystère.

Ils en avaient tellement bavé ensemble.

La Marne, la Woëvre, la Somme.

Et du jour au lendemain, ils pouvaient plus se sentir.

Biscotte a changé de compagnie.

Il est mort dans le bombardement d'un hôpital, il était blessé.

Je suis content qu'ils se soient réconciliés.

Tintement de la porte

- Aujourd'hui, ça va pas se bousculer au portillon.

Tu m'en remets un ?

- Elle avait soif !

- Main en bois,

mais cœur en or !

A l'amour !

Le vrai !

- C'était qui, cette Véro ?

- Véronique Passavant, sa régulière, sa gigolette.

Il l'amenait souvent ici.

- Et pour qu'elle veuille plus lui parler ?

- Il a dû faire un écart, elle lui a pas pardonné.

- Voilà, l'année 17, c'est là.

- Ça correspond à quoi, les dossiers rouges ?

- Secret-défense.

- Il faut être mandaté par le haut commandement.

- Évidemment, c'est en haut !

- Allez l'aider. - Oui.

- Si le haut commandement, c'est vous, M. Rouvières et moi,

on est mandatés !

- Si j'avais cette mentalité, je ne serais pas officier.

- Tu devrais t'estimer heureuse d'avoir eu un accès ici.

Ça pourrait prendre des mois, sinon.

- Ça a l'air rangé, mais c'est un foutoir.

Département de la Somme...

- Secteur de Bouchavesnes. Tranchée 108.

- Voilà.

C'est dans un état...

Ça me révolte.

- Je peux vous aider. Merci d'avoir répondu favorablement au général.

- C'est un grand ami à moi.

Bouchavesnes, deux amis y sont morts.

- Il y a eu des combats épouvantables.

- Remarquez, à Paris...

un taxi pour revenir de l'Opéra, impossible.

- Il paraît.

On aimerait savoir ce qui s'est passé dans la tranchée 18.

- Bordereau d'affectation, tranchée 104, tranchée 105,

tranchée 107. Où est passée la 16 ?

Tranchée 108...

C'est pénible, recto verso en plus !

Tranchée 108, creusée par les Allemands,

prise par les nôtres en octobre 1916, rebaptisée

"Bingo Crépuscule". Pourquoi pas "Youpi Tralala".

Le 6 janvier, rien à signaler.

Le 7, gros affrontement, lourdes pertes.

Morts au combat, le capitaine Favourier, professeur.

Le lieutenant Estrangin, assureur.

Le caporal...

Tiens ! Une partie de l'état des pertes

classée confidentiel. - Confidentiel ? Vous voulez dire...

- Je suis désolé.

- C'est pas possible...

- Non. On peut pas aller plus loin. Excusez-moi.

Même le général ne pourrait rien faire.

- Merci pour le temps que vous nous avez consacré...

dans cette recherche.

- Rien qui puisse vous intéresser.

Bordereaux d'affectation, récépissés d'intendance, la routine.

- C'était prévisible.

- C'était couru d'avance.

Téléphone

- Tu exagères, Mathilde.

- J'espère que cette feuille n'est pas secret-défense.

- Si c'est important, vous devez me le dire !

- C'est rien, c'est...

un ordre de permission.

- Du président Poincaré ?

- De temps en temps, il accordait des permissions

aux soldats les plus méritants. C'est comme ça !

- Je vous raccompagne.

...

- Caporal Bouquet Kléber,

caporal Gaignard Francis,

2e classe Notre-Dame Benoît,

2e classe Bassignano Ange,

2e classe Langonnet Manech.

Pour mutilations volontaires, vous êtes condamnés à la peine de mort.

- Le temps de compter jusqu'à 7,

si le train n'est pas entré dans un tunnel

ou le contrôleur n'est pas venu,

Manech est mort.

1, 2, 3,

4, 5, 6.

On frappe

- Billet !

Poisson d'avril !

- On va te la payer, ton annonce.

"Récompense contre information concernant Bingo Crépuscule."

Ça va ?

- C'est pas en encourageant ses lubies qu'elle retrouvera l'appétit.

On ferait mieux de l'emmener à Quimper.

- Pour quoi faire ? - Te changer les idées.

Tu pourrais trouver un bon gars.

- Pour quoi faire ?

- Pour te marier, avoir des enfants. Dis-lui, toi !

- Je peux en avoir ?

- Tu bois du vin ?

- Un verre de vin, ça de moins dans la poche du médecin.

- Ça vient d'où ?

- Du passage de la Main d'Or où le patron de la Main Morte

avait une tante qui disait ça avant de mourir presque centenaire...

- Tu peux répéter ?

- A Besançon, en 1911,

une dame de 99 ans est morte. Son neveu a une main en bois.

Il est patron de la Main Morte, passage de la Main d'Or.

Elle disait souvent ce que Sylvain m'a demandé de dire.

- Elle est déjà saoule !

La cloche sonne

...

La cloche sonne fort

- Regarde !

C'est têtu, un albatros.

Il sait que le vent va faiblir avant lui.

La cloche sonne

...

Son des bouées de détresse

- Oh, mon gravier !

Le facteur fait tinter sa sonnette

- Véronique Passavant, le 17 juillet 1920.

Je vous écris de chez P'tit Louis qui m'a parlé de vous.

Une rencontre m'a mise

sens dessus dessous.

Je me rendais dans l'atelier de Bastoche...

- Je voudrais parler à Bastoche.

- Bastoche ? Il est mort sur le front de la Somme.

Vous saviez pas ?

