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Original subtitles

Dans le système pénal américain,

le ministère public est représenté

par deux groupes distincts mais d'égale importance :

la police, qui enquĂŞte sur les crimes,

et le procureur, qui poursuit les criminels.

Voici leurs histoires.

Mon bébé ne se réveille pas. Il ne respire plus.

Il s'est étouffé ?

Je ne sais pas. Je voulais le changer et rien.

- Il porte des couches ? - Il est quadriplégique. Aidez-le.

- On le ventile. - Oui.

- Sors le masque à oxygène. - D'accord.

- VoilĂ . - Ses pupilles sont fixes.

- Tu as un... - Non, rien.

Il est livide. Sa température est trop basse.

- Maman, il arrive quoi Ă  Mikey ? - Je ne sais pas.

- Il est mort. - Toujours rien.

- N'abandonnez pas. - On persiste.

- Trois, quatre, cinq. - Il y a un truc qui cloche.

Tu devrais appeler la Criminelle.

J'accélère.

- Vous êtes inspecteurs ? - On est infiltrés.

Une intervention spéciale sur la 14e.

Il en a des crampes. Il a bien dĂ» mettre 20 PV.

Que se passe-t-il ?

Michael Sutter. Douze ans. Sa mère dit qu'il était paralysé jusqu'au cou.

Elle a appelé les secours à 17h17.

Les ambulanciers l'ont déclaré mort.

Un enfant malade qui meurt ? Pourquoi nous appeler ?

- Demandez-lui. - Regardez ses lèvres.

Bleutées.

Une cyanose. Ce gosse a les yeux injectés de sang.

- On l'aurait étouffé ? - On dirait bien.

Non, c'est faux.

Vous vous trompez forcément. Personne n'a pu faire ça.

J'étais seule avec lui tout l'après-midi.

Et si tu installais Mme Sutter et sa fille dans le salon ?

Elle ne viendrait pas d'avouer ?

NEW YORK, POLICE JUDICIAIRE

Michael était un excellent élève. Il jouait au foot.

Mais papa l'a emmené skier, il y a deux ans.

Ils rentraient en voiture et ont percuté un glacier.

Il n'y avait qu'un airbag du côté de mon père.

Quelqu'un d'autre était là, quand ta mère a découvert Michael ?

Rien que ma mère. On a rarement de la visite.

Et ton père ?

Il travaillait. À Long Island.

Il est ingénieur paysagiste.

Et où étais-tu, cet après-midi ?

Après les cours, j'ai passé du temps avec des amis.

Puis je devais passer à l'épicerie.

Puis je suis rentrée.

Et...

Et il était...

Ta mère assurait les soins de Michael ?

La mutuelle avait cessé de couvrir les visites de l'aide à domicile.

Ma mère a dû quitter son poste d'assistante sociale.

Ta mère s'entendait bien avec Michael ?

Personne ne "s'entendait" avec Michael.

Il avait le cerveau d'un bébé.

On était à l'hôpital, plus tôt.

Il y faisait une dialyse tous les mardis.

On est rentrés vers 15 h.

Il s'est endormi sur le chemin du retour dans le monospace.

Et entre 15 h et votre découverte, vous êtes passée le voir ?

Vous menez ce genre d'interrogatoires lors de chaque drame familial ?

Seulement lorsqu'il nous faut des réponses.

Vous n'êtes donc pas sortie prendre un café ou autre ?

Je suis allée acheter le journal. Ça n'a pris que cinq minutes.

- Et personne n'est passé ? - Personne.

Vous vous occupiez seule de votre fils. Au prix de votre carrière.

Ça ne relevait pas du sacrifice.

Vous avez passé deux ans coincée ici avec votre fils.

Vous ne deviez pas ĂŞtre aux anges.

Vous insinuez quoi ?

Vous pensez que je l'ai tué ?

Michael était mon fils.

C'était un petit garçon souffrant.

Il a seulement été emporté. Dieu m'a repris mon fils.

Il était quadriplégique. Il n'a pas simplement cessé de respirer ?

La légiste dit que si on ne l'avait pas étouffé,

il aurait continué à respirer 60 ans.

Et il n'y avait aucune trace au niveau de la bouche ou du nez ?

Non. Il n'y avait pas Ă  forcer. On a dĂ» se servir d'un oreiller.

Le rapport de la légiste stipule qu'il est mort entre 15h30 et 16 h.

Les secours ont reçu l'appel à 17h17.

Ce qui laissait le temps de faire le ménage.

La mère aurait donc peut-être dissimulé d'hypothétiques preuves ?

Sauf si quelqu'un est passé quand elle était dehors

afin de lui rendre service en tuant ce gamin.

Pour l'heure, elle reste la seule qui était sur place cet après-midi.

Il faisait l'objet d'une pension ? D'une assurance décès ?

C'était une sortie de route sans personne à poursuivre.

L'assurance couvrait la plupart de ses soins mais c'est tout.

Que pense la fille ?

Que maman n'aime pas rester cloîtrée.

Voyons ce qu'en dit M. Sutter.

Sinon, pour ce qui est de vous faire mettre des PV,

l'ordre venait de plus haut.

C'est le temps de boucler mon affaire. Désolée.

Choisir le cercueil de votre fils n'a rien de naturel.

Ces vendeurs se mettent Ă  vous parler d'acajou et d'options.

Comme si je venais comparer les prix.

Nous sommes conscients de la difficulté de la situation.

Madame Sutter s'occupait généralement de Michael ?

Je l'aidais au mieux le week-end.

Votre femme vivait-elle mal le fait d'être coincée à la maison ?

Lois m'a mis en garde Ă  votre sujet.

Seule une idiote aurait pu se réjouir d'un tel quotidien.

Elle a cessé d'être assistante sociale et j'ai arrêté les heures sup,

ce qui fait que nous sommes fauchés, comme vous devez déjà le savoir.

Nous essayons d'ĂŞtre conciliants.

Mais votre femme était chez vous et votre fils a été assassiné.

