All language subtitles for Le.Cours.de.la.Vie.2023.FRENCH.1080p.WEB-DL.H264-Slay3R 2

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Original subtitles

Bonjour à tous.

Désolée, Vincent devait venir vous chercher, mais il a un petit souci de

dernière minute.

Pas grave, je suppose ? Non, une réunion à l'extérieur, un problème administratif

à régler en urgence.

Je ne me suis pas présentée, je suis Louison, la belle-sœur de Vincent.

La belle-sœur ? La belle-sœur.

Ah, mais vous ne travaillez pas à l'école ? Si, si, je bosse à l'école, je

suis superviseuse de tournage.

Ah, d'accord.

Et ils se sont mariés depuis longtemps ? Eh bien, depuis 18 ans.

Ah oui, vous m'excusez, juste une seconde, je dois juste passer un petit

coup de fil.

Théo ? Elle est là ? Oui, je suis en réunion, j'arrive.

Il paraît qu'elle a écrit une vingtaine de films.

Vu son âge, je vois pas où il explique, en fait.

En tout cas, moi, ça me fait bien, Yej, d'être là au lieu de finir de monter mon

film. Pareil, c'est un trou le cul. Il me casse les couilles, Vincent, à nous

imposer ça tout là, Jean-Léon.

Putain, elle est trop stylée. Tu vois, moi, si elle disait oui, je dirais pas

non. T'es sérieux ? Bah quoi ? Elle a 50 ans. Y a tout à apprendre de nos aînés,

surtout au pieu.

Vachement pertinent comme intervention.

Fais gaffe au croissant, Merlin, tu vas prendre du bide. Ouais.

Quel salaud. T'étais où, cette nuit ?

Chez moi ? C'est pas à toi que je parle.

T'étais où ? Bah chez elle.

T'étais pas chez lui plutôt ? Bah moi j'aurais bien aimé, mais apparemment c

'est pas possible. Arrête de me prendre pour un con, je sais très bien ce qui s

'est passé.

Bonjour, bonjour.

Salut. Ça va ? Merci.

Un peu tendu non ? Ah, Antoine et Chloé, je sais pas ce qu'ils ont.

Alors c'était notre couple de comédies romantiques, et puis là ça a brillé Qui

a peur de Virginia Woolf.

Vincent m'a dit, alors, vous avez fait vos études ensemble ? Euh, oui.

Et après, vous vous êtes perdu du... C'est ce qu'il vous a dit.

Pourquoi, c'est pas vrai ? Si, si.

Vous vous êtes perdu du... Noémie ?

Je

suis désolé, j'ai pas pu venir te chercher à l'aéroport, j'avais un truc à

régler en urgence. Je vais lui expliquer.

Toi, tu as des trucs à faire, je crois.

C'est ça, non ? Ok, patron.

Je crois qu'il a envie de retrouver sa grande amie.

Non, mais... Et un café, là, si tu veux. Oui, allez, allez.

Si tu veux. Non, mais c'est gentil, merci.

Quel boulet, c'est bien.

Je ne la connais pas, mais je l'aime bien, moi.

Moi aussi, je l'aime bien.

Je l'adore, même.

Mais ce n'est pas toujours facile de travailler en famille, c'est ça ? Oui.

Qu'est-ce qu'elle t'a dit exactement ? Que c'était ta belle.

T'as pas changé ? Toi, oui.

Non, pas du tout.

En plus, pas du tout, du tout.

C'est incroyable. Ah bon, c'est vrai ? Je sais pas, je te parle de mon école.

Avec plaisir, oui, parle-moi de ton école.

Bon, écoute, voilà...

Avec La Fémis et Louis Lumière, l'ENSAV est l'une des grandes écoles publiques

de cinéma en France.

Mais personne ne la connaît.

Tu l'apprends bien, en tout cas.

Oui, mais franchement, jure-moi que tu connaissais l'ENSAV avant que je t

'invite à faire cette Masterclass.

C'est vrai.

Pourquoi tu m'as invité ? Parce que je pense qu'il était temps de rendre

hommage à ton talent de scénariste.

Et il t'a fallu 30 ans pour te rendre compte de ça ? Mais t'as vraiment pas

changé.

Alors, raconte, ton pote de jeunesse, il a changé ? Il me fait de plus en plus

penser à sa mère, en fait. À sa mère ? C'est quoi, c'est les seins qui tombent

et le poil au menton qui font dire ça ? Alors, je t'explique. Donc, il y a trois

caméras dans la salle. Il y en a une comme ça, en plan rapproché sur toi.

une en plan moyen, et puis cette troisième caméra-là, elle permet de

pivoter sur la salle pour avoir le public, tu vois.

Bonjour.

Vous m'entendez bien ? Alors,

je n'ai pas vraiment l'habitude de ce genre d'exercice, donc n'hésitez pas à

intervenir et à poser des questions, parce que je n'ai pas très envie de vous

faire un cours trop théorique.

Alors, je crois que la première qualité d'un scénariste, contrairement à ce qu

'on pourrait croire, ce n'est pas tant l'imagination que l'observation.

le sens de l'observation des autres et de soi-même.

Observez tant que vous pouvez vos amis, votre famille, au café, les gens autour

de vous.

Il y a une formule magique pour un scénariste, c'est « et si ».

Il faut savoir partir de la réalité et extrapoler à partir d'elle.

Essie, c'est un point de départ à toute histoire.

Pour écrire, il faut chérir cette formule.

Oui ? Samia, vous pouvez nous donner un exemple d'observation de la vie qui,

avec un essie, s'est transformé en fiction dans un des scénarios que vous

avez écrits ? Des exemples, j'en ai plein.

On peut prendre par exemple la comédie que j'ai écrite qui s'appelle Le père de

nos enfants. Vous l'avez vue ? Qui l'a vue ?

Personne... Ah, Vincent ? Non, mais il faut le voir, absolument.

Merci, Vincent.

Il y en a un ? Je vais vous dire comment m'est venue l'idée. En fait, j'étais

dans un café, j'avais rendez-vous, et puis j'observais les gens, j'étais en

avance, et là, je vois deux femmes enceintes qui pleurent dans les bras l

'une de l'autre.

Et quand je dis enceintes, mais vraiment très, très, très enceintes. Elles

devaient se pencher un peu ridiculement pour...

pour arriver à s'enlacer et elle avait quasiment la tête sur le ventre de l

'autre.

Et là, un « et si » m'est venu.

Je me suis dit, et si ces deux femmes avaient été mises enceintes par le même

homme et qu'elles se retrouvaient pour la première fois pour s'allier, pour

retrouver l'homme qui les avait mises enceintes. Qu'est-ce qui se passe ? Que

Chloé a couché avec Agathe et que maintenant, elle va se taper sa mère.

Quoi ? T'es sérieuse ? Putain !

Il y en a qui veulent écouter, là.

Et donc, il faut savoir extrapoler à partir de la réalité.

Et si, c'est un passeport pour l'imaginaire.

Et si, le soif, l'eau de

cette bouteille, pardon, de cette carafe, était empoisonnée.

Ça pourrait être l'un de vous, Camille Dussianur, pour avoir son heure de

gloire sur les réseaux sociaux.

N'est-ce pas, mademoiselle ? Je prends des notes de ce que vous dites.

Bien.

Ou alors, ça pourrait être le bienveillant directeur qui m

'empoisonnerait pour d'obscures raisons liées au passé.

Bon, donc je suis pas morte.

Et vous, vous avez un bon point de départ, vous avez deux personnages. Et

puis donc, vous vous dites que vous allez commencer à les développer, à

écrire des péripéties.

Et c'est là que je vous dis, arrêtez-vous et réfléchissez.

Pourquoi écrire cette histoire ? Qu'est-ce que vous voulez dire ? En

gros, en quoi elle peut servir à d'autres ? En quoi elle vous conserve ?

Je pense...

En effet, la meilleure école de scénario qui puisse exister, c'est de faire une

thérapie. Parce que le travail thérapeutique s'apparente beaucoup au

travail d'écriture.

