All language subtitles for Ivanovo destno (1962).fre

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Original subtitles

Maman… Il y a un coucou.

Maman !

L'ENFANCE D'IVAN

D'après Ivan, un récit de V. Bogomolov

Scénario : Vladimir Bogomolov,

MikhaĂŻl Papava

Mise en scène : Andreï Tarkovski

Image : Vadim Youssov

Décorateur : Evgueni Tcherniaev

Régisseur : Gueorgui Natanson

Musique : Viatcheslav Ovtchinnikov

Son : E. Zelentsova

Montage : Ludmila Feiginova

Orchestre cinématographique dirigé par Emin Khatchatourian

Avec

Ivan — Kolia Bourliaev

Kholine — Valentin Zoubkov Galtsev — Evgueni Jarikov

Katassonytch — Stepan Krylov Griaznov — Nikolaï Grinko

Le vieillard — Dmitri Milutenko

Macha — Valentina Maliavina La mère d'Ivan — Irina Tarkovskaïa

Camarade lieutenant.

Quoi ?

On a coincé un gamin. On m'a dit de vous l'amener.

Allumez la lampe.

Il rampait dans l'eau le long de la berge.

Il dit pas ce qu'il faisait là. Il répond pas quand on l'interroge.

Il dit : "Je peux parler qu'avec le chef."

Il a l'air exténué. Sauf que c'est peut-être du chiqué.

C'est le sous-lieutenant qui m'envoie.

Allons, viens te réchauffer près du poêle. Qui es-tu ?

Dites-lui de s'en aller.

Attendez lĂ -haut. Je vous appellerai.

Tu as perdu ta langue ? D'oĂą sors-tu ?

Je m'appelle Bondarev.

Prévenez le QG du 51 que je suis chez vous.

51 ? C'est quoi, ce QG ?

Le numéro que tu me donnes… c'est quelle armée ?

Poste de campagne VT-49550.

Allez, enlève-moi tout ça et frictionne-toi bien.

Tiens, elle est déjà sale.

Enlève ton pantalon, on en a vu d'autres.

C'est quoi, ces marques ?

Réponds-moi ! Qu'est-ce que c'est ?

Ça vous regarde pas. Et me criez pas dessus !

Je vous ai dit d'informer le QG que je suis lĂ .

Eux savent ce qu'il faut faire.

Me donne pas de leçons.

Je crois que tu comprends pas oĂą tu te trouves.

Ton nom ne me dit rien du tout.

Je te garderai ici tant que tu me diras pas qui tu es.

Tu me réponds ou pas ?

Allez, dis-moi d'oĂą tu viens si tu veux que je parle de toi.

- De la rive d'en face. - Quoi ?

Mais comment tu as traversé ? Tu peux prouver ce que tu dis ?

J'ai pas l'intention de prouver quoi que ce soit.

Et arrêtez de me questionner ! Ça vous retombera sur le nez.

Appelez tout de suite le QG du 51. Dites juste que Bondarev est lĂ .

Ils prendront les choses en main.

D'accord.

Passez-moi le 3.

Camarade capitaine, ici le 8. Nous avons chez nous Bondarev…

- Qui ? - Bondarev.

Il exige que "Volga" soit averti de sa présence.

Le commandant Bondarev ?

Non. C'est un gamin, pas un officier. Un gosse dans les 12 ans.

Qu'est-ce que c'est que ces plaisanteries ? Tu as bu ?

C'est que… Camarade capitaine, il dit qu'il vient de l'autre rive.

Sur un tapis volant ? Et tu crois Ă  ses racontars ?

Dites-lui que, s'il informe pas le 51, il aura de gros en…

Voilà… Tu voulais que je téléphone.

Résultat : je dois t'enfermer et sous bonne garde.

Je vous ai dit d'appeler le QG de l'armée, le 51 !

Vous avez appelé qui ?

J'ai pas le droit d'appeler l'état-major, moi.

- Je vais le faire, alors. - Ah non !

À qui veux-tu téléphoner ? Qui connais-tu si bien au QG ?

Le capitaine Kholine.

Et le lieutenant-colonel Griaznov.

