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Francisco, je croyais que tu prenais une semaine de repos.
Ça va ? En fait, le jour, ça va encore, mais c'est la nuit la plus dure.
Je fais des cauchemars sur Castelli, tous les soirs.
Je me suis dit que si t'étais OK, à quelques heures près, je pouvais
réintégrer dès maintenant.
Bien sûr, tu rigoles.
Ça tombe bien, en plus, ce soir, le groupe est de permanence.
Ça va leur faire plaisir d'autres fois.
Tous.
Mais alors, tu pouvais pas attendre demain ? Je t'ai dit que tu nous
manquais trop, c'est ça ? Heureux de vous voir revenir parmi nous.
Capitaine Siskowski.
Merci.
Je suis très content, moi aussi, d'être là .
Tout est de votre faute. Non. Essayez de vivre avec Sam. Non, Capitaine
Siskowski. Non.
Essayez seulement.
Euh, Sisko ? Sisko ?
Tu peux passer Ă l'armement.
Il y a ta nouvelle arme de service qui est prĂŞte.
Oui.
Ok, on arrive.
Un pharmacien sur le carreau Ă Belleville.
De quoi te remettre dans le bain.
Ah, c'est Vincent qui se pointe, ceux-lĂ ! Ah, les poulets, c'est comme les
alenques. Quand on se retrouve pour se radiner, il n'y a plus personne.
Vive la France !
Bonjour messieurs. Bonjour.
Comment allez-vous ? Comment allez-vous ? Comment allez-vous ? Comment allez
-vous ? Comment allez-vous ? Comment allez-vous ? Comment allez-vous ?
Comment allez-vous ? Comment allez
-vous
? L'argent liquide s'est envolé, lui aussi.
Le pharmacien, en fin de journée, l'emportait dans son sous-sol pour faire
ses comptes.
Le pharmacien victime d'un camé en manque, rien de très original.
D'habitude, c'est la DPJ du coin qui s'occupe de ce genre d'affaires, non ?
Commandant, il ne vous a pas échappé que les habitants du quartier ne sont pas de
grands défenseurs de l'ordre policier ? Alors, des charges ? Ils ont quelques
bonnes raisons de se sentir un peu agacés.
Oui, les agressions se multiplient, souvent liées à la drogue, ce qui fait
des ravages dans le quartier.
Et aussi, vous pouvez compter sur nous pour restaurer l'image décornée de l
'autorité publique, n'est-ce pas ? J'aime votre vivacité d'esprit.
Au revoir, commandant.
Bien, la victime est allongée sur le flanc gauche, étagée d'une quarantaine d
'années environ.
La fausse temporale droite est fortement commotionnée.
L'hémorragie cérébrale, consécutive au coup, pour le moment donné, à l'aide d
'un instrument contondant, a eu raison de notre apothicaire d'absence.
On va prendre l'air. De cet objet contondant sur les lieux, nous vous
interdit d'en définir le genre.
Bon, le marchand, une petite idée sur l'âme du crime ? Ah oui, oui, oui, j'en
aurais une.
Très rapidement.
Très bien.
Tu as remarqué quelque chose ? Euh... La porte et le rideau de fer s'ouvrent
de l'intérieur.
Alors il faudrait deux clés.
Vu l'ambiance du quartier, je doute que le pharmacien ouvre Ă n'importe qui.
Surtout après la fermeture.
Il connaissait peut-être l'assassin ou alors il avait les clés.
Reste à savoir pourquoi il a été buté en bas.
Bon, allez.
Ça fait 10 ans que je bosse à la pharmacie.
Monsieur Jacobert, je le connais depuis que je suis toute mĂ´me.
Et avant lui, c'était son père. C'était les mêmes, le cœur sur la main.
Quelle heure vous avez quitté la pharmacie, hier soir ? La fermeture,
vers 20h.
Je suis rentrée directement chez moi, retrouver mon mari et mon fils. J'habite
juste à côté.
Et... Quand vous... Quand vous ĂŞtes partie de la pharmacie, Monsieur
Jacobert était seul ? Ouais.
Madame Jacobin, elle est partie vers 18h30, comme d'habitude, pour aller
faire ses courses.
Quand vous êtes partie, vous avez croisé personne ? Rien remarqué d'anormal ?
Non.
Enfin si, j'ai croisé Nicolas, le fils de mes patrons.
Enfin, on s'est rien dit, lui... Il est pas du genre bavard, celui-lĂ .
Puis moi, j'étais pressée de rentrer.
Qui a des clés de l'arrière-boutique de la pharmacie ? Mon patron, sa femme et
moi.
Je l'ai toujours sur moi, vous voulez le voir ?
Merci. Du surtex.
A été volé.
Vous avez beaucoup de clients qui consomment ce genre de produit.
Dans le quartier, juste une petite dizaine. C'est pas en vente libre.
Au principe, c'est pour décrocher de l'héroïne, mais... Bon, il y en a qui l
'utilisent pour calmer le manque.
Est-ce que vous pensez que votre patron aurait pu ouvrir Ă ... Un toxicomane en
manque ? Oh non.
Non, non, non, non, non.
Après, la fermeture, il vérifie toujours avant d'ouvrir.
Et puis surtout depuis l'agression de sa femme.
Il y a 10 jours, on a essayé de lui tirer son sac dans la rue.
Elle a mis l'agresseur en fuite.
N'empêche qu'elle a quand même gardé des marques sur le visage pendant, je sais
pas moi, 3-4 jours.
C'était pas comme ça le quartier avant.
Ces derniers temps, vous avez rien remarqué de spécial ? Monsieur Jacobin,
il était comme d'habitude ? Ben en fait, non.
Non, et Madame Jacobin non plus d'ailleurs.
Ça fait un petit moment qu'ils avaient pas l'air bien. Ils étaient nerveux, ils
étaient toujours tendus.
Je leur ai même demandé s'ils avaient un problème, mais ils m'ont dit non, alors
j'ai pas insisté, moi, mais...
D
'après
son employé, Jacques Aubert était plutôt méfiant, merci.
