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Bonjour. Bonjour.
Bonjour, commandant.
Martial Prière, c'est le nom de la victime, 23 ans, sans emploi.
C'est par habitude immobile au 3e.
C'est un voisin qui descendait ses poubelles qui a découvert le corps ce
matin Ă 6h.
Pas de quoi dessaisir le SDPJ.
Bon, Ă part chĂ´meur et banlieusard, il faisait quoi, ce mec-lĂ ? Skinhead.
Vous savez, ces jeunes gens aux crânes rasés, buveurs de bière, nostalgiques du
Troisième Reich.
Avec ce meurtre, une montée des violences est à craindre que la police
locale n'ait plus en mesure de les amorcer.
Le commissaire Guérec, que vous connaissez, va vous expliquer.
Commandant.
Commandant ? Mais non.
On peut encore vous tutoyer ? Ouais, c'est bon, ça va.
Excuse-moi de débarquer sur tes plates-bandes. Je suis à trois mois de
la retraite.
Saint-Malo.
Alors la guérilla, entre les tondus et les frisés, merci.
Maintenant, ma devise, c'est qui peut le moins, peut le moins.
Je savais que t'avais un goût très sûr pour les poncifs, mais là , tu te
surpasses.
Bien.
Blessure unique, plaie étendue et profonde au niveau du parietal gauche,
vraisemblablement ayant entraîné la mort, objet contondant à déterminer.
On veut
exclure d'entrée le crime crapuleux, on a retrouvé ça sur
les portables, papiers, cartes bleues, et une cinquantaine d'euros en liquide.
Très bien.
Le marchand, Ă quelle heure vous situez lors de la mort ? Je dirais une dizaine
d'heures environ.
En revanche, ce que je puis affirmer, c'est que la victime a été tuée
ailleurs, puis transportée ensuite dans ce local quasiment.
Aucune trace de sang sur le sol, en revanche, ses cheveux et ses vĂŞtements
sont maculés de traces de boue. On a aussi retrouvé ça.
Et ça.
Ah, P08.
Un Luger P08 Parabellum. Oui, une arme réservée aux officiers SS méritant et
remis généralement avec la croix de fer de première classe.
Vraiment, celui-ci a été modifié.
On aurait changé le percuteur.
C'est une arme très rare, très utilisée par les collectionneurs.
Très coûteuse.
C'est vrai que c'est pas le genre d'équipement qu'on s'attend à trouver
sur un louvard de banlieue.
Et pour finir, les croisés d'Île-de-France. Une carte de membre sur
Croix d'Occident.
Des croisés d'Île-de-France ? C'est pas sérieux, on dirait un titre de BD.
Depuis quatre ans, ces skins sont une véritable gangrene.
Ils sèment la violence un peu partout dans la commune.
Ah oui ? Et puisque vous savez que vous ne faites rien ? Et on fait ! On
multiplie les descentes chez les skins.
Mais ça sert à rien.
Personne ne porte plainte. Avant-hier, un jeune marais bain a été amené à l
'hôpital. Sérieusement amoché, à la sortie d'un concert de rail.
Et comme par hasard, Martial Prieur est retrouvé mort deux jours plus tard.
Ça s'est ennumé depuis six mois.
Depuis qu'un jeune beurre, Mokhtar Ben Saada, animateur Ă la MJC, a disparu.
On a retrouvé son t-shirt, vaculé de sang, devant chez lui.
Mais on sait pas ce qu'est devenu le corps.
Mais là , la famille a porté plainte, quand même.
Oui, la formation judiciaire a été ouverte contre X, mais avec cette loi du
silence, démerdez-vous. On va pas baisser les bras, on va essayer quand
mĂŞme, non ? Bon, ils se donnent bien rendez-vous quelque part, les nazillons,
là . À la Boule Blanche, rue Jean Jaurès.
Le bar appartient à leur gourou, Paul Saubert, une personnalité locale.
Bon, Louvi et Sisko, vous allez Ă la boule blanche, vous me cuisinez Saubert
et ses affreux.
Et démerdez-vous pour en tirer quelque chose.
On va voir les parents.
Salut, merci.
On m'a toujours dit que quand on élève bien les enfants...
Depuis 32 ans, j'en ai tiré des câbles pour bien l'élever, mon fils.
Je travaille Ă EDF.
Votre fils, Martial, il vivait chez vous ? Il est jamais parti.
Ils sont comme ça, les gosses, maintenant.
Qu'est-ce qu'il faut faire ? Les foutre dehors, c'est pas une solution, non
plus.
Les amis de votre fils, vous les connaissez ? De vue.
Je ne comprends pas ce qu'il fabriquait avec.
Vous en parliez avec lui ? Je ne l'ai rien entendu.
Moi, je n'arrivais plus Ă lui parler.
C'est tout.
On aurait dĂ» ĂŞtre plus durs, enfin moins surtout.
Vous avez d'autres enfants ?
Catherine, c'est l'aînée. Elle n'habite plus ici, mais elle est au courant pour
Martial, elle va revenir.
Et votre femme ? Avec Martial ? C'est... C'est sa mère.
Elle ne le voyait pas comme il était.
Je ne le connaissais mieux que personne, c'était mon fils.
C'était un gamin influençable.
Déjà à l'école, il se mettait avec les plus voyous, mais c'est parce qu'il
voulait ĂŞtre comme les autres.
Il était pas mauvais.
Il était pas mauvais, ça, j'en suis sûr.
Enfin, plus tard hier soir, il m'a dit qu'il avait compris qu'il allait enfin
les quitter, ses croisés.
Il vous a dit pourquoi il voulait les quitter ? C'est-Ă -dire que j'aimais pas
l'influence de ce type, ce Saubert.
Il passait ses journées au bar avec lui, avec les autres.
Ça m'inquiétait.
Alors on a discuté.
Ă€ moi, il me parlait.
Il m'a dit qu'il avait enfin compris Ă qui il avait affaire.
D'ailleurs, il avait décidé de trouver du travail.
C'est la première fois que vous avez ce genre de discussion ? Non.
Mais cette fois, c'était sérieux.
Vous m'avez dit que votre fils était rentré à 20h et qu'il avait dîné avec
vous. Il était comme d'habitude ? Oui.
Enfin, j'en sais rien. Je sais pas, je sais plus.
