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Il y a quelques années, un événement banal au départ allait changer le cours
de mon existence.
Je rentrais chez moi après une longue journée passée à la chasse sur mes
terres dans le Kent.
À une centaine de mètres devant moi, un jeune garçon marchait d'un pas lent.
J'eus tôt fait de le rattraper et m'apprêtais à le dépasser lorsqu'il s
'adressa à moi.
Vous avez l'heure, s'il vous plaît, monsieur ?
Il est tout juste 6 heures, jeune homme.
Tu as l'air fatiguée.
Je suis épuisée, monsieur.
J'ai fait au moins 20 kilomètres à pied.
Pour un jeune garçon, c'est beaucoup.
Quel âge as-tu ? 16 ans, monsieur.
Mais je suis plus fort que j'en ai l'air.
Il est tard. De toute façon, tu ne peux plus aller très loin.
Où vas-tu dîner ce soir ? Où vas-tu dormir ? J'ai de l'argent sur moi.
J'en ai assez pour acheter du pain et je dormirai dans une grange comme la nuit
dernière.
Toi, tu t'es sauvée de l'école.
Je suis sûr que tes parents s'inquiètent.
Je n'ai plus de parents et je ne me suis pas sauvée de l'école.
Mais si tu n'as pas de parents, pense à des amis.
Je n'ai pas d'amis, monsieur. Je n'ai personne au monde.
Alors tu vas venir avec moi.
Mon domestique va nous préparer un dîner et un bon lit pour toi.
Ma mère est morte en me mettant au monde.
Mon père travaillait dans les mines. Il était ingénieur.
Il est mort dans un accident au Canada il y a deux ans.
Il était envoyé dans une école à Londres où je suis restée à peu près six mois,
je crois.
Des gens sont venus m'enlever de l'école et ils m'ont emmenée chez eux.
Comme je ne voulais pas faire ce qu'ils me demandaient, ils étaient très
méchants avec moi.
Alors je me suis sauvée, je voulais aller à Southampton pour m'embarquer...
Je sentais que Franck ne m'avait pas dit toute la vérité.
Mais il y avait quelque chose que j'aimais bien chez ce garçon.
Il faut aller dormir maintenant.
Demain, j'écouterai la suite.
Tu sais, Franck, tu peux rester ici tant que tu le voudras.
D'ailleurs, ce sera peut-être mieux pour toi.
C'est vrai, monsieur ? Je voudrais tant rester ici.
Cela me ferait tellement plaisir.
Tu peux rester, Franck.
Il est temps maintenant d'aller dormir.
Oh oui, monsieur.
Franck ?
Bonne nuit, monsieur.
Bonne nuit, Franck. Et merci.
Allez, viens.
Je me sentais dérouté, mais également étrangement troublé sans savoir pourquoi
exactement.
Bonne nuit, Franck. Merci.
Vivant seul en célibataire endurci, je dépendais beaucoup de mes serviteurs.
Mon maître d'hôtel, Watson, qui me connaissait depuis mon enfance, était
chargé des questions domestiques et n'était jamais pris au dépourvu pour
résoudre un problème quelconque.
Il avait retrouvé dans mes vieilles affaires d'adolescent un costume que
Franck portait à ravir.
Franck n'avait pas tardé à se faire des amis parmi les serviteurs séduits par
ses bonnes manières et sa gaieté.
Je décidai de parfaire son instruction et de lui servir à la fois de précepteur
et de guide.
Je commençais à me faire une idée du caractère et de la nature du garçon. Il
était franc et très affectueux.
Mais il continuait de me dérouter.
Il ne m'accompagnait jamais à la chasse parce que, disait-il, il ne pouvait
supporter de voir tuer des animaux. Il était singulier qu'un garçon qui avait
eu assez de camp pour tenter de voguer en mer n'ait pas le courage d'affronter
une perdrie abattue.
Bien sûr, il n'était pas parfait. Vif de caractère, il avait tendance à traiter
les serviteurs, et surtout les servantes, de façon méprisante.
J'aime à croire que je suis plutôt bon de nature.
mais parfois il est nécessaire et inévitable d'appliquer la discipline.
Bonjour, monsieur. Morning, Watson.
Monsieur, monsieur.
Y a-t-il ? C'est monsieur Frank.
Il faudrait lui parler.
Il n'est pas suffisamment studieux. Il ne pense qu'à jouer et à manger.
Et puis il ne veut rendre aucun service.
Je ne sais plus que faire.
Eh bien.
Où est M.
Frank, le savez-vous ? Je ne l'ai pas vu depuis un bon moment, monsieur.
Et Dieu seul sait où il est.
I see.
Watson, vous vous souvenez de la cravache dont mon père se servait pour
me fesser lorsque je me conduisais mal ? Oui, monsieur. La façon dont il me
fouettait d'abord d'un côté et puis de l'autre. Ah oui.
Il me terrifia avant même de commencer.
Ah oui, c'était le bon vieux temps, si je puis me permettre.
Eh bien.
Vous croyez qu'elle existe encore, cette cravache ? Sûrement.
Bon, allons la chercher, Watson. La situation exige un peu de fermeté.
Ma bibliothèque renfermait un certain nombre de livres rares que je gardais
sous clé.
