All language subtitles for [ Torrent9.cz ] Le.Mystere.Henri.Pick.2019.FRENCH.BDRip.XviD-EXTREME

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Original subtitles

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Mais Aristote le dit. Du point de vue de la poésie,

l'impossible persuasif est préférable au non-persuasif, fût-il possible.

Ce n'est donc pas seulement un trait de l'esthétique contemporaine de jouer sur cette frontière entre réel et fiction,

ce qui m'amène à la question suivante finalement,

chaque époque n'a-t-elle pas élaboré ses propres modalités d'hybridation ?

Celui qui répondrait par l'affirmative court le risque d'enfoncer une porte ouverte.

Enfin, c'est ma sensation. Ah, il paraît qu'on a prit beaucoup de retard.

Alors je passe rapidement aux nouveautés de la semaine.

- Tu penses qu'il a aimé ? - J'en suis sûre. Stresse pas.

Intérieurs, de Jean-Rachid Choukri.

Un huis-clos prétexte à des réflexions étonnantes sur la fragilisation des identités collectives.

Un peu plus scolaire, mais pas inintéressant, L'Oubli, de Constance Duplère.

Espérons que ce titre ne soit pas prémonitoire parce que l'auteur ne le mérite pas.

Et enfin, La Baignoire de Frédéric Koska.

Mais on en reparlera une prochaine fois. Désolé, on est en direct.

- Il nous faut rendre l'antenne. - C'est pas vrai, il n'a pas fait ça !

On se retrouve la semaine prochaine. Je vous souhaite d'ici là de très bonnes lectures.

Écoute, on n'a pas besoin d'une bonne critique à la télé pour que ton livre marche.

Crois-moi.

Ça va cartonner.

Tu penses à quoi ?

Je me demandais : les invendus de La Baignoire. Il doit vous en rester pas mal sur les bras.

- Quand est-ce qu'ils partent au pilon ? - T'inquiète pas. C'est pas pour tout de suite.

Quand bien même. Tu seras prévenu avant, tu sais ?

Pourquoi ?

Au cas où je voudrais assister à la mise à mort de mon œuvre ?

- Mais c'est une belle mort. - Bien sûr.

Déchiqueté, écartelé, broyé. Ça va être magnifique. Tout un programme.

Ils vont juste être recyclés pour fabriquer de nouveaux livres.

C'est une sorte de réincarnation.

J'espère que tu vas pas me mettre au pilon aussi.

T'es con.

Salut.

- Bien dormi ? - Ouais, merci.

Mais je travaillais.

Je veux dire, j'ai pas dormi jusqu'à maintenant.

Ça me dérange pas. Si tu veux dormir jusqu'à midi, tu peux.

C'est ça qui bien dans ton métier. Il n'y a pas d'horaires.

T'arrêtes de le taquiner, papa ?

- T'écris le prochain, c'est ça - Voilà.

C'est vrai que c'est comme le saut en parachute. C'est le deuxième, le plus dur.

Écoute, je sais pas. J'ai jamais fait de parachute.

Attention, faut pas te louper sur celui-là.

Bon, c'était bien, La Baignoire. Un peu claustro, quand même.

Un moment donné, on a envie qu'il sorte de la salle de bains, le type.

Je sais. J'y ai pensé. Mais je l'ai pas fait.

- Dommage. - Papa.

En tous cas, j'ai fait ce que j'ai pu. Je l'ai mis en avant à la librairie.

Après, je peux pas non plus forcer les gens à l'acheter.

- Papa ! - Merci, Gérard, en tous cas.

Un plaisir, Fred !

Les Vieux Draps. Damien Boulard.

- Il t'a soûlée, Damien Boulard ? - Eh ben écoute, je sais pas.

J'ai dû faire quelque chose à ses ancêtres dans une vie antérieure

pour qu'il ait cherché à me faire crever d'ennui à ce point.

C'est si mauvais que ça ?

Et c'est toi qui va annoncer à ce malheureux qu'il sera pas publié ?

Non, c'est un stagiaire qui va se charger de lui envoyer une lettre-type.

Ouais, la fameuse lettre.

« Après lecture de votre manuscrit, nous vous suggérons de changer de métier le plus rapidement possible.

afin de préserver la santé mentale de notre comité de lecture et pour le bien de l'humanité en général. »

Y a un homme ici qui avait une drôle d'idée y a quelques années.

Le bibliothécaire de Crozon.

Il s'était mis dans la tête de récupérer tous les manuscrits refusés par les éditeurs.

- Original, non ? - C'est génial comme truc !

La bibliothèque des livres refusés.

- Elle existe encore, cette bibliothèque ? - Oui, je crois.

Tu veux pas qu'on aille y faire un tour demain ? J'aimerais bien voir ça.

Moi, maintenant, le concept des livres refusés, je le sens pas trop.

C'est peut-être contagieux, qui sait ?

Moi, ça m'intéresse.

Bonjour. Je cherche la salle des livres refusés.

Ça marche plus. De toute façon, plus personne ne vient ici.

- Bon, je vous laisse. - Merci.

- Alors ? - Ça me donne envie de me suicider.

En plus, tu sais pas le plus dingue. Tu vas halluciner.

L'auteur Henri Pick était un mec du coin. C'est le type qui tenait la pizzéria.

Écrivain-pizzaiolo. Ça claque, en même temps.

Papa, tu sais où je peux trouver Henri Pick ?

Au cimetière. Mort y a 2-3 ans. Madeleine, sa femme, habite encore là. Pourquoi ?

Parce que je vais publier le livre de son mari.

Franchement, ça m'étonnerait. Je vois pas du tout Henri écrire un livre.

Peut-être qu'il n'a jamais osé vous en parler, tout simplement.

- Mais c'est quoi ? Des recettes ? - Non.

C'est un roman.

C'est une histoire d'amour avec en toile de fond la mort de Pouchkine.

- Qui ? - Pouchkine, le poète russe.

Écoutez, Madeleine. Le mieux, c'est que vous le lisiez.

Je suis sûre que vous allez reconnaître la voix de votre mari.

C'est vrai que c'est très beau.

Mais pourquoi il nous l'aurait caché ?

Peut-être qu'il manquait de confiance en lui.

Qu'il sous-estimait son talent.

Sérieusement, tu vois papa écrire ça entre deux fournées de pizzas ?

Tu l'imagines philosopher sur Pouchkine. Papa... Pouchkine.

- Et toutes les scènes de sexe... - Tu sais, sous ses dehors pudiques,

...ton père était... - Attends. Oui, on en parlera plus tard.

- Mais je suis intéressé, tu sais. - Finis ton chocolat, chéri.

Et cette bibliothèque. Ça t'étonne pas, toi ?

Je pensait qu'il ne savait même pas qu'il en existait une à Crozon.

Peut-être qu'il a laissé ce roman pour nous. Pour nous dire de pas l'oublier.

Ses affaires sont où ?

« Le bonheur était si proche, si possible. »

Wendy, combien de fois je t'ai demandé de numéroter tes fiches ?

J'y comprends rien. T'as quand même fait Normal Sup. Tu sais compter jusqu'à dix, non ?

OK, Jean-Michel.

- Tiens. - Merci beaucoup.

Là, j'ai un sifflement. C'est stressant.

J'entends rien.

C'est normal. Ça fait combien de temps que tu bosses dans ce métier ?

40 ans ? C'est normal. À tout à l'heure.

On y va ?

Tout le monde est en place. On y va.

- Vingt secondes. - Jean-Michel, tu m'entends ?

Oui, je t'entends.

Alors, Madeleine Pick. Une exclusivité. Elle donnera aucune interview ailleurs.

Par contre, tu fais gaffe. Elle est stressée. Elle a le trac.

Quelqu'un pourrait faire quelque chose pour ce sifflement ?

- Antenne dans 5, 4, 3, 2 - Et top antenne.

Bonsoir à tous. Bienvenue et merci de votre fidélité.

Infinitif est en direct comme tous les dimanches...

Vous écrivez, vous n'arrivez pas à vous faire publier,

Toutes les maisons d'édition refusent votre manuscrit.

Ne désespérez pas. Cette émission vous concerne.

Imaginez une bibliothèque qui recueillerait tous les textes dont les éditeurs n'ont pas voulu.

Eh bien cette bibliothèque existe, en Bretagne, sur la pointe du Finistère,

dans le petit village de Crozon. On l'appelle la bibliothèque des livres refusés.

Et c'est là-bas qu'une jeune éditrice de chez Grasset, Mlle Daphné Despero,

qui est avec nous ce soir, merci d'avoir accepté notre invitation,

a découvert un manuscrit qu'elle a aussitôt voulu publier,

Les dernières heures d'une histoire d'amour, de l'énigmatique Henri Pick.

Ce livre est sorti il y a quelques semaines et c'est déjà un véritable triomphe littéraire.

Vous allez nous en parler plus en détail.

Et Wendy va nous emmener découvrir cette incroyable bibliothèque insolite.

Pour ceux qui ne l'ont pas encore lu,

Les dernières heures d'une histoire d'amour raconte la fin d'une relation amoureuse

avec en parallèle la lente agonie du grand poète russe Alexandre Pouchkine,

des suites d'une blessure reçue au cours d'un duel.

L'auteur mêle l'amour, la mort, dans un pas de deux absolument troublant.

C'est un roman absolument remarquable. Je dirais un petit chef d'œuvre.

- Vous l'avez lu, j'imagine ? - Oui, c'est très puissant.

Il me semble que ça a une résonance avec votre travail

qui a fait de vous cet ethnologue de l'érotisme.

Alors, on aurait adoré qu'Henri Pick soit avec nous ce soir,

mais malheureusement, il nous a quitté il y a deux ans,

mais j'ai le plaisir de recevoir Madeleine Pick, son épouse. Bonsoir.

- Bonsoir. - On est très heureux de vous avoir.

