All language subtitles for L'Amour fraternel (2011)

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Original subtitles

C'est parti !

Monsieur Henry ? Monsieur Henry ?

Bonjour Antoinette.

Monsieur Henry ! Oui Honoré ? C'est l'heure ? C'est l'heure ! Et

la meilleure !

À la vôtre, M.Henri.

M.Henri.

Ben finalement, le père, avec ses jurements, il a éloigné l'orage.

L'an dernier, à la même époque, il pleuvait des pastèques.

Des grêlons comme des obus.

Les vieux, ils avaient ressorti leurs casques. Ceux de la guerre 14.

Les pastèques, la guerre 14.

Des melons.

La guerre, il faut parier avec ça, Honoré.

Mais le melon, c'est toi qui l'as pris sur le coin du crâne.

Bon, ça en jetterait pas un second ? Votre pas.

Faudrait pas que ça refroidisse.

Chauve-souris viendra bientôt, je te donnerai du pain nouveau.

C'est pourtant pas l'heure des dépêches.

Le télégramme, c'est pour monsieur Henry.

Que j'ai pas pu porter.

La poste était fermée quand il est arrivé.

J'y étais par hasard, pour ainsi dire.

Alors qu'es-tu venu faire ici, bougreau de... Seulement, comme c'est urgent, et

bien que ce soit défendu, j'ai pris sur moi de venir vous en dire le contenu. Et

? Votre frère arrive demain en gare d'Avignon.

Stop. Il demande qu'on aille le chercher.

Stop.

Quel frère ? Quoi, votre frère ?

On aura iré le chercher avec la camionnette.

Moi, mais je le connais pas.

La dernière fois que je l'ai vu, j'avais 10 ans.

À l'enterrement de votre mère.

Monsieur Henry ira certainement avec toi.

Je préfère pas.

Il fallait bien s'attendre à ce qu'il monte son nez un jour ou l'autre.

Pourquoi il fallait s'y attendre ? Parce qu'à Paris, on brûle son argent.

En tout cas, s'il a pas pris le temps d'envoyer une lettre, c'est que c'était

pressé.

Tu lis trop, Maxime.

Si c'est pas suite à une mauvaise affaire, je vois pas.

C'est pire.

Pire qu'une mauvaise affaire ? Tu débarques ici avec une mallette de

dette.

Peut-être qu'on peut être chassé de sa terre.

Le père n'a pas tort.

On peut brûler ses rentes et celles des autres.

Mettons que, suite à une mauvaise affaire, il vous ait pris pour caution.

De toute façon, on aura le fin mot de l'histoire que quand les gendarmes

débarqueront.

Pourquoi les gendarmes ?

Parce qu'on aura retrouvé le corps ? Quel corps ? Est-ce que je sais, moi ?

Est-ce qu'on laisse derrière soi dans un placard à Paris ? Mais c'est toi qu'il

faut mettre dans un placard.

Et bien enfermé, d'ailleurs.

Enfin, tu me prêtes peur avec les histoires de cadavres.

On aura attendu toute la journée.

Mais cette fois-ci, c'est la bonne.

Oui, grand pignon ! Oui, attends.

Tu ne mets plus rien dans les biscottos ? Ils n'entendent pas.

Mais va donc voir quand même.

Monsieur Henry ?

Monsieur Henry ?

Monsieur Henry ?

Honoré est prêt.

Vous êtes sûr de ne pas vouloir l'accompagner ?

On dirait bien que la maison ne veut pas de lui.

D'ici qu'il arrive, j'aurai jamais le temps de remettre du proplan dedans.

Dormir au milieu des souvenirs de la filature.

Vous n'avez qu'à nous prévenir plus tôt.

Je n'aime pas être pris par surprise. C'est la chose que je déteste le plus au

monde.

On y a un lit.

Oui.

On pourra donc s'y coucher.

Ne restez pas là.

Retournez à la ferme.

Reste là, Nanné.

Madame.

Bonjour.

Monsieur Henry ?

Tu as l'air d'un sauvage.

C'est qu'ici, on n'a pas besoin de... Quoi ?

Ah,

c'est le Ritz ! Le George V ! Ça pue, ici.

Tu ne trouves pas que ça pue ? C'est... On dira que j'ai connu pire.

J'ai même eu la rue comme piole.

T'y crois pas ? Moi non plus. Un coup c'est que les règles et tu sais plus où

t'es.

Ici c'est différent.

Différent de quoi ? Y'a une place pour chaque chose.

Ah bah c'est bien ça.

Ça me plaît.

Et ma place c'est ici.

Oui.

Bon. Eh bah tu vas m'aider petit frère.

Et la petite aussi.

Comment elle s'appelle ? Qui ?

La jolie môme dans la cour.

Antoinette, fais la montée.

Rassurante.

Tu me soignes.

On va arranger ça.

La vie, on voit, on en fait ce qu'on veut.

Et dans cette piôle, au moins, on va la faire plus belle.

Il faudrait une armoire.

Il y a bien une armoire dans cette maison.

C'est qu'on nous a tout pris, monsieur Marc.

On nous a dévalisé.

Qui ça, on ? Ah, vous le savez donc pas.

La soirée était en faillite.

La famille s'est payée sur la bête. C'est une bonne guerre.

Ça va, Mère Chanu.

Une armoire, on en a une, mais au rez-de-chaussée.

Et elle est lourde.

Maxime va bâtarder.

Il serait bien content de rendre service.

Lui et moi, on montrera l'armoire.

