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...
À votre santé.
À la santé du patron.
Merci, monsieur.
Ernest, ta porte.
C'est pas moi qui ai les deux mains prises.
Cette vache-là s'est rouverte toute seule.
Il faudra la faire arranger.
En règle générale, faut pas boire.
Ça saoule et ça donne des aigreurs. Mais exceptionnellement, il faut boire. Ça
aiguille et ça a le rein.
Surtout le muscadet. J'ai pas raison ? Sûr.
Et quand même, j'aurais tort qu'aujourd'hui, j'aurais quand même
raison.
Exceptionnellement. Parce qu'aujourd'hui, c'est pas un jour comme
les autres. C'est un jour exceptionnel.
Oui, baronne.
Ah, puis père.
Pardon, marquis.
Ça fait combien, tout ça ? 22 muscadets à 3 francs, 66.
Bien, serre-toi, mon gars.
On ne doit pas avoir la monnaie de 5000.
Dites, M. Alfred.
Ça m'étonnerait.
Attendez, j'en ai des plus petites.
La forme en dessous.
Qui c'est, ce gars-là ? Un type qui a gagné à la loterie. 66 sur 1000.
Depuis 5 heures de l'après-midi, il fait tous les établissements pour montrer ses
biftons. Il y en a un qui sont vernis.
Vous l'avez acheté, votre dixième ? Je ne l'ai pas acheté. On l'a filé.
Un type à qui j'avais ouvert la portière et qui n'avait pas de monnaie. Un cave,
quoi. Il en faut comme ça. Qu'est-ce que vous allez en faire de tout ce bric ?
D'abord, m'acheter des gonasses.
Il y a dix ans que je marche sur la corde.
Moi, j'aime bien les espadrilles.
C'est confortable, et puis, on s'entend pas marcher. Eh oui, Duchesse, mais on
fatigue des pieds.
Ah, merci, mon grand.
Allez, je me tire. Au pageau, le bébé.
Vous allez loin ? Jusqu'à Jaurès.
Attention à M. Durand.
Quel Durand ? Il y en a qu'un, celui qui tue.
Vous l'y croyez, à cette force ?
Quatre crimes en un mois, et tous dans le quartier.
Conjures ? Pour moi, c'est un truc des journalistes pour faire vendre leur
camionne.
Si votre monsieur Durand était tellement marion, il laisserait pas chaque fois sa
carte de visite.
Alors, vous sortez seul, comme un homme ? C'est qui voudrait me servir de
nourrice ? J'aurais de quoi.
Moi, je suis sevré.
Bonsoir, monsieur.
Bonsoir.
Où allez-vous ? À Jaurès. Pas moi.
Monsieur le Préfet de Pony, c'est arrivé.
Qu'il entre.
Bonjour, mon cher ministre.
Bonjour, Edouard.
Oh, ça va si mal. Quoi ? Et quand tu m'appelles Edouard, c'est toujours pour
m'annoncer une tuile. Écoute, Edouard.
Encore ? Il n'y a pas d'illusion à se faire, ça devient grave.
Monsieur Durand.
Évidemment, Monsieur Durand. Il faut prendre des mesures énergiques. Oh, d
'accord.
Lesquelles ? Comment lesquelles ? Il faut l'arrêter.
Je voudrais bien.
Alors ? C'est lui qui ne veut pas.
Malheureusement, je ne pourrai pas te couvrir tant longtemps. Si dans 15
jours, tu n'as pas pincé ton bonhomme, je saute.
En douceur.
Au revoir.
Albert.
Approchez, monsieur le directeur de la police judiciaire.
Approchez. Mes respects, monsieur le préfet.
Où en êtes-vous avec Durand ? A peu près au même point. C'est regrettable. Mais
je vais faire les choses largement.
Je vous donne 8 jours pour aboutir dans vos recherches.
Si au bout de ce délai, la malchance persistante vous conduisait à un
échec... Et seriez-vous en train d'accepter ma démission ? Pour raison de
santé, bien entendu.
Mes hommages, monsieur le préfet.
J'en ai assez, vous m'entendez ? Si monsieur Durand n'est pas arrêté dans
quatre jours, je vous casse. C'est compris ? Oui, monsieur le directeur.
Vous n'avez en plus une minute à perdre.
Non, monsieur le directeur.
Venn, c'est dans son bureau. Oui, chef.
Patient, mais circonspect.
Oh, monsieur, quel beau métier que celui d'un présario.
Vous êtes comme le jardinier qui cultive les plantes fragiles.
Comme le petit tas de crotins qui réchauffe les jeunes pousses.
Merci. Et moi, je suis la plante grimpante qui va s'élancer vers le ciel.
J'ai besoin d'un tuteur.
Oui. Autrement dit, je suis comme la Munich avant Christophe Colomb.
J'attends.
Vous attendez quoi ? J'attends qu'on me découvre.
Christophe.
Nous sommes tous de vous chercher à l'engagement. Oh, remarquez qu'on avait
pensé à moi à l'opéra comique pour la reprise des noces.
Ah, cher Rubin, quel beau rôle.
Ça monte, ça monte au premier, au deuxième, au troisième.
Moi, je suis montée au quatrième d'un seul coup. Alors le directeur a dit,
elle monte trop. Elle est trop bien, trop bien. C'est bien ma veine.
Toujours trop bien. Au moment où j'allais rentrer par la grande porte...
Vous êtes sortie par la petite.
Et pourtant, monsieur, j'ai du talent. Ça ne se fait pas encore parce que jusqu
'ici, je le retiens, mon talent. Je le renferme pour pas qu'il s'échappe.
Mais quand il va éclater, ça fera un drôle de bruit.
Mes accus sont chargés. Voilà le foyer, monsieur. Merci, mademoiselle.
Écoutez, monsieur, je vous en supplie.
Engagez-moi. Vous ferez une bonne affaire. Je le voudrais bien,
mademoiselle, mais... Je parie qu'on est venu vous dire des méchancetés sur mon
compte. Des calomnies.
Ah, la calomnie.
C'est d'abord...
Je vous en prie, mademoiselle. Et l'on voit le pauvre diable.
Vous voyez, monsieur, j'ai du grave, autant que de l'aiguille. Je peux monter
ou descendre, comme on veut. Si vous vous craignez du génie, par exemple. Je
n'ai pas de génie, monsieur. Mais il y en a d'autres qui n'en ont pas. Et on
les engage tout de même.
Oui, seulement elles, elles ont un.
Un quoi ? Elles ont un.
Ah, je vois ce que c'est.
Monsieur est incorrompu.
Eh bien, mon ami, avec moi, vous vous trompez de porte.
Moi, j'ai mon talent dans le masque, pas dans les fesses.
Elles ont un.
Elles ont un. Elles ont un, non ?
Un quoi ? Un nom, un nom connu, tout est là. Le public demande des noms. Tenez,
sans aller plus loin, regardez.
Monsieur Durand, les gars, en voilà un nom. En voilà une attraction.
Avec un nom comme ça, on remplit une salle.
Mais si Monsieur Durand voulait signer avec moi, je lui ferais un bon don.
Attendez, attendez donc.
Si j'avais mon nom en grand dans le journal, vous m'engageriez ? Sans
hésiter.
Moralement. Ah, voilà. Il ne me reste plus qu'une petite formalité à remplir.
Laquelle ? Il faut que d'ici demain, j'arrête M. Durand. C'est tout ? Oui, c
'est tout.
Comment, c'est tout ? Ah, je vois, M. se fout de moi.
M. fait d'ironie.
Jaloux, incapable.
T'as peur que je te ridiculise, hein ? Non, mais je plains M. Durand. Ah, tu
peux. Il va avoir chaud derrière.
Où vas-tu ? Commencer mon enquête.
Alors, chacun pour soi.
On se retrouvera au poteau.
Dans cinq minutes, elle a barraqué.
100 000 balles, tu te rends compte ? Qu'est-ce que je pourrais me payer comme
casserole ? Tu veux t'acheter une batterie de cuisine ? C'est pas moi, c
'est Germaine.
Une flotte de zikala.
On peut penser ça à une jeune mariée, surtout quand on est le mari.
Il y en a qui arrivent aux toilettes, elles, c'est de casserole en porcelaine
incassable.
J'y en ai payé une petite.
Et alors ? On n'a pas eu le temps de se rendre compte. Rendez-en le paquet, je l
'ai foutu par terre.
Elle s'est cassée du premier coup.
Allez, au revoir, les gars.
Je me tire.
Germaine va s'impatienter.
Tu vas remplir ton devoir conjugal.
Avec Germaine, c'est pas un devoir.
C'est un plaisir.
Toujours pas. Je rentrerai tout seul.
Je suis une honnête femme, moi. Et puis je veux parler au brigadier.
Je ne parle qu'aux supérieurs.
Les moustiques ne m'intéressent pas.
Monsieur le brigadier, d'abord, je dois vous dire que j'adore les agents. Les
agents parisiens sont des choux.
Mais pas ceux-là.
Ceux-là sont de vieux corbeaux. Parce qu'ils n'avaient rien à se mettre sous
la dent, ils ont sauté sur moi. Moi qui suis toute douce, toute tendre.
Je n'ai rien dit, je n'avais rien fait.
Pour commencer, mademoiselle, circule un feu éteint.
Naturellement, vous ne voudriez pas que je fasse des rondes avec un rat de cave
? J'aurais l'allure.
Vous faites des rondes ? Pour trouver M. Durand.
Je suis une fille d'un genre de Sainte-Geneviève. Je défends Paris
contre Attila.
Qu'est-ce qu'elle dit ? Si vous ne connaissez pas votre géographie,
retournez à la communale.
Si je comprends bien, vous n'aviez pas de lumière.
Pour ne pas me faire repérer par M. Durand.