- Moi, je sais autre chose. - Quoi ?

- A l'hôpital où j'aide les malheureux, y a des syphilitiques.

L'un d'eux m'a confié ça pour vous.

Si tu veux pas mourir couverte d'abcès, réponds.

Le camarade avec qui ton Bastoche se planque,

dis-moi... dis-moi qu'il est corse.

- Déjà que j'ai été martyrisé par les sœurs quand j'étais petit...

- Tina Lombardi sait quelque chose qui nous échappe.

- Qu'est-ce que tu dis ? - La Lombardi,

elle sait quelque chose qui nous échappe.

- Quelque chose qui prouverait que Bastoche s'en est sorti.

- Lui et un des autres condamnés.

Cette grue pense évidemment à son Ange.

Si Bastoche s'en est sorti,

je suis sûre que c'est Manech qu'il a protégé.

- S'il s'en est sorti ! Donne...

Avec des si, on met un cachalot dans une boîte d'allumettes.

- Sans si, il ne reste qu'une corde pour se pendre.

Sonnette du facteur

- Je récupère le gravier dans le gazon !

- Le gravier, c'est une question de style. Pour la demoiselle.

- Quincaillerie Leprince, le 25 juillet 1920.

Mademoiselle, je vous écris rapport à votre annonce

recherchant Célestin Poux et autres survivants.

J'ai connu le gaillard.

Le plus grand démerdard que j'aie vu.

Grâce à lui, j'ai jamais manqué.

- Olivier Nergeton, confectionneur de jouets animés.

Célestin Poux, c'était la providence du poilu,

la "terreur des cantines" ou "rab de rab".

Il falsifiait les états de pertes pour doubler le ravitaillement.

Les anciens de Fontenoy ne sont pas près de l'oublier.

- Etienne Morillon, instituteur. 3 août 1920.

Il nous faisait mourir de rire. Pour nous régaler,

il avait dressé la mascotte de la compagnie.

- Mon gigot !

- Bonjour, madame. Germain Pire, détective privé.

- Oui, Mathilde m'a parlé de vous.

Sylvain ! Tu peux dire à Mathilde de descendre,

y a monsieur La Fouine qui l'attend.

- Côté Poux, que des sauts de puce !

Il est 2 jours à Dreux, 3 à Troyes, puis 4 à Castres, ou 5 à Sète.

Faudra beaucoup de patience.

- Dommage.

- Je t'ai apporté des biscuits.

Goûte, tu m'en diras des nouvelles !

On serait pas mieux dans la cuisine ?

- Merci, Bénédicte !

- Je vous laisse !

- Il a la bougeotte, le Poux.

Tina Lombardi, c'est pas pareil.

Elle brouille les pistes.

- Je sais, elle change de costume.

Biscotte, du nouveau ?

- Ah !

C'est Benjamin Gordes. Le jour où il a remporté

le grand prix de la Menuise

du Faubourg Saint-Antoine.

- Mais...

- Eh oui.

Biscotte,

le meilleur ami de Bastoche,

c'est Benjamin Gordes.

Un soldat de leur compagnie

m'a dit qu'ils étaient comme 2 doigts d'une main, avant...

- Arrête. - Il faut qu'on parle ! Dis-le !

- J'ai pas envie de me battre avec toi !

- Pourquoi tu n'en parles pas ?

- Qui est-ce qui a eu l'idée ?

C'est moi, peut-être ? Non, c'était ton idée !

- Salaud !

Salaud !

- C'était son idée !

- C'est encore une histoire de fesses !

Véronique Passavant rompt avec Bastoche en juin 16.

Après, il se bat comme un chiffonnier

avec Benjamin Gordes.

- Pas besoin d'être Pythagore.

- Ils ne se seraient pas revus avant Bingo Crépuscule ?

- Bingo Crépuscule, là où tout finit.

- Où tout commence, M. Pire.

Tina Lombardi a l'air certaine que Bastoche est vivant.

Qu'est-ce qui différencie Bastoche des autres, ce soir-là ?

- C'est le seul à être menuisier, non ?

- Une chose différencie Bastoche des quatre autres.

Les bottes allemandes.

C'est le seul à en porter.

- Bien sûr, c'est ça, t'as raison ! Tina a dû apprendre qu'un homme

avec des bottes allemandes s'en est sorti.

Pour peu qu'on l'ait vu avec un de ses camarades...

- J'ai croisé deux poilus.

L'un portait des bottes de Boche,

il en soutenait un autre qui traînait la patte.

- En dehors des bottes allemandes,

Bastoche s'était rabiboché avec son meilleur ami.

- Justement.

Qui sait si ça n'a pas changé le cours des choses ?

Si j'arrive au bout sans la casser,

Gordes a trouvé un moyen de sauver Bastoche et Manech.

- Je suis pas près de la mettre au four, ma tarte !

- Faut que je retourne à Paris. - Hein ?

- Faut que je retourne à Paris.

- Encore ? L'héritage de tes parents va partir en fumée.

- Feu mes parents.

...

- Poissons pilotes !

- Excusez-moi, Elodie Gordes ?

- C'est celle qui vend des carottes.

- Merci, monsieur.

Elodie Gordes ? - Oui ?

- Tenez.

- Je le connais pas !

- Lequel vous connaissez pas ? Celui-là ?

Bastoche et Biscotte se sont fâchés à cause de vous ?

- J'ai rien à dire ! - Je veux savoir !

- Laissez-moi !

- Ils se sont retrouvés pour la dernière fois à Bingo Crépuscule.