Abondamment illustrés, ils étaient à leur manière des classiques de l
'érotisme.
Bien que strictement interdits, Frank avait profité de mon absence pour
parachever son éducation sur le plan anatomique.
C'est comme ça que tu passes ton temps en mon absence.
As-tu quelque chose à dire pour ta défense ? J'ai bien honte de moi et je
regrette d'avoir fait ce que j'ai fait.
Baisse ton pantalon.
Je vous en prie, ne me battez pas.
Tu t'es très mal conduit et je dois te punir.
Je vous en supplie, monsieur, ne me battez pas.
Tu crois que je suis aveugle ? Remets ça à sa place.
Baisse ton pantalon.
Et place-toi contre le tabouret.
Je sais que je mérite une punition, je sais, mais monsieur, ne me battez pas.
Baisse immédiatement ton pantalon. Je vais t'apprendre à obéir, moi.
C'était peut-être la seule correction que j'allais donner à Franck, avant de
le livrer à la réalité plus dure d'une pension anglaise. Je décidai de le
battre de telle manière qu'il ne l'oublierait pas de sitôt.
Ainsi c'était cela. Je peux partir, monsieur ? Et tout devenait clair.
Le mystère des derniers mois était résolu.
Yes, go.
Je savais à présent la vérité. Franck était... une fille.
Que devais-je faire ? Évidemment, mon projet d'envoyer Franck, ou plutôt
France, dans une pension n'était plus possible.
Devais-je la garder à Hawkehurst ? Plus j'y réfléchissais, plus la chose me
séduisait.
Mes domestiques n'avaient aucun soupçon quant à son vrai sexe.
Si je gardais le secret, qui le saurait ? L'idée d'avoir une jeune fille
déguisée en garçon protégée par moi devint positivement troublante.
En dehors de moi et de moi seul, personne ne saurait la vérité concernant
Franck.
Ce même soir, je me préparais à dîner seul, lorsque, de façon inattendue,
Franck, ou plutôt France, fit son apparition.
Elle prit sa place à table et s'assit avec quelques difficultés.
Je l'observais discrètement, comme si je la découvrais.
Elle était assurément très jolie, coiffée autrement, les cheveux plus
longs, des vêtements propres à son sexe.
Elle eût été irrésistible.
Je résolus de jouer le jeu en obéissant aux règles établies par France elle-même
et de continuer de la traiter comme un garçon.
Alors, Franck, j'espère que cette leçon a apporté ses fruits.
Ah oui, alors.
Vous efface toujours en doloris ? Oui, monsieur.
Dites, monsieur.
Oui ? Vous croyez qu'on fouette souvent les filles aussi ? C'est une question
étrange.
Les filles ne reçoivent pas de fessées aussi souvent qu'elles le devraient.
Mais beaucoup de filles se font fouetter par leur mère ou par leur père.
Est-ce que vous connaissez des filles fouettées par leur papa ?
Je suis certain qu'il existe des pères qui fouettent leurs filles.
Personnellement, je n'en connais pas.
Pourquoi cette question ? Oh, comme ça, je suis curieux, monsieur.
Franck, j'ai pris une décision pour toi.
Je voulais te punir en te mettant en pension.
Mais n'y pensons plus maintenant.
Je crois que je vais te garder ici encore quelques temps.
Oh, merci, monsieur.
Quelques semaines plus tard, j'allais à Londres où je me rendais régulièrement.
Je descendais d'habitude à mon club.
Mais je possédais aussi une villa confortable où j'avais installé une
jeune personne très avenante qui répondait au nom de Maud.
Je connais ces mots depuis quelques années.
C'était une compagne parfaite qui transformait mes voyages à Londres en
plaisir sans cesse renouvelé.
J'adorais la compagnie de Maud, cela va sans dire.
Mais j'avoue que ce jour-là... mon esprit se trouvait davantage à Oakhurst.
Charles ? À quoi penses-tu ?
À qui pourrais-je penser sinon à toi ?
C'est un compliment.
Et un mensonge.
Tu es bizarre depuis qu'on est rentré.
Pourquoi ? J'aurais dû dire à qui penses-tu ? Charles ?
Est-ce que tu en aurais assez de moi ? Il y a peut-être trop longtemps qu'on se
connaît.
Maud, ne dis pas de bêtises. J'ai envie de toi comme la première fois.
Charles, est-ce que tu es sûr que c'est à moi que tu penses ? Voyons, Maud.
Je dois avouer que je suis préoccupé, c'est vrai.
À Oakhurst, ma maison de campagne, certains petits problèmes seront à
résoudre dès mon tour.
Des petits problèmes un peu délicats.
Alors, qu'est-ce que tu vas faire ? Je ne sais pas.
Il faut que je réfléchisse encore.
D'accord.
Si tu as besoin de moi, chérie, n'hésite pas à me le dire.
Tu sais que je suis compréhensive.
Je sais, Maud, et je t'en suis très reconnaissant.
De retour de Londres, chez moi à Oakhurst, il m'a paru évident que la
découverte que j'avais faite concernant France ne me laissait pas en paix.
Et pour tenter de retrouver mon calme, j'annonçais à France que j'allais
bientôt voyager à l'étranger pendant quelque temps.