Ce n'est pas une raison pour arrêter une pauvre fille comme moi, sans défense.
Sans défense ? Tenez, regardez, chef, voilà ce qu'on a trouvé dans son sac.
Si Durand m'attaque, faut bien que j'ai de quoi riposter.
Où avez-vous pris C'est un cadeau, on me l'a donné. Qui ? Le Père Noël, je l'ai
trouvé dans mes souliers.
Cédar est votre père de la PSJ.
Mademoiselle, vous coucherez ce soir au poste. Allez, ramenez-la.
Oh non, oh non, vous n'allez pas m'arrêter.
D'ailleurs, je suis chanteuse. Je ne vais pas risquer d'attraper une congé.
Ah, mais voilà. C'est impensable. Et puis si j'ai couché au poste, tout est
en fin de vente. Tout d'un mois. Oh non, messieurs, je vous en supplie, ne faites
pas ça. Venez, venez à mon ami.
Oh, votre ami, on l'en quitte.
Vous ne savez pas qui c'est, mon ami.
Et même que ça, c'est le pape. Le pape.
Je ne couche pas avec le pape, d'abord.
Et je crois en Dieu.
Mon ami, c'est le commissaire Vorobedjic.
Ben, allons donc.
Oh, ben, téléphone à l'APJ, vous verrez bien. À l'APJ, à 7 heures. Il est tous
les jours jusqu'au milieu de la nuit.
Pendant ce temps-là, je peux tricoter des chaussettes pour les petits à venir,
s'il est capable d'en faire.
Il se mit à chanter, il se mit à chanter.
Alors, j'emmerde les gendarmes là
-haut, là-haut. J'emmerde les gendarmes
et la marée chaussée, et la marée chaussée.
C'est pour moi que vous dites ça ? Il me semble pour qui ce serait.
J'espère qu'il n'y a pas d'autre gueule de vache dans les environs.
Vous avez de la veine que je vous donne votre service.
Qu'est-ce que vous fabriquez ? J'attends l'autobus. L'autobus ? Oui, le cul.
Ça m'étonnerait qu'il aille vous chercher là-haut.
À votre place, je descendrai l'attendre sur l'autre toit. Quand j'aurai trouvé
ce que je cherche.
Qu'est-ce que vous cherchez ? Ma boîte d'allumettes.
Ah, de même de gaz ? Parce qu'il est fait plus clair, tiens.
Vous me prenez pour un... Ah oui, alors. Et pour un vrai, un grand. Un gros.
D'abord, vas-tu que je te dise. T'es trop laid, tu me dégoutes. Tu comprends
? T'es trop moche.
Oh, ce qu'il est vilain, madame.
Tiens, c'est pas pour te faire un compliment, mais je plains ta femme.
Qu'est-ce que vous dites ? Je dis que pour se taper un guignol dans ton genre,
il faut que la petite ait une drôle de sang. Au nom de Dieu, au nom de Dieu, au
nom de Dieu ! Je vais t'apprendre la galantelle, ma chère. Du calme, du
calme, écoute-tu. Non, mais qu'est-ce que tu lui prends ? En v'là, dégoûtant.
Tu fais mal ! Mon vieux, t'es assez pour le coup, s'il était ta femme.
Je vous jure que vous ne m'aurez pas fait revenir pour rien. Qu'est-ce qui se
passe ? Il se passe qu'il est saoul comme un petit cochon.
Ça va, ça va, ne vous fatigiez pas.
Demandez-moi au démon 4380.
La préfecture ? Parfaitement, le préfet. Je veux causer au préfet de police.
Si tu ne veux pas causer un mégot là, c'est qu'à la boucle, toi. Ce que vous
pouvez être vulgaire, mes seigneurs.
Je vous dis que je veux causer au préfet. J'ai une communication à lui
faire. Communication personnelle.
Le préfet ? C'est moi.
Ah, monsieur Vance. Allez, mon ami, merci.
Mais je ne me trompe pas, c'est... Turlot, Jean-Baptiste. C'est de vieilles
crapules. Est-ce que vous pouvez être physionomiste ? J'ai de la mémoire.
Il y a quatre ans, j'ai trouvé dans tes poches deux bracelets brillants.
Des bijoux de famille.
Et une miniature du 18e. Portrait de mon arrière-grand-mère.
Mais tu portais la moustache dans ce temps-là. S'il vous plaît, ça m'allait
bien. Paires de bac en tunique.
Je les ai sacrifiées à une blonde.
Qui était une brune, d'ailleurs.
Toutes les mêmes.
On peut vous causer un particulier ?
Alors maintenant, tu joues les pochards et tu injuries les agents ? Injurier.
Je l'ai traité de cocu.
Avec tes antécédents, ça ira quand même chercher dans les 15 jours. Je l'espère
bien, ça va vite passer une quinzaine.
Et pendant ce temps-là, on est à l'abri.
À l'abri de quoi ? À l'abri des accidents.
T'as peur de quelqu'un ? Oui.
Parce que je vais vous dire, je suis venu vous donner une adresse.
Une bonne adresse.
Celle de M. Durand.
T'es gentil de te faire.
Quand je dis vous donner, c'est plutôt vous offrir.
Moyennant la petite prime.
Pourquoi t'es-tu pas présenté à la préfecture ? Je vous l'ai expliqué.
Je ne tiens pas à ce qu'on me retrouve demain soir dans le ruisseau avec une
carte de visite sur l'estomac.
Qu'est-ce que tu crains de M. Durand demain si nous l'arrêtons aujourd'hui ?
Il n'a pas si vite.
Je sais où il crèche, mais je ne sais pas qui c'est.
Avenue Junot.
Il y a une pension de famille, les Mimosa qu'elle s'appelle.
C'est là qu'il habite l'assassin.
Au 21.
Comment le sais-tu ? Ah, c'est pas compliqué.
Depuis que je suis rangé, je fais de la brocante.
Brocanteur chiffonnier, quoi.
Avant-hier, la patronne de la pension m'a appelé, comme je passais. Il y avait
un lot de vieillerie dans son grenier. J'ai tout chargé sur ma charrette, et
donc, eu cocotte, je rentre chez moi pour trier tout ça.
Et dans le tiroir du chiffonnier, oui.
Oui, parce qu'il y avait un chiffonnier, un moche à trois pattes. Qu'est-ce que
je vois ? Des cartes de visite.
Du beau bristol.
Avec dessus, Monsieur Durand.
Et alors ? Eh ben, vous pigez plus vite d'ordinaire.
Je suis peut-être pas en forme aujourd'hui. Quand même.
Durand habite la pension.
Seulement, comme il veut pas se mouiller dans le cas qu'on fouillerait dans sa
chambre, il range ses papiers au grenier où tout le monde peut entrer, où il est
pas trop compromis, quoi.
C'est pourtant pas dur.
Tu les as, ces cartes ? Tenez.
Pas mince, je les ai semés.
Ça serait pas celle-là, par hasard.
Vous êtes un drôle, vous.
Je l'ai ramassé sous un réverbère en venant ici.
Encore une veine.
Alors, pour la prime ? Il y a deux façons de procéder. Je mets le préfet au
courant officiellement, on fait une descente. Durant qu'il n'est pas bête,
sans doute vient le vent, il s'envole et tu peux courir pour ton fric. Voilà la
première solution.
Elle est idiote. Oui, mais moi je suis couvert.
Deuxième solution.
Tu te laisses coffrer gentiment, tu tais ta petite gueule et je mène en douce ma
petite enquête.
J'aimerais mieux ça.
T'as tellement confiance en moi ? Comme dans ma sœur.
Parce que vous lui ressemblez. Vous aimez votre boulot.
Qu'est-ce qu'elle fait ta sœur ? Elle est taulière, clairement.
Alors nous sommes bien d'accord. Si dans deux jours je ne suis pas rentré, lui va
porter cette lettre à la PJ.
Compris ?
Où vas-tu ? Je ne le dirai pas.
Si tu ne me le dis pas, je t'embêterai jusqu'à ce que tu me le dises. Tu ne me
connais pas.
Moi aussi.
Écoute, Minet, sois gentil. Et je te sache pendant huit jours.
Je vais au bord de la mer.
Quoi faire ? Promener le chien. Tu n'as pas de chien. J'en achèterai un en
passant. Tu te fous de moi ? Un petit peu.
Très bien.
Tu ne partiras pas.
Je fermerai les portes environ.
Je passerai par la fenêtre. Si tu t'en vas, je vous le fais à la taule. Ou je
fais des dettes.
Tiens, je m'achète un vison.
Où vas-tu ?
Qu'est-ce que tu dis ? T'es malade ? Non, je suis muet.
Où sont mes pyjamas ? Je m'en fous, je coucherai tout nu.
Ah, j'ai compris.
Monsieur va voir une poule. Tu es très forte.
Alors pas de savon et pas de brosse à dents. Je m'en fous aussi.
Naturellement, tu ne te débarbouilleras pas. Et madame non plus.
Les compliments, c'est une belle cochonne.
Ça doit te plaire d'ailleurs, c'est ton genre.
Écoute, Milan.
Pourquoi es-tu méchante avec moi ? Parce que je t'aime.
Si je t'aimais pas,
je serais pas jalouse.
Mais t'es pas jalouse, tu es hargneuse.
C'est pas ma faute, j'ai toujours été un peu teigne.
J'ai un bon fond.
Maintenant, sois gentil. Dis-moi où tu vas.
Mais pauvre innocent, tu comprends pas que je vais travailler.
Tu as trouvé une piste ? Oui, je l'espère.
Oh, est-ce que t'es intelligent, tout de même. Mon minet a trouvé une piste.
Allez, au revoir, Mélin.
Tu vas pas courir un danger, au moins. Mais non, mais non.