Il avait prévu de sortir hier soir ? Il sortait tous les soirs.
Et après dîner, on regardait la télé tous les trois.
Il a reçu un coup de fil sur son portable et...
Il est venu ici dans sa chambre pour répondre, pour pas nous déranger.
Après, on a entendu qu'il s'énervait.
Ensuite, il a appelé quelqu'un, je sais pas qui, pas longtemps.
Et puis, ensuite, il a pris son douzon.
Il a dit qu'il rentrerait tard.
Et il est jamais rentré.
Qu'est-ce que vous avez fait après son départ ? On a regardé son film. Moi, je
suis venu ici dans sa chambre, j'ai rangé.
Marshall aimait bien trouver sa chambre en ordre en rentrant. Est-ce que vous
connaissez l'arme qu'on a retrouvée sur votre fils ? Oui.
C'est ce sommer qu'il lui avait donné.
Un revolver des Allemands pendant la guerre.
Mon fils la portait toujours sur lui, pour se défendre.
Pour se défendre.
Rien que pour se défendre.
Paul Saubert, vous connaissez ? Après, on s
'étonnera. Une seule paire de couilles pour deux flics, elle est belle, la
police française.
Je vous en prie, essayez-vous.
Je suppose que vous ĂŞtes venu pour me parler de la mort de Martial. Non, on
est venu pour vous entendre sur ce sujet.
Martial était un garçon formidable, un pilier de notre association.
Avec lui, c'est un peu l'âme des croisés qui disparaît. C'est quoi exactement
comme association les croisés de l'île de France ? Une association loi 1901
capitaine, dont les statuts ont été enregistrés à la chambre du commerce et
qui a pour mission de préserver et de les faire connaître les traditions et
les coutumes de l'île de France.
Ils sont quand même stéréotypés vos sociétaires.
Non ? On dirait que vous n'aimez pas trop les mélanges.
Y a-t-il beaucoup de pakistanais dans les associations chinoises ?
Personnellement, j'en doute.
Et pourtant, croyez-moi, ces communautés sont assez largement représentées dans
la commune. Eh bien, pour nous, c'est pareil.
A chacun ses priorités, ses préférences culturelles. Où est le mal ? Tabasser
quelqu'un parce qu'il n'a pas la mĂŞme race ou la mĂŞme religion que vous, c'est
aussi une tradition francilienne. Nous avons été ignoblement salis,
mademoiselle, mais jamais condamnés. Vous avez intérêt à retrouver l'enculé
qui a buté Martial ou sinon on va s'en occuper nous-mêmes, débronzés.
Dom, tu te calmes.
Bon, on n'est pas là pour débattre.
On voudrait juste savoir quand vous avez vu M.
Martial Prieur pour la dernière fois et ce que vous faisiez vous hier soir.
Martial a été vu pour la dernière fois ici même hier soir vers 19h. Ensuite, il
est rentré chez lui pour dîner.
Quant à moi, j'ai dû rester jusqu'aux environs de 20h puis je suis rentré chez
moi. Je n'ai pas quitté mon domicile de la soirée.
Bien. Et l'arme que vous avez offerte à M. Prieur, vous saviez qu'elle était en
état de marche ? Mais pas du tout.
C'était une arme de ma collection personnelle et parfaitement inoffensive.
Je la lui avais offerte pour son anniversaire, en mars dernier.
Soit un mois avant la disparition du moagrébin Mokhtar Ben Saada.
Salope de flic, putain de couille ! Répète, mais en face, parce que t'as des
couilles, toi ! J'ai rien dit, moi ? J'ai dit quelque chose ? Comment
tu t'appelles, connard ? Je m'appelle Martial Prieur.
Martial rieur.
Martial rieur.
Martial rieur. Stop, stop ! Capitaine, qui sème le vent ?
Je veux la liste complète de tous vos adhérents. Super.
Tous.
Quant à vous, messieurs, j'espère que vos casiers sont aussi immaculés que vos
idées politiques.
S'il te plaît.
Allez, allez. Au revoir.
Au revoir, au revoir.
Vraiment secouer ma parole ? Si y'en a qui te foutaient sur la gueule, on
faisait quoi ? On faisait quoi ? C'est plus fort que moi. Dès que je sens la
violence chez les autres, j'ai du mal Ă me contrĂ´ler.
C'est pas nouveau, t'aurais qu'Ă le dire Ă ce qu'on est lĂ .
Attends, attends, je crois du genre Ă balancer, moi, ok ? On va trouver une
autre solution.
Allez.
Bien, un unique coup dans la région pariétale a entraîné quasi
instantanément la mort des traces des résidus de sang retrouvés sur les lieux.
Prouve bien que Martial Prieur a été tué à l'extérieur.
Ce tuyau de plomb a été retrouvé à côté du parterre à cause de la boue et des
intempéries. Impossible d'en exploiter les empreintes, mais le sang à l'une des
extrémités, oui, c'est celui de la victime.
Il y a un truc qui va pas. Prieur a été buté à l'extérieur et on a retrouvé son
corps à l'intérieur.
D'habitude, c'est l'inverse, non ?
Peut-être que le meurtrier était dérangé ou alors il a voulu signifier quelque
chose en déposant le corps de sa victime devant chez elle. Ce qui prouve que
Martial Prieur connaissait son meurtrier et qu'ils avaient rendez-vous.
Mailly, t'as vérifié ses appels ? Oui, sa mère dit vrai.
Prieur a bien reçu un appel à 22h09 d'un dénommé Yassine Ben Saada. Ça a duré
deux minutes. Ensuite, il a appelé un certain Dominique Blain, lequel l'a
rappelé une demi-heure plus tard pour lui laisser un message.
À cause du secret des correspondances, on n'a pas le droit d'écouter. Alors,
premier coup de fil.
Yassine Ben Saada, 25 ans.
Connu pour détention de produits stupéfiants.
Vols de véhicules, dégranations.
Yassine est le frère de Mokhtar Ben Saada. Tu sais, celui dont nous a parlé
Guérec ? C'est lui qui a disparu il y a six mois.
Bon, il faut voir si ça a un rapport et puis voir avec Guérec pour savoir s'il
peut nous aider à récupérer Ben Saada sans faire de casse. Et le deuxième ?
Ah, le deuxième...
Liste d'autres choses.