Tous les lieux que j'avais tant désiré visiter me semblaient tristes, vides de
toute substance.
Les semaines passées à voyager s'étirèrent en moi, mais mes sentiments,
au lieu de s'affaiblir, se renforcèrent davantage.
Puis finalement, je rentrais chez moi.
Il était tard lorsque j'arrivais.
Les domestiques dormaient et j'ouvrais moi-même la porte.
C'est vous ? Oh, comme je suis contente que vous soyez de retour. Vous m'avez
tant manqué, si vous saviez.
Mais qu'est-ce que tu as ? Tu as l'air bien étrange ce soir.
Et que penseraient les domestiques s'ils nous voyaient comme ça ? Allons un peu
de tenue.
Pour l'amour du ciel, Franck, ne pleure pas. Un homme ne doit pas pleurer.
Dans toutes occasions, un gentleman doit être présentable.
Mais je ne suis pas un gentleman, je suis une femme, et je vous aime.
And I love you.
Comment l'avez-vous su ? Il y a quelque temps.
Depuis le jour où j'étais puni.
Pourquoi n'avez-vous rien dit ? Je préférais que tu me le dises toi-même.
Je savais qu'un jour tu me le dirais.
Ce jour est arrivé et j'en suis très heureux.
J'avais tellement envie de vous dire la vérité, mais je n'avais pas le courage
de parler... Mais quelle importance ? Je t'aime.
Dis-moi, quand as-tu
commencé à m'aimer ? La première fois que vous m'avez fouettée.
Je vous ai tellement aimé ce jour-là.
Et depuis, mon amour est de plus en plus fort.
Tu n'étais pas en colère quand je t'ai fouetté ? Oh non, pas du tout.
Bien sûr, j'ai eu très mal un instant.
Mais curieusement, plus vous me fouettiez, plus je vous aimais.
Et ensuite ? J'avais très mal, mais c'était très excitant.
Et après ça ? J'avais envie que tu fasses l'amour avec moi.
Et ce soir ? Je veux que tu fasses l'amour avec moi.
Et je veux que tu m'apprennes aussi à te faire l'amour.
Je le veux aussi.
Je suis prête.
Les habitants, enlève ces vêtements que je vois comment tu es faite.
Oui.
Sous-titrage FR ?
Merci.
Je sais maintenant ce que c'est l'amour.
Moi je sais que tu es une vraie femme.
Tu as bien dormi ? Ah oui, très bien.
Tu sais, ça a été merveilleux, mon amour, hier soir.
J'étais très lasse, tu sais, mon chéri, après toutes ces caresses.
Quelle heure est-il ?
Il faut
surtout pas que les domestiques voient que j'ai dormi avec toi.
Je me dépêche, vite, vite.
Mon chéri, c'est comme un rêve. Je n'arrive pas à croire à ce qui s'est
passé.
Ouvre les yeux.
Ce n'est pas un rêve, mais la réalité.
Tu n'as rien imaginé. Tout a été vrai.
Vance ne parut pas pour le petit déjeuner, mais elle me rejoignait plus
tard dans la forêt.
Le moment était venu, me semble-t-il.
Pour qu'elle me dise toute la vérité sur son passé.
Ses parents étaient vraiment morts.
Et de ce fait, l'argent de la pension cessa d'être versé. C'est alors qu
'apparut une mystérieuse amie.
Entrez.
France, voici France Holmes.
C'est la jeune fille dont je vous ai parlé.
France, c'est Madame Leslie.
Mme Leslie est au courant de votre situation actuelle.
France, je suis désolée, mais je ne vois aucune autre alternative.
Il faut que vous quittiez très vite notre établissement.
Oui, Madame.
Mme Leslie a très gentiment proposé que vous alliez vivre chez elle pour tenir
compagnie à sa fille. Remerciez Mme Leslie. Merci, Madame.
Maintenant, allez chercher vos affaires, France.
Vous partez avec Mme Leslie.
Et dépêchez-vous dans cinq minutes, soyez prêtes.
Oui, madame.
Vous êtes une jeune fille charmante. Elle est très mignonne.
J'espère qu'elle vous donnera entière satisfaction.
Je l'espère.
Doucement.
La maison de Mrs. Leslie se trouvait dans une discrète banlieue de Londres.
Calme, Kiko, calme.
Étant donné l'aspect extérieur de la maison, il était clair que Mrs. Leslie
entendait protéger sa vie privée.
Attendez-moi, mon enfant.
Vous voilà chez vous.
Mais à l'intérieur, une atmosphère de luxe régnait et la jeune France en fut
éblouie.
Rose! Va dans ta chambre.
Avancez, mon petit.
N'ayez pas peur.
Je vous présente mademoiselle Dundas, mon assistante. Elle va vous montrer
votre chambre.
Tu viens, France ? Oh, madame Leslie, quand pourrais-je voir votre fille ? Ma
fille ? Oui. Ne devais-je pas lui tenir compagnie ? Ah, oui.
En fait, ce n'est pas une fille que j'ai. C'est un garçon.
Il est absent pour le moment.
Je tiens cependant ici une sorte de pensionnat de jeunes filles, entièrement
à ma charge.
Vous les verrez demain matin.