T'es courageux, tout de même.
C'est là que je sens que je t'aime.
Dis, tu penseras à moi si tu meurs. Oui. Je voudrais que ta dernière pensée aille
vers moi.
Parce que je t'ai toujours aimée, je t'ai jamais trompée. Non. Là-haut, on
trouvera pas une de pareilles pour te faire des petites tartines et ton petit
café au lait. Eh, fais pas l'amour.
Au revoir, chérie. Au revoir, mon amour.
T'as pensé à ton testament?
Mais il siffle bien, votre soin.
C'est pas lui, c'est moi.
Pour la deuxième fois que j'essaye de lui apprendre à siffler, il veut rien
savoir. Il est peut-être muet.
Muet, Ferdinand ? Vous voulez rire. Il a une voix de tonnerre. Mais il est
continu. Il aménage.
Tu entends, Ferdinand ? Voilà à quoi tu nous exposes avec ta fainéantise.
Allons faire un effort, petite vache.
Armand ! Quand tu auras fini de faire donner un coup de main à Juliette pour
Lely. Et puis, je t'ai déjà interdit de siffler au salon. Ça fait bastringue.
Ici, c'est pas une tôle. C'est une pension de famille.
Alors, ferme ton clapet.
Mais, Mme Point... Il n'y a pas de Mme Point. Tu nous coures avec tes cuicuis.
Et puis, est-ce qu'il prépare un numéro d'imitation ? Oui, ben, il n'a qu'à
imiter la femme de chambre, qu'il aille vider les eaux.
À propos, c'est pas toi qui est monté au grenier au milieu de la nuit ? Moi ?
Oui, j'ai entendu marcher au-dessus de ma chambre.
Ça m'étonnerait. Quand je ronfle, le tonnerre n'arriverait pas à me
réveiller. Oui, ben, t'inquiète pas, j'y arriverai, moi.
Allez, gousse, décanille. C'est pas vous non plus, M. Colin ? Non, sûrement pas.
J'ai couru hier toute la journée pour placer ma camelote et je suis tombé dans
mon lit comme une brute. Oui, en laissant la
Oh là là, on voit bien que ce n'est pas vous qui payez la note d'électricité.
Rien de neuf ? Ah oui, c'est-à-dire qu'on vous réclamait tout à l'heure à l
'étage. Il y a du grabule ? Mademoiselle Cuck est entrée dans la salle de bain et
ne veut pas en sortir.
Le docteur Linz est dehors et veut y entrer. Un véritable scandale. Oh, ben
qu'il s'arrange.
Mademoiselle Cuck est taille à se défendre toute seule.
Tenez, la voilà.
Le docteur Linz a dû lever le siège.
Bonjour, Colin. Bonjour, ma bonne amie. Comment allez-vous ? Très bien, tant
mieux. Vous m'excuserez si je ne bavarde pas, mais je vais m'installer dans mon
coin, le travail m'attend.
Vous avez bien raison. Il ne faut pas laisser son fier à l'inspiration.
Pour l'inspiration, je n'y crois pas beaucoup.
Pour nous, écrivains, ce qui compte avant tout, c'est la concentration.
Ainsi, moi, je me concentre tous les jours, de 9h à 12h, de 4 à 7.
Ça n'a l'air de rien, mais ça représente déjà un entraînement considérable. Oh,
foutre, je pense bien.
Tenez, il y avait un paquet pour vous au courrier.
Retour à l'envoyeur.
Un de vos manuscrits, je le crains.
Allons-y.
Avec du cœur refusé.
Allons, allons, ne pleurez pas.
Ils l'ont peut-être trouvé trop concentré.
Il n'y a pas beaucoup de nouveaux pensionnaires en ce moment.
Non, c'est dommage. J'adore les nouveaux.
Forcément, vous vous dites chaque fois. J'ai peut-être une chance.
Je n'ose pas comprendre, docteur. N'oubliez pas que vous vous adressez à
une vraie jeune fille.
J'ai connu quelques vraies jeunes filles.
Aucune ne passait une heure dans la salle de bain. Pour le savoir, il a
fallu que vous les épiez, comme vous m'avez épié ce matin.
Épié ? Non, mais dites tout de suite que j'ai regardé par le trou de la serrure.
Je ne jurerai pas le contraire. Vous avez tort.
Je n'ai jamais aimé le spectacle des ruines.
Tenez, madame Point.
Donnez-moi donc plutôt un whisky.
À 9 heures du matin.
Qu'est-ce que vous avez dit ? Je me parlais à moi-même. Je pensais tout
haut. Il n'est pas encore interdit de penser, n'est-ce pas ? Si vous étiez
capable de penser quoi que ce soit, ça se saurait.
Allons, monsieur, allons ! Allons, un whisky pour le 17 ! Je ne suis ni large
ni de caractère à me laisser juger par un petit bourgeois calamiteux.
J'ai tiré 25 ans de brosse, ne l'oubliez pas.
Comment pourrions-nous l'oublier ? Vous nous le rappez 20 fois par jour.
Au lieu de vous engueuler, vous feriez mieux de me donner du feu.
Vous permettez, belle dame, vous permettez. Oh, professeur, toujours là
quand il faut.
Et vous désirez déjeuner ? Non, je ne désire que le bout de vos doigts roses
pour y butiner un baiser.
Alors, pas de chocolat ? Bon, si vous insistez, je prendrai les deux. J'en
étais sûre.
Et un chocolat pour le 14.
Mais il est crémeux, hein ? Crémeux. Merci.
J'aimerais tout de même bien savoir quel est l'enfant de salaud qui s'est levé
cette nuit pour aller furter sous les toits. Oh, je vous ai réveillé.
Comment c'était vous, professeur ? Mais c'était moi.
Oh non, ça, je ne me le pardonnerai jamais.
Mais qu'est-ce que vous aviez fait là-haut ? Eh bien, je vais vous dire.
Non, non, non, mais ça peut vous paraître idiot, mais moi-même, j'avais
cru entendre des pas au-dessus de ma tête. Oui, oui, des bruits de pas
étouffés, mais qui m'impressionnaient.
Alors, ça a été plus fort que moi, je suis monté.
Et alors ? Alors ? Personne.
Vous avez eu un cauchemar.
Je vous ai prévenu, vous mangez trop.
C'est la faute à madame. Le jour où elle fera la moins bonne cuisine, on mangera
moins. Voilà.
Madame, c'est un monsieur qui demande madame. Mais tu l'as fait rentrer dans
mon bureau, monsieur.
Non, madame.
Le monsieur est ici.
Je suis désolé, je vous ai fait peur.
Pas du tout, monsieur le pasteur, mais nous nous attendions si peu.
C'est bien normal.
C'est que dans la rue de Montmartre, on trouve moins de pasteurs que de
poufiasses. Je veux dire, plus d'âmes égarées que de ministres du culte.
J'avais traduit. Et à part ça, vous désirez quelque chose ? Mon Dieu, une
chambre, simplement.
Vous n'avez rien de libre.
C'est-à-dire que je n'ai plus que des chambres à deux lits.
Et alors ? J'avais pensé que pour un pasteur, l'image pouvait sembler
choquante. Mais chère madame, nous ne faisons pas vœu de célibat. Non ? Je
suis marié depuis neuf ans, j'ai sept ans.
Et j'en attends un huitième.
Ça alors ? C'est bien normal.
Je ne peux pas me rendre compte. Je suis une vraie jeune fille. Mes compliments.
Oh, il n'y a pas de quoi.
Vous êtes de passage à Paris, monsieur le pasteur ? Pour le congrès de l'église
évangéliste. Et on vous a donné l'adresse des mimosas ? Oh, pas du tout.
C'est le hasard qui m'a conduit vers vous. Ou la providence, comme vous
voudrez. Disons, un hasard providentiel.
Je descendais la butte lorsque, au moment où je passais sous vos fenêtres
en lisant ma Bible, mon regard est tombé sur la parole sacrée « Frappez et l'on
vous ouvrira ». J'ai frappé. Un homme m'a ouvert en poussant le cri du coq et
m'a mené ici en imitant le chant du Rossignol.
C'était charmant.
Le valet de chambre.
Il prépare un numéro de musical.
C'est bien normal.
Voulez-vous me permettre de faire les présentations ? Monsieur Colin.
Un modeste artisan.
Docteur Lins. Médecin colonial en traite. Et mademoiselle Cuck.
Une vraie jeune fille.
Enfin, notre vedette maison.
Le professeur Lalapour.
Un savant. Un artiste, monsieur le pasteur. Le roi de la manipulation, le
maître du mystère, tout simplement.
Vous tenez à votre alliance, monsieur le pasteur. Ma femme y tient. Alors ne la
confiez pas au professeur. Il a transformé celle de madame Pouin en fer
à repasser. Soyez tranquille, je me méfierai. Et le cas échéant... J
'essaierai de deviner ses tours.
Ça vous amuse ? Ça m'intéresse, car il faut regarder non point aux choses
visibles, mais aux invisibles, qui sont éternelles.
Voilà le choco.
Et le whisky.
Un whisky, monsieur le pasteur, pour fêter votre arrivée. Non, merci,
vraiment. Dans votre profession, vous faites des enfants, mais vous ne buvez
pas de whisky. Au contraire, seulement je ne bois que le mien.
Vous permettez ? J'ai beaucoup vécu aux colonies.
Où étiez-vous ?
En plein bled. Mais de quel côté ? Bon, un peu partout.
C'est curieux, moi aussi.
Nous aimerions qu'on nous souvenir ensemble.
Si vous reveniez de l'enfer, vous n'éprouveriez peut-être pas le besoin d
'en parler. L'image est osée, docteur. On ne revient pas de l'enfer, jamais.
À votre santé.