Vous avez accepté sans hésiter de publier ce manuscrit.

Est-ce que vous croyez que c'est ce qu'il aurait souhaité ?

Je vous pose cette question parce qu'on sent chez lui comme un refus du monde.

Comme une passion de l'ombre, et d'ailleurs il fait vraiment penser à ce grand poète portugais

Fernando Pessoa, qui signe rarement par son nom. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Qu'est-ce que je peux savoir de ce qu'il voulait ou pas. On ne peut plus lui demander maintenant.

Non, c'est clair.

Si vous permettez, en acceptant la publication du roman de son mari, Madeleine le fait revivre.

- D'une certaine manière. - Bien sûr.

Quel genre d'auteurs lisait-il ? Plutôt des classiques ou des contemporains ?

Je ne sais pas. Je l'ai jamais vu lire.

Comment ça, vous l'avez jamais vu lire ?

Donc si je résume, vous l'avez jamais vu lire et vous l'avez jamais vu écrire ?

Vous trouvez pas ça curieux, quand même ?

S'il écrivait en cachette, il lisait peut-être aussi en cachette.

Justement, où écrivait-il en cachette ? Dans l'arrière-boutique de votre restaurant ?

Oui. Il y était tout le temps. Ça lui servait de bureau pour la compta.

Alors je me dois de préciser à tous les téléspectateurs

que vous et votre mari teniez un pizzeria à Crozon.

D'ailleurs, il paraît que les gens viennent des quatre coins de la France,

rien que pour voir où votre mari a écrit son roman !?

Il faut pas qu'ils aient envie de manger une pizza, parce que c'est une crêperie maintenant.

Dites-moi, quel est votre sentiment par rapport à cet engouement ?

Ben, je ne comprends pas vraiment.

Tous les journaux veulent m'interviewer, on fouille notre vie.

J'ai même retrouvé un journaliste dans mon jardin sur une branche de mon pommier.

Mais, rassurez-nous, vous n'avez rien à cacher ?

- Ah non, pourquoi ? - Non, c'est-à-dire...

Par moment, on pourrait s'interroger sur l'authenticité de la genèse de ce roman.

- Comment ? - À quoi tu joues, Jean-Michel ?

Je pose la question tout haut, que beaucoup de gens se posent tout bas.

Êtes-vous certaine que c'est bien votre mari qui a écrit ce roman ?

Comment ça ? Je comprends pas.

- Vous comprenez pas ? - Arrête ça tout de suite, Jean-Michel !

C'est difficile de terminer la lecture de ce roman sans être saisi par un doute.

Mais, pardon, qu'est-ce que vous êtes en train d'insinuer ?

Est-ce que tout ça ne serait pas un incroyable coup éditorial ?

Parce que oui, le roman est remarquable. Mais alors, le roman du roman.

Le roman du roman. La mise en scène.

Cette idée de trésor littéraire retrouvé au fin fond de la Bretagne, on est dans le génie.

Vous comprenez pourquoi je pose cette question ?

- Alors quelle est la vérité, Daphné Despero ? - Mais la vérité est toute simple.

Quand on m'a parlé de la bibliothèque des livres refusés,

j'ai eu l'intuition, l'intime conviction qu'il fallait que j'aille la voir de plus près.

Une fois à l'intérieur, c'est vrai, c'est étrange.

J'ai ressenti comme un appel. Comme si on...

Comme si le fantôme d'Henri Pick vous avait désignée, c'est ça ?

Vous seriez comme une sorte de Sainte Thérèse d'Avila.

Ça suffit maintenant, tout ce cirque !

- Vous êtes en train de vous moquer de mon mari. - Qu'est-ce qu'elle nous fait, la vieille ?

Non, on envoie le doc sur Crozon.

Le petit village de Crozon est devenu un lieu de pèlerinage...

Vous allez pas quitter le plateau comme ça ?

- Vous ne feriez pas un psychodrame ? - Est-ce qu'on peut m'enlever ce truc ?

Vous imaginez le pizzaiolo breton qui n'a jamais écrit et qui pond un bouquin de cette envergure ?

- Il était certainement très sympathique. - De quel droit il se permet de parler comme ça ?

C'est tellement suffisant de dire des trucs pareils !

Je peux vous citer plein d'auteurs ayant eu d'autres métiers avant de vivre de leur plume.

Bukowski était facteur, Kafka travaillait dans une compagnie d'assurance, et Lamartine...

Lamartine était garde du corps. Bodyguard. Kevin Costner.

- Vous êtes qui ? - Je suis Joséphine Pick.

La fille du pizzaiolo breton qui n'a jamais lu un bouquin de sa vie, et qui vous dit merde d'outre-tombe.

Je n'ai jamais dit ça !

Ça suffit, vous !

Excusez-nous.

Ça va pas ? C'est quoi, le problème ?

T'es présentateur. Tu présentes. On te demande rien d'autre.

Tu te resaisis, tu présentes tes excuses et on finit l'émission, allez !

- Tu me les ramènes, s'il te plaît. - On ne les a plus, Serge.

- Pardon ? - Ils sont partis.

- On ne m'a jamais parlé comme ça ! - Attention, retour plateau dans 5, 4, 3, 2...

Bonsoir. Nous sommes de retour, toujours en direct.

- Tu t'en prends aux vieilles dames, maintenant ? - Mais pas du tout.

Tu vois à quel point toute cette histoire ne tient pas debout !?

Tu as lu le livre. Tu vois ce que je veux dire ?

- T'es devenu tellement cynique ! - Mais non.

Mais si, tu crois plus en rien. Tu vois plus la beauté des choses.

Tu te rappelles. Quand on s'est rencontrés, t'étais quelqu'un de passionné.

La littérature était au-dessus de tout pour toi.

C'était ta religion.

Depuis que tu sers la soupe à la télé, t'es devenu tout petit.

Et encore, on a un grand écran.

Ce livre m'a bouleversée. Ça a même été un choc existentiel.

Un choc existentiel, carrément ?

On va se quitter, Jean-Michel.

On va pas se quitter à cause d'un bouquin, c'est grotesque.

T'énerve pas. Faisons ça bien, s'il te plaît.

Une séparation peut aussi être poétique.

C'est ce qu'Henri Pick démontre dans son roman. Fais un effort.

Dis-moi, tu es sérieuse ?

Notre relation est terminée depuis longtemps, tu le sais bien.

- On peut se donner un temps de réflexion ? - Non, c'est trop tard.

Ouais, laisse tomber. Prends exemple sur Pouchkine

quand il comprend que ça sert plus à rien de lutter

parce qu'il sait que la mort va de toute façon s'emparer de lui.

Il l'accepte et il part, serein. C'est tellement fort !

Je vais t'aider à préparer un petit sac avec quelques affaires, dans un premier temps,

pour que toi aussi, tu puisses partir serein.

Voilà, M. Rouche. Votre Papa doble.

Merci, Julien.

Mauvaise nouvelle ?

Je me suis fait larguer comme un rat par ma femme ce soir

et je viens d'apprendre à l'instant que je suis licencié,

par texto.

- Je vais en reprendre un autre. - Tout de suite.

Service.

Brigitte ? C'est moi. J'ai réfléchi cette nuit.

Je suis pas du tout d'accord avec toi.

Ce que tu trouves poétique, je trouve ça d'une violence !

La cruauté de cette femme, quand elle dit en sortant de la maison,

attends une seconde, je cherche le passage,

quand elle sort de la maison,

et, tu sais, quand elle dit,

Attends, je ne trouve pas le passage. Rappelle-moi.

Voilà. Vous trouverez sur cet ordinateur la liste

de tous les textes reçus par Gallimard depuis 1992.

- Et avant 1992 ? - Avant, c'est là. Depuis 1919.

Ah ouais. Bon, merci beaucoup.

Tu peux pas t'imaginer ! Tu nous as fait un de ces buzz, mon Jean-Michmich.

Déjà qu'avec ce livre, c'était la folie, mais là !

Depuis ton émission, les libraires se font littéralement dévalisés.

Tu devrais me verser des royalties.

- Tu veux quoi ? Court ? Long ? - Je veux la vérité.

Vous avez mis qui comme nègre ?

Parce que le mec est doué. Très très doué.

Attends, on fait ça pour les footballeurs ou les starlettes de la télé-réalité.

Pas pour un pizzaiolo totalement inconnu au bataillon.

Vous l'avez fait expertisé, le manuscrit ?

Ah mais bien sûr !

Et pourquoi pas une recherche ADN ou une datation au carbone 14, tant qu'on y est ?

Tu sais quoi, on devrait aussi demander l'exhumation de Pick.

Très drôle.

Dis-moi, tu savais qu'il n'avait jamais envoyé son manuscrit à aucun éditeur ?

Jamais. J'ai vérifié. Aucun.

Il s'est retrouvé dans la bibliothèque des livres refusés sans avoir été refusé.

- Tu trouves pas ça curieux ? - Et alors ?

C'est pas interdit de garder son roman pour soi. Installe-toi.

On m'a vanté les qualités d'un homme n'ayant jamais cherché la gloire.

Tu sais très bien que tous les écrivains rêvent un jour ou l'autre de voir leur talent reconnu.

Franchement, si toute cette histoire était un coup monté, je le saurais.

- Tu le penses vraiment ? - Daphné Despero.

Je ne la vois pas du tout me la faire à l'envers.

Je t'assure, quand elle m'a apporté le manuscrit de Pick,

elle avait cette étincelle dans les yeux comme si elle avait découvert le Pérou.

Tu sais qu'elle a vendu les droits pour le cinéma ?

D'après ce que j'ai compris, le film parlerait plus d'Henri Pick que de son roman.

- Ils ont payé. Ils font ce qu'ils veulent. - L'époque est vraiment obsédée par la forme.

Alors, et toi ? Tu vas retourner à la presse écrite ?

On va à nouveau chier dans notre froc tous les jeudis

en attendant la sortie du Figaro littéraire ?

