All language subtitles for Maigret.2022.FRENCH.1080p.WEB.H264-FW

af Afrikaans
ak Akan
sq Albanian
am Amharic
ar Arabic
hy Armenian
az Azerbaijani
eu Basque
be Belarusian
bem Bemba
bn Bengali
bh Bihari
bs Bosnian
br Breton
bg Bulgarian
km Cambodian
ca Catalan
ceb Cebuano
chr Cherokee
ny Chichewa
zh-CN Chinese (Simplified)
zh-TW Chinese (Traditional)
co Corsican
hr Croatian
cs Czech
da Danish
nl Dutch
en English
eo Esperanto
et Estonian
ee Ewe
fo Faroese
tl Filipino
fi Finnish
fr French Download
fy Frisian
gaa Ga
gl Galician
ka Georgian
de German
el Greek
gn Guarani
gu Gujarati
ht Haitian Creole
ha Hausa
haw Hawaiian
iw Hebrew
hi Hindi
hmn Hmong
hu Hungarian
is Icelandic
ig Igbo
id Indonesian
ia Interlingua
ga Irish
it Italian
ja Japanese
jw Javanese
kn Kannada
kk Kazakh
rw Kinyarwanda
rn Kirundi
kg Kongo
ko Korean
kri Krio (Sierra Leone)
ku Kurdish
ckb Kurdish (Soranî)
ky Kyrgyz
lo Laothian
la Latin
lv Latvian
ln Lingala
lt Lithuanian
loz Lozi
lg Luganda
ach Luo
lb Luxembourgish
mk Macedonian
mg Malagasy
ms Malay
ml Malayalam
mt Maltese
mi Maori
mr Marathi
mfe Mauritian Creole
mo Moldavian
mn Mongolian
my Myanmar (Burmese)
sr-ME Montenegrin
ne Nepali
pcm Nigerian Pidgin
nso Northern Sotho
no Norwegian
nn Norwegian (Nynorsk)
oc Occitan
or Oriya
om Oromo
ps Pashto
fa Persian
pl Polish
pt-BR Portuguese (Brazil)
pt Portuguese (Portugal)
pa Punjabi
qu Quechua
ro Romanian
rm Romansh
nyn Runyakitara
ru Russian
sm Samoan
gd Scots Gaelic
sr Serbian
sh Serbo-Croatian
st Sesotho
tn Setswana
crs Seychellois Creole
sn Shona
sd Sindhi
si Sinhalese
sk Slovak
sl Slovenian
so Somali
es Spanish
es-419 Spanish (Latin American)
su Sundanese
sw Swahili
sv Swedish
tg Tajik
ta Tamil
tt Tatar
te Telugu
th Thai
ti Tigrinya
to Tonga
lua Tshiluba
tum Tumbuka
tr Turkish
tk Turkmen
tw Twi
ug Uighur
uk Ukrainian
ur Urdu
uz Uzbek
vi Vietnamese
cy Welsh
wo Wolof
xh Xhosa
yi Yiddish
yo Yoruba
zu Zulu

Original subtitles

J'arrive.

C'est mieux comme ça.

Il vous faudrait quelques accessoires.

Vous pouvez vous rhabiller.

Les sensations de fatigue que vous éprouvez.

Tu es fréquente ? En ce moment, oui.

Fatigue ou lassitude ? Des essoufflements ? Après un effort,

ou courir derrière un autobus, monter un escalier.

Vos nuits sont paisibles ? À votre avis.

Comment va l'appétit ?

Je me nourris.

Mais l'envie n'est plus là.

Oui, c'est ça.

Et seulement pour la nourriture ? Pas seulement.

Vous devriez prendre du repos.

Ou alors avancer votre départ à la retraite.

La tension est un peu élevée, mais à votre âge...

Les branchements l'air ont crassé. Je vais vous prescrire une radiographie des

poumons.

En attendant, je vais vous demander un énorme sacrifice.

Il faudra arrêter le tabac.

Bien que je te présente.

C'est gentil.

Robert.

Enchanté. Je vous présente Janine. On parlait.

Enchantée, Robert.

On est ravissés. Un merveille, mais...

Je t'ai pas invitée, que je sache ! Si t'es venue faire du scandale, tu t'es

gourée d'adresse ! Tu veux me gâcher ma faim, c'est ça, hein ? Non ! Alors

pourquoi t'es là ? Hein ? Pourquoi t'es là ? Jaline, c'est fini ? Mais oui.

Elle s'en va. Tout de suite.

Allez, laisse-moi m'occuper.

Tu veux quoi ? Hein ? Tu veux de l'argent ? C'est ça ? On t'en a pas

donné assez ? Prends ça ! Allez ! Fous le corps !

Oui, entrez.

Rien à en tirer.

Le petit Lapointe va essayer de l'avoir à la chansonnette.

Avec ce genre de gusse, ça peut durer jusqu'au matin.

Je fais monter des demi et des sandwichs.

Comme tu veux, j'en viens, mais moi, je rentre.

Patron, si, passe aux aveux.

Tu le descends au dépôt.

Police, secours, j'écoute.

Allô ? Allô ?

Allô

?

Fermez-lui les yeux.

Rien sur elle qui permette de l'identifier.

Elle a reçu plusieurs coups de couteau.

L'arme n'a pas encore été trouvée. On passe le secteur au crible.

Qui a appelé les polices secours ? On ne sait pas. Il ou elle a brisé la glace

sans dire un mot.

Commence par une enquête de voisinage.

Le parquet est prévenu ? On s'en occupe.

T'as dîné au moins ? On ne sait plus.

Rendors-toi.

Bonne nuit.

Bonne nuit.

Je le prendrai dehors.

Ça va ? Oui.

On ne va pas prendre froid. Non, tout va bien.

Commissaire Maigret ? C'est moi le témoin.

Votre inspecteur m'a dit de venir vous voir.

J'habite au 5, juste en face du square.

Vers minuit et quelques, je venais de me coucher et j'ai entendu une auto s

'arrêter.

Une belle cylindrée, d'après le bruit du moteur.

Puis deux portières ouvertes, refermées.

Et le coffre aussi.

L'auto est repartie, je dirais, cinq, dix minutes après.

Voilà.

Aux filles.

Si jeunes.

La victime n'en identifiait le sexe féminin de race blanche et mineure, âgée

de 20 ans tout au plus. En bonne santé, mais sous-alimentée.

On relève cinq plaies par arme blanche au niveau du thorax et de l'abdomen.

D'après la profondeur des blessures, il doit s'agir d'un coup d'eau à trancher

ou à découper.

L'agresseur est sans doute gaucher, étant donné l'angle des incisions.