Eh bien, monsieur le pasteur, je vais vous conduire à votre chambre. Si vous
ne voyez pas d'inconvénients, je vous donnerai le 13.
C'est bien normal, je ne suis pas superstitieux.
Je vous suis, madame.
Ah, j'oubliais de me présenter.
Je m'appelle Robert Lester et j'essaie d'aider les hommes à faire leur salut.
Messieurs, à votre service.
Ça ne vous dérange pas que je lise pendant que vous sifflez ? Du tout, du
tout. Ça ne fait pas de bruit. Si vous faisiez du bruit, ce serait différent.
Je ne peux pas supporter le bruit quand je travaille.
Moi non plus.
Comme je vous comprends.
Aussi, je vais monter dans ma chambre.
Bien, monsieur le pasteur. Et si les voisins de monsieur le pasteur faisaient
du bruit, monsieur le pasteur n'aurait qu'à m'appeler parce que dans la maison,
nous ne tolérons aucun bruit. Vous, mon ami, vous êtes beau.
Oh, vous exagérez, monsieur le pasteur. Tout ce qu'on peut dire, c'est que j'ai
été un beau bébé.
Vous ne l'avez pas reconnu ? Tide Robert.
Évidemment, ça fait un drôle d'effet de le voir dans cet état-là.
Je le croyais mort.
Ça vaudrait peut-être mieux pour lui. Un boxeur aveugle, ça ne veut plus rien
dire. Ça ne sert plus à rien. Quand je pense... Vous l'avez vu à Buffalo contre
le nègre ? Quand il retirait son peignoir, toutes les femmes prenaient
leur jumelle.
Vanité des vanités, tout n'est que vanité et poursuite du vent.
Évidemment.
Ah, c'est vous, monsieur le pasteur.
Non, non, je m'excuse, je me suis trompé de porte. Mais entrez-là un instant.
Je craindrais de vous importuner. Au contraire, j'aime bien la conversation.
Et ici, je ne suis pas gâté sous ce remporteur. Eh bien, asseyez-vous.
C'est un lot de pantalons pour mes poupées. Comme vous voyez, je fabrique
des pantins.
Ah, vous regardez leur tête.
Eh oui, elles ne portent pas de visage.
C'est un truc à moi.
Avant, on me livrait des figures stupides, sans expression, sans regard.
Ça m'embêtait de coller ça sur mes petits bonshommes.
Alors un matin, en ouvrant le journal, il m'est venu une idée.
Monsieur Durand, le meurtrier sans visage.
Si je fabriquais des Durands avec une boule à la place de tête.
Au début, les détaillants voulaient que je dessine dessus un point d
'interrogation. Mais j'ai refusé, c'était trop grossier.
Cette blancheur est autrement redoutable.
On y lit ce qu'on veut.
Je fais des Durand qui poignardent, qui fusillent, qui étranglent. C'est
horrible, mais ça rapporte des sous.
Et j'en avais besoin pour ne rien vous cacher.
C'est que la vie n'a pas été très bonne pour moi jusqu'ici.
Et quand je dis la vie, ce sont les hommes.
Les hommes sont mauvais, monsieur le pasteur.
Quelle ménagerie ! Tenez, prenez ici.
Mademoiselle Cuck, non, parlons pas, c'est une vieille folle.
Mais le docteur Lins...
Vous savez qui c'est, le docteur Lins ? Alors, pris de justice, tout simplement.
Voilà trois ans, il a été poursuivi pour une affaire d'avortement.
Un joli monsieur, hein ? Et encore avec lui, au moins, on sait à quoi s'en
tenir.
Avec l'alapour, c'est autre chose.
On ne sait rien.
Voilà des mois et des mois qu'il n'a été engagé nulle part. Alors, de quoi vit-il
? Mystère.
Et mystère pas propre, je vous prie de le croire.
On dit qu'il paie Mme Poirand de nature, qu'il a des bontés pour elle.
Je ne dis pas le contraire, mais je connais bien la patronne. Elle a beau
être portée sur la chose, elle est encore plus portée sur son porte
-monnaie. Mais il ne faut pas dire du mal de son prochain, n'est-ce pas, M. le
pasteur ? Vous avez raison, M. Colin. La charité.
La charité d'abord.
Oui. Ah, j'oubliais qu'il rebère avec son infirmière.
Ce sera pour la prochaine fois.
Vous êtes ici chez vous.
Je vous demande pardon, je me suis trompé de porte. Mais tant mieux, tant
mieux, ça me fait plaisir de vous voir, de faire votre connaissance.
Entrez, entrez, n'ayez pas peur, le spectacle en vaut la peine et on ne paie
qu'en sortant. Vous avez devant vous le célèbre, l'incomparable Lalapour.
Ma mère s'appelait Béchut, et mon père Friquet. Un jour le petit Friquet a
disparu, hop là, parti, pst, plus de Friquet. Et à sa place, savez-vous qui
on a trouvé dans la boîte ? Lalapour, le vrai, l'unique.
Et comprenne qui pourra.
J'ai compris.
Bravo.
Venez voir mon mobilier.
C'est amusant, n'est-ce pas?
Vous collectionnez les cadres vides?
Ah non, je collectionne mes peintures. Ah oui, j'adore la peinture. À cette
place, il y avait une pochette de vieillard, oui. Alors un jour, je l'ai
escamotée comme ça, pareil, inattention, oui.
Comme les aiguilles de la pendule, du reste.
La majeure de la lampe et puis le fil du téléphone, oui.
Allô, allô?
Qui est à l'appareil?
Les personnes, il a disparu, lui aussi, oui.
C'est devenu chez moi une manie, oui, oui. Une seconde nature. Quand j'ai un
objet dans la main, là, il s'évanouit.
Il y a des moments où je m'inquiète moi-même. Et pourtant, je ne suis pas d
'une nature à m'inquiéter.
Je suis plutôt bon enfant.
Tout le monde est sympathique. Même les pensionnaires des mimosas.
Surtout eux.
Le contraire, c'est impossible.
Vous êtes bien tombé, vous savez.
Il est rare de trouver autant de braves gens.
Venez.
Colin, par exemple.
À la première vue, il paraît un peu grognon, un peu grincheux. C'est la
crème des hommes.
Mais il est malmoisé le cul.
Vous avez lu quelque chose d'elle ? Non, non, je regrette. Eh bien, demandez-lui
un de ses manuscrits, vous jugerez vous-même. Elle a du style.
Je dirais même mieux, elle a un style.
Ben, le docteur Linz. Alors, là, devant lui, alors, il n'y a qu'à s'incliner.
Pourtant, on m'avait parlé à son sujet de... Ah, oui, cette malheureuse
affaire. On a eu raison de vous en parler. Non, écoutez, entre nous,
monsieur le pasteur, connaissez-vous beaucoup de gens qui partent pitié pour
une femme qu'on sent à sacrifier leur avenir et leur situation ? Ben, le
docteur Linz est un de ceux-là.
On peut être fier, oui, d'habiter sous le même poids que lui.
Voilà. Alors voilà.
Et bien voilà.
Il ne me reste plus qu'à vous remercier de votre aimable visite.
Pardon.
Et à vous rendre votre portefeuille.
Merci.
Plaisant, très bien innocente, vous savez. Mais très spirituelle. Merci.
Oh, pardon.
J'oubliais de vous rendre le vôtre. Ah, merci.
Excusez-moi, je me suis trompé de porte.
C'est bien normal.
Vous avez installé la nouvelle pensionnaire ? Oui, madame, elle va
descendre. Et monsieur le pasteur ? Me voici, madame.
Venez vite à ma droite, cher monsieur le pasteur.
Mais les ténèbres ne régneront pas toujours sur la terre où il y a
maintenant des angoisses.
Car voici ce que dit le Seigneur.
Je tirerai satisfaction de mes adversaires et je me vengerai de mes
ennemis. Ils boiront la coupe de ma colère. Le mauvais sera comme l'étoupe
et son œuvre comme une étincelle. Ils brûleront l'un et l'autre ensemble et il
n'y aura personne pour éteindre. Ainsi soit-il.
Pour être mignon, c'est mignon. Ça, ma petite, vous avez du corps. J'en suis
encore tout ému. Et vous savez que M. Colin est un virtuose. Il fut un temps
où ces messieurs nous régalaient tous les soirs de véritables conseils. Vous
chantiez ? Je ne me le serais pas permis. Je raclais du violon, tout
simplement.
Rappelez le mot juste.
Mon cher docteur, je n'ai jamais porté d'opinion sur votre façon de jouer du
violoncelle. Vous ne voudriez pas essayer de m'accompagner tous les trois
? Ce serait si gentil.
Malheureusement, le docteur Linz et moi, nous n'avons pas tout à fait la même
façon de comprendre la musique.
Je le regrette, car vous avez une voix ravissante.
Vraiment ? Oh, ça fait plaisir de rencontrer des connaisseurs, des gens de
goût. C'est pas comme mon ami qui m'empêche toujours de chanter.
Ah, non, non, il n'aime pas votre voix. Lui ? Tenez, ne m'en parlez pas, c'est
un pignouf et un train de patins.
Qu'est-ce qu'il fait dans la ville ? Il fait le Zouave, et il n'est même pas bon
à ça.
Il n'est bon qu'à se mettre un chapeau de vergnat et aller vendre des marrons à
la terrasse des cafés. Oh, ma pauvre petite, comme vous avez dû souffrir.
Décidément, il n'y a rien à attendre des hommes. J'en fais chaque jour la triste
expérience. Oh, vous, évidemment.
Comment, moi ? Je veux dire qu'à Montrage, les carottes sont cuites,
tandis que les miennes ne sont pas encore épluchées.
Eh, enfin.
Jusqu'ici, les éditeurs m'ont toujours rebutée.