Dominique Blain, un skin inoxydable.
Les antécédents qui vont avec.
Qu'est-ce que je voulais ? Au hasard, violence en réunion, injure raciale,
apologie de crime de guerre. La totale.
C'est le connard contre lequel je me suis énervée.
Je croyais que ça s'était bien passé.
Tu veux que ça se passe bien, Jean-Louis, avec une bande d'abrutis d
'extrême droite, chauffés à blanc en plus par la mort d'un de leurs potes.
Et qui plus est, sont bourrés à 10h du mat.
P08.
1908, sans me livrer le remarquable secret de sa longévité, le service de la
balistique a confirmé que cette arme avait été bidouillée par deux fois.
La première pour être neutralisée et la seconde pour être reconditionnée avec un
percuteur neuf.
Elle a servi depuis ?
Des traces de poudre ont été relevées sur le percuteur et puisque toutes les
empreintes relevées sur cette arme appartiennent à Martial Prieur, je vous
laisse le soin de conclure. Attendez, Saubert prétend lui avoir offert le
flingue un mois avant la disparition de Mokhtar, donc Prieur aurait très bien pu
la reconditionner et le buter après.
Bon, il faut absolument revoir la famille Prieur.
Louvier, comme tu t'es fait des copains dans ce bar, tu vas y retourner demain
pour aller chercher Blin. Par sécurité, tu seras escorté d'un quart de flic, d
'accord ?
Mlle Prieur, aviez-vous toujours des contacts avec votre frère ? Non, aucun.
Il respectait plus rien, mĂŞme sa propre famille.
Je supportais plus comment il nous traitait.
Mon père, surtout.
C'est vrai ou pas ? C'est des conflits de génération.
Pas la seule famille Ă ... Mais arrĂŞte, papa ! Il passait son temps Ă traiter de
minable et de raté, à tout critiquer à la maison.
Ça l'empêchait pas de vivre chez eux, bien sûr.
Vous avez laissé entendre, Madame Brioc, que votre fils avait l'intention de
quitter ses petits camarades.
Oui.
Et je suis sûre qu'ils ont voulu le faire taire.
De quelle raison ? Détenait-il des secrets ? Je ne sais pas.
Peut-ĂŞtre.
Il avait changé.
Depuis la disparition de Mokhtar.
Mokhtar Ben Sada.
Le frère de Yacine. Il était encore pire. Martial, il avait choisi d'être
avec Eskine.
Il pensait déjà comme eux bien avant de les avoir rencontrés. Ils lui ont juste
permis de passer Ă l'acte, c'est tout. C'est pas vrai Catherine, tu peux pas
dire ça, il avait changé. Ce qui est sûr, c'est que c'est à cause de toute
cette bande de fumiers qu'il a fini comme ça.
Alors vous allez trouver qui est-ce qui l'a tué, hein ? Au moins que sa mort ait
servi Ă quelque chose.
Bien.
La loi ne nous le permettant pas, je vais vous demander mademoiselle de bien
vouloir...
Écoutez ce message qu'un certain Dominique Blain a laissé à votre frère
hier soir.
Et de nous en révéler le contenu, s'il vous plaît.
Rien ne vous y oblige.
Putain, Martial, c'est Dom.
T'es oĂą ? Je te cherche partout.
VoilĂ , c'est tout.
Merci.
Pareil que tout ben chez les Scandes.
Promo pour le père, bébé pour la fille.
Félicitations, commandant.
Merci. J'ai pas vraiment le temps de fêter ça avec toi.
Mais pour ĂŞtre tout Ă fait honnĂŞte...
J'ai pas vraiment envie non plus. Ah ça, l'honnêteté, c'est une vertu cardinale
chez les Scandes.
À ce propos, j'ai vérifié à l'état civil.
Ton petit-fils, il est né de père inconnu ? Et alors ? Il connaît, toi,
son père ? Moi, je l'ai jamais vu.
Pas un mot, pas un coup de téléphone, pas un signe, rien.
Un inconnu, quoi.
La dernière fois que j'ai vu Nat, elle m'a dit qu'elle s'était faite avorter et
qu'elle voulait plus me voir.
Alors, je vois pas comment j'aurais pu deviner.
Écoute, si Nat a envie de te parler, elle sait où te joindre.
Sois gentil, viens pas la faire chier.
Il s'appelle comment mon fils ? Il s'appelle Théo.
C'est pas vrai Nad, t'as pas fait ça.
T'as pas dit à Antoine que t'avais avorté.
J'ai fait ce qu'il y avait de mieux à faire pour moi et pour mon fils. C'était
invivable avec Antoine, on faisait tester.
T'es complètement barjot.
Antoine a des droits sur Théo, c'est son père.
T'as pas le droit de priver de son père. C'est un sale con, il a aucun droit sur
Théo. Nat, c'est la guerre que tu viens de déclarer là .
Je vais plus te lâcher maintenant.
Je vais vouloir reprendre Théo et c'est normal.
Y en a pas question.
Ah merde ! Qu'est-ce que tu vas lui raconter à Théo plus tard ? La vérité
sur sa naissance ?
Tu réalises ? T'es complètement irresponsable. Pas ! Si je t'ai rien
dit, c'est pour pas entendre ce genre de trucs, ok ?
Dis
-moi, je voulais te demander si tu sais pourquoi Louvier a été invité chez nous.
Je sais pas trop.
D'après ce que j'ai compris, elle voulait quitter le terrain. Et comme
elle avait des états de service exceptionnels, tu sais, je la
connaissais pas très bien.
Nous, par contre, les stages, on se connaît bien, hein ?
Moi, si tu me demandais de te rencarder sur un ancien collègue en me promettant
de ne pas en parler, je le ferais, sans hésiter.
Ouais, ok, ça va, ouais.
En haut, il préfère la savoir à un poste où son rapport au risque est moins
frontal.
Oui, en clair ? En clair, l'ouvrier a une fâcheuse tendance à se mettre en
danger.
Ça foutait les jetons à tout le monde.
Ce qu'il préfère, c'est une manière de la protéger contre elle-même.
Salut, le sketch.
Je vais chercher Blin.
OK.
Monsieur Blin, allez-vous
nous parler de M.
Marshall, rieur ? Rieur, c'était un mec bien.
Nul au moins, il défendait notre culture et notre race.
