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Zulu
...
-Merde !
Merde !
Emma, debout !
...
-Ils sont tous à l'école.
-Tu joues au mari parfait ?
-Si je dérange, je peux débarrasser le canapé.
Et je vais à l'hôtel
pour les trois nuits qui restent.
-Les enfants me tueraient.
-Regarde ce que j'ai ramené.
Direct de Singapour !
-Un durian !
Le fruit qui... -Qui pue des pieds, oui !
Mange-le vite avant que les voisins portent plainte.
Ils sont sympas ? -Oui.
-Oh, la vache ! Ca pue !
-Mmmm.
Miaulement.
...
-Tu as l'air crevée.
Tu as bien fait de prendre un jour. -Pourquoi tu dis ça ? Tout va bien.
-Oui !
Tout va très bien, madame la marquise.
Tu n'as pas changé. -Si, je change.
C'est mon adjoint qui a téléphoné, je n'ai pas décroché.
Le téléphone sonne.
...
-Ah.
...
"Respect", d'Aretha Franklin.
...
-Tu as des gants, s'il te plaît ?
Merci.
Ca va ?
-Désolé de t'avoir dérangée, mais JB est en congé mat.
-Il allaite ? -Limite !
-Alors... Maud Bucaille, 41 ans.
Je dirais mort par SDRA, syndrome de détresse respiratoire aiguë.
Les doigts bleus comme les Schtroumpfs,
c'est un signe de manque d'oxygène. -Elle a été étranglée ?
-Aucune marque de strangulation, pas d'ecchymose,
pas de traces de lutte.
-Un accident ? -Ca y ressemble.
-Euh, tu lui dis au revoir ?
-Elle sent le colchique.
-Tu aimes ça ?
-Ma grand-mère en faisait des tisanes à mon grand-père.
Dilué, ça soigne bien la goutte. -C'est touchant.
-Concentré, c'est un poison mortel. -Et si c'est le cas,
c'est une mauvaise nouvelle. -Ah.
-Les effets se font sentir 24h à 7 jours après.
Ca peut être un accident.
-Un suicide. -Un meurtre.
-Bref, un vrai cauchemar.
-OK.
On a quoi ? -Aucune trace
de freins, elle s'est arrêtée tranquillement.
Elle devait étouffer,
elle est sortie.
Après quelques pas, elle s'est effondrée.
-Un autre passager ? -Non mais j'ai retrouvé
son portable, elle a essayé d'appeler son mari avant sa mort.
-Tu vas l'acheter ?
-Regardez !
Une théière en argile !
Elle est belle !
-Je ne m'y ferai pas. -Non.
-Des graines de colchique ?
Ici ?
Je ne sais pas.
Les plantes, tout ça... c'est ma femme la spécialiste.
Elle détestait la médecine traditionnelle.
Un téléphone sonne.
Excusez-moi.
...
Oui, allô ?
Non.
La réunion ? Ah, non, je n'ai pas oublié.
Demande à Paul de t'accompagner.
Oui, je sais que c'est important. Ecoute, là, je ne peux pas.
Ma femme est morte ! Tu comprends ? Ma femme est morte !
-M. Bucaille.
Votre femme vous a semblé différente ?
-Non. Non, ça allait.
Elle s'est juste plainte de maux de ventre, ces derniers jours.
-Elle les attribuait à quoi ? -Un whisky qu'elle avait bu
la semaine dernière.
-Vous vous souvenez du jour ?
-Jeudi.
Elle ne buvait jamais !
-Elle aurait pu s'empoisonner accidentellement ?
-Non, non, c'était une pro.
-Ca fait longtemps que vous êtes rentrés de Singapour ?
-On s'est installés ici il y a un an.
-C'est la grande roue de Singapour.
-Vous avez de la famille ici ?
-Non. Personne.
Je suis ingénieur.
Et il y a eu une grosse vague de licenciements dans ma boîte.
Alors, c'était Montpellier
ou la porte. -Et votre femme ?