Informez tout de suite le lieutenant-colonel Griaznov que je suis ici.

Ou c'est moi qui le fais.

"BaĂŻkal", passez-moi le 51.

Le 51 ? Ici le lieutenant Galtsev.

J'ai ici un nommé Bondarev. Il exige…

Bondarev ? Il est seul ?

Galtsev ! Écoute-moi attentivement.

Ne lui demande surtout rien. Pigé ?

Kholine part sur-le-champ le chercher. Occupe-toi de lui.

Attention, il faut lui parler gentiment.

Il a du caractère, hein ?

Donne-lui du papier et un crayon.

Tout ce qu'il écrira, tu me l'envoies en urgence. Pigé ?

Ă€ vos ordres.

Veux-tu manger un bout ?

Après.

Je ne regarde pas, sois tranquille.

Passez-moi le 13.

Vassiliev ?

Apporte-moi deux seaux d'eau chaude et un baquet.

Quoi ?

Oui, pour me laver.

C'est ça, me laver.

Lave-toi, je reviens.

Merci.

Comme c'est profond.

Bien sûr.

Au fond d'un puits très profond,

même en plein soleil, on peut apercevoir une étoile.

Quelle étoile ?

N'importe laquelle.

Je la vois, maman, je la vois !

Oui oui. Tout lĂ -bas.

Et pourquoi elle brille ?

Parce que pour elle, c'est la nuit.

Elle brille comme s'il faisait nuit noire.

Mais il ne fait pas nuit…

Il fait jour.

Il fait jour pour toi… et pour moi aussi.

Pour elle, il fait nuit.

Maman !

Ils sont pas encore lĂ  ?

Non. Dors. Je te réveillerai quand ils arriveront.

Vous êtes resté pendant que je dormais ?

Oui, pourquoi ?

J'ai parlé dans mon sommeil ?

Non.

Pourquoi ?

Comme ça.

Avant je parlais jamais, aujourd'hui je sais plus.

Je suis nerveux, je sais pas pourquoi.

Ivan !

Kholine !

Comment ça se fait ?

Katassonytch t'attend Ă  Dikovka et toi, tu es ici.

Les Allemands campent sur la rive. Impossible d'y accéder.

J'étais fatigué et j'ai eu une crampe. J'ai cru y rester.

- Tu as traversé à la nage ? - Te fâche pas.

La rive est pleine d'Allemands.

Essaie donc de trouver le canot dans le noir.

On t'attraperait direct.

Regarde Ă  quoi tu ressembles : la peau sur les os.

Fais avancer la voiture au plus près.

Salut.

Dis au planton qu'il ne laisse entrer personne.

Attends.

Tiens, habille-toi.

Avance.

Stop !

T'étais où ?

- Tu vas où ? - Remettre du pétrole.

Laisse tomber. On s'en va.

Ă€ nos retrouvailles.

Kholine…

Katassonytch m'attend près de l'arbre sec.

Buvons Ă  ce qu'il s'en tire.

Tiens.

- Ici le 20, j'écoute. - Ici le 51.

Tu m'entends, Malychev ? Vous étiez pas d'accord.

Eh bien, c'est eux qui ont raison. J'opte pour Fiodorovka.

Mais nous avons déjà pris nos dispositions…

T'énerve pas ! On en a déjà parlé.

Permettez, camarade colonel ?

- Entre donc. - Que dites-vous ?

On en a déjà parlé.

J'ai des informations précises.

De première main.

Alors, Katassonytch ? Tu t'es fait saucer toute la nuit pour des prunes ?

Assieds-toi.

Ivan est déjà là.

Il a pas pu s'approcher de la berge de l'arbre sec.

Il dit que ça grouille de Frisés.

Des patrouilles.

Comment a-t-il pu s'en tirer ?

Ă€ la nage.

Ça alors.

Même un homme aurait pas pu et lui…

Allez, ça suffit, les bêtises.

Ivan, attends !

Ce n'est pas possible, camarade colonel !

Il dit qu'on m'expédie à l'arrière !

À l'école militaire, que c'est votre ordre !

C'est vrai ?

VoilĂ  comment vous ĂŞtes.