Ah oui, et selon vous, qui sont les ennemis de votre culture et de votre
race ? Vous le savez aussi bien que moi.
Les bicots, les nègres, les gauchos, sans parler des juifs.
Je crois que sur ce sujet, nous en avons assez entendu.
Non mais ils ont tout, les banques, la télé, les usines, tout.
Ça vous suffit pas ? Et comme dit M. Saubert, ils sont moins cons que nous.
Ils partagent pas.
Il y a déjà un youpin qui a fait un truc pour vous. Jusqu'à nouvel ordre ! Si j
'ose dire, c'est nous qui posons les questions.
Aussi dans l'immédiat, je vais vous demander de cesser vos propos racistes
et haineux, sinon je vous colle au trou pendant 48 heures, c'est bien compris ?
Est-ce que c'est bien compris ? Pardon ? Dis-moi Nuglan,
t'étais où quand Martial Prieur t'a appelé le soir du meurtre ? Chez moi,
tout seul.
Martial m'a appelé pour qu'on aille faire un tour, j'étais claqué, j'ai dit
non. Ah oui ? Alors pourquoi tu l'as rappelé une demi-heure plus tard, pour
savoir où il était ? C'est sa sœur qui a pris ton message et qui nous l'a dit.
Alors ? Tu réponds ? Je ne sais plus.
J'ai rappelé comme ça pour lui dire une connerie avant de me coucher.
Sûrement.
M. Saubert avait offert une arme Ă M.
Prière. Et vous êtes au courant ? Je suppose, bien sûr.
Cette arme ayant déjà été utilisée, sauriez-vous nous dire à quelle occasion
? Je ne sais rien de cette histoire, moi.
N'aurait-elle pas un rapport avec la disparition, il y a six mois, de M.
Mokhtar Ben Saada ? Je vous dis que je sais rien.
Allez.
J'ai rien dit, M. Saubert.
J'ai rien dit, mais faites attention, c'est des tordus. Toi, tu me touches pas
! Tu me touches pas, OK ? C'est la planète des singes, ici.
Oh !
Calme-toi, Don.
Je m'occupe de tout.
Mon avocat va te sortir de lĂ .
Merci, monsieur Saubert.
Vous exagérez.
Il ne s'agissait en aucun cas d'une injure à caractère raciste envers votre
collègue.
Ce que Dominique voulait dire, c'est que c'est le monde Ă l'envers.
Se retrouver en garde à vue, tandis que l'assassin de Martial court toujours, ça
peut se comprendre, non ? Et c'est pour ce genre de choses que vous avez créé
votre association, les Croisés de l'Île-de-France ? Mais les rues sont
pleines de gens mécontents.
Nous, sans troubler l'ordre public, nous apportons des solutions.
Les manistes dégoulinants du siècle dernier ont montré ses limites.
Il est temps de reprendre les choses en main.
Sans blague, votre approche de la culture est pour le moins orientée et
pas vraiment novatrice.
On peut préférer le violoncelle au tam-tam et ne pas apprécier
systématiquement les productions de la maître Goldwyn Mayer, non ? Ah, très
joli. Dites-moi, parlez-moi un petit peu de ce prière dont vous étiez si proche.
Ah, Martial. Oui.
Un jeune extraordinaire, impétueux et pur comme un torrent de montagne.
Un peu pollué le torrent, non ? Trois condamnations pour violence volontaire
avec arme, injure à caractère racial et apologie de crime de guerre. Il pouvait
lui arriver parfois d'ĂŞtre un peu impulsif, mais vous pouvez comprendre
ça, vous, non ? Il a dû être provoqué, sans aucun doute.
Il avait le sens de la hiérarchie, il connaissait sa place et il savait y
rester. Et c'est pour le remercier de ses bons et loyaux services que vous lui
avez offert un automatique Luger de la Wehrmacht ? Mais comme je vous l'ai dĂ©jĂ
signalé, lorsque je lui ai offert cette arme, elle n'était pas en état de
fonctionner. Maintenant, ce qu'il en a fait après... D'après votre première
audition, vous êtes resté chez vous le soir du meurtre.
Malheureusement, personne ne peut le confirmer.
Réfléchissez.
Quel intérêt aurait-je eu à tuer Martial ? Faudrait mieux d'aller voir du côté de
ces soi-disant cafés orientaux.
Véritables repères de terroristes.
qui non seulement ne se plient pas Ă nos lois et Ă nos coutumes, mais nous
soumettent Ă une infiltration souterraine permanente.
Alors prenez des choses en main, avant que les camarades de Martial ne perdent
patience et ne s'en chargent mĂŞme. Dites-moi, dites-moi un peu.
Vous êtes si modéré, hein ? Vous allez bien trouver les mots justes pour les
auditionner.
Quand mal Saubert maîtrisait Prieur, il traînait 150 mètres pour le planquer
dans l'immeuble.
Physiquement, il ne fait pas le poids et il ne lui arrive pas à l'épaule.
Quant à Blain, pourquoi il a rébuté Prieur ? Si Martial, le Prieur, voulait
rĂ©ellement quitter les croisĂ©s, c'est peut-ĂŞtre parce qu'il avait un secret Ă
dévoiler. Peut-être a-t-il participé à l'élimination d'un Moctar Ben Saada et
peut-ĂŞtre voulait-il soulager sa conscience.
Si tel avait été le cas, alors M. Saubert pourrait très bien commander le
meurtre de Prieur Ă Blain.
Ça fait trop de scie pour mettre Saubert en garde à vue, ça.
Merci. Eh bien, c'était un plaisir.
Si vous avez encore besoin de ma collaboration, vous n'hésitez pas.
Pour la collaboration, on sait qu'on peut compter sur vous pour perpétuer
cette vieille tradition française.
Mademoiselle.
Capitaine. Siskowski. Ah oui, je m'appelle Siskowski.
Je suis un fils d'immigré. Et le pire, c'est que je suis fier de l'être.
Bruno, s'il vous plaît.
Allez.
Ses potes sont déjà là .
Yacine va pas tarder à réappliquer.
Vous connaissez bien ? Quand j'étais inspecteur, je l'ai arrêté une demi
-douzaine de fois.
Sacré délire.
Ado, il faut laisser faire de Yacine, la connerie sur connerie.