- Je te terrorisais vraiment ? - Non, pas moi. Les autres, oui.

Au fait,

Tiens, tu viendras fêter dignement le succès du Pick avec nous, OK ?

Inès, je vais démontrer que ce n'est pas Henri Pick l'auteur de ce roman.

Non, mais t'es en train d'en faire une affaire personelle.

J'ignore qui a écrit ce livre, pourquoi on a utilisé le nom d'Henri Pick,

comment se fait-il qu'il se soit retrouvé dans cette bibliothèque improbable,

mais je vais trouver.

Tu ne vas pas te lancer dans une croisade pareille juste pour prouver que t'as raison, si ?

- J'arrive. Je descends. - Bonjour.

M. Rouche. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?

Je viens de parler à Inès de Crécy. Dites-moi, vous ne lui avez pas menti, j'espère ?

- Pourquoi vous dites ça ? - Ce serait un jeu très dangereux.

Ça risquerait de mettre en péril votre carrière. Vous vous rendez compte ou pas ?

Vous continuez avec vos insinuations ! Désolée, on m'attend pour déjeuner.

- On y va ? - Attends. Bonjour. Frédéric Koska.

Vous deviez parler de mon livre dans votre émission.

Mon premier livre, La Baignoire, et vous aviez pas eu le temps. Vous vous souvenez ?

Peut-être.

Du coup, je peux vous demander ce que vous en aviez pensé ?

- Oui, vous pouvez me demander. - Fred, j'ai que 30 minutes pour déjeuner.

- 2 secondes, s'il te plaît. - Je t'attends au resto.

Mais pourquoi vous me fuyez ? De quoi vous avez peur ?

C'est très présomptueux de votre part de penser que vous m'intimider.

Je vous assure, vous faites une fixette.

Le livre d'Henri Pick a rencontré son public. Tout le monde l'adore. Qu'est-ce qui vous dérange ?

Henri Pick n'a jamais écrit une ligne de sa vie.

Je vous préviens. Je vous laisserai jamais salir sa mémoire.

Ne vous énervez pas. On pourrait penser que vous êtes sur la défensive.

Mais c'est que vous touchez à quelque chose de très sensible chez Daphné.

Vous savez, Henri Pick est devenu la personne la plus importante dans sa vie.

Un espèce de Dieu omniprésent qu'elle vénère et plus rien d'autre ne compte.

Ça va pas ? Qu'est-ce qu'il te prend ? T'es jaloux ou quoi ?

Comment je pourrais ne pas être jaloux ? Bon, t'as pas le temps. J'ai plus faim. Salut.

J'espère que vous aurez l'occasion de me parler de mon livre une prochaine fois.

Écoutez, Mademoiselle, laissez-moi vous dire une chose.

Les impostures littéraires finissent toujours par être dévoilées.

Sans vouloir vous offenser, vous avez l'air d'être en plein délire conspirationniste.

Fred, attends.

C'est extrêmement bien détaillé. Les mœurs de l'époque sont bien rendus.

L'auteur est sans doute un spécialiste de la Russie. Un historien, peut-être, qui parle russe forcément.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça concrètement ? - Il s'appuie sur un livre controversé,

qui donne une hypothèse divergente sur les circonstances de la mort de Pouchkine.

Et ce livre-là n'a jamais été traduit en français.

Brigitte, tu m'as pas rappelé. Enfin, ne te fatigue pas. Je pars.

Je quitte Paris et, là où je vais, je suis pas sûr qu'il y ait du réseau.

Si tu pouvais avoir la gentillesse de faire suivre mon courrier au Bristol !?

Je viendrai récupérer mes affaires un peu plus tard.

Y a quelqu'un ?

Ouais, j'arrive.

Cette émission vous est présentée par Audible.

Retrouvez-moi dimanche prochain dans un nouveau numéro d'Infinitif,

pour parler d'écriture, de lecture, de littérature.

- Oui, qui est là ? - Jean-Michel Rouche.

Oh non. Laissez-moi tranquille. Allez-vous-en.

Je suis venu vous présenter mes excuses, Madeleine.

J'ai fait 600 km pour venir vous voir.

Accordez-moi un instant. Un instant !

Madeleine, vous avez dit que

toute cette histoire, pour vous, a été l'occasion de faire revivre votre mari.

Eh bien, faites-le revivre pour moi !

Dites-moi pourquoi c'est à ce point évident pour vous qu'il ait écrit ce livre.

Soyez gentille, Madeleine. Ouvrez-moi la porte. S'il vous plaît.

Entrez.

16 mois à embarquer sur un navire de guerre en plein océan indien ?

Vous imaginez ? Quand on s'est retrouvés, on s'est jurés de plus jamais se quitter.

Et c'est ce qu'on a fait jusqu'à sa mort.

Je pense qu'Henri a conservé en lui cette peur de me perdre.

Il l'a restranscrit des années plus tard dans son livre.

- Il parlait russe ? - Non, pourquoi ?

Parce qu'il est beaucoup question de la Russie dans votre livre.

Mais il aimait bien la vodka.

Et puis aussi, il avait créé une pizza aux piments rouges qu'il avait appelé la Staline.

Un vrai russophile, cet Henri !

- Il avait pas un fond dépressif ? - Mais pas du tout. Pourquoi vous dites ça ?

- Il y a une gravité sur cette photo. - Vous voyez pas qu'il sourit ?

Il sourit, vous croyez ?

Je connais mon mari, quand même.

C'est juste un peu difficile à deviner à cause de la moustache.

Sous sa moustache, il sourit.

- Je vous crois. - J'ai pas l'impression.

Tout ce que je vous ai raconté, vous avez pas eu l'air d'y croire.

C'est normal ce que vous ressentez. On vous dit que votre mari a écrit un livre,

donc vous traquez dans chaque ligne des reflets de votre propre histoire.

Vous voyez pas le rapprochement qu'il y a entre mes souvenirs et le livre d'Henri ?

- Ça peut pas être une coïncidence. - On se retrouve toujours dans un livre.

C'est bien ce que je pensais. Je vous ai pas convaincu. Je vous raccompagne ?

Ils vous l'ont rendu, le manuscrit original ?

J'aimerais beaucoup le voir si c'est possible.

Madeleine, c'est un malentendu.

Bonjour, mes sœurs.

Et voilà, merci beaucoup. Au revoir ! À bientôt, j'espère.

- Alors, c'est terminé ? - Oui, c'était très bon.

Vous me suivez pour la visite ? Allons-y.

- Tout s'est bien passé, Monsieur ? - Très bien. C'était délicieux. Merci beaucoup.

Je voulais vous remercier personnellement d'avoir pris une crêpe.

C'est gentil. Mais dans une crêperie, normalement...

Depuis le livre de Pick, les gens qui viennent ici pensent que c'est toujours une pizzeria.

- Alors, on a dû en remettre à la carte. - Ah oui ? Asseyez-vous, je vous en prie.

- Ça n'a pas l'air de vous réjouir. - Je suis crêpier, pas pizzaiolo.

C'est pas facile, vous savez. Ma femme me dit de voir un psy.

Cette saloperie de bouquin !

- Vous le connaissiez, Henri Pick ? - Non, on a repris le restaurant à sa mort.

- Je vous apporte un digestif. C'est pour moi. - C'est gentil.

Madame, je pourrais avoir l'addition, s'il vous plaît ?

J'ai cru comprendre que c'était possible de visiter vous-savez-quoi ?

- Oui, bien sûr. Venez avec moi. - Avec plaisir.

Et voilà. C'est là qu'il écrivait.

- Ça vous embête si je fais une photo ? - Non, pas du tout.

On a tout laissé comme c'était. On n'a touché à rien. Dans son jus.

- C'est son bureau ? - Oui.

- Je peux ? - Oui, bien sûr.

Vous vous rappelez dans le livre, quand Pouchkine agonise sur son lit de mort,

de la fenêtre de sa chambre, il peut voir le clocher du village. Regardez.

- Je vois rien. - Penchez-vous.

- Penchez-vous plus. - Non, je vois rien.

- Penchez-vous un peu plus. - Oui, d'accord. Effectivement.

- Tenez, un verre de chouchenn. - Merci, vous êtes trop gentil.

Et encore merci pour la crêpe.

Sinon, vous pensez que je pourrais faire payer les visites ?

Je sais pas.

Non, parce que le gardien du cimetière ne se gêne pas pour demander un petit billet.

Ah ouais ?

- Voilà. - Merci.

- C'est là-bas. - Merci beaucoup. Bonne journée.

T'enlèves dès que c'est un peu fané.

Qu'est-ce que vous faites là ?

J'ai eu ma mère au téléphone qui m'a dit que vous étiez allé la harceler jusque chez elle !?

Maintenant vous avez le culot de venir ici. Mais ça va pas bien, vous !

- Vous vous prenez pour qui ? - Je vais vous laisser. Pardon.

Bonne journée. Excusez-moi.

- Vous cherchez à me faire pitié, c'est ça ? - Pas du tout. Je suis un peu perdu.

Ben voilà. Ça tient.

Je suis épuisé.

Qu'est-ce que vous êtes venu faire ici ?

C'est-à-dire que... je suis pas sûr que ça vous plaise.

Vous pouvez y aller. Je suis blindée comme un char d'assaut.

Alors ?

Non, mais vous vous foutez de moi !?

Vous comptiez les trouver où, vos preuves ? Sur sa tombe ?

Il faut bien commencer quelque part.

- Où est-ce que je vous dépose ? - Hôtel du Port.

- Oh non. - Ce sera pas long, chéri.

- Vous en pensez quoi, vous ? - De quoi ?

Du livre de mon père ? Ça vous regarde pas.

C'est le fait qu'il n'ait jamais rien écrit d'autre qui me fait douter.

Si on pouvait trouver une carte de vœux, une lettre, une carte postale...