Vous m'avez menti ?

Vous allez bientĂ´t contre-attaquer ! Je serai utile.

Vous avez dit que l'essentiel était le renseignement,

que l'âme du front était le renseignement !

Et maintenant, vous me renvoyez ?

J'irai pas.

Si vous m'y mettez de force, je me sauverai chez les partisans.

Ivan, tu vas aller me faire cette école, pigé ?

Je ne veux plus t'entendre et je ne reviendrai pas lĂ -dessus.

Eh bien moi, si !

Kholine, dis-lui que je saurai me rendre utile !

Je ferai tout mon possible !

Je peux pas y aller !

Katassonytch, dis-leur, je peux pas aller à l'arrière !

En voilĂ  assez ! Je ne veux plus en entendre parler.

Bon… L'école des officiers, l'orphelinat…

Ça m'est égal.

Doucement, toi.

Le poêle a toujours été là et il y restera.

Où est-il donc passé ?

Je l'avais pourtant mis là…

Tu vas loin ?

Oui, loin.

Ah bon.

Tout le monde s'en va loin, alors.

Pour quoi faire, hein ? Va savoir.

J'ai perdu un clou.

Tu veux bien m'aider Ă  le trouver ? Puisque t'as rien Ă  faire.

Entre donc.

Le poêle, il est résistant.

Il peut pas brûler, lui.

Le voilĂ . Il est pas tordu.

Ce n'est pas ça…

Ta maman, elle est oĂą ? En vie ?

Ma vieille aussi, les Allemands l'ont fusillée.

Où est-il passé ? Il était là tout à l'heure.

Un grand…

Avec des lunettes.

Et des cheveux jusque lĂ .

- Au fait, tu t'appelles comment ? - Ivan.

Comme ça, Pélagie reviendra… C'était le nom de ma vieille.

Moi, je rangerai l'isba.

Te voilà, Ivan…

Tu crois que j'ai rien d'autre à faire que de courir après toi dans la boue ?

Personne vous a demandé.

Tâche de parler poliment. Pigé ? Il veut rejoindre les partisans.

File dans l'auto ! Cette fois, tu ne te sauveras plus.

- C'est ce qu'on verra. - J'ai dit : en voiture !

Je me sauverai de l'école militaire.

Je me suis déjà sauvé de l'orphelinat.

La belle affaire.

"Je me suis sauvé de chez pépé et mémé…"

Dieu… Mais quand est-ce que tout cela finira ?

Comprends un peu, grand nigaud, que c'est pas ton affaire, la guerre.

Vous aviez promis de pas m'envoyer à l'arrière.

Liakhov et Moroz ont été tués parce qu'ils étaient grands.

Moi, je me faufile partout.

Et je suis tout seul, vous savez bien.

J'ai plus personne.

Assez, Ivan. Ça suffit. C'est décidé.

Y a rien de décidé du tout !

Vous êtes pas mon père pour décider.

Est-ce que tu vas te taire ?

Ou je te flanque une raclée.

Je me sauverai si vous me laissez pas partir.

Je suis mon propre maître.

Son propre maître…

Misère de misère.

On me signale des poux dans la 5e compagnie.

Et le linge des soldats est mal bouilli.

Tâchez de faire votre travail comme il faut.

- À vos ordres, camarade lieutenant. - Ça ne peut pas continuer ainsi.

À vos ordres…

Quand l'offensive sera déclenchée, on aura d'autres chats à fouetter.

Je ferai le nécessaire.

Je vous remercie.

Une lettre de chez vous ?

- Oui, de chez moi. - Bonnes nouvelles ?

Bonnes, oui.

Salut, chef.

Je te cherchais, et toi…

Continuez donc. Je vais attendre.

Vous êtes gradée. Exigez plus de vos subordonnés.

Vous ne devez pas faire vous-même toutes les corvées.

LĂ , le secteur est calme.

Mais quand l'offensive sera lancée,

il y aura les blessés à soigner.

Je ne sais pas ce que je vais faire de vous.

Puisque vous commandez, mettez un peu d'ordre ici.

Vous avez 2 jours pour me faire votre rapport.