Je n'y crois pas.

Quelqu'un aurait pu s'en prendre Ă  Michael ?

Personne ne lui voulait de mal.

Peut-être que quelqu'un est entré par effraction quand Lois est sortie

pour nous cambrioler.

Il n'y a aucun signe d'effraction. Rien n'a disparu de chez vous.

En dehors de votre famille, quelqu'un avait la clé de chez vous ?

Nos voisins. Les Hodge.

Je pense qu'ils ont toujours une clé. Mais ils n'ont pas tué Michael non plus.

C'était un gentil garçon.

Joe s'en voulait énormément d'avoir conduit à une telle vitesse.

C'est le tiroir d'en dessous.

Joe lui avait sauvé la vie.

Il lui avait porté les premiers secours pendant une demi-heure.

Cette clé a disparu ?

Non. Elle est quelque part lĂ -dedans.

Auriez-vous vu l'un des Sutter, mardi après-midi ?

J'ai dit bonjour Ă  Lois et Michael Ă  leur retour de l'hĂ´pital. Je sortais.

Le mardi, c'est son cours de poterie. Et aujourd'hui, celui de peinture.

J'essayais de pousser Lois Ă  aller Ă  ce genre de choses.

Au club de bridge, de lecture ou autre.

Elle commençait à suivre un cours de danse au coin de la rue.

Elle doit prendre l'air.

Personne ne mérite de rester cloîtré.

La voilĂ .

Elle devait mal le vivre. De passer ses journées seule avec Michael.

Elle semblait plus épanouie, dernièrement.

C'est le maquillage. Elle s'était remise à en mettre.

Quand rien ne change intérieurement, on change son apparence.

ÉCOLE DE DANSE STAPLETON'S LUNDI 8 JANVIER

Souhaitez-vous que je vous trouve deux cavalières ?

Non, on reste ensemble.

Auriez-vous une élève du nom de Lois Sutter ?

Lois ? Oui. Elle vient le vendredi après-midi.

Depuis combien de temps ?

Je dirais trois mois.

Elle est passée aux cours intermédiaires.

Elle a vraiment la salsa et le tango dans le sang.

Est-elle proche de certaines élèves ?

Je ne sais pas. Je me charge des débutants.

Monsieur Gilbert enseigne la danse latine mais il est de repos, aujourd'hui.

Il devrait le savoir. Ils prennent parfois le mĂŞme taxi.

Pardon. Je dois mettre un terme Ă  ce carnage.

Partager un taxi pour une demi-rue ?

La chambre de ce Gilbert doit ĂŞtre un peu plus loin.

Avec qui je partage mon taxi ne vous regarde en rien.

Et je n'ai rien fait d'inapproprié avec mes élèves.

Peut-être devrait-on leur demander d'évaluer leur prof.

Une femme est plus difficile à séduire,

quand elle découvre qu'elle est 12e sur la liste.

J'enseigne la danse. C'est sensuel.

Ça crée forcément des liens.

Comme avec Lois Sutter ?

Nous ne sommes pas journalistes et vous n'êtes pas le président.

Répondez franchement.

Ce n'est pas ce que vous croyez. On est devenus très proches.

Assez pour qu'elle se confie sur sa famille ?

Oui. Je dirais que son mari ne la comprend pas

mais surtout qu'il ne connaît pas Lois.

Elle parlait aussi de son fils ?

De son mari, de son fils, de sa fille. Elle n'en pouvait plus.

Elle vous l'a dit ?

Les préliminaires consistaient à la laisser souffler une demi-heure.

Quand elle est venue mardi, c'était pareil.

Mardi dernier ? À quelle heure ?

Elle est venue en milieu d'après-midi. Vers 15h30.

Elle est repartie Ă  16h40.

Vous semblez drôlement sûr de l'heure.

Elle a regardé l'heure et devait partir.

Quelqu'un vous a vus ensemble ?

Le but était de ne pas être vus.

Elle a regardé l'heure ?

C'est que vous n'êtes pas si doué que ça.

Ne dites rien Ă  mon mari.

Ça le tuerait.

Lui dire quoi ?

Lui parler de Gilbert ou lui dire que vous avez tué votre fils ?

Je n'ai pas tué Michael.

Non, vous étiez trop occupée à danser le cha-cha-cha à l'horizontale.

Oui.

Pas mal comme alibi mais on ne vous croit pas.

- Vous vouliez divorcer. - Non.

Vous ne supportiez plus de dormir

avec le type qui avait rendu votre fils grabataire.

Tant que Michael restait en vie, vous n'aviez pas le courage de partir.

Non. Non, pitié.

Comment l'avez-vous fait ? Avec un oreiller ? Une couverture ?

Michael est mort tout seul.

Voilà le rapport de la légiste. Écoutez ce qu'il y est écrit.

"Hémorragie aux yeux, cyanose, manque d'oxygène dans le sang."

Vous savez ce que ça signifie ?

Ça ne peut pas être Michael.

"Michael B. Sutter." Votre fils.

"Mort d'asphyxie causée par un tiers."

Je n'y crois pas.

- C'est impossible. - C'est écrit noir sur blanc.

- Jamais elle n'aurait pu. - Qui ?

Elle s'en serait prise Ă  lui ?

- Qui ça ? - Je l'avais confié à Stephanie.

Votre fille ?

Bon sang.

Dites ce qui vous chante.

Je n'étais pas là et maman gardait Michael.

Ta mère a passé l'après-midi avec son amant.

On ignore l'excuse qu'elle t'a donnée

mais elle nous a dit que tu avais pris le relais.

Tu as tué ton frère.

Elle... Elle a dit ça ?

Pourquoi l'as-tu fait, Stephanie ?

Tu étais jalouse de son attention ? Il causait trop de problèmes ?

- Non. - Allez.

La famille entière périclitait par sa faute.

Bon. Du calme.

Tu es mineure, ta famille a de gros problèmes.

Le juge sera clément.