Comme au début d'un scénario, quand on arrive chez le thérapeute, on a des

idées comme ça, toutes faites sur les personnages de nos vies, de notre vie,

des clichés qu'il faut savoir traquer. Ça, c'est très important dans l

'écriture. Et puis, je pense que...

Décortiquer la psyché humaine, ça peut être aussi haletant qu'un thriller.

Voilà.

Louison, tu peux passer l'extrait, s'il te plaît ?

Je voudrais maintenant vous parler de Paul Schrader. Il a animé des ateliers d

'écriture à l'université de New York dans les années 70.

Paul Schrader, il a beaucoup écrit pour Scorchese.

Il avait une méthode de sélection assez radicale. Il ne sélectionnait pas les

étudiants sur ce qu'ils avaient écrit, mais sur leur propre vie.

C'est-à-dire qu'en gros, il leur disait, voilà, vous avez cinq minutes pour me

raconter votre vie.

Si ça m'intéresse, vous êtes pris, autrement, voilà.

Et après, Schrader essayait de trouver la meilleure histoire pour illustrer la

problématique de chaque étudiant. D'ailleurs, allez-y, dites-moi des

problématiques qui vous touchent.

Oui ? Camille.

La tyrannie des apparences.

Très bien, mais est-ce que vous pouvez être encore plus précise pour nous dire

en quoi ça vous concerne, vous ?

C'est dur de se définir comme non-binaire.

Parce que la plupart du temps, les gens ne comprennent pas trop, en fait.

Ils finissent par vous faire douter de qui vous êtes vraiment.

Et c'est difficile de ne pas se trahir soi-même, de ne pas trahir les autres.

Enfin, c'est vachement plus facile que de ne pas se trahir soi-même. Mais

enfin, voilà.

Merci. Oui ? Agathe ? Oui ?

Si c'est pas trop indiscret, mais c'est quoi la problématique personnelle que

vous avez tirée de votre vie ? Non, mais c'est indiscret, mais je vais vous

répondre.

Parce que je voudrais que vous compreniez aujourd'hui que justement, si

vous n'êtes pas indiscret, c'est-à-dire en fait lucide, sans concession, vous

aurez du mal à écrire quelque chose de vraiment intéressant.

Un scénario, il peut partir de là, mais s'il passe pas par là...

D'après moi, il lui manquera toujours l'essentiel.

Donc, la problématique de ma vie, elle vient

de l'enfance, comme souvent.

La peur de l'abandon.

Et si je la traduis en question, ça donnerait... Est

-ce que...

Il faudrait quitter les gens qu'on aime avant que ce soit eux qui nous quittent

? Ou est-ce qu'il faut précipiter les choses, avoir l'impression de les

organiser plutôt que de les subir ? Ou comme dit la chanson, faut-il fuir le

bonheur de peur qu'il ne se sauve ? Je pense qu'on peut aller très

très très loin par amour, mais je pense qu'on peut aussi aller très très très

très loin pour fuir l'amour.

Sabrina. Sabrina, votre question ? J'ai l'impression que vous sous

-entendez qu'il faut forcément avoir vécu des choses dramatiques ou avoir des

problématiques graves pour écrire.

Mais si notre vie, elle est nulle ou privilégiée, si on n'a aucun

problème personnel à raconter, est-ce qu'il faut choisir un autre métier ?

Mais aucune vie n'est nulle.

Et pour moi, un étudiant qui a fait 15 fois le tour du monde n'a pas plus à

raconter que celui qui rêve d'une vie plus intense.

D'ailleurs, il y a une phrase dans le livre de Rilke, L'être à un jeune poète,

que j'aime beaucoup, et qui dit, si vous trouvez que votre vie est pauvre,

Ne l'accusez pas.

Accusez-vous plutôt vous-même.

Dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour en convoquer les richesses.

Je vais vous raconter une autre histoire.

Ça se passe aussi à l'atelier d'écriture de Schrader.

Il y avait un étudiant qui n'avait absolument rien écrit, qui était

incapable d'écrire quoi que ce soit, qui était complètement désespéré.

Et donc, il va voir Schrader à son bureau et il dit, non mais je vous dis

que je suis nulle.

De toute façon, je suis un briseux de la campagne. Ces snobs de New Yorkais, ils

ne m'adressent pas la parole.

À la fac, je parle à la machine à café. Dans ma chambre de bonne, je parle tout

seul. Le téléphone, il ne sonne jamais. Ou alors...

C'est un faux numéro.

Et alors, quand je me promène dans la rue et que je vois des amoureux qui

tiennent la main et qui rigolent, j'ai envie de sortir mon flingue et de les

buter. Et là, Schrader, il exulte. Il dit, mais c'est ça, c'est exactement ça

qu'il faut écrire.

Bon, la chambre de bonne, c'est pas très cinématographique, donc il faut la

transposer. Pourquoi pas un taxi ?

Dans un taxi, c'est pareil, vous êtes seul et avec cette vitre là opaque qui

sépare des passagers.

Et puis il y a des amoureux justement qui adorent avoir des témoins de leur

amour, ça les excite. Et donc ils sont là, les amoureux que vous avez envie de

buter, ils viennent jusque dans votre chambre de bonne transposée, dans votre

taxi. Et si votre personnage sortait, il est buté vraiment. Si on appelait ce

film Taxi Driver.

Et c'est comme ça que...

Je ne peux pas vous laisser dire ça. Je suis désolé, mais vous racontez n

'importe quoi.

La jeunesse de Taxi Driver, ce n'est pas du tout ça.

C'est Paul Schrader qui a 25 ans, qui est dans un sale état. Sa copine vient

de le larguer. Il vit dans sa voiture depuis des semaines.

Et il a un ulcère à l'estomac. Il doit aller à l'hôpital.

On lui file une chambre et c'est là qu'il commence à avoir...

Cette vision du yellow cab avec un mec à l'intérieur, qui est enfermé à l

'intérieur et qui sillonne la ville.

Et là, il se dit, merde, c'est moi, en fait, ce gars qui est coincé à l

'intérieur de ce taxi, éloigné du monde.

Et c'est la première fois qu'il se met à faire une métaphore concrète qui est

liée à un problème personnel.

Et c'est là qu'il crée cette méthode, justement, de métaphorisme, de partir de

sa vie et tout ça.

C'est n'importe quoi, ce que vous dites. Je veux dire, c'est pas du tout avec

cette méthode qu'il a créé Taxi Driver. C'est des conneries, ça.

D'accord, alors on sait très bien ce que tu racontes, mais si tu peux l'exprimer

plus calmement, c'est mieux. Vincent, non, non, mais il n'y a aucun problème,

laisse-le parler. Non, non, mais il m'a compris.

Est-ce que c'est pas beau de m'en dire, madame ? Moi, je ne savais pas.

Donc, merci.

Cela dit, moi, j'aime bien l'autre version.

Et, bon, puisque vous êtes très cinéphile, apparemment, même si vous n

'avez pas vu le père de nos enfants, eh bien, vous devez connaître le film de

John Ford qui s'appelle Liberty Valance.

Il dit, en gros, si la légende est plus belle que la réalité, imprimez la

légende.

En tout cas, moi, je voulais vous raconter cette histoire pour vous dire

que toute vie peut être passionnante. C'est juste une question de temps.

Je vais vous montrer un extrait maintenant.

Louis-Jean, on peut avoir... Merci.

Excuse-moi de t'avoir dérangé, mais il y a la propriétaire du château de la

Cépière qui veut plus qu'on aille tourner là-bas, elle a peur qu'on fasse

des dégâts.

Franchement, si tu pouvais passer un coup de fil, ça pourrait débloquer le

truc en une seconde. Quoi, ça peut pas attendre un peu, là ? Mais non, j'ai des

plans de travail qui doivent être validés ce soir, moi.

Ah, ok, ok.

Vas-y.

Ça va ? Ouais, mais pourquoi tu me demandes ça ?

Je sais pas, je voudrais pas que mon bienveillant directeur soit troublé par

d'obscures raisons liées au passé.

Tu crois pas que j'en ai assez au jeu présent ?

Universel

et... Unique.