Mais j'ai trouvé un moyen d'être désarmée. Vous quittez la littérature ?
Non, monsieur.
Je me lance dans le roman polissier. Ah, ça nous manquait.
J'ai une idée
Une atmosphère vraiment originale. Quelque chose de neuf.
Un château hanté. Vous voyez ça d'ici ? Les murailles suintantes, les bruits de
chênes. Évidemment.
Même moi qui suis de mon temps, je préférerais un endroit plus rigolo.
Pourquoi ne situez-vous pas ça dans un restaurant ? C'est joli, le monsieur qui
est en train de manger sa soupe et qui a un couteau dans le dos.
Ou mieux que le restaurant, un petit hôtel.
Une maison meublée.
Une...
Une salle de spectacle ? J'aime mieux mon château hanté.
Évidemment, vous vous sentirez plus à votre aise au milieu des vieilles
chouettes. D'ailleurs, ce qui est important dans le roman policier, c'est
le détective.
J'avais pensé à un médecin, un vieux médecin à barbe blanche.
Oh, c'est bien terme, bien triste.
Collez-lui donc plutôt un uniforme.
Faites-en un officier.
Un curé. Un facteur.
En tout cas, mon assassin sera un véritable vampire, Jean Dusseldorf.
Un vampire.
Décidément, je n'ai pas de chance.
Qu'est-ce que vous voulez, madame ? Moi, je suis franche.
Un homme qui suce le sang. Vous avez déjà vu ça ? À moins d'être chez les
Zoulous. Si j'étais que vous, je prendrais un homme qui tue pour voler.
Ça, c'est normal.
C'est naturel. Et puis, un assassin de nos jours ne s'appelle pas du soldat.
Il se nomme ou Dupont, ou Dubois, ou...
Duchnoc.
Pourquoi pas Durand ?
J'allais le dire.
Oh non, docteur, vous n'allez pas recommencer.
Le docteur n'arrête pas une occasion de faire le panégyrique de M.
Durand. M.
Durand est un grand homme, un être exceptionnel.
Dites un monstre, un horrible monstre. Parce qu'il supprime de temps en temps
quelques-unes de ses larves qui se prennent pour des hommes. Ah là là, je
ne lui reproche qu'une chose. C'est de se contenter du poignard et du lacet au
lieu d'employer la mitrailleuse, la dynamite et les gaz asphyxiants. C'est
une apologie du meurtre. Non, de l'hécatombe. M. Durand me plaît dans la
mesure où il travaille en série. Et vous le félicitez aussi de dévaliser ses
victimes. Pourquoi pas.
Quand on voit quel usage nos contemporains font de leurs sous. C'est
de l'anarchie. Vous êtes un anarchiste. Et vous, un pauvre petit crétin. Un
crétin minuscule.
Ce n'est pas moi. C'est vous qui justifiez Durand du seul fait que vous
existez. Et s'il pouvait m'entendre, c'est vous qui seriez sa prochaine
victime. Merci beaucoup. Vous êtes bien aimable. Mais d'ici là, j'espère bien
que votre ami Durand se sera fait pincer. Par la police ? Vous me faites
rigoler. Durand se moque bien d'une bande de roquets et de mouchards.
S'il y a un dieu, il sera pris.
Oui, mais voilà.
Y a-t-il un Dieu ? J'espère que vous n'en doutez pas. Vous voyez que M. le
Pasteur est de mon avis. Durand sera pris un jour ou l'autre. Je l'ignore,
mais damné, il le sera. Il l'est déjà, et il en est fier.
Docteur Lins, vous paraissez admirablement renseigné sur les pensées
de M. Durand.
Soyez-vous un de ses amis ? Un de ses amis ? Non.
Vous n'allez pas nous faire croire que vous êtes M. Durand lui-même.
Croyez ce que vous voulez.
Vous n'êtes pas M.
Durand. Qu'en savez-vous ? Parce que je vais vous dire, M.
Durand... C'est moi.
Et je le prouve.
Regardez-moi bien.
Regardez-moi attentivement.
Il est mort.
Pauvre petit oiseau.
Et voilà pourquoi je suis M. Durand. Je regrette d'avoir à vous le rappeler,
professeur. Mais il est le sujet qui ne souffre pas la plaisanterie.
Pardonnez-moi, cher ami, ce sont malheureusement les seuls dont j'ai
marié. Attendez !
Attendez, je tiens mon roman.
Et c'est mademoiselle qui m'en a donné l'idée.
Comme décor, une petite pension de famille, les mimosas.
Monsieur Durand est l'un des autres, l'un de vous.
Et le détective s'introduit dans la place déguisée en éclatéastique.
Vous m'excuserez, monsieur le passeur. Mais voyons, faites donc.
Le premier chapitre se passe en conversation, comme maintenant.
Et tout de suite après, quand tout le monde est couché, un meurtre.
Un beau meurtre, puis un sanglant. Et allez donc. Du sang, du sang, du sang.
Et que ça coule. À plein ruisseau.
Assez. Assez, vous êtes des fous.
En ce moment, vous déchaînez des forces malfaisantes, incontrôlables. Qu'est-ce
qui vous prend ? Rien du tout.
Et moi qui suis toujours dans la nuit, je vous le dis, cette nuit ne se passera
pas sans qu'il arrive ici un grand malheur.
Vania, aidez-moi.
Minuit dix, c'est toujours pas de nouvelles de votre commissaire.
Oui, monsieur le préfet, pas un coup de téléphone, pas un signe d'avis.
Votre boyer de chic a disparu.
On ne le retrouvera jamais.
À moins qu'on ne le retrouve demain matin à la gorge ouverte ou une balle
dans la tête.
Allô ? Allô ? Qui me demande ? Passez-moi la communication.
Oui, c'est moi.
Qui parle ? Qui ? Monsieur Durand.
Envoyez vos clics à la pension Les Mimosas, 21 avenue Junot, c'est là que j
'habite. Il faudrait un cadavre encore chaud.
Allô ? Allô ? Il a raccroché.
J'ai eu ! Ah ! Ben ! Mon minet ! Mon
chéri ! Réveille-toi ! Au secours de toi ! Au secours ! Au secours ! Ouvrez
! Ouvrez ! Qu'est-ce qui se passe ? Venez vite, le docteur ! Vous réveillez
le docteur ! Qu'est-ce qu'il y a ? Il va mourir ! Vous avez tué quelqu'un ? Oui,
oui ! Il est mort ! Je suis sûre qu'il est mort ! Mais qui ? Mon minet, mon mec
! Mais c'est le pasteur ! Oui, non ! Si vous voulez !
Au bon Saint Antoine, je vous en supplie, faites-le revenir.
Faites qu'il ne soit pas mort.
Pauvre petite.
Allons bon à l'autre porte.
Eh ben Armand, qu'est-ce que vous attendez ?
Vous n'avez pas entendu qu'on sonne ? Allez ouvrir
! Bouge pas, je vais aux nouvelles.
La police.
Où est le corps ? Le corps ? On n'a tué personne ici.
Ah, vous savez déjà ? C'est au premier.
Toi, reste ici. Et toi aussi.
Allez, laissez passer, là.
Bon Dieu, Vance.
C'est moi, monsieur Bonnet. Vous, mademoiselle, vous êtes ici ? C'est moi
qui l'ai tué.
Qu'est-ce que ça signifie ? Je l'ai pas fait exprès, je croyais qu'il venait m
'attaquer.
Vous permettez ? Je vous en prie.
N'ayez pas peur, il n'est qu'évanoui.
Allez là-bas ! Qu'est-ce que vous faites ? Je vais chercher de l'eau dans la
salle de bain, pour le ranimer.
Résumons-nous, docteur.
Ce journal dans lequel on a découpé la signature de Durand a été trouvé dans
votre chambre. C'est qu'on l'y a acheté. Je n'y ai jamais le petit parisien. C
'est M. Colin qui dit ce journal. Je ne ferme jamais à clé la porte de ma
chambre. Il ne vous était pas difficile de me l'emprunter pour me compromettre.
Vincent, la victime a été tuée d'un coup de bistouri.
C'est bien le bistouri qui manquait à cette trousse. Je ne dis pas le
contraire. Cette trousse vous appartient. En effet, mais quelqu'un
sait où la trouver. Qui ? Qui ? Vous osez m'accuser ?
Je n'accuse personne, mais c'est un fait. Vous êtes venu cet après-midi dans
ma chambre et vous m'avez demandé sous un prétexte futile de vous montrer ma
trousse. Mais pardon, c'est vous qui avez insisté pour me l'exhiber. Je ne
vous demandais rien, moi.
Taisez-vous, vous mécœurez.
Je vous prenais pour un idiot. Vous êtes un ignoble tartuffe. Un cloporte. Ah, je
vous en prie.
D'ailleurs, vous avez beau tout nier, vous ne pouvez pas réfuter le témoignage
de Kid Robert et de mademoiselle.
Monsieur le préfet de police a reçu à minuit dix un coup de téléphone de
monsieur Durand.
Et trois minutes après, exactement, ces deux témoins entendaient les pas d'un
boiteux remonter l'escalier.
Vous êtes le seul à boiter. Ça me suffit. Je regrette, docteur. C'est un
coup monté, une machination.
Vous êtes fait jeune homme. Allez vous habiller.
Nous vous emmenons.
Une seconde, vous permettez ? Comment ? Vous n'êtes pas encore mort, vous ? Si,
si, tout à fait mort.
Mais grâce à Dieu, je suis ressuscité, juste à temps pour entendre la fin de
votre interrogatoire. Il eût été dommage de manquer ça. Quelle leçon, quelle
maîtrise ! Vous exagérez.
M. Durand n'était pas si fort que vous le pensiez. Ça a été mieux rondement,
voilà tout.
Trop rondement, pour le plaisir qu'on y prenait.