Ce sera fait.

Ne vous inquiétez pas, tout ira bien.

Comment vous appelez-vous, lieutenant du service sanitaire ?

Macha.

Joli prénom.

Moi, c'est Léonid.

Lionia pour les intimes.

- Vous en avez déjà connu ? - Quoi ?

- Des gens qui s'appelaient Lionia ? - Non.

Donc je suis le premier ?

- Vous ĂŞtes ukrainienne ? - Et pourquoi donc ?

Jolie, et du caractère.

Non, j'habite près de Moscou.

Peredelkino… 20 minutes par le train.

Chez nous, Ă  300 km de KrasnoĂŻarsk, c'est encore la banlieue.

Sourikov y a vécu. Le peintre.

Vous connaissez ?

Chez nous, ce sont des écrivains.

Une fois, j'ai croisé Alexis Tolstoï.

Une autre fois, Tchoukovski… Très grand, les cheveux gris.

Ils se promenaient dans le bois.

- Vous avez été blessé ? - Eh oui.

On arrĂŞte de se vouvoyer ?

Non ?

Allez, on se dit "tu".

- Je ne peux pas si vite. - Moi si.

Vas-y petit Ă  petit. Moi, c'est fait. D'accord ?

- Qu'est-ce qu'il y a ? - Une toile d'araignée.

Et ça te fait peur ?

En voilĂ  un soldat.

Bel exemple donné à la troupe.

À l'exception des araignées, je n'ai peur de rien.

De rien ?

Vassiliev !

Vous avez vu le capitaine Kholine ?

Camarade lieutenant, il est parti par lĂ 

avec l'aide-médecin.

Marche sur le tronc.

Puisque tu n'as peur de rien.

Parfaitement.

Ça suffit, non ?

Saute, je t'attrape.

Tu as eu peur ?

Alors pourquoi ?

Comme ça.

Si, t'as eu peur.

Allez, va…

je te pardonne.

Je n'ai pas besoin qu'on me pardonne.

Pas besoin ?

- Je vais t'aider. - Pas besoin.

Tu fais tout seule ?

Macha…

Viens près de moi…

Pourquoi ?

Viens, Macha.

Mais pourquoi ?

Viens vite.

Vite.

Maintenant, va-t'en.

Tu entends ? Va-t'en vite.

Vite, vite, Macha…

Allons passer tes troupes en revue.

Ils sont lĂ -bas.

Liakhov et Moroz.

Va en fumer une.

- Bonjour, chef. - Salut, Katassonytch.

Galtsev, passe-moi le plan des fortins.

Va m'attendre dans ton "métro".

Je te rejoins.

Camarade lieutenant,

j'ai dégoté un disque chez les artilleurs.

Paraît que vous avez un phono. On pourrait l'écouter.

Oui, mais le phono est cassé.

On va le réparer.

Merci, Katassonytch.

Mon capitaine, on a beau dire, c'est le meilleur endroit.

Où débarquerons-nous ?

On débarquera plus bas. Là-bas, dans les broussailles.

Ce sera parfait.

Faudra vous entendre avec les artilleurs, hein ?

Pour qu'ils nous laissent un passage.

BIENVENUE !

Tu aurais pu creuser plus profond, non ?

Tu sais qui est lĂ -bas, en face ?

- Je sais. - Tu peux pas les ramener ?

Il y en aurait pour une heure, pas plus.

Laisse tomber.

- Tu as des canots ? - Non.

- Inutile de mentir. - Qu'est-ce que tu veux en faire ?

J'en ai besoin.

- Tu mens très mal. - Ils sont réservés au franchissement.

Justement, j'en ai besoin.

Vous préparez une reconnaissance ?

On va aller pique-niquer avec ton vieux phono.

C'est encore Ivan qui va y aller ?

Je ne suis pas un bureau de renseignements !

Qu'est-ce que tu as ?

Rien. Mais ton aide-toubib est pas mal du tout.

Je demanderai qu'on la mute. Elle ne fait pas l'affaire.

Quelle brute tu es, Galtsev. Tu manques de délicatesse.

La guerre, c'est pour les hommes.