Voilà deux adjectifs qui peuvent vous aider à créer vos personnages.

Alors, universel, parce que c'est intéressant de cerner les émotions

universelles qui vont dominer votre personnage.

D'ailleurs, donnez-moi des idées, des sentiments universels qu'on a

tous éprouvés, qu'on connaît tous. Oui ? La jalousie. Comment ? La ? La jalousie.

Oui. La lâcheté.

Oui. La solitude.

Oui. L'humiliation.

Oui. La nostalgie.

Pardon ? La nostalgie. La nostalgie.

Oui. Oui, oui, puis aussi la peur, la tristesse, effectivement.

Oui. L'angoisse qu'on ne vous regarde pas.

Ou qu'on vous regarde, mais qu'on ne regarde pas au bon endroit.

Qu'on regarde...

votre cul et qui cache votre cœur et votre cerveau.

En même temps, moi, je pense que je préfère qu'on garde mon cul que rien du

tout. Ah bon ? Ben non, juste rien, non ? Bon, on va arrêter là, parce que je

pense que vous avez compris.

Donc, et maintenant, on va essayer de trouver en quoi votre personnage est

unique. Voilà.

Quelle est sa singularité ? Quelle est son habitude, son origine sociale, sa

logique de pensée ? Tout ça.

Il faut le connaître précisément. C'est pour ça que pour un premier scénario, je

vous conseille de prendre un personnage qui soit proche de vous, qui ait votre

âge ou un peu plus jeune.

Quelqu'un que vous connaissez bien.

Excusez-moi, je suis désolé, mais je ne suis pas du tout d'accord. Il y a plein

de scénaristes et de grands cinéastes qui ont écrit des personnages qui ne

sont pas du tout de leur condition sociale ni même de leur sexe.

Oui, bien sûr. Je parle de votre premier scénario.

Moi, je pense sincèrement qu'un jeune de 20 ou 25 ans, il aura du mal à se mettre

à la place de quelqu'un de 40 ou de 80.

Vous risquez d'écrire que des clichés, que des idées reçues.

D'ailleurs, en vérité, moi, encore aujourd'hui, j'ai vraiment du mal à

écrire, à créer un personnage que je ne connaîtrais pas du tout.

Ça me paraît, oui, compliqué.

Mais peut-être que je manque d'imagination.

Non, mais c'est vrai. J'ai peut-être une limite.

Et puis aussi, pour la même raison, je vous conseille de prendre un personnage

qui soit de votre sexe.

Ce sera là aussi plus facile.

Donc ça veut dire que si on est un homme, on ne peut pas écrire un

personnage de femme par manque de légitimité.

Donc vive la cancel culture.

C'est pas ce que j'ai dit.

Pas du tout.

Non, non, évidemment que des hommes peuvent écrire des personnages de femmes

magnifiques. Il y en a eu plein.

Romère, Pasolini, Sauté, Almodovar. Enfin bref, il y en a eu plein.

Pardon,

mais pour moi, le sexe et le genre n'ont rien à voir, vraiment.

Parce que du coup, je me considère ni comme une femme, ni comme un homme, mais

comme une personne humaine.

C'est pas le genre de la personne qui m'intéresse, c'est la personne elle

-même. Je comprends très bien.

Et d'ailleurs, ce serait intéressant d'écrire un personnage non-binaire. C

'est pas très très fréquent.

C'est vrai.

En même temps, c'est une paresse aussi, je pense.

Parce que, en fait, c'est beaucoup moins... Beaucoup plus simple d'écrire

un rôle de mec.

Parce qu'ils sont vachement moins complexes.

Ils sont beaucoup plus bourrins que ceux des femmes.

Je crois que t'es pas plus féministe que tu l'es.

Qu'est-ce qu'il y a toi ? Tu as un problème ? Non, il n'y a aucun problème.

Alors Samir, ça vous intéresse le cours ? Oui.

Ça va ?

Vous n'avez pas l'air bien.

Oui, ça va.

Est-ce que vous êtes tous comme nous ? On dit que ça va ce matin.

Pardon.

Non, ça va.

Oui, Léon. C'est Merlin.

Mais tu fous quoi, là ? Il est 11 heures passées, donc... Je sais pas, mets-toi

le cul.

Bouge-toi, c'est trop bien, en France.

Il y a du buzz, là. Les étudiants, ils parlent de toi sur Twitter.

Il y en a même qui ne s'étaient pas inscrits qui rappliquent.

Comment décririez-vous la vie sexuelle de votre personnage ? Qu'est-ce qui l

'excite ? Quelle est sa position préférée ? Pourquoi ? Quels sont ses

tabous ? Quels sont ses fantasmes ? Ben, dis donc !

Non, mais c'est important de connaître l'avis sexuel de ces personnes-là. Oui,

ça peut expliquer certains de leurs comportements.

Je peux le faire ? Non, dis-moi, je peux le faire, je te jure.

Tu vas nous laisser, mais donne-moi. Ah, ok, je vous laisse.

Alors, attends, pardon.

Inexistante, l'amour, le 69, égalité dans la jouissance,

se faire pisser dessus.

Et baiser avec un mort.

Toi, ça te fait marrer.

Tu peux lui expliquer ? Comme je dois faire quelque chose.

Explique-moi.

Comment décririez-vous la vie sexuelle de vos personnages ? Inexistante.

Ce qui l'excite, l'amour.

Sa position préférée, le 69.

Pourquoi ? Je me souviens plus.

Parce que égalité dans la jouissance.

Non, mais t'es encore là, toi. Non, j'ai des choses à faire.

Son tabou, se faire pisser dessus et son fantasme, baiser avec un mort.

Bizarre, tu appelles ça ? Non, c'est la seule réponse qui me choque pas.

Hein ? C'est bizarre aussi.

C'est quoi, ce questionnaire ? C'est sans question pour créer votre

personnage.

Si votre personnage pouvait changer quelque chose dans sa vie, qu'est-ce que

ce serait ? Tu crois que j'ai le temps de fumer une clope ?

Merci. Attends.

Attends, je... Oh, merci.

Elle est vraiment belle, ton école.

Merci.

On s'assoit ? Oui.

T'habites où, à Paris ?

Dans le 13ème, Campo Formio.

Tu viens parfois à Paris, toi ? Oui, environ tous les mois.

Ah bon ? T'aurais pu m'appeler avant, quand même.

Non, non, en général, je fais l'aller-retour dans la journée.

Pardon. Pour les réunions.

C'est mon fils.

Oui.

Oui,

oui, oui, mais je peux pas te parler longtemps, là, en fait.

Ce vendredi, là ? Ouais ? Super, d'accord, ouais. Deux places.

Ouais, moi, je viendrai avec toi.

Je t'embrasse.

Il s'appelle comment ? Julien.

25 ans et 1m90.

On en compte ? T'as une photo, je peux ? Oui, bien sûr, pardon.

Bon, elle est un peu ancienne, mais... Ah non, c'est dingue comme il te

ressemble.

Elle est beau.

Et toi, t'as des enfants ? J'ai une fille et un garçon.

Avec la même mère ? Ouais.

Moi, j'ai toujours été très conventionnel.

Et elle fait quoi, ta femme ? Libraire.

Elle s'appelle comment ? Céline.

C'est beau.

Oui. Enfin, bon, ce n'est pas non plus... L

'amour qui dure, c'est beau. Je ne parle pas du prénom.

Non, on est séparés. Enfin, une pause.

Ah, désolé.

Oui, une pause.

Non, non, non, c'est moi qui suis parti.

J'ai pris un appart hôtel.

Un appart hôtel ? Oui.

Seul ? Oui.

Et... C'est un... C'est des parties... Pourquoi ? Enfin,

je... Non.

Ah non, non.

Non, non, mais... Pardon.

Non, non, non, mais écoute, c'est tout à fait pas moi de demander.

Non, non, non, pas du tout. Non, non, c'est juste que là, je... Oui, non, non,

non.

Non, mais c'est drôle, c'est drôle. Enfin, c'est pas drôle pour moi,

évidemment, mais c'est drôle dans l'absolu.