Eh ben voilà.

C'est pas plus compliqué, Mère Chanu.

C'est bien comme ça qu'on venait, Mère Chani ? C'est comme ça.

Passe-moi les disques.

Henriette, c'est bon, laissez.

Je peux venir quelqu'un pour nettoyer ça.

Antoinette. Ah, Antoinette, pardon.

C'est pas un boulot de jeune fille, asseyez-vous.

Là, le potaille.

On va pas vous manger.

C'est le front populaire, Annette.

Le peuple au pouvoir, on vous l'a pas dit ?

Non. J'en serais donc pas venu pour rien.

Vous voyez comme il tourne ? Le monde, c'est pareil.

La vie, tout autour.

Maintenant, attention.

Je t'aime, mon Dieu.

Salut Lilia, comment tu vas ?

C'est elle.

Elle quoi ? Qui chante.

Tu la connais donc ? J'étais dans le studio le jour de l'enregistrement.

Belleville.

Belleville ? C'est des sauvages là-bas.

Moi, j'ai vu, comme je vous vois, la police se faire tabasser.

Vous pouvez plus circuler seul.

Belleville, Belleville.

C'est à Belleville qu'on prenait nos permissions au régiment.

Une folle donnait des coups de pied au passant, une autre bouffait que du mou

de veau.

Les gens se plaignaient parce qu'elles sentaient, elles sentaient.

Elles sentaient quoi ? Le mou ! Rigole, rigole, ils l'ont enfermé.

Voilà, un homme a fait une chute rue de l'arbre sec.

Mort suspecte.

Ah, c'est beau Paris.

Il faut éviter certains quartiers, pour le reste Paris est une fête.

Mais le père n'a pas tout dit sur la géographie de Paris.

Il en garde pour lui.

Ben, par rapport aux femmes, quoi.

Ah ! Excusez-moi, ma chérie, pour toutes les bourses, tous les genres.

C'est un vrai souillon à la fausse princesse.

Dans mon milieu, on fait plutôt dans le raffiné, pensez.

Musicien, écrivain, peintre.

Et toi ?

Moi, je suis un peu tout ça à la fois. On me parle, j'écoute, je conseille.

Je suis enfin critique, d'après eux.

Allez, chabrot.

Chabrot. Chabrot.

Chabrot.

En attendant, Mère Chanu, je crois ne jamais avoir aussi bien mangé de ma vie.

Mieux qu'à Paris, ça risque pas.

À Paris, vous savez, on ne mange que ce que la campagne veut bien nous envoyer.

Le meilleur, la campagne nous garde pour elle et elle a bien raison.

Je vois pas ce qu'on garde de meilleur.

Le meilleur, on le vend.

Ici, c'est tous les jours la même chose.

Pas d'électricité ici ? Je l'ai faite installée chez les chanuts, mais pas

ici.

Pourquoi ? J'ai mes lampes à huile.

Lampes à huile ?

Je l'avais pas vue en arrivant.

Il faisait jour, pourtant.

De jour, on la voit pas.

Je me souvenais pas qu'elle était si belle.

Tu lui ressembles ? Comment tu t'en serais souvenu ? T'es né, on t'a

séparé d'elle.

Quand tu l'as revue, elle était entre quatre planches.

Monsieur Marc, votre frère, ne viendra pas.

Ah bon ? Pour l'enterrement, peut-être.

Il tape, ça va.

Passer les divers, oui.

T'as compté ? Non.

Enfin, comme ça, j'ai pas fait attention.

Mate-moi ça. C'est vrai que j'ai été dîner chez Maxime. Chez qui ?

Attends, attends

! Tu

te demandes pas pourquoi j'ai débarqué comme ça sans prévenir ?

Pourquoi ça serait impossible ? Est-ce que t'as que ça en tête ? Qu'est-ce qu

'il fout là ? Qu'est-ce qu'il... T'as rien à

boire ? Non.

T'es le mec qu'on devrait exhiber à l'exposition universelle, toi.

Bois pas, fume pas, baisse pas.

Tu baises au moins ? T'as raison, c'est mauvais.

Vieux de la santé.

Tempête de santé, toi.

Sans blague.

Je suis comme un naufragé auprès de toi qui aurait bu des litres de mer.

Et la mer, ça serait du raide.

Du whisky, du gin.

Tu connais le gin ? Non.

C'est la boisson préférée des dames.

Les dames très bogartes.

Putain, est-ce que c'est con, la vie ?

Ah,

tu m'as fait peur.

J'arrive pas à dormir.

C'est à cause de moi.

Dis-moi, t'as jamais pensé à partir d'ici ? Pourquoi je partirais ? Je sais

pas.

T'es bien là ? Tu vois la montagne ? C'est ma montagne.

Je sais pas pourquoi je dors pas.

Je suis pas habitué à voir du monde.

J'avais remarqué.

Mis à part le drapier d'entrée qui passe deux fois l'an.

Les chenilles me suffisent.

J'ai pas envie de connaître d'autres hommes.

Et d'autres femmes ? Marc, depuis longtemps, je me couche le soir, je me

réveille le matin.

Entre temps, je me nourris de ce que je peux voir, de ce que je peux toucher.

Ni douleur, ni joie, c'est ça ?

Bon, qu'est-ce qu'on fait ? On écoute.

Les cigales ? Les grillons ?

... ... ...

Vous allez oublier ça.

C'est comme ça la vie.

Je t'abandonnerai pas.

Je t'abandonnerai pas.