Mais tu dois nous le dire.

Ton frère était tout juste en vie, de toute façon.

Je n'étais pas là. J'étais avec Kara qui va au même cours de bio.

Ta mère est bien meilleure menteuse, Stephanie.

C'est la vérité.

Ma mère me forçait toujours à me le coltiner.

Franchement, il ne faisait que rester au lit.

Tout ce qui l'intéressait, c'était de regarder la télé, manger

et faire dans sa couche.

Alors dès que ma mère est sortie,

je l'ai laissé seul.

Désolée.

Je ne supportais plus de devoir rester avec lui.

J'ai retrouvé Stéphanie vers 15h15.

Pour aller oĂą ?

Ă€ l'Asteroid Palace, sur Broadway. Pour jouer Ă  des jeux d'arcade.

Pendant combien de temps ?

Je ne sais pas. Une demi-heure.

Elle parlait parfois de son frère ?

Steph avait toujours quelque chose à dire sur le légume.

Elle l'appelait comme ça.

Il était insupportable.

Pourquoi ? Elle se prenait les pieds dedans ?

Steph et moi, on devait aller dans la même université.

Plus maintenant. Ils sont fauchés.

Et Stephanie le vivait très mal.

Stephanie n'est pas quelqu'un de mauvais.

Mais ça ne se passe jamais bien, pour elle.

Elle était de quelle humeur, mardi après-midi ?

Je ne sais pas. Ça allait.

Elle avait l'air stressée ? Distraite ?

Oui, distraite par l'un des mecs qui donnait les jetons au guichet.

Mais je pense qu'il me préférait.

Deux employés de la salle d'arcade confirment qu'elle était sur place.

Et d'excellente humeur.

La mort de son frère réglait tous ses soucis.

C'est plutĂ´t impitoyable. C'est vraiment ce genre de fille ?

Ce n'est pas ce que j'en ai perçu.

Elle avait abandonné son frère. Elle est du même tonneau que sa mère.

Ce garçon est donc resté seul de 15 h à 17 h

et s'est fait tuer dans ce laps de temps.

Retournez voir la légiste. Demandez l'heure précise de sa mort.

Vous pouvez oublier l'heure du décès.

- On l'a empoisonné deux heures plus tôt. - "Empoisonné" ?

Suite à votre appel, j'ai demandé au labo de creuser.

Son taux de nicotine était anormalement élevé.

C'était un quadriplégique de 12 ans. Difficile de l'imaginer fumer.

Sauf si quelqu'un lui tenait la cigarette.

J'ai analysé ses selles.

Ce qu'on pensait être de la carotte était de la conine.

De la ciguë.

"De la ciguë" ? Ce n'est pas ce qui a tué Socrate ?

Cette plante pousse en pleine nature.

Pas que dans la Grèce antique.

Elle paralyse d'abord les muscles puis les poumons.

Vu son état, personne n'allait rien remarquer.

Personne n'a rien remarqué car personne ne le surveillait.

Il avait déjeuné à l'hôpital avec sa mère.

Merci.

HÔPITAL HUDSON TERRACE MERCREDI 10 JANVIER

Michael Sutter est arrivé à 9h30 et est reparti à 14h15.

Il était dans cette chambre.

Tout va bien. Inutile de vous lever.

Vous avez parlé à Mme Sutter ?

Oui, de Michael.

Malheureusement, rien n'avait changé, depuis l'accident.

Monsieur Blake, pas de trop de vertiges, cet après-midi ?

Tant mieux.

Michael était plein d'énergie.

Le voir souffrir d'une chose pareille était vraiment tragique.

Et ça faisait trop à supporter, pour Mme Sutter ?

Vous n'imaginez pas le poids que cela exerce sur une famille.

Si Mme Sutter a effectivement abrégé les souffrances de son fils,

personne ne peut lui reprocher d'en avoir ressenti le besoin.

Elle avait apporté son déjeuner ?

Un plateau était prévu pour Michael. Pourquoi ?

Son repas était empoisonné.

À part Mme Sutter, quelqu'un d'autre y avait accès ?

Ça, je ne sais pas. Je n'étais pas à l'hôpital, à l'heure du déjeuner.

Ah, voilĂ . Michael s'est fait servir son repas Ă  13 h.

L'une des stagiaires distribuait les plateaux.

Mon centre de formation me fait travailler lĂ  deux jours par semaine.

- J'espère que je n'ai pas d'ennuis. - Non, du tout, Martha.

Avez-vous gardé l'œil sur votre chariot, mardi dernier ?

Je ne le surveille pas en permanence mais je ne le laisse dans le couloir

que le temps de servir les patients.

Vous souvenez-vous d'avoir servi un plateau Ă  Michael Sutter ?

- À Michael ? Oui. Une famille super. - À qui l'avez-vous donné ?

Je ne sais plus. J'ai dĂ» le poser sur sa desserte.

Auriez-vous vu sa mère interagir avec sa nourriture ?

- Non, je ne crois pas l'avoir vue. - Bien. Merci, Martha.

Des visiteurs ?

Je ne sais pas. Les gens vont et viennent sans arrĂŞt.

Et son plateau-repas ? Vous avez vu quelqu'un y toucher ?

Personne, Ă  ma connaissance. Pardon.

Cette fille ne se souvient pas d'avoir vu Mme Sutter.

On a forcément nourri ce gosse. Quelqu'un a dû voir qui le faisait.

Il y a deux lits par chambre.

On peut dire que j'en bave, dernièrement. Une dialyse par semaine depuis deux ans.

Comme le petit Sutter.

Mardi dernier, vous partagiez sa chambre, Ă  Hudson Terrace. Le lit voisin.

Il met la télé trop fort.

Vous vous souvenez du déjeuner, ce jour-là ?

Et comment. Du pain de viande. Trop sec.

Et j'ai horreur des flans diététiques.

Vous savez, Michael ne pouvait mĂŞme pas s'essuyer le menton.