Ça n'est pas pour vous flatter, mais il est impossible de dépenser plus de
subtilité, d'esprit d'observation et de finesse pour aboutir à une erreur.
Une erreur ? Ah, ça, je le crains. Une erreur, grossière, mais qui n'enlève
rien à la beauté du raisonnement.
M. le commissaire, je vous excuse parce que vous êtes blessé.
Le sang a dû vous monter à la tête.
Peut-être.
Monsieur Durand et le docteur ne font qu'un. C'est moi qui vous le dis.
Alors.
Emmenez-le.
Qu'est-ce que vous attendez ? Vous croyez que je n'ai pas assez de preuves
contre cet oiseau ? Ah là là, si, vous en avez des preuves. Vous en avez même
un peu trop. À votre place, c'est ce qui m'inquiéterait.
Paradoxe.
Docteur Lins, voulez-vous monter quelques marches ? Laissez-le faire.
Qu'est
-ce
que c'est que cette histoire ?
Oui, c'était ça.
Naturellement. Quelqu'un a imité le boitillement du docteur. Et comme tous
les imitateurs, il a chargé.
Qui a vu Mlle Cook vivante pour la dernière fois ? Je lui ai monté sa
camomille sur le cou d'11 heures. Elle disait qu'elle ne pouvait pas repiller.
Ah. Et à partir de ce moment-là, personne n'a pénétré dans la maison ?
Non, M. le pasteur. Je veux dire M. le détective.
Comme tout le monde était là, j'ai poussé le verrou. Bon.
Donc, mesdames et messieurs, l'assassin est l'un de vous.
Quelqu'un est-il entré dans la salle de bain après 11 heures ?
Alors, personne ? Je suis désolée, M. Colin, mais je dois dire la vérité.
J'ai vu M. Colin sortir de la salle de bain à 11h30.
Vraiment ? Et il a même baissé les yeux en voyant entrer chez Kid Robert.
Fichtre ? Mais qu'est-ce que vous alliez faire dans sa chambre au milieu de la
nuit ? Vous savez que Kid Robert est mon malade.
Évidemment, vous alliez lui donner des soins.
C'est bien normal.
Qu'est-ce que vous avez à répondre, M. Colin ? Moi, je n'ai pas bougé de mon
lit de toute la soirée. Oh, c'est trop fort ! Je vous ai vu ! Non, je ne
voudrais pas vous charger, mon cher Colin, mais il me semble bien que vous
avez entendu rentrer chez vous à cette heure-là.
Pure coïncidence, peut-être, j'espère.
Qu'est-ce que vous alliez faire dans la salle de bain ? Moi, prendre un bain,
tout simplement.
Ben, voyons, c'est évident, prendre un bain à minuit, c'est tellement normal.
J'étais nerveux, alors... Vous voulez me suivre ? J'ai pensé que l'eau tiède me
calmerait. Voilà, voilà, tout s'explique, mais pourquoi ne l'avoir pas
dit tout de suite ?
Ah, je ne savais pas. Enfin, je ne me souvenais pas qu'elle m'avait vu.
Excellente raison.
Alors, nous disons que vous êtes entré dans la salle de bain pour... Pour me
laver. Pour vous laver.
Eh bien, enlevez votre robe de chambre. Eh bien, allez, allez.
Votre pyjama, maintenant.
Votre pantalon.
Les chaussettes aussi.
Quoi ? Asseyez-vous et enlevez vos chaussettes. Ce qui vous fait peur. Si
vous avez pris un bain, vous devez avoir les pieds propres.
Nous allons voir.
Je vous en prie, messieurs, ne me posez pas de questions.
Je dirai tout ce que je sais.
Je n'en suis pas à mon première interview.
La soirée avait été brillante.
Après le dîner, on m'a demandé de chanter.
J'ai eu beaucoup de succès.
Je savais que l'assassin était parmi nous.
Mais je ne laissais rien paraître de mon appréhension.
Forcément, j'ai eu un grand-père qui a servi sous Napoléon.
Il montait à cheval, avait un plumeau sur la tête et se tenait à côté de l
'empereur. Enfin, passons !
Un jour, j'écrirai mes mémoires.
Qu'est-ce que tu fais ? Tu le vois, je m'entraîne pour les journalistes. Trop
tard, tout est consommé. Écoute l'article du matin.
La fin d'un cauchemar. M. Durand, trois heures après l'avoir défié, tombe entre
les mains de la police grâce à l'énergie et à l'habileté de M. Monet, qui
commande la brigade spéciale avec autant d'autorité que de mérite.
Oh, la vache ! Et nous, là-dedans, qu'est-ce qu'on devient ? Vous oubliez.
Enfin, l'essentiel est que M. Durand soit pincé. Et tout ça, parce qu'il
avait les pieds sales.
Eh bien, tu vas ouvrir ? La bonne n'est pas là ? Je l'ai foutue à la porte ce
matin. On a eu des mots ensemble.
Des mots ? Elle m'a prêté dans le kikineuse.
Toute vérité n'est pas bonne à dire.
Il fallait être stupide pour arrêter Colin. Vous trouvez ? Complètement
stupide. Nous sommes du même avis.
Comment ? Mais c'est une idée de vous.
De moi ? J'ai lu les journaux ce matin, il n'est question que de M. Monet. Vous
me rapprochez d'avoir endossé vos satises ? Donne-moi cette pensée.
Mais si je ne vous avais pas couvert, vous seriez déjà arrêté des cadres. Vous
me demandez ma démission.
Je ne vous la demande pas.
Mais si vous me la ferez, je la transmettrai au préfet.
Avec avis favorable.
Alors il ne faut pas faire attendre le préfet. Patient, mais respectueux.
Soit, vous avez relâché Colin.
Il a bien fallu.
Mais j'ai arrêté l'INSA.
Et cette fois, je vous fiche mon billet qui l'avouera.
Je n'en doute pas.
Patient, mais psychologue.
Depuis combien de temps vivez-vous chez Mme Point ? Depuis cinq ans.
Où habitiez-vous auparavant ? Dans un hôtel des Champs-Élysées.
Lequel ? Le Claridge. Pourquoi l'avez-vous quitté ? C'était trop cher.
Et alors ?
Continuez, mes enfants, nous ne sommes pas pressés.
Avez-vous des dettes ? Oui, oui, quelques-unes. Envers qui ? Montailleur.
C'est tout ? Je crois, oui.
Alors, pourquoi dites-vous quelques-unes ? Je me suis trompé.
Vous sortez souvent, ce soir ? Deux ou trois fois par semaine.
Où êtes-vous allé le 18 avril ? 18 avril ? Je ne sais pas, au cinéma, peut-être.
Quel cinéma ? Je vous dis que je ne me rappelle plus. Alors, pourquoi dites
-vous être allé au cinéma ?
Vous jouez gros jeu.
Moi ? Je ne touche pas une carte. C'est faux, vous avez été pris par une rave
dans un tripot à Marseille il y a quatre ans.
Je venais de débarquer et j'ai été entraîné par des amis. Combien avez-vous
perdu ? Qu'est-ce que je sais ? C'est pas nous qui pourrons le savoir.
Enfin, vous avez des besoins d'argent.
Mais oui, comme tout le monde ! Avant-hier, vous êtes entré dans la
salle de bain. Je vous ai dit non. Alors vous ne vous l'avez pas.
Mais si.
Seulement avant-hier, quand j'ai voulu prendre mon bain, Mlle Cuc occupait la
place. Vous êtes entré quand même et vous l'avez tué.
Mais non, c'était le matin.
Quel matin ? Hier.
Hier, Mlle Cuc était morte.
Ben, avant-hier.
Non, je ne sais pas, vous me rendez fou.
Avouez donc, ça sera fini tout de suite.
Je n'ai pas de clé.
Je vous dis que je n'ai pas de clé.
Continuez à l'interroger, posez-lui n'importe quelle question.
Assois.
C'est avec moi.
Quelle bonne surprise, monsieur le commissaire. Je ne suis plus
commissaire. J'ai donné ma démission tout à l'heure. C'est une visite amicale
que je viens vous faire.
Si vous m'en passez l'expression. Milan ne sera pas jalouse ? Je ne lui dirai
rien. Vous êtes prudent.
Il le faut.
Vous savez que Durand a frappé un nouveau coup pendant que Colin était en
prison. Donc Colin n'est pas Durand. Je sais, il est revenu cet après-midi.
Alors pourquoi l'avez-vous accusé d'être entré dans la salle de bain ? J'ai dû me
tromper. Je suis très miable, vous savez.
Fiche. À ce point-là, c'est dangereux. On peut devenir aveugle. Non, mais on
peut être arrêté pour faux témoignages.
Je croyais que votre visite était une visite amicale. Justement, c'est en ami
que je vous parle.
Je vous donnerai l'adresse de l'opticien.
Merci.
Vous avez un peignoir ravissant.
Ce que vous pouvez être homme, vous, c'est un déshabillé. Je ne suis pas très
connaisseur. En fin de linge, Milan ne porte que des chemises de nuit en pilou.
Ça doit être agréable pour vous. Je ne peux rien dire. Moi, pour dormir, je
mets des bonnets de coton. Non.
Si, si, avec un pompon. Est-ce que vous devez être gentil ? Ravissant, grisant,
adorable.
Et vous devriez vous couvrir parce que vous avez attrapé un rhume de cerveau.
Par les cuisses ? Tout dépend où vous placez votre cervelle.
J'avoue que cette débauche de lingerie m'étonne un peu.
C'est rare chez une infirmière, évidemment.
Mais comprenez-moi, monsieur le commissaire.
Quand on a passé la journée en blouse, quand on a eu les cheveux serrés par un
voile pendant des heures, ça fait plaisir de redevenir une femme et de se
coller du satin sur la peau.