Monsieur Henry ? Monsieur Henry ?

Et monsieur ? Je sais pas moi, là-haut.

Il m'a empêché de dormir toute la nuit.

Sa musique ? Le sommier.

Ça va pas, Antoinette ?

Ça

n'est pas bien.

C'est comme ça qu'on fait.

C'est comme ça qu'on fait quoi ? Pour intéresser les filles.

Moi, ça m'intéresse pas, ces façons.

Ici, les morts, ils font peur.

À Paris, je sais pas, mais... Ici, oui.

Et ça, ma mère, elle passe sur le coup.

Je n'aurais pas fait ça à votre mère, Antoinette. Pour rien au monde.

Merci pour les fleurs.

La dame, vous la connaissez vraiment ?

Quelle dame ? Celle d'hier, là.

Bien sûr.

Vous voulez voir Paris ? Lui, c'est de l'ombre. Genre de l'ombre.

Irresponsable total.

Il allait passer une agrégation de philo quand... Il allait passer quoi ? Rien.

Il aurait pu devenir prof.

Grand prof.

Mais il m'a rencontré.

Joséphine Baker.

Joséphine ? Malade roi.

Coupole.

Toutes ces dames ? Ces dames.

Ces dames.

Faut dire que je me souviens de chacune d'elles.

Quand on fait ça à plusieurs, les visages, c'est... Antoinette, vous

vouliez voir Paris ?

Encore ? Paris, ça n'est rien.

Je pourrais vous parler de votre vie de plus que... Je préfère pas.

Mais si vous préférez en tout cas.

Prenez Berlin, par exemple.

Les nuits là-bas, si vous saviez.

Les femmes.

Vous n'êtes jamais sûr que ce sont des femmes.

Comment ça ?

Prenez-les, je vous les avoue.

C'est pour ne plus en entendre parler que je suis policier, je fais que

ressasser. C'est pas bon.

De Londres, je le verrai jamais plus.

Ni Berlin, ni personne.

Qu'emportes-tu ainsi, Antoinette ? Rien.

Rien ?

Paris.

Paris.

Faut qu'on mette une chose au point, Marc.

La nuit, ici, on dort.

Si tu peux pas dormir, tu peux sortir.

La camionnette, tu peux la prendre. C'est peut-être pas une Hispano-Susanne,

mais ça t'emmènera toujours à Avignon.

Et à Avignon, il y a tout ce dont tu as besoin.

Enfin bref, on peut pas continuer à se marcher dessus comme ça toute la

journée. Et la nuit, en plus.

Henri, tu veux que je reparte ? Je veux pas que tu repartes, j'ai pas dit ça.

C'est le sommier, c'est tout.

Au lieu de le sommier, oui. Il a grincé toute la nuit.

Depuis le temps qu'il a plus servi, ça doit être les ressorts.

Faudrait pas... Faudrait pas.

Antoinette.

Tu l'as prise avec toi ? Mince.

Le tombeur.

Au dalle, Valentino.

Premier jour, première nuit, je la couche dans mon lit et hop, il ressort.

Le sommier.

C'est plutôt toi qui devrais aller à Avignon.

Moi, c'est fini. Basta.

Je vais me reposer, petit frère. T'as pas compris ? T'as trop travaillé à

Paris ? C'est ça, trop travaillé.

Au bureau, dès le matin, et le soir, je faisais des heures sup.

J'ai fait fructifier notre bien.

Tu sais quoi ? On est coté en bourse grâce à mon labeur.

À l'heure actuelle, tu montes à Paris, t'as qu'à donner ton nom, on t'offre une

suite au Plaza à la télé.

On te demande même pas de signer la note.

Madame Chanu, bonjour.

Le jour, on ne la voit pas.

Juin, l'aubergine et la tomate.

Voilà,

moitié-moitié comme il convient.

Et la lavande, on l'a dans le dos avec la lavande.

Tout pour eux.

Faudrait en rediscuter avec monsieur Henry.

C'est avec celui de la capitale qu'il va falloir en discuter.

Ce sera moins facile celui-là.

Tu vas voir qu'on donne que la moitié de notre gain.

Et encore parfois même pas la moitié comme nous veut le père avec les

épinards. Et ben ? Et ben, il trouvera peut-être que de nous faire payer un

loyer serait plus rentable.

La faillite des parents, ça fait des héritiers prudents.

Tiens, écoute-moi ça.

Un homme, un parisien.

C'est deux chiens. On a dit poinçon nom pour ne pas entraver les recherches,

mais le gars a fui Paris après une escroquerie dans les milieux interlopes.

Et alors ? T'es une brêle ou quoi ? Tu vois pas qu'on en hérite pile au moment

qu'on le cherche à Paris ? Il y aurait des morts derrière.

Des morts ? Des morts.

Il n'y aurait pas dû l'être.

Qui était riche à millions l'instant d'avant et qui ont tout perdu.

Les millions et la vie.

On devrait pas aller voir les gendarmes ? C'est moi qui le coincerai.

Pas les gendarmes.

Tu le connais pas par cœur ?

T'es allé où ?

J'en sais rien.

Au diable.

On est sur la lune ici.

J'ai soif.

Putain de bled.

Les saluts.

Ils nous arnaquent.

Je l'aime.

Parfait.

C'est de tradition.

C'est dans Balzac.

Les Paysans. Tu connais ? Les livres, vous les avez tous pris.

Qui ça, vous ? La famille.

Le père ? Le père, piqué des bouquins.