Tu sais, c'est... C'est pas drôle, je sais pas pourquoi, je... Oui, oui, non,

non, mais ris.

Non, non, pas du tout. C'est pas du tout... C'est juste que là, comme ça, j

'aurais besoin d'un peu plus de temps pour t'expliquer. Bien sûr, bien sûr.

Non, mais ça m'en garde pas du tout.

Au début de ma carrière,

j'étais avec... Enfin, pardon, j'écrivais.

avec un réalisateur italien.

Et il avait été acteur, en fait, avant, à l'Actor Studio, et donc il avait

ramené de là un questionnaire destiné aux acteurs, mais qui marche très bien

pour les personnages, puisque c'est le même principe, en fait.

Il faut construire un personnage, qu'on le crée ou qu'on doive l'interpréter, il

y a beaucoup de points communs.

Et donc, c'est ce questionnaire-là qui est sur le fauteuil, que vous pouvez

consulter.

Et franchement, moi, je m'en sers encore.

Donc, puisque ça m'est utile, je me dis que ça peut être utile pour vous aussi.

Voilà. Alors, vous allez voir, il y a des questions un peu basiques, comme ça,

et puis d'autres plus bizarres.

Quelles sont ses tiques ? Quelles ont été ses maladies ? Qu'est-ce qu'il y a

dans son portefeuille ou dans son sac à main ? Voilà.

Il y a une centaine de questions auxquelles vous pouvez répondre.

Le scénario, c'est quand même uniquement une petite fenêtre sur la vie du

personnage. C'est comme un iceberg, on en voit 10%, mais le reste est sous l

'eau et ça constitue les fondations de votre personnage.

Oui ? Voilà mon problème.

J'ai créé en binôme un film d'animation avec Antoine.

Donc déjà, c'est un film d'animation.

Ah oui, mais vous devez vous poser exactement les mêmes questions sur les

personnages, que ce soit un film d'animation ou un film... film.

Oui, mais en fait, j'ai un autre problème avec le questionnaire.

Je vous raconte comme ça.

Notre histoire, elle se passe à l'intérieur d'un corps humain.

Donc les personnages principaux, c'est un globule blanc et un globule rouge.

Donc ils sont de deux couleurs hyper différentes.

Et il se trouve qu'ils ne peuvent pas s'encadrer, en fait.

Sauf qu'ils vont devoir s'allier pour lutter ensemble contre le cancer du sang

qui menace leur monde.

Le cancer, c'est le méchant dans le film.

Les globules blancs, rouges et les anticorps, c'est les héros.

Et les cellules saines, c'est les victimes.

Donc, ma problématique, c'est peut-on s'allier à quelqu'un qu'on déteste pour

embrasser une cause commune ? Peut-on s'allier à quelqu'un qu'on déteste pour

embrasser une cause commune ? Oui, c'est intéressant. La fin justifie-t-elle les

moyens ? Voilà.

Donc ma question par rapport à votre questionnaire, c'est comment je fais

pour y répondre quand mon personnage, c'est un globule ? C'est difficile de

savoir ce qu'il a dans son portefeuille puisqu'il n'en a pas, ni de salaire

mensuel, ni de sac à main, ni rien du tout.

Par exemple, pour savoir le salaire, pensez à la hiérarchie qu'il a dans le

corps humain.

Ça vous donne une idée sur son pouvoir d'achat, si je puis dire.

Et puis, je ne sais pas, c'est quoi la journée type d'un globule blanc ?

Alors nous, c'est un globule blanc particulier, c'est un lymphocyte T

cytotoxique.

Il passe la majeure partie de son temps à l'intérieur du système circulatoire

sanguin ou lymphatique, c'est pour ça que ça s'appelle un lymphocyte.

Et il passe son temps à scanner des cellules pour essayer de trouver des

cellules du non-soi qui seraient potentiellement des cellules

cancéreuses. Ben oui, c'est une journée bien remplie.

Et on peut dire que le meilleur moment de sa journée, c'est quand il tue

un agent pathogène. Une cellule cancéreuse. Son rêve le plus fou, ça

pourrait être de sortir du corps humain pour voir ce qui se passe à l'extérieur.

et son pire cauchemar d'être aspiré par une seringue pendant une prise de sang.

Enfin, je suis sûre qu'il y a au moins la moitié des questions auxquelles vous

pouvez répondre.

Seulement voilà, maintenant que vous avez répondu à toutes les questions, que

vous savez tout sur votre personnage, que vous avez noirci des pages et des

pages, eh bien, il faut tout oublier.

En fait...

J'apparente ça au travail de deuil dans la vraie vie.

Soit le deuil de quelqu'un qu'on a perdu ou qui nous a quittés.

Donc on est soit face au cercueil, soit devant sa lettre de rupture.

Et là, il y a une foule de souvenirs qui vous submergent, qui se télescopent dans

votre tête.

Des bons souvenirs, des mauvais, des souvenirs importants, d'autres plus

anecdotiques.

Et puis, avec le temps, on rencontre de nouvelles personnes qui font battre de

nouveau notre cœur et les souvenirs s'estompent, deviennent moins précis.

Mais il y a toujours une image qui reste de cette personne, comme une image qui

résumerait la personne qu'on a perdue.

Vous voulez fermer les yeux et penser à...

à quelqu'un que vous auriez perdu, soit quelqu'un qui soit mort, soit quelqu'un

qui vous ait quitté.

Allez-y, fermez les yeux.

Je suis sûre qu'il y a une image qui vous vient tout de suite.

C'est ce qu'il faut faire quand on crée un personnage.

Un travail de deuil accéléré, en fait, qui prendrait pas 10 ans, mais 10

heures.

Je pense que dans la vie, il faut laisser la liberté au vent qu'on aime.

Enfin, oui, pour moi, il n'y a pas plus grande preuve d'amour qu'une confiance

absolue, absolue dans l'autre.

Et pour les personnages, c'est pareil.

Il faut les laisser libres, une fois qu'on les connaît, d'aller où ils

doivent aller.

Il faut aimer leurs défauts, leurs faiblesses comme leurs qualités.

Peut-être même encore plus leurs défauts.

Dans l'ABCDR de Gilles Deleuze, il parle du point de démence, mais je vais

chercher la citation parce que je ne la connais pas par cœur.

Encore une.

Voilà. Il dit, si tu ne saisis pas...

La petite racine, le petit grain de la folie chez quelqu'un, tu ne peux pas l

'aimer. On est tous un peu démons.

Le point de démence de quelqu'un, je crois que c'est la source de son charme

même.

À propos de démence, Louison, tu peux lancer l'extrait ?

Moi, je n'ai pas du tout envie de vous brider. D'abord, ce n'est pas mon rôle.

Je suis un spectateur lambda aussi.

Et c'est vrai que je me dis juste, mais c'est quoi ? Pourquoi une histoire de

globules ? Pourquoi choisir deux globules ?

Pourquoi vous êtes là-dedans ? Pourquoi pas toi, globule ? Pourquoi pas des

êtres humains ? Vos courts-métrages, c'était génial. Vous jouez le couple,

vous êtes un couple.

On était dans du cassavetes, on est sur l'animation avec deux globules. Je suis

surpris.

Maintenant, je demande qu'à être convaincu, c'est quoi le titre ? Ça s

'appelle « Ainsi va la vie », et c'est un truc qu'on a commencé il y a un

moment. Moi, j'ai fait déjà les dessins, je peux te montrer si tu veux sur mon

truc. D'accord. Mais « Ainsi va la vie », on est religieux, on est dans le

globule, on sait pas trop où on est. On est pas du tout religieux, c'est un film

pour enfants.

Nous, on a fait ça pour faire un truc ensemble.

Enfin, un truc ensemble, c'est surtout moi qui fais tout.

Franchement, c'est vous que j'ai envie de voir, moi. Plus que des globules, en

fait, je crois, c'est ça le truc. Mais c'est ma frustration, moi, de

spectateur, et j'ai rien à dire là-dessus. C'est super.

C'est super.