À tout à l'heure, mon petit.
Mademoiselle Dundas va t'aider à te changer.
Elle est charmante.
Taisez-vous ! Silence, un peu de calme, je vous prie, silence ! Allons !
Silence, s'il vous plaît, mesdemoiselles ! J'aimerais assez que
vous fassiez preuve d'un peu de discrétion dans vos conversations
aujourd'hui. Nous avons une nouvelle.
France, voici Alice, est-elle Edith Victoria Clara ?
S'il vous plaît, le bénédiciter.
Oh, mon Dieu,
merci pour tout ce que vous nous donnez.
Merci du fond du cœur. Amen.
Amen.
C'est vous, Edel, bonjour.
Excusez-moi, vous êtes allée dormir très tard.
Au contraire, trop tôt.
Vous savez, vous êtes gentille et très belle.
et aussi charmante.
Cet après-midi même, Mrs. Leslie fit descendre France de sa chambre et la
présentait à un certain M. Wood.
Viens, ma petite France.
Dis bonjour à M. Wood.
Toi, mange sûrement des bonbons.
Prends un bonbon.
Prends. Ils sont à la menthe.
Merci, monsieur.
Ne sois pas timide. Prends-en encore un.
Oh ! France, reste ici ! Il n'ira pas bien loin.
Cette jeune fille a besoin d'apprendre les bonnes manières.
Oh, vraiment, je suis désolée.
C'est une nouvelle, n'est-ce pas ? Elle est très timide.
Oui, je vois.
Dites-moi, madame Leslie, quel âge a-t-elle ? Je ne peux pas vous répondre,
monsieur Wood. Elle est très, très, très jeune.
Mademoiselle Dundas, faites venir mademoiselle Clara et assurez-vous que
France est bien dans sa chambre et pendant que vous y êtes, enfermez la
clé. Oui, madame.
Maintenant, monsieur Wood, je suis certaine que nous pourrions convenir d
'un autre arrangement, n'est-ce pas ?
J'ai une bonne nouvelle pour toi, France.
Oui, madame ? Tu as beaucoup plu à M.
Wood, ma chère enfant.
À tel point que j'ai tout arrangé pour qu'il passe la nuit avec toi.
Oh ! Oh, oh.
Allons, France.
Écoute-moi.
Les habillés, nourris, logés, et tout cela revient très cher.
C'est juste un petit geste de reconnaissance, tu comprends ? S'il y a
une chose que je ne supporte pas chez les jeunes filles, c'est l'ingratitude.
Ça sert à rien de pleurer.
Mais pas en désobéissant que tu auras notre amitié.
Il est temps que tu reçoives une leçon.
Oui, une leçon pour t'apprendre mes dix commandements.
Non, non, non, je veux pas.
Il ne faut surtout pas être ingrate, désobéissante,
irrespectueuse, monteuse.
Voilà pour l'histoire du premier commandement.
Et les cinq autres commandements sont les mêmes.
Entrez.
Madame, il y a un monsieur qui attend.
Dites que j'arrive tout de suite.
Allez, allez, allez, battons.
France, je te laisse réfléchir.
Je dirais à monsieur Wood que tu es souffrante, un peu de fièvre.
Mais que demain, tu te sentiras beaucoup mieux.
Et pour être sûre que ce petit traitement t'aura servi de leçon,
mademoiselle Dundas et moi nous reviendrons demain.
Voir si tu as changé d'avis.
Enfermé là.
À clé.
Allons, allons, mon enfant.
Séchez donc ses yeux.
N'ayez pas de crainte, voyons.
Aucune crainte si vous êtes gentille.
Je ne veux pas aller avec monsieur Wood, ni personne d'autre.
Mais les messieurs qui viennent nous rendre visite ici sont de vrais
gentlemen.
Courage, mon enfant.
On ne sait jamais, France.
Il y a peut-être un moyen de s'entendre.
C'est une sorte, ma petite.
Il aurait mieux valu pour vous que vous ayez une amie ici.
C'est bon !
France s'échappe à Don.
Elle n'avait que quelques pièces de monnaie trouvées dans une poche de la
veste du fils de la tenancière.
Elle avait lu des livres d'école parlant de la mer et décida d'aller à
Southampton pour essayer de s'enrouler sur un navire.
Elle prit un billet de chemin de fer, puis n'ayant plus le sou entrepris de
marcher jusqu'à Southampton.
Ce fut alors que je la découvris.
Tu rêvais ? Oui, seulement de toi.
Tu as tant souffert avant que je ne te rencontre.
Ce n'est pas grave.
Ce n'est pas grave puisque nous nous sommes connus.
Merci.
Ce matin-là, je devais me rendre à Londres pour affaire.
Mais je me sentais coupable.
D'autant plus coupable que je savais que j'allais y voir Maud.
Maud avait une surprise pour moi.
Elle avait l'intention de se marier.
Je sentis que le temps était venu de lui confier mon secret, mes rapports avec
Franck, ou plutôt France.
Tu sais, Charles, j'adorerais la connaître.
Et tu la connaîtras.
Je l'amènerai en ville très bientôt.
Mais je t'avertis, elle n'a que des vêtements de garçon à porter.
Eh bien, nous changerons cela.