Les filles n'ont rien Ă  faire lĂ -dedans.

Bon. Je n'ai plus besoin de toi. Toi qui es un homme…

Pardon, vous vous appelez Macha ?

Oui, Macha.

Vous ne vous souvenez pas de moi ?

Non, pas du tout.

Nous avons passé les examens d'entrée à la fac ensemble.

Ah oui… Je me rappelle.

Je suis heureux de vous revoir !

Moi aussi.

Qu'êtes-vous devenue après les examens ?

Je vous ai cherchée, cherchée… et voilà où je vous retrouve !

J'arrive !

Je vous ai retrouvée !

On va se revoir, hein ?

On se reverra !

BIENVENUE !

- Camarade capitaine. - Katassonytch.

- Il est lĂ . - Fais-le entrer.

- Kholine, salut. - Salut, Ivan.

Ivan ?

Bonjour.

Galtsev, aide-le.

- Bonjour, mon vieux. - Bonjour.

Galtsev,

trouve-nous quelque chose d'intéressant : journaux, revues.

Mais des trucs illustrés, hein ?

Viens par ici.

Tiens. C'est sur les éclaireurs.

Je l'ai déjà lu.

Celui-lĂ  alors ?

Celui-lĂ  aussi.

- Et celui-lĂ  ? - Aussi.

- Tu rigoles ? - Non, c'est vrai.

Tout ce temps, j'étais à l'état-major, j'ai fait que lire.

Trois jours Ă  rien fiche, juste lire.

Moi, j'y ai trouvé un ressort pour le phono.

Bravo, Katassonytch. Il est sous le lit.

C'est quoi, ce grand bouquin ?

- Prise de guerre. Un livre d'art. - Y a des images ?

- Il n'y a que ça. - Fais voir.

Tu l'entendrais "chprécher". Un vrai Frisé.

L'an passé, il était interprète et le voilà qui commande au bataillon.

C'est eux tout craché.

Ce sont des Allemands ?

Oui, une gravure ancienne.

C'est quand même des Frisés.

Et celui-lĂ , Ă  cheval, maigre comme un clou.

J'en ai vu un tout pareil sur une moto.

Regarde, eux aussi piétinent les gens.

C'est juste une image.

Tu parles !

Je les connais, moi.

Et ça, c'est qui ? Un Frisé ?

Ça doit être un médecin allemand ou un écrivain.

Ils ont pas d'écrivains.

J'ai vu comment ils ont brûlé des livres sur la place.

Ils les avaient arrosés avec de l'essence.

La cendre a volé une semaine…

C'est un vieil écrivain. Il vivait il y a 400 ans.

Alors, si c'est un vieux, peut-être…

S'ils nous repèrent, nos artilleurs les attaqueront.

Il faudra laisser un passage par le marécage pour Ivan.

Je partirai en dernier.

Pigé ?

Et ça, qu'est-ce que c'est ?

Je vais emprunter une barque Ă  fond plat Ă  Galtsev.

- Et moi, vous m'emmènerez ? - Où ça ?

Sur l'autre rive.

Dis donc.

Voyez-vous ça, un volontaire !

Tu sais nager au moins ?

T'inquiète pas, je peux faire cinq allers-retours.

Fortiche, le gars !

Et tu sais te servir d'un fusil ?

Écrase, à la fin !

Il démarre au quart de tour.

Aucune maîtrise de soi.

Et ça veut faire la traversée.

- Alors t'auras pas la barque. - On la prendra sans toi, tiens.

S'il le faut, j'appelle le commandant et tu nous l'apporteras sur ton dos.

ArrĂŞtez de vous disputer, quoi.

Il la donnera, la barque. Tu la donneras, hein ?

C'est bon. Allons voir.

Toi, tu restes ici. Repose-toi.

Quel couteau !

Dis…

Galtsev, donne-le-moi.

Je te l'aurais bien donné, mais…

Donne-le-lui, sois pas pingre.

C'est un souvenir. Il était à un bon copain qui est mort.

Ben au moins jusqu'Ă  ce soir ?

Bon, prends-le.

Pourquoi dois-je vous suivre ?