Jusqu'à la disparition de son frangin. Là , ça lui a foutu un sacré coup.
Depuis rien.
Plus une histoire.
C'est mĂŞme inscrit Ă la fac de droit.
C'est pas vraiment le look fac de droit, ces copains ? C'Ă©tait la bande Ă
moctards, c'est pas des méchants. Y a même des filles avec eux.
L'hormagouille.
Ça va jamais bien loin.
On ferme un peu les yeux, ils ouvrent un peu la bouche, on vit en bonne
intelligence, quoi.
Depuis la disparition de Mokhtar, Yacine a pris sa place.
Pour tous, il est devenu un grand frère. Mais attention, ils rigolent pas avec
ça. Ils en respectent. C'est pour ça que vous avez bien fait de m'appeler.
C'est beaucoup mieux que si vous aviez débarqué en fanfare.
Tiens, leve-la.
Yacine, viens voir un peu.
Qu'est-ce qu'il y a encore ?
Ils ont encore déconné ? Yacine ! C'est quoi cette embrouille là ? Tu vois une
embrouille lĂ ? Tu veux un coup de main ? C'est bon, il n'y a pas d'embrouille,
il n'y a rien du tout. C'est pourquoi hier qu'on est lĂ .
Alors le lieutenant va t'amener Ă Paris.
Ouais. Deux, trois trucs Ă te demander.
Mais vous venez pas vous ? Tu les connais.
Si on ne leur explique pas pourquoi on t'embarque, ils vont faire monter la
mayonnaise. Alors je m'y colle.
Histoire qu'ils ne te transforment pas immédiatement en erreur judiciaire.
Yacine !
Pourquoi j'ai appelé Martial ? Je l'ai appelé pour prendre de ses nouvelles. Ça
faisait un moment que je ne l'avais pas vu, c'est tout. C'est bien aimable Ă
vous. Vous vous connaissiez depuis combien de temps ? Je le connais depuis
le CP.
On habitait le mĂŞme immeuble.
Comme ma mère allait travailler, c'est Odette, l'amante de Martial, qui venait
me chercher à l'école.
Elle me gardait avec mon frère Mokhtar.
C'était cool, je les connais bien.
Pardonnez-moi, je ne vous savais pas si proche.
Je suppose que sa mort dans de telles circonstances a dĂ» vous bouleverser. J
'ai de la peine pour sa famille, je sais ce que c'est, mon frère est mort il y a
six mois.
Disparu.
Seulement disparu.
À moins que vous n'ayez des informations récentes.
Yacine, avoue que tu soupçonnes Neskine d'avoir tué ton frère.
Mais évidemment, c'est eux qui l'ont tué, mon frère Moctar, tu crois quoi ?
Comme le monde, il y a trois jours, ils ont matraqué, là .
N'est-ce pas pour essayer de comprendre que vous avez appelé Martial Prieur ce
soir-lĂ ? Pour avoir des explications sur ses horreurs ? Y'a rien Ă
comprendre. C'est tous des pourritures, Martial le premier.
Moi, je l'ai juste appelé pour lui dire, écoute Martial, faut plus qu'on voit ta
gueule parce que sinon, un de ces quatre, toi aussi, tu vas disparaître.
Prenez-vous compte, monsieur Benzada, que vous venez de proférer des menaces
de mort.
Je lui ai dit ce que j'avais Ă lui dire.
C'est les skims qui arrĂŞtent pas de chauffer les mĂ´mes. Faut bien qu'ils se
défendent quand même, non ? Combien de temps, moi, je vais pouvoir les retenir,
Ă votre avis, lĂ ?
Vous auriez pu agir en toute légalité et porter plainte.
Porter plainte ? Mais j'ai bien vu avec mon frère, ça sert à rien de porter
plainte.
Porter plainte. On a une histoire tout seul.
Porter plainte.
MĂŞme les keufs on a les pires.
Je parle pas pour Guérec, lui c'est autre chose.
C'est quoi ? C'est un con des mots, au moins il nous comprend lui.
Qu'est-ce qu'il vous fait après le coup de téléphone ? Rien, je suis resté chez
moi. Enfin, chez mes parents.
Après j'ai fait un tour au troquet, je crois que je suis allé rejoindre les
jeunes. VoilĂ , c'est tout.
C'est pas moi qui l'ai tué, Martial.
Je l'ai pas fait.
J'en ai rêvé mille fois, mais c'est pas moi qui l'ai fait.
Ils ont buté mon frère.
Moi, ils mourront pas.
J'ai vu ma mère souffrir.
J'aurais jamais pu faire ça, Odette.
C'est impossible.
Impossible.
Je vois pas pourquoi on discute.
Ben Salada est sûr que Prieur a buté ou en tous les cas a participé au pingage
de son frère, alors... L'agression du jeune maghrébin, c'est la goutte d'eau
qui a fait déborder le vase.
Elle était justifiée, cette garde à vue.
Je sais pas.
Et si la mère de Martial disait vrai ? Si son fils avait vraiment voulu quitter
les croisés ? Faut pas oublier qu'étant gosse, Martial était le meilleur ami de
Yassine Ben Saada.
Peut-être que la mort de son femme Octar l'a fait réagir. Il veut se repentir et
parler aux flics.
Saubert l'apprend et décide de le supprimer. J'ai pensé à cette hypothèse,
capitaine. Voyez-vous, mais... La rage de Ben Saada...
Je me permets de m'en éloigner tout doucement. La garde à vue s'impose.
Non, excusez-moi, mais je ne suis pas d'accord, Michel.
VoilĂ . Et je crains plutĂ´t la percussion, lĂ -bas, quand ils vont
apprendre que Ben Saadar est ce 36.
Moins pas. Guérec, c'est peut-être pas un champion des états de service, mais
il a fait un sacré boulot avec eux sur le terrain.
Il est très bien, ce mec.
C'est vrai que c'est pas facile de se repérer dans tout ce bordel.
C'est compliqué de prendre parti.
MĂŞme un mec comme Sobert, on peut le comprendre.
Ah, c'est moi qui comprends pas lĂ , tu m'expliques ou... Si, oui, ils sont
passés directement du village d'Astérix à la tour de Babel.
Alors, c'est un peu violent comme contraste.
Un peu de religion par-ci, une crise économique par-là , et voilà .