Elle se plaisait ici ? -Ca allait.
Elle aurait préféré travailler, bien sûr.
Elle était prothésiste dentaire
avant qu'on parte.
Pour les employeurs, elle était hors circuit à cause de nos années
d'expatriation. -Je vois bien de quoi vous parlez.
On est jugé dépassé, plus au fait des nouvelles technologies.
-Oui, c'est ça. Elle se battait.
Ce matin, elle était
à son stage de remise à niveau professionnelle.
-C'était où ?
-Sur la route
de Lunel. -Désolé mais on a trouvé sa voiture
sur celle de Sète, de l'autre côté de la ville.
-Fais attention, ma chérie. Viens, tu vas tomber.
-Moi, c'est Louison. Et toi ? -Candice.
Et ton bébé ?
-Gaïa, tu veux l'embrasser ? -Oh oui.
Bonjour, Gaïa.
Elle a une belle couverture en pashmina.
-Maman me l'a donnée hier pour penser à elle.
-Ca sent bon.
-Elle rentre quand ? -Viens, tu vas attraper froid.
Rentre à la maison.
Je vais préparer le goûter.
-J'ai encore une question.
Que faisait votre femme pour occuper ses journées
jusqu'à la sortie de l'école ?
Est-ce qu'elle avait gardé des habitudes asiatiques
comme des massages, du yoga ?
-Non. Les spas, ici, c'est cher.
Avec un seul salaire, on ne se prive pas, mais on fait attention.
Singapour, c'était une autre vie.
-Ca marche pas !
-Le couple s'entendait bien, elle aimait sa fille. Une femme normale.
-Avec 60 mg de colchicine dans le sang d'après le rapport.
-Ils connaissaient peu de monde. Le 1er suspect, c'est le mari.
-Plutôt elle.
-Elle se serait suicidée ? -Retour d'expatriation
qui se passe mal, pas d'amis ni d'argent.
-Saloperie !
-Bon, Candice, un tuyau, tu arrêtes de lui parler et tu rebranches
le routeur wifi.
Surprenant, non ?
Et elle n'est jamais allée à sa formation. Tu sais, dans la police,
il y a des formations en informatique.
-Elle allait où alors ?
D'après ses voisins, elle prenait la voiture tous les matins
et elle rentrait en fin d'après-midi.
L'école m'a dit qu'elle était souvent en retard.
-L'hôtel Neptune.
-Quoi ? -Oui.
Un spa sur la route de Sète. -Elle n'allait plus dans les spas.
-Le foulard sentait l'huile de tamanu, une huile de massage thaï.
Elle mentait à son mari.
Tu viens ? -Du détail !
-J'en ai marre que tu critiques tout ce que je dis !
-C'est nouveau qu'elle morde ? -C'est nouveau.
-Mme Bucaille venait plusieurs fois par semaine.
-On est bien avancés.
-Quel genre de massage ? Je ne vois pas de massage thaï.
-Toutes sortes.
-Son mari dit
qu'elle adorait les "wengi". -"Wengi" ! Oui ! Elle en raffolait.
-C'était sûr. Je peux voir le planning ?
-Sa tête ne me dit rien.
Mais je ne viens pas souvent. -OK, merci.
Pardon.
Vous n'auriez pas vu une femme blonde de cette taille ?
-Belle ?
-J'imagine.
-Elle est partie
vers les salles de massage. -Je ne te dérange pas ?
-C'est mon anniversaire demain.
Donc j'ai décidé
de m'offrir un vrai cadeau.
-Super. Si tu veux un cocktail, appelle-moi.
-Antoine ? -Oui ?
-Maud n'a pas pu payer
pour des massages aussi mous.
-Bon, je vous laisse tranquille. -Antoine, tu l'arrêtes.
-Pour incompétence en massage ? -Non, elle a menti.
Mme Bucaille n'était pas cliente. C'était une masseuse clandestine.
Les massages "wengi" n'existent pas.
Si vous êtes masseuse,
moi, je suis pape !