Ce qui rend peu crédible l'agression par un inconnu.
Bon, moi, j'ai eu les mecs de lĂ -bas que, pour l'instant, pas d'infos, hein.
Ni chez les toxicos, ni ailleurs.
En ce moment, les toxicos, c'est plutĂ´t la bĂŞte noire, lĂ -bas.
De la bête noire au bouc émissaire.
Le cambriolage, c'est peut-ĂŞtre pas le mobile.
C'est un peu voyant, comme signature.
Ça veut dire quoi ? On aurait maquillé le meurtre pour leur faire porter le
chapeau ? Pourquoi pas ? En mĂŞme temps, on peut pas les disculper non plus.
Les braquages de toxicos, c'est rarement dentel.
Madame Jacobin, on pourrait la voir quand ? Elle sort de l'hĂ´pital ce matin.
Fais gaffe.
Ça aussi, c'est de la cam.
T'en es à ton combientième ? Oui, mais là , j'en ai besoin. J'ai pas dormi de la
nuit.
Ça y est, j'ai la preuve qu'Étienne me trompe.
Qu'est-ce que t'as trouvé encore ? Une facture d'hôtel ? Un texto tauride ? Bon
alors, t'as flairé le parfum de ta rivale, c'est ça ? C'est pas tombé très
loin.
Il a changé de toilette. Et puis alors, il s'est acheté des nouvelles fringues.
Un mec qui devient coquet comme ça du jour au lendemain, on sait très bien ce
que ça veut dire.
Écoute, si je devais changer de gonzesse...
Ă€ chaque fois que j'essaie une nouvelle eau de toilette, t'imagines ? Bonjour.
C'est Mme
Jacobert qui vient d'arriver chez elle.
Je voulais l'interroger.
Non, c'est pas la peine. Reste ici.
Bayi, on va y aller ensemble ? Oui.
Ah bon ? Mais... Attends, Jean-Louis.
J'ai interrogé une femme brisée, je pensais que c'était dans mes cordes.
Apparemment, t'en persuadais, c'est la plus coton, hein ? Ouais, non, c'est
bon, ça va.
Ça va.
Qu'est-ce que j'ai dit ? Pas rien.
Elle a tardé à rentrer. J'ai essayé de le joindre à la pharmacie, mais il
répondait pas.
J'étais inquiète, comme si j'avais senti le... J'ai fini par aller voir ce qui se
passait.
J'ai compris tout de suite en arrivant.
J'ai su tout de suite qu'il était mort.
Votre employé nous a confié que votre mari était préoccupé.
Que vous étiez assez tendus, tous les deux, depuis assez longtemps, en fait.
Oui, c'est vrai.
Nous n'étions pas tranquilles. Plusieurs commerçants du quartier ont été agressés
ces derniers mois.
Une pharmacie, c'est un commerce particulier.
Nous sommes plus exposés que les autres.
Nous avons retrouvé les clés de votre mari dans sa poche.
Et votre employé nous a montré les siennes.
Vous avez toujours les vĂ´tres ? Oui.
Est-ce que l'un de vos proches aurait pu faire un double ? Non.
J'ai toute confiance en Juliette, notre employée.
Vous avez été agressé la semaine dernière.
Vous pensez que ça peut avoir un rapport avec le meurtre de votre mari ? Non.
Non, non, je crois pas.
J'étais dans la rue, on essayait de m'arracher mon sac, c'était un jeune que
j'avais jamais vu avant. Je me suis défendu, j'ai pris quelques coups, il s
'est enfui, sans rien prendre.
Vous avez porté plainte ? D'autres l'ont fait avant moi, on n'a retrouvé ni leur
portefeuille, ni leur agresseur. Vous savez, porter plainte... Est-ce que
votre fils est lĂ , madame Jacobert ?
On aimerait lui poser quelques questions.
Oui, suivez-moi.
Mon
chéri,
ces policiers sont lĂ pour la mort de papa, ils voudraient te parler.
Ce ne sera pas long, on ne dérangera pas longtemps.
Hier soir, tu es allé voir ton père à la pharmacie.
Tu es resté combien de temps ? Je ne sais pas, un quart d'heure, le temps qui
me bande la main.
Et tu n'as rien remarqué de spécial ? Non, rien.
S'il te plaît, Nicolas.
Ça va, laisse-moi jouer.
Papa est mort, j'ai bien le droit de jouer ? J'ai le droit que tu me fous de
la paix ?
Bon, Nicolas, je sais que c'est pas facile pour toi, mais j'essaye de te
rappeler.
Y a pas un truc qui t'a paru bizarre ? Y avait rien de bizarre. Mon père faisait
sa caisse, comme tous les soirs.
Voilà , il m'a bandé la main et je suis reparti.
Tu peux leur dire de me laisser tranquille, maintenant ? Mais c'est pas
contre toi, mon chéri. Mais alors qu'ils arrêtent de me faire chier ! Excusez-le,
il accepte pas la mort de son père, mais c'est tellement horrible.
C'est tellement brutal.
Nicolas, comment tu t'es fait mal Ă la main ?
En gym, je suis tombé, je me suis retourné le pouce.
J'ai essayé de vous souvenir.
Est-ce qu'il y a quelqu'un en qui votre mari avait confiance et qui aurait pu en
abuser ? Vous pensez Ă quelqu'un que vous connaissez ? Je pense
au jeune Xavier.
Ses parents étaient nos voisins autrefois. Ils sont partis en province,
mais lui est resté à Paris.
Il a 20 ans maintenant.
Il traîne dans le quartier.
C'était un gentil gamin.
Vous savez, mĂŞme les gentils gamins font des horreurs.
On va vérifier pour être sûr qu'il n'a rien fait.
Le pauvre.
Il est tombé dans la drogue il y a quelques années.
Mon mari a essayé de l'aider à s'en sortir. Vous savez comment ils sont.
Remettre et puis...
Non, non, c'est pas possible.
Xavier comment, Madame Jacobert ? Xavier Ferrand.
Très bien. Merci beaucoup.