C'est peut-être pas très beau, mais c'est humain. Le racisme comme preuve d
'humanitĂ© ? Oui, c'est en comprenant oĂą elle prend les racines qu'on arrive Ă
combattre ce genre d'idées, c'est tout ce que je dis.
Bon, et ben voilà , et ben ça déjà c'est mieux, voilà . Si.
Bon, stop, je vous invite à dîner, hein, on va à la mamouchka ? Allez.
Sans moi, ce sera une semaine que j'ai pas vu mon mari, j'aimerais bien me
faire un petit dîner en amoureux avec lui.
Moi je peux pas laisser la toute seule, il faut que j'y aille.
Michel ? Michel ? Oui, Camille vous attend ce soir ? Non,
pour la première fois je me joindrai volontiers à vous, j'arrive tout de
suite.
Olivier ? Tu viens dîner avec nous ? Pourquoi pas ? Et bah voilà , dans une
demi-heure Ă la Mamouchka.
Bon, Jean-Louis.
HĂ© ! Non, mais on sait que t'es pas un facho.
C'est pas ça. Le père de Théo a refait surface.
Ah, d'accord. Bien sûr, toi, tu lui as mis la tête sous l'eau. C'est ça. Oui, c
'est un peu ça, oui. Il se reprend comme ça, il joue les pleureuses.
Il a envie de voir son fils.
Oui, Jean-Louis, tous les enfants ont besoin d'un père.
Et par chance, Théo en a un.
D'accord ? Alors arrĂŞte.
Mêlez tout ça tout le temps et laissez décider.
Maintenant, tu rentres chez toi, tu fais un effort.
Allez. Et ça, tu sais où on est ?
Si tu veux, on peut passer Ă table.
T'attends quelqu'un ? Non.
Euh... Nathéla ? J'ai pas envie de te voir.
Je t'avais dit de pas venir.
Papa, laisse-le entrer.
Écoute, Jean-Louis, si Nat se remet avec son mec, c'est au mieux, non ? Après
tout, les couches-culottes, tout ça, c'est à la maman, ça a compensé parce
que Valon s'est tiré à Lyon, t'es tout seul. Et maintenant, tu vas pouvoir t
'occuper de toi et d'elle, justement.
C'est bien ce qui m'inquiète.
Bon, au fond, voyez-vous, ce changement serait tout Ă fait salutaire car, si je
puis me permettre, et quoique mon expérience en la matière soit très
limitée, vous aviez tous les inconvénients liés à la présence d'un
enfant en bas âge sans avoir l'avantage flatteur d'en être le père.
Tu es pâté.
Mais en mĂŞme temps, Michel a raison.
C'est vrai, c'est pas parce qu'elle parle à nouveau au père de son fils qu
'elle va se remettre avec lui.
C'est pas n'importe quoi.
Moi, tu sais, avant que je fasse les gosses, j'ai pas un avis sur la
question.
Ça va, chérie ? Tout va comme vous voulez ? Ici, ça va très bien.
Dis-moi, Mario, avant que je foute le cafard Ă tout le monde Ă cause de mon
humeur, je veux bien que tu fasses quitter une bouteille de vodka.
C'est comme si c'était fait.
J'ai du taf qui m'attend.
Vous avez plus besoin de moi, puisque vous ĂŞtes copains comme cochons.
Vous savez bien, commissaire, qu'on mange pas de cochons, nous, ici.
Allez, salut.
Bon, alors, on a été à Yacine.
Le soir où le skin, il s'est fait t'ébut, Yacine, il a débarqué ici, il
était 11h pile.
C'est clair.
Oui. Et comment vous vous étiez sur de l'heure ? On a regardé l'heure. Quand la
bagnole du gros port de Blal est passée avec son bruit d'avion, il était quoi ?
Il était 10h30.
Lui, dès qu'il bouge, on le mate, lui.
C'est clair.
On a commencé à jouer aux Yams.
Une partie sur une demi-heure. VoilĂ .
Yacine est arrivé à la fin à 11h du soir.
De toute façon, Yacine n'a rien à voir avec cet embout de skin. Vous le
relâchez quand, là ? Il y a une enquête, il faut qu'elle suive son cours.
Je m'en fous maintenant de ton enquĂŞte, qu'elle suive son cours ou pas, lĂ , oh !
Je parle pas avec toi, d'abord. Si Yacine n'est pas lĂ demain, nous, on va
le chercher, hein ! On a besoin de lui, nous, ici ! Mais il faut pas aller sur
la page. Quoi ? Attends ! Quoi ? Quoi ? Quoi ? C'est les skins ! Non, c'est pas
un genre ! C'est pas un genre ! Non, c'est pas un genre !
Arrêtez-vous ! Lâche-le ! Toi, tu bouges pas. Laisse-le-moi, merde ! Lâche-moi,
je te dis ! Cassez ce primaire ! C'est quoi, des câbles ? La gueule, je t
'apprends ou quoi, là ? On s'en charge. Tu rentres chez toi. Ouais, c'est ça, on
la connaît, la chanson.
Tu vas reprendre ce creveur, oué, loup ! Si tu bouges, toi, tu vas prendre un
max. Alors réfléchis avant d'agir.
Vous autres, vous rentrez chez vous !
Ça va.
Allez, on y va.
Tu l'as échappé, Belle.
Il y a un truc qui m'échappe depuis le début.
J'arrive pas à comprendre pourquoi on a déplacé le corps.
J'ai plus de chance de retrouver le cadavre à l'intérieur de l'immeuble
plutôt qu'à l'extérieur, non ? Sauf si le meurtrier était dérangé. Auquel cas,
il devenait urgent de cacher le corps. Et le local Ă ordures de l'immeuble Ă
côté était l'endroit le plus sûr. Oui, encore a-t-il fallu que le meurtrier
connaisse la cachette d'Idoane.
Bon,
donc, c'est forcément quelqu'un qui connaissait l'immeuble.
Un familier, quoi.
D'un côté, on a Ben Saada.
Et son mobile avoué, et de l'autre, les skins, si Martial les a quittés pour
balancer aux flics, ses secrets sont repoussés pourris.
Malheureusement, dans le rôle du bras armé, Blin ne sera pas facile à mettre
en examen. Il prétend ne pas avoir retrouvé Prieur ce soir-là .
Des témoins l'ont vu volant de sa voiture vers 22h30.