Mon fiancé était là aussi... avec Bastoche !

Dans cette tranchée de merde !

Je veux comprendre !

Je veux comprendre !!

- C'est pas ce que vous croyez.

Je peux pas raconter. Donnez-moi votre adresse.

Même si l'orthographe et moi, ça fait deux,

je mettrai tout ça dans une lettre, je vous promets.

Mélodie triste

...

Dérapage du vélo du facteur - Allez, mon gravier !

- Y a rien pour moi ?

- Qu'est-ce que tu dis ? - Y a rien pour moi ?

- Juste le journal.

On y parle du monde entier, mais pas d'Élodie Gordes.

- C'est malin !

- T'as tort, on apprend des choses intéressantes.

- Le président de la République

ouvre une enquête sur Bingo Crépuscule ?

- Justement, il l'aurait peut-être fait

s'il était pas tombé d'un train de nuit, en pyjama.

- Ça prouve qu'il dort en pyjama. - Hein ?

- Il dort en pyjama, lui ! - Ah !

- On a récupéré 5 macchabées, alors maintenant...

Le chat miaule

- Voleur, ça on savait ! Maintenant, pyromane ?

Sonnette du facteur

Bruit de chute

- C'est pour moi, tout ça ? - Seulement celle-là.

- Pour une fois c'est pas le gravier que je ramasse, c'est le facteur !

- Plus de graviers, c'est de bonne guerre.

- Y a pas de bonne guerre.

- Une petite goutte ? - C'est pas de refus.

- Je vous supplie de garder pour vous mes confidences.

Quand j'ai connu mon mari, il avait 4 enfants.

Aucun n'était de lui. Il avait épousé une jeune veuve,

tuberculeuse, polonaise comme moi,

et reconnu ses enfants avant qu'elle meure.

J'étais fille-mère d'une petite de 3 ans.

On s'est mis ensemble et il s'est retrouvé père de 5 enfants

alors qu'il pouvait pas en avoir.

Vous voulez écraser maman !

On a eu 4 ans de douceur. On avait des projets.

On rêvait de voir la mer au moins une fois.

Puis la guerre est arrivée.

Au début, je me disais que Bastoche veillerait sur lui.

Quand il est revenu en septembre 1915,

après la campagne d'Artois,

j'ai compris tout de suite que rien ne serait plus comme avant.

- Là-bas, y a que ça qui nous tient en l'air.

Explosion de pétards

- Dans un champ qui brûlait, j'ai vu des camarades.

Leurs cartouchières ont explosé en pétarades.

Une fois, on a même dû utiliser le cadavre d'un de nos copains

pour s'en faire un parapet.

- Il ruminait quelque chose depuis longtemps.

C'est la 2e nuit qu'il a lâché le morceau.

- Si je déserte, je serai repris par les gendarmes.

Ma seule chance d'en réchapper, c'est d'avoir un 6e enfant.

Quand on a 6 enfants, ils nous renvoient dans nos foyers.

- Je vous l'ai dit, des enfants, il pouvait pas en avoir.

J'osais pas imaginer à quoi il pensait,

mais il est revenu à la charge.

- Si je te le demande, y aura pas tromperie.

Surtout si c'est Bastoche.

- Touche pas !

- Aucun des 5 n'est de moi. Pourquoi pas un 6e !

- Même, il y aurait 9 mois à attendre. La guerre serait finie.

- Elle sera jamais finie !

Ce serait 9 mois d'espoir pour moi. Tu n'as aucune charité ?

- Voilà comment j'ai trouvé un mot de Kléber Bouquet,

dit Bastoche, dans ma boîte à lettres,

disant d'accrocher un linge à la fenêtre

si je ne souhaitais pas qu'il monte.

- Bonjour. Elodie ? - Oui.

- Enchanté. - Entrez.

J'ai fait un café, vous en voulez ? - Volontiers.

- Allez-y. - Je vous en prie.

- Après vous.

- Merci bien.

Vous prenez du sucre ? - Non, merci.

- C'est de la nacre ?

- Oui, c'est Benjamin qui l'a fait.

- C'est drôle... qu'on ne... - On ne s'est jamais rencontrés.

- Les enfants sont pas là ?

- Si, si... ils jouent dans la cour.

Un petit remontant avec le café ? - Oui, merci. En fait, non.

Pardon, je...

Non, j'en ai pas envie.

- Moi non plus, j'en ai pas envie.

- On va lui dire qu'on l'a fait.

Ça va le tranquilliser.

Ce sera beaucoup mieux pour vous, pour moi,

pour tout le monde.

...

- Quand tu souris,

ça ouvre une parenthèse.

- Je la refermerai le plus tard possible.

Après-demain, sur le quai de la gare.

- Allez...

Un dernier petit sourire

pour refermer la parenthèse.

- Je n'ai même pas été enceinte.

Très vite, ce n'est plus la peur qui a rongé mon mari,

c'est la jalousie.

Où ? Quand ? Combien de fois ? Quelles positions ?

Tu as eu du plaisir ?

Une torture sans relâche pour lui et pour moi.

Bastoche est mort, comme vous savez.

Mon mari a été tué dans l'explosion de l'hôpital de Combles.

Ça m'a fait du bien de me confier à vous,

car j'ai peur parfois de perdre pied. Elodie Gordes.

- Dépêche-toi, y a maître Rouvières au téléphone !

Dépêche-toi, je l'ai fait attendre ! Viens vite !

Allez... viens vite !

- Allô ?

- Mathilde, c'est Pierre-Marie.