J'en ai des lettres de lui. Qu'est-ce que vous croyez ?

- Ah bon ? - Oui.

Il m'a écrit une très belle lettre quand j'étais partie en classe de neige.

Voilà la preuve de son talent. Si vous la lisiez, vous seriez obligé d'abdiquer.

Je suis prêt à prendre le risque.

Oui, mais je sais pas du tout ce que j'en ai fais.

Si, je l'avais rangée dans un livre. Lequel ?

- Je peux vous aider à chercher. - Ben voyons !

Je vous fais absolument pas confiance, M. Rouche.

Vous avez raison.

C'était à gauche.

Plus vite vous lirez cette lettre, plus vite vous repartirez.

Et puis, je préfère vous avoir à l'œil.

- Je peux rentrer ? - Allez-y. Arrête avec l'écran, s'il te plaît.

- On ferme la porte ? - Oui, s'il vous plaît.

Allez-y. Installez-vous au salon.

Chéri, tu viens prendre ton goûter ?

Dis donc, je pensais que ce serait plus facile.

Vous pensiez surtout qu'en province, on lisait pas.

Pas du tout, au contraire. Vous avez que ça à foutre.

Je plaisante.

Je suis très impressionné, sincèrement.

En revanche, je comprends pas bien la logique de votre classement.

Je les classe par thème selon la loi du bon voisinage.

Souvent quand on cherche un livre,

celui dont on a réellement besoin est toujours celui qui est à côté.

- La méthode Warburg ? - Absolument.

Ce qui permet de laisser Henry Miller et Anaïs Nin côte à côte sans avoir Nietzsche au milieu.

Vous vous asseyez. Vous touchez à rien.

Melville, s'il te plaît. Tu vas chercher tes affaires. Ton père va arriver.

- Vous êtes séparée d'avec le papa ? - Vous êtes carrément indiscret.

- Désolé. - Oui, il m'a larguée l'année dernière.

Il a tenté un petit come-back quand il a vu qu'on allait toucher des droits d'auteur.

Quand il a compris qu'on allait tout reverser à une association caritative,

il m'a relarguée. Voyez le genre du gars ?

Je comprends pas. Vous allez pas toucher vos droits d'auteur ?

- Non. - Vous savez que ça représente beaucoup d'argent.

Je peux vous demander à quelle œuvre vous allez les reverser ?

À la fondation pour la recherche sur Alzheimer.

Où est-ce que j'ai mis cette lettre, bon sang ?

Vous voulez vraiment pas que je vous aide ?

Si alors. Allez-y mais dérangez rien.

C'est marrant. Vous avez un Pouchkine.

La fille du capitaine.

Des nouvelles de Tourguéniev, Anna Karénine.

- Et alors ? - C'est peut-être vous la mystificatrice diabolique.

- Non, sérieusement ? - Ben oui.

Quand votre mari vous a quitté,

l'écriture a été votre catharsis.

Mais comme vous ne vouliez pas lui faire le plaisir vaniteux d'être le héros d'un roman,

vous n'avez rien fait pour le faire publier.

Et je l'ai signé du nom de mon père et je l'ai déposé dans la bibliothèque, pas mal !

Vous avez de l'imagination, ça se tient. Sauf que vous oubliez un détail.

- Je serais bien incapable d'écrire un roman. - Comment s'appelle votre ex-mari ?

- Marc. - Mais le livre est dédié à M.

Après le mal qu'il m'a fait, ce serait la dernière personne à qui j'aurais envie de dédier mon livre.

- M comme Melville. - Tant qu'on y est, c'est Melville qui l'a écrit.

Et il l'a dédié à sa maman. Et ça, c'est quand même très mignon !

Je n'écarte aucune piste.

- Ben si ça se trouve, c'est vous. - Moi ?

Pourquoi je serais venu à Crozon dans le Finistère, la fin de la terre,

pour essayer de découvrir ce que je saurais déjà ? Là, il y aurait une petite dimension psychiatrique.

C'est un grand classique du roman noir. Le détective schizophrène qu'enquête sur lui-même.

Vous, pour le coup, écrivez très bien. Je vous lisais dans Le Figaro.

Je vous écoutais aussi au Masque et la plume. Vous me faisiez tellement rire.

Grand-mère Donald !

Mon père m'avait offert mon premier livre de recettes de cuisine.

Les bonnes recettes de grand-mère Donald.

Je l'ai.

Vous permettez ?

Oui, bien sûr. Allez-y.

« Ma puce, j'ai bien reçu ta lettre. Ça m'a fait très plaisir.

Et en plus, tu me racontes plein de choses.

Je suis content que tu es dans la même chambre avec ta copine Hortense.

J'espère que t'as plus peur des télésièges et que tu reviendras avec la première étoile.

Sinon tant pis. Tu nous manques beaucoup. Profite bien de ton séjour.

Dimanche, retour à la maison. Il pleut depuis ton départ. C'est triste. Papa.

P.S. Merci pour ton dessin de la montagne. Il est très beau. »

Ouais, c'est pas exactement ce dont je me souvenais.

Les souvenirs d'enfance sont rarement fiables, malheureusement.

Enfin, on dirait quand même un petit peu du...

- Un petit peu du Duras. - Oui, dans l'économie.

Duras, elle aurait plutôt écrit : « C'est le père qui écrit.

C'est le père qui a décidé d'écrire à la fille.

Écrire, c'est ne pas parler.

Écrire, c'est se taire.

Écrire, c'est hurler sans bruit.

C'est le père qui écrit à la fille.

Il espérait beaucoup dans la première étoile, le père.

Il n'avait jamais eu de récompense. C'est pour ça qu'il espérait dans la fille, le père. »

D'habitude, ça fait rire. Mais là, c'est peut-être pas le moment.

C'est surtout qu'une lettre à un enfant et un roman, ça n'a absolument rien à voir.

Si on tombait sur la liste de courses de Proust, on serait incapables de se dire que c'est lui...

Oui, mais on a retrouvé la liste des courses de Proust, et ça a de la gueule.

Écoutez, je vais être très dur,

mais vu le style, vu la syntaxe, c'est totalement impossible que ce soit votre père qui ait écrit ce livre.

Je suis désolé.

Bon, je vais vous laisser.

Alors, si c'est pas lui, c'est qui ?

Je ne sais pas.

Mais quand j'aurai trouvé, j'espère que vous me pardonnerez.

Bonne soirée.

Bonjour, Madame.

M. Rouche, bonjour mais...

C'est un honneur de vous avoir ici. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?

J'aimerais visiter la bibliothèque des livres refusés, c'est possible ?

Oui, bien sûr.

Vous permettez ?

Vous étiez là quand Daphné Despero a trouvé le manuscrit ?

Oui, elle est venue un après-midi.

Avant de partir, elle m'a demandée si elle pouvait emprunter un manuscrit.

- C'était celui d'Henri Pick. - Vous êtes certaine que c'était bien celui-là ?

Absolument, elle me l'a montré. J'ai trouvé le titre très beau.

Et puis après, quand le livre est sorti, j'ai lu tout de suite et j'ai adoré.

- Et vous, ça vous a plu ? - Oui, beaucoup.

- Voilà, c'est ici. - Bonjour.

Oui, c'est la nouvelle lubie des éditeurs.

Ils vous envoient des stagiaires dans l'espoir de trouver une autre pépite.

- Vous lisez des chose intéressantes ? - Pas vraiment, non.

Je peux regarder ?

Les poupées gonflables n'ont pas de problème de ménopause.

Et vous ?

- C'est n'importe quoi. - Oui, je peux regarder ?

Comment cuisiner sur le moteur de votre voiture.

Je n'ai jamais très bien compris l'intérêt d'entreposer des textes dont personne ne veut.

Mais bon, quand M. Gourvec est tombé malade,

il m'a fait promettre de veiller sur cet endroit.

Il disait « tous ces écrivains nous ont fait confiance.

On en peut pas les trahir. »

Alors quand il est mort, j'ai tout conservé tel quel.

- Gourvec ? - Oui, c'est le fondateur de cette bibliothèque.

C'est lui, regardez. C'était un homme exceptionnel.

Il était tellement passionné par son métier.

Oui, il faut être passionné pour créer un endroit comme celui-ci.

Vous savez qu'au début, les médias en ont beaucoup parlé.

Ils sont même venus ici faire un reportag pour la télévision.

- Ah bon ? - Oui.

C'est le règlement intérieur ? Vous permettez ?

« Premièremet, le manuscrit ne doit jamais avoir été publié.

Deuxièmement, le dépôt de manuscrit est gratuit.

Huitièmement, neuvièmement... » Qu'est-ce que ça veut dire ?

« Poan ar re all so skanv da zougen »

- C'est du breton. - Et ça veut dire ?

Ça veut dire « La peine des autres est légère à porter. »

Vous permettez ? Attention.

- Vous avez un registre des dépôts ? - Oui, bien sûr.

Pick a déposé son manuscrit parmi les premiers !?

Vous l'auriez pas enregistré, par hasard ?

Non, je suis arrivée après.

Oui, permettez ?

- Vous avez des origines russe ? - Non, pas du tout.

- Et Jean-Pierre Gourvec ? - 100% Breton.

Je vous demande ça parce que vous avez un nombre de romans russes conséquent.

Ce qui est curieux, c'est que vous avez tout Pouchkine, sauf Eugène Onéguine.

Vous devez l'avoir parce que c'est le plus connu, non ?

Eugène Onéguine a été emprunté il y a cinq ans, mais il a été rendu.

Il devrait être ici, je comprends pas.

Vous pouvez me donner le nom de la personne qui l'a emprunté ?

Bénédicte le Floc'h ?

Jean-Michel Rouche ? Je vous en prie, entrez.

Mesdames, nous avons un invité-surprise de marque.

M. Rouche, permettez-moi de vous présenter les membres du club de lecture de Crozon.

Nous sommes toutes vos fidèles admiratrices, vous savez ?