Donc, contrairement à ce que Blin a dit, celui-ci, au moment du meurtre, n'était
pas chez lui.
Cessez de nier, M. Blin, et nous gagnerons du temps.
Nous savons très bien que Martial Prieur...
Vous êtes joint le soir du meurtre et vous êtes allé le rejoindre.
Il nous raconte pas qu'il se sentait seul et qu'il avait besoin de compagnie.
On sait que c'est pas vrai.
Il m'a appelé pour lui donner un coup de main.
Il avait décidé de jouer au chat.
Pardon ? Jouer à quoi ? Dératiser, si vous préférez.
Alors vous êtes allé l'attendre au pied de son immeuble et ensuite ? Quand je
suis arrivé, il était pas devant chez lui.
J'ai attendu un moment et je me suis barré.
T'as pas sonné ?
Non, ses parents ne veulent pas me voir. Je n'avais pas envie de foutre la merde.
J'ai cru que Martial était parti tout seul.
On n'avait pas d'ordre de mission ce soir-lĂ .
Son expédition, c'était personnel.
Vous avez donc fait demi-tour sans autre forme de procès ? Non, je l'ai appelé
sur son portable.
Merde, vous savez bien que je lui ai laissé un message.
Si j'avais su qu'il était mort, je n'aurais pas appelé. Arrête de nous
pointer pour des cons. On sait très bien que tu as appelé, mais après sa mort.
Parce que tu savais que ça te servirait par la suite.
Bien, je vais te dire ce qui s'est passé, moi.
Martial t'a fait venir parce qu'il avait les jetons, il avait besoin de ton appui
pour quitter votre association de merde.
Tu as essayé de l'en dissuader, le ton est monté et tu l'as tué.
T'as peut-être pas décidé ça tout seul, mais les ordres de M. Saubert, discute
pas, hein.
Martial, quitter les Croisés, non mais vous êtes dingue.
Il rapprochait mĂŞme Ă M. Saubert de pas frapper assez fort.
Les CroisĂ©s, c'Ă©tait toute sa vie, mĂŞme les gonzesses, ils n'avaient rien Ă
battre.
C'est tout ce que vous avez trouvé contre moi.
Je suis peinard.
Ça semble vrai ce qu'il raconte.
Il est trop primaire pour faire un double jeu.
Je pense qu'une confrontation entre Blain et Ben Saada serait profitable.
Blain reconnaît que Prière rêvait d'en découdre le sang du meurtre.
Au point oĂą on en est, on risque pas grand-chose.
Bonjour. Je voudrais voir le lieutenant Baghi.
Je m'en occupe.
Allez.
Merci.
C'est à cause de la disparition de Mokhtar que j'ai quitté mes parents.
Mokhtar Ben Saada, le frère de Yassine.
Vous étiez proche de lui ? Très.
On a grandi ensemble, quoi.
Marcial, il a jamais supporté. Je crois qu'il était jaloux.
Puis ma mère, elle aimait beaucoup les frères Ben Saada.
Quel rapport avez-vous de départ ? Sa disparition, ça a été un grand choc dans
la cité.
Un soir, avec mon père, on parlait, on avait de la peine pour les parents de
Mokhtar.
Marcial a débarqué, il s'est mis en colère, il a recommencé avec tous ses
délires racistes.
C'est à cause de cette dispute que vous êtes partis ? Martial était fou de rage.
Il disait que c'était vrai, que Mokhtar avait disparu, qu'il s'est même vanté d
'être mêlé à sa disparition.
Il disait que c'était pour le bien de tout le monde.
Mais ce qui m'a décidé à partir, c'est la réaction de papa.
Il m'a interdit d'en parler Ă qui que ce soit.
Pour la première fois, j'ai trouvé lâche.
C'était comme s'il avait donné raison à Martial.
C'est pour ça que moi je suis partie.
Et votre mère a été mise au courant de cette conversation ? Non.
Allez.
Bon.
Je crois que c'est pas la peine de faire les présentations.
On vous demandera juste de garder votre calme, d'accord ? Qu'est-ce qu'il fout
lĂ , Ben Laden ? Il est pas en train de dealer sa camomille ou de les convertir
Ă l'islam ? Bon, toi, ta gueule.
C'est simple.
On veut savoir lequel de vous deux a tué Marcial Prieur.
Voilà . Il y a deux possibilités.
Ou toi, pour l'empêcher de quitter les croisés.
Oui.
Ou toi.
Oui.
Parce que t'es convaincu qu'ils ont buté ton frère.
Et bien sûr qu'ils l'ont cané, ces salopards. Sur la vie de ma mère, je l
'ai pas buté, Martial.
Je l'ai pas tué.
Par contre, lui, s'il l'a fait, c'est pas par crainte que Prieur les lâche.
Une tique quitte pas son chien, hein ? Tu me diras s'ils commencent Ă se
flinguer entre eux, c'est encourageant pour l'avenir.
Martial, c'était comme mon frère ! Mais qu'est-ce qu'il m'étonne, lui ? J'ai
grandi avec lui, moi ! Trouve autre chose, grosse baltringue, va ! On était
comme ça, moi et Martial. C'est les newles qui l'ont buté.
Ils supportent pas qu'on fasse le ménage. La propreté, ils connaissent
pas. Ils l'ont tué par derrière.
Vous croyez qu'en face,
LĂ , pour une fois, je suis d'accord avec toi.
Tu viens de trouver l'argument sans faille pour innocenter Ben Saada.
Tu pourrais me remercier ? Allez, c'est bon. On s'allume.
On n
'arrivera Ă rien
comme ça. On est en train de rentrer dans la même logique qu'eux.
On cherche une solution dans l'opposition entre les communautés. Oui,
mais c'est les deux seuls qui pourraient savoir que Prière allait sortir à ce
moment-lĂ .
Il faut continuer la mise Ă pression, je sais pas, il y a bien des deux qui va
craquer.
Non, ce qui est sûr, c'est que les derniers qui ont vu Martial vivant sont
ses parents.
Et ce sont eux aussi qui savaient quand est-ce qu'il sortait et ce qu'il
comptait faire.
Et si Martial Prière avait été tué, non parce qu'il voulait quitter les croisés
comme le prétend la mère, mais parce qu'il voulait y rester.