Ce mardi-là, vous souvenez-vous d'avoir vu sa mère le nourrir ?

Pas du tout.

Son père le nourrissait.

Il s'était même donné la peine d'apporter quelque chose pour relever son plat.

Et je vous assure que ce n'est pas du luxe.

À quoi ressemblait ce qu'il a rajouté ?

Je n'ai pas bien vu.

Il disait que c'était de la cannelle.

JARDINERIE C&A MARDI 16 JANVIER

De la ciguë ? Quel rapport avec Joe Sutter ?

Ça pousse en pleine nature. Il est paysagiste et travaille pour vous.

Oui, depuis neuf ans. Il a énormément profité à ma boîte.

- Personne ne bossait aussi dur. - "Bossait" ? Il a arrêté quand ?

L'état de son fils l'empêchait de bosser à temps plein.

Il le vivait mal ?

Je le vivais mal.

Quand j'ai appris la mort du gosse, ça m'a soulagé, d'un côté.

Je récupère Joe et lui retrouve sa vie.

Si j'avais un enfant comme Michael, je ne voudrais pas le voir souffrir.

- C'est ce que ressentait Joe ? - Normal, non ?

Une fois, après le boulot, Joe avait un peu trop chargé la mule.

Il disait regretter de lui avoir fait du bouche-Ă -bouche.

Qu'il n'avait pas sauvé Michael. Seulement une partie de lui.

Et cette ciguë, où Joe pourrait-il l'avoir trouvée ?

On saurait tous en trouver. Pourquoi ?

Il nous faudrait la liste de ses derniers projets, merci.

D'accord.

Vous ĂŞtes au pied du mur. Votre vie s'effondre.

C'est l'œuvre de quelqu'un d'autre. À l'hôpital.

Les infirmières n'arrêtent pas de changer.

Ils nous collent ce toubib, le docteur Semenko.

Ils se foutaient de nous.

Ils n'avaient aucune raison de vouloir tuer votre fils. Vous, si.

Regardez où en était votre famille.

Votre femme qui couche avec son prof de danse,

votre fille Ă  deux doigts d'ĂŞtre Ă  la rue

et vous qui êtes fauché. Tout ça à cause de lui.

Vous ne me connaissez pas. Autrement, vous sauriez.

Je vous connais. Si vous aviez le courage de...

Tu ne le connais pas, Lennie.

Ce n'est pas une question d'argent ou d'adultère, pas vrai, Joe ?

Ma femme a la sclérose en plaques.

J'imagine sa vie d'ici dix ans.

Et ça me flingue.

Tellement je sais que ce ne sera pas joli Ă  voir.

Vous voyiez votre garçon en pleine forme.

- Il jouait au foot, non ? - Si.

Ma femme courait cinq kilomètres tous les matins.

Imaginiez-vous Michael Ă  20 ans ?

Ă€ 40 ?

Toujours dans la mĂŞme chambre ? Le mĂŞme lit ?

Ă€ vivre le mĂŞme calvaire ?

Oui.

Je fais pareil.

Et le pire, dans tout ça, c'est que je sais pourquoi ça arrive.

C'est ma faute.

Dieu la punit pour un acte que j'ai commis.

Non. Vous ne pouvez pas le voir ainsi.

C'est ce que je me dis mais...

Ă€ chaque fois que je la regarde, je culpabilise.

Dès que je pense à elle,

dès que je pense à mes filles et à ce qu'elles vont perdre...

Si quelqu'un que vous aimez est en souffrance...

S'il n'y a plus d'espoir...

Comment venir en aide Ă  cette personne ?

À quelle fréquence vous posiez-vous cette question ?

Quand vous lui donniez son bain ?

Lors de chaque baiser pour lui souhaiter bonne nuit.

Vous saviez qu'il n'y avait qu'une solution.

Vous deviez le faire.

Vous deviez le faire par amour.

Pleurez un bon coup.

C'était un acte d'amour, Joe.

J'aimais Michael.

Oui, j'ai peut-ĂŞtre...

Mais je n'ai pas fait ça.

Je ne l'ai pas tué.

J'ai cru qu'il le tenait.

Il y a trois mois,

Sutter a passé une semaine à ensemencer

le terre-plein de Southern State Parkway.

La Scientifique a fouillé la zone.

"Du Conium maculatum.

"De la ciguë clairsemée sur 8 000 mètres carrés

"à 30 mètres de son chantier."

Ce n'est pas non plus irréfutable.

On tient un mobile, la source d'accès à ce même poison,

un témoin qui l'a vu le nourrir. Ils n'avouent pas tous.

- Je suis libre ? - Pas avant trente bonnes années.

Je vous arrĂŞte pour le meurtre de votre fils.

Vous pouvez garder le silence.

Tout ce que vous direz pourra ĂŞtre retenu contre vous.

Vous avez droit Ă  un avocat.

Monsieur Sutter ne risque pas de fuir. Toute sa famille vit Ă  New York.

Il est inculpé d'avoir tué un membre de celle-ci.

Si nous tolérons ces accusations,

Monsieur Sutter n'est pas une menace pour la société.

Je fixe la caution Ă  100 000 $. Affaire suivante.

Affaire 661254...

Excusez-moi. Qui dois-je voir, pour payer sa caution ?

- Qui ĂŞtes-vous ? - Roy Cashman.

- Payer la caution de Joe Sutter ? - Oui, pourquoi ?

Vous figurez sur notre liste de témoins.

Vous avez dit à la police qu'il regrettait d'avoir sauvé son fils.

Je n'ai jamais rien dit de tel.

Écoutez. Je sais ce que Joe endure.

Je ne vous aiderai pas Ă  l'envoyer en prison.

Cashman va témoigner en faveur de Sutter.

Briscoe et Curtis pourront réfuter ses dires.

Et deux autres personnes confirment que Sutter voulait la mort de ce garçon.

J'ai parlé au médecin du petit : Lyle Semenko. Il se rétracte aussi.

Ce père tue son enfant et tout le monde l'adore.