Écoutez, excusez-moi, j'ai été peut-être un peu... J'avais besoin de vous

confronter à vos envies, c'est ça que j'avais envie de faire, et je sais pas

si je l'ai fait de manière maladroite, si c'est le cas, je suis désolé.

Mais vive, ainsi va la vie, vive les globules.

Vraiment. J'achète.

Franchement, j'achète.

Génial. Voilà.

Je sais pas si j'irai le voir, mais je trouve que c'est une très bonne idée.

Tu déjeunes, moi ? Ah non, je déjeune pas, parce que je dois allaiter mon

fils. T'as un fils ? Oui, j'en ai deux, même. Un grand et un petit.

Avec le même père ? Bah ouais.

Pardon. Je sais pas pourquoi je te demande ça. J'ai fait exactement pareil

avec Vincent ce matin, mais c'est pas possible.

Pas de problème.

Indiscrète.

Moi aussi, j'ai un fils. Un grand, maintenant.

Oui. Mais son père vit en Italie, donc on le voit pas souvent. Je l'ai élevé

seul, en fait. Moi aussi, je l'ai élevé seul, le dernier.

Parce qu'en fait, son papa, Dimitri, est décédé quand je venais d'accoucher. À

cause de cette connerie de Covid.

Voilà.

Désolée, mais c'est pas de ta faute. À moins que ce soit toi, le pangolin.

Je sais pas quoi dire. Non, mais on te dit qu'il n'y a rien à dire, tout va

bien. En plus, je déteste, je sais pas pourquoi je te dis ça, parce que j'en

parle jamais encore moins ici, et puis j'aime pas faire pitié.

Dimitri disait toujours, il vaut mieux faire rire que pleurer, et voilà, il

vaut mieux faire rire que pleurer.

Tout va bien.

Non, je te jure, tout va bien, vraiment.

Deux gosses géniaux, j'ai un job que j'adore.

Et puis voilà, j'ai vécu avec ce mec 14 ans.

Il m'a fait plus rire que toutes les comédies de l'histoire réunies, donc je

ne suis pas du tout à plaindre, tout va bien.

Et il faut que j'aille lui donner à manger, sinon... Bien sûr.

En fait, ce matin, en t'écoutant, ça a fait tilt. Je me suis dit que...

que je n'avais pas... que je n'avais pas pleuré, en fait, depuis la mort de

Dimitri.

Le lâcher prise, c'est plus mon truc.

Et je suis un peu jalouse quand je vois des gens pleurer.

Et j'ai peur parce que je me dis que ça reviendra peut-être jamais.

Je pense que ça reviendra, si.

T'en fais pas.

Bon appétit.

Merci.

Toi aussi.

Lui aussi.

Je vous remercie.

Salut Vincent, alors aujourd'hui, en plein du jour, j'ai un cassoulet royal

avec fayot, saucisse et chine de porc, et tout ça avec de la graisse de canard,

bien sûr.

Euh, non, ça va être un peu léger pour moi, donc, je sais pas, je vais peut

-être prendre autre chose à l'heure, pardon.

Une salade toulousaine comme d'habitude ? Et la madame ? Eh ben, une salade

toulousaine aussi, alors.

Parfait, c'est dommage pour le cassoulet.

J'espère qu'il va s'en remettre.

Bon, de toute façon, chez Raymond, tout est bon de la tête à la queue. C'est

comme le cochon.

Et une bouteille de Château-Latour, s'il te plaît. Bien sûr. Enfin, moi, je ne

vais pas beaucoup boire. Enfin, je veux dire, une demi, ça suffira. Non, demi, c

'est péché.

Bon, une entière.

C'est parfait.

Tu les as trouvés comment, les élèves ? Moi, j'aime bien cette génération.

Je les trouve incroyablement ouverts.

Non, puis alors, naître sur une planète dont on vous annonce tous les jours la

fin imminente, c'est pas facile.

J'ai ma fille Annette qui est très impliquée dans l'écologie.

Elle a passé l'été dernier à ramasser des bouteilles en plastique dans la mer

Baltique pour une ONG.

C'est bien.

T'as pas envie d'écrire un film là-dessus ? Sur ta fille qui ramasse des

bouteilles plastiques ? Non, sur le sort de la planète.

Une petite fiche encore de moi.

Comme avant ? Comme avant.

J'aime plus autant écrire des scénarios.

Avec les séries, en plus, c'est devenu interminable.

Tu vas pas te tourner vers l'enseignement, quand même ? Pourquoi

pas ? Et toi, quelles questions tu t'es posées vers la cinquantaine ? Moi, je me

suis posé plein de questions existentielles.

Du genre...

Est-ce que je dois teindre mes cheveux blancs pour faire encore la quarantaine

? C'est drôle parce que je trouve qu'un homme qui se teint les yeux, c'est

ridicule. Alors que les femmes, non. Moi, la première.

C'est marrant.

Je suis sexiste, en fait.

Bon. Mais à part ça...

Je sais pas.

Est-ce que j'ai vraiment eu la vie que je souhaitais ?

Est-ce que... Est-ce que je vis avec la personne qui est vraiment faite pour moi

? Faite pour toi.

Mais personne n'est fait pour personne.

Déjà, pas pour nous-mêmes, donc... Est-ce que j'aime encore la personne

avec qui je vis ? Ça te semble mieux formulé comme ça ?

Céline... C'est très salé, non ? J'ai l'impression que... Ah non,

au contraire, justement, j'allais demander du sel.

Tiens, il est où ? Regarde.

Je sais pas ce qu'il va

me ramener, mais je sais pas ce qu'il a bien compris.

La ponctuation est le sel de la phrase.

Je lui ai dit que je déjeunais avec une scénariste, alors il a préparé ses

effets. Non mais c'est un fou de cinéma. Ça fait 30 ans que j'écris des

scénarios. Tout seul.

Je les envoie, on me les renvoie, avec une lettre de refus.

Au bout d'un moment, on commence à en avoir l'habitude.

D'ailleurs, je devrais peut-être assister à un de vos cours pour qu'on ne

me les renvoie plus. Je suis désolé Raymond, mais tu as passé la JB pour l

'école. Qu'est-ce qu'ils sont à raconter les jeunes, franchement ? Moi j'ai un

métier, j'ai une vie, j'ai 45 ans d'histoires vraies à raconter.

On ne laisse pas les vrais gens raconter les histoires.

Tout ça parce qu'ils n'ont pas fait une école de cinéma, c'est dingue ça.

C'est pour ça que les histoires des films français, c'est toujours la même

chose. Je t'aime, je ne t'aime pas. Venez à mon cours cet après-midi. Non, c

'est vraiment pas possible. Il y a un règlement.

Désolé.

De toute façon, j'ai mon service à terminer. Après, il faut que je range

tout. C'est super.

Je ne t'ai pas vu depuis longtemps.

Pardon.

Le sexe et le sel de l'amour.

Le sexe et le sel de l'amour ? Oui.

J'ai appelé mon fils Fabien.

Tu plaisantes ? J'aimais beaucoup ton frère.

Tu penses souvent à lui, à ce qu'il serait devenu.

Il aurait quel âge aujourd'hui ? J'ai pas envie de parler de lui.

Excuse-moi.

Non, toi... Toi, excuse-moi.

En fait, ça me touche.

Non, ça me bouleverse que tu l'aies appelé Fabien.

Je pense encore à mon frère.

Et quand je vais dire à ma mère, je pense qu'elle va pleurer. Et ne t'étonne

pas si elle t'appelle.

Je n'arrive pas à parler de lui. Je n'arrive toujours pas.

Ça... Même après tout ce temps.

Bon, allez, resserre-moi, tiens, je veux bien.

Merci.

À nous.

À nous.

Ça me fait drôle de te retrouver directeur d'école.

Toi qui avais horreur de l'autorité.

Ah non, mais maintenant, fermer la terreur.

C'était bien ton court-métrage de fin d'étude.

Ouais, c'est ton scénario qui était bien.

Un autre scénario.

Je te rappelle qu'on l'a écrit ensemble.

T'avais un œil de réalisateur.

Je peux dire que depuis, j'ai travaillé avec des tas de gens qui n'avaient pas

du tout ton talent.