- Infinitif, sans vous, c'est plus pareil. - On devrait faire une pétition pour que vous reveniez.

Mais qu'est-ce qui vous amène à Crozon, M. Rouche ?

Je voulais visiter cette fameuse bibliothèque des livres refusés.

C'est un peu compliqué, ce que je vais vous demander.

Vous aviez emprunté un livre il y a cinq ans dans cette bibliothèque.

Eugène Onéguine, d'Alexandre Pouchkine.

- Est-ce que vous l'avez rendu ? - Oh ben oui.

Je rends toujours les livres que j'emprunte.

Et puis, celui-là, j'avais pas vraiment accroché.

- Ça vous a pas plu ? - Non, parce que j'avais cru que c'était un polar.

Sur la couverture, il y avait un type avec un pistolet.

En fait, c'était de la poésie. C'est pas trop mon truc.

Faut vous dire, M. Rouche. Ici dans notre club, on ne lit que des polars.

Aujourd'hui, nous parlons du dernier Bjorn Olefsson.

Une odeur de sang et d'os coupés, vous l'avez lu ?

- Non. - Tenez, nous allons lui demander.

M. Rouche, pensez-vous que l'on puisse découper un corps avec un couteau électrique ?

- Un corps ? - Disons le corps d'un homme de votre corpulence.

- Je sais pas. Je vais peut-être vous laisser. - Mais non, il faut absolument une scie.

Ou une tronçonneuse.

Bénédicte, tu n'as pas un couteau électrique dans ta cuisine, par hasard ?

Non, mais je devrais peut-être en commander un pour noël.

Mais dites-nous, M. Rouche, qu'est-ce que vous êtes venu chercher dans cette bibliothèque ?

Est-ce que ça aurait un rapport avec Henri Pick ?

Vous êtes toujours sceptique, c'est ça ?

Vous savez, ici en Bretagne, on voit des choses bien plus étranges.

Ce qui m'intéresse plus précisément, c'est l'ancien bibliothécaire, M. Jean-Pierre Gourvec

- Est-ce que vous le connaissiez ? - Bien sûr.

Et moi-même, j'ai très bien connu sa femme.

Il était marié ?

- J'étais persuadée qu'il préférait les hommes. - Moi aussi.

C'était il y a plus de cinquante ans. Elle me donnait des cours de piano.

En fait, elle a vécu ici un an, deux ans tout au plus.

Et après, elle est partie vivre à Paris.

Gourvec n'a plus jamais entendu parler d'elle.

D'ailleurs, je crois que ça l'a rendu extrêmement malheureux.

- Comme elle s'appelait, cette Mme Gourvec ? - Ludmila.

Ludmila ? Mais c'est russe ?

Oui, elle venait d'URSS.

Bonjour, Joséphine. Je suis venu vous dire au revoir.

Vous repartez ?

Oui, faut que je retourne à Paris vérifier deux-trois informations.

Et il y a un cocktail demain soir chez Grasset. Ce serait bien que j'y sois.

C'est pas faux-cul d'aller fêter le succès d'un livre que vous soupçonnez d'être une supercherie littéraire ?

- Vous avez une chèvre ? - Non, c'est Juan, le bouc du voisin.

Et vous n'y allez pas ? Ils vous ont invité quand même ?

J'ai reçu un carton, mais je compte pas y aller. Je connais personne.

- Vous me connaissez moi. - Vous avez besoin d'une voiture ?

Non, pas du tout. Je vais prendre le car et le train.

- Bon voyage. - Bonne journée.

Montez. Je vais venir avec vous. J'ai envie de changer d'air.

Vous préférez m'avoir à l'œil, c'est ça ?

J'aimerais bien savoir une chose.

Pourquoi c'est si important pour vous de prouver que c'est pas mon père qu'a écrit ce livre ?

Vous êtes quoi ? Un chevalier de la probité ?

Un défenseur de la littérature française ?

J'ai presque tout perdu avec ce bouquin.

J'ai perdu mon boulot, ma réputation et ma femme.

Pourtant, d'une manière irrationnelle, tout cette affaire m'a complètement réveillé.

Il faut que j'aille au bout de cette enquête.

Je comprends.

Mais vous êtes en train de bouleverser nos vies.

C'est ce livre qui bouleverse nos vies, non ?

Vous pensez pas, Joséphine ?

J'adore vous voir conduire.

C'est comme si tout mon passé avait pris une autre dimension.

Comme un paysage qu'on regarderait d'un point de vue opposé.

Ce secret, c'est quasiment une double vie.

Je sais pas si vous vous rendez compte du rembobinage que j'ai dû faire ?

Ça doit être assez déstabilisant, en effet.

J'ai eu très peur pour ma mère. J'ai cru que ça allait l'achever.

Puis, pas du tout. Elle le vit très bien.

Je crois même que ça l'aide à faire son deuil.

- Alors, je fais comme elle. - Oui.

La différence, c'est que vous, vous n'êtes pas dupe.

Écoutez, tant qu'on m'aura pas prouvé le contraire.

La lettre ne vous a pas encore convaincue !?

OK, on oublie la lettre.

Admettez quand même qu'il y a énormément d'incohérences.

Si votre père avait tant que ça le goût du secret,

pourquoi serait-il allé déposer ce manuscrit dans cette bibliothèque ?

Pourquoi aurait-il signé de son nom ?

À tout moment, quelqu'un pouvait tomber dessus.

Ouais, c'est comme une bouteille à la mer.

Écrire un livre, le laisser quelque part, et se dire que quelqu'un, un jour, le découvrirait.

- C'est complètement illogique. - Oui, c'est vrai. Mais c'est humain.

On peut très bien protéger son jardin secret et en même temps, rêver d'une postérité.

Il a pu estimer que personne n'irait jamais fouiner dans cette bibliothèque.

C'est vrai, ça intéresse qui, des manuscrits que tout le monde a refusé ?

C'est la meilleure des planques. Perdu au milieu des autres.

Gourvec, le bibliothécaire, était au courant.

Comme ils se connaissaient, il a dû lui faire jurer de garder le silence.

J'imagine la scène : « Jean-Pierre, mon ami, je compte sur toi.

Pas de gaffe quand tu viens manger une quatre-fromages au restaurant. »

Je trouve cette phrase un peu faible pour un surdoué caché de la littérature française.

Voyez.

Vous faites quoi, demain ?

Demain, je dois aller à la BNF consulter des archives de l'INA.

Pourquoi vous me demandez ça ? Vous voulez m'accompagner ?

Pas du tout. Je sais pas ce qui vous fait dire ça ?

J'ai l'impression que vous êtes folle de moi.

Bonne nuit.

Moi aussi, je dois aller par là. Ne commencez pas à fantasmer.

Quand j'ai débuté ici, la bibliothèque était dans un triste état.

À moitié laissée à l'abandon.

J'ai mis beaucoup d'énergie à rendre cet endroit dynamique.

Du coup, la mairie m'a fait l'honneur de m'octroyer une salle supplémentaire.

Alors j'ai décidé de donner une chance ici

à tous les manuscrits que les maisons d'édition avaient refusé de publier.

Vous me suivez ?

Attention au... Ce sont aussi des livres après tout.

Des livres orphelins d'éditeur. Des livres qui rêvent d'un refuge.

Eh bien, le voilà. La bibliothèque des livres refusés.

L'idée m'est venue d'un roman de Richard Brautigan, un de mes auteurs préférés.

Tout le monde peut venir déposer son texte, que ce soit...

un essai :

La culture des fleurs à la lueur des bougies dans une chambre d'hôtel.

Un livre sur Les recettes des plats évoqués dans les romans de Dostoïevski.

Une sorte de cuisine et châtiments.

Le refus ne peut en aucun cas être une valeur qualitative.

Voyage au bout de la nuit, Ulysse de Joyce, Du côté de chez Swann.

Ils ont tous, dans un premier temps, été refusé.

Pour les demandes de dépôt, le Minitel est bien pratique. 3615 Refus.

Là, je ne sais pas pourquoi. Ça ne fonctionne pas.

Certains écrivains ont traversé la France pour venir se délester du fruit de leur échec.

Ça pourrait s'apparenter à un chemin mystique.

La version littéraire de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Dès la première année, nous avons accueilli près de mille manuscrits.

C'est pas mal.

Regardez, Gourvec utilise une machine à écrire aussi.

Ouais, c'est un Hermès 3000. La même que celle de mon père.

Ça confirme peut-être ce que je pensais.

- C'est-à-dire ? - Suivez-moi.

- C'est-à-dire ? - Suivez-moi.

Je prends vos affaires ?

- On va où maintenant ? - Faut juste que je vérifie encore quelque chose.

D'accord, vous allez pas me dire où on va. C'est sympa. Bonne ambiance.

On est pas loin. On est pas loin.

- Vous allez m'expliquer maintenant ? - Y a rien.

Qu'est-ce qu'on cherche ?

Ça y est, je l'ai.

Regardez. Jean-Pierre Gourvec.

La jeune fille de Sibérie.

Gourvec a donc bien écrit un roman.

Un roaman qui a été refusé par Gallimard,

et probablement par tous les autres éditeurs,

et qui finit son parcours au milieu des rayons

de la bibliothèque des livres refusés.

Je vois pas le rapport avec le livre de mon père.

C'est Gourvec qui l'a écrit. Vous avez toujours pas compris ?

Il a simplement singé le titre et le nom de l'auteur.

La jeune fille de Sibérie, il l'a rebaptisé Les dernières heures d'une histoire d'amour.

Il a signé Henri Pick.

C'est ça, votre hypothèse. Je comprends pas pourquoi il aurait fait ça.

C'est une bonne question.

Parce qu'il voulait pas qu'on puisse penser que l'énergie qu'il a mise

à faire cette bibliothèque possédait en fait une forte résonance personnelle.