Ils estiment qu'il l'a fait par compassion.

Des témoins biaisés, Cashman, Semenko, tout ça importe peu.

Qui l'a vraiment vu l'empoisonner ? Voilà le témoin qu'il nous faut.

Mademoiselle Goring m'a dit que je n'avais pas Ă  vous parler.

Elle a tort. Que lui avez-vous dit ?

Que j'étais dans la chambre, quand M. Sutter nourrissait Michael.

Qu'il... n'a rien mis dans sa nourriture.

Vous le lui avez dit ?

Ou elle vous l'a dit, elle ?

J'en suis quasi sûre.

J'étais dans la chambre.

Madame Bing dit avoir vu M. Sutter ajouter quelque chose.

Et elle ne se souvient pas de vous avoir vue.

Madame Bing fait peut-ĂŞtre erreur.

Martha, Mlle Goring a pour métier de protéger des meurtriers.

Vous l'aidez Ă  le faire.

Je parlais sans arrĂŞt avec les Sutter.

Je les voyais prendre soin de Michael.

Ils adoraient Michael.

Je vois Martha McSorley tout le temps.

Elle travaille dur mais s'implique trop.

Dès lors qu'un décès survient, elle en fait une affaire personnelle.

Elle dit être restée auprès d'eux durant tout le déjeuner.

Elle a 30 plateaux à distribuer. Vous avez idée du temps que ça prend ?

Jamais elle ne pourrait rester et remettre tous ces repas.

Vous émettez une hypothèse ou en êtes certain ?

Vous avez dit Ă  la police l'avoir vu distribuer ces repas.

- Vous allez me demander de témoigner ? - C'est l'idée, en effet.

Je ne peux pas l'affirmer à 100 %. C'était calme.

Je suis sorti fumer une cigarette en douce.

Comment savoir que personne n'a rien mis ?

C'était impossible.

Quand je me suis faufilé, un médecin se tenait près du chariot

à remplir des papiers. À mon retour, il était toujours là.

Personne ne mettrait quoi que ce soit en présence d'un docteur.

- Vous vous souvenez du médecin ? - Le docteur Semenko.

Je confirme que McSorley nous ment.

Mais on a un plus gros souci. Le Docteur Semenko ment aussi.

Le médecin du garçon ?

Un aide-soignant dit avoir vu Semenko rôder près du chariot

quand McSorley distribuait les repas.

Semenko a déclaré qu'il n'était pas sur place.

Tu es sûre qu'il n'a pas seulement oublié ?

J'espère qu'on n'a pas infligé ça aux Sutter pour rien.

Parle Ă  la cheffe de Semenko, pour voir s'il est du genre tĂŞte en l'air.

HÔPITAL HUDSON TERRACE VENDREDI 24 JANVIER

Semenko est un bon médecin.

Apprécié, travailleur, responsable.

Même le Dr Schweitzer avait ses détracteurs.

Bon. Nous avons reçu une plainte. Il y a de ça trois mois.

Au sujet d'une femme grièvement blessée en voiture.

Au bout de quatre jours, elle semble tirée d'affaire

et voilĂ  qu'elle meurt. D'insuffisance respiratoire.

Le docteur Semenko s'occupait d'elle ?

Plusieurs spécialistes s'occupaient d'elle.

Le docteur Semenko n'en était pas le principal.

Qu'en avez-vous conclu ?

Une enquête a déterminé qu'elle était morte de causes naturelles.

Ce sont des choses qui arrivent.

- Une enquête menée par qui ? - Nous.

Et vous n'avez pas jugé bon d'en parler à la police ?

Notre avocat disait que nous n'en avions pas l'obligation.

Et comme je l'ai dit, Semenko et les autres ont été blanchis.

Un seul incident ? Depuis quand travaille-t-il ici ?

Un peu plus de six mois.

Mais je pense que vous faites fausse route.

OĂą travaillait-il, avant ?

Ă€ l'hĂ´pital de Bergen, dans le New Jersey.

On nous l'avait grandement recommandé.

C'était d'un commun accord.

On faisait l'objet de coupes budgétaires et Semenko voulait exercer à New York.

Le fait que son taux de mortalité

était 14 fois plus élevé que pour les autres médecins

n'avait rien à voir avec ça ?

- Comment... - Je reviens de la morgue du comté.

Une femme de 61 ans opérée de la vésicule biliaire,

un jeune de 17 ans opéré du dos et six patients de plus.

Aucun n'était dans un état critique.

Tous étaient suivis par le Dr Semenko et ils sont tous morts.

Aucune faute professionnelle n'a été avérée.

Nous parlons de meurtres.

Il a été innocenté pour tous les incidents cités.

Par votre propre conseil de médecins ?

La priorité absolue de cette clinique est le bien-être de nos patients.

Si l'un de nos médecins représente un danger,

nous tenons à régler ce problème.

En le refourguant Ă  un autre hĂ´pital.

Le Dr Semenko est un médecin responsable. Je l'ai vu à l'ouvrage.

Quand ses patients ne s'en tiraient pas, il fournissait des rapports complets.

Il assistait Ă  la moindre autopsie.

Mais ses patients continuaient de mourir.

Nul ne peut prévoir un anévrisme, chez un patient venu pour une appendicite.

Ou qu'un élève de terminale meurt d'intoxication nicotinique.

- "Nicotinique" ? - Ça arrive.

Jamais le docteur Semenko n'aurait pu le voir venir.

Même les parents de ce garçon ignoraient qu'il fumait.

DOMICILE DU DR LYLE SEMENKO LUNDI 5 FÉVRIER

Super livres de botanique, docteur.

On y apprend comment faire pousser de la ciguë ?

Pourquoi ne pas saisir mes livres d'anatomie

et m'arrêter pour détention de snuff ?

Ce truc ressemble Ă  de l'origan et sent l'origan.

Et c'est de l'origan. Prenez-en pour vos pâtes ce soir.

À part ça, j'ai vu de la laitue romaine et je confirme qu'elle est vraie.

