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Bien, vitre brisée, un couteau de cuisine au sol, la
lame immaculée de sang, aucune trace d'hémoglobine sur le manche, ce qui est
supposé que l'assassin l'aura effacée. Je serais étonné qu'on y exploite la
moindre trace papillaire.
Le cambrioleur a dû être surpris par l'approprio qui est rentré chez elle,
donc paniqué.
Il va à la cuisine, il prend un couteau, l'approprié s'approche, il la frappe.
Ensuite, la victime se traîne jusqu'à son portable qu'elle prend dans sa veste
pour appeler du secours.
Sylvina Raymond, la victime était anesthésiste, elle travaillait au
service des grands brûlés du CHU de Saint-Louis. Pour l'heure, une seule
blessure abdominale a signifié, mais vu la flaque de sang, je dirais que la
victime était quasiment...
exsangue avant de mourir, longue agonie.
Qui a découvert ce carnage ? C'est son mari, le professeur d'un Raymond.
C'est un spécialiste de la transplantation hépatique dont il dirige
un service également au CHU de Saint-Louis. C'est lui que sa femme a
appelé de son portable juste avant de mourir. Pourquoi il est couvert de sang
? Étant médecin, il a tenté de la réanimer, mais en vain.
Donc après avoir terminé son service, votre femme rentre du CHU, elle voit l
'état du salon, enlève sa veste, se dirige vers la cuisine et là elle
constate que la porte-fenêtre qui donne sur le jardin a été fracturée.
Après son agression, votre femme vous a appelé, c'est ça ? Oui.
Je ne comprenais pas ce qui se passait.
Elle ne parlait pas,
je n'entendais Ă peine respirer.
Je me suis inquiété.
Je suis venu très vite, le CHU est à deux pas.
Je peux voir votre portable, M. Dornay.
Vous ne me croyez pas ? Question de routine, professeur.
Le commandant Scandrea, je dirige cette enquĂŞte. Alors dirigez-la bien et
trouvez le monstre qui a fait ça.
Capitaine Louvier, M. Dornay, j'ai remarqué un système d'alarme à l'entrée
de votre maison.
Vous arrivez de le mettre en marche ? Oui.
C'est tellement facile d'entrer ici.
Vous nous arrivez d'oublier.
Comme ce matin, par exemple.
Désolé, mon petit Michel, mais j'avais du taf avant toi.
On manque de personnel.
Je ne m'étonne guère que votre contact, mon collègue, vous fit comme la peste.
Vous êtes nouvel, alors mon mimi fait son intéressant.
Mais en fait, il est jaloux.
Il sent que le courant passe entre nous.
Si c'est le cas, je suis encore loin de m'électrocuter.
Vous risquez rien avec ce groupe.
Entre mon Mimi, austère et sinistre à souhait, Scandella, tant aimée par les
femmes qu'elles se font muter en province, et Cisco, simili-playboy aux
conquêtes ménopausées, vous n'êtes pas gâté.
Oh, que tu veux, docteur Salinas, une femme n'a pas été gâtée. C'est
apparemment celle-ci.
Voyons donc quel amour vous lui avez témoigné.
J'ai pas eu besoin de trop la bichonner. J'ai décelé une seule, une belle et
profonde blessure abdominale qui a transpercé le côlon jusqu'au poids.
Et la blessure dans la main gauche, c'est en se défendant ? Non, non, non. C
'est l'argentail dans la paume qui remonte le long des phalanges. Elle se l
'est faite elle-mĂŞme.
L'agresseur a dĂ» lui donner un coup de couteau sec.
Elle se l'est retirée elle-même.
Elle a pris le manche de la main droite.
Et puis, de la main gauche, elle a grippé la lame pour lutter de faire des
dégâts. Un cas d'école.
Ça suppose que l'agresseur a dû s'enfuir juste après avoir frappé pendant que la
victime se traînait dans le salon. De fait, le tueur n'aurait pas laissé la
victime atteindre son portable s'il avait été là .
Il l'aurait achevé avant.
Je me permets d'entrer, Michel ? Le rouge est pas mis.
Vous avez bien fait.
Je me réjouis de vous retrouver parmi nous.
Je dirais que vous manquiez réellement à ce groupe.
Bon.
En tout cas, j'espère qu'une année entière passée dans le restaurant de
Mario m'aura pas trop rouillé.
Voyez-vous, j'assimilerai volontiers la brigade criminelle au vélocypède.
Dès qu'on y retouche, ça revient vite.
Il va falloir parler boulot si vous me parliez un peu de Camille.
Enfin, je veux dire, comment va-t-elle depuis qu'elle a recouvré la vue ?
Comment ? J'ai lu quelque part qu'elle s'occupait d'un jeune artiste peintre.
Oui.
Elle travaille beaucoup et je crois qu'elle va bien.
Ah.
Vous ne vous voyez plus ? Mes enquêtes ne m'en laissent guère le temps.
Bon, en tout cas, je ne sais pas si moi j'ai manqué au groupe, mais le groupe m
'a manqué.
Et surtout vous, Michel.
Vous et aussi votre bureau sinistre.
Bon, alors je vais aller serrer d'autres mains, histoire de me remettre dans le
bain. Ne vous bougez pas avant de... le vélocipède.
Tout Ă l'heure.
Excusez-moi.
Regardez.
Et voilĂ .
Merci.
Je suis nouvelle, je ne suis pas encore acclimatée au matériel. Je pense qu'ici,
on n'aura pas trop de mal Ă s'acclimater Ă toi.
Tu es dans quel groupe ?
Le groupe Scandella.
Ah bah enchanté, je suis le capitaine Siskowski.
Enfin, dit Sisko.
Je suis son deuxième de groupe, en fait.
Ah ? Il doit y avoir une erreur.
Capitaine Louvier, son second, c'est moi.
Alors, le plus boyé de retour ? Tous les jours, tous les jours... Euh... Scand...
Je m'explique Lambeau, oui ? Euh... Y a trop de monde ici.
Viens avec moi tous les deux.
Écoute Sisko, j'ai été rigolo avec toi.
J'ai insisté auprès du Thaulier pour que tu deviennes mon second.
T'es passé capitaine, tout était ok.
Et puis, quand Polo a été muté à Bordeaux, on s'est retrouvé en sous
-effectif.
Alors il y a huit jours, la hiérarchie m'a imposé Louvier comme second.
T'étais pas forcé d'accepter.
On m'a vanté ton parcours nickel au stup.
Et comme ça fait des semaines qu'on traîne des affaires de merde, le taulier
m'a pas laissé le choix. Je peux encore changer de groupe. Moi aussi, comme ça.
Mais c'est pas le problème, ça.
Dans mon groupe, j'ai besoin de deux éléments comme vous.
Alors vous serez mes secondes tous les deux, d'accord ? VoilĂ , c'est tout.
Jean-Louis, un ami digne de ce nom aurait pu au moins m'en parler pour me
laisser le choix, non ? Je sais depuis huit jours que t'attends que je débarque
pour m'en parler. Merde ! Merde.
Quoi de Cisco ?
Je voulais pas que tu reviennes en arrière. Qu'est-ce que je dis ? On va
pas laisser le choix.
Bien.
N'avrez que les résultats des services de dactyloscopie viennent confirmer mes
supputations. À savoir, et pour être clair, le manche de ce couteau a été
nettoyé post-mortem, ce qui signifie que nous avons un petit problème.
D'après le légiste, la victime, Sylvie d'Henrymont, s'est retirée elle-même le
couteau du ventre après son agression. Ça veut dire que le meurtrier a dû se
tirer vite fait. Donc, qui a effacé le sang et les empreintes sur le manche du
couteau ? Est-ce qu'après le tueur, enfin, à part le mari, bien sûr, quelqu
'un est retourné dans la maison ?
avant que le mari découvre le corps de sa femme ? Non, ça m'étonnerait. Don
Raymond est arrivé à peine 5 minutes après le coup de fil de sa femme. Il a
fait très vite.
Et si le mafrier avait agi en deux temps ? Ah oui, Ă savoir, il serait venu
frapper Sylvie Don Raymond, puis il repart, lĂ pour... Il a un doute sur le
fait qu'elle soit morte, donc il revient pour s'assurer de sa mort, enfin, qu'on
se constate sa mort, sauf qu'il a le temps d'aller dans la cuisine et
nettoyer le couteau avant de repartir.
Un type qui s'enfuit en paniquant revient pas 5 minutes plus tard pour
finir le travail, ça me paraît improbable.
Ça te paraît peut-être improbable.
Mais ça s'appelle une hypothèse qu'il ne faut pas écarter.
Bon, l'appel de Sylvie d'Henrémont à son mari, il a bien été enregistré ? Euh,
oui. Elle a bien appelé l'hôpital quelques heures avant d'ouvrir. Il y a
des témoins qui ont confirmé avoir entendu le professeur d'Henrémont lui
répondre. L'appel de Sylvie d'Henrémont à son mari prouve tout simplement que
celui-ci n'est pas le tueur.
Alors, pourquoi, après avoir découvert le corps de son épouse, a-t-il nettoyé
le manche du couteau avant l'arrivée de la police ? C'est complètement absurde.
C'est vrai que c'est curieux.
Si c'est lui qui a nettoyé le couteau, ça veut dire que Dan Raymond protège l
'assassin. Alors il a peut-être commandité un mec pour tuer sa femme.
Sauf que le mec s'y prend mal. Il frappe une fois et il se tire tout de suite
après. Dan Raymond rentre chez lui, constate le carnage, il essuie le
couteau pour éviter qu'on puisse remonter jusqu'au tueur.
Alfred Hitchcock aurait-il inspiré le professeur Dan Raymond ? Marchand, qu
'est-ce qu'il vient foutre là Hitchcock ? Vous vous souvenez, le crime était
presque parfait.
C'est ça, d'accord, ok. Bon, on va montrer à Don Raymond qu'on fait pas de
cinéma et on va plutôt l'interroger, hein, parce qu'il faut trouver son
mobile maintenant.
Bon, Louvier, est-ce qu'on a un inventaire de ce qui a été volé ? Alors,
d'après Don Raymond, à part une montre de valeur, rien n'a disparu. D'ailleurs,
si le tueur est reparti en catastrophe, il a pas eu le temps d'emporter grand
-chose. C'est pour ça que je ne vais pas revenir après sur le lieu du crime.
Bon, Cisco, pour te dĂ©rouiller, ça te dirait de venir interroger Don Raymond Ă
l'hĂ´pital ? Mais t'es le boss, c'est toi qui choisis.
Ok, très bien.
Je vous ferai un compte-rendu de l'audition de Dorémont par téléphone
avant de vous donner la marche Ă suivre.
Professeur, j'ai conscience qu'après cette journée terrible, vous n'ayez pas
très envie de répondre à nos questions, mais... Effectivement, vous auriez pu
attendre. J'ai opéré ce soir en urgence et j'opère à nouveau demain matin à 7h.
Diriger un service de transplantation hépatique, c'est autre chose que de se
tourner les pouces derrière un bureau au frais de l'État.
Mais professeur, il n'y a rien de personnel lĂ -dedans. Rien de personnel ?
Alors que vous prétendez que l'auteur n'a pas dû revenir chez moi pour essuyer
les empreintes sur le couteau. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Que c'est
moi qui l'ai fait, c'est ça ? Un homme qui commandite le meurtre de sa femme,
vous savez, c'est assez courant.
Écoutez, à ce stade de l'enquête, nous devons envisager toutes les hypothèses.
Mettez-vous Ă notre place. Mettez-vous Ă la mienne ! Je viens de perdre ma femme.
Vous n'avez aucune décence ! Écoutez, professeur, nous devons
faire très vite pour retrouver ce meurtrier. D'où notre assistance.
Nous n'avons pas de raison de vous en vouloir.
À la façon dont vous me harcelez, je pense que vous ne tarderez pas à en
trouver une.
Maintenant, vous m'excuserez, mais je dois rejoindre mon fils.
Il est hospitalisé dans mon service pour une insuffisance hépatique grave.
Son état est critique.
Et la mort de sa mère n'a pas arrangé les choses.
À moins qu'un flic borné ne puisse même pas comprendre ça.
Bravo, c'est bien.
On peut dire que t'as le chic de te foutre tout le monde Ă dos. Ta gueule,
Cisco, d'accord ? Ta gueule.
T'es peut-ĂŞtre mon pote, mais je suis chef de groupe.
Cette enquĂŞte commence mal, alors arrĂŞte de me faire chier ou je te vire. C'est
clair ? Ouais, c'est... Ta gueule, montre.
T'es énervé ? Chier, Cisco.
J'avais qu'Ă rester avec sa femme en resto.
Avec Louvier, c'est pas deux secondes que j'ai, c'est deux boulets.
T'es énervé.
C'est le bordel.
Entre Hélène à Lyon et Polo qui est parti à Bordeaux pour retrouver Sonia,
sur qui je vais pouvoir compter maintenant ? Tiens, justement, il y a
Hélène qui a appelé.
Alors, son stage se passe très bien.
Elle a hâte de passer commissaire.
Elle est en pleine forme.
Et elle t'embrasse.
C'est tout ? Elle t'aime.
Nath, passe-moi le biberon.
Je vais le donner à Théo, ça va me détendre.
C'est son père qui a toujours pas appelé.
Ça intéresse pas de savoir à quoi il ressemble, son fils ? Il voulait pas d
'enfant. Eh ben moi j'en veux.
Parce que j'adore ce monde.
Bonne nuit, papa.
Bonne nuit, sœur.
Et si tu regardes la boxe ?
T
'en fais pas trop avec Cisco, c'est un mec sympa et ouvert, je suis sûre que
tout va s'arranger.
S'il fait son boulot et qu'il marche pas sous les pieds, c'est rare.
Parce que moi je fais ce que je veux et je dois rien Ă personne.
Que Cisco se mette ça dans le crâne.
Bon.
Personnel et bavard.
Dorémont avait une petite amie, une certaine Galoua, qui travaillait en
radiologie. Louillet, Bailly, allez l'interroger.
Sisko et moi, on va interroger Louis, son fils.
Dorémont n'était pas d'accord, mais j'ai obtenu une réquisition judiciaire.
La réquise ou pas, Dorémont était carrément fou de rage.
Donc, il s'agirait peut-ĂŞtre de marcher sur des oeufs, maintenant.
À cause de moi, tu dis ça ?
Oui,
Philippe et moi.
Enfin, le professeur Dan Raymond et moi, on est ensemble depuis un an.
Mais pourquoi Dan Raymond vit toujours chez sa femme ? C'est Ă cause de Louis,
son fils.
Comme il est très malade, il ne voulait pas se séparer de lui.
Dan Raymond vivait encore chez sa femme, mais il faisait chambre Ă part.
Je sais pas comment vous faites, moi je peux pas passer une nuit sans mon mari
que j'adore.
Vous supportez, vous, que votre amant couche encore chez sa femme ? Dan
Raymond et sa femme devaient divorcer à l'amiable, mais l'état de leur fils s
'est aggravé.
Si Dan Raymond ne lui trouve pas rapidement un greffon hépatique, il
mourra. Remarquez, j'ai deux gosses, je comprends.
Louis étant sa préoccupation première, Dan Raymond a remis vos projets de vie
commune à plus tard, c'est ça ? Madame Galois, hier, entre 15 et 16h, vous
étiez où ? Je n'étais pas de service.
J'étais chez moi, seule.
Pas de témoin, bien entendu ? Non.
Bien, Madame Galois, vous ne vous éloignez pas de Paris, nous sommes
appelées à nous revoir.
Bien sûr que je sais qui a pu tuer ma mère.
Boutrin, un ancien dealer.
Une vraie rendure.
Et d'où il sort ce Boutrin ? Un type que j'ai rencontré il y a cinq ans.
Je faisais médecine.
À l'époque, je triplais ma première année.
Mon père me supportait plus.
C'était fâché.
Ça m'avait démoli.
Alors j'ai rencontré Boutrin et sa cam.
C'est pour ça que vous pensez que votre maladie a à voir avec Boutrin ? Oui, c
'est Boutrin qui m'a fait mon premier shoot avec une seringue usagée.
J'ai attrapé une hépatite C que j'ai pas soignée.
Et aujourd'hui mon foie est foutu.
Franchement Louis, je peux comprendre que vous en vouliez Ă ce type mais...
Quel est le rapport avec la mort de votre mère ? Avec la drogue, j'ai touché
le fond.
J'ai vendu ma voiture, mes meubles, tout ce que j'avais Ă Boutrin.
Ça suffisait pas.
Alors j'ai emprunté du fric pour continuer à me payer mes doses.
Vous êtes étonné quand vivre chez vos parents ? Il y a six mois.
J'étais devenu trop malade.
Et puis, ça faisait un an que je payais plus Boutrin.
Il a foutu ma vie en l'air.
Je lui ai dit d'aller crever.
Donc vous pensez que Boutrin aurait pu vouloir rentrer dans ses frais et serait
allé chez vos parents pour se payer lui-même ? Un type comme lui, il est
capable de tout.
Estelle, viens, entre.
C'est pas les stups.
Bonjour.
Bonjour.
Comme moi, Estelle a eu des gros problèmes de drogue.
Maintenant, c'est fini.
On s'aime.
On va voir des infos des stups.
Le boutra en question, il l'avait dans le collimateur depuis des années.
Il n'a jamais réussi à le coincer.
Il aurait escroqué pas mal de jeunes mecs, comme Louis d'Henrémont.
Un jour, il a dû sentir que ça commençait à puer un peu. Et déjà , il a
arrêté de dîner. Il a ouvert un sex-shop, un pip-show de 3e zone, un
pical. Un truc minable.
Je l'ai convoqué, bien sûr.
Moi, je suis sceptique. Non, étonné.
Un cambriolage peut se rembourser des dettes du fiston, ça me paraît limite.
Un type qui s'est rangé de la cam' ne va pas prendre ce risque pour des dettes
non payées.
Bien. Alors sinon, j'ai eu la femme de mĂ©nage d'Edan Raymond, elle est passĂ©e Ă
l'appartement.
Deux heures avant le meurtre, je crois pas que je pourrais en tirer grand
chose, mais bon.
Une femme de ménage, je crois que c'est dans mes cordes. Tu vas t'en charger,
Francisco, c'est bon.
Bon, il faudrait aussi se pencher sur Galois, la copine d'Edan Raymond.
Avec Louvi, on s'est demandé pourquoi elle était aussi nerveuse.
Peut-être que c'était pas le grand amour, hein, avec le tout-bib, sinon il
nous aurait parlé d'elle.
Et puis, Galois n'a pas d'alibi.
Effectivement, l'amour ne semble pas la priorité du professeur. Dans Raymond,
voyez-vous, le personnel hospitalier a dressé un portrait de lui, peu
reluisant. Il est considéré comme un homme ambitieux, arriviste, cynique et
froid.
Seul son métier l'intéresse.
Ce témoignage de l'infirmière semble confirmer la chose.
C'est l'infirmière que j'ai eue au téléphone.
Après dix ans passés avec Dans Raymond, elle a quitté son service en dépression.
Ta moitié est devenue dure et exigeante.
Mais elle dit que celui qui en a le plus souffert, c'est son fils, Louis. Après
son Ă©chec en fac, son père l'a rejetĂ©. D'après elle, Louis aurait sombrĂ© Ă
cause de ça. Encore un connard incapable de comprendre ses gosses.
Bon, d'après le profil de Don Raymond, je le sens pas, ce mec-là .
Encore faut-il lui trouver des raisons d'avoir voulu faire tuer sa femme.
Ah oui, mais il faudrait le faire avec tact, voyez-vous. J'ai voulu dire,
commandant, que votre dernière rencontre avait été quelque peu... rouleuse.
Engager frontalement les hostilités avec cet éminent praticien, était-ce bien la
méthode idoine ? En tout cas, le marchand, c'était ma méthode.
Alors, étant le chef de ce groupe, j'aimerais pouvoir mener cette enquête
comme je veux, avec mes méthodes. C'est clair ? Oui, sans doute. Faudra-t-il que
je révise un peu... la mienne.
C'est ça, oui.
Quant à ceux qui ont des problèmes de cohabitation,
il va falloir qu'ils apprennent Ă vivre ensemble.
Sinon, ils peuvent toujours aller habiter ailleurs.
Commandant, M. Boutrin est arrivé.
Le marchand de Cisco.
Il y va.
M. Boutrin, la fraîcheur de mon bureau vous indispose-t-elle au point de vous
obliger à garder vos gants ? Ou vous serez sur une coquetterie particulière ?
Après un accident de voiture, des brûlures au troisième degré ont
nécessité une grève de peau.
Outre l'aspect esthétique, j'ai une hypersensibilité aux variations de
température qui m'oblige au port permanent de ces gants. Ouais, bien sûr.
Ça évite surtout de laisser des empreintes un peu n'importe où.
Effectivement, de ce point de vue, l'identité judiciaire avec un type comme
moi risque de faire chou blanc.
Et ce couvre-chafe est-il aussi une résultante de cette greffe ? Ah non.
Non, non, j'ai mis cette casquette suite Ă une agression.
Hier vers 16h Ă Piga, dans une impasse, un dingue...
Il voulait mon fric, j'ai refusé, alors il m'a... Il m'a agressé avec une
matraque avant de prendre la fuite.
16h, 16h.
Heure funeste, si l'on est, qui coûte à la vie.
Ah, madame... Non, Raymond, dans son appartement du 10e arrondissement.
Non, non, faites chier.
J'avais au moins deux bonnes raisons de pas tuer cette dame.
La première, c'est que mon accident de voiture, je l'ai eu il y a deux ans avec
son fils.
Louis n'a rien eu, mais moi, j'ai failli brûler dans la bagnole. C'est sa mère et
son équipe chirurgicale qui m'ont sauvé la vie avec leur greffe de peau.
On tue pas quelqu'un qui vous a sauvé la vie. Quelle belle ordure, ça vous a pas
empêché de détruire la vie de son fils.
Moi non, je pense que l'enfoiré de votre espèce est prêt à tout pour du fric.
Une montre de valeur a disparu chez Don Raymond.
Une perquise chez vous, l'on sera fixé. On peut chercher, bordel, chercher, vous
trouverez rien, cherchez, allez-y.
Et d'après vous, quelle serait la deuxième bonne raison de faire oxy Ă
cette pauvre Madame Don Raymond ?
Sylvie d'Henrémont m'a appelé il y a deux jours au pub show.
Pour que je disparaisse de la vie de son fils, elle a proposé de payer ce qu'il
me devait, j'ai accepté.
J'attendais qu'elle me rappelle pour fixer la date de remboursement.
Bon, on va vérifier tout ça et attendre un peu avant de vous fixer une date de
sortie. D'accord ? Garde Ă vue. Allez.
Oui.
Évitaine.
La femme de ménage, Zédé Henrémont, est là .
Mais le capitaine Louvier veut bien prendre l'audition. Quoi, prendre l
'audition ? De quoi je me mĂŞle ? J'y vais.
En garde Ă vue.
J'ai tout bien enchaîché les dents, Raymond.
Et j'ai fermé la porte.
Comme d'habitude.
J'ai rien Ă me reprocher.
Non, mais vous inquiétez pas, madame Martinez. Vous n'êtes pas suspectée. C
'est pas ma faute si madame est morte.
C'est pas ma faute. Non, mais vraiment.
Faut pas avoir peur comme ça.
Excusez-moi un petit instant, madame Martinez, s'il vous plaît.
Qu'est-ce qui se passe ?
Galois, la petite amie de Dan Raymond, pourrait bien remonter au score. En
fait, elle a été virée du service de radiologie.
Là , elle fait son préavis.
Si Dan Raymond l'a licenciée, c'est peut-être parce qu'il y avait de l'eau
dans le gaz.
La fille de l'accueil nous a dit qu'elle avait demandé à parler à Sylvie Dan
Raymond le jour du meurtre.
La fille lui a répondu que Sylvie venait d'entrer chez elle.
Galois savait donc oĂą la trouver.
J'ai vu l'audition de Boutrin.
A mon avis, ce type est clean et tu perds ton temps.
Ah oui ? Et puis évite de traumatiser cette pauvre femme.
Bon, nous on y va, on va revoir Galois.
Excusez-moi, madame Martinez.
Louvier, un conseil. Louvier ! Lâche-moi les baskets.
T'entends ? La prochaine fois que tu me fais une remarque sur ma façon de
bosser, une seule, je te pourris la vie, t'as pas idée.
J'ai peur.
T'as peur ? ArrĂŞtez ! Tout le monde nous regarde.
Inspecteur, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Vous avez plus rien Ă me
dire, vous ? Non, bon, rentrez chez vous. Allez, dépêchez-vous.
Allez !
Ce licenciement est de nature économique.
Ça n'a rien à voir avec ma relation avec Dan Raymond.
Dites-moi, Andréa, la maladie de Louis, vous pensez pas que ça aurait pu
rapprocher le couple Dan Raymond ? Moi, je suis sûre que si un de mes gosses
était mourant, je pourrais jamais quitter mon mari.
C'est le genre de problème qui peut ressouder un couple, non ? Dan Raymond
promet de vivre avec vous et puis du jour au lendemain, retour au bercail.
En plus, il vous licencie pour couper tous les ponts.
Vous croyez vraiment qu'il vous aime encore ? Je sais plus.
J'ai voulu y croire.
Tellement y croire.
C'est pour ça que je vous ai rien dit ce matin.
Je croyais qu'il allait encore revenir vers moi.
Depuis ce drame, il ne m'adresse mĂŞme plus la parole.
C'est pour ça que vous vouliez voir sa femme l'autre jour.
Vous vouliez être sûre qu'il ne vous aimait plus.
Sylvie a confirmé vos soupçons, alors vous l'avez tuée.
Non, je n'ai rien fait.
Tant Raymond avait bien plus de raisons de vouloir tuer sa femme.
Lesquelles ? Le salaud.
Maintenant, il a ce qu'il veut et se fout bien de moi.
Il va pouvoir toucher l'héritage de Sylvie. Attendez, c'est quoi cette
histoire d'héritage ? Avant que Louis tombe malade, Sylvie a hérité d'une
clinique de ses parents.
Le rêve de Dan Raymond, c'était d'avoir un centre privé de transplantation.
Avec le divorce, ce rĂŞve lui passait sous le nez.
Après la mort de Sylvie et bientôt celle de leur fils, la clinique lui reviendra
entièrement. Je veux bien admettre que Dan Raymond est un type froid et
calculateur, mais de là à enterrer toute sa famille pour sa carrière... Mais Dan
Raymond n'a jamais cessé de penser qu'à lui.
C'est une ordure.
Il a détruit son fils et son mariage.
Et les femmes qu'il a rencontrées.
Admettons.
Mais qu'est-ce qui vous fait croire qu'il voulait recoller les morceaux avec
sa femme ? Un jour au CHU, j'ai entendu les bribes d'une dispute entre eux.
Don Raymond semblait désespéré et disait qu'elle ne pouvait pas faire ça.
Que ce n'était pas une solution pour lui.
Mais sa femme était déterminée. Elle lui répondait qu'elle savait ce qu'elle
avait Ă faire.
Je suis sûre qu'il parlait de leur divorce.
Sylvie voulait quitter Don Raymond, mais lui ne voulait plus.
Bien, Sylvie Den Raymond a bien appelĂ© Boutrin, deux jours avant le meurtre, Ă
son pip-show. Alors évidemment, on ne sait pas ce qu'ils se sont dit, mais...
Pour quelle raison Sylvie aurait-elle appelé Boutrin ? Sinon, pour lui parler
du remboursement des dettes de son fils.
Je suis allée au CHU, dans le service des grands brûlés, où travaillait Sylvie
Den Raymond. L'histoire relatée par Boutrin est vraie. C'est grâce à elle et
à son équipe chirurgicale qu'il a eu la vie souple. La pisse de la petite amie
ne donnera rien non plus. Galois avait oublié de nous dire qu'elle avait eu un
entretien d'embauche téléphonique chez elle, vers 16h. J'ai vérifié.
Bon, si Boutrin et Gallois n'ont rien fait, est-ce que vous ne pensez pas, le
marchand, que Dorémont, avec son histoire d'héritage de clinique, prend
une longueur d'avance ? Écoutez, je ne le nie pas que votre hypothèse du
taragage engagé par le professeur Dorémont ait désormais quelques
intérêts. Néanmoins, il faut être prudent avec Boutrin.
Sylvie Dorémont ne l'a peut-être appelée que pour l'insulter ou pour lui dire
tout simplement que jamais personne ne rembourserait les dettes de Louis.
Oui, et comme justement, le marchand, je suis prudent, je prolonge la garde Ă vue
de Boutrin jusqu'Ă la perquisition du pipe-chaud.
Des fois qu'on y retrouve la montre.
Je n'aurais pas agi autrement.
Voilà . Remarquez le marchand, si Boutrin a été frappé par Sylvie dans Raymond, on
aurait dû retrouver à côté d'elle l'objet avec lequel elle l'aurait
frappé, non ? D'autant, d'autant, Michel, que Boutrin porte des gants
constamment. Et le chirurgien nous a bien confirmé qu'il ne les ôtait jamais.
Donc pourquoi serait-il allé enlever des empreintes sur un couteau empreinte qu
'il n'aurait pas laissé ? Il n'avait aucune raison de revenir à ce lieu.
VoilĂ . Bon, bah, demain Ă l'aube, perquis du pipe chaud Boutrin, et si on
ne trouve rien, on le relâche.
Et on fout la pression sur Raymond.
Allez.
Merci de... de m'avoir aidé avec le marchand.
Il me teste un peu depuis que j'ai remplacé Hélène.
Il faudrait que... je fasse mes preuves, quoi.
Merci.
C'est normal, Jean-Louis.
On a dit que je te secondais, c'est bien ça.
Non, excuse-moi, j'ai été un peu raide avec toi.
Mais non.
Allez, t'as eu raison.
T'as tes responsabilités, t'as la pression, c'est moi qui étais un con.
Écoute, je crois que Louvier est un bon élément.
Ouais, sûrement.
Enfin, s'il te plaît, même pas de l'aimer tout de suite, parce que j'ai
juste envie de l'arracher la tĂŞte, donc... Bon, c'est vrai qu'en te
prévenant pas de s'en arriver, je t'ai fait un coup de pute.
Mais sans toi, je pouvais rien faire.
Et puis tu sais, depuis qu'Hélène est partie, moi je...
Ah.
Tu veux dire que c'est pas demain qu'on va aller à la noce ? C'est ça.
Un petit peu, oui.
On se voit plus qu'un week-end sur deux, et puis moi, je commence Ă m'habituer Ă
vivre seul, avec Nat et le petit.
Bon, et toi, la petite famille ? Bah, mon dîner est superbe.
La grandie, je l'adore.
Et avec la mère ?
Mario, elle est débordée, tu sais. Surtout avec le resto, on n'a jamais le
temps de se parler de nous.
Mais ça va.
En tout cas, je suis content que tu sois revenu.
Il y a du nouveau.
L'IGR trouvait chez les dents Raymond des empreintes d'Estelle, la petite amie
du fils.
Et un contact destupe m'a dit qu'elle se camait toujours.
Bon, il faut la revoir.
Tu t'en occupes demain avec le marchand.
Et nous, on ira voir le fils d'un Raymond Ă l'Oslo.
D'accord ? D'accord.
Estelle, si vous consommez toujours autant d'héros, expliquez-moi comment
votre petite amie n'était pas au courant.
Depuis que Louis est malade, il passe toutes ses soirées chez ses parents pour
se reposer.
Je me drogue la nuit, il savait rien.
Alors pourquoi est-ce qu'on a retrouvé tes empreintes chez les Doraemons ?
Parce que j'y allais en cachette.
Je voyais Louis l'après-midi.
On disait rien pour pas inquiéter son père.
Et ce que vous consommez, il y avait de quoi l'inquiéter.
Mademoiselle, seriez-vous me rappeler d'oĂą provient cette montre en or que
nous avons retrouvée à votre domicile ?
Mademoiselle, ce bijou au mécanisme pointu d'horlogerie va nous dire très
exactement l'heure, c'est-Ă -dire 9h42, heure Ă laquelle je me dois de vous
signifier que votre PV d'audition vient de se transformer en PV d'interrogatoire
et que vous ĂŞtes donc en garde Ă vue. J'ai rien fait, c'est pas moi ! Si t'as
volé la montre pour te payer ta cam', les jurés comprendront.
On sait bien que t'avais peur. T'as pas fait exprès de la tuer, Sylvie d'un
Raymond. Je l'ai pas tuée.
C'est Louis qui m'a montré toutes les montres de son père.
Celle-lĂ , je l'ai prise il y a huit jours.
Je voulais la mettre au clou.
Pour rembourser la cam, c'était juste un emprunt.
Vraiment, de Sylvie dans Raymond, c'est aussi un emprunt. Mais c'est pas moi qui
ai fait ça ! Je voulais décrocher, je voulais vraiment ! J'aime Louis, je n
'aime que lui ! Alors pourquoi vous ne voulez pas nous dire où vous étiez le
jour du meurtre ? Je sais pas, je sais plus où j'étais.
Dites-moi Louis, est-ce que Stel savait qu'il y avait des montres de valeur chez
votre père ? Attendez.
Je croyais quand même pas que c'est Estelle qui a fait ça.
Or, vous savez, avec ce qu'on a appris sur elle dernièrement, le fait qu'elle
se droguait toujours.
C'est aberrant.
Pas Estelle, pas elle.
Je la connais.
Même si elle se calmait encore, elle aurait pas fait ça. Ce qui est sûr, c
'est qu'Estelle est amoureuse de vous. Elle voulait rien vous dire. Elle
voulait s'en sortir.
C'est pour ça qu'elle est allée voler cette montre.
Après, elle a paniqué.
Votre mère a dû la surprendre. Estelle ne savait pas qu'elle se trouverait là .
Si votre mère vous avait tout raconté, vous l'auriez larguée, alors apparemment
pour vous, pour ne pas vous perdre, Estelle a eu ce geste fou.
Elle a frappé.
C'est pas vrai.
Même droguée, Estelle aurait pas fait ça.
Estelle s'est forcément rencardée avant de cambrioler.
Réfléchissez.
Estelle a tué votre mère.
C'est pas vrai ! C'est pas elle !
Repose-toi Louis, repose-toi, c'est fini.
Ces policiers vont sortir d'ici.
Professeur Dorémont, je vous rappelle que nous cherchons l'assassin de votre
femme. Il n'est pas ici ! Je vous avais accordé quelques secondes, je vous somme
maintenant de quitter cette chambre ! Monsieur Dorémont ! Dors ! J'ai dit dors
! Dors ! Dors ! ArrĂŞtez ! ArrĂŞtez ! ArrĂŞtez ! ArrĂŞtez ! Mon fils est
épuisé ! Je devrais vous casser la gueule ! Mon collègue a raison Dorémont,
ça suffit.
Je vous embarque. Pas question ! J'ai des malades dont je dois m'occuper moi !
Garde-moi ! Allez !
Appelez mon avocat.
Vous allez vite comprendre votre erreur. Bien sûr, oui.
Je vais lui dire que je vous arrĂŞte pour violence sur agent de la force publique.
Et vous avez commencé par nous parler de cette histoire d'héritage. Allez ! C'est
eux ? C'est vous. Allez, allez, allez ! Don
Raymond, pourquoi avez-vous licencié mademoiselle Galois ? Allez, répondez
! Pour des raisons économiques.
Des raisons économiques ? Il n'y a pas eu de mesures économiques prises au CHU
depuis des lustres ? Non,
vous avez surtout voulu faire croire Ă votre femme que vous vouliez vous
rapprocher d'elle.
C'est pas ? Répondez dans les mots ! Oui, alors qu'est-ce que ça changerait ?
Ça change que maintenant on a un mobile et un beau.
Avec la clinique en héritage, vous pouviez créer votre centre privé de
transplantation. Mais avec le divorce, plus de centre.
Il y a de quoi abandonner sa maîtresse pour récupérer sa femme, pas vrai ? Oh,
pas vrai, Daraymond ? Oui, oui, je rĂŞvais de ce centre.
Sylvie, seule, pouvait me permettre d'accéder à ce rêve. Mais maintenant, je
me fous de tout, de la clinique, du reste.
Tout ce qui compte, c'est Louis. Pour le centre, tout va dépendre de ce qui va
arriver Ă Louis.
S'il meurt, votre femme n'ayant plus d'héritier, ça fait de vous un homme
riche et enfin comblé.
Salaud !
Salaud, mais comment vous pouvez ? Allez vous asseoir. J'aime mon fils.
Je n'ai plus que lui maintenant.
Alors pourquoi vous avez nettoyé l'arme du crime ? Pour protéger Estelle qui a
tué votre femme ? Parce que votre fils l'aime.
Il n'y a qu'à prendre ça, ça le tuerait.
Oui, Louis, il n'a qu'elle dans la vie.
Alors vous vouliez lui éviter cette histoire sordide ? Oui, ça me comprend
très bien.
Mais vous, vous, Raymond, vous savez que c'est elle l'assassin.
Oui, je sais qui c'est.
Mais ce n'est pas Estelle.
Et votre montre ? Qu'on a retrouvée chez elle ? Mais c'est tout ce qu'elle a
fait, me voler ma montre.
Bon, alors qui est-ce ? L'autre jour, quand je suis rentré chez moi, j'ai
croisé un type qui sortait de la rue où j'habite en courant.
Un type très grand, un noir.
Je suis sûr que c'est lui l'assassin.
J'ai raconté tout ça pour faire accuser Boutrin.
Parce que je voulais qu'il paie pour ce