J'ai une mauvaise nouvelle à t'apprendre.

Disons une nouvelle que tu étais censée savoir

et que tu ne vas plus pouvoir continuer à ignorer.

Tu avais raison pour une chose :

Manech et ses 4 camarades

se sont retrouvés dans le secteur de cette tranchée.

Ils ont été inhumés dans le cimetière d'Herdelin.

Après avoir été ensevelis une première fois

sous une bâche, dans un trou d'obus.

Voilà, ma petite Mathilde.

Allô, Mathilde ?

- En juin 1909, Mathilde a donc 9 ans.

Manech Langonnet en a 10.

- Ça fait mal quand tu marches ?

- Nous sommes un vendredi, ou un samedi,

Mathilde ne s'en souvient plus.

- T'as des amis ?

Si tu veux, moi, je peux être ton ami.

Je sens le poisson ?

T'es déjà montée en haut du phare ?

Moi, je peux te porter jusqu'en haut des escaliers,

parce que le gardien, c'est mon père !

Fais ta pimbêche ! Grenouille de bénitier ! Pécore !

- Morveux ! Tu veux que je te botte le cul ?

Hurlements de la fillette

- On voit loin du haut du phare ?

...

Il peine à la porter

- Je suis le fantôme du phare ! !

Je vais te manger les oreilles ! !

Je vais te jeter dans le cachot ! !

Je suis le serviteur de la pieuvre ! !

- Hop là !

Le chien pète.

- Chien qui pète, joie sur ma tête.

...

- Aïe !

...

- Manech aime Mathilde !!

Mathilde aime Manech !!

Manech aime Mathilde !! Mathilde aime Manech !!

Manech aime Mathilde !!

- Allez !

- Tiens.

- Je fume pas. - Je sais, allez.

Pour te faire de nouveaux amis.

...

- Si j'arrive au virage avant la voiture,

Manech reviendra vivant !

Si j'arrive au virage...

Si j'arrive au virage avant la voiture...

Manech reviendra vivant.

Si j'arrive au virage...

Une voiture arrive

- Bonjour !

...

- Toi qui crânais avec "un an" de plus que moi...

tu sais que maintenant, je suis plus vieille que toi ?

Le type qui t'a donné un gant, il s'appelle Poux.

Célestin Poux, c'est drôle, non ?

Et le type que j'ai engagé pour le retrouver, c'est Pire.

Germain Pire.

C'est pas mieux.

En tout cas, il l'a pas trouvé. Pas plus que la gagneuse du Corse.

Le fil est rompu, Manech,

mais je renonce pas.

Je crois encore à la piste de Tina Lombardi.

Il faut que j'aie une certitude. Tu comprends ?

C'est pour ça qu'il faut que je mette la main sur Célestin Poux.

T'es vraiment contrariant, tu sais.

On serait tellement mieux en Bretagne.

- On y va, Mathilde.

Tu vas attraper froid.

...

- Thouvenel !

- Qu'est-ce que vous voulez ?

Vous êtes qui ?

C'est vous qui m'avez téléphoné ?

Vous êtes qui ?

- Les jours passent, pas de nouvelles de Célestin Poux.

Mathilde s'enfonce dans la tristesse.

- Faudrait qu'elle mange, elle va défaillir.

- Laisse-lui au moins l'os à moelle.

Son "bouée de détresse" au tuba

- Elle va finir par nous donner le goût du malheur.

- Enfin, c'est au cœur de la nuit du 15 septembre 1920

que le fil se renoue.

Moteur d'une moto

- "J'ai débusqué le Poux migrateur.

Je vous l'envoie à la grâce de Dieu et des moteurs Davidson.

Germain Pire."

Célestin Poux, la terreur des bitumes.

C'est vous, l'annonce ?

- Mathilde crispe ses mains l'une contre l'autre

pour s'empêcher de trembler et de pleurer,

d'être une bécasse qui fait honte.

- Je l'ai pas vu de visu se faire descendre.

Je suis tombé sur Lebègue, je l'avais connu dans les Vosges,

natif... "naïf" de la Meuse, plutôt. Vous auriez vu sa tête !

Il différenciait l'arabica d'un remède pour les intestins.

On a eu des mots rapport à du café coupé avec du charbon

que je lui avais fourgué contre du tabac.

- La dernière fois que vous avez vu Manech,

il était toujours vivant ?

- On risquait pas de le rater.

Au lieu de se planquer, il gravait un M

au milieu de la terre de personne.

Il a gravé 3 M avant de se faire dégommer par l'Albatros.

- L'albatros ?

- Albatros...

"vastes oiseaux des mers

qui suivent,

indolents compagnons de voyage, les navires glissant

le long des gouffres amers."

C'est du Charles Baudelaire.

En 1915, l'Albatros, c'était un avion boche.

Avec la mitrailleuse à l'arrière. On tirait pas à travers l'hélice.

...

- C'est vous qui lui avez donné un gant ?

- Un rouge en grosse laine.

La fiancée que j'avais me tricotait des moufles.

J'en ai refilé à des Sénégalais

en échange de molaires en or d'Allemands.

Je les ai fait fondre et j'ai pu me payer

la Davidson.

- Vous êtes sûr qu'il est vraiment mort ?

- On m'a dit

qu'avec une blessure pareille,

fallait pas chercher midi à 14 heures.

Sur les 5, y en a 3 que j'ai vus se faire dézinguer de visu.

- Je me rends !

Je me rends !

Tirez pas !

Pitié ! Je me rends !

Ouvrez-moi un passage.