Mais vous pouvez la jeter. Elle est toute flétrie.

- Vous pourriez me laisser chez moi ? - Docteur,

où se trouve cette jolie bête ? On aimerait y jeter un œil.

- Je n'ai pas de voiture. - Vous collectionnez les manuels ?

J'ai vendu cette voiture.

C'est quoi ? Un localisateur de voiture.

L'un de ces systèmes via satellite ?

Elle n'était pas donnée. Je redoutais qu'on me la vole.

Pourquoi ne pas activer ce système, pour voir ce que ça dit ?

"Country Club de Lake Hill. Docteur Lyle Semenko."

Les clubs étaient compris dans le prix ?

Lennie, c'est quoi ? Encore de l'origan ?

Je n'aimerais pas mettre de ce truc dans mes pâtes. Ça vous dit ?

Je vous arrĂŞte pour meurtre. Vous pouvez garder le silence.

Tout ce que vous direz pourra ĂŞtre retenu contre vous.

Vous n'avez aucun témoin et aucune preuve médico-légale

pour relier mon client Ă  cette nourriture.

On a retrouvé de la ciguë dans sa voiture. J'ai hâte d'en entendre la raison.

Nous savons tous deux qu'un jury le crucifiera sur place.

Homicide volontaire non prémédité et il purge 25 ans.

Votre client a ôté la vie à un enfant sans défense.

- Vous parlez d'une vie. - Ce garçon souffrait en permanence.

Nous devrions donc juger d'un crime en fonction de ce que "vaut" la victime ?

J'ai défendu un homme de 95 ans, en Floride.

Il avait tué d'une balle sa femme atteinte d'un cancer en phase terminale.

Le jury l'a condamné à verser une amende de 50 $.

Ce jury verra que le docteur Semenko agissait

par compassion envers la victime.

Je trouve votre client un brin trop miséricordieux.

Nous avons consulté son cursus professionnel.

Je l'estime responsable de 17 morts au sein de quatre hĂ´pitaux.

Ces hôpitaux l'ont laissé s'en tirer mais la fête est finie.

Mettez de l'ordre dans vos affaires. Ce procès aura lieu.

Vous passerez le restant de vos jours derrière les barreaux.

Plaider l'euthanasie.

Ça a fonctionné, pour le docteur Kevorkian.

N'est pas Kevorkian qui veut.

Je vous fais part de mon avis sans l'avoir rencontré

mais il m'a tout l'air d'être un empoisonneur en série.

Un tueur en série tout public ?

Un peu plus plaisant que les autres mais oui.

Il se délectait des autopsies de chaque patient.

Comme un gosse qui torture un insecte et le regarde mourir.

Et ces morts commencent par des surdoses de médicaments sous ordonnance.

Puis il se sert de différents poisons.

Puis il enfonce des bandages dans la gorge d'une patiente.

Il n'a pas été poursuivi pour ça ?

Six autres soignants avaient accès à cette patiente.

L'hôpital les a tous licenciés.

Tu penses que Semenko cherchait Ă  se faire prendre ?

Non.

Il prenait de plus gros risques, du fait de gagner en confiance.

Il pensait ĂŞtre au-dessus des lois.

Personne ne l'a coincé et ça n'a fait qu'empirer.

On ne l'a pas encore coincé non plus. Une requête in limine.

L'avocat de Semenko veut nous interdire d'évoquer ces autres décès.

Je vois.

BUREAU DU JUGE HENRY FILLMORE JEUDI 15 FÉVRIER

Un docteur qui a la poisse n'est pas tueur pour autant.

Il n'est nullement question de poisse. Monsieur Semenko est un tueur en série.

Il n'a jamais été poursuivi pour ces autres morts.

L'État contre Molineux.

Il s'agit d'erreurs passées. Ce n'est pas recevable.

C'est mĂŞme sans aucun rapport.

L'État contre Mees. Ces actes établissent un mobile.

L'accusé compte convaincre le jury qu'il a agi par compassion,

alors qu'il a tué des patients qui étaient en parfaite santé.

L'affaire Molineux et l'affaire Mees n'incluent que des antécédents identiques.

Aucune de ces morts n'impliquait un patient

- qui avait zéro chance de guérir. - C'est d'un pervers.

Monsieur Gillum dit que parce que ce tueur ne montrait aucune compassion,

il devrait pouvoir avancer qu'il s'agissait d'euthanasie, cette fois.

C'est vrai, M. McCoy.

Mais cela ne répond pas aux exceptions de l'État contre Molineux.

Et si je dois choisir entre un procureur et la cour d'appel, devinez qui l'emporte.

Cette preuve est rejetée.

COUR SUPRĂŠME MARDI 2 AVRIL

Michael Sutter a été assassiné par l'accusé.

C'est indiscutable.

La défense vous donnera des raisons de ne pas le voir d'un mauvais œil.

Elle vous dira que Michael Sutter ne menait pas de vie Ă  proprement parler.

S'il est vrai que Michael Sutter n'allait pas devenir

enseignant, ingénieur ou docteur, comme l'accusé,

il aimait regarder la télévision.

Il adorait sa famille.

Et il était vivant.

La défense vous dira

qu'ôter la vie à Michael Sutter était la meilleure chose à faire.

La famille de Michael Sutter vous dira combien elle l'aimait.

Que Michael leur manque.

Cette affaire n'est pas un débat sur l'euthanasie.

Il est question d'un meurtre commis par un monstre

se faisant passer pour un ange de miséricorde.

Michael Sutter est mort.

On l'a assassiné.

C'est tout ce qui compte.

Monsieur McCoy a raison. La loi est équivoque.

C'est tout noir ou tout blanc.

Mais en réalité ?

La réalité est faite d'un tas de nuances de gris, n'est-ce pas ?

Le docteur Semenko ne s'est pas réveillé un beau matin

en se disant d'un coup qu'il allait tuer Michael Sutter.

Les parents de Michael le savent bien.