N'exagère pas quand même.

Je n'exagère pas ? Je ne comprends pas pourquoi tu as arrêté.

Tu sais, en suivant le parcours de mes étudiants, vous constatez que le talent

n'était pas la qualité première pour réussir, ni surtout pour durer.

Non, le plus important, c'est la persévérance, la confiance en soi.

La confiance en moi, c'est toi qui venais à donner.

Tu saignes du nez ? Oh merde !

Je voulais prendre la serviette, j'ai pris la nappe. Ça va, tu t'es pas coupé

? Désolé.

Bouge pas, je vais te chercher du coton.

Ah, ouais.

Oh,

merde, non, pas la nappe.

Attends, là, j'ai tout faim.

Non, mais j'ai cru que j'attrapais la... La nappe est venue complètement avec

moi, alors que... J'y avais pas du tout... Attends.

Ça va, monsieur, monsieur, dame ? Ça va, toi, merde ? Tiens, il te reste du

dessert, par contre.

Il y a peut-être du verre.

Tu vas te blesser.

Ça coule pas ? Ah bon ? Il

y a des lustres que j'avais paris comme ça.

Des lustres ? Tu sais que les gens qui en parlent cette expression, on s'en

rend moins d'extinction.

Ah bon ? Tu sais que je crois que je peux l'enlever, là. Non, non, c'est pour

saigner. Ah ? Oui.

Et puis, j'aime bien.

C'est assez sexy.

Non, mais à part ça, ça va, t'as pas de problème. Enfin, je veux dire, tu l'as

censé. Non, j'ai fait un check-up l'année dernière, tout va bien.

Non, c'est vrai que je saigne parfois, là, c'est juste... Généralement, c'est

quand je suis un peu trop... Papa ?

Ah ben, Romane, voilà, c'est ma fille aînée. Je te présente... Bonjour.

Noémie Cadenac, une grande scénariste.

Oui, si.

Louison m'a dit que t'étais là. Je viens pour le chèque de la cantine de Fabien.

J'avais pas oublié. Je suis hyper pressée. Viens, on va y aller.

D'accord, bien sûr.

J'avais pas oublié ma chérie. C'est la fin du mois.

Si comme par magie Tu rejoignais mon scénario Si comme une envie

Tu te retrouvais dans ma peau

Ça nous ferait une histoire qui nous ressemblerait, l'histoire de toi

et moi.

C'est très beau.

Très niais.

Je suis désolé, je n'ai pas réussi à me lever ce matin.

C'est une bonne excuse, il va kiffer Vincent.

Avec des essais, on reste au lit jusqu'à midi.

Super. Elle est comment la scénariste ? Stylée.

Et toi Frida Kahlo, t'en penses quoi ? Elle est passionnante.

Vous la trouvez pas un peu ringarde quand même ? C'est moi la ringarde ?

Non, non, mais vous inquiétez pas, on est tous le regard de quelqu'un de toute

façon.

C'est trop joli, c'était quoi ? Si comme par magie Tu rejoignais mon

scénario Si comme une envie Tu te retrouvais dans ma peau Ça

nous ferait une histoire

qui nous ressemblerait, l'histoire de toi et moi.

C'est super en plus, c'est exactement, voilà, c'est ici.

C'est ce que je vais vous raconter.

Et si, vous voulez pas en céder ici ? Et si mon Merlin ne me lâchait jamais la

main. Il est trop mignon.

Et si cette nuit, c'est avec moi qu'elle finit.

Antoine, si t'avais la foi, on pourrait faire un plan à trois.

J'attaque un petit peu.

Antoine, respire. Et si par magie, elle revenait dans son lit, ça ferait

une histoire, une histoire. De quoi ?

Qui nous ressemblerait. L'histoire de toi, toi, toi, toi

et moi.

Et même si toute notre vie n'était qu'un jeu de caméra, jusqu'à l

'infini, on pourrait vivre encore des fois.

Et si l'histoire nous plaît, et si l'histoire est là,

c'est qu'elle finira.

Elle a l'air cool ta scénariste.

Oui, c'est une vieille amie, je la connais depuis 30 ans.

Pourquoi tu nous as jamais parlé d'elle ? Tiens ma puce.

Je t'ai déjà dit de plus m'appeler comme ça.

Tu demandes pas comment maman ? Comment va ta mère ? Mal.

Elle s'en sort pas sans toi.

Six jours c'est temporaire, six mois c'est plus temporaire.

Je suis désolé.

T'as une autre meuf ? Non.

Alors pourquoi tu veux plus lui parler ? Tu peux me dire, j'ai plus 10 ans.

C'est compliqué, c'est compliqué.

Pourquoi c'est à moi de venir prendre ce putain de chèque ? Je te l'amènerai la

prochaine fois.

Excuse-moi, chérie. C'est bon, laisse-moi.

On a tous des façons

singulières de réagir aux événements de la vie.

Il y a ceux qui arrivent et puis ceux qu'on attend.

Je vais prendre un exemple.

C'est une secrétaire qui travaille dans l'administration et qui rédige une

lettre. Quand le téléphone sonne, elle décroche. Et là, on lui apprend la mort

de son mari et de sa fille dans un accident de voiture.

Donc, on s'attendrait à ce qu'elle s'écroule dans l'arme, qu'une collègue

lui propose de l'emmener chez elle ou au commissariat.

Et si on imaginait qu'elle raccroche et continue comme si de rien n'était

? Elle reprend l'écriture de sa lettre.

À un moment, elle rejoint ses collègues à la machine à café.

Il y en a un qui fait une blague. Elle rit, peut-être un peu trop fort.

Peut-être que certains de ses collègues le remarquent, mais sans plus.

Elle revient à son bureau.

Elle part, alors qu'il reste encore deux heures, ce que lui fait remarquer un

collègue.

Mais ça lui est égal, elle s'en va. Elle descend dans la rue et là, elle ferme

les yeux parce que le soleil brille et elle voudrait ressentir la chaleur du

soleil, des rayons sur son visage.

Elle se fait bousculer par un passant.

Elle dit pardon, excusez-moi.

Elle erre un peu comme ça, puis elle tombe sur une boutique où elle voit une

robe qui lui plaît. Elle demande à la vendeuse si elle peut l'essayer.

Et puis c'est là, dans la cabine d'essayage, que, je ne sais pas, peut

-être pour un détail, une fermeture éclair qui coince ou la robe qu'elle n

'arrive pas à mettre, qu'elles hurlent et s'écroulent leurs larmes.

Et tout le temps qui sera passé entre le coup de fil et la

réaction de la secrétaire, je pense que le spectateur...

suspendue comme vous l'êtes là en train de m'écouter parce que on attend de

savoir quelle va être la réaction de cette femme à qui on vient d'apprendre

une si horrible nouvelle.

Elle est trop forcée.

Elle a toujours été.

J'ai vécu avec elle pendant 5 ans.

Je savais pas.

Je l'ai rencontrée, elle débarquait à Paris.

Elle voulait faire du cinéma, moi aussi.

Et... Et puis elle m'a quitté.

Pourquoi t'as quitté ? Elle est partie acheter des cigarettes et elle est plus

jamais revenue.

Non, je te crois pas.

Ouais.

C'est vrai qu'elle a pas fait preuve de beaucoup d'imagination pour une

scénariste.

Ouais... Pas beaucoup de délicatesse, surtout, non ? Après, j'ai appris qu

'elle était partie à Rome rejoindre Paolo Marin, le réalisateur.

Il avait 15 ans de plus qu'elle. Elle a coécrit ses trois premiers films.

Une chance à cet âge, non ? Un soir, t'étais bourrée, je sais pas si tu te

rappelles, mais tu m'avais dit que t'avais connu qu'une seule femme avant

ma sœur.

C'était elle, alors ?

Elle m'a envoyé une lettre, trois semaines après m'avoir quitté.

Elle disait quoi, cette lettre ? Rien d'important.

Je ne l'avais jamais revue jusqu'à aujourd'hui.

Elle est au courant, Céline ?