Je suis comme vous.

Gut allemand ! Nicht nicht tirer !

Pitié,

je suis pas français, je suis corse !

J'ai rien contre les Allemands !

Tirez pas ! Pitié ! Je suis pas français !

- Ah, il est pas français !

On va annuler son extrait de naissance.

- Tirez pas, ouvrez-moi un passage !

- Un caporal de chez nous lui a réglé son compte.

Thouvenel. Un teigneux à la gâchette facile.

Une pierre à la place du cœur, mais le compas dans l'œil.

Pauvre type.

- Ça vous plaît ! - Je tuerais père et mère

pour un pot-au-feu !

- Il est orphelin.

- C'est comme la purée aux truffes !

Si vous aimez les truffes, je reviens du Périgord...

- Qui avez-vous vu mourir de visu ?

- Celui qui était bouffé par la gangrène.

- Six-Sous.

- C'est ça, le soudeur.

- Camarades !

Avant de mourir, j'ai une dernière volonté !

Je voudrais pisser debout,

comme un homme !

Après, allez-y, camarades, feu à volonté ! !

- Franzosen, ihr Schweinehunde !

- Adieu la vie, adieu l'amour

Adieu toutes les femmes

C'est bien fini

C'est pour toujours

De cette guerre infâme

C'est à Craonne, sur le plateau

Qu'on va laisser sa peau

Car nous sommes tous condamnés

Nous sommes les sacrifiés !

- Et Bastoche ? - Il était bien planqué.

On n'arrivait pas à le localiser.

Au lever du jour, quand il a répondu à l'appel,

personne a pu le situer, à croire qu'il était ventriloque.

- Non, menuisier.

- N'empêche,

il s'est fait descendre par l'Albatros avec votre fiancé.

...

L'explosion a mis le feu à l'Albatros

qui est allé s'écraser sur la ligne boche.

- Le paysan de la Dordogne, dans tout ça ?

- Il faisait le mort. Ça l'a pas sauvé.

Les Boches ont pas apprécié

qu'on dézingue leurs zincs.

Regardez pas ! Vous allez vous faire du mal !

Quand je suis revenu avec le rata, ça tiraillait sec.

Ça s'est mis à marmiter tous azimuts.

Bombardements

...

Ceux qu'ont pas connu ça peuvent pas savoir.

Les jambes qui répondent plus, le cœur qui cogne...

...

...

- J'ai vu le paysan de la Dordogne se faire pulvériser.

- Faut attaquer avant de se faire saigner.

- Baïonnettes aux canons !

- Baïonnettes aux canons !

- Baïonnettes aux canons !

- Baïonnettes aux canons !

- Baïonnettes aux canons !

- Baïonnettes aux canons !

- Ce que j'ai raconté, c'est roupie de sansonnet.

- Pour la France,

en avant !!

Cri de guerre des soldats

...

- On avait dépassé les cadavres des prisonniers

quand les mitrailleuses se sont mises à cracher.

On s'est fait laminer !

...

- En avant !

Salaud de Lavrouye ! Il a gardé le papier sous le coude.

- Brancardiers !!

- Un papier ? Mais quel papier ?

- Il a pas eu le temps d'en dire plus.

Le soir, triple ration de soupe : j'avais prévu pour un régiment.

Favart et Chardolot dressaient l'état des pertes.

- Les condamnés apparaissent dans le bataillon ?

- On a reçu des ordres.

- Ça sent la magouille.

- "Magouille", ça rime avec Lavrouye.

- Aussi avec "tambouille". Allez, les gars, à la soupe.

C'est déjà froid !

- Il y en a que 3 sur 5 que vous avez vus mourir.

- "De visu" !

- Les fausses espérances, ça sert qu'à se faire du mal.

- Pas si fausses !

- Vous goûtez mon far ? - C'est raisonnable ?

- Avec un peu de crème fraîche.

- Dans ces conditions...

- J'aime les gens qui font honneur.

- Je vais la mettre au lit.

- On va tous faire un petit somme.

Cris d'hommes et pétarade de moto

- Doucement !

Doucement, là !

- Manque de panache. Votre vocation, c'est le ratissage.

- Monte, facteur ! Je te dépose... - Et mon vélo ?

- Je m'en occupe. Je suis pas un planqué de la poste !

- Allez ! - Allez !

- Planqué ! C'est pas ma faute, je suis asthmatique !

- Pour un asthmatique, vous en faites, du vélo !

- Dites, Célestin, c'est pas un side-car !

- Un rien et les voilà redevenus des gosses.

- Tant qu'ils se mettent pas à jouer aux soldats.

- "Dis à Bernay que je vais tout régler pour début mars..."

- C'est pas possible qu'il dise des banalités pareilles.

- Il y a forcément un code. Le cryptage des amoureux,

c'est pas avec l'huile de méninges qu'on le résout.

- Et Bastoche ?

Si on l'a revu avec ses bottes, c'est qu'il a survécu.

- Pas du tout, mademoiselle.

Gordes a pas voulu le laisser avec les bottes d'un ennemi.

- Si les Boches te prennent avec ça aux pieds, ça se passera mal.

- Tina Lombardi est partie sur une fausse piste.

Son soldat aux bottes allemandes,

c'était pas Bastoche.

- C'était Gordes ! Exactement.

Avec un gamin de la classe 17.

Un nommé Desrochelles.

Des brancardiers venaient de les croiser.

- Eh ! T'es de Bingo, toi ?

- C'est possible.

- Tu leur diras : Gordes est blessé, il est avec un jeune, Desrochelles.