Pourtant, il a bien créé cet endroit comme un tombeau pour son roman.

- Gourvec, extraordinaire ! - Pourquoi il aurait choisi le nom de mon père ?

Ils étaient amis, vous m'avez dit.

Choisir votre père pour devenir la sentinelle de son bien le plus précieux,

c'était choisir une force de l'ombre absolument insoupçonnable.

Encore du Gourvec ! Vous y croyez pas ?

Non, mais je suis curieuse.

Comment est-ce que vous comptez démontrer cette théorie complètement délirante ?

Ludmila Blavitsky. Son ex-femme.

C'est elle qui va confirmer. C'est elle, La jeune fille de Sibérie.

- Si elle est encore vivante. - Elle habite rue de Monpensier.

En face du théâtre du palais royal et elle nous attend pour boire le thé.

J'ai aucun mérite. Elle était dans l'annuaire. On y va ?

Alors vous êtes des amis de Jean-Pierre ?

Comment va-t-il ?

Ben, moyen. Enfin, il est... Dites-lui.

Je suis désolée de vous l'apprendre mais il est décédé.

Il y a quelques années déjà.

Pour moi, il est resté à jamais le beau jeune homme de 20 ans.

Impossible d'imaginer qu'il puisse vieillir... mourir...

Vous saviez qu'il avait écrit un roman ?

Non, mais par contre, c'était quelqu'un qui aimait beaucoup lire.

Et moi, j'aime écouter la musique.

Un couple incompatible.

Oui, ça pouvait pas marcher, quoi. C'est pour ça que vous vous êtes séparés ?

Vous savez, on n'était pas vraiment un couple. C'était un mariage blanc.

J'avais besoin de papiers et il était prêt à m'épouser.

Mais pourquoi je vous raconte tout ça ?

Gourvec a écrit un roman qui s'intitule La jeune fille de Sibérie.

Vous êtes bien originaire de là-bas ?

Mes parents venaient de Varsovie, mais ils ont dû quitter la Pologne en 39,

pour la Sibérie. Oui, je suis née là-bas.

C'est vous qui avez inspiré ce roman.

Votre départ. Tous les mots qu'il n'a pas su vous dire,

parce qu'il vous aimait.

Il m'a aimée, Jean-Pierre ?

Le manuscrit vient d'être retrouvé et publié sous un autre titre.

Les dernières heures d'une histoire d'amour.

J'aimerais bien le lire, mais vous savez, je suis en train de perdre la vue.

- On peut le lire pour vous. - Vous feriez ça pour moi ?

Bien sûr.

Comme ça, vous nous direz si vous vous reconnaissez.

Le livre est dédié à M. Vous avez une idée de qui ça pourrait être ?

M comme Milotchka, le diminutif de Ludmila.

C'est ça.

Chapitre un.

« La vie ne veut pas s'échapper de moi, préférant demeurer dans mon corps et me laisser souffrir. »

- Vous êtes convaincue ? - Absolument pas.

Enfin, vous avez pas vu son état émotionnel ?

Elle arrêtait pas de dire « c'est tout à fait lui ».

- À la fin, elle était en pleurs. - Ma mère a eu exactement la même réaction.

Un bon bouquin, on croit toujours qu'il a été écrit pour nous.

Ludmila n'est pas vraiment russe, elle est polonaise.

Elle est née à Omsk, au fin fond de la Sibérie.

En attendant, rien ne dit que Les dernières heures d'une histoire d'amour

et La jeune fille de Sibérie ne sont qu'un seul et même roman.

Vous n'avez aucune preuve. Et vous oubliez la machine à écrire dans les affaires de mon père.

- Vous allez arrêter de me contrarier ? - Aucune raison de me priver d'un tel plaisir.

- Vous allez où ? - Je vais par là, c'est tout.

Ma voiture est garée là.

Bonsoir.

Merci.

- Bon, vous restez discret. - Pourquoi ?

- Les théories fumeuses, tout ça... - Pourquoi vous dites ça ?

Bon, on se dit juste pas maintenant, pas ici.

On y va.

Je compte sur vous.

Bonsoir.

Bonsoir, Joséphine. C'est super que vous soyez venue. Vous allez bien ?

Ça va très bien, merci.

- M. Rouche. - Bonsoir.

Je suis étonnée que vous ayez été invité.

Vous savez que vous n'étiez pas née quand j'ai rencontré Inès de Crécy.

C'est marrant, parce qu'elle m'a absolument jamais parlé de vous.

Je me suis longtemps demandé si vous n'étiez pas à la base de toute cette histoire,

mais c'est pas impossible que vous vous soyez fait avoir comme tout le monde.

Ça recommence. Faut pas faire attention parce qu'il est un peu obsessionnel.

Il faut que je vous présente à quelqu'un. Vous voulez bien venir avec moi ?

Avec plaisir. À tout à l'heure.

- Jean-Michel. - Ah Inès, comment tu vas ?

- Tu es venu en ami, dis-moi ? - Évidemment.

- Tu bois un verre ? - Avec plaisir.

Deux coupes.

- Alors ? - T'as vu qu'on a fait des émules ? Chez Albin !

Ils sont allés repêcher un pauvre type qui avait été refusé 32 fois.

Juste pour pouvoir mettre sur le bandeau rouge « Un roman refusé 32 fois. »

Et il paraît que Jack Lang veut instaure la journée des auteurs non publiés.

Alors, comme il y a un Français sur trois qui écrit,

ça va faire beaucoup de monde dans la rue.

C'est à la fois le bonheur et le malheur de mon métier.

La France compte plus d'écrivains que de lecteurs.

Bon, je te laisse mais à plus tard.

Oui, bien sûr. À plus tard.

Wendy, vous êtes formidable !

Bonne chance.

- J'ai vraiment pas le temps. - Pourquoi tu m'as menti ?

J'ai demandé à Inès comment elle avait trouvé mon nouveau roman.

Je t'avais demandé d'attendre avant de lui en parler. T'es relou.

- Pourquoi tu m'as dit qu'elle l'avait lu ? - Tu te rends pas compte de la pression que tu me mets.

Ce que je veux, c'est que tu tiennes ta promesse.

Je vais en parler au prochain comité de lecture.

Faut que j'y retourne. Ils m'attendent.

On en parle plus tard, OK ?

Merci, tout le monde m'entend ? Super.

Merci d'être venu si nombreux ce soir fêter avec nous le beau succès du livre d'Henri Pick.

Les dernières heures d'une histoire d'amour.

À mes côtés, Daphné Despero, éditrice junior.

C'est elle qui est à l'origine de cette incroyable trouvaille. Bienvenue, Daphné.

Pardon, je suis un peu émue.

Merci Inès, déjà.

Et merci à tous d'être là ce soir, parce que c'est aussi grâce à vous, tout ça.

- Elle est belle !? - Bonsoir, ça va ?

C'est marrant, quand je l'ai rencontrée, je me souviens l'avoir trouvée plutôt petite.

- Ce soir, elle me paraît beaucoup plus grande. - Peut-être une question de talon, vous croyez pas ?

Non, une question d'ambition.

Mais je me dis qu'il est un peu avec nous ce soir grâce à Joséphine, sa fille.

Je vous souhaite une bonne soirée.

C'est effrayant.

Vous y croyez toujours pas ? C'est plus fort que vous.

Remarquez, moi aussi. Parfois, j'ai du mal à y croire.

Vous faites bien, parce que tout ça n'est qu'une énorme mascarade.

Il est évident que c'est pas Henri Pick qui a écrit ce livre.

- Ce serait qui, alors ? - Trop tôt pour le révéler.

Au fait, tant que je vous tiens, vous ne m'avez jamais dit ce que vous pensiez de mon roman.

- La Douche, c'est ça ? - La Baignoire.

- Je vais aux toilettes et je vous en parle. - Je viens avec vous.

Vous allez pas me lâcher si j'ai bien compris.

Votre avis compte beaucoup à mes yeux.

Vous imaginez pas ce que vous représentez pour un jeune auteur.

- Tenez. - Vous êtes fou ? J'ai pas fumé depuis la fac.

Je vous assure, ça va vous détendre.

Pourquoi ? Vous me trouvez tendu ?

Non, mais puisque vous allez enfin me dire ce que vous avez pensé de mon livre,

je préfère que vous soyez dans de bonnes volutes.

Il faut du temps pour comprendre les respirations d'un texte.

Souvent, dans les premiers romans, on a l'impression que l'auteur veut trop bien faire...

- Comme si chaque phrase... - Vous l'avez pas lu, en fait ?

Ben non, je l'ai pas lu.

Je reçois des centaines de premiers romans. Je ne peux pas tous les lire.

Mais on m'avait fait une fiche assez élogieuse d'après mes souvenirs.

Qui sait ? Vous aurez peut-être la curiosité de le lire un jour.

Mais alors, où je l'ai mis ? Peut-être dans mon bureau.

Enfin, mon ancien bureau. Ou alors chez ma femme. Enfin mon ex-femme. C'est compliqué.

J'imagine.

Je peux vous le renvoyer.

Vous me repassez le pétard ?

- Vous écrivez, en ce moment ? - Ouais.

Je viens de finir un nouveau livre.

Mais j'ai appris ce soir que sa publication allait être reportée à une date ultérieure.

Oh, c'est pas bon signe.

Et vous ?

Vous avez déjà pensé à écrire ? Autres choses que vos essais sur la littérature ?

- Une fiction, quoi. - Dans ma jeunesse, j'ai écrit des fictions.

Non, c'est fini.

Mais vous avez lu mes essais ?

J'ai lu Prolégomène ou la métaphysique de la narratologie.

Ça parlait de quoi, déjà ?

J'avoue que j'avais dû faire des recherches assez poussées pour comprendre le titre.

Allez, on y retourne.

Maintenant, je vais invite sa fille, Joséphine Pick, à nous rejoindre.

Venez, Joséphine.