Comme dans les scénarios, les objets sont des symboles essentiels.

Dans l'histoire du cinéma comme dans l'histoire de nos vies, le parcours est

balisé d'objets... Je l'aimais.

Non, je crois que je prendrais un taxi.

J'ai peur.

Moi aussi, j'ai peur.

Excusez-moi, est-ce que je peux vous embêter deux minutes ? Oui, bien sûr.

Voilà, je suis en train d'écrire un long métrage, tout seul, et je

bloque un petit peu, j'avoue, je ne sais pas comment continuer l'histoire.

Vous voulez me raconter maintenant ? Si ça ne vous dérange pas.

C'est l'histoire de deux jeunes gens.

Ils ont 21 ans tous les deux.

Ils s'appellent Tom et Lola.

Ils sont ensemble depuis la quatrième.

Ils ont couché ensemble en troisième.

Ils habitent ensemble depuis la terminale.

Bref, ils sont ensemble depuis sept ans et ils n'ont jamais connu d'autres

personnes. Sexuellement, j'entends.

Mais voilà, Lola désespère à l'idée de ne pas trouver d'autres partenaires.

Parce qu'elle voit bien que la relation, si ça continue, ça va être le mariage,

les enfants, bref, l'amour.

Enfin, il y a d'autres définitions de l'amour que le mariage et les enfants.

Oui. Elle propose à Tom de faire un plan à trois.

Alors, dans un premier temps, Tom est choqué, mais il accepte.

Et pour Lola, c'est vraiment le point de démence de son personnage.

Alors, Tom, lui, voit la chose avec une autre fille et Lola, elle, imagine

plutôt la chose avec un autre garçon. Donc, il décide de faire un arrangement.

comme dans le film de Kazan, ils feront dans un premier temps un plan à trois

avec une fille et un mois plus tard, un plan à trois avec un garçon. C'est un

bon compromis ? Oui. Les choses ne se passent pas du tout comme prévu. C'est-à

-dire que le plan à trois avec la fille, qui est une fille de leur fac, se fait.

Tom couche avec la fille.

C'est bien, mais sans plus.

Et ensuite, Lola, elle, s'y met aussi et couche avec la fille. Et alors là, Tom

se retrouve complètement pétrifié.

Il voit ces deux filles qui prennent du plaisir l'une avec l'autre et... Ils

sont exclus.

Exactement, il est complètement exclu. Et il est tellement choqué qu'il décide

d'annuler unilatéralement le fameux arrangement et donc le plan à trois avec

le garçon, qui est un garçon de leur fac, là aussi.

Et donc, à ce moment-là, Lola est complètement fâchée. Elle dit que Tom n

'a pas à revenir sur cet engagement, que s'ils ont fait la fille, alors ils

doivent faire le garçon.

Et que, aussi, elle, peut-être que ça l'exciterait même de voir Tom prendre du

plaisir avec un autre homme. Alors, à ce moment-là, Tom, forcément, est

complètement choqué d'entendre des propos pareils. Bref, voilà. J'en suis à

ce moment-là de l'histoire et je ne sais pas comment continuer.

Moi, je pense à un truc.

Si, par exemple, le mec qu'ils prennent pour leur plan A3, c'est un gros

bourrin, tu vois ? Mais dès les préliminaires, il est super bourrin.

Du coup, tes deux héros... Tom et Lola.

Tom et Lola, ils se marrent, tu vois ? Ça les fait marrer, ils se donnent une

forme de cognance.

Ils prennent leurs jambes à leur cou, ils se taillent, et puis ça les

rapproche. Et ils rentrent à la maison, ils passent une nuit horrible.

Ou, attends, ou alors le mec en question, pour le coup, il n'arrive pas

à bander, alors Tom, il est content.

Là, Lola, c'est plus difficile pour elle parce qu'elle remet en cause son sex

appeal, tu vois, elle se pose des questions après.

Oui, et dans cette option, d'après moi, Lola risque d'aller voir un autre homme

toute seule pour se rassurer sur son... Voilà, le fait qu'elle soit désirable.

Et Tom risque de mal le prendre.

Et ils risquent de se séparer.

Exactement. Et voilà. Et l'idée, justement, du scénario, c'est qu'ils

restent ensemble jusqu'à la fin.

Ouais, mais moi, j'ai un truc.

À l'inverse, si le mec en question, il est hyper sexy, tu vois, il tient hyper

bien son érection, donc il satisfait Loda, et ensuite, dans un second temps,

il satisfait Tom. Et alors non, c'est pas possible, parce qu'en fait, Tom n

'est pas homosexuel.

Ce n'est pas possible. C'est pas parce qu'il couche une fois avec un garçon qu

'il va être homosexuel.

Ça, je veux dire, ça définit pas...

ta sexualité pour toujours.

Et si, par exemple, on en parlait à la prochaine pause ? Parce que là, il va

falloir y retourner. Pardon, bien sûr.

Tu vis avec quelqu'un ? Oui.

Il s'appelle comment ? Sarah.

Elle s'appelle Sarah.

C'est encore une blague ? Pas du tout.

Tu voyais ta tête ? Mais avant toi, j'étais déjà sortie avec des filles.

Je te l'avais dit.

D'ailleurs, c'est pas une fille, c'est une femme.

Elle te plairait beaucoup.

J'imagine.

C'est quelqu'un de très bien.

Tu peux fumer une cigarette à la fenêtre ? Oui, oui.

Vas-y, je t'en prie.

Il fait du sport lui ? Pourquoi tu me demandes à moi si il fait du sport ? Je

sais pas, il est gainé mon vieux.

Ça va les gars ? Vous voulez que je... Viens et lâche-moi là.

Putain mais t'es quoi toi ? Putain de chien en rute ? C'est tout ce que tu

sais faire, c'est baiser, baiser, baiser.

T'es vraiment un minable.

La violence physique c'est l'arme des faibles.

Ferme ta gueule toi ! Samir laisse-le ! Tu

te souviens de la lettre que tu m'as envoyée trois semaines après m'avoir

quitté ? Oui.

J'ai jamais ouvert l'enveloppe.

Tu veux dire que tu l'as détruite ? Non, je l'ai toujours gardée, mais je ne l'ai

jamais lue.

Pourquoi tu ne l'as jamais lue ? Pourquoi tu m'as quittée

?

J'étais jeune.

Et c'était un réalisateur connu.

Voilà.

Si tu sous-entends que je t'ai quitté par ambition, j'avais déjà écrit un film

avec lui avant de partir.

C'était un meilleur coup que moi.

Non, mais c'est important de savoir ce qui se passe dans le lit entre deux

personnages. Ça permet de mieux comprendre leur choix.

C'est toi qui l'as dit.

C'était beaucoup mieux au lit avec toi qu'avec lui.

Si tu veux vraiment savoir.

Je ne comprends pas pourquoi tu as gardé cette lettre sans l'ouvrir.

Je ne sais pas non plus.

C'est peut-être mon...

C'est peut-être mon point de démence, en fait.

Je ne sais pas pourquoi, 30 ans après, je n'arrive toujours pas à l'ouvrir.

La confiance en moi, la persévérance, c'est toi qui me les a fait perdre.

Tu les as piétinés.

Voilà pourquoi je suis devenu ce directeur d'école qui te fait un peu

pitié.

C'est vraiment ce que tu penses ? Céline m'a trompé il y a un an.

C'était une passade.

Elle m'a dit qu'elle ne m'avait jamais trompé en 20 ans de mariage.

Et toi ? Moi, jamais. Je suis encore le type de mec qui dit qu'il y a des

lustres et qui, quand il aime quelqu'un, n'a jamais envie d'aller voir ailleurs.

Mais ma psy m'a dit...

que si j'arrivais pas à lui pardonner, c'est... C'est parce que j'ai jamais

réussi à te pardonner, toi.

Et... Je t'ai appelé parce que... T'as été la

seule femme que j'ai vraiment aimée avant, à part Céline.

Et... Mais j'espérais... Je sais pas ce que j'espérais, en fait.

C'est ridicule.

Ah non, c'est pas ridicule du tout.