Vous m'emmenez pas. Vous savez oĂą sont les barques.

Allez, va.

Je t'emmènerai, mais pas aujourd'hui.

Après la guerre.

Et voilĂ  le travail.

On écoutera ça à la popote du soir.

Tu en auras un tout pareil.

Demain, je te trouverai ça.

Demain !

- Où sont ses parents ? - À qui ?

Ă€ Ivan.

Je sais pas.

Je crois que sa mère et sa sœur ont été tuées.

Son père était garde-frontière. Sans doute tué à son poste.

Je vois.

Tu n'as pas idée de ce qu'il a enduré.

Il a été chez les partisans. Partout.

Qu'est-ce ce qu'il va devenir ?

Je suppose que, la guerre finie,

le lieutenant-colonel ou Katassonytch vont l'adopter.

Pourquoi eux et pas toi ?

Je le prendrais bien, mais le lieutenant-colonel dit

qu'il faudrait commencer par faire mon éducation à moi.

Katassonytch !

C'est vrai qu'il s'y connaît pour piquer les barques.

Il prend que les meilleures.

Allez, avoue, Galtsev : combien de pêcheurs as-tu pillés ?

- Laquelle ? - Celle-lĂ .

- On la prend. - Non.

- Quoi, non ? - Il faut le renvoyer à l'arrière.

La guerre, c'est pas pour les enfants.

Tu me fatigues.

Ce serait une erreur de l'empĂŞcher d'aller avec nous.

Il ira quand même et ça finira mal.

Allez, Katassonytch.

Il a que ça en tête…

Se venger jusqu'au bout.

Laisse tomber. Ces petits gradés réfléchissent pas.

Tu disais que tu voulais l'adopter, et maintenant…

Tu m'agaces ! Dégage ! On se débrouillera sans toi.

- Ça suffit, Kholine… - Quoi, Kholine ?

Le colonel a pas tort. T'as pas fini ton éducation.

File, garnement. Ou je me plaindrai au commandant de la division.

Alors…

Rester calme…

Maître de soi…

Allez…

Attention.

Rappelez-vous :

il faut le prendre vivant.

Pigé ?

ON EST 8 ICI.

L'AÎNÉ A 19 ANS.

ILS NOUS EXÉCUTENT DANS UNE HEURE.

VENGEZ-NOUS !

Hourra !

Encerclez le bâtiment !

Ne le laissez pas s'échapper !

Haut les mains ! Sors de lĂ .

Tu te caches ?

On me la fait pas, Ă  moi.

T'as les chocottes ?

Tu vas répondre…

Tu vas me le payer…

Je vais te…

Tu crois que j'ai oublié ?

Ce sera moi, ton tribunal !

Je vais te… Je vais…

On vous attendait pour le thé, capitaine.

Merde ! C'était notre meilleur canot.

Remercie le bon Dieu d'ĂŞtre encore lĂ .

Au lieu de parler de canot.

Plus vite !

Mais plus vite, enfin !

Ivan !

N'aie pas peur, ça va s'arrêter.

Qu'as-tu, Ivan ?

J'ai pas peur.

Tu as été chez les partisans, à ce qu'on m'a dit ?

- Oui. - Et pourquoi tu es parti ?

On s'est fait encercler dans la forĂŞt.

Ils m'ont envoyé par avion dans un internat.

Sauf que je me suis barré fissa.

On apprenait que des âneries.

Comme "l'importance des herbivores dans la vie de l'homme".

L'internat, c'est pas ce qu'il te faut.

Toi, c'est l'école d'officiers, sûr.

C'est Kholine qui t'a soufflé ça ?

Aucun rapport avec Kholine. Moi aussi, je peux réfléchir.

Je suis du mĂŞme avis.

Tu as fait la guerre. À présent, tu dois te reposer, étudier.

Quand il y a la guerre, qui se repose ?

Ceux qui sont bons Ă  rien.

C'est exact.

Seulement, la guerre, c'est pas ton affaire.

Pas mon affaire ?

Est-ce que t'as jamais été à Trostianets ?

- Où ça ? - Au camp de la mort.