-Après un moment sans travail, vous auriez peut-être inventé un diplôme
de pape ! -C'est ce que vous avez fait ?
-Je suis esthéticienne. J'ai été au chômage et j'ai bidouillé mon CV.
J'ai été cuisinière dans un restaurant.
-Et masseuse. Logique !
Mais vous tombez sur une cliente experte en massages asiatiques,
bien plus exigeante que les autres.
Et elle a découvert le pot aux roses.
-Mais elle m'a proposé un marché.
Elle me remplaçait en cachette de la direction.
Elle faisait des massages à l'huile de tamanu.
-Et en échange ?
-J'ai donné une partie de ma paye. -Et vous l'avez tuée.
-Il valait mieux un salaire amputé que pas de salaire.
-Que faisait-elle
de l'argent ? -Je ne sais pas.
Il lui arrivait de partir
pendant 1h ou 2. Elle revenait euphorique pour sombrer ensuite
dans une humeur noire.
-Elle ne se droguait pas là-bas. -Pourquoi ?
-C'est puni de pendaison. -Les médocs, l'alcool,
ça montre qu'elle voulait en finir. -Je ne crois pas au suicide.
Elle aurait laissé un mot. -Elle a laissé un doudou à sa fille
pour qu'elle pense à elle. -Une coïncidence.
-Ouvre les yeux !
Pense au boulot en retard. -On classe l'affaire sans suite ?
De son vivant, la société la foutait à la casse
et on ferait pareil ?
Mais...
Putain ! Bordel ! -C'est moi qui les ai.
-Je veux continuer l'enquête. Fais-moi confiance.
-OK. Miaulement.
...
-Allô ?
Là, maintenant, tout de suite ?
J'arrive.
C'est Attia, elle veut me voir. -C'est pas ton genre, hein ?
Non, non, je vais conduire.
On frappe.
-Oui.
La procédure Etchegoyen contient des erreurs.
Le juge peut l'invalider.
Vous savez vous servir
du logiciel LRP3 ?
-Je vous rappelle qu'on est en sous-effectif
et que ce serait bien
que vous m'obteniez un remplaçant.
-Ca n'a rien à voir avec le congé de Medjaoui. Depuis votre arrivée,
je corrige toutes vos procédures.
Je veux une chef de groupe
qui fasse son boulot.
-Vous aurez ça demain matin.
...
-Alors ? Ton jour de récup ? Reposant ?
-Et toi, tu t'installes ? -Non, c'est les enfants.
Ils veulent que j'accroche des photos. Regarde ça.
-Elle me fout le cafard.
-J'ai eu la directrice.
Les jumeaux ne sont pas à jour
pour leurs vaccins. -J'irai samedi.
-Et je me suis permis de signer le cahier de correspondance d'Emma.
Elle a séché 3 fois.
Ecoute... -Tu m'emmerdes !
Sans tes heures sup dans les bras de ta patronne,
on n'en serait pas là. Merde !
-Candice.
Salut. -Salut.
-Ca va ?
Tu as l'air en forme.
Si tu couches avec lui,
je te tue. -Ca risque pas, je te tuerai avant.
-Je suis désolé, je...
Bonsoir. -Bonsoir.
-Je suis Laurent, le mari. Enfin, l'ex. Enfin...
le futur ex ! -Enchanté. Hervé, son...
son voisin.
-Je lui demandais ce matin si elle avait des voisins sympas.
-Elle sait que... ma porte lui est toujours ouverte.
-Bon, j'ai entre 20 et 25 heures de sommeil à rattraper. Bonne nuit.
-Bonsoir. -Bonsoir.
-Viens voir.
Les zones grisées sont ses horaires au Neptune.
Regarde jeudi. -"18h, couturier.
"19h, AA."
AA comme...
-"Alcooliques anonymes".
La masseuse avait raison, elle avait une addiction. A l'alcool.
Bon ? -Non, rien.
-Non ? -Non.
-Aucune trace d'alcool, ni dans les chambres ni dans les poubelles.