- Avec ses bottes allemandes !

- Vive l'anarchie !

- L'anarchie...

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Qu'est-ce que j'ai dit ?

- Mathi ?

Mathi, ouvre !

- Mathilde !

- Allez, sois raisonnable !

Qu'est-ce que vous lui avez fait ? - Rien...

- Ça fait 3 ans que tu sais que Manech est mort !

- Ça s'appelle de l'obstination.

- Non, ça s'appelle de l'espoir.

M. Poux vient de le tuer.

- Si je pouvais me rattraper ?

- Oui.

M'emmener là-bas, à Bingo Crépuscule.

- On dirait une princesse indienne sur son éléphant !

- Avec ses rabatteurs, le jour de la grande chasse au chagrin.

- C'était là ! Juste là.

10 mètres plus loin, face à Bingo, il y avait

la tranchée Erlangen des Boches.

- L'arbre, il est où ?

- Les souches, les débris, tout ça,

c'est parti dans les boyaux, pour reboucher.

Les 5 avec la main bandée, on les a retrouvés sous une bâche,

une pelletée de terre par-dessus.

Ils étaient pas beaux à voir. - On s'en doute.

- Le plus jeune avait l'air d'un enfant.

- Il portait un gant,

un gant en laine rouge ?

- Ils avaient tous un pansement à une main.

Rien à l'autre. Non, je ne vois pas de gant.

Athos !

J'aime pas le voir creuser comme ça, parce que...

vous savez, dès qu'on fouille le sol,

on tombe sur une saloperie qui vous emporte un bras ou une jambe.

C'est la crypte.

Il y avait une chapelle entre la tranchée boche et la nôtre.

Il n'en restait qu'un tas de briques.

- J'en reviens pas ! Je reconnais plus rien.

...

- Le gant rouge... Manech a pas pu le perdre ?

- C'était de la grosse laine, il tenait bien.

Je me suis servi du 2e jusqu'à la fin de la guerre.

- Il l'avait enlevé pour graver sur le tronc ?

- Entschuldigung.

- Je saurais pas dire.

A priori, non.

- Il était rouge comment ? Rouge vif ?

- Rouge pétant.

Avec des picots blancs. Comme des asticots sur une pomme.

- Pardon de vous aborder,

mais la famille de mon mari a beaucoup souffert de la guerre.

Je ne voulais pas venir à la table d'un ancien soldat français.

- Qu'est-ce que vous savez ?

- Avant de mourir, mon frère Günter

a vu votre fiancé graver ces 3 lettres sur un tronc d'arbre.

Il portait un gant rouge avec des pois blancs.

Un camarade de Günter m'a tout raconté.

Quand notre avion

a tiré sur votre fiancé,

ils étaient tous malades.

Tout de suite après,

c'était l'enfer.

...

Par deux fois, Dieu aura épargné ce soldat français.

Ensuite, les vôtres ont attaqué,

ils ont tué mon frère.

Il avait 23 ans.

Je suis venue voir sa croix au cimetière.

- Je suis désolée.

- Tout guérit avec le temps, vous verrez.

J'y retourne, il va s'inquiéter.

- Je l'ai pas complètement tué.

- Qui ça ?

- L'espoir !

Qu'est-ce qui se passe ?

- Tina Lombardi. On va la guillotiner.

"La tueuse d'officiers", qu'ils l'appelaient.

- Elle a assassiné Lavrouye et Thouvenel.

Elle avait l'intention de tuer le maréchal Pétain.

- Tu t'es mise dans un fauteuil roulant pour m'attendrir !

...

- J'accepte de vous parler,

parce que je sais qu'on se ressemble.

- On va les laisser seules.

- Ce que j'ai fait, vous auriez pu le faire.

- Non, je crois pas.

J'aurais trop peur.

- J'ai pas peur.

Et je regrette rien.

A part mes cheveux.

La coupe au bol avant la bascule.

L'idée de ressembler à Jeanne d'Arc quand je vais retrouver mon Ange...

- Pourquoi s'en prendre au maréchal Pétain ?

- Passer les mutilés par-dessus le parapet, c'est son idée.

- Pourquoi pas Poincaré ?

Il a refusé de les gracier.

- Vous savez pas ?

Il les avait graciés. Tous les cinq !

- C'est un ordre de permission.

- Lavrouye ! Il a gardé le papier sous le coude.

- Pourquoi ce salaud de Lavrouye a fait ça ?

- Parce que les salopards font des saloperies.

On frappe

...

- Celui-là,

vous pouvez me faire confiance, je l'ai pas raté !

Vous et moi, on a mené la même enquête.

Chacune à notre manière.

A force de chercher un ancien de Bingo,

j'ai fini par lever un infirmier qui avait soigné mon Ange.

Ce type, Philippot, il était persuadé d'avoir revu un des cinq,

un costaud, blessé à la tête, à l'hôpital de Combles.

- C'était un costaud, blessure à la tête, bottes allemandes.

- D'après lui, il portait des bottes allemandes.

Il soutenait un plus mince...

- Je crois que c'est ça. J'en suis sûr maintenant.

- Un costaud, blessé à la tête. - Son médecin-chef lui a dit

de la boucler.

Vous comprenez comment j'étais folle d'espoir.

Après, j'ai rencontré celui qui a brisé mes illusions.

Le sergent-chef Favart.

Il m'a raconté comment ce porc de Thouvenel a descendu mon Ange.

Comme une envie de pisser.

Lui non plus, je l'ai pas raté.