Il s'intéressait qu'aux filles.

Le tonquin.

Tu connais ? Je connais surtout le pavot.

Le tonquin, c'est lui qui est venu à moi.

Sous forme de codéine, de marcéine, de narcotine, de morphine, de papavérine.

Je l'ai bu, je l'ai mangé, je l'ai fumé, le tonquin.

T'as tout vu, toi.

Se demander comment tu fais pour fréquenter des gens comme moi et les

chenus.

C'est que je suis pas exactement là où on croit.

Où on me voit.

Je fais l'illusion.

Merde, t'as une tête.

T'en as bavé, toi.

C'est le pensionnat.

Sans un sou alors que j'étais riche.

Sans visite alors que j'avais un frère.

Un grand frère.

À la sortie de maison vide et la compagnie des chanuts.

Du nanais. Tu sais quel âge est là le nanais ? Il a arrêté de grandir un jour.

Comme moi.

Pas de la même façon, mais comme moi.

Le monde nous supporte par habitude.

Parce qu'on fait pas de mal.

Tu n'es pas le nanais.

T'as toute ta tête, toi. Jambes, bras.

Ton quinte est assez riche pour y aller. Pas le choix.

Comme toi ? Toi aussi, t'as choisi.

Résultat, retour à la case départ.

À te réfugier chez ton petit frère qui a gardé les meubles.

À manger dans l'ouche des chenilles.

Non, réfugier.

Venir s'enterrer ici, Marc, après avoir connu le monde.

Comment t'appelles ça ?

Cette roue, j'aurais bien aimé l'avoir tournée du temps de la filature.

Maxime, allons-y, tu ne vas pas y aller cette année.

Ça ne me dit plus rien, la pêche.

Comment qu'il va gratter.

Surtout comme la mer les cuisine.

Ça fait une éternité que je ne me suis pas senti aussi bien, Tonnet.

C'est la rivière qui fait ça.

Elle ne sert pas à laver le linge.

Vous vous asseyez, vous écoutez et vous verrez, elle vous dira des choses.

Qui ? La rivière.

Ça alors.

Vous me prenez pour une gourde, hein ? Et nous tous, vous nous prenez pour...

Rien du tout, Tonnet.

Il n'y a rien que je tienne pour un imbécile ici, c'est moi.

Comment c'est possible ? Ce n'est pas possible, c'est... J'ai eu toutes les

chances, je les ai toutes gâchées.

C'est lamentable.

On va étendre le linge.

C'est beau.

Qu'est-ce qui est beau ? C'est un rat, Toinette.

Vous voyez, tout le temps, vous moquez.

Non, mais je me moque pas, Toinette, je vous assure que je me moque pas.

Eh ben,

il se met à aimer la nature, le parigot. Va-tu fermer ta gueule ? Toinette ! Je

me plaisantais pas, je te promets que je me plaisantais pas, Toinette ! J'ai pas

dormi de la nuit.

J'y arrive plus comme si... Quoi ? Rien.

Il y a quelqu'un qui rentre dans mon sommeil.

L'autre ?

Je crois que je vais m'occuper de lui.

Plutôt que d'imaginer je ne sais quoi. Je vais l'emmener à la chasse.

Je vais lui faire découvrir le pays.

Il le découvre le pays en ce moment même.

Vous voulez savoir où est Monsieur Marc ? Oui.

Avec la planète.

Il lave le linge ensemble.

Et s'il doit vous mettre dans cet état, profitez de la chasse.

Un bon coup de fusil.

Un jour, on m'avait dit que j'irais à la chasse avec un bâton.

On chasse bien autour de Paris.

Paré, ouais.

Mais armé.

Et dans des milieux qui ne sont pas les miens.

Est-ce qu'il y a des milieux que tu fréquentes pas ? Les nostalgiques de l

'Ancien Régime.

Toujours pas remis de la Révolution.

Ils se vengent sur le gibier.

Du gros, à cornes.

Tu voudrais pas plutôt qu'on aille tirer du gibier de bois à la rivière ? Tais

-toi.

Garde tes forces.

Regarde. On n'est pas rendu, hein ? Tu peux m'en griller une.

Et donc, tu seras retrouvé pour le retour ? Les yeux fermés.

Je connais ces chemins comme ma poche.

Le labyrinthe de la Poire du Trône ? Attends, attends une minute.

C'est sûr qu'il existe ton GB, au moins ?

J'ai pas vu un piaf, moi.

Même le lapin, il doit être six pieds sous terre, au frais.

Henri !

Henri,

qu'est-ce que tu fous, bordel ?

Tire dessus, bordel !

On

se perd vite dans le maquis, hein.

On va tirer dessus ? Marc, même si j'avais voulu,

je tire si mal.

D'accord, t'es d'ici, toi, de cette terre mauvaise.

Tu veux que je parte, mais je reste ! Je veux pas que tu partes.

Je veux seulement que tu comprennes.

Comprendre quoi ? Ici, ça n'est fait ni pour toi, ni pour moi.

Ça n'est fait pour personne.

Est-ce que tu crois que j'avais pas compris ? T'avais besoin de m'en faire

baver des ronds de chapeau pour ça ? Ça faisait si longtemps que je m'étais pas

amusé.

T'as dû en baver, petit frère.

Beaucoup plus que ce que tu m'as raconté.

Je te promets qu'on est à égalité.

Si on te voyait à Paris... On trouverait ça drôle dans une soirée bien arrosée.

Maman s'était jamais battue.