Ses parents ont été témoins de ses dernières communications téléphoniques.
Ils ont très bien pu penser que ce bicycle allait à nouveau faire partie d
'une expédition punitive.
Bon, allez me chercher les parents, je vais les voir maintenant.
Et puis, allez-y doucement, d'accord ?
Le commandant Scandella veut vous entendre une dernière fois.
Ça va pas être long.
Pardon.
Si vous voulez bien nous suivre aussi, monsieur Prieur.
J'accompagne mes parents.
Je suis désolée, mais vous n'êtes pas convoquée.
Ce sera pas long, ma grande.
Ă€ tout Ă l'heure.
Madame
Prieur,
confirmez-vous que le jour même de sa mort, votre fils vous a confié son
intention de quitter les croisés d'Île-de-France ? Oui, il me l'avait
promis.
Oh, il y a des promesses qui n'engagent que ceux qui les entendent.
C'était pas la première fois qu'ils vous le promettaient.
Ce sont les autres.
C'est ceux sobères.
Je vous l'ai dit, Marshall était influençable.
Voyez-vous, votre filier personnel est le contraire, il n'y a que vous. Vous
êtes la seule personne à penser qu'il était encore capable de faire machine
arrière.
Je suis sa mère.
Il pouvait pas me mentir.
Pas Ă moi, je l'aurais vu.
Cette fois, c'était pour de bon, j'en suis sûre.
Non, madame Bréa, vous l'espériez.
Tout comme vous avez espéré qu'il n'ait rien à voir avec la disparition de
Mokhtar Ben Saad, seulement au fond de vous, vous saviez très bien qu'il en
était le responsable.
Quand vous avez entendu votre fils proférer des insultes racistes au
téléphone, vous saviez qu'il s'adressait à Yassine Ben Saad.
Et quand vous l'avez vu sortir, après avoir parlé avec l'un de ses amis
skinheads, vous saviez très bien...
Ce qu'il avait l'intention de faire.
Qu'avez-vous fait ensuite, madame ? Priez ? Vous intervenez, vous ?
Ou bien votre mari ? Non.
On n'a rien fait.
Lieutenant Bailly, vous pouvez rester en compagnie de madame.
Quant Ă moi, je vous prie de m'excuser.
Vous êtes sûr de ce que vous faites, le marchand ? Je ne goûte guère plus que
vous ce genre de mise en scène.
Mais ce me semble être le seul moyen. Je trouve ça limite.
Mais si vous vous trompez, vous ne pensez pas que ces gens-lĂ ont assez
souffert ? La fin justifie les moyens.
Bon, ok, je suis d'accord. On y va.
Je dois reconnaître qu'au début, j'étais sceptique.
Pourtant, je suis à présent...
convaincu que la victime a eu un sursaut de raison et qu'elle ne partageait plus
les thèses nauséabondes que vous défendez. Ah ouais.
Faites parler les morts maintenant.
Comme toi.
T'affirmes le contraire. Il avait changé d'avis.
C'est ta parole contre celle d'une mère.
Martial, c'était un roc. Pas une girouette.
Prêt à mourir pour ses idées.
A preuve ? T'as aucune preuve de ce que t'avances. Et t'es peut-être la dernière
personne Ă avoir vu Martial en vie.
Le dernier qu'il a vu vivant, c'est le melon qu'il a buté.
Écoute, Blain, espèce d'enfoiré, pour la dernière fois, je te rappelle que ce
genre de propos est interdit par la loi.
Et pourquoi ? OĂą est le mal ? Chez les bĂŞtes, on respecte bien les races, on
mélange pas les pursans avec les bâtards.
Pourquoi pas chez les hommes ? Les anglo-arabes appartiennent Ă la race des
pursans. Comme quoi, le métissage, même chez les animaux.
Mon fils était pas comme ça.
Pas comme ce... Il voulait ĂŞtre mal Ă personne.
Ils seraient pas restés avec eux tôt ou tard, ils seraient partis.
Ça le dégoûtait, tout ça.
Ils s'en voulaient.
Ah, c'était du bidon, ils faisaient semblant. On l'a tous fait.
Dès que nos vieux essayent de nous virer ou quand ils refusent de nous filer des
thunes, ça leur trouve le cul qu'on pense pas comme eux.
Ils sont tellement nazes.
Martial, son père, sa mère, ils en avaient rien à foutre. Rien ! Sa vraie
famille, c'était nous, les croisés, à la vie, à la mort.
C'était un pur race, Martial, pas un coupé.
Combien de fois vous avez entendu ces horreurs de la part de votre fils ?
Quand vous avez compris que ça allait recommencer,
que votre fils préparait une nouvelle expédition punitive, vous avez tenté de
le dissuader.
On les a élevés ensemble avec Yacine et Mokhtar.
Pourquoi ça ne s'est pas bien passé avec lui ? Vous avez suivi votre fils dehors.
Et là , il vous a insulté.
Une fois de plus.
Une fois de trop.
Peut-être même qu'il a essayé de vous frapper.
Alors vous vous êtes défendu.
Vous avez pris un tuyau de plomb du chantier.
LĂ encore, vous avez voulu l'arrĂŞter.
Je suis sûr que ça s'est passé à peu près comme ça.
Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que les conséquences pénales ne
soient pas...
Excusez-moi, dernière question.
Pourquoi ne pas l'avoir laissé la moulée tomber ? Pourquoi l'avoir transporté
dans le local à poubelle ? C'était mon petit.
Je ne pouvais pas le laisser comme ça dehors, tout seul sous la pluie.
Yacine.
Yacine, ramène-moi chez nous.
Tout est bien qui finit bien.
Un père brisé sous les verrous, une famille anéantie et les vrais coupables
dehors au soleil.
On a l'arme de Martial et la déposition de sa sœur. C'est des faits nouveaux.
Ça devrait faire accélérer l'enquête sur la disparition de Mokhtar.
Ok.
Alors on fait quoi ? Ce qu'on veut faire, on l'a fait.
Et pour Mokhtar Ben Saada, Catherine Prieur va répéter au juge ce qu'on sait
déjà .
Le dossier est pas prêt à être bouclé.
Parce que des deux côtés, personne parlera.
Bon bah moi je vais retrouver mes gosses, avec eux au moins j'ai l
'impression d'ĂŞtre utile.
J'espère.
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