Tu n'as qu'à la laisser avec moi.
Je peux toujours compter sur toi Je ne doute pas que tu peux être un
merveilleux professeur
Et à Londres, tu pourras vivre normalement comme une jeune fille.
C'est merveilleux.
Mais Charles, tous ces gens vont manquer.
Mrs Evans, Watson et tous les autres aussi.
Depuis que ma mère et mon père sont décédés, ils sont la seule famille que j
'ai eue.
Que vas-tu leur dire ? Simplement que tu t'en vas pour ton instruction.
Ils ne se doutent guère de tous les progrès que j'ai fait en anatomie, c'est
certain.
Ceci est plus une question de mode d'emploi.
Je suis certain que Maud s'avérera être un professeur expérimenté.
Quant à moi, je serai une bonne élève.
Mais Charles, ne va-t-elle pas être jalouse de moi ? Maud ? Non, sûrement
pas. Elle a vraiment du l'humour.
Et de plus, elle va se marier, tu sais.
Je crois que ce qu'elle souhaite le plus, c'est de t'enseigner comment me
plaire.
Dois-je comprendre que je ne t'assatisfais pas du tout ? Oh, my
dearest.
Tu es tout ce qu'un homme peut désirer.
Et moi en particulier.
Mais il y a certaines, oserais-je appeler cela, des grâces que tu dois
apprendre.
Combien de temps seras-tu parti sans moi ? Pour un bon moment, je dois m'occuper
d'une affaire à l'étranger.
Mais à mon retour, je veux trouver deux très charmantes ladies pour me recevoir
dignement.
Au revoir.
Ce fut avec une certaine impatience que je retournais en Angleterre pour me
rendre compte de la manière dont Maud et France s'étaient entendues.
Je n'aurais pas dû avoir de crainte, car l'ouverture, la largesse d'esprit de
Maud et la douce innocence de France s'étaient parfaitement harmonisées. C
'est bon de te voir aussi, Charles.
Donne-moi ton manteau.
Tu arrives juste à temps.
Ça fait du bien de rentrer chez soi.
J'ai une surprise pour toi.
Viens, suis-moi.
Charles ! France ! Tu me coupes le souffle. Tu aimes
cette toilette ? Tu la trouves pas trop posée ? Tu vas créer la panique dans la
rue lorsqu'on sortira pour dîner.
Nous dînons dehors ? Tous les trois ce soir ? Oh, c'est splendide ! Dans quel
restaurant allons-nous ? Mais dans le plus élégant. Oh, Maud ! C'est
merveilleux.
Je propose de porter un toast.
À Maud.
Puisse-t-elle avoir tout le bonheur qu'elle mérite.
Chère Maud, puissiez-vous comme moi être heureuse avec un homme ?
Et maintenant, c'est mon tour de proposer un toast
aux nouveaux occupants de la Villa Primrose, qui les attend désormais.
Tous mes meilleurs voeux de bonheur.
France, vous êtes ravissante.
Prenez grand soin d'elle, Charlie.
C'est une vraie perle.
Rassurez-vous, Maude.
J'en ai bien l'intention.
Mais il est très tard, déjà.
Oh, Charles, je pense à quelque chose.
Il n'y a qu'une chambre à coucher à la villa.
Que la Freud il aime.
Qu'allons-nous faire ? Nous trouverons bien une solution.
France s'installait dans sa nouvelle vie avec un naturel parfait.
Charles ? Je passais le plus clair de mon temps à Londres, de
préférence en sa compagnie.
Mais je me réservais de temps à autre une soirée de célibataire à mon club.
Je savourais un moment de détente lorsque ma solitude fut interrompue par
le comte Ricky Van Hamstof.
diplomate autrichien attaché d'ambassade.
Il s'était arrangé pour être membre honoraire de mon club.
Je le connaissais à peine et n'avais aucune envie de le connaître davantage.
Cela
fait
bien longtemps que vous n'êtes pas venu, Beaumont.
J'ai eu beaucoup à faire.
Mon cher, peut-être avez-vous besoin d'une légère détente ? C'est justement
ce que je pensais.
Une détente, c'est tout ? Pourquoi ?
J'ai une bien meilleure idée.
Pourquoi ne venez-vous pas avec moi ? J'ai l'intention d'aller faire une
visite en banlieue ce soir.
Cela dépend de la banlieue.
Une banlieue tout à fait discrète où existe un établissement dont on m'a dit
le plus grand bien du monde. Croyez-moi, mon cher Beaumont. Ah oui.
La dame qui en est propriétaire a une certaine réputation d'approvisionneuse.
Mrs. Leslie.
Oui.
Vous la connaissez ? On m'en a parlé.
Bonsoir, messieurs.
Mrs. Leslie, j'ai amené un ami avec moi.
Je lui ai beaucoup parlé de vous.
En bien, j'espère.
Tout à fait, Mrs. Leslie.
Voici mon ami, Charles.
Bonsoir, monsieur.
Bonsoir. Voulez-vous me suivre, messieurs ?
Votre maison est de plus en plus belle.
Il y a eu des changements dans votre cheptel récemment ? Peut-être. Nous
avons une ou deux nouvelles beautés.