Tu vas me faire la morale encore longtemps ?

Tu comprends rien !

Vous êtes tous de mèche.

Tu continues de fumer ? Vas-y, vas-y…

Le tabac, ça te fait les poumons verts.

Verts ? Et alors ? Personne les voit.

Mais moi, je veux pas que tu fumes.

Très bien, je vais arrêter.

Dans une heure et demie, nous partons, alors on dîne.

OĂą est Katassonytch ?

Chez le commandant. Convoqué à la division.

Comment ça, il est parti ?

Sans passer nous voir ni me souhaiter bonne chance ?

Il a été appelé en urgence.

Je ne comprends pas ce qui a pu se produire.

Ils savent qu'on a besoin de lui.

Pourquoi le convoquer ?

N'empĂŞche qu'il aurait pu passer. DrĂ´le de copain.

Donc on va y aller Ă  deux ?

Non, Ă  trois. Il va venir avec nous.

Cesse de sourire, toi. Et me regarde pas comme ça.

C'est bien toi qui voulais, non ? Et à présent tu te défiles ?

Non, c'est un peu inattendu, c'est tout.

Inattendu ? Dans la vie, tout est inattendu.

- Vous permettez ? - Oui.

Qu'y a-t-il ?

On a réparti les renforts, lieutenant.

- OĂą ? - Dans la 2e et la 3e compagnies.

Merci. Vous pouvez disposer.

Ă€ vos ordres.

Je tenais pas du tout à t'emmener. J'y suis obligé.

À toi de décider.

Parce qu'après tu diras que je t'ai forcé la main.

Enfin quoi, tu me prends pour un gosse ?

C'est bon.

Par qui comptes-tu te faire remplacer ?

Par Gouchtchine.

Le chef de la 5e compagnie.

De toute façon, si on apprend que tu es allé sur l'autre rive…

et qui plus est volontairement…

ça chauffera drôlement pour nos matricules.

MĂŞme si ton absence ne devrait pas ĂŞtre longue.

VENGEZ-NOUS !

Ivan, debout ! Tu entends ? On s'en va.

Et Katassonytch est parti sans passer nous voir.

Je t'ai dit qu'il avait pas pu.

Tu sais bien combien il t'aime.

Je sais, mais il aurait quand mĂŞme pu faire un saut.

Tiens. Habille-toi.

- Je t'aide ? - Pas la peine.

On essaie ?

Pour vérifier.

Sors les allumettes.

Ça va pas ?

ON EST 8 ICI. L'AÎNÉ A 19 ANS.

ILS NOUS EXÉCUTENT DANS UNE HEURE. VENGEZ-NOUS !

Section, Ă  vos postes !

Va à la tranchée et distrais-les.

Faut pas qu'ils nous voient.

Et sans commentaires.

Donne-moi du feu.

Et lui, c'est qui ?

C'est vraiment…

C'est vraiment trop bĂŞte.

Ils ont pris la barque, fumé une cigarette…

Le capitaine était posté là, et lui…

Lui, il sortait de la tranchée.

Il a pas levé la tête qu'il s'est mis à glisser en arrière.

On a mĂŞme pas entendu le coup de feu.

Le capitaine s'est précipité, l'a secoué : "Kapitonytch !"

Trop tard, il avait son compte.

Le capitaine a dit de le laisser ici jusqu'au matin.

Surtout pas de commentaires. Prends les rames.

Qui c'est ?

Kholine, qui c'est ?

Ce sont nos gars, Liakhov et Moroz.

Ils étaient venus te chercher.

On a encore du temps.

Attendez-moi ici. Je reviens.

- Viens ici, c'est plus sec. - Aucune importance.

- Une mitrailleuse de gros calibre. - Tu as la trouille ?

Un petit peu.

Je suis nerveux, je sais pas pourquoi.

C'est comme faire la manche : je peux pas m'y faire.

- Faudrait les enterrer. - Qui ça ?

Liakhov et Moroz.

Bien sûr qu'on les enterrera.

Moins fort ! Très bien.

Tout est prĂŞt. Allons-y.

Ça y est. Nous y sommes.

- Tout va bien ? - Oui.