Mais entrez.

Désolé, on est tous là et on se demandait quand est-ce qu'on reprenait.

Voilà. Bien sûr.

Mais j'arrive. D'accord, ça marche.

Vas-y, je t'envoie.

T'es sûre ? Tout va bien.

C'est pas parce que... Je voulais aussi...

Je voulais vous parler du rapport entre le

scénariste et le réalisateur.

C'est capital.

Et quand on a la chance de... En tant que scénariste...

de s'entendre avec un... avec un... Excusez-moi.

Noémie ? Mais qu'est-ce qui se passe ?

Je cherche Vincent, il faut qu'il soit là.

J'y vais, j'y vais. Mais non, mais...

Vincent

?

Ça va, Vincent ? Qu'est-ce que t'as ? T'es tout pâle.

Je sais pas. Je suis un peu... Je suis paumé.

C'est le scénariste qui te met dans cet état.

Excusez-moi pour cette interruption.

Pour conclure, parce qu'on arrive à la fin, je voulais vous

parler de quelque chose qui est très intime, parce que ça a profondément

marqué mon expérience de scénariste.

Et pour vous montrer comment la vie peut être source d'histoire et de

dramaturgie.

Je t'attendais.

J'étais où ? C'est pas ça. Merci, non, ça va, merci.

Je

vais

vous parler de mon frère.

Fabien. Il était malade et un matin, on est allé avec mes parents, mon frère et

moi, à l'hôpital Saint-Louis, voir un grand professeur.

Le professeur a été très clair.

Il a tout de suite dit à mon frère que c'était un cancer, que

la greffe, même si les moelles étaient compatibles, pouvait subir un rejet.

Et il a aussi dit qu'il allait passer quatre mois en chambre stérile.

Et qu'au bout de ces quatre mois, mon frère avait 40% de chance de s'en sortir

vivant et guéri.

Et... Mes parents et moi, on était sous le choc.

Moi, je n'osais pas regarder mon frère.

Mais en fait...

Il ne montrait absolument aucune réaction, aucune émotion.

On aurait dit qu'on venait de lui lire le botin.

L'après-midi, on est allés au zoo du jardin des plantes parce que mon frère

adorait les animaux et qu'il avait insisté pour qu'on y aille.

Mais sans mes parents.

Il avait dû sentir qu'ils avaient besoin d'un peu de repos.

Et on se promenait et là, on a vu...

une tortue dans un vivarium qui était retournée sur sa carapace avec les

pattes en l'air et qui se débattait désespérément pour se remettre sur

ses pattes.

Et là, mon frère a fondu en larmes, à chaudes larmes, comme dans l'histoire de

la secrétaire que je vous ai racontée.

Le soir, on est allés au théâtre.

voir une pièce comique, assez drôle. Et là, j'ai cru que mon frère allait mourir

de rire, parce qu'il arrêtait pas de rire et de rire.

Moi aussi, j'ai ri.

Et il est mort le 6 juin 1990.

Quelques mois avant sa mort, il avait...

Il avait gagné à la fête foraine un ballon en forme de cœur.

Et ma mère a gardé ce cœur, aussi bizarre que ça puisse

paraître, depuis la mort de mon frère jusqu'à aujourd'hui.

Ce ballon ne s'est jamais dégonflé.

À la mort de mon frère et à la mort de mon père, ma mère n'a jamais fait de

dépression, mais...

Je me dis que si un jour, ce ballon venait à se dégonfler, alors là,

elle pourrait en faire une.

Le souffle de mon frère dans ce ballon et son bien le plus précieux.

On me parle du dernier souffle, mais celui de mon frère, il est toujours là.

J'ai jamais compris comment c'était possible.

J'ai même pensé que c'était mon père qui, la nuit...

avait dû regoufler le ballon en cachette de ma mère pour lui faire plaisir et

puis pour garder mon frère vivant.

Après la mort de mon frère, j'ai décidé de devenir scénariste.

Ça m'était nécessaire de raconter des histoires parce que la vie est trop

absurde, trop, trop courte.

Et ça devenait pour moi donc indispensable pour que mon frère reste

vivant, pour que des images restent, comme celle du ballon.

J'aime les histoires.

Qu'on m'en raconte ou que je m'en raconte.

Les histoires, elles peuvent changer les vies.

Elles peuvent même changer le monde.

D'ailleurs, dans toutes les civilisations, de la plus petite enfance

jusqu'à son dernier souffle, on a besoin d'histoires.

Bref, c'est à vous d'inventer, de raconter des histoires. Merci pour votre

attention. À une prochaine.

Je ne sais pas, je ne suis pas sûr, mais à la fin, je trouve que c'est un peu

écrit sans arriver. Oui, oui, mais c'est vrai qu'il y a des ficelles dans les

séries qui... Tu crois qu'elle pourrait le regarder ?

Oui, mais oui, c'est très bien.

Excuse-moi, c'est Raymond qui va te donner son scénario. C'est juste un

premier gêne.

Vous pouviez le regarder et me faire un retour.

Oui, bien sûr. De toute façon, vu la vaisselle qu'on vous a cassée, je vais

vous garder.

Le taxi est là.

T'es sûr que tu veux pas que je reste avec toi ce soir ? C'est gentil.

On reste en contact.

Bonsoir, monsieur.

Tu veux pas que je t'accompagne à l'aéroport ? Non, merci.

Pardon, pardon.

Pardon, pardon, pardon.

Tu m'as tellement manqué.

Je crois que tu dois y aller.

Attends, attends.

Tu m'envoies un message pour me dire que tu es bien arrivé.

Vincent, voilà des heures que je tourne et retourne dans ma tête les mots que je

veux poser sur cette lettre.

Voilà des jours, des semaines que je pleure en pensant à toi, que je pleure

dans cette ville italienne où je me suis enfuie, dans cette ville que j'aime

moins que Paris, avec un homme que j'aime moins que toi.

Dans cette ville sans souvenirs, sans toutes ces rues, tous ces gestes, tous

ces gens qui me font penser à mon petit frère.

Sans toi.

Allô ?

Depuis la mort de Fabien, je suis en colère, tellement en colère, contre la

vie, contre moi, contre tout.

Je manquais tellement de confiance en moi lorsque je t'ai rencontrée, lorsque

je suis tombée amoureuse de toi.

Tu m'as tellement donné, tellement appris, tellement compris, tellement

rassuré.

Et sans toi, je n'aurais jamais pu tenir debout pendant les mois de maladie de

Fabien, et au cimetière, et tous ces mois, toutes ces années après le

cimetière.

Je me souviens de cette chanson de Jonas que tu adorais.

Dites-moi, dites-moi qu'elle est partie pour un autre que moi, mais pas à cause

de moi.

Dans les faits, je suis partie pour un autre que toi. Mais en réalité, ce n'est

pas à cause de toi, ni même à cause de Paolo.

Mais à cause de moi, je suis partie.

Et surtout, à cause de ce fantôme qui me suit partout.

Tout le monde se débat comme il peut pour donner un sens à sa vie.

L'écriture donnait un sens à ma vie.

Tu donnais un sens à ma vie, et mon frère aussi.

Aujourd'hui, ma vie n'a aucun sens.

Je ne veux pas que tu sois triste, je ne veux pas que ma trahison t'empêche d

'avancer, ou te rende la vie moins belle.

J'ai confiance en toi, une absolue confiance en toi.

Je sais que tu vas me surprendre, te surprendre, nous surprendre tous.

Et je sais qu'un jour, dans un mois, dans un an, dans dix ans peut-être, nous

nous retrouverons et j'espère qu'un jour tu me pardonneras et qu'on pourra à

nouveau rire ensemble de choses qui ne font rire que nous et pleurer ensemble

sur la tristesse de ces mois passés et présents.

Je n'ai pas envie de te dire adieu, je n'ose pas te dire à bientôt, alors je te

dis à un jour.

Et j'ai envie d'ajouter, comme dans cette chanson qu'on aimait tant, ne

rentre pas trop tard ce soir.

Surtout... Ne prends pas froid.

Je t'embrasse.

Noémie.

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