-Je vous l'ai dit, on ne boit pas.
-Mais vous nous avez parlé de whisky.
-Dans une maison, il y a toujours un nid à bazar,
des objets dont on ne se sert pas,
vos valises par exemple !
...
C'est plein.
Oh !
-Quoi ? Alcool, armes ?
-Non, électroménager.
En double.
C'est plein aussi.
Regarde.
La théière qu'on a trouvée dans la voiture.
-C'est quoi ?
-Vous aviez raison, elle avait une addiction.
-Mais au shopping.
-Mais elle était guérie.
-Vous allez nous suivre au commissariat, monsieur.
-Vous avez eu un pépin à Singapour.
Votre femme a dépensé plus de 10 000 euros en quelques jours.
-C'est de l'histoire ancienne.
-Non, ça a empiré en France. Elle a des prêts à la consommation
et vous avez dû hypothéquer la maison il y a 6 mois.
-Vous avez
eu peur d'être ruiné,
alors vous l'en avez empêchée avec une méthode facile et efficace.
Le poison.
-Non, c'est vrai qu'elle a déconné avec l'argent,
mais après l'hypothèque, elle a arrêté.
Elle a même vu un psy.
Vérifiez. Nos comptes sont dans le vert depuis 4 mois.
-Votre femme travaillait.
Elle était masseuse dans un spa.
-Comment ça ? Elle continuait sa thérapie le jeudi.
-Vous avez dit qu'elle avait bu du whisky jeudi après le psy.
C'est bizarre. -Le jeudi soir,
elle participait à un groupe de parole, les "Accros anonymes".
Elle voyait beaucoup de monde. Elle buvait peut-être.
Elle n'a jamais raté une séance. -Ou elle a menti.
Elle a arrêté la thérapie
et la formation professionnelle. -Je ne sais pas.
Je suis un peu perdu.
Je ne l'ai pas tuée.
Je l'aimais ! Je ne l'ai pas tuée.
Je vous jure.
Maud souriait beaucoup.
Mais en fait, c'était : "Tout va très bien, madame la marquise."
Elle faisait ça pour Louison, pour moi.
Si seulement j'avais compris... Si j'avais vu...
elle n'aurait peut-être pas...
-Ce n'est pas un suicide. -Elle était désespérée,
elle en avait marre de vivre dans un mensonge.
-Je ne crois pas. -Même son mari en est sûr.
Il te faut quoi de plus ?
Tu ne serais pas en train de t'identifier ?
-Je ne sais pas. Peut-être.
-Candice, Attia veut que tu refasses la procédure Etchegoyen.
-Tu vas où ?
-Je ne sais pas.
-C'est quoi, ça ?
-Je n'en sais rien mais ça ne me plaît pas.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
Tu t'entraînes pour le concours de Miss Valises-sous-les-yeux ?
Prends ta journée demain. -Je ferais mieux de tout arrêter.
-Vraiment ?
-Je ne sais plus où j'en suis.
Je m'énerve pour n'importe quoi sur n'importe qui.
-J'ai fait ça, un jour. J'ai tout plaqué. En 5e année de médecine.
Je voulais être chirurgien.
-Il s'est passé quoi ?
-Difficile à dire... La pression, la peur de se tromper.
Je faisais tout bien, mais je craquais petit à petit.
Un jour, je suis rentrée, j'ai mis le chauffage et j'ai dormi 8 mois.
Et quand je me suis réveillée, j'ai passé le concours de l'IJ.
-Tu regrettes ?
-Ben... Il y a des jours où je m'emmerde.
Et mon salaire a un zéro de moins.
Mais au moins, je ne stresse pas.
Mes morts, ils sont morts, je ne peux plus rien leur faire.
-Donc je serais plus heureuse à un poste moins exposé.
-Non, je n'ai pas dit ça.
Tu dois juste dormir.
OK ?
-Oui.
...
Une porte s'ouvre.
-BON ANNIVERSAIRE !