T'aurais fallu qu'on se voie pour ça.

Et ben voilà, c'est réparé.

Allez, aide-moi, sale gosse.

Remarque, on aurait pu passer par là.

C'est pas vrai.

Je vais te tuer.

Fumier ! C'est de la liqueur de lune.

C'est fait à partir de fleurs qu'on trouve dans les montagnes.

C'est une mixture si instable qu'elle se décompose à la lumière du jour.

Et ? Et ? Il suffit de deux verres et un grand buveur pour rouler sous la table.

Ah, flippé.

Allez, à l'oeuvre !

Musique !

On danse ? On voit ça.

Allez ! Un, deux, trois, quatre !

Allez !

Merci.

C'est du sérieux.

J'en ai presque réussi, putain.

Quoi ? Arrêtez avec ça.

Eh ben t'as repris.

Voilà tout.

J'avais jamais vu ça.

Cette maison dans cet état.

Le repas de midi.

Pas faim. Vous pouvez être fier.

Même les bestiaux.

Dites-le, c'est ce que vous pensez tous.

Vous êtes belles en toilette.

Monsieur Henri ne va pas venir ? Monsieur Henri, cul ! Monsieur Henri n'a

pas l'habitude de boire.

Monsieur Henri n'a l'habitude de rien, mais il a l'habitude de s'habituer.

C'est vrai que tu m'aimes bien, toi, non ? Nanné ! Viens, je vais ramasser tes

petits bois.

Aïe, fallait pas, il fallait pas qu'il y aille.

Aïe, fallait pas, il fallait pas qu'il y allait. Fous-moi la paix.

Tout ça pendant que les chats nus s'échignent.

On ne s'échigne pas tant que ça, va.

Ils ont le travail dans le sang, au-delà, et... Ils deviendront comme

nous.

T'as raison, ne changeons rien.

Nous en ferions des malheureux.

Allez, avance, princesse ! Eh bien, moi, vois-tu, j'irais bien voir d'où ils le

tirent, ces fous.

Comment on se débrouille pour en faire une meule, tu le sais pas ? Non.

Faut jamais aller au champ, voir comment ça se passe.

C'est pas notre place.

Ah non ? Moi, ça me déplairait pas de savoir comment on nous nourrit.

Comment on paye ma vie à Paris.

Et la tienne, ici.

Pour ton bouquin et ton lit.

Salut, monsieur. Ça va ? Honoré.

Honoré.

Honoré ! Voilà ! Tu peux me mener à Avignon, ce soir ? À Avignon ? Tu m'y

laisseras. Je me débrouillerai pour revenir.

Dormez pas.

On dirait.

C'est la maison qui vous plaît pas ? Si.

C'est la vie qu'on mène ici qui vous plaît pas ? Au contraire, j'ai même

envie d'être dévote demain.

Qu'est-ce que vous cherchez ?

Ça m'intéresse à votre boulot, c'est tout.

Peut-être voir s'il achète un tracteur.

Et faire de la culture intensive.

À l'américaine, comme ils disent dans les journaux.

Vous perdez nul, Paris-Go ! Mille excuses, monsieur Marc ! On dirait que

vous avez fait ça toute votre vie ! Allez-y, ce hexapiste ! Allez-y, s'entre

les cuisses ! Allez-y, ce hexapiste !

Allez-y, s'entre les cuisses ! On dirait que tout le sang vous a

quitté ou que vous n'en avez jamais eu !

Allez, allez, allez ! Qu'avez-vous en fait de vos journées tout ce temps à

Paris ? Mes journées ? Je vais passer à regretter ce que j'avais fait la nuit.

Paris.

C'est la folie tous les jours. On vous fait des expositions, on vous montre des

bidets. Des quoi ? Un bidet. Un truc pour pisser dedans.

Allez. Un urinoir, quoi.

Un urinoir, une roue de bicyclette, n'importe quoi.

Et là, vous avez tout le monde à crier au génie, moi le premier. Vive Duchamp !

Duchamp.

J'ai même vu la machine à fabriquer du désir.

Antoinette.

Venez à côté de moi. Une heure de faim.

J'ai ramené du jambon.

Du jambon ? Fais-moi ça.

C'était pas bon ? Très bon.

J'avais soif. Tu peux avoir soif, non ?

Vous trouvez pas qu'il fait chaud aujourd'hui, Mère Chanu ?

Pas plus que... Si, plus que.

Monsieur Marc ?

Même le père, il trouve qu'il a du cœur à l'ouvrage.

Tout grand galet qu'il est, les bras en feu et les reins tout cassés, il va

continuer tout le jour, jusqu'au soir.

Ça se fait pas.

Oui, ben lui, il le fait.

Vous aussi, vous voulez... Je veux quoi ? Voir comment on travaille.

J'étais au pensionnat.

On nous a emmenés au Rocher des Dons.

Là, il y a une statue.

Une statue de femme.

Belle.

Belle comme toi.

Pourquoi vous remettez ça ? Il faut du temps pour dire les choses.

Vous avez bu ? Ça aide.

Ça aide à quoi ?

Regarde bien ce que je fais, d'accord ? Tu les lances, et tu essaies de les

rattraper avec le dos de la main.

Après tu prends le rouge, tu lances et tu rattrapes les autres.

D'accord ? Tiens, essaie.

Essaie ! Tu les lances ! Tu les lances, tu les

rattrapes avec le dos.

Allez ! Presque ! Tu es en train de doigt.

Toinette ? Toinette ?