Vous les verrez. Je suis sûre, messieurs, que vous n'êtes pas venus
bavarder avec moi.
Mademoiselle Dundas, faites descendre les filles, voulez-vous.
Bien, messieurs. Asseyez-vous, je vous en prie.
Nous mettons un point d'honneur pour satisfaire tous les goûts ici.
Je suis sûre, messieurs, que vous ne serez pas déçus.
Monsieur, puis-je vous présenter Rosemary, Clara, Edith, Elisabeth et
enfin Ethel.
Ce charmant petit ange est pour moi.
Voudriez-vous, messieurs, commander quelque chose à boire ? Non, mais bien
sûr. La coutume ici, c'est le champagne.
Et je suis très respectueux des coutumes, croyez-le.
Parfait.
Mademoiselle Dundas, champagne.
Bien, madame.
Et maintenant, messieurs, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?
Vous pouvez monter avec une ou deux jeunes personnes, si vous le désirez.
Nous avons des chambres conçues pour satisfaire les goûts les plus exotiques.
Si vous préférez, vous pouvez voir le tableau vivant avant.
J'avoue que je suis particulièrement fière de ces tableaux.
Ça semble intéressant, hein, Charles? Pourquoi pas? C'est une bonne idée.
Champagne.
Approchez, les filles. Ceux-ci devraient pouvoir vous mettre en train.
Et après le spectacle, j'ai bien envie de monter dans la chambre de cette
jeune personne.
Allons, dépêchez-vous, mademoiselle Buvet. Il faut penser à aller vous
habiller.
Ou à se déshabiller, si nous avons un petit peu de chance.
Et maintenant...
Le show va commencer.
Qu'avez-vous donc ? Vous ne voulez pas monter et vous détendre ? Non, je ne
crois pas.
Messieurs, la virginité de la mariée. Le jour de son mariage.
C'est un jour de grande joie.
Retenu, il est vrai, à cause du décorum et de la bienséance.
La cérémonie publique se termine.
La cérémonie privée va commencer.
Merci, messieurs, merci.
Et maintenant, un autre merveilleux tableau, tiré entièrement de récents
événements de Russie. Une punition brutale et atroce dans une geôle de
Sibérie.
Vous savez, Charles, c'est complètement truqué.
Juste de l'eau rougie.
Very effective.
Ma parole, j'ai l'impression que vous préféreriez du vrai.
Nonsense.
Et ainsi, justice est faite.
La révolutionnaire a reçu son juste châtiment.
Maintenant, messieurs, pour votre divertissement personnel.
Cette jeunesse vous attend avec impatience.
Et il ne faut surtout pas la faire attendre. Tout à fait charmante.
Venez donc, ma chérie.
Comment vous appelez-vous déjà ? Kate, monsieur.
Venez-t'en et embrassez-moi, petite Kate.
Et pour vous, monsieur, que pouvons-nous faire pour votre plaisir ? N'y a-t-il
personne qui puisse vous détendre ? Pas ce soir, je le crains.
Peut-être une autre fois.
Mrs. Leslie, vous n'avez pas, il y a quelques mois, introduit dans cet
établissement une jeune fille qui se prénomme France ? France ? Nous avons
tellement de jeunes filles ici. Elles vont, elles viennent.
Je pense que la mémoire vous reviendra si je vous dis qu'elle s'est enfuie de
la maison vêtue en jeune homme.
Vous voyez ? C'est possible.
Maintenant, je me la rappelle.
Une jeune ingrate, voilà ce qu'elle était.
Lorsque je l'ai secourue, elle était sur le point d'être renvoyée de son école.
Ses parents étant morts, elle n'était sans impénie.
J'ai fait ce que j'ai pu, croyez-moi, pour l'attirer de ce mauvais pas.
Mais elle a refusé mes conseils.
Et dites-moi en quoi consistaient ces conseils ? Eh bien, d'être gentille,
avec les messieurs, bien entendu.
Et puis quand elle a refusé, vous l'avez battue ? Oh, mais certainement ! Mais
pas assez, je le crains.
Elle a volé un habit de mon fils et du linge aussi.
Et elle s'est enfuie.
Je ne l'ai pas revue depuis.
Et n'en ai d'ailleurs aucune envie.
J'imagine qu'elle partage ses sentiments au moins autant que vous, Mrs. Lassley.
Allez-vous vous en aller, monsieur ? Non, avant de partir, chère madame, j
'aimerais vous donner quelques conseils.
Tu ne dois pas être ingrat.
Désobéissant.
Irrespectueux. Oh non ! Impertinent.
Et que ça vous serve de leçon.
Vous avez la réputation de satisfaire les plaisirs de ceux qui ont les moyens
de payer.
Faites attention.
Un jour, vous pourrez avoir à payer à un prix encore bien plus élevé.
Bonsoir, madame.
Mademoiselle Dundas, si monsieur Charles reparaît dans ce lieu, refusez-lui l
'entrée de la maison.
Ce gentleman,
N'est pas un gentleman.
Mais que faites-vous donc avec ma chaussure à la main ? Lorsque je
rentrais, France dormait profondément.
Et à sa vue, l'émotion et la tendresse m'envahirent.
Cet enfant adorable avait placé sa vie et son avenir entre mes mains.