-Tiens, maman, je les ai faits pour toi.
-Merci ! Des loukoums à la fraise ! -Non ! A la fraise des bois !
-Merci !
-Regarde, c'est pour toi. -Mais qu'est-ce que c'est ?
-Un cendrier. -Ah ben oui, bien sûr, oui.
Du coup, je vais devoir refumer. -Ca peut servir
de porte-crayon, porte-savon et même porte-loukoum !
-Désolée, je n'ai pas eu le temps.
-C'est pas grave, ma chérie.
C'est l'intention qui compte. -C'était une blague !
-Waouh...
C'est un joli papier cadeau.
Oh ! Un pashmina ! Magnifique !
Oh, qu'il est beau !
-On goûte le gâteau ? Vous allez voir, j'ai mis
une pointe de cumin pour relever.
-Merci pour le pashmina. -C'est pas moi, c'est Emma.
Mon cadeau est garé dans la rue.
Et il est à toi jusqu'à demain matin.
Pas d'excès de vitesse, commandant.
-Oh !
...
Elle rit.
Je n'avais pas conduit une vraie voiture depuis des lustres !
Waouh !
Je m'excuse pour hier. -Ah, non, non.
Je me suis comporté comme un con. -Tu avais raison.
Je suis totalement dépassée.
Au travail, à la maison, je fais tout à moitié.
-Ce serait bien la 1re fois.
Tu te souviens de la semaine
où tu as passé le concours de Cdt ? Emma avait une bronchiolite.
Tu enchaînais les épreuves, les séances d'hosto.
Résultat, ta fille est en pleine forme et tu as décroché le 36.
-Oui, mais j'avais 15 ans de moins.
Et on était deux.
...
-Bonjour. -Bonjour.
-Excusez-moi pour mon retard.
C'est pour une thérapie conjugale ? -Non.
En fait, on est de la police, on enquête sur la mort d'un patient.
Maud Bucaille.
-Maud ?
Maud est morte ?
-Avait-elle
des tendances suicidaires ? -Pas du tout.
Les femmes rentrant d'expatriation font fréquemment une dépression.
Mais la névrose de Maud était plus vieille.
-Pourquoi sont-elles sensibles à la dépression ?
-Elles ont sacrifié leur travail pour suivre leur mari.
-Elles bullent au soleil !
-Sauf qu'au retour,
les employeurs les traitent comme des denrées périmées.
Les autres leur refusent le droit d'aller mal
vu qu'elles bullaient au soleil.
Il faut guetter les 1ers signes.
Boulimie, fatigue.
Ce sont souvent les 1ers symptômes
de la dépression.
Coup de sonnette.
...
-Pardon de te déranger en congé, mais le psy
ne croit pas au suicide.
-On verra demain. -Non.
On est jeudi, le jour de la réunion
des fameux AA. -Parfait. Et alors ?
-Elle suit une thérapie,
mais ne fait rien pour aller mieux. Ca n'a pas de sens.
-Qu'est-ce qui a un sens ?
-Et Chrystelle a vérifié les comptes des objets trouvés.
L'argent des massages ne suffisait pas.
Elle a un autre financement.
-D'où le groupe de parole ?
-Elle rackettait celle ou celui avec qui elle a bu.
-C'est une bonne piste.
Sans moi.
Coup de sonnette.
...
C'est quoi, ton idée ?
Par curiosité ! Je ne bosse pas aujourd'hui.
Je ne peux pas m'en empêcher.
Les chaussures me font craquer.
J'adore les...
les...
Non, non...
En fait, j'avoue,
je perds le contrôle à cause...
des voitures.
Bon, depuis que je suis petite,
je suis plongée dans les voitures. Mon père était garagiste !
La 1re fois qu'il m'a tendu les clés pour conduire une Jaguar,
j'ai cru mourir !
Et là, j'ai compris que j'étais accro. Mais vraiment accro !
Oui. Accro à l'odeur du cuir.
Au bruit du moteur.
Le pneu.