Je pensais plus qu'à une chose.

Supprimer tous ceux qui avaient fait souffrir mon Nino.

- Votre Ange avait laissé ça pour vous.

Mélodie de la montre

...

La mélodie déraille

- "La vengeance est inutile. Essaie d'être heureuse

et ne gâche pas ta vie pour moi.

Ton Ange de l'enfer."

- Départ pour Paris quai n° 2.

- Gordes, qui avait échangé les bottes avec Bastoche,

c'était un type costaud ?

- Biscotte ! C'était pas un athlète. C'était un type comme vous et moi.

- Et Jean Desrochelles, des nouvelles ?

- Desrochelles, il se liait pas. Il vivait seul avec sa mère.

Je dois vous laisser. J'embarque dans 1 h pour le Venezuela.

- Bonne chance, Célestin. - Vous aussi.

- Vous m'avez caché la grâce de Poincaré...

- Inutile de remuer le couteau dans la plaie, comprends-moi.

- J'ai un service à vous demander.

- Ça concerne toujours "Bingo machin" ?

Fils du libraire Desrochelles Paul, né à Sarreguemines,

mort en février 1897.

Desrochelles Jean, c'est ça !

Comment ? Alors... Oui.

A Saintes.

Dans les Charentes. Oui, très bien ! Merci.

- Dites-moi, M. Pire, Tina Lombardi, vous aviez sûrement une idée

de ce qu'elle mijotait.

- Il valait mieux éviter d'être en travers de son chemin.

- Quand la panthère est en colère, la fouine se débine ?

- Non ! La fouine fouine, mais à distance.

- J'ai une nouvelle piste à vous soumettre.

Jean Desrochelles, évacué du front de la Somme le 7 janvier 17.

Seule parente connue : sa mère. Mme veuve Paul Desrochelles.

22 rue de l'Abbaye à Saintes, dans les Charentes.

- J'ai plus rien à faire !

- Vous avez essayé de me joindre.

- Oui, le camarade de mon frère dont je vous ai parlé,

il s'est souvenu d'une chose

qui pourrait vous intéresser. Les deux soldats français

qui l'escortaient le lundi matin,

ils ont voulu repasser par le no man's land.

Ils ont vu les cadavres des condamnés.

Il y en avait un dans une sorte de cave

et les deux Français ont eu l'air surpris.

Je ne sais pas si ça peut aider.

- Merci.

"Dis au père Bernay que je veux tout régler pour le début mars.

Il vend son engrais trop cher, il faut s'attendre à tout avec lui."

Il vend son engrais trop cher...

- Y a forcément un code.

- Mathilde.

M. La Fouine a téléphoné.

- Il a fait chou blanc à Saintes.

- Je sais.

Le téléphone sonne

- Allô, j'écoute.

Oui, mademoiselle, je me souviens.

Bernay ? Ça ne me dit rien. Je ne vois personne de ce nom-là.

Benoît Notre-Dame n'aurait jamais acheté d'engrais.

- Merci, monsieur le curé.

Faut décoder cette lettre.

Je sens qu'on brûle.

...

- "Serai... Bernay... mars...

vend... tout... dis... rien...

écoute... personne.

Benoît."

...

- S'il vous plaît, "la ferme du bout du monde" ?

- La dernière maison, au bout du chemin.

- S'il vient pas ?

- Il va venir, t'inquiète pas. Repasse dans 2 h.

...

- Bonjour, Mathilde.

C'est dangereux de ramener des morts à la vie.

Le jour où ton annonce est sortie dans le journal,

je savais que je verrais débarquer les gendarmes.

Rassure-toi,

l'occasion de me débarrasser de toi, je l'ai laissée passer.

Le chat miaule

- Voleur, ça on savait ! Maintenant, pyromane ?

- Tu vois, j'ai pas réussi à te tuer.

Même les lapins, c'est ma femme qui s'en charge.

La guerre m'a retiré les griffes.

- Vous savez ce que je suis venue entendre.

Est-ce qu'il est vivant ?

- La dernière fois que je l'ai vu, il était mal.

Il est plus costaud qu'on croit.

Restez pas ensemble.

Quand tout s'est calmé, j'en ai profité pour dormir.

Le sergent fait l'appel

- Bouquet ! - Qu'est-ce que tu me veux ?

- Notre-Dame ?

Notre-Dame ?

- Le petit maquereau a voulu se rendre.

Le soudeur parigot s'est fait tuer.

Ton fiancé s'est mis à graver l'arbre,

et l'Albatros boche est arrivé.

Je suis revenu à moi quand la terre a tremblé.

J'ai rien compris. Mais j'ai vu cette trappe

que l'obus avait entrouverte.

- Pour la France ! En avant !!

Les soldats hurlent

- Ils ont traversé le no man's land.

Puis ils se sont fait cueillir par les mitrailleuses.

Plus tard, une voix m'a réveillé.

- Nom de Dieu ! Bastoche est mort ! On peut pas le laisser là !

- On viendra le rechercher plus tard.

- Bastoche est mort.

- Regarde celui-là, il bouge encore !

- C'est le Bleuet, il va crever lui aussi.

- Une explosion a arraché la trappe.

Un des deux types est arrivé dans un sale état.

- Bastoche est mort.

Bastoche est mort.

On va tous crever.

- J'ai reconnu l'ami de Bastoche

qui avait pris ses bottes allemandes.

Après avoir mangé, j'ai fumé son tabac.

J'ai encore entendu des voix.

- Allons voir par là.

Viens voir ça !

- Merde alors !