Au revoir, Madame.
Oh ! Xavier Ferrand, c'est toi ? Ouais.
Qu'est-ce qu'il y a lĂ ? Vous ĂŞtes qui ? C'est moi, euh... Alain
Jacobert.
Pharmacien. Tu savais ce qu'il était arrivé ? Comme tout le monde, mais je
vois pas ce que vous venez foutre. Bon, je vais t'éclairer. Le mec qui l'a buté
a volé du surtex.
Et il y a 10 000 euros en liquide qui ont été piqués dans la caisse. C'est
pour ça qu'on est là .
J'ai rien à voir avec ça, moi.
C'est quoi ce plan-lĂ ?
VoilĂ .
C'est quoi ça ? C'est mon RMI.
800 euros.
Dis donc, ça va augmenter le RMI.
Ils m'ont rien donné le mois dernier, alors ils m'ont payé deux mois d'un
coup, c'est tout.
Et comment t'as fait pour vivre pendant un mois sans un rond, alors ? Des potes,
ils m'ont dépanné.
Bien sûr des potes, qu'on est cons.
Tu sais quoi ? Je vais venir nous expliquer ça tranquillement au 36.
Allez, lève-toi, habille-toi. Allez, allez, allez ! On va faire compte...
J'interroge plus personne.
Mon perquis, je trouve plus rien, donc je fais le boulot d'un stagiaire.
Non, parce que les stagiaires, ils font du bon café.
Tiens, dégueulasse.
Ben voilà , tu vois, je sais même plus faire un bon café.
Ça va, je plaisante.
Bon, tu te roules, toi ? Allez, ça va.
Ce
fric
est à moi, j'ai été le chercher il y a deux jours.
Pourquoi dissimuler ce précieux butin ? J'ai pas envie qu'on me braque.
Mon squat, il ferme pas.
Admettons. J'aimerais savoir quels étaient vos rapports avec M. Jacques
Aubert, dont vous étiez, suis-je laissé dire, assez proche.
C'était le seul avec qui je pouvais parler.
Il m'a connu avant la rue.
Lui, il voulait que je m'en sorte.
C'est lui qui m'a dépanné le mois dernier.
Qui m'a filé des ronds, lui.
Qui m'a filé du blé, du...
Il m'a fait bouffer.
Il m'a filé des médocs aussi.
Mais avec une ordonnance.
Alain, rigolez pas avec ça. C'est la raison pour laquelle vous êtes allé le
retrouver l'autre soir.
Alain, vous vouliez qu'il vous aide. Une fois encore, d'un absent, votre
bienfaiteur a cette fois-ci décidé de ne pas vous faire profiter de ses
largesses. Sans doute en avait-il déjà trop fait. Alors vous vous êtes emporté.
Vous avez commencé à le secouer. Puis vous l'avez contraint à descendre dans
le sous-sol de son officine afin de le spolier. Mais jamais je l'aurais touché,
Alain. C'était comme mon père.
Ah oui, vous savez, les souffrances qu'engendre le manque de drogue vous
font parfois oublier les pères, les mères. Je me dope d'accord, mais je suis
pas accro.
Les quelques heures que vous allez passer en notre compagnie nous
renseigneront sur ce point.
À moins que vous ne me disiez séance tenante où vous étiez hier vers 20h.
J'avais rencard Ă Bastille.
Avec mon dealer.
Alors, Michel, vous avancez.
Oui, M. Ferrand vient de me dire qu'il était hier soir en compagnie de son
dealer. Mais dealer, c'est pas un nom, ça.
Hein ? Hé ! Comment il s'appelle ? Mais je peux pas ! Mais vous savez très bien
que si je m'allonge, je me fais planter ! C'est dégueulasse, ce que vous faites
! Moi, j'ai rien Ă voir lĂ -dedans ! J'ai pas envie de crever pour un crime que j
'ai pas commis ! Bien ! MĂŞme si vous acceptiez de nous donner le nom de votre
revendeur, je doute pas que celui-ci reconnaisse, voyez-vous...
avoir monnayé avec vous l'achat de substances illicites dont vous l'accusez
de faire commerce, car ainsi il s'accuserait de trafic de stupéfiants.
Je suis donc dans l'obligation de constater que vous n'avez pas d'alibi et
je dois vous signifier votre mise en garde Ă vue.
Vous allez bien, capitaine.
Ben oui.
Pourquoi ça irait pas ?
Qu'est-ce que tu veux ? Mais arrĂŞte.
J'étais dans un miroir en salle d'interrogatoire, j'ai tout vu.
Ça sert à rien de jouer les durs, au contraire, c'est le meilleur moyen de
craquer.
Ce qui t'arrive, c'est normal.
Je vois pas ce que tu veux dire.
VoilĂ .
Alors, si j'ai bien compris, personne n'a rien vu, rien entendu.
Les psychos du coin ont tous un alibi, c'est ça ? Et l'arme du crime ? Là ,
voici.
Le presse-papier était sur le bureau de l'apothicaire. Les débris de verre que j
'ai ramassés moi-même sur les lieux du crime proviennent de ce presse-papier.
Le laboratoire a retrouvé des particules de sang appartenant à la victime sur ces
mêmes débris. Toutes les autres empreintes ont été effacées sans doute
par l'assassin lui-mĂŞme.
Toxico en manque aurait pris ce genre de précaution.
Oui, c'est vrai, je suis pas sûr non plus.
Cisco, t'en penses quoi ? Sur le...
Pour le RMI, c'est bon. J'ai eu la confirmation sur le RMI pour Ferrand.
Deux.
Oui, il a bien été chercher son RMI il y a deux jours. Et la CAF, qui a pris le
temps d'étudier son dossier, lui a versé deux mois d'un coup.
Il devait peut-ĂŞtre de l'argent Ă son dealer pour sa consommation du mois
passé. Mais ses dettes et sa consommation actuelle ont sans doute eu
raison de ce petit pécule de RMI, même doublé.