Et mĂŞme s'il leur serait difficile de l'admettre,

ils souhaitaient cette mort.

Et ils l'avaient clairement exprimé au docteur Semenko

qui était pourvu d'assez de courage pour braver une loi désuète

et agir dans le meilleur intérêt d'un enfant en souffrance.

L'État cherche à faire emprisonner des gens comme lui.

Il a fait poursuivre le docteur Jack Kevorkian

encore et encore sans jamais parvenir Ă  le faire condamner.

Car ces jurys, des jurys comme le vĂ´tre, ont toujours fait la part des choses.

Le docteur Lyle Semenko n'est pas un criminel.

C'est un héros.

Je lui lisais des histoires chaque soir.

C'est marrant.

Ses préférées restaient les mêmes que celles lorsqu'il était bébé.

Malgré tant de souffrances,

malgré tant de dégâts,

il était resté ce même petit garçon.

Est-ce que vous l'aimiez, M. Sutter ?

On ne cesse pas d'aimer son fils quand il souffre.

Et on ne cesse pas d'aimer son fils quand il meurt.

Monsieur Sutter, avez-vous déjà demandé

au Dr Semenko de mettre fin Ă  la vie de Michael ?

Non.

C'est abject.

Qu'il nous fasse porter une telle responsabilité.

Que quiconque puisse penser qu'on souhaitait une chose pareille.

Monsieur Sutter.

Les soins de Michael avaient coûté près de 250 000 $

depuis l'accident, n'est-ce pas ?

- Peu importe. Ça en valait peine. - Certes,

mais envoyer votre fille à l'université

- n'est désormais plus possible. Exact ? - Oui.

Et vos rapports avec votre femme s'étaient dégradés.

Avait-elle une liaison ?

L'état de Michael avait compliqué les choses pour nous trois.

Et son état n'allait pas s'améliorer.

On l'espérait.

Mais non.

Ă€ vrai dire, il n'y avait qu'un seul moyen de mettre un terme Ă  ses souffrances.

- Et vous le saviez, pas vrai ? - Non.

- Jamais je n'aurais... - Le 12 décembre,

avez-vous emmené Michael consulter le Dr Semenko ?

Michael avait de nombreux rendez-vous.

Avez-vous alors dit au Dr Semenko

que Michael ne méritait pas de vivre ainsi ?

N'avez-vous pas dit au Dr Semenko

que vous aimeriez que Michael cesse de souffrir ?

Je l'ai peut-ĂŞtre dit

mais pas dans le sens oĂą je souhaitais sa mort.

Monsieur Sutter, si vous pouviez remonter le temps,

si vous aviez su combien Michael allait souffrir,

l'auriez-vous extirpé de cette voiture ?

J'aimais Michael.

Je le sais bien, M. Sutter.

Mais lui auriez-vous sauvé la vie ?

- Non. - Merci.

Vous souvenez-vous d'ĂŞtre venue Ă  l'hĂ´pital avec votre fille,

un samedi matin de novembre ?

Michael avait 39,5 de fièvre au réveil. Il s'est avéré qu'il avait la grippe.

Et Stephanie voulait-elle venir Ă  l'hĂ´pital ?

Son frère était malade.

N'avait-elle pas dit qu'elle préférait faire du patin à roulettes ?

- Objection. Il oriente son témoin. - Retenue.

Vous êtes-vous disputées, à l'hôpital ?

Je ne me souviens plus.

Vous souvenez-vous de la présence du docteur Semenko dans la chambre,

- durant cette dispute avec Stephanie ? - Objection. Sans souvenir de la dispute,

a priori, difficile de se souvenir de qui était là.

Question suivante, M. Gillum.

Monsieur le juge, puis-je me montrer plus incisif ?

Allez-y.

Stephanie vous avait-elle dit qu'elle se fichait bien de Michael ?

- Qu'elle avait mieux Ă  faire ? - Objection. Ce ne sont que des on-dit.

J'illustre ce qu'a perçu l'accusé.

Rejetée. Le témoin doit répondre.

Peut-être est-elle allée trop loin dans ses propos.

En traitant Michael de légume ?

Elle était en colère. Elle cherchait à me blesser.

Elle ne se souciait pas de blesser son frère ?

- Il ne pouvait pas comprendre. - Parfaitement.

Il ne pouvait pas comprendre lorsque sa propre sœur disait

- qu'elle aurait préféré sa mort. - Elle ne le pensait pas.

Elle ne voulait simplement plus voir Michael souffrir.

Pas plus que nous.

Je le sais.

Merci.

Madame Sutter.

Avez-vous déjà demandé au Dr Semenko de mettre un terme à la vie de Michael ?

- Non. - Merci.

Dr Semenko, l'hĂ´pital Hudson Terrace a-t-il une politique sur l'euthanasie ?

Oui. Elle est interdite dans tous les hôpitaux de l'État.

Et s'agit-il d'un sujet parfois abordé entre médecins ?

Fréquemment.

Ce règlement répond à une vision biaisée des soins palliatifs et de la mort.

Vos confrères et vous disposez de méthodes, pour contourner cette loi ?

Nous prenons le risque d'être inculpés de trafic de drogue,

en donnant de la morphine Ă  des patients en phase terminale.

L'État ne veut pas que nous en fassions des junkies.

Et chaque jour, dans tous les hĂ´pitaux du pays,

un médecin procède à la "méthode douce".

Objection. Contrairement à ce qu'affirme l'accusé,

il ne peut savoir ce qui se passe dans les autres hĂ´pitaux.

Retenue.

Dr Semenko, pourriez-vous définir le terme "méthode douce" ?

Lorsqu'un patient est condamné et a besoin d'être réanimé,

la "méthode douce" implique d'atténuer ses souffrances.

De laisser le patient mourir.

En accord avec les instructions données par le patient ?

Non, cela se produit lorsque le médecin en charge estime

- que la mort serait préférable. - Michael Sutter n'était pas mourant.