L'année suivante, je décidai de faire un grand voyage et emmener France avec moi.
Si jamais elle devait retourner à la vie qu'elle avait su fuir, ce ne serait pas
par ma faute.
Je savais que tant qu'elle serait près de moi, il ne lui arriverait rien.
Nous avons beaucoup voyagé et partout où nous allions, nous nous faisions des
amis.
Parmi les amis, il y avait un jeune Américain dont la conversation et l
'esprit amusaient France. Il s'appelait Brooke.
Je m'étais renseigné à son sujet et j'avais appris qu'il avait le don d'être
amusant. Mais il n'avait pas beaucoup d'argent, ni de caractère.
Vous jouez de mieux en mieux.
Et chaque fois que vous gagnez, vous êtes de plus en plus belle.
Vous n'arriverez à rien avec la flatterie.
Puis-je rester en votre compagnie pendant encore une heure ? Il faut que
je rentre à l'hôtel tout de suite.
Personne ne vous attend.
Vous croyez ? France, si nous dînions ensemble ce soir ? Je ne suis pas
libre.
Encore M.
Beaumont. C'est mon tuteur.
Dites plutôt que c'est votre geôlier.
Vous ne restez jamais hors de sa vue plus d'une heure ou deux.
Même quand vous êtes seul, vous craignez de lui manquer.
Vous pensez peut-être que c'est un ogre ? Il veut juste s'occuper de moi.
Et moi donc !
Mais écoutez-moi, France.
Je vous ai suivi ici, au Touquet.
Et j'ai pas envie de vous laisser partir.
Est-ce que vous savez que je suis amoureux de vous ? Je vous en prie.
Laissez-moi. Mais je veux vous épouser, moi.
C'est impossible.
Et de toute façon, vous ne savez rien de moi, rien. Je sais tout ce que j'ai
besoin de savoir.
Simplement que vous êtes la plus adorable et séduisante jeune fille dont
un homme puisse jamais espérer faire sa femme.
Laissez-moi, il faut que je m'en aille.
Non, pas avant que vous me disiez quand nous nous reverrons.
Bientôt. Je vous enverrai un message.
Mais comprenez qu'il est tout à fait impossible de vous épouser, vous savez.
Je suis un spécialiste de l'impossible, c'est vrai.
En fait, on me connaît aussi comme étant un impossible jeune homme.
Vous l'êtes, impossible !
Demande
M. Dodd.
L'énégramme pour M. Dodd.
Oui, j'ai gagné.
Avec qui jouais-tu ? Pourquoi cette question ? Était-ce ce Mr. Brooke ?
Charles, j'espère que tu ne vas pas être jaloux tout de même.
Suppose que oui. Reverrais-tu ce monsieur ? Tu n'as toujours pas répondu
à la question.
Est-ce que mes lèvres ne t'ont pas répondu ? Je veux l'entendre de ta
bouche.
Mais vraiment, Charlie, ne sois pas stupide.
M. Brooke m'amuse, mais je ne le prends pas du tout au sérieux et j'aimerais
bien que tu en fasses autant.
Mais Charlie, il est trop jeune, enfin.
Ce n'est pas particulièrement rassurant.
Et si je t'assure que M. Brooke ne m'intéresse en aucune façon, me croiras
-tu ? Charles ? France, nous
quittons le Touquet demain et nous repartons à Londres. Mais nous devions
rester jusqu'à la fin du mois.
Il faut absolument rentrer.
Parce qu'il y a M. Brooke.
Il y a d'autres raisons. J'ai besoin de régler des affaires.
Des affaires dont tu ne te souciais pas avant l'apparition de M. Brooke au
Touquet.
France, si tu m'aimes, je veux que tu me fasses une promesse.
Oh, Charlie, bien sûr que je t'aime. Je suis sérieux. Je veux que tu me
promettes de ne plus revoir M. Brooke.
Si nous quittons le Touquet demain, je pense que j'en aurais guère l'occasion.
Promets-le-moi quand même.
Bon, très bien, je promets.
Lorsque nous sommes rentrés en Angleterre, c'était la saison de la
chasse. Je ne puis y résister. Je laissais France à Londres et partis
quelques jours à la campagne.
C'était bon de faire du sport et je savourais chaque instant de grand air.
J'avais averti France que je passais quelques jours de plus à Auguste, mais
par un curieux concours de circonstances, je retournais à Londres
plus tôt que prévu.
France ? France ? Aucune trace
de France dans la villa.
Puis je me souvins qu'elle m'avait dit dans une lettre qu'elle avait acheté un
petit chien. Elle était probablement allée le promener au parc.
Vous n'auriez pas dû venir ici.
Je n'ai pas pu résister.
Vous avez reçu ma lettre ? Comment avez-vous eu mon adresse ? Le concierge
de l'hôtel au Touquet.
Ce n'était pas difficile.
Je vous prie de ne plus m'écrire et de ne plus essayer de me voir.
France, c'est inutile.
Vous ne pouvez pas m'empêcher de vous aimer.
Je continuerai de vous suivre jusqu'au bout de la terre s'il le faut.
Je vous en prie, laissez-moi.
Quand pourrons-nous nous revoir ? Je ne suis pas sûre d'en avoir envie.