Quelqu'un terrorisait l'idée d'être en manque. Il se sera rendu chez son ami, l
'apothicaire. pour lui soutirer quelques substances ou subsides, voire les deux.
Bon, donc, deux hypothèses.
Soit le pharmacien a ouvert à son agresseur, auquel cas on peut soupçonner
Xavier Ferrand, ou alors l'assassin avait la clé.
Juliette était bien chez elle le soir du meurtre.
Le patron du bar l'a vu entrer, et c'est lui-même qui est allé lui annoncer l
'agression de Jacobert une heure après.
Pardon, mais il y a quand mĂŞme un truc qui me chiffonne.
Pourquoi Mme Jacobert n'a pas porté plainte après son agression ? Elle s'est
fait taper dessus, non ? Donc... Ouais.
Je suis d'accord.
Elle n'est pas nette.
Excusez-moi, commandant.
Votre fille vient d'arriver. Elle vous attend à côté. Si j'arrive.
Bon, alors, très bien. Bany, il va interroger l'entourage des Jacobéens.
Cisco, avec le fèvre, vous allez au collège du gamin.
Vérifiez cette histoire de blessure à la main. J'ai appelé le directeur, il n'a
pas l'air au courant.
Michel, faites venir un médecin pour savoir si l'état de santé de Xavier est
compatible avec une garde Ă vue.
Comment tu dis que ça s'appelle ? Ostéo quoi ? Ostéogénèse imparfaite, papa. C
'est la maladie des eaux de verre.
Théo va devoir subir des interventions de chirurgie orthopédique.
Tu as peut-être trouvé ça monstrueux, mais je suis soulagée de savoir ce qu'il
a vraiment.
Je comprends. Moi aussi, je préfère.
C'est pas ce que je veux dire, excuse-moi.
Je m'en veux tellement, tu sais.
Je sais pas comment j'ai pu lutter de tout.
Moi, j'aurais fait pareil Ă ta place.
T'as pas été le seul.
Puis c'est vrai que c'était bizarre, ces accidents à répétition.
En tout cas, maintenant qu'on sait ce qu'il a, on va pouvoir le soigner.
On va prendre les meilleures notes.
Je te jure qu'on va le guérir.
Papa, c'est pas si simple. Le grand pont, c'est un Américain. Et avec son
père, on n'a vraiment pas les moyens de le faire soigner là -bas. Ça coûte une
fortune. Le fric, on va le trouver.
Mon petit-fils saura les meilleurs soins.
Papa, écoute, je sais ce que tu gagnes. Et Antoine, il gagne pas beaucoup d
'argent non plus. Alors tous les trois, on va pas aller bien loin Ă moins de se
faire une banque. Je vois pas comment on pourrait faire.
Coup de papus.
Je te dis qu'on va trouver le pognon pour emmener Théo là -bas.
T'inquiète pas.
Je t'ai déjà fait une promesse que j'ai pas tenue ? Hein ? Non ? Voilà .
Allez, viens. Ça va aller.
Jacques Aubert se serait fait mal au pouce pendant mon cours.
Sans doute à force de se détourner.
Il dit qu'il est tombé. De la lune, peut-être.
Mais pas d'un cheval d'arçon, je m'en serais aperçu.
J'ai jamais vu un môme comme ça.
Impossible de le faire bouger.
Et je vous parle pas des sporcos, hein.
Un vrai fléau pour son équipe.
Nadia ! Viens voir par lĂ .
C'est la seule qui lui parle.
Les autres, ils lui font pas de cadeaux.
Dis-leur un peu comment il est, ton pote Jacober.
Bon, si vous n'avez plus besoin de moi, je dois emmener les quatrièmes à la
piscine. Vous pouvez y aller, merci.
Au revoir.
Bonjour Nadia.
Dis-moi Nadia, ça n'a pas l'air d'aller très fort pour ton petit camarade.
Je n'ai pas envie de balancer.
Mais on ne demande pas de balancer.
Mais tu sais ce qui est arrivé au père de Nicolas.
Nous, on a besoin de savoir comment ça se passait chez lui.
Chez eux, je n'y suis jamais allée.
Mais au collège, ça se passe pas bien.
Nicolas, c'est le souffre-douleur de la classe.
Tout le monde se moque de lui.
Surtout Mathieu et sa bande.
Le jour où son père a été tué, ils l'ont attrapé sur la place.
Je les ai vus, j'habite juste en face.
Ils l'ont fait tomber, ils l'ont mĂŞme battu.
Mais sa main, ce serait eux, alors.
Et tu sais pourquoi ils ont fait ça ? Je sais pas.
Peut-ĂŞtre pour leur acquĂŞter.
J'ai vu Nicolas leur donner quelque chose.
Après, ils sont partis.
Et lui, avec son poing, il cognait contre le mur de la boulangerie.
Ça me faisait mal pour lui.
Bon, merci.
Vas-y, ils sont lĂ -bas. Au revoir.
Bon,
on va appeler Jean-Louis.
Je vous ai dit, ma mère est partie faire une course, moi je sais rien ! C'est toi
qu'on vient voir.
Pourquoi tu nous as pas dit que tu t'étais fait mal à la main en frappant
sur un mur ? On sait, pour tes copains. Tu peux nous en parler ? Mes copains, je
les emmerde, ok ? C'est tous des cons.
Ça fait combien de temps que ça dure ? Ça fait combien de temps que les élèves
te maltraitent ? Au lycée maintenant, c'est pire.
Et pourquoi ils m'en veulent tous ? Parce que mes parents ont du fric, c'est
ça ? Pourquoi ? Faut pas que tu te laisses faire, Nicolas.
Qu'est-ce qu'ils te voulaient l'autre soir, Mathieu et sa bande ? Me faire
chier comme dame, c'est leur grand jeu. Un jeu ?
Quand on frappe sur quelqu'un pour qu'il vous donne quelque chose, j'appelle ça
du racket et c'est puni par la loi.
Qu'est-ce qu'ils voulaient que tu leur donnes ? Je leur ai rien donné ! T'ont
menacé ? Faut pas que t'aies peur, c'est ce qu'ils veulent.