Bonsoir.

Merci pour mon père. Merci de me donner l'occasion de vous parler de lui.

Alors souvent j'essaye de l'imaginer en train d'écrire ce roman.

Il partait toujours très tôt le matin, bien avant que je me réveille.

Aujourd'hui, je comprends pourquoi il aimait tant cette solitude au restaurant.

Il profitait sans doute du silence de l'aube.

Et c'est là qu'il trouvait ses meilleures idées,

tout en pétrissant la pâte à pizza.

Pendant que cette pâte reposait, il écrivait.

Ses doigts enfarinés donnaient à chaque phrase...

Bon, au fond, qu'est-ce qu'il y a ? Vous avez quelque chose à dire ?

Non, je vous en prie, continuez. Excusez-nous.

Vous avez des journalistes, tout un public. C'est l'occasion idéale de révéler ce que vous savez.

Vous arrêtez un peu ? Non, j'ai rien à dire, allez-y.

Si vous avez quelque chose à dire, profitez-en, y a un micro.

Ce que M. Rouche hésite à vous dire, c'est qu'il pense que tout ceci n'est qu'une mascarade.

Et qu'Henri Pick est un imposteur.

Mais donc, M. Rouche, dites-nous qui est le véritable auteur

des dernières heures d'une histoire d'amour, on veut savoir !

Enfin, j'ai absolument rien à déclarer ce soir.

Petit con, va ! Complètement défoncé !

Donc aucune déclaration ce soir de la part de M. Rouche,

et nous en sommes tous très heureux.

Joséphine, attendez-moi.

Cette soirée était un hommage à mon père. Vous l'avez gâchée pour faire votre intéressant.

Joséphine, je vous présente mes excuses. Je suis désolé.

Peut-être que c'est pas mon père qu'a écrit ce livre. Mais vous avez pas de preuve.

Arrêtez d'en parler à tout le monde. Vous vous ridiculisez.

Vous vous rendez compte des conséquences ?

Vous ne regardez pas la réalité en face. Vous vous bercez d'illusions.

Quelle réalité ?

Ma réalité, c'est que mon père est mort sans plus reconnaître ni sa femme ni sa fille.

Et que ma mère a failli en mourir de chagrin à son tour.

Se bercer d'illusions, comme vous dites, aide juste à survivre.

J'ai besoin de vous pour aller au bout de cette enquête.

- Vous êtes un peu mon Dr Watson. - Pourquoi c'est vous Sherlock Holmes ?

- Parce que c'est mon enquête. - Mais Henri Pick était mon père. Bonne soirée.

- Qu'est-ce que vous faites ? - Je vous accompagne.

- Je rentre chez moi à Crozon. - Très bien. C'est formidable.

Avec le pataquès de ce soir, il est préférable que je quitte Paris le plus vite possible.

Vous êtes pas possible !

J'ai réfléchi à un truc : Magali Roze, la bibliothècaire. Je pense qu'elle sait des choses.

Je crois que vous avez raison. J'ai besoin de savoir la vérité.

J'ai besoin de savoir qui était mon père.

C'est vous qui sentez l'herbe ? Vous avez fumé ?

Pas du tout !

Vous avez les yeux tout rouge. Vous êtes complètement défoncé.

J'ai pas fumé depuis la fac.

D'accord. Ceinture.

Putain, le voyage va être sympa. Y a combien d'heures de route, déjà ?

Je préfère que vous parliez pas.

Vous voulez pas dormir un peu ?

La jeune fille de Sibérie, ça vous dit quelque chose ?

Vous saviez que Jean-Pierre Gourvec avait écrit un roman, n'est-ce pas ?

Oui, quand il est mort, c'est moi qui ai rassemblé ses affaires pour les donner à son cousin,

et j'ai trouvé ce manuscrit dans le tiroir de son bureau.

- Enfin... rien que le titre ! - Ça veut dire qu'il a pas changé de titre.

Votre théorie ne tient plus.

Il a pu très bien garder un exemplaire avec le titre initial.

Vous avez vraiment l'esprit de contradiction. Où est ce manuscrit ?

Je l'ai brûlé.

Vous l'avez quoi ?

Je l'ai brûlé.

J'ai pas supporté qu'il écrive un livre entier sur elle.

Vous l'avez brûlé ?

C'est inimaginable, Magali, de brûler un livre !

C'est les nazis qui brûlent les livres, en général.

- Vous étiez amoureuse de lui ? - Ben oui.

- Rassurez-nous, vous l'avez lu avant de le brûler ? - Non, j'aurais pas pu.

Je pensais qu'il m'aimait, moi. Je le pensais vraiment.

En fait, il l'avait jamais oubliée, l'autre.

Il l'a tapé sur sa machine ? Sur son Hermès 3000 ?

- Oui, sûrement. - Vous avez vu le K ?

Regardez.

Il lui manque l'empâtement inférieur de la diagonale.

Ouais, et alors ?

Il faut que j'aille chez votre mère pour voir le manuscrit original.

Ne rêvez pas. Elle vous ouvrira jamais sa porte.

Arrêtez avec cette tête !

- Alors ? - Attendez.

Vous allez voir. Elle est règlée comme un coucou suisse.

3, 2, 1...

Ah ouais !

Oui, c'est une obsessionnelle.

On y va ?

Ouais.

Carrément ! C'est l'hôtel de Zeus à Pergame !?

Je vous ai donné l'autorisation de vous moquer ? Je crois pas.

Regardez, le K. C'est le même défaut !

La voilà, la preuve. Ce manuscrit a été tapé

sur la machine à écrire de Gourvec et non pas sur celle de votre père.

- Vérifiez. - Oui, c'est ce que je suis en train de faire.

- Bravo ! Quelle perspicacité ! - Oh merde !

C'est la bonne machine.

Je comprends pas.

Peut-être qu'ils l'ont écrit à deux, comme Lagarde et Michard.

Je vous demande pardon.

L'exemplaire vient de la bibliothèque.

C'est Gourvec qu'a dû le donner à votre père, ainsi que la machine, évidemment !

Pour faire croire à tout le monde que c'était Henri Pick, l'auteur de ce livre !

- Y a un truc bizarre. - Quoi ?

L'encre devrait être sèche.

La machine est restée des années dans la cave.

Et alors ?

Ça veut dire que quelqu'un a changé le ruban.

Qui a fait ça ? C'est incompréhensible.

En tous cas, c'est pas Gourvec. Il est mort il y a plus de dix ans,

- Donc votre hypothèse s'écroule. - Y a pas que mon hypothèse qui s'écroule.

Je suis effondré.

Je suis au bout du rouleau.

Je suis complètement dans le noir.

Le cousin de Gourvec.

Il pourra peut-être nous éclairer.

Sa quoi ?

- C'est sa Hermès 3000, sa machine à écrire. - Ah oui. Jean-Pierre y tenait beaucoup.

Je l'ai vendue.

J'ai fait un vide-grenier quand je l'ai recupérée de sa maison.

Il y avait beaucoup de choses dont je n'avais pas besoin.

- Vous vous souvenez à qui vous l'avez vendue ? - Ouh là là, attendez.

C'était à un type du coin, mais qui ?

Prenez votre temps. C'est très important.

Il ressemblait à quoi ? Il était plutôt petit ou grand ? Moustachu ?

- Normal, père de famille, quoi. - Il était avec ses enfants ?

- Non, pourquoi ? - Vous venez de dire que c'était un père de famille.

Ah bon ?

Pourquoi je vous ai dit ça ?

Ben je sais pas.

Si, je me rappelle.

C'était pour offrir à sa fille. Pour son anniversaire, je crois.

Ah bon ?

Non, j'ai jamais reçu de machine pour mon anniversaire.

Vous avez dit que c'était un type du coin. Pourquoi vous avez dit ça ?

Parce qu'il était à vélo. Du coup, je lui ai proposé de lui livrer la machine.

Si vous lui avez livré la machine, vous savez où il habite.

- Ben oui. - Pourquoi vous l'avez pas dit tout de suite ?

Vous m'avez demandé qui c'était. Pas où il habitait.

Alors, il habite où ?

Il habite la dernière maison à la pointe du...

Où ?

- Infirmière ? - Y a un problème.

Voilà, tenez.

La dernière maison à la pointe du...

Là, on s'en sortira pas.

- Faut peut-être essayer de lire sur les lèvres. - Sur les lèvres, carrément !

Pen Hir ! À la pointe de Pen Hir.

- C'est Gérard Despero, le libraire. - Le père de Daphné !?

Bonjour.

M. Despero, vous avez offert une machine à écrire à votre fille pour son anniversaire ?

Ouais, et alors ?

- Alors, l'étau se reserre. - Vous allez arrêter d'emmerder ma fille.

Vous voulez quoi ? Qu'elle perde son boulot ? Foutez-lui la paix.

Vous allez quand même pas nous menacer avec votre binette ?

C'est une serfouette. Les deux pointes opposées à la lame.

D'accord. N'importe comment, vous m'avez dit ce que je voulais savoir.

Daphné Despero. C'est ahurissant.

- Vous pensez que c'est elle qu'a écrit le livre ? - Je sais pas.

Mais parfois la solution est tellement évidente qu'on la voit pas.

Comme dans La lettre volée d'Edgar Allan Poe. En fait, elle était sous nos yeux.

Exactement.

Il faut retourner à Paris. Il faut aller parler à Daphné Despero.

Ce sera sans moi, Jean-Michel.

Les vacances sont finies, je récupère Melville ce soir,

les gamins de CM2 demain. Ce serait pas mieux d'en rester là ?

Enfin, pas si prêt du but, Joséphine.

Vous venez d'arriver, vous repartez déjà. Vous avez pas envie d'arrêter de courir ?

Prenez un bon bouquin. Posez-vous au soleil.

C'est bien ce que je pensais, vous êtes folle de moi.

Vous ne voulez absolument pas que je parte.