Le pneu qui crisse sur l'asphalte.
La dernière fois, c'était hier.
C'était mon anniversaire. Mon mari m'a offert
un tour en Porsche cabriolet.
Le modèle de James Dean ! -C'est qui James Dean ?
-Et là...
quand il m'a tendu les clés,
j'ai eu un...
une bouffée de chaleur
qui... qui est montée comme ça.
Comme...
un immense orgasme !
-Bravo. Très convaincant ton petit numéro. J'y ai presque cru.
-Pourquoi pas pour les flingues ? -Tu as vu la fille en bleu ?
Le look un peu baba comme Maud.
-Je te laisse faire, c'est ton genre.
Il est joli, votre collier. -Ah ! Merci !
Une patiente me l'a offert pour me remercier de l'avoir guérie.
-Ah ! J'espère que je vais y arriver aussi.
C'est tellement dur !
-Mais non.
Les clés, c'est de ne pas être dans la frustration
et de consommer de façon modérée.
Vous avez déjà fait un régime ? -Pourquoi cette question ?
-Quand vous vous privez complètement,
vous finissez par craquer et engloutir
5 tablettes de chocolat d'un coup. -Pas faux.
-Conclusion...
Il aurait mieux valu manger quelques carrés.
Pour les voitures, c'est pareil. -Vous connaissez
le prix d'une Ferrari ?
Je n'ai pas les moyens de mes névroses !
-Mais quand je vous dis que je suis là
pour vous aider, ce ne sont pas des paroles en l'air.
Je peux vous aider concrètement.
-Je ne comprends pas très bien.
Vous êtes psy ou usurière ?
-Vous l'avez tuée pour éviter
qu'elle révèle votre arnaque ?
-Maud est morte ?
Je n'ai rien à voir là-dedans.
J'ai juste prêté de l'argent.
-8 000 euros ? -Vos relevés sont plus clairs.
Vous êtes psy et banque avec un taux à 20 %.
-Maud me devait 8 000 euros, elle a remboursé.
-Et elle aurait trouvé cet argent comment ?
-Euh... elle m'a dit qu'elle avait décroché un vrai job
et que son employeur avait... Oui !
Il avait accepté
de lui faire une avance !
Visiblement, ils venaient juste de faire affaire.
Elle puait
le whisky. -Vous avez profité de votre statut
pour réunir un vivier de malades. Bravo !
Vous raconterez ça
à nos collègues
pendant votre garde à vue.
Jusqu'à preuve du contraire, elle n'avait pas de mobile.
-Qui, alors ?
-La personne qui a prêté les 8 000 euros l'avait peut-être mauvaise.
Il ne nous reste plus qu'une indication, ce couturier.
Elle a peut-être trouvé un job dans le prêt-à-porter.
-Je pense que c'est un nom de famille.
Il y a un Alain Couturier dans la liste de ses clients du spa.
-Bonjour.
Je peux te parler un moment ?
Bonne journée...
-A New York ?
-Je peux prendre le poste dans deux mois. Les enfants adoreraient.
-Et moi ? -J'ai tout prévu. A notre arrivée,
je monterai sur la statue de la Liberté et j'implorerai ton pardon.
Je me mettrai à genoux, je redemanderai ta main.
Tu diras non !
Mais tu réfléchiras, tu changeras d'avis
et on se retrouvera au milieu de Central Park.
On s'embrassera
comme des fous.
Eh ! Ne souris pas ! Il paraît que ça se passe comme ça là-bas.
Sifflement.
-On a l'adresse
de Couturier.
...
-Bonjour. Capitaine Dumas, police.
-Qui vous a permis
de brouter ma pelouse ? -Bonjour ! Commandant Renoir.
Les colchiques sont superbes.
Félicitations !
-On aimerait connaître la nature de vos relations avec la victime.
-Excellentes. J'adorais Maud.
Elle était franche, spontanée,
chaleureuse. -Et très dépensière.
Vous l'entreteniez ?