- Bon, je vais y aller. - Je t'accompagne un peu.

Non, t'es trop grand. On se ferait repérer.

Et si j'y allais, moi ?

Tu vas laisser des traces dans la glaise. Je te porterai.

Je t'ai dit que j'irai seul.

- Alors, à bientôt. - À bientôt.

Ă€ bientĂ´t.

Surtout sois prudent.

Si nous bougeons, attends-nous Ă  Fiodorovka. Compris ?

- À bientôt. - Au revoir, Ivan.

Ça va pas ?

J'en aurais bien grillé une.

- Tu voudrais pas aussi revoir maman ? - Tais-toi, imbécile.

Parce que moi, ça me déplairait pas, hein ?

- Ils vont découvrir la barque. - Et s'ils repèrent Ivan ?

T'es quoi, une canaille, un salaud ou un idiot ?

Un idiot, ça doit être ça.

T'es un névrosé.

Faudra te faire soigner après la guerre.

S'il n'y avait pas cette fichue glaise…

Ce qu'il faudrait, c'est une bonne pluie. Pour tout effacer.

Je crois qu'il a réussi.

Attends-moi ici, je ramène la barque.

Quand tu me verras revenir, appelle-moi en allemand.

- Essaye voir ? - Halt !

Et si j'ai des ennuis, tu retournes Ă  la nage.

Toi qui fais cinq fois l'aller-retour.

Et si tu es blessé ?

C'est pas ton problème.

Halt !

Tais-toi donc… Merde. Viens ici.

Dépêche.

- Qui est-ce ? Eux ? - Eux, oui.

Hier c'était eux, aujourd'hui c'est nous.

Monte.

- Le secteur reste calme ? - Très calme.

VoilĂ . Et toi qui avais peur.

OĂą vas-tu ?

Pourquoi on rentre pas ?

- La première neige. - Kholine !

Et s'il n'est pas passé ? S'il nous attend là-bas dans un trou ?

Saute dans l'eau !

Buvons à…

Est-ce que je peux vous dire deux mots, lieutenant ?

Macha ?

À qui étais-tu en train de parler

sur la route ?

Quelqu'un que tu connais ?

Oui, un ami.

Un ami…

Celui avec des lunettes ?

Non, pourquoi ? Il n'a pas de lunettes.

Pas de lunettes ? Raconte. Un drĂ´le de zigue.

Je ne lui trouve rien de drĂ´le.

Vous venez pour quoi, lieutenant ?

Vous faire mes adieux.

J'ai demandé sa mutation. On l'envoie dans un hôpital.

C'est très bien.

Macha.

Tu entends, Galtsev ?

Macha, tu entends ?

Quel silence incroyable…

La guerre…

Mes frères !

Victoire !

CHANCELLERIE DU REICH

Je peux vous y mener.

- C'est loin ? - Non.

Approchez. Plus près.

Encore un peu.

- Vous pouvez identifier ces corps ? - Il dit qu'il peut.

C'est Goebbels, avec sa femme et ses filles.

Goebbels a tué toute sa famille, il leur a fait prendre du cyanure.

Il a donné l'ordre d'arroser son corps d'essence.

- Et de le brûler. - D'essence ?

Il dit qu'il peut montrer l'endroit.

Hier, il l'a vu et lui a parlé.

Cette nuit il a empoisonné sa femme et ses enfants…

C'est bon. Venez.

Se peut-il que ce ne soit pas la toute dernière guerre ?

T'es un névrosé, Galtsev.

Je te l'ai dit, il faut que tu te soignes.

Non, attends, Kholine…

Toi, tu es mort.

Moi, je m'en sors vivant.

Et c'est à moi de penser à tout ça.

Fusillée.

Exécuté.

Fusillée.

Exécuté.

Fusillé.

Fusillée.

Exécuté.

Exécuté.

Fusillé.

Exécuté.

OĂą est-elle, cette petite crapule ?

Tu as les clés ?

Le voilĂ .

Sors de lĂ  en vitesse.

Avance donc, salaud de partisan !

Il nous en a donné, du fil à retordre.

Allons, avance tout droit.

Terminus.

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