Que

se passe-t-il, Toinette ?

Depuis

quand ? La fois où vous êtes allée au champ.

Là-haut.

Là-haut ? Je le serre comme je peux dans des étoffes, mais ça se voit quand même.

Non ? Si.

Qu'est-ce que je vais devenir, M. Marc ? Vous savez ce qu'on leur fait aux filles

ici, les filles qui ont pêché ? Les chasses sur les routes.

Et les hommes ? Ils croient que c'est des bonnes femmes à faire.

Comprenez ? C'est fini, c'est temps d'être honnête.

On est sous le front populaire.

Votre front populaire, oui, j'ai compris.

Mais tant qu'il arrive jusqu'ici, ce sera déjà complètement disparu.

Honnêtement, pardon, vous l'avez fait ici, mais avec qui ? Vous ne savez donc

pas.

Le con.

Mon Dieu, le con.

C'est-il marchand d'entrée ? Ça m'étonnerait, il est déjà passé deux

fois cette année.

C'est le front populaire.

Les patrons, ils sont obligés de bosser trois fois plus.

Un artiste que vous voulez vous voir est passé par

la poste. Le voilà.

On marche, on court, on parcourt le pays.

Tous les pays, nous autres.

À la recherche de quoi ? De ça.

Monsieur Chanu, parlons bref, parlons bien.

Je peux faire sa fortune.

Et la vôtre, si vous êtes raisonnable.

Ce petit ne peut pas passer toute sa vie à ne rien faire.

Le maître d'école avait parlé d'une bourse pour le faire étudier gratis,

mais il n'est pas bien fort de la tête non plus. Il n'est pas fada, hein,

mais... Pour le travail que je veux lui faire faire, il n'a pas besoin d'avoir

bonne tête.

Pourvu qu'il ne se mette pas à grandir un jour.

C'est tout ce que je lui demande.

Voilà, monsieur Chanut.

Je suis directeur du cirque Sapinski.

J'ai quelques-uns des phénomènes les plus rares au monde.

De la femme martienne à l'homme crapaud.

J'en passe.

Louez-moi votre fils.

Un chanus se montrer dans les foires ? Mais... Comme un chan... Comme...

Comme... Comme un acrobate ! Mais enfin, monsieur... Monsieur Chanu, qu'est-ce

que vous faites ? Mais non, monsieur Chanu !

Mais ça ne va pas, monsieur Jean Dujon !

Tu as ruiné ma vie ! Naveau ! Quel péché j'ai

commis que celui de coucher avec celle-là ! Ni homme, ni enfant !

Et fada, car du nez fada ! Un chien

sur deux pattes ! C'est comme ça que tu vivras dorénavant.

Avec les chiens ! Je ne veux plus te voir dans cette maison, tu entends ?

Jamais ! Ça va vivante, ça n'arrivera pas.

Il est mort, alors ! Le père, faites pas ça !

Un

monstre.

Avignon, comme d'habitude, est au même endroit.

Je sais que ce n'est pas l'heure, mais pourriez-vous me conduire à Avignon ?

Là, maintenant, tout de suite ? Là, maintenant, tout de suite.

Ce sera avec plaisir, monsieur Marc.

Par contre, il faudra seulement que vous tourniez la manuelle.

Bonsoir.

Putain, j'avais raison, l'affaire Touche au National.

Le coupable aurait tué une femme, à Montparnasse, de la route.

Une femme...

Une femme qui ne lui aurait jamais rien refusé témoigne les amis de la victime.

Mais, portée sur l'usage de drogue illicite, l'homme aurait dépouillé sa

victime jusqu'à ce qu'elle ne veuille plus donner. Et là, le coup de la vie qu

'il menait dans les milieux interlopes l'obligeait à posséder toujours plus,

puisque c'est toujours plus qu'il dépensait.

La gendarmerie concentre ses recherches dans un triangle qui a pour sommet

Orange, Carpentras et Avignon.

Qui habite entre Orange, Carpentras et Avignon ? Et tu as laissé Honoré partir

avec lui ?

J

'arrive !

J'arrive, j'arrive.

Ça ne s'est pas arrangé le temps, vrai ? Non patron, ça ne s'est pas arrangé. Le

tout c'est d'avoir trouvé un coin où se réchauffer.

C'est ça tes amis ? Pourquoi ? Je ne les laisse pas mes amis ?

Il est même à Paris.

Plus classe.

Pourquoi tu y retournes pas ? Je vais y retourner.

Tu vas y retourner ? Là-bas ou ailleurs, ouais.

Tonquin, tiens.

Je t'enverrai mes cartes postales.

Du raide ! N'importe quelle mule.

Qu'elle soit pas frelatée, seulement.

Alors c'est vous, le frère.

Le Parisien, l'artiste.

C'est ça, ouais.

C'est toi qui racontes que je suis un artiste.

Tu sais pas ce que t'es ? J'ai regardé les autres peindre.

Sculpter.

J'ai lu les livres des autres.

Leurs poèmes.

C'est tout ce que j'ai fait.

Et tu le sais ? Tu sais très bien que je suis zéro.

Nib danib.

Toi et moi, on fait la paire.

Sauf que pour toi, il faut que ça change.

Il y a urgence.

Urgence ? Oh, mon grand frère.

Si tu voulais t'occuper de moi, fallait t'y prendre plus tôt, hein.

Parce que là, c'est trop tard.

Oui, si je suis venu jusqu'ici, c'est pour te dire... Que tu m'aimais ? Que t

'as jamais cessé de penser à moi ?

Combien de fois t'es venu me voir au pensionnat ? Hein ? Combien ? Que je

cravais la dalle ? Que je cravais le froid pendant que le père t'apprenait la

vie ? La grande vie ? Hein ton père ? Mon père ? Qui est mort maintenant

? Et pour moi ? Qu'est-ce que ça change qu'il soit mort ou vive ? Hein ? Qu'est

-ce que ça change ? Rien ? Rien puisque c'est toi qui l'as choisi.

Toi qui l'as pris quand il s'est barré.

A laissé la mère crever toute seule.

Putain. T'es venu me faire quelle saloperie de morale.

Un mot de santé.

Je veux pas rentrer.

Arrête Henri.

C'est pas l'âne.

Où tu trouves ton taxi ? Il est là.

Mais je veux pas rentrer. Arrête ! Je veux te présenter quelqu'un. Allez,

Henri ! Ça

va

? Tiens.

Le dos de Dieu était brûlant.

Ça s'est avéré plus un rêve que tu partes maintenant.

J'ai plongé. Eh ben tu vas refaire surface.

Non.

Non, c'est pas possible.

Pourquoi ? Je veux plus.

Arrestation à Mormoron de l'assassin de l'héritière de Montparnasse.

Eh ben tu avais raison, il était à deux pas de chez nous.

Sauf que c'était pas Marc. Oh le détective que tu fais, toi.

Je le pincerai quand même.

Mais nom de Dieu, qu'est-ce qu'il t'a fait pour que tu lui en veuilles comme

ça ? Le parigou n'est pas l'assassin de qui je croyais.

Il est d'un autre.

De qui ? Son propre frère.

Il buvait, monsieur Henry, avant que l'eau ne se pointe ? Comme tous les

jours, au puits. Au puits, et c'est tout.

Et encore, moitié moins que nous pour nous faire plaisir.

Et Avignon, hein ? Et les filles ? Qui lui a donné l'idée ? Et

Antoinette ? Tu y penses, à Antoinette ? Jamais, monsieur Henry.

ce serait permis de la regarder comme l'autre la regarde.

Avec son sourire de traviole, là.

Tiens, on dirait celui qu'on a vu au cinéma en plein air l'été dernier, te

souviens-tu ? Vous avez encore bu ? Prenez vos bouillottes, c'est l'heure de

la sieste.

Et d'aller laver le linge avec elle à la rivière.

Pour qui sera tout l'héritage, crois-tu, si M. Henry passe l'arme à gauche ? Hein

? Pour qui ? Pour Marc.

Pour Marc. Et qu'en fera-t-il de l'héritage ? Il vendra.

Et nous, on ira où ? Hein ? Sur les routes ? Comme de pauvres bêtes à la

recherche d'un toit ? Je suis là et je ne vous lâcherai pas que la maladie se

soit enfuie.

D'autres se chargeront des causes.

Nouvelle cause, merci.

Merci à vous.

Honnêtement, tu peux pas rester comme ça.

Mon enfant.

J'en veux pas de mon enfant.

C'est trop tard.

Il est là maintenant. Il est bien là.

Viens.

Arrête de le serrer comme ça avec tes frusques.

Tu pourras le louer au cirque mondial à sa naissance.

Toinette, écoute-moi bien.

Je suis revenu ici parce que je savais que mon avenir était ici, quelque part.

Il est peut-être dans ton ventre, mon avenir.

Alors si tu veux, moi je veux bien en être le père.

Ne me dites jamais ça ! Il vous tuerait !

Alors c'est quand la vie a enfin un sens que... Que ? Que c'est mort.

Vous en aurez des enfants.

Si c'est ce que vous voulez.

Avec qui vous voulez.

Sans risquer pour autant un coup de fusil.

C'est pas d'un enfant dont j'ai besoin.

C'est celui-là.

Celui-là, oui.

Parce que venu comme ça, justement, sans que je le veuille.

De l'ombre.

Comment va, vieille canaille ? Moi, ça va.

Ça te fait rire ? Attends.

Tu vas te tordre.

Vous voyez ? Je suis grosse.

Tout de même.

Enceinte de vous.

Non.

C'est pas possible.

Pourquoi est-ce que ce serait pas possible ?

Pour une fois.

Et il aurait fallu combien de fois pour que ce soit possible ? Je sais rien.

Pas dans la grange, pas comme ça.

On peut faire ça cent fois dans des draps de soie sans que ça donne rien.

Une fois contre une auge à cochon peut suffire.

Sois honnête.

Je suis malade.

J'ai la fièvre.

Je n'ai plus bu une goutte d'alcool depuis des jours. Je t'en supplie, ne te

moque pas de moi.

Est-ce que j'ai l'air de me moquer ? Cet enfant peut être de n'importe qui ! T'as

pu la vendre n'importe où avec n'importe quel homme ! Avec qui par exemple ? C

'est moi qui vais te la prendre.

Il y a mille fois plus de chances que t'aies attrapé ça avec Marc qu'avec moi.

Pourquoi avec Monsieur Marc ? Tout le temps fourrés ensemble.

Tu crois que je vous ai pas vu ? Tes frères l'ont vu. Vos promenades, la

rivière... On attrape pas ça en se promenant ! Faut pas me prendre pour un

idiot, honnête ! Vous n'avez plus qu'une solution, toi et l'autre ! Faire vos

valises et riper ! Avant que ton père l'apprenne ! Ou c'est le carnage ! Ça va

tirer de tous les côtés, pire qu'au tir aux pigeons ! Et les pigeons, ce sera

toi et lui ! Mais c'est toi !

Comment va, vieil canaille ? Comment ça va ? Ça te fait rire ? Attends, tu vas

te tordre.

Honoré ? Dors-tu, Honoré ?

Mais t'as pas bientôt fini d'empêter ton monde ? Toutes les nuits, c'est la même

chanson.

Maxime, tu dois être malade que tu peux plus dormir, jamais.

Malade.

Moi, je suis malade.

Mais en plus de ça, tu vas attraper la mort.

Mais qu'est-ce que t'as à présent à t'énerver comme ça ? Tu le sais bien.

Oui, je sais.

Tu le sais ? Me prends-tu pour une courge ?

C'est tout ce que ça te fait ? Et quand le père va la prendre ? Il fera comme il

l'a fait pour le nanais. Il prendra son fusil, il tirera en l'air et il

condamnera entre les deux à rester dans sa chambre.

Et puis ? Et puis le moment venu. Mais quel moment ? Celui de la délivrance par

vie.

Tout ce tintouin que ça amène dans une maison fait qu'on se dit qu'elle est

trop malade.

On se fâchera après.

Et puis au bout de quelques jours, tout s'oublie. Et puis la mère sera bien

contente de s'occuper du petit.

C'est bon, je peux dormir maintenant.

Une chose, honoré.

T'es bien d'accord ? Elle n'a pas fait ça toute seule.

Ah bah ça, depuis notre sainte mère, la Vierge.

Je te jure que celui qui a fait ça, il va le payer de son sang.

Fais pas de bêtises, Maxime.

Et puis, il faudrait d'abord savoir qui c'est le père. Tu le sais aussi bien que

moi qui est le père ! Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Des heures pour se disputer

? Vous serez content quand je vais rattraper une bonne pneumonie ? Allez,

vous recouchez, on n'a pas besoin de vous ici.

Alors expliquez-moi ce qu'il se passe !

Vous voulez savoir ce qui se passe ? Tiens.

Demandez-le à celle-là ce qui se passe.

C'est elle qui m'appelait comme ça.

Mon ange.

Mon petit ange.

Comment il t'appelait notre père ? Petit con.

Mais c'était affectueux.

Notre père qui aide aussi eux.

Fais attention avec ça, Henri.

C'est pire que l'opium.

Attention à quoi ? Je vais être papa.

Tu le sais, non ? Alors j'enterre avec mon frère ma vie de garçon.

Bordel ! J'y vois plus clair si je bois pas.

Bravo ! Le roi des dépravés est devenu un saint ! Les cartes, la tentation

! Un saint !

Mais pas n'importe quel saint, hein ? Ah non ! Je cherche ! C

'est un François qui fait pique-pendre le sale ego avant de se repentir. Comme

toi ! Comme toi.

Tout pareil.

Parler au piaf et de partir sur la route sauver le pauvre monde.

Hein ? Sauver le pauvre Henri.

C'est un Marc !

Alors quand je leur ai raconté que tu allais être papa d'un petit qui n'était

pas toi, ça a déclenché un tel fou rire que moi-même j'ai dû en convenir. Tu es

complètement con ou quoi ? Tu es parti parce que tu en avais trop pris. D

'accord, tu n'arrivais même plus à bander, c'est dire.

Mais quand tu vas voir les nouvelles des américaines jeunes, des copines des

Mingoués... Vieux.

Tu me demandes comment t'en tirer ? En te tirant. Et puis crois-moi, tu es

responsable de l'état de ton frère. La chimie nous dit que deux corps de même

famille, peinards séparément, explosent en se mêlant.

Reviens avant la catastrophe, on t'attend pour une fiesta sans fin.

Sur le dos de la main, tu te souviens ?

Vous connaissez la pêche à l'anguille ? Non, même l'anguille, je connais pas.

Tu veux dire manger en rondelle au restaurant ? Non.

Là, elles sont en entier, hein. De tout leur long.

À la roue de la fabrique, c'en est plein.

Faut seulement savoir s'y prendre.

C'est la nuit qu'on les trompe.

La nuit ? Avec une lanterne sourde.

J'y vais ce soir.

Ça vous dit ?

Nous serons seuls car on n'aurait pas bien voir ces bestioles-là se dandiner

au bout des crocs.

Vous allez où ce soir ? Là où tu ne veux jamais venir, à l'anguille.

Je vais

venir

moi aussi.

Ça te prend à présent.

Tu n'as jamais supporté de voir Languille se tortiller au bout des crocs

et là... Je préfère supporter ça qu'autre chose.

Tu restes là.

Tu vas te coucher.

Pas question d'alarmer la maison, hein ? Qu'on n'aille pas renifler l'affaire.

Et si c'était les gendarmes que j'allais alarmer ? Les gendarmes ? Vois-tu,

Honoré, ils ne pourront rien faire avant car je n'ai encore rien fait.

Après, oui.

Ils sauront forcément que c'est moi car tu les auras prévenus, c'est ce que tu

veux.

Au revoir, petit frère.

Cette fois, je m'en vais.

On aura fait qu'un petit bout de chemin ensemble, mais... Ce boulot vaut pour

toute une vie.

Et puis, t'es bien tout seul ici.

Monsieur Marc, ça peut être un autre soir si vous préférez.

Ce soir, ça risque d'être bon.

Par là.

Ça va.

Faut que je parle à ton père.

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