T'es de confiance.
Dis-nous ce qui s'est passé, t'arriveras à rien.
Pourquoi ils t'ont frappé ? Parce que tu voulais pas leur donner les clés de la
pharmacie ? Mais c'est faux, je leur ai rien donné ! Bon, Nicolas, si t'as rien
dit parce que t'avais peur, je peux le comprendre. Alors, si t'as pu faire un
double clé de la pharmacie, il faut nous le dire.
Parce que nous, maintenant, il faut qu'on arrête l'assassin de ton père.
qui va nous aider.
Moi, j'en pouvais plus, c'est... C'est Mathieu qui m'a forcé à faire ce double.
Mais si jamais vous l'arrĂŞtez, il va... Non, si vous l'arrĂŞtez, il va se venger
sur moi, sur ma mère.
Je cherche Mathieu Daon.
Ah vous l'avez trouvé ! Et vos copains ils cherchent qui là ? Ben Laden ? Ah il
vient juste de rentrer chez sa mère ! Toi par contre on va dire à ta mère que
tu seras pas là pour dîner.
On en bat. Allez.
Ah mais ça va pas non ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Puis d'abord vous me tutoyez
pas. Pour qui il prend celui-lĂ ?
Vas-y, Rambo, sort ton gun, vas-y, mec ! Allez, on se crasse ! Ah, tu m'annules
par lignes, d'accord ? Oui, allez, stop, toi, casse-toi, et toi, t'arrĂŞte les
conneries, tu nous suis tout de suite. Allez, mets-toi, mangue-toi ! Toi, tu m
'achètes, je te crève, d'accord ? Tu crèves ! Tiens, vas-y. Allez, qu'est-ce
que t'attends ? Hein ? T'as que de la gueule, ou quoi ? Putain, il est malade,
ce gars-là ! Allez, prends-le, mon frère, prends-le ! Prends-le, j'attends
! Prends-le ! Arrête ! Embarquez-le ! Allez ! Tournez, les gars, regardez ça !
C'est quoi, ça ? Regardez le mec, il est en train d'
Qu'est-ce qui t'a pris, bordel ? Ce gamin, c'est une bombe.
S'il avait pris ton flingue, il serait passé quoi ? Au mieux, deux pages dans l
'I.B.
Et au pire, l'I.G.S. au cul. Je préfère même pas y penser.
T'as raison.
Je me suis bourré.
Je veux dire... Je n'aurais jamais dĂ» revenir ici.
Ne t'inquiète pas, je m'occupe moi-même de demander ma mutation.
Mais il a craqué, ça peut arriver à tout le monde.
Je te signale quand même qu'il avait enlevé son chargeur. Même si le gosse
avait pris son arme, il ne se serait rien passé.
Je ne t'ai rien demandé le fèvre, d'accord ? C'est ça, casse-toi.
Bon, à part ça, la famille Jacobert, quoi de neuf ?
Le voisin du dessus, qui vient de rentrer de vacances, il prétend qu'il y
avait de l'eau dans le gaz, il les a entendus s'engueuler assez fort,
plusieurs fois.
Enfin bon, un couple qui s'engueule, c'est presque un pléonasme.
À part ça, rien, une famille modèle.
Commandant, je me permets de vous rappeler que le jeune Mathieu attend
dans la salle d'interrogatoire.
On va le garder ici, cette nuit, ça fera réfléchir.
Par contre, Xavier Ferrand, il peut rentrer chez lui.
Cette histoire de double clé, ça discute.
Bon, ça va aller pour ce soir.
Commandant, on peut...
Vous savez, je ne serai pas là demain après-midi. Je suis convoqué pour le
procès de Camille.
Pardon, avec tout ça, j'avais oublié.
Ça va ? C'est pas trop dur pour elle ? C'est un peu difficile, mais elle est
très courageuse et surtout, elle a hâte d'en finir.
Merci.
Mais arrĂŞte, Cisco, tu vas pas tout laisser tomber sur un coup de tĂŞte.
Faut un petit peu de temps pour retrouver tes marques, c'est tout.
Ça va, ok ? De toute façon, Jean-Louis a raison, si je reste ici, je vais finir
par vous mettre en danger. Allez.
Mais tu veux pas baisser les bras aussi facilement ? Mais pas facilement !
Pourquoi facilement ? Quand je suis dans le bureau groupe, je vois Castelli,
sur le flingue, sur la tempe, je vois le cou qui part, je vois sa gueule, je vois
le regard, je vois sa haine, j'ai le foie, j'ai le foie, ok ? S'il te plaît,
accroche-toi.
Au premier moment que tu vas essayer... ArrĂŞte, arrĂŞte.
Attends, Cisco, deux secondes. Non, deux secondes.
Oui, Nat, pardon.
T'inquiète pas, ma puce.
L'argent, on va le trouver.
L'important, c'est de le soigner, d'accord ? Faut que je te laisse, lĂ .
Bon,
faut qu'on se parle.
Excuse-moi pour tout Ă l'heure.
J'ai été très con. Stop. Oui, ça va.
Écoute, si ça peut te rassurer, je suis d'accord avec toi. Voilà .
Je pense que c'est bon pour personne que je reste ici.
D'accord.
Ecoute-moi, tu me connais, je n'aime pas trop me confier.
Je me souviens de ce que tu as fait pour moi Ă la mort de Tessier.
Je crois que si tu n'avais pas été là , j'aurais coulé. Mais je t'ai aidé à t'en
sortir, c'est tout, ça n'allait pas. Voilà , c'est normal.
Et puis, ce n'est pas le coup de gueule tout Ă l'heure qui va nous brouiller la
vie, non ? Si ? Ben non.
T'en fais pas, va t'huiler pour rien.
Je suis plus bon comme flic, c'est tout.
Moi, je suis persuadé du contraire.
T'as toujours été là pour moi.
Pour une fois, laisse-moi t'aider, d'accord ? Quand t
'as quelque chose dans la tête, toi... Écoute, je vais réfléchir.
Juste un peu de temps.