Il aurait pu vivre 50, 60 ans de plus.

Son cœur aurait continué à battre, ses poumons auraient continué à respirer

et la douleur n'aurait jamais cessé.

Parfois, je dois annoncer la pire nouvelle Ă  laquelle s'attendre :

la mort d'un ĂŞtre cher.

Pourtant, ils se réveillent le lendemain matin et leur vie continue.

Ces gens ne pourraient pas vivre, s'ils ne pouvaient pas tourner la page.

Les Sutter ne pouvaient pas le faire. Mais ils en avaient besoin.

Les Sutter vous avaient-ils demandé de mettre fin à la vie de leur fils ?

Ce qu'ils voulaient ne laissait aucun doute.

Ils savaient que la vie de leur fils, une vie digne de ce nom, était finie.

Je n'étais que l'instrument en mesure de faire le nécessaire.

Ce qu'ils n'avaient pas le courage de faire.

Merci, docteur. Le témoin est à vous.

Il est près de midi. Pourrions-nous reprendre après le déjeuner ?

Le jury se laisse berner. Semenko prend l'avantage.

Il est intelligent, confiant, charmant.

Ce qui fait de lui un tueur en série en fait un excellent témoin.

Il a bien des points faibles.

L'as-tu entendu se remettre en question ?

"Les Sutter devaient avancer." Il le sait. C'est un fait établi.

- Un complexe de Dieu ? - C'est du narcissisme.

- Le pouvoir de sauver et de tuer. - MĂŞme si la mort le fascine davantage.

Jack, quelqu'un d'aussi narcissique

n'appréciera pas qu'on remette son avis en question.

Il ne le supportera pas.

VoilĂ  l'un de ses points faibles : Il n'a pas peur de toi.

- Monsieur McCoy, ĂŞtes-vous prĂŞt ? - Oui, monsieur le juge.

Michael Sutter n'était pas le premier patient grièvement handicapé

dont vous aviez la charge.

Non, loin de lĂ .

Les avez-vous tous tués ?

- Objection ! - Retenue. Attention, M. McCoy.

Je reformule.

Lorsque vous vous chargiez de patients souffrant de pathologies du mĂŞme ordre,

comment justifiiez-vous le fait que certains puissent vivre ?

Chaque cas doit être évalué individuellement.

Par vous ? Sans avoir Ă  consulter la famille ?

Les Sutter avaient déjà exprimé leur souhait.

Mais au final, la décision vous revenait.

Et vous n'avez pas hésité à la prendre.

On m'y avait formé.

Formé à décider de qui mérite de mourir et à quel moment ?

Formé à reconnaître quand il n'y a plus d'espoir.

Vous avait-on formé à vous servir de ciguë pour tuer un garçon sans défense ?

La conine, sa molécule active, paralyse les poumons.

- C'est un agent efficace. - Elle paralyse tous les muscles.

Cette mort relève de la torture.

Je suis spécialiste en lésions de la moelle épinière.

C'est pourquoi les Sutter m'ont choisi pour m'occuper de leur fils.

- Sa mort était relativement indolore. - "Relativement" ?

Du chlorure de potassium n'aurait pas été plus rapide et vraiment indolore ?

Sauf qu'il aurait été relevé

par tout l'hĂ´pital, n'est-ce pas ?

Si vous insinuez que mon avis médical était influencé

par le désir de ne pas éveiller de soupçons, vous avez raison.

Je préférerais de loin être à l'hôpital, tout de suite, à m'occuper de patients

qu'à me défendre ici pour de telles bêtises.

La mort de Michael Sutter était douce.

- Vous n'en doutez aucunement ? - Non. C'était le mieux à faire.

Alors pourquoi ne pas vous être manifesté, quand M. Sutter a été inculpé de meurtre ?

Allons, Dr Semenko.

Si vous étiez convaincu à ce point du bien-fondé de votre acte,

pourquoi laisser un innocent finir en prison ?

- Objection, monsieur le juge. - Rejetée.

Docteur Semenko, répondez à la question.

Je ne sais pas.

Était-ce parce que dans le fond, vous saviez que c'était mal ?

Que vous aviez commis un meurtre ?

- Pas d'autres questions. - Non, j'aimerais répondre.

J'ai foi en notre système judiciaire. Je savais qu'il serait innocenté.

En me manifestant, j'aurais perdu le droit d'exercer.

J'aurais été privé de pouvoir continuer à venir en aide à mes patients.

Il est vraiment doué.

L'enfoiré.

Il dit que les Sutter l'avaient choisi.

Joe Sutter a dit à la police que l'hôpital leur avait imposé Semenko.

Peut-ĂŞtre que Semenko ment pour se donner le beau rĂ´le.

Vérifie.

- Le jury a-t-il tranché ? - Oui, monsieur le juge.

Concernant le chef d'accusation

d'homicide volontaire non prémédité, quel est votre verdict ?

Nous jugeons l'accusé non coupable.

Concernant le deuxième chef d'accusation

pour meurtre prémédité, quel est votre verdict ?

- Nous jugeons l'accusé non coupable. - Et concernant l'autre chef d'accusation

pour homicide involontaire, quel est votre verdict ?

Nous jugeons l'accusé coupable.

Ils qualifient Semenko de "nouveau Kevorkian".

Lis la suite.

Ils ont déjà reçu des dons des 50 États pour faire appel.

Et ne sois pas surpris si les Sutter mettent la main Ă  la poche.

L'hôpital confirme que Joe Sutter avait demandé que leur fils

soit confié à Semenko.

- Je suis écœuré. - J'ai retrouvé le CV de Lois Sutter.

Elle travaillait deux jours par semaine Ă  l'hĂ´pital de Bergen.

Durant la période où Semenko a causé cinq morts suspectes.

Ils le savaient. Ils ont signé l'arrêt de mort de leur fils.

Que voulez-vous y faire ?

Vous n'avez mĂŞme pas pu faire condamner Semenko pour meurtre.

Qui vient dîner avec moi ?

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