Je croyais que vous étiez prête à affronter la vérité ?

Moi oui, bien sûr. Mais ma mère...

- C'est marrant, cette obsession... - Non, je vous en prie. On repart pas sur la mère.

- Vous avez... - Je n'aime pas quand vous me parlez de ma mère.

- Je veux pas me mêler, mais y a un gros truc... - Je ne veux pas.

- Simplement. - Je ne veux pas.

- Grosse névrose. - Jean-Michel.

Bon, qu'est-ce qu'on fait ?

Vous promettez de me tenir au courant en premier.

Mais oui.

- Je vous dépose à la gare. - Je suis pas mécontent de prendre le TGV.

- À la gare routière. - Vous avez pas un caractère facile.

Ah, bonjour.

Je reviens.

Ça va ?

Qu'est-ce que vous faites là ?

Votre père vous a offert une machine à écrire Hermès 3000

qui est exactement la même que celle d'Henri Pick.

Venez avec moi.

Et alors ? Il en existe beaucoup, des modèles comme celui-ci.

Oui, mais c'est précisément sur cette Hermès 3000 que le manuscrit a été tapé.

J'en ai la preuve.

Mon père l'a chinée dans une brocante. N'importe qui aurait pu s'en servir avant.

Oui, mais comment expliquez-vous qu'elle se soit retrouvée bien en évidence dans la cave de M. Pick ?

Écoutez, j'ai vraiment beaucoup de travail, alors s'il vous plaît.

Vous allez pas pouvoir fuir éternellement, Mlle Daphné Despero.

Je ne fuis pas, je fais mon métier, c'est tout.

Bon, je vais aller voir Inès de Crécy. Je suis sûr que ça va l'intéresser.

Quand j'ai appris qu'Henri Pick était pizzaiolo, qu'il avait pas vraiment le profil d'un écrivain,

j'ai eu peur que personne le croit.

Alors je me suis dit qu'il fallait que je mette toutes les chances de mon côté.

Donc vous êtes descendue dans la cave de Madeleine Pick

déposer votre vieille machine à écrire et un exemplaire d'Eugène Onéguine ?

Voilà.

Mais je vous jure que je l'ai vraiment trouvé dans la bibliothèque des livres refusés.

Qui me dit que ce n'est pas vous qui l'avez mis ?

Allez vérifier. Demandez à la bibliothécaire.

D'ailleurs, ça m'étonne que vous l'ayez pas déjà fait.

En plus, j'avais même pas un sac sur moi.

Vous vouliez que je cache le manuscrit où ? Dans ma culotte ?

Faut vraiment que j'y retourne. J'ai beaucoup de travail.

Henri Pick a emporté son secret dans la tombe. Acceptez-le.

- Voilà, M. Rouche, votre Papa doble. - Merci, Julien.

Tout va bien ? Vous avez l'air ailleurs ?

Je suis complètement perdu.

J'ai l'impression d'être revenu au point de départ.

Bravo, Henri Pick. Je m'incline.

Oh, le petit con !

C'est pas vrai !

Bonjour. Asseyez-vous. C'est gentil d'être venu.

Merci d'avoir enfin lu.

Ça vous a plu ?

Pour un premier roman, c'est très bon.

Mais votre deuxième roman est encore meilleur.

Vous avez progressé avec Les dernières heures d'une histoire d'amour.

Vous avez approfondi votre style.

Vous savez, votre signature. Ce qui vous trahit aussi.

Enfin, vos obsessions. Vos thèmes.

Le subjectivité, la confrontation entre réalité et fiction,

Votre manie d'utiliser le style indirect libre, vos figures de rhétorique.

Mais ce que j'aimerais comprendre, c'est pourquoi Henri Pick ?

Pourquoi cette bibliothèque des livres refusés ?

Pourquoi toute cette mystification ?

Pourquoi ?

Par jeu.

Par hasard.

Par amour, je crois.

L'échec de mon premier livre m'avait terrassé.

J'étais sûr que Daphné allait me lourder parce que je n'étais sans doute plus qu'un loser à ses yeux.

Alors j'ai imaginé l'histoire de notre rupture,

pour conjurer ma peur de la perdre.

Et comme le poète Pouchkine, j'ai finalement prédit dans mon roman ce qui allait m'arriver.

J'ai perdu Daphné. Ça doit être à cause de mon sang russe.

La fatalité coule dans mes veines.

L'année dernière, on a passé quelques jours à Crozon.

J'avais pris mon texte avec moi, pour le relire, faire quelques corrections.

Et quand son père nous a parlé de cette bibliothèque,

je me suis dit que je tenais une occasion unique de tester Daphné.

J'avais réfléchi à mon plan toute la nuit.

Un peu comme un gangster qui prépare un gros coup.

La seule chose que j'avais pas prévue était mon pseudo.

Alors pourquoi j'ai pris le nom d'un fantôme ?

Daphné s'amusait à dire qu'elle aimait les auteurs en K.

Kafka, Kleist, Kundera, Koska.

Avec un K, j'ai trouvé qu'Henri Pick.

Et le rouge, c'était pour attirer son regard.

Il suffisait ensuite de placer le manuscrit très stratégiquement à hauteur de ses yeux.

Et avec un peu de chance, peut-être...

J'avoue avoir prit énormément de plaisir à relire mon livre devant Daphné.

- Alors ? - Ça me donne envie de me suicider.

- T'as trouvé ça comment ? - C'est intense, prenant !

C'est exactement pour ce genre de découvertes que je fais ce métier !

C'est le livre que je rêvais de publier, Fred, et je vais le publier.

Quoi ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Il m'arrive que Pick, c'est moi.

Mais pourquoi vous avez fait ça ?

Parce que j'avais perdu confiance en moi, en elle.

Je voulais savoir si elle me trouvait réellement du talent,

ou si elle me publiait juste parce qu'elle était amoureuse.

- Donc, tu m'as piégée. - Tu m'en veux pas ?

Non parce que, sans le vouloir, t'as eu une idée fabuleuse.

Comment ça ?

Imagine, un chef d'œuvre oublié dans le rayon d'une bibliothèque des livres refusés !

- Ça, c'est du storytelling. - Un chef d'œuvre, carrément ?

Il faut le sortir tel quel.

- Je comprends pas. Tu veux dire ? - On va le publier sous le nom d'Henri Pick.

Si mon roman est bon, à quoi ça sert que je me cache d'en être l'auteur ?

- C'est complètement con. - Fred, ton livre est génial.

Mais l'idée marketing qu'il y a derrière est encore plus géniale.

Mais tu le sais comme moi, de nos jours c'est de plus en plus dur de sortir du lot.

En plus, avec l'échec de La Baignoire, ça va être pire.

- C'était juste une blague, Daphné, tout ça. - Mais, peut-être, je sais.

Il n'empêche que l'émotion que j'ai eue en découvrant ce trésor était incroyable.

C'est ça qu'il faut donner aux gens. Toute cette histoire autour.

- Non, on n'a pas besoin de ça. - Écoute, je vais le publier.

Ça va marcher, j'en suis sûre. Toi, ensuite, tu vas écrire le roman du roman.

Tu vas expliquer la véritable genèse du truc.

Et la révélation que Pick est toi va prendre la forme d'un nouveau roman, donc d'un nouveau succès.

Je sens pas du tout ton plan. Franchement !

- Faisons ça normalement. - Avec pour seule ambition de finir au pilon ?

S'il te plaît. Je te jure, fais-moi confiance.

La machine à écrire, c'était son idée.

Elle voulait de l'authenticité, elle a retapé le manuscrit dessus toute la nuit.

Ce que Daphné trouvait génial, c'est qu'Henri Pick soit un simple pizzaiolo.

Tout le monde allait pouvoir s'identifier à lui. Y aurait pas cette barrière de l'élitisme intellectuel.

Mais pour que Pick soit crédible en tant qu'auteur, il fallait quand même un minimum d'éléments supplémentaires.

- Le Peignoir ? - Non, La Baignoire, de Frédéric Koska.

- J'ai jamais entendu parler. - Pourtant, ça a eu un petit succès critique.

Le livre a été un immense carton. Daphné avait raison, ça a marché au-delà de nos espérances.

Et j'ai fait ce qu'elle m'avait dit. J'ai écrit le roman du roman.

Après, tout ça nous a complètement dépassé, jusqu'à nous détruire.

T'as jamais eu l'intention de révéler que j'étais l'auteur.

C'est trop tard. Si on dévoile la vérité maintenant, on va passer pour des gros manipulateurs.

C'était ton idée. J'ai tout accepté. Je t'ai suivie les yeux fermés.

Tu t'es servie de moi. C'est toi la manipulatrice.

C'est toi qui a commencé. Tu m'as piégée, n'oublie pas.

Tu crois que je vais rester sans rien dire ? Que je vais me contenter d'être un romancier raté ?

Rien à foutre. Je vais tout balancer.

Tu vas pouvoir écrire plein d'autres livres.

Si tu fais ça, je suis fichue. C'est toute ma vie, Fred.

Allez, viens.

Voilà.

Vous savez tout du mystère Henri Pick.

Comment vous envisagez la suite ?

Je sais pas.

Au fil du hasard, j'imagine.

Et vous ?

Au revoir, à lundi. Bon week-end.

Vous me le faites, hein ?

- Ah, bonjour. - Bonjour.

- Vous êtes bien là, pour lire ? - J'ai l'impression d'être Chateaubriand.

C'est la Bretagne. La puissance des éléments.

- Vous lisez quoi ? - Un premier roman assez extraordinaire.

- J'en ai entendu parler. - Vous saviez que l'auteur refuse toute interview,

toute rencontre avec la presse. C'est quand même étrange, non ?

C'est vrai qu'il y a de quoi s'interroger.

Un artiste de cette dimension au talent si prometteur qui se terrerait comme un animal traqué.

C'est mystérieux.

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