T
'as
vu Cisco hier soir ? Ouais.
Vous allez ? Ouais, on a parlé un peu, quoi.
Maintenant, j'espère qu'il va changer la vie.
En tout cas, Motus, j'ai pas envie que ça remonte aux oreilles du
divisionnaire. D'accord ? Merci.
Alors, Michel, on dirait que le petit Mathieu d'avant vous a pas résisté
longtemps.
Vous savez, une nuit de garde Ă vue vient souvent Ă bout des plus
résistants. Mathieu a donc avoué que Nicolas Jacobert lui avait remis, sous
la contrainte bien entendu, le double des clés de la pharmacie paternelle.
Seulement... Pardon ? Seulement quoi ? Oui, le même Mathieu prétend avoir
revendu tout aussitôt ses clés à un drogué.
Le Jean-Rudé Couronne, un certain Xavier Ferrand. Merde, donc il a relâché hier
soir ?
Je vais arrĂŞter Xavier Ferrand, tu viens avec moi.
Tu viens avec moi Francisco, allez ! Oui ! Tu me raconteras en chemin l'épisode
que j'ai manqué ?
Merde,
il a fouillé nos dés.
J'appelle le SAMU.
C'est pas une overdose, c'est une crise cardiaque.
On a un jeune en arrêt cardiaque dépisté.
Aux 15 minutes.
C'est bon, c'est bon, laisse, laisse, laisse.
C
'est
bon, laisse tomber, ça va.
Il est vivant.
Il est vivant, Jean-Louis.
Dans la dernière perquise, j'avais fouillé sous le matelas, il n'y avait
pas de clé.
Il ne serait pas venu les planquer ici. Après la garde à vue, il avait plutôt
intérêt à ...
Elle s'en est débarrassée, non ? Ça veut dire que quelqu'un l'a déposée ici pour
le faire accuser.
Mathieu Dalron.
Je suis contente que t'aies changé la vie.
Tu y es pour quelque chose.
Merci.
S'il vous plaît, essayez-vous.
Nous savons que vous êtes allé déposer au domicile, si j'ose dire, de M.
Ferrand, la clé constituant la preuve de sa culpabilité.
M. Ferrand, que tous les quartiers savaient suspecter puisqu'il l'avait vu
partir entre deux policiers.
J'ai rien fait. Vous avez des témoins ? Non.
Alors ? Pas besoin de témoins.
Je vais te dire, moi, ce qui s'est passé.
Le soir du meurtre, t'es allé à la pharmacie pour la braquer avec les clés
que t'avais piquées à Nicolas.
Là , pas de bol, tu tombes sur son père, qui était toujours là .
T'as paniqué, t'as eu peur, il a frappé.
Après, t'as pris ce que t'étais venu prendre.
Des produits toxiques pour les revendre Ă tes copains les junks.
Et la caisse pour t'acheter des bonbons.
Bon, ça va, ça va.
Ok, c'est moi qui ai planqué la clé.
J'étais sûr que l'autre masse de Nicolas nous balancerait.
Et je me suis dit, Ferrand, c'est bien comme coupable, surtout pour vous.
Dites faciès, c'est cliché anti-policier dans la même phrase.
Rien ne vous arrĂŞte, jeune homme.
ĂŠtes-nous en...
En ce qui concerne la pharmacie, ou plutĂ´t devrais-je dire l'apothicaire, qu
'avez-vous de nouveau Ă nous apprendre ? Jacques Aubert, c'est pas moi.
C'est vrai que je voulais me faire sa pharmacie.
J'attendais la fermeture depuis le coin de la rue du Pressoir, lĂ .
Sauf que l'autre sortait pas.
J'ai attendu presque une heure.
Quand j'ai vu arriver la mère à Nicolas, j'ai su que c'était rappelé.
Il était quelle heure ? 8h30.
Pas de bol.
Parce que la mère à Nicolas, comme tu dis, était arrivée à 21h à la pharmacie.
C'est d'où que vous sortez ça ?
Moi, j'étais là -bas, j'attendais. Et je peux vous dire que c'est les boules d
'attente dehors.
Si je vous dis qu'elle est arrivée à la demi, c'est pas à 9h.
À 9h, j'étais chez moi.
Écoutez, je suis désolé.
Je ne vais pas pouvoir rester plus longtemps parmi vous.
Arriver en retard à un procès d'assises est une expérience que je me garderais
bien de tenter, d'autant moins, voyez-vous, que je suis dans cette
affaire. Pardonnez-moi l'immodestie du terme, le témoin capital.
Merci beaucoup.
Bon, Mme Jacobert a bien appelé le commissariat à 21h10.
Ça veut dire que si Mathieu dit vrai, reste à savoir ce qu'elle a fait à la
pharmacie entre 20h30 et 21h10.
Moi, j'ai du mal Ă imaginer Mme Jacobert en train d'assommer son mari Ă coup de
presse-papier.
Et puis surtout, elle n'a pas de mobile.
On a les disputes dont parlent leurs voisins et puis leur employé qui les
trouvait tendus depuis un certain temps.
T'ajoutes à ça une agression sans plainte et tu te retrouves quand même
avec un tableau assez éloigné du couple modèle, non ? Quoi, alors, violence
conjugale et drame caché, c'est ça que tu veux dire ? Oui.
Écoute, moi, je suis plutôt David Lefebvre, en fait.
Non, c'est vrai, moi, je vois mal la mère Jacobin dessouder son mari, comme
ça. Ils sont quand même pas portés crédit à un gamin qui ment comme il
respire et qui serait carrément prêt à faire tomber sa mère juste pour s'en
sortir, quand mĂŞme.
Ben quoi, on laisse tomber la mère ? Non, surtout pas, non, non, on continue.
J'ai l'impression qu'elle ne dit pas tout. Elle parle bizarrement.
Pas comme une victime.
Il faut la revoir. Elle est son fils.
Merci
Michel
d'avoir témoigné comme vous l'avez fait.
Vous avez parlé des causes, des conséquences.