-Votre collègue me demande-t-il si nous avions
des relations sexuelles ? -Il me semble.
-Ecoutez, jeune homme,
je vis entouré de blouses blanches
et aucun de ces imbéciles ne m'a prescrit de Viagra.
Pourtant, j'en bouffe de leurs saloperies !
Maud et moi étions amis.
Sans doute connaissez-vous ce sentiment désuet
excluant les rapports charnels.
-Vous vous êtes connus au Neptune ? -Oui.
J'ai la goutte.
Les massages me faisaient du bien.
Maud parlait avec passion
de la nature et des vertus médicinales des plantes.
Mais elle savait aussi écouter.
Et encore plus rare, se taire.
Une porte s'ouvre.
-Bonjour.
Le docteur ne peut pas venir.
Je la remplace. -Encore cette piqûre ?
Et encore vous ?
Je vous ai demandé de ne pas venir. -Bon, M. Couturier, il est 18h,
c'est l'heure de la piqûre. L'heure, c'est l'heure.
Allez, on y va.
-Ca se tient. Elle choisit un petit vieux, un ancien pépiniériste,
un pro des plantes. -Le mobile,
se débarrasser d'une femme qui lui soutire de l'argent.
-Sa fille a été prévenue.
-Monsieur, jeudi, vous avez retiré 8 000 euros.
Vous les avez donnés à Maud ? -D'après vos relevés,
vous retirez de grosses sommes depuis 2 ou 3 mois.
-Elle vous faisait
chanter ? -Espèce de petit con !
-Qu'avez-vous fait ?
Qu'avez-vous fait ? -Rien. Il restera inconscient 5 mn.
Ou 10. Pas plus.
-On ignorait qu'il était violent. -Il est juste désagréable.
Mais je croyais que c'était juste
avec moi et le Dr Chemla dont il jette les ordonnances.
Je vais lui donner un sédatif. -Oui.
Tu attendais quoi pour intervenir ? -Je ne frappe pas les vieux.
-C'est quoi ?
-Rien.
-C'est pour mon fond d'écran ! -Tu es réveillée, on attend quoi ?
-Détends-toi, il n'y en a plus pour longtemps.
Voilà le Dr Chemla. Je précise, le Dr Chemla-Couturier.
-Une nouvelle secte
pour mon père ? C'est quoi, votre truc ?
Les bains d'argile ?
-Nous, c'est plutôt les menottes.
-J'ai pris un whisky.
Votre père ne boit pas ?
La bouteille était poussiéreuse. Alors on voit des traces de doigts.
Vous en avez bu avec Mme Bucaille ? -Je déteste ça. Où est mon père ?
Pauvre papa.
Voilà, je t'embête encore un peu.
Voilà, c'est fini.
Ta tension est toujours un peu basse. Comme d'habitude.
-Vous êtes l'absente
de l'histoire.
Vous avez un vrai mobile pour le meurtre de Maud Bucaille.
Pas un mobile financier ! Bien sûr !
-Je ne comprends pas.
-Sur les photos, il y a tout le monde.
La famille, les cousins, j'imagine, même les morts.
Votre mère, par exemple. Mais vous ? Vous n'êtes nulle part.
-Qu'est-ce que ça prouve ?
-Votre père aime
les médecines alternatives, les massages,
ceux de Maud, et hait la médecine traditionnelle, la vôtre.
-C'est son droit.
-Quand vous voyez qu'il jette vos ordonnances,
vous n'avez pas l'impression que c'est vous qu'il jette ?
Il a décroché ce calendrier où vous avez mis son traitement.
Il y mis un cadeau de Maud.
-Oui. Et alors ?
-En regardant ce cadeau,
vous n'avez pas l'impression que votre père
vous a remplacée ? -De la psychologie de comptoir !
-Vous êtes sa fille unique et pourtant vous n'êtes nulle part.
Il est 19h05, docteur.
Je vous mets en garde à vue pour le meurtre
de Maud Bucaille.