Qu'il Robert apprécie ? Il est aveugle.
Vous aimez
le
Fakir ?
Bien sûr que non.
Et vous avez couché avec lui ? Peut-être un soir.
Ça a été très rapide.
Pourquoi ? Je m'ennuie.
J'espère toujours quelque chose.
Et donc ? Vous ne l'attendez pas ? Oh non, soyez tranquille. Il est à l'Élysée
Clichy. On l'a engagé à cause du bruit que cette histoire a fait dans les
journées. Oui.
Eh bien...
Je sens que je vais me payer l'Elysée Clichy.
Vous me quittez déjà ? Si je restais, vous seriez déçu.
Je vous salue, monsieur. Oh, moi, monsieur, je ne vous salue pas.
C'est bien normal.
Je vous demande pardon.
Lestirac, rédacteur à Paris Soir.
Approchez, jeune homme, approchez. N'ayez pas peur.
La presse est toujours la bienvenue chez moi.
Il n'y a pas d'art sans publicité, n'est-ce pas ? Alors, que voulez-vous
connaître ? Le truc du tombeau hindou ? Le mystère du décapité parlant ?
Questionnez, je vous écoute.
Vous permettez que je me vête ? Je vous en prie, M. Durand.
Quelle mouche vous pique ? C'est un truc à moi.
J'ai décidé d'interpeller ainsi tous les pensionnaires de Mme Point.
Pour me faire une idée sur la question.
Une idée périlleuse, permettez-moi de vous le dire, car supposez à l'instant
que je sois M.
Durand et... J'aurais pu à l'instant vous expédier dans un monde
meilleur.
Au demeurant, si vous lisiez les journaux au lieu de les écrire, vous
sauriez que M.
Durand est entre les mains de la police.
Vous prenez le Dr. Lins pour l'assassin ? Oh non, non ! Ah non, non, non !
Certes non ! Vous le devriez.
Du moment que l'innocence de Colin a été reconnue, que le domestique a un alibi
et que l'aveugle se trouve dans l'impossibilité d'avoir commis le crime,
je ne vois qu'un coupable possible.
Pourtant, vous commencez à regretter de vous trouver en ma compagnie ? Pas du
tout. Cette conversation me passionne.
Mais votre méfiance se croit de seconde en seconde.
Non, je vous soupçonne en bloc, vous et les autres.
Eh bien, vous avez tort.
De quoi faire ? Soupçonnez les autres.
Ainsi, vous avouez être M. Durand.
Oui, c'est ce que je veux dire.
Et vous reconnaissez avoir assassiné 11 personnes.
A savoir... M.
Levray, le 19 avril, vers 23h, dans l'avenue de Clichy. Oui.
M. Tavernin. Oui, oui.
Enlevez cette lumière.
M. Tavernin, le 12 du même mois, vers 19h30, dans la rue Victor-Massé. Tout.
Tout ce que vous voulez.
Parfait.
Dites à quelle mobile vous avez obéi ? Vous le savez bien, l'intérêt.
Chaque fois ? Oui, naturellement.
Lorsque vous avez attaqué Mlle Cuc aussi ? Oui.
Elle n'avait pas le sou.
J'ai cru qu'elle avait des économies.
Pourquoi déposez-vous un bristol à côté du cadavre de vos victimes ? Par
bravate. Envers la police ? Oui.
Et la société.
Après ces quelques tours de passe-passe et de manipulation, permettez-moi d'en
venir aux choses sérieuses.
Pour ces expériences, je demanderai le concours de ma dévouée collaboratrice,
Christiane Perrette.
Christiane Perrette. Musique.
Christiane Perrette.
Christiane Perrette.
Attention, le travail commence.
Nous ligotons les membres inférieurs et supérieurs de Mlle Christiane Perrette
afin de la mettre dans l'incapacité absolue de faire le plus petit
mouvement.
Dans cette malle entièrement vide, entièrement vide, nous déposons le
cadavre vivant de Mlle Christiane Perrette. Et voilà ! Nous
refermons la malle.
Je m'éloigne de quelques pas et d'un coup, le revolver d'un sol me fait
disparaître l'impatience. Non, non, entendons-nous bien. Il n'y a là ni
truc, ni glace centaine, ni mystification.
Non, il s'agit d'un phénomène scientifique bien connu des savants sous
le nom de désagrégation de la matière.
Attention. Un, deux, trois.
L'expérience a parfaitement réussi.
Qu'avez-vous fait de l'argent volé à vos victimes ? Arrêtez. Arrêtez, j'en peux
plus.
Qu'avez-vous fait de l'argent volé à vos victimes ? Je l'ai mis en lieu sûr.
Où ? Ça me regarde.
Quoi ? Le docteur Linz est innocent.
Elle est bien bonne, celle-là. Il vient d'avouer.
Qu'est-ce que vous dites ? Ah, bon Dieu ! Restez où vous êtes, je vous envoie
deux inspecteurs.
Mais qu'est-ce que ça signifie ? Pourquoi ces aveux idiots ? Vous vouliez
protéger quelqu'un ? Non.
Avoir la paix.
Alors, qu'est-ce que vous allez répondre ? Rien.
J'attendrais que M. Durand ait fait une treizième victime.
Passez-moi les menottes.
Tu les as ?
Oh,
pardon.
Alors ? Ça y est, la série continue.
Durand a étranglé une femme dans un train de banlieue. Eh ben, et ton fakir
? Il est innocent, lui aussi. Mon pauvre Kiki. Pourtant, cette fois... T'as
vraiment pas de chance.
Ah, c'est décourageant.
Tiens, je vais t'enlever des points noirs, ça te changera les idées. Fous
-moi la paix. Rien de teint. Laisse-moi tranquille, je te dis. T'en as au moins
un kilo sur la figure, ça grossit, puis après on a des trous.
Aïe ! Pour moi...
M. Durand n'habite pas la pension.
Mais si, personne n'est entré ni sorti quand on a assassiné Mlle Cook.
Mais dis-moi, fais-moi ! Bouge pas, bouge pas.
C'est un vermicelle. Attends, on a du vice.
Et si c'était le siffleur ? Il a des alibis pour presque tous les crimes.
Mais les valets de chambre, je me méfie de cette race.
Quand j'allais à la communale, il y avait un larbin qui nous faisait de l
'oeil tous les matins. Et bien depuis, on a appris que c'était un satyre. Ça n
'a aucun rapport.
Et l'aveugle ? Il est aveugle.
Qui dit ? L'autre jour, quand il a enlevé ses lunettes, il avait les cils
qui bougeaient. C'est folle.
Alors, il ne reste que Mme Point.
C'est pas un travail de femme. Elle est peut-être un homme. Avec cette grosse
dondon, on ne sait jamais. Non, quand même.
Tout est possible.
Si j'étais toi, je la ferais déshabiller.
Je lui dirais, faites voir.
Et puis après, on serait fixés.
Ah non, non, cette fois, ça suffit. Là.
Laisse-moi, c'est le dernier.
Oh, qu'il est beau.
Le plus beau des plus beaux, le roi des rois.
Entrez.
Qu'est-ce que vous voulez, vous ?
C'est une lettre pour monsieur et madame.
Brute ! Quelle brute !
Il ne nous manquait plus
que ça, une invitation de madame Point pour fêter la libération de ses
pensionnaires. Elle organise une petite fête et te demande d'y chanter.
Oh, ça, c'est gentil de sa part ! Tu veux y aller ? Et comment ? Pour une
fois qu'on m'engage ? Bon, alors t'iras sans moi. Oh, tu vas pas me faire ça,
mon Zouzou, tu viendras.
Jamais. Tu as tort.
Parce que monsieur Durand, lui, sera là.
La sirène d'un bateau à vapeur.
Le sifflet du chef de gare et celui de la locomotive.
Et le sifflet de l'agent.
qui vous rappellent pour les passages cloutés.
Vous avez vu les filles de l'épicé ? Oui, tout le quartier est là.
C'est une soirée élégante. En tout cas, ils sont très compréhensibles.
Pourquoi n'allez-vous pas dans la salle ? Qu'est-ce que j'ai vers être plus ?
Alors, pas de mélancolie un jour comme aujourd'hui, voyons. N'oubliez pas que
nous fêtons notre réconciliation.
Qu'est-ce qu'il aurait dit ? Il y a huit jours que nous ferions de la musique
ensemble, hein, docteur ?
Au moins, M.
Durand aurait été bon à quelque chose.
Où est la vedette ? Dans ma chambre, en train de se maquiller.
Qu'est-ce que tu fais ? Une patience.
T'as vu le programme ? Non.
Regarde-le, il en vaut la peine.
J'ai jamais été aussi bien placée à la fin de la première partie.
La vedette américaine, quoi.
Eh ben, ouvre-le, ça ne te fera pas de mal aux yeux.
T'as vu ? Des principaux théâtres.
Attends, attends.
Qu'est-ce que t'as ? Tu le trouves pas bien, mon programme ?
Je le trouve incomplet. Il manque un numéro sensationnel qui sera le bouquet
de cette petite soirée.
L'arrestation de M. Durand par le commissaire Wells, le phénomène bien
connu des champs de foire. Tu as trouvé ? Et c'était ça.
À ta santé, ma fille.
Ah, une seconde.
Et pas un mot à la reine mère.
C'est une vieille vache.
Alors, tout va bien ? Très bien.
Merci.
Non, pas du tout.
Vous avez l'air bizarre.
Moi ? Ça, par exemple, pourquoi est-ce que j'aurais l'air bizarre ? Au
contraire, je suis normale.
Tout ce qui est anormale. Mais qu'est-ce qui vous prend, Mila ? J'ai promis de ne
rien dire.