De ma douleur aussi, sans que ce soit jamais dérangeant pour moi.
Vous m'avez épargnée.
Ça m'a beaucoup touchée.
C'est dur.
Je ne pensais pas que ce serait si dur.
Quand... Quand je le vois en face de moi, je le hais.
C'est terrible, Michel.
Je le hais.
Il a tué toute ma famille.
J'ai manqué de me tuer, moi aussi.
ĂŠtre assise en face de lui.
Si calme.
Si calme.
Vous pouvez vous laisser aller.
Vous avez le droit.
Les victimes en sont passées par la première journée d'assises.
Très éprouvantes.
Surtout après des années.
Et vous verrez.
Demain, ça ira mieux.
Merci, Michel.
Je m'en veux d'abuser de votre temps.
Non.
VoilĂ , la chose la plus importante que j'ai Ă faire maintenant, c'est de vous
raccompagner chez vous.
Et puis alors, le reste, ça peut être différé.
Nicolas, l'histoire du meurtre.
Est-ce que tu te souviens à quelle heure ta mère est retournée à la pharmacie ? À
21h. On habite Ă 5 minutes.
Ta mère avait des traces de coups sur le visage la semaine dernière.
Tu sais comment c'est arrivé ? Des traces de coups ? J'en sais rien, j'ai
rien vu.
Elle t'a pas dit qu'elle s'était fait agresser dans la rue ? Mathieu Davon a
vu ta mère entrer à la pharmacie à 20h30.
Une demi-heure avant l'heure que tu nous donnes.
Mathieu Davon ?
Et vous le croyez, c'est ça ? C'est ça, vous dites que je suis un assassin ? C
'est lui l'assassin, putain, c'est lui qui l'a tué, bordel ! Mais calme-toi
Nicolas, on te croit.
Mais on doit vérifier, ça fait partie de notre travail.
Parlez-nous un peu de votre couple.
Vous vous entendiez bien avec votre mari ? Oui, très bien même.
On était mariés depuis 20 ans, on travaillait ensemble, on ne se quittait
jamais.
Pourtant un de vos voisins affirme qu'il vous a entendu vous disputer plusieurs
fois. Oui, ça nous arrivait bien sûr, dans tous les couples.
Vous êtes sûr que vous ne nous cachez rien ? Non, pourquoi vous dites ça ?
Votre agression, allez, c'est passé comment ? Je rentrais chez moi et un
individu a essayé de m'arracher mon sac à main.
Quelle rue ? Rue des Couronnes. À quelle heure ? 19h.
19h, c'est l'heure oĂą les gens rentrent chez eux. La rue des Couronnes, je crois
que c'est une rue très commerçante.
Et personne n'a rien vu, rien entendu.
J'imagine que vous avez crié. Oh là , ça s'est passé tellement vite.
Votre fils qui vit chez vous est au courant de rien. Il n'a mĂŞme pas
remarqué les marques sur votre visage.
On n'a parlé pas devant lui pour ne pas l'inquiéter.
Madame Jacobert, on ne croit pas Ă votre histoire d'agression.
Pourquoi est-ce que vous nous mentez ? Qui est-ce qui vous a frappé ? Votre
mari ? Oui.
C'était la première fois.
On s'est disputé, il a levé la main sur moi et il m'a frappé au visage.
Mais après, j'ai été excusé. Il était tellement malheureux.
Moi, j'ai rien dit. J'avais trop honte.
Vous vous êtes disputé pour quoi ? Je sais pas. Pour rien.
Ă€ cause de la pharmacie.
Mais pourquoi vous me demandez ça ? On a tué mon mari. J'ai le droit d'être un
peu en paix, quand mĂŞme.
C'est parole contre parole.
Maintenant, on a le choix.
Soit faire confiance Ă cette petite crapule de Mathieu, mais franchement, j
'ai du mal.
Soit la mère Jacobère avec son fils, mais je l'ai trouvé un peu tordu, moi.
Attends, attends, si M.
Jacobère frappait sa femme, ça fait un mobile, ça ? Ah bah oui, parce qu'un
soir, pour une raison X, il la frappe une fois de plus.
Sauf que là , ça se passe mal, enfin ça se passe mal.
Elle se défend.
Elle se défend.
Elle le tue.
Et après, elle maquille le meurtre au cambriolage.
Ouais, le bon pharmacien des familles qui se transforme du jour au lendemain
en mari violent, j'y crois pas trop, moi. Et pourquoi pas ? Si tous les maris
qui frappent leur femme avaient des têtes de boxeurs, ça se saurait, non ?
Mais bon, Ă part le mari, qui aurait pu la frapper et surtout pourquoi elle se
tairait ? Pour protéger son fils.
Fils tyran ? Ben non, il manquait plus que ça.
À ce moment-là , si le père était au courant, pourquoi il n'a pas empêché son
gosse de frapper sa mère ? Peut-être parce qu'il les frappait tous les deux.
Ouais, après la dispute avec Mathieu, Nicolas retrouve son père à la
pharmacie. Là , fou de colère et d'humiliation, il pète les plombs. Son
père prend pour tout ce qu'il ose rien dire.
Ça justifierait les mensonges de la mère, non ? Bien sûr, bien sûr, bien
sûr. Avertie par son fils, à 20h30, elle fonce à la pharmacie. Là , elle voit son
mari mort.
Elle efface les empreintes, elle pique dans le placard le surtexte et elle vide
la caisse pour faire croire Ă un braquage de toxico et disculper son
fils. C'est pour ça qu'elle appelle à 21h10 la police. C'est pour ça, ça
colle. Allez ! Bon, il faut revoir l'employé, Juliette. Elle connaît bien
la famille, elle peut nous éclairer.
Elle en y va.
Attendez, M.
Jacobert, violent ? Alors là ... Mais il était incapable de faire du mal à sa
femme.
Bien n'importe qui, d'ailleurs.
Moi, je sais pas pourquoi elle ment, Mme Jacobert, mais elle ment, ça, c'est sûr.
Et leur fils, Nicolas, vous le connaissez bien ? Il a toujours été
spécial, lui. Depuis gamin, il est spécial.