Les coups ont été donnés de manière désordonnée à bout portant.

Ils ont apparemment causé le décès.

Apparemment ? On note aussi une rupture des cervicales et une morbidité

pulmonaire. J'ai demandé des examens complémentaires.

Le corps ne comporte ni traces ni empreintes exogènes.

Elle serait morte à quelle heure ? Pas facile à établir.

L'estomac est quasi vide.

Probablement entre 10h et minuit.

Avant minuit en tout cas.

Un passant peut-être de meurtrier lui-même a prévenu police secours à

minuit 33.

Après il y a l'atteste que l'agression a eu lieu sur place.

Les lividités ne sont pas conformes à la position du corps.

Ça veut donc dire qu'il a été déplacé ou transporté après le décès.

Exactement.

C'est vrai que vous aviez commencé des études de médecine pour quoi avoir

arrêté... Pour gagner ma croûte.

Dans la police.

Ça ou autre chose, le hasard.

Il découvère aussi une fibre de tissu blanc accrochée à un ongle de la main

gauche.

Peut-être un drap ou une nappe qui aurait servi à envelopper le corps.

Je ne sais pas d'où. Elle avait absorbé une bonne dose d'alcool fort.

Elle était même en état d'ébriété avancée.

Vu le quartier, je me disais que ça pouvait être une entraîneuse.

Mais ce genre de fille ne boit pas.

Elle fait boire.

Vous voulez dire du genre qui couche avec les clients ? Qui couche plus ou

moins.

En tout cas, elle n'était plus vierge.

Mais je vous certifie qu'avant le décès, elle n'a eu aucune sorte de rapport

sexuel, ni content, ni consenti.

J'aimerais la voir.

Si vous voulez, mais elle n'est pas refermée.

Je ne mets plus la pipe.

Comment vous sentez-vous ? Tout nu.

Ça va mieux, mon petit ? Excusez-moi, l'odeur, ça m'a... Tu t'y feras, va.

J'ai eu janvier.

Dans les commissariats, aucun avis de disparition ne correspond.

Ni dans les journaux.

Lucas s'occupe des boîtes et des bars du quartier.

Concentre-toi sur les chauffeurs de taxi, sur tous ceux qui font la nuit.

On va où ? Ok.

Et l'arme du crime ? On n'a rien trouvé.

Doucement, tu vas éclater la brouillère.

J'ai pensé à quelque chose.

Vous vous rappelez le tueur de dames qui a sévi du côté de mon seau ? Alors ? On

ne l'a jamais pincé.

Mon seau, ce n'est pas très loin des Batignolles.

De quelle façon il a tué ses victimes ? Étranglé avec un fil de fer.

Et là ? Là, non.

Il aurait pu vouloir sauver de méthode.

Les défaits qu'elle portait n'ont pas parlé, pas de traces d'empreintes ou de

poussières exploitables.

Son sac à main ne contenait presque rien, un mouchoir, un tube de rouge à

lèvres bon marché, ses sous-vêtements aussi sont ordinaires, unipris ou

autres, les boucles d'oreilles et des perles de pacotille, ses chaussures sont

de meilleure facture mais usées.

Tout ça ne colle pas avec la robe du soir.

Pourquoi ? Parce que là on change de catégorie.

Haute couture, signée d'une grande maison, ça doit valoir une petite

fortune.

Il s'agit bien d'une création de notre maison.

Rêve d'un soir.

Un modèle d'avant-guerre.

La collection hiver de 1937.

1937.

Quelle tristesse de l'avoir mise dans cet état. Si c'était que la robe.

Vous auriez me dire qui l'avait commandée ? Elle avait connu un beau

succès.

Impossible de retrouver chacune de nos clientes.

Ou alors d'après les mesures de celle-ci, notre première d'atelier

aurait pu s'en souvenir.

Je pourrais lui parler.

Hélas non, elle est décédée.

A peine un mois après son départ à la retraite. Vous vous rendez compte ?

Ouvre,

tu risques d'être déçu.

Pourquoi une fille de 20 ans porterait-elle une robe qui aurait pu

appartenir à sa mère ? Quelle fille ? Justement, je ne sais pas.

Je ne sais rien d'elle, rien.

Même pas son nom.

J'ai préparé du fric en doigts à l'oseille, ça te va ? Une nichette, je n

'ai pas très faim.

Tu te souviens de notre première rencontre ? Ce raout dansant, tenue de

soirée exigée.

J'étais dans mes petits souliers, c'est le cas de le dire.

Alors quand je t'ai vu dans un coin avec ton mauvais costume et ta cravate de

travers, je me suis dit en voilà un qui allait au moins aussi en poter que moi.

Et ma jolie robe bleue, je l'avais louée.

Il y a des boutiques spécialisées pour ça, comme pour les smokings.

Dans quel but tu avais loué une robe ? Ah bah ça, commissaire...

Quelle horreur.

Votre inspecteur ne m'avait rien dit.

On n'annonce jamais ce genre de nouvelles par téléphone.

Comment elle s'appelait ? Vous allez vous poser la question.

J'ai oublié de lui demander.

Elle était pressée.

Il lui fallait une robe de soirée comme si sa vie en dépendait.

Pardon.

Dans ce quartier, les clientes de dernière minute sont des artistes de

cabaret ou bien des filles qui ont levé un micheton.

Elle aurait pu.

Elle ? Non, vraiment pas.

Elle était si fragile.

Un oiseau tombé du nid.

Elle allait où avec cette robe ? J'ai cru comprendre qu'elle espérait

retrouver quelqu'un.

Quelqu'un ? Une personne qui pourrait l'aider.

Matériellement, en tout cas.

Elle n'avait même pas de quoi payer l'allocation.

Elle m'avait laissé ses affaires.

Elle devait les reprendre en me rapportant la robe.

Je l'ai attendue le lendemain, mais... Vous êtes sans doute l'une des dernières

à l'avoir vue vivante.

J'aurais aimé la revoir vivante.

Comment était-elle ? Jolie, très jolie.

La peau pâle, brune, avec une frange.

Non, je voulais dire, ce qui se dégageait d'elle.

Elle avait l'air perdue, pas d'ici.

La fille de nulle part.

Et puis elle avait ce geste adorable de tortiller ses cheveux.

Comme une enfant qui a peur de se faire gronder.

Ces filles-là, elles débarquent de leur province.

Elles rêvent d'une carrière artistique ou de faire un beau mariage.

Et elles finissent employées de maison.

Quand ce n'est pas d'un autre genre de maison.

Ou sur le trottoir.

Procadéro 0840, madame bonjour.

Mademoiselle, pardon.

Auriez-vous l'obligence de m'indiquer votre nom ? C'est moi qui vous appelle,

je sais, oui.

Je vais vous le dire, mais j'ai d'abord besoin de... Allô ?

Drôlement bon.

En plus, j'avais rudement faim.

Vous, vous mangez pas ? Jamais en buvant.

Je te sers du pouilly, Betty ? Je veux bien goûter.

C'est pas commun, Betty.

Mon vrai nom, c'est Marie.

J'avais envie de changer.

Tu es d'où ? Romand-sur-Isère.

Moi, je connais.

Sans rire.

Paie de la chaussure.

Oui, oui.

Mes parents m'arment tous les deux à la fabrique.

Moi, j'avais ma place toute chaude, mais bon, faire des godasses toute la vie...

Non, merci.

J'avais qu'un rêve, monter à Paris.

On verra ta majorité, disait mon père, alors... Je me suis barrée.

Le matin de mes 21 ans, j'ai pris le premier train.

Sans prévenir tes parents ? Ni eux, ni personne.

Si j'étais ton père, je me demanderais où tu es.

Ce que tu fais de tes journées, de quoi tu vis, qui tu fréquentes ? Pourquoi tu

ne donnes pas de nouvelles ? Vous en avez de ces questions ? Me le dis

parfois, oui.

Qu'est-ce que tu espérais en venant à Paris ? Être libre, faire ce que je

voulais, rencontrer des gens intéressants, lire des bouquins, visiter

les musées.

Voler dans les magasins ? Mais ça vous intéresse vraiment que je vous raconte

ma vie ? Ça m'aide un peu à comprendre.

Comprendre quoi ? Une fille comme toi.

Des filles comme moi, il y en a des paquets à Paris.

Des âmes en peine qui tournent boule. Moi, je les repère de loin.

Franchement, je les plains.

Je prendrais bien du dessert.

La tatin est très bien.

On partage alors ? Non, j'aime pas les sucreries.

La jeune fille prendra la tatin.

Et vous, toujours rien ? Non, merci Arlette.

Ne seriez-vous pas en train de nous couver quelque chose, commissaire ?

Commissaire de police ?

Maigret, brigade criminelle, 36, quai des Orfèvres.

Quelqu'un a voulu faire disparaître cette jeune fille inconnue, mais elle a

forcément laissé des traces là, quelque part, même ténues, comme ces loupiottes

qui clignotent.

Le crime a toute heure du jour et de la nuit.

Il faut se protéger, mon petit, ne pas être insensible.

Mais garder la bonne distance pour essayer de comprendre.

À la longue, c'est obligé, tu te forces une carapace. Puis un jour, au détour d

'une affaire banale, à savoir pourquoi, t'es touché par un détail.

Un motif de papier peint, un jouet en plus, une phrase, un regard.

Toutes tes certitudes s'effondrent d'un coup.

Tu redeviens un petit enfant qui a peur dans le noir.

Les dépositions assignées pour le juge du parquet, ça devient urgent.

Il en a besoin pour déférer. Je vous les laisse.

Ah, on a fini par localiser la pharmacie.

Le flacon qui était dans le sac de l'inconnu.

La pointe se rend sur place, il vous fera un topo.

Non, j'y vais moi.

C'est ce que je pensais, je n'ai pas noté son nom.

De toute façon, elle n'avait pas de prescription.

C'est un dérivé du laudanum, un produit assez puissant. Et je n'avais pas le

droit de lui délivrer.

Vous l'avez fait quand même ? Je l'avais croisée quelques fois dans le quartier.

Elle avait toujours l'air... Je ne sais pas... Perdue ? Perdue, oui.

Un soir, elle est venue ici dans un drôle d'état. Elle souffrait vraiment.

De quoi ?

Insomnie, nervosité, anxiété.

Elle est revenue ensuite, renouvelée le produit.

Et puis je ne l'ai plus vue.

C'est sans doute qu'elle va mieux.

Sans doute.

Ce médicament est-il compatible avec l'alcool ? Ah non, non, il vaut mieux l

'éviter. Ça amplifie les effets secondaires.

Somnolence, perte d'équilibre.

Et vous lui aviez recommandé de ne pas boire ? Une fille si jeune, je ne

pensais pas... Elle n'a rien fait de mal, j'espère ? Elle, non.

Vous disiez qu'elle vivait dans le quartier ?

Des jeunes filles, ça ne manque pas. J'ai cinq escaliers, trois appartements

par étage, sans compter les chambres de bonne.

Elle dort mal, elle se lève sûrement tard, se nourrit peu.

Elle ne va pas sortir souvent faire des courses.

C'est une fille qui a l'air triste, genre que personne ne remarque.

Elle habite sans doute seule.

Elle tortille ses cheveux avec un doigt comme ça.

Ça pourrait être la petite qui habite au 6ème D.

Je ne connais même pas son nom.

Vous non plus ? Non, elle ne reçoit jamais de courrier.

En plus, ce n'est pas elle au départ qui m'avait loué la chambre.

Ça se trouve, elle est là-haut en ce moment.

Au cas où, vous avez un double de la clé ? Oui.

Je n'avais pas prévu de me taper les six étages.

Ça tombe bien, je n'ai pas besoin de vous.

Sous-titrage ST'

501

Elle est partie, la cabine capitale A ? Oui.

Vous êtes le propriétaire ? Des fois, je l'entendais pleurer derrière la cloison.

Même quand elle pleurait pas, elle avait l'air triste.

Je vous remercie.

A votre service.

Félicie Bonnet, je suis l'employée des Gauliers au deuxième étage.

Vous m'avez pas dit ce que vous lui vouliez ?

Non, je ne vous l'ai pas dit.

Elle est morte, assassinée.

Ce n'est pas possible.

Là-haut ? Non, pas là-haut.

Elle était liée à quelqu'un dans l'immeuble ? Un voisin ? Elle ? Pensez

-vous. Toujours seule.

Seule et renfermée.

Qui avait loué la chambre au départ ? Une autre fille, Janine.

Celle-là, elle sortait souvent et ça cocotait le parfum.

Des parfums qu'on lui payait, si vous me comprenez.

Avec elle, je donnais le cordon en pleine nuit.

Elle est partie en laissant l'autre ici, mais elle ne payait plus son loyer.

La morte, je veux dire.

On allait l'expulser.

C'est chose faite.

La première locataire, c'est Janine, vous l'avez vu ? Elle vient récupérer

son courrier de temps à autre.

Patron, c'est Janvier.

J'ai retrouvé l'abonné du numéro que vous m'avez donné, Trocadéro 0840.

Il s'agit de Janine Armenieux.

En ce moment, il semblerait qu'elle travaille sur un film au studio de

Biancourt.

Vous ne fatiguez pas, c'est du décor.

Tout est faux ici.

J'ai rendez-vous avec vous ? Jeannine Arménieux ? Ici, je suis Nadine Darcy.

Excusez le retard, j'étais aux essayages pour un prochain film.

C'est vous la vedette ? Oh non, je joue les utilités, comme on dit.

La secrétaire qui tape la lettre du patron et qui parfois se tape le patron.

La soubrette qui ouvre la porte.

La fausse porte.

Vous allez au cinéma, monsieur le commissaire ? Ça m'arrive.

Vous me changez les idées.

Alors vous n'allez pas voir de film policier ? Les poursuites, les bagarres,

le suspect tabassait un coup de botin pour le faire parler.

C'est un peu de mal à y croire.

Comment vous faites pour qu'il parle, vos suspects ? Rien.

Je les écoute.

Venez, on sera plus tranquille à côté.

Du toque, ça aussi.

Une découverte, ça s'appelle.

Une découverte.

Alors dites-moi.

Vous habitez bien Square de l'Albonie, numéro 3 ? Oui, pourquoi ?

À quelle adresse précédemment ? 71 rue Grubelier, 17e arrondissement.

Seule ? Oui, enfin, avec une camarade.

Artiste, elle aussi.

Pas du tout.

Je l'ai rencontrée dans le train quand je suis montée à Paris.

Il ne savait pas où loger, je l'ai dépannée.

Son nom ? Elle s'appelait Louise.

Louise Louvière.

Louise Louvière.

Pourquoi avez-vous dit qu'elle s'appelait ? Parce que je ne la vois

plus. Je ne sais même pas ce qu'elle est devenue.

On l'a retrouvée morte dans la nuit de samedi, au square des Batignolles.

Elle est morte de quoi ? Pas de mort naturelle, en tout cas.

Vous connaissez son âge ? Pas précisément.

À peine 20 ans, je dirais.

Elle avait des papiers d'identité ? Aucune idée. Elle m'a dit qu'elle était

orpheline, née de père inconnu.

Elle aurait voulu le retrouver, je crois.

Mais alors, Louvière ? Le nom de sa mère.

Morte quand Louise était petite.

Elle a été élevée chez les bonnes sœurs, puis placée comme domestique.

On l'a maltraitée, elle a fini par s'enfuir.

C'est comme ça qu'on s'est rencontrées dans le train.

Pourquoi elle était là, Paris ? Ça, je me le demande.

La plupart du temps, elle restait dans sa chambre, seule.

Comme si elle avait peur de sortir.

Pauvre Louise.

J'ai fini par lui trouver un petit travail ici, au studio.

Doublure lumière.

Pour les réglages avant une scène. Quelqu'un prend la place de la vedette.

Elle lui ressent, mais ce n'est pas elle.

Et puis elle a fait aussi un peu de figuration dans vos dansées,

mademoiselle.

Au point un chef-d'oeuvre, je vous assure.

Vous venez faire quoi à Paris ? Moi ? Oui.

Réussir.

En dehors de vous, elle avait des amis ? Personne, autant que je sache.

Un petit ami ? Pas encore moi.

Le nom de Caplan, ça vous dit quelque chose ? Non, rien.

Mais bon, vous savez, on n'était pas vraiment amies, on était trop

différentes. Elle trimballait un de ses cafards et finissait par me saper le

moral. Alors je suis partie en lui laissant la chambre.

Il y a combien de temps ?

Trois mois environ.

Ensuite, elle m'a téléphonée deux ou trois fois.

La dernière, elle m'a énervée avec ses jérémiades. Je l'avais abandonnée, j

'étais sa seule amie, elle se sentait malheureuse. Je raccrochais au nez. Ça

vous arrive souvent, on dirait.

Trocadéro 0840.

Désolée, je ne savais pas qui vous étiez.

Alors, Louvière Louise.

Rien. C'est chez nulle part.

J'en ai bien une de ce nom-là, condamnée pour infanticide, mais c'était en 1892.

Frère Benioz Aline ? Rien non plus, à part Pécadille, récemment, sous son nom

d'artiste.

Ta page nocturne à la sortie de la Calavados, au bois des Champs-Élysées.

Bien, bien, bien.

Mes papiers sont en règle, monsieur le commissaire. Non, je ne suis pas venu

pour ça, je vous l'ai dit. Parlez-moi de cette jeune fille.

Quelle jeune fille ? Louise, Louise Louvière.

Elle a disparu, n'est-ce pas ? En effet. Vous la connaissiez ? Naturellement.

Quand j'ai signalé sa disparition à vos collègues de la police, ils m'ont dit, c

'est bizarre de rechercher quelqu'un quand on est soi-même recherché.

Alors j'ai mis un avis dans le journal.

Recherche jeune fille.

Manteau de sport marron, culot vert-bleu, jupe beige, chaussures

noires. Cette jeune fille que vous recherchez, elle s'appelait comment ?

Louise Louvière ?

Louise ? C'est une petite

fille dans une petite ville.

Je l'appelle là.

Comme la titida dans l'histoire que racontait ma grand-mère quand j'étais

enfant à Vilnius.

Vous connaissez Vilnius, monsieur le commissaire ? Non, je ne le connais pas.

Ça ne m'étonne pas. La ville a changé de nom si souvent.

Vilnius, Vilnau, Vilna.

Tous les gens que j'ai connus là-bas ont disparu. Il n'y a plus personne.

Il n'y a plus que des esprits au milieu des ruines.

Alors le nom, vous savez.

Quelle importance.

Louise Louvière, c'était quelqu'un de votre famille ? Ma famille ? Ici aussi,

ils ont tous disparu.

Plus personne.

Je suis le seul survivant, le seul.

Vous voulez voir mes papiers, monsieur le commissaire ? Non.

Elle était venue vous voir ? Qui ça ? Louise.

Quand ça ? Je sais pas, récemment.

Oh non, non, non.

Je l'attends depuis longtemps, depuis si longtemps.

Elle a disparu un soir pendant le couvre-feu.

Elle n'est jamais revenue.

Je ne crois pas que tout passe bien de la même personne.

Non.

Désolé de vous avoir dérangé.

Quand on perd son enfant, on perd tout.

Il n'y a plus rien, vous savez.

Plus que la nuit.

Je sais, monsieur Kaplan.

C'est moi, ne m'attends pas pour dîner ni pour te coucher.

Ça va dépendre, je sais pas encore.

Merci.

Patron, ça va ? Vous m'entendez ? Patron ? On a du

nouveau pour la petite Louise.

J'ai remarqué rue Blanche.

Elle marchait vite, mais pas droit.

Elle est beau être sapée comme une princesse, elle faisait peine à voir.

Elle a fini par accepter de monter.

Faut dire qu'elle n'allait pas à la porte à côté.

Je vous ai déjà chargé, commissaire. Vous vous rappelez ? Non.

Vous venez d'arrêter cette femme du monde, là, qui avait assassiné son mari

à la muette.

Ça m'étonnait de vous voir en taxi. Vous m'avez dit que vous n'aviez pas le

permis.

Continuez à me parler d'elle.

Elle, justement, elle ne parlait pas beaucoup.

Elle était nerveuse.

Même inquiète.

Comme si elle avait peur.

Je ne vais pas compter la course, de toute façon on n'avait pas de sous.

J'ai attendu qu'elle soit à l'intérieur et je suis reparti.

Une jeune fille brune en robe du soir, couleur ivoire, arrivée éternellement

vers 10h30.

Désolé, j'étais pris par le service, je n'ai pas fait attention.

Après la réception, est-ce qu'il vous manquait une nappe blanche ? Je ne

saurais vous dire, mais de l'argenterie, ça oui, les clients ne peuvent pas s'en

empêcher.

Merci.

Je n'ai pas bougé de mon vestiaire, je ne me souviens pas l'avoir vu arriver.

On est avec le va-et-vient des clients qui descendent aux toilettes.

Commissaire ? Oui ? L'invitation et la réception.

Merci.

Madame Arnaud, mademoiselle, mademoiselle, mademoiselle,

mademoiselle, mademoiselle, mademoiselle, mademoiselle,

Il faut que je change de chaussures. La dernière fois, c'était pas possible.

Bonsoir.

La voiture de Laurent, mon fiancé. C'est grâce à lui que je travaille ici.

Il est dans les affaires.

Moi aussi.

Un autre genre d'affaires.

Nous n'avions pas rendez-vous, sauf erreur.

Savez-vous où votre amie Louise s'est rendue le soir de sa mort ? Comment je

le saurais ? Elle est allée à la réception de vos fiançages.

Vous avez omis de m'en parler la dernière fois.

Si elle était à la réception, pourquoi je vous l'aurais cachée ? Ben,

justement,

pourquoi ?

Je vous répète que je ne l'avais pas revu depuis des mois, je ne sais rien d

'autre. Laissez-moi maintenant.

Excusez-moi, vous m'annoncez des choses tellement... Je n'avais pas invité

Louise, je ne lui ai même pas envoyé de faire part.

Il n'a pas été publié dans les journaux ? Si, elle a pu le voir, mais de là à...

Nous avons un témoin, un chauffeur de taxi qui l'a déposé.

Un taxi ? Il ne se refusait rien à la pauvresse.

Au flûte, j'ai filé mon bas.

Je pense qu'elle a dû renoncer à entrer, par timidité ou par crainte de s

'imposer. Ensuite, elle est sûrement repartie, seule dans la nuit, et... et

elle aura fait une mauvaise rencontre.

Je vous remercie pour votre aide.

Allez-y. Ah, oui.

J'oubliais.

Je dois vous convoquer à l'institut médico-légal. C'est quoi ? Ce qu'on

appelait la morgue, avant.

Il n'y a que vous qui puissiez reconnaître le corps, sinon on ne va pas

pouvoir l'enterrer.

L'enterrer ? Elle a droit à une sépulture.

Bien sûr, mais pourquoi moi ? Elle n'avait ni famille ni amis, vous le

savez bien.

Elle n'avait que vous.

Tu faisais quoi, là ? T'as nulle part où loger ? L'autre jour, on décante parce

que je suis de la police, et là, on invoque mon nom pour sortir d'une

mauvaise passe.

Une de plus.

Tu les mets ça dans votre rapport ? Mauvaise, perverse, diabolique ? Fais

ça, puis on va te mener au dépôt.

La toise, les empreintes, sa photo de face, le profil, la fouille au corps.

avant de te boucler dans une cellule humide et pouilleuse en compagnie des

rares.

Pour quelle raison, dis-moi, je devrais toucher cette plainte contre toi pour

effraction ? Je sais pas.

Tu peux aussi être gentil.

Ça vous plairait que je sois gentil ?

Patron,

le juge d'instruction demande à vous boire. Plus tard.

C'est à qui ? Elle est partie.

Et si elle revient ? Elle reviendra pas.

Si quelqu'un la demande, tu me préviens. Je laisse la clé. Tiens.

Vous partez déjà ? Oui.

Pourquoi vous faites ça pour moi ? C'est pas pour toi que je le fais.

Pour le loyer d'avance, je vous demande de rester discrète, vous comprenez ?

Compris, je vais bien vous la surveiller.

Je vous ai demandé ça ?

Monsieur ? Commissaire Végret. J'ai attendu par Monsieur Laurent.

Laurent Clairon-Banois.

Odile, vous n'avez pas vu ma sacoche ? Non, Monsieur Laurent.

Mère, je ne retrouve plus ma sacoche.

À sa place habituelle, mon chéri.

Je la range toujours dans un endroit impossible.

Même si elle ne voulait pas que j'aille au bureau.

Déjà, elle cachait mon cartable d'écolier et elle appelait le directeur

pour dire que j'étais malade.

Louise, vous venez d'être une amie de votre fiancée.

Nous n'avons pas les mêmes fréquentations.

Nous ne sommes pas du même monde, puisqu'il faut tout vous expliquer.

Et vous, vous êtes fiancée ? Vous en déduirez que Jeannine a d'autres

qualités.

J'imagine.

Comment vous êtes-vous rencontrée ? Ça vous regarde ?

Dans une boîte de nuit, c'est tout ? Cet ami de votre fiancée, Louise Loubière.

Louise Loubière.

Vous l'auriez reconnue parmi les invités à votre soirée de fiançailles ? Comment

aurais-je pu la reconnaître puisque je ne l'ai jamais vue ? Très juste.

Mais votre fiancée aurait pu vous la présenter.

Non. Vous serez reconnaissant de me dire de quoi il s'agit sans tourner davantage

autour du pot.

Votre fiancée ne vous a rien dit ? A propos de quoi ?

J'ai

un

conseil d'administration, je vais vous faire accompagner.

Je vais encore rester là quelques instants.

L'empressé comme son père.

Ainsi, madame, vous habitez chez votre fils.

Oh non, non, mon fils habite chez moi.

Dans cette maison où il a grandi et qu'il va quitter bientôt pour se marier.

La fiancée est un beau brun de fille.

Si vous le dites.

Mais tellement commune.

Avant, ne confondez pas les épouses et les danseuses.

Mon mari multipliait les passades avec des filles, des cabarets, des

entraîneuses. Pendant 25 ans, j'ai enduré ça.

Vous faisiez chambre à part.

Madame, je ne suis pas votre ennemi.

Mon devoir est de chercher ce qu'on appelle la vérité. J'espère la découvrir

en faisant le moins de mal possible.

Je n'ai jamais aimé mon mari et il me le rendait bien.

Vous n'avez pas changé à demander le divorce ?

Je tenais à rester Mme Arnaud Clermont-Vallois, je le suis encore,

après l'avoir enterré.

Lors de la cérémonie, j'ai prononcé quelques mots pour dire qu'il avait été

un époux merveilleux et un père admirable.

Pardon madame, maître Delonnet au téléphone.

Allô ? Oui ? Non, je ne sais pas.

Nous en parlerons tout à l'heure.

Vous êtes adorable.

Moi aussi.

À ce soir.

Nous en étions où ? Les danseuses.

Pour la vie privée aussi, le fils tient du père ? Laurent, non, ce n'est pas un

coureur. Lui, c'est autre chose.

Plus compliqué, disons.

Pour autant, je ne le vois pas tuer quelqu'un.

Vous savez, l'auteur d'un crime ne se voit jamais tuer quelqu'un.

Mais il éprouve soudain le besoin de s'affirmer, d'exister.

Et pour exister, il met fin à l'existence d'un autre.

Je constate que vous êtes informé de ce qui est arrivé à cette jeune fille,

contrairement à votre fils, ou à ce qu'il prétend.

Le soir de la réception, le chauffeur ne travaillait pas.

On lui avait donné congé, en l'honneur des fiançailles.

Qui conduisait la voiture, alors ?

Le fiancé lui-même en est profité pour cuisiner la bonne.

Les habits que portait le fiancé ont été nettoyés chez le teinturier.

Rien à attendre de ce côté-là.

Et vous ? Sous blanc, vous presque.

Clermont-Vallois, Laurent Arnaud-Charles, fiché pour des affaires

de mœurs.

Un touchement poussé sur un employé de maison, il était encore mineur. Et plus

tard, en pratique déviante, imposé à deux de ses secrétaires.

Déviante ?

Un fétichisme sans plus de précision.

On va faire classer sans suite.

Madame Mère a dédommagé les victimes. Patron, le vieux singe vous réclame.

Encore ? T'en es où avec les invités des fiançailles ? On les contacte un par un,

mais personne ne souvient de la jeune fille.

Merci.

Le discus serait de pigeons.

Il a le palais très délicat.

Je viens d'en faire l'acquisition qu'il y a de la magisterie.

Une rareté aquariophile.

On le trouve dans un archipel de la mer du Japon.

Et maintenant, il barbote au bord de la Seine.

Eh oui, comme nous.

Elle finira par s'habituer si les autres le laissent vivre.

Vous avez des animaux chez vous, Maigret ? Uniquement dans mon assiette.

Si je dois instruire l'affaire, je manque d'éléments probants.

Moi aussi, monsieur le juge.

Les rares témoins qui ont connu la victime ne se souviennent plus d'elle.

Je préfère l'avoir oubliée.

Laissez-moi un peu de temps.

Vous auriez pu me dire que le fils de Clermont-Vallois était possiblement

impliqué dans l'affaire.

Parce que je l'y aurais.

Il s'agit d'une personnalité sensible.

Non. Quoi non ? Qualifier ce garçon de sensible, il donne même l'impression du

contraire.

Entre nous, vous pensez vraiment que Clermont-Vallois aurait pu tuer cette

fille ?

Je ne crois rien, monsieur le juge.

Jamais rien.

J'évite même de penser.

Alors comment ? Je me méfie des évidences.

Non, non, non, ni pipe, ni cigare dans mon bureau. Mes poissons ne le

supportent pas, vous le savez.

Je sais.

Mais ceci n'est pas une pipe.

Non, c'est de l'humour, belge. Essayez de détendre l'atmosphère.

Vous êtes les premiers à les voir.

Je viens de finir les tirages.

Vous cherchez qui ? Elle.

Vous avez le loup ?

Merci.

Les tirages sont dans l'ordre, là ? Du déroulement de la soirée, oui.

Ah, vous étiez là.

Vous n'êtes pas superstitieuse ? Non, pourquoi ? Comme ça, vous lui

ressemblez.

À qui ? Celle qui était là avant vous.

Elle est morte assassinée.

Il ne vous l'a pas dit votre ami le commissaire ?

J'essaie de ranger la petite chambre, à force d'accumuler, on étouffe.

Je peux jeter ta pile de vieux journaux ?

Et si on sortait tous les deux ce soir

? Pas très envie.

Tu m'en veux ? Ben non, bien sûr.

Et de quoi tu as envie ? De rien.

Même plus de fumée, hélas.

Mais qu'est-ce que t'as en ce moment ? Qu'est-ce que j'aurais ? Je ne sais pas.

T'es plus toi.

Alors qui ? Quelqu'un d'autre.

C'est tel.

On peut vous déposer quelque part ? N'importe où.

Je ne

vous

attendais pas ? Je passais dans le coin.

On dirait que vous faites toujours la tête.

C'est ma tête.

C'est quoi cette robe ? Elle est à ma taille. Vous n'allez pas en faire un

plat ? Enlève ça, vite.

J'enlève quoi d'autre ? Vous gardez toujours votre armure ?

La morte aussi, vous la logez ici ? Vous l'aimiez, hein ? Pied vous a

plaqué, c'est ça ?

Vous préférez pas une bonne bière avec le jambon beurre ? Si.

Mais quand je commence une enquête au blanc, je la continue au blanc.

Il y a des enquêtes au blanc comme il y a des enquêtes au calva ou à la bière.

Celle-là, je l'ai commencée au blanc.

Casse-croûte, ma vieille ? Ouf, non. Les sandwichs, j'ai eu mon compte. À force

de faire le pied de grue du matin au soir.

Ah.

Alors vas-y, on t'écoute.

Lui, il passe ses journées à son bureau.

Il en sort pour déjeuner avec des clients.

Elle, elle tourne un film au studio de Biancourt. Ils se retrouvent le soir,

souvent tard.

Restaurant, boîte de nuit, un dernier verre chez elle, square de l'Albonie, en

couple ou avec des amis. Et puis, monsieur rentre sagement dormir chez

maman. T'es allé voir si elle a fiancé ? Elle m'a laissé rentrer quelques

instants, oui.

Tu lui as fait le coup de représenter un aspirateur ? Non, en police, d

'assurance. Police, bien sûr.

C'est un grand appartement que lui loue son fiancé.

À moitié vide, bizarrement...

J'ai noté que les volets sont toujours fermés, même pendant la journée.

Non, le point aveugle, c'est leur lien avec Louise.

Vous voulez pas le faire suivre ? Quand je serai à ma nouvelle adresse, avec mon

futur mari.

Ah bon ? Tous mes voeux de bonheur ? Merci.

Mademoiselle, je peux vous offrir un café ? Si vous voulez.

J'avais une amie comme vous.

Comme moi.

Dans votre genre.

C'est quoi mon genre ? Bon genre ou mauvais genre ? Je peux vous offrir

une cigarette ? Non, merci.

Vous cherchez du travail ?

Alors,

commissaire, on est fâchés ?

Non. Ça me rassure que vous ne soyez pas fâché. Je ne connais personne d'autre

que vous à Paris.

Vous me croyez, hein ? Bah, t'es assez grande, je fais ce que tu veux.

Ma première enquête, c'était là.

Une noyée dont on ne savait rien.

Les journaux l'avaient appelée l'inconnue de la scène.

C'est joli.

Oh non, c'était pas joli, crois-moi. Après plusieurs semaines au fond de l

'eau, je pensais plus qu'à elle.

Même la nuit dans mes rêves, ou plutôt mes cauchemars.

Comme Ulysse ? Dans l'Odyssée.

Il est envoûté par le chant des sirènes qui essaient de l'attirer au fond de la

mer.

Le loyer, je compte bien vous le rembourser dès que j'aurai trouvé une

bonne place.

Une fille veut me faire rencontrer quelqu'un.

Son fiancé, il aurait un travail à m'offrir.

Et c'est drôle, cette femme connaissait la fille qui habitait ma chambre.

Elle s'appelle... Janine ? Non, Nadine.

C'est elle, la même.

Tu lui as parlé de moi ? Pourquoi je l'aurais fait ? Elle t'a parlé de moi ?

Non plus.

Ça se passe où, votre rendez-vous ? Chez elle. Elle doit passer me prendre en

voiture, mais je sais pas si je vais y aller.

Et pourquoi non ?

C'est tard le soir, ça me paraît pas net.

Tu vas y aller, c'est important.

Pour qui ? Pour moi.

Bah, allez-y vous-même.

Non, trouve un prétexte pour la voiture, c'est moi qui vais t'y conduire.

Mais pourquoi je devrais vous obéir ? Parce que vous êtes flic ? C'est ça,

oui. Un sale flic.

Allez, fais pas ta tête.

C'est ma tête.

J'aurais quoi en échange ?

C'est pour la fille morte que vous faites tout ça ?

À

quoi ça sert, puisqu'elle est morte

?

Écoute

-moi. Si quelque chose te met mal à l'aise ou t'inquiète, tu n'hésites pas à

t'enfuir.

Quel genre de choses ? Vous m'envoyez dans la gueule du loup, quoi.

C'est pas trop, j'espère que non.

Ils m'ont fait boire et puis ils m'ont forcé à faire des choses.

Avec elle.

Toutes les deux sur le divan.

Lui, il m'a pas touchée, mais il se touchait en nous regardant.

Et elle me faisait ce qu'il demandait avec la bouche, la langue, les doigts.

Le travail, c'était ça, en fait.

Il y a cinq billets de mille et je les ai oubliés en partant.

Quel cruche.

Pourquoi tu t'es pas sauvée avant ? Pourquoi ?

Je sais pas.

Peut-être que ça me plaisait.

Ça va ? Elle dort.

J'ai pris une chemise de nuit en pilote. Je ne veux pas la laisser seule. Mais

non, mais tu avais ce que tu devais. Je trouvais ça à rouler dans la manche de

sa robe. Non, tu les rendras, elle n'est pas volée.

J'ai le temps, tu sais.

Oui, je sais.

Non, demain matin.

Laisse-la dormir.

Du lait, du sucre ? Merci, non.

Une bonne tartine à la confiture de Mirabelle ? C'est ma soeur qui me les

apporte de chez nous.

Non, rien, merci, ça passerait pas.

Désolée pour le désordre dans la petite chambre.

Je n'avais pas remarqué.

Il sert à peu près à tout sauf à dormir.

D'ailleurs, si vous voulez rester ici quelques jours... C'est gentil. Merci,

je suis déjà logée.

On reçoit pas souvent.

Vous n'avez pas eu d'enfant ? Si.

Une fille.

J'ai reçu les résultats complémentaires pour le dossier Louvière-Ruiz.

Les conclusions sont très surprenantes.

Après rupture des cervicales, elle a succombé à une détresse respiratoire

immédiate. Voilà pourquoi ses poumons présentaient les caractéristiques d'une

asphyxie. On le voit ici nettement, rupture de l'ondotoïde et lésion d'une

aire frénique, sans doute due à une chute survenue plus tôt dans la soirée

et certainement dans un autre lieu.

Avec son taux d'alcool associé à l'opsiacie dont vous m'avez parlé, une

perte d'équilibre accidentel n'est pas exclue.

Je vous sertra cassé, mon bon maître.

J'ai reçu aussi les radiographies pulmonaires.

Vos rayons.

alors que vous fumiez comme une cheminée par l'ombre d'une tache suspecte.

Une hôte de premier communion.

Bah, faites pas cette tête-là, j'aurais pu vous annoncer que vous n'en aviez

plus pour très longtemps.

Bon, bon, allez.

Pour fêter ça, je vous invite à partager mon canard au sang qu'est de la

tournelle. Nous pourrions l'arroser d'un excellent pommard.

C'est très aimable, mais... Oh, monsieur ! Le canard est mort étouffé et non pas

saigné. C'est toute la subtilité de l'affaire. Et ensuite, ça permet de... d

'extraire le jus de la carcasse jusqu'à l'intermédiaire de 200 et de le plier à

la sauce.

Albert Janvier m'a dit que tu étais ici.

Monsieur, nous pouvons procéder ? Oui.

Ça fait un moment que je n'étais pas venue.

Tu m'accompagnes ? Bien sûr.

Elle a eu 20 ans, elle aussi.

20 ans.

Monsieur le commissaire, nous allons nous marier.

Nous avons décidé d'avancer la date.

Pourquoi pas, si vous vous aimez.

Je tenais à vous revoir pour clarifier certains points.

Concernant la présence de Louise Louvière le soir de vos fiançailles.

Nous vous avons déjà répondu, et plutôt deux fois qu'une.

On a pu y venir, mais vous ne l'avez pas vue.

Elle a dû repartir seule dans la nuit et faire une mauvaise rencontre. Oui, à un

inconnu qui lui aurait proposé de boire un verre.

Elle n'aurait pas fait ça.

Pas une fille comme elle.

On pourrait croire que vous la connaissiez.

Cette version des faits est mise à mal par les derniers résultats de l

'autopsie.

Louise Louvière n'est pas décédée des blessures reçues au thorax et dans l

'abdomen.

Sommes-nous obligés de subir ce genre de détails ? J'ai accepté, madame, que vous

assistiez à notre entretien, mais je vous prie de ne pas intervenir.

Elle n'est pas non plus décédée au Batignolles, mais plutôt dans la soirée

et ailleurs.

Elle est morte d'une rupture de cervicale, ce qu'on appelle le coup du

lapin, survenue après une chute, peut-être accidentelle.

Le corps de la victime a donc été déplacé, transporté, et ensuite

seulement frappé d'une série de coups de couteau.

Cela revient à dire qu'on aurait maquillé un accident en meurtre.

En principe, c'est plutôt le contraire.

Monsieur le Commissaire, je ne vois pas où vous voulez en venir.

Moi non plus, pour tout vous dire.

Je suis dans le noir, je tâtonne.

Monsieur, il semblerait que vous soyez absenté de la réception pendant quelque

temps. Je vais avoir minuit.

En effet, j'ai été indisposé.

C'est-à-dire ? J'avais la chiasse.

Laissez-moi.

Moi aussi, je me suis absentée.

J'étais rejoindre mon fils pour voir s'il n'avait pas eu un malaise.

Une mère est souvent inquiète.

Vous entreteniez avec Louise Louvière une relation intime, tous les deux.

Une relation à trois, donc.

Je ne comprends pas.

Imaginons un appartement square de l'Albonie, un grand appartement, où se

dérouleraient certaines soirées avec des jeunes filles naïves, affluensables,

piégées par une rabatteuse.

Des soirées que la loi ne saurait sanctionner, ni même la morale, la

mienne du moins.

A ceci près que les jeunes rois ne sont pas toujours consentantes, et que la

petite Louise en particulier était mineure.

Et là, ça change tout.

C'est supposé soirée, monsieur Maigret.

Convenez que c'est un peu mince de les imaginer.

Louis Jouvier n'est plus là pour témoigner, mais d'autres pourraient le

faire.

Celles qui ont précédé, celles qui ont suivi.

Très récemment, je crois, une certaine Betty.

Je vais être un peu stupide, mais pourquoi vous marier si vous ne pouvez

pas toucher le corps d'une femme ? Ça suffit maintenant.

On va rester là.

Maître Delaunay.

Avocat de la famille.

Nous nous sommes déjà croisés, oui. L'affaire Lachaume.

Bonne mémoire.

Mauvais souvenir.

Monsieur le divisionnaire, il faudrait donner un cadre plus formel à vos

interrogatoires s'ils devaient se poursuivre.

Nous y veillerons, monsieur.

Madame.

Maître.

Vous êtes gauchère.

Oui, pourquoi cette question ?

Si les gens comme ça, le mur du silence peut tenir toute une nuit.

Ils ont tout prévu, c'est qu'au moindre détail.

Alors quoi ? Un fer classé ? Tu tires trop vite et trop fort, là je l'entends,

ça fait... Alors ça doit faire... Tu comprends ? Plus lentement.

Donne-moi ça.

C'est pas compliqué, t'entends ? Poc, poc.

Ça vous roule ? Stop.

Tenez.

Je suis là.

Marche un peu moins vite.

Plus timide.

Voilà, pas si droite.

Comme si tu risquais de tomber.

Voilà.

Reviens vers moi.

Ne regarde pas devant toi, baisse les yeux.

Voilà, comme ça, c'est bien.

Oui, c'est bien.

J'ai quelque chose à vous demander.

Dis toujours.

Les bas de soie, je pourrais les garder après ?

On verra.

Monsieur l'âme.

C'est si bon ! Vous devinez quel bonheur !

C'est là qu'elle est tombée, la petite Louise ? Ta femme ne s'est pas fait mal,

mon chéri ? Vous devriez me parler, madame, vous ne croyez pas ?

Un

instant, j'ai écrit moi aussi à votre petit simulacre.

Le retour du fantôme, cendrillon dans sa robe de bal.

Elle venait chercher du réconfort, se sentir aimée peut-être.

Jeannine et Laurent ont cru qu'elle venait marchander sans silence.

Mon fils l'a entraîné vers l'escalier pour la forcer à repartir.

Elle est tombée en arrière, la nuque brisée, morte.

J'ai trouvé Laurent prostré auprès du corps, incapable de réagir.

Il voulait appeler la police.

Pas vous ? Il ne se rendait pas compte des conséquences.

On allait lui poser certaines questions gênantes.

Au sujet des soirées secours de l'Albonie ? Entre autres.

J'ai dicté à mon fils la conduite à tenir.

Transporté le corps en voiture, il l'a abandonné dans un endroit discret, tout

de suite sans attendre.

C'est ce que nous avons fait.

Pas seulement.

Non, pas seulement.

Mon fils était déjà retourné à la voiture.

Il ignorait que j'avais pris un couteau ici à l'office. Et alors je l'ai frappé.

Cinq fois de suite ? Peut-être.

Une jeune morte, dans quel but ? Pour faire croire que...

on ne sait pas toujours ce qu'on a dans la tête.

Question de plus routine, où est ce couteau ? Au fond de la scène, je l'ai

jeté.

Ce qui me paraît étrange, c'est de revenir dans ce même lieu fêter le

mariage. Je voulais dire après ce qui s'est passé ici.

On ne s'est rien passé ici, rien, c'était un accident.

Et mon fils n'a rien fait d'autre que m'obéir.

C'est même lui finalement qui a tenu à prévenir police secours.

Le meurtrier qui prévient la police est assez fréquent.

Ça s'appelle un meurtre, frapper quelqu'un qui est déjà mort.

Demandez conseil à votre avocat.

C'est déjà fait.

Je m'en doutais.

Si quelqu'un doit être jugé, monsieur Maigret, c'est moi.

Je ne juge personne, madame.

Nous allons nous revoir à mon bureau pour enregistrer votre déposition. Pour

le moment, vous pouvez rentrer chez vous.

Et les mariés, bien sûr, devront différer leur voyage de noces.

Sans l'amour de cette pauvre fille, je suis persuadée que ce mariage absurde n

'aurait jamais eu lieu.

C'est des parents qui vont être surpris.

Mais je ne sais pas s'ils vont me reconnaître avec.

Ça me va bien.

Je pensais la garder.

En souvenir.

Tu as été parfaite.

C'est grâce à toi si j'ai... Merci.

Merci de quoi ? De rien.

De tout.

Ça veut dire que vous m'aimez bien, alors ?

Oui, oui.

Alors, ça va.

Oui,

si, c'est bien.

Vous dansez, mademoiselle ?

Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.