Je vous aime.
Si vous m'aimez, partez tout de suite.
Je dois te présenter Tilly.
Je l'ai déjà vu.
Comment est-ce possible ?
Alors,
c'est pour ça.
Combien de fois as-tu vu cet homme ? Qui ? Monsieur Brooke ? Bien sûr, monsieur
Brooke.
Aujourd'hui, c'était la première fois depuis le Touquet.
Il a écrit et s'est fait très insistant. J'ai refusé de le voir.
Tu lui parlais dans le parc ? Il m'a suivi probablement. Je ne m'attendais
pas à le revoir, mon chéri. Et moi donc ? Je t'en aurais parlé, tu sais.
Vraiment ? Charlie, je te le jure.
Charlie, reste avec moi.
Tu n'as pas tenu ta promesse.
Charlie ! Charlie, ne t'en vas pas.
Comment allez-vous ? Vous buvez seul, à ce que je vois ? C'est un mauvais signe,
Beaumont, croyez-moi.
Rejoignez-vous à moi.
Non, merci.
J'ai d'autres projets.
À dire vrai, je me demande si je ne vais pas aller rendre visite à Mrs. Leslie.
On dit qu'elle a de nouvelles recrues ravissantes.
Voulez-vous vous joindre à moi ?
Non, merci.
Ah non, ça vous fera du bien.
Si vous n'avez pas envie de consommer, il y a toujours les tableaux vivants.
Il paraît qu'il y en a de nouveaux.
À ce qu'on m'a dit, y compris un peu plus de punition.
Ah ouais ? J'espère que je ne vous choque pas.
Tous les coups sont dans la nature.
Bonsoir.
Tu es revenu enfin.
Non.
Je reviens prendre mes affaires.
Ce soir, je vais dormir au club et demain, je vais partir à Hawkers.
Charles, pardonne-moi. Je sais, j'ai rompu ma promesse, mais ce n'était pas
ma faute.
Punis-moi comme tu le voudras, mais écoute-moi et aime-moi.
C'est bien vrai ? Oh oui.
Si je suis certaine qu'après, tu m'accorderas ton pardon.
Punis-moi.
Est-ce que tu vas me
faire très mal ? Tu seras puni comme tu le mérites.
Je ne sais pas ce qui m'a pris.
Je ne le ferai plus jamais.
Est-ce que tu aimes me battre ? Ne dis pas ça.
Je te supplie de me pardonner.
Je réfléchis à ce qui s'était passé. Je me sentais complètement vide, honteux de
ma conduite.
L'image de gentleman à laquelle j'aimais à m'identifier me semblait soudain
dérisoire et floue.
Le désir de lui faire mal, ce besoin soudain et incompréhensible chez moi, s
'évanouit tout aussi soudainement, me laissant désemparé, incrédule.
Pourquoi m'étais-je conduit de la sorte ? Charles ? Qu'y a-t-il ? Je viens de
prendre une décision.
Quelle décision ? Quelle sorte de décision ? Nous concernons.
Mais oui, je viens de prendre la décision de te quitter aujourd'hui.
Tu n'es pas sérieuse.
Or si, très sérieuse.
Je m'en vais tout de suite.
Mais France, pourquoi ? Je ne suis rien de plus que ta maîtresse et ce n'est pas
ce dont j'ai envie. Moi, je veux être une femme.
Je ne comprends pas.
Les circonstances m'ont obligée à emprunter l'identité d'un autre sexe.
Grâce à toi, Charles, j'ai pris tellement conscience de ma vraie nature
que je souffrais d'être devenue la chose de quelqu'un. La chose ? As-tu un
meilleur mot ? Que penses-tu de potiche ? Tu cherches à t'abaisser, c'est ça ?
Non, seulement à être vraie avec moi-même et avec toi aussi.
Je le sais bien.
Charles, je tiens encore tant à toi, chéri.
Mais pour toi, je ne serai jamais qu'une enfant et je veux, moi, être une femme.
As-tu pensé à devenir ma femme ? C'est bien vrai ? Je ne l'aurais pas dit
sinon.
Je ramenai France à Haukeust, radieuse de beauté, et la présentai au personnel
complet. Si les serviteurs furent surpris de voir leur nouvelle maîtresse,
ils étaient trop stylés pour le laisser paraître.
France fut parfaite de naturel et de simplicité, trouvant le mot juste pour
chacun, faisant en sorte de mettre tout le monde à l'aise, tout en observant une
réserve qu'exigeait son nouvel état d'épouse et de maîtresse de maison,
consciente de ses devoirs et de son rang.
Tout le monde fut conquis par la grâce innée de France, son sens de la
véritable élégance, celle qui ne s'apprend pas, celle qui émane de l
'intérieur.
C'est ainsi qu'elle entra dans mon existence, ayant vaincu les vicissitudes
et les laideurs de la vie.
Oh, où as-tu trouvé ça ? Je l'avais gardé comme souvenir.
Tu te souviens ?
Tu es irrésistible.
Et une vraie diablesse.
Malgré des débuts singuliers, notre vie avait fini par s'installer dans le
bonheur.
Mais je ne pouvais m'empêcher de penser à ce qui serait arrivé si France avait
été... réellement un garçon.
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