- C'est pas le Bleuet.

Qu'est-ce qu'il fout là, lui ?

- Le paysan de la Dordogne, il est où ?

- Was macht er denn da ?

Es ist zu gefährlich.

...

- Monsieur !

Monsieur !

Monsieur !

...

J'ai froid. - T'inquiète pas.

- J'ai froid.

- Même salement amoché,

ton fiancé voulait vivre, je l'ai vu dans ses yeux.

Je l'ai chargé sur les épaules et je suis parti.

Il brûlait de fièvre,

je sentais sa chaleur dans mon dos.

Il délirait aussi.

Il parlait d'un cœur qui battait dans sa main.

- Caporal !

T'es plus qu'à 50 m de l'hôpital.

- On y redescend ton copain ?

- Non, ça ira.

Si vous croisez des gradés de Bingo,

dites-leur que Gordes est descendu à l'hôpital avec Desrochelles.

- Comme tu voudras, bonhomme !

- Je suis arrivé juste avant que tout explose.

L'état-major avait placé l'hôpital

dans un hangar à dirigeables bourré d'hydrogène.

- Le Bleuet a été évacué.

- Il va s'en tirer ?

- La blessure à la hanche n'est pas grave.

Mais il a une très vilaine pneumonie.

Je vous ai enregistrés sous le nom de vos plaques matricules.

Je veux rien savoir de plus. Bonne chance quand même.

Sifflement d'un obus

...

- Bloquez le treuil ! !

Cris de panique

...

- S'il vous plaît !

...

- Après, j'ai gagné Bernay à pied.

J'ignorais si ma femme avait reçu ma lettre.

Tous les jours, j'allais l'attendre à l'autocar.

Avec l'argent de la vente, on a acheté une ferme, ici.

La plus isolée qu'on pouvait trouver.

"Le bout du monde".

Voilà.

Au revoir.

- C'est drôle.

Vous avez fait un trou en plein dans la ligne de vie.

- C'est normal,

je suis mort... à Bingo Crépuscule, comme ton fiancé.

Si tu retrouves Jean Desrochelles vivant,

fais-le-moi savoir. Tu sais où me trouver.

- Faut pas te gêner ! A Noël, rentre par la cheminée !

- Pour mademoiselle Mathilde.

- Je lui donnerai tout à l'heure.

- Si j'étais vous, je la réveillerais.

- Qu'est-ce qui se passe ?

"Il est vivant.

Ne bougez pas, Mathilde, surtout ne bougez pas.

Je viens.

Germain Pire."

Ce que je peux être idiote !

Mélodie douce

...

- Pire que la fouine, plus rapide que la gazelle !

Il est vivant, bien portant, mais il a tout oublié.

Son amnésie est totale.

Il a fallu lui réapprendre à lire et à écrire.

Les psychiatres qui le suivent depuis 17

laissent peu d'espoir.

Mais attention !

Il y a autant d'amnésies que d'amnésiques.

- Il est où ?

- A Milly-la-Forêt.

Orphelin pour la 2e fois, il vient de perdre sa mère adoptive.

- Pierre-Marie, vous connaissez monsieur Pire ?

- De réputation.

- Très honoré.

- J'y croirai quand je le verrai.

- "De visu" ! - "De visu" !

- Quand Jean Desrochelles est né,

sa mère avait 40 ans et pas d'autre enfant.

Quand les gendarmes sont venus...

- Pour regarnir le front des Ardennes...

- Elle est tombée en dépression.

Un jour, elle a reçu la visite d'un camarade de son fils...

- Chardolot !

- Malheureusement, c'était bien Jean.

Il avait été touché par un obus. Il était mort.

Le plus jeune des condamnés a pu usurper l'identité de Jean.

Par un échange de plaques.

- Elle a basculé le jour où l'hôpital de Châteaudun

lui a demandé de venir au chevet de son fils.

- Il dort, je vous laisse.

- Bonjour. Vous êtes qui ?

- Ta maman, mon chéri.

Je suis ta maman.

- J'ai mené une petite enquête.

Mme Desrochelles est décédée il y a 2 mois,

renversée par un camion à la suite d'une altercation.

Ce n'est pas une déduction.

C'est le procès verbal. - On le savait !

Ne vous en faites pas.

Mme Desrochelles n'a pas souffert, elle est morte sur le coup.

- C'est pas ça.

Je suis en dessous de tout !

Je t'ai pas crue, ma petite Mathilde !

J'aurais dû le savoir.

Pardon...

- Dans ce qu'elle appellera "l'expédition de Milly",

le soleil, le ciel et toute la nature sont avec elle.

En vraie femme, elle s'est parée du mieux qu'elle a pu.

En blanc pour faire fraîche,

un peu de rouge à lèvres pour la circonstance,

les sourcils faits,

surtout pas de noir pour allonger les cils,

elle sait ce que ça donne quand on craque.

...

- On lui a dit qu'une jeune fille qu'il a beaucoup aimée

allait venir le voir.

Il a demandé votre nom, qu'il a trouvé très beau.

Il est dans le jardin. Il vous attend.

...

- Ça te fait mal quand tu marches ?

Tu veux voir ce que je fais ?

Plus tard, j'ai pas tout à fait fini.

Pourquoi tu pleures ?

- Mathilde s'adosse bien droite sur sa chaise,

croise les mains sur ses genoux

et le regarde.

Dans la douceur de l'air,

dans la lumière du jardin,

Mathilde le regarde,

elle le regarde,

elle le regarde.

Sous-titrage : Vdm

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