Vous savez jamais ce qu'il pense.
Moi, j'ai jamais été à l'aise avec lui.
Je peux vous dire qu'il a eu de la chance d'avoir les Jacoberts comme
parents. Moi, je te lui aurais secoué les puces s'ils avaient été le mien.
Mais eux, ils sont complètement bas-bas devant lui.
Qu'est-ce que vous voulez dire ? Qu'ils le gâtaient trop ? Le gâtaient à pourri,
vous voyez la limite, vous ? Mais ils étaient toujours sur lui.
En train de prévenir ses moindres désirs.
Mais en même temps, c'est un petit peu normal parce qu'ils l'ont eu très tard.
Après un traitement.
Madame Jacobert, elle disait toujours que c'était un cadeau de Dieu.
Moi, je ne suis pas croyante. Pardon, mais lui, je n'ai jamais pu le piffer.
C'est sournois, celui-lĂ .
Est-ce que vous pensez qu'il aurait pu ĂŞtre violent avec eux ?
En gestes, je sais pas, mais en paroles, je l'ai déjà entendu avec son père.
Je vous garantis que si j'avais parlé comme ça aux miens, ben... Non mais ils
avaient aucune autorité sur lui.
Le roi, plus jamais content, attendez, toujours la tronche.
Petit roi Ă la maison, souffre aux douleurs dehors, il retournait cette
violence contre ses parents à qui il reprochait de ne pas avoir d'autorité
sur lui.
Une sorte d'exutoire en fait.
Ça fait froid dans le dos.
Madame Jacobert ? La porte était ouverte, alors.
Comme vous répondiez pas.
Madame Jacobert, est-ce que votre fils est lĂ ? Il est parti il y a un quart d
'heure régler ses comptes, il m'a dit, avec sa batte de baseball.
J'ai essayé de l'en empêcher, mais... Il est parti retrouver Mathieu et sa bande
sur la place.
Je précise que le fèvre.
Il faut lui mettre la main dessus avant qu'il fasse une connerie.
C'est Nicolas qui vous a encore fait ça, n'est-ce pas ?
Et votre mari, c'est lui aussi qui...
En arrivant ici,
il tremblait, il pleurait beaucoup.
Il m'a dit qu'il avait encore frappé son père.
J'ai couru à la pharmacie, mais c'était trop tard.
Alors j'ai eu le réflexe de protéger mon fils, je sais qu'elle aurait fait
pareil.
Vous avez maquillé le meurtre en cambriolage.
Je ne sais pas comment on en est arrivé là .
Pourquoi ils nous ont vus tellement ? On a sûrement fait des erreurs, son père et
moi, mais lesquelles ? Mon fils n'est pas un monstre, vous savez, ça le ronge
d'ĂŞtre comme ça. Il ne peut plus vivre avec les autres alors il s'en prend Ă
nous parce qu'il nous tient pour responsables de son malheur.
Je ne comprends pas, Mme Jacobert, cette pharmacienne.
Pourquoi est-ce que vous ne l'avez jamais fait soigner ? Mon fils n'est pas
malade.
Il est trop sensible, c'est tout.
Il n'y a pas de remède contre ça.
M. Jacobert, que s'est-il passé le soir du meurtre dans la pharmacie de votre
père ?
Je suis allé le voir pour qu'il me bande la main.
Ça a duré un quart d'heure.
Et je l'ai laissé fermer, je suis rentré à la maison.
Nous savons que vous avez tué votre père.
Nous savons aussi que vous ne vouliez pas le faire.
Vous pensiez tout simplement... sa faute Ă lui et aussi...
celle de votre mère.
Vous en étiez arrivé là , vous les jugiez responsables de tous vos malheurs.
Pourquoi il vous fait comme ça ? C'est de leur foutre si les autres me
maltraitent ! Quand t'es arrivé à la pharmacie, ton père a essayé de te
calmer.
Il t'a dit que c'était pas grave.
Enfin, il a été gentil avec toi.
Pourtant, ça t'a pas calmé.
Ça m'a énervé, sa gentillesse.
J'en pouvais plus, moi, de sa gentillesse.
J'ai insulté.
Et cette fois-ci, votre père n'a pas supporté. Il a réagi à ces insultes qu
'il trouvait par trop injustes. Il m'a poussé.
Il m'a poussé, je suis tombé.
Comme la dernière fois sur la place avec Mathieu et sa bande.
Alors la rage... Envers vos parents, vos agresseurs, cette rage contenue depuis
fort longtemps s'est emparée de vous.
Le presse-papier était à votre portée, vous l'avez saisi, vous avez frappé
votre père à la tête.
Est-ce ainsi que ça s'est passé ? Je voulais pas le tuer.
Je suis pas un assassin.
Je pensais qu'il était assommé, mais pas mort.
J'ai jamais pu supporter d'ĂŞtre leur fils.
Nicolas Jacobert, c'est ridicule.
Les autres, dans le fond, ils ont pas tort.
J'aurais préféré jamais naître.
Ta mère est là , dans le couloir.
Si tu veux, on peut te laisser la voir un instant.
Je veux pas la voir.
Je veux plus jamais la voir !
Notre fils préfère rester seul, madame.
Pour l'instant, en tout cas.
Alors dites-lui bien que je l'aime, que je lui pardonne tout.
Madame Jacques-Hubert, venez, je vais vous raccompagner.
Bon, je viens d'appeler l'hĂ´pital.
Vous aviez fait un erreur de danger.
Dis-moi, celui-lĂ peut te remercier.
Et si tu veux quitter la crime, tu peux toujours postuler chez les pompiers.
T'as toutes tes chances.
Je suis sûr, voyez-vous, que le cuir vous tira parfaitement. C'est vrai que l
'uniforme... Ah, non mais... C'est très tentant, hein, mais... Je pense que je
vais prendre encore un petit peu de temps avant de... de me reconvertir.
Bah, vous avez besoin de moi.
Moi aussi.
Moi aussi.
C'est pas non plus...
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