Jeudi dernier, votre père reçoit la visite de Maud, vous arrivez aussi.
Il est 18h, l'heure de la piqûre. -Pendant que votre père se repose,
vous proposez à Maud un whisky
contenant de la colchicine que Maud utilisait pour soigner votre père.
-Maud est repartie sans même savoir
que vous l'aviez tuée.
-Mes empreintes étaient
sur la bouteille ? Non.
-Maud s'est servie.
-Diane,
votre père est là.
Il vous voit,
il vous entend.
-Vous avez des enfants ?
Si vous n'avez pas commis l'irréparable,
j'espère que vous ne ferez jamais une connerie pareille.
-Vous avez raison, on n'a aucune preuve contre vous.
Mais on en a assez
contre votre père. Dites-lui au revoir.
Ce soir, il passera sa nuit en prison.
Désolée, M. Couturier, vous allez devoir nous suivre.
Je vous mets en garde à vue.
Asseyez-vous, s'il vous plaît.
Vous êtes libre, Diane.
-Tu l'as tuée ? Qu'est-ce que tu t'es imaginée ?
Qu'elle volerait l'héritage ? -Papa.
-Tu me l'as prise.
Tu ne vois pas que ta médecine est inutile
quand on est vieux ? Maud donnait un sens à ma vie.
Elle était perdue, fragile, elle avait besoin de moi.
-C'est moi qui ai besoin de toi. -Tu es parfaite !
-Je t'ai fait quoi ?
-Rien, justement ! Tu ne m'as rien fait !
A ta naissance, on t'a mise dans mes bras,
je n'ai rien senti. Rien du tout. Maud ne t'a rien volé.
Je ne t'aime pas. -Tais-toi.
-Ca n'est jamais venu. -Tais-toi, tais-toi !
-Vous pouvez lui dire
de faire moins de bruit ?
-J'y vais ?
-Mais... ? -Elle va revenir.
Elle ne le laissera pas. Jamais.
-C'est moi qui l'ai tuée.
...
-Toi, ici ?
-Elle n'arrête de pleurer que quand je marche, alors je marche.
-Tu nous montres ta merveille ? -Oui, regarde.
Elle est là, la beauté.
-J'y vais. Salut !
-Et Lili ?
-Tu aurais dû prévenir.
-Bou, diou, dou, bou. -Arrête, tu vas l'effrayer.
-Mais non. J'ai une question. -Quoi ?
-Tu ressens quoi en la regardant ? -De la fatigue. Ca fait 4 jours
que je ne dors pas. -Mais c'est super d'être papa.
-Super ! Super fatigant.
-On appelle la DDASS ? -C'est vrai, c'est fatigant.
Donne-la-moi, ça fera une pause. -Non.
-Donne !
-Non, ça va. Et il n'y a qu'avec moi qu'elle arrête de pleurer.
Hein, ma beauté ?
Et puis, elle doit manger.
Bon courage !
Il chantonne.
...
-Rassuré ? -Toi, t'es rassurée ?
-Oh oui. -C'est bizarre.
-D'accord.
Je connais cette expression.
-Je n'irai pas avec toi à New York.
-Tu es vraiment sûre ?
Tu ne peux pas y réfléchir ? -Certaine.
-Tu m'en veux encore.
-Non.
Quand tu m'as trompée, je pensais à Stéphanie,
la femme de Bruno, ton collègue à Dakar.
Il la trompait. Elle me disait : "Je ne travaille pas.
"Je ne peux pas partir, Candice."
-Je ne suis pas Bruno. -Je sais ! Bien sûr. Bien sûr.
Je te raconte ça pour que tu saches pourquoi je suis partie si vite.
Je suis super contente de retravailler. Vraiment.
Je retrouve ma liberté de choix. Si je pars,
je n'aurai pas de seconde chance. -Je comprends.
-Merci pour le durian.
Et merci d'être venu. Vraiment.
...
Je te laisse dire au revoir.
-Tu salueras ton voisin pour moi.
Sous-titrage MFP.
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