Et quand j'ai promis de ne rien dire, c'est comme si j'étais muette.
Motus et bouche cousue. Une carte.
Oh, Mila, entre femmes. Non, non, non, rien à faire.
C'est un secret.
Elle a raison.
Mais c'est un secret, n'est-ce pas ? Oh, je vous crois.
Quand ça va éclater, ça va faire un joli ramdam.
Écoutez, tout ce que je peux vous dire, c'est que M. Durand va passer un mauvais
quart d'heure.
Et maintenant, ne me demandez plus rien.
Motus et bouche cousue.
Ah.
Terminé. Merci.
C'est vous, commissaire ? Oui, excusez-moi.
Voilà, vous sortez. Non, enfin, oui, je me sens pas très bien. Ah, c'est
curieux, moi non plus.
L'estomac, peut-être. Plutôt la tête.
Ah, ben moi, c'est l'estomac.
Écoutez, je prends mon chapeau, puis nous sortons ensemble.
Vous cherchez quelque chose ? Votre révolta, sans doute ? Je viens de vous l
'emprunter, précisément.
Allez, passez devant.
Je me demande si je vais sortir.
Ben, votre migraine.
Envolez, plus de migraine.
Mais moi, j'ai toujours mal à l'estomac.
Allez, passez devant. Allez.
Où vas-tu ? On va prendre l'air. Tu seras là pour mon tour de champ ?
J'espère bien.
Joli temps, n'est-ce pas ? Admirable, oui.
C'est bon se sentir vivant.
Profitez-en. Vous êtes gay ? Plus franc.
Écoutez-moi, un dernier avertissement. On va sans doute croiser des passants,
des flics peut-être, à leur moindre geste, au moindre cri.
Je tire et vous mentez. Ah, vous portant, ça m'étonnerait. C'est jamais
un faux mouvement, un éternuement. Oui, vous êtes optimiste. De nature, oui,
patient, mais optimiste. Et puis, vous n'aurez jamais le culot de tirer parce
qu'on vous arrêterait sur le champ. Croyez-vous, je cours très vite pour me
retrouver par la suite. Et puis, vous savez très bien que j'aurai toujours
deux témoins pour jurer qu'ils m'ont pas quitté. Alors, pas d'histoire.
Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est fini de jouer cette comédie. Il a l'air de
souffrir. Non, il m'a fait ça pendant tout le chemin. C'est une blague de
pochard. Je vais tout de même vous aider à le remettre d'aplomb.
Chauffeur, on vous appelle.
Vous êtes sûr que... Non, non, emmenez-moi. Allez, allez, je le
rentrerai tout seul. Taxi ! Bon, square IG.
C'est à côté.
Je suis médecin.
Une visite urgente.
Encore une plaisanterie de ce genre, je vous abat comme un lapin. C'est bien
normal.
Où allons-nous? Pas très loin, mais si j'étais vous, je serais pas pressé d'y
arriver. Je suis condamné.
Madame, vous avez joué, vous avez perdu, alors. Il n'y a pas de partie
désespérée. Je changerai pas mes cartes contre les vôtres. Ah, moi, je vous
parierais bien un beau billet de mille francs tout neuf contre un vieux billet
de cent sous tout sale que je m'en sortirais. Vingt-un.
Mais parions. Vingt-deux, v'là, un flic. Regardez devant vous, allez.
Putain, vous pouvez pas faire attention, vous?
Écoutez, je vous demande pardon, monsieur l'agent, vous comprenez, il est
un peu rond. Il se marie après-demain, alors ce soir, il enterre sa vie de
garçon. Enfin, je veux bien croire que vous ne m'avez pas vu, alors. Pas vu,
mais si je ne vous avais pas vu, je n'aurais pas aussi bien visé. Alors,
tout ça, c'est la faute à Émile.
Les coignes de dégoutte. Vise-moi ce gros-là qui m'a dit que je te parie une
bouteille que tu ne lui molardes pas sur les croque-nots.
Parfait, vous expliquerez au poste.
Monsieur l'agent, vous voyez bien qui ment. J'ai dit, suivez-moi tous les deux
au poste. Au secours ! Au secours ! Je vous retrouverai, vous.
On vous attend, monsieur l'agent. Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que c
'est ? Qu'est-ce qu'il y a ? C
'est pourquoi vous acclamerez nos
trois amis, l'avé récemment d'un injuste soupçon.
Vous devez bien savoir où est passé Vance, puisqu'il est sorti avec la
lapine. Il va revenir, à moins qu'il n'ait rencontré M. Durand.
Et maintenant, je passe la parole à notre charmante vedette, mademoiselle
Mila Malou.
Je sais bien que tu mens.
Joli endroit, n'est-ce pas ? Ravisant.
Oui. Il est tellement gai.
C'est dans un chantier que vous avez déjà assassiné le petit caissier.
Oui, également.
C'est dans un chantier que j'ai supprimé l'une de ses larmes qui se prennent pour
des hommes.
Oh,
vous auriez tort de vous apitoyer sur son compte.
Lui, au moins, en a retrouvé son cadavre. De vous, il ne restera rien.
Regardez. C'est de la chauve-vive. Oui, on voit que vous êtes détective.
Vous avez l'œil américain.
Regardez l'heure. Vous attendez quand vous délivre ? Non, je me livrerai un
petit calcul. Il faut cinq minutes pour aller d'ici à la pension. Vous commencez
votre numéro dans un quart d'heure.
Ça vous laisse tout de même dix bonnes minutes pour causer.
Malheureusement pour vous, vous n'avez rien à nous dire.
Dans ce cas, je me demande pourquoi vous m'avez amené ici.
Pour vous faire disparaître plus facilement. Ah, si c'est une question d
'escamotage. Vous avez tort de plaisanter.
Qu'est-ce que vous voulez ? Je ne peux pas prendre ma mort au tragique.
Ça m'aurait embêté de finir gratteux sur un matelas de plume ou de tomber sous la
balle d'un petit gredin sans envergure.
Il n'y a pas de honte à perdre la partie devant des adversaires brillants.
Devant des maîtres.
Merci. Vous êtes trop aimable.
Non, je suis sincère. Vous m'avez stupéfié.
Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est un lacet, qui à l'occasion peut devenir un
écoulant. Ah, voilà.
Je disais qu'en signant vos crimes d'un pseudonyme qui évoque l'idée d'unité,
vous avez créé un véritable meurtrier en trois personnes.
Et ça, c'est du génie. Non, vous exagérez. Pas du tout.
Et si j'avais un peu de temps devant moi... Vous avez trois minutes.
Nous vous écoutons.
La vérité, c'est que vous n'êtes pas des criminels.
Vous êtes des esthètes du crime.
C'est dommage qu'un chef-d'oeuvre comme le vôtre demeure inconnu, car enfin, j
'aurais été à la fois votre premier et votre dernier admirateur.
Nous vous regretterons, vous savez.
Malheureusement. Tout ce que nous pouvons pour vous, c'est de vous donner
le choix de votre mort.
C'est trop gentil. Si vous avez une préférence pour l'épée, pour le
pistolet, ou pour la strangulation, vous n'avez qu'à parler.
On n'est pas plus aimables.
Eh bien, je veux profiter de cette faveur. Parmi vous trois, il y en a un
devant qui je m'incline très bas.
C'est celui qui a eu l'idée initiale de cette association.
Je ne voudrais mourir que de sa main. Moi. Moi.
Vous. Quoi ? Qu'est-ce que vous racontez ? Oh, c'est trop fort.
Permettez-le.
Permettez-vous même.
Voyons, messieurs. Je vous fais juge commissaire. Vous voulez nous parler
deux minutes ? Non, après moi. Pourquoi après vous ? Soit.
Allez-y, mais je rectifierai. Pardon, nous rectifierons.
Toute cette histoire, mon cher Vance, remonte à une bonne quarantaine d'années
sur les bancs de la communale.
Nous étions trois vauriens, trois voyous, dont un pourtant dépassait les
autres en voyou crassi.
Il s'appelait Théodore Linz.
Merci. Je vous rends hommage, mon cher.
Vous étiez bien la plus ignoble petite crapule qu'on puisse imaginer.
Il avait inventé de faire chaque jour pipi dans l'engrier du pion.
Naturellement, les soupçons du directeur finirent par tomber sur lui et Théodore
fut jeté dehors. C'est alors que pour l'innocenté, dès le lendemain, j'eus l
'idée de commettre le même méfait dans les mêmes circonstances.
Deux jours plus tard, l'INS était réintégré.
J'avais trouvé le mécanisme de nos futurs exploits.
Mais là, allons, mon cher Colin, voici mon coup.
Pardon. Ce n'est pas parce que vous avez découvert empiriquement un truc de gamin
que vous pouvez revendiquer l'honneur de nos méthodes.
Le véritable inventeur et celui qui, partant d'un fait, construit la théorie
et en déduit ses applications.
Or, c'est la ma part.
Et je crois que personne ici ne pourra la contester.
Docteur, je vous fais mes excuses.
Je suis bon pour l'arme blanche. Ah non, ça serait trop facile.
Le commissaire l'a dit tout à l'heure. Ce qui compte surtout, c'est l'idée du
pseudonyme. Eh bien, l'idée de M. Durand est à moi. M.
Durand, c'est moi.
Voilà.
Évidemment, à première vue.
Ah, c'est difficile.
C'est vraiment...
La carte de conscience.
Vous permettez ?
Alors
? Il y aurait bien une dernière solution qui aurait tous mes suffrages.
Ce serait de n'être tué par aucun de vous et de vous faire arrêter, moi, tous
les trois.
Elle est bien bonne.
Arrêtez de nous. Et comment?
Comme ça.
Professeur, vous avez perdu votre pari.
Donnez-moi 100 sous et je vous raconterai l'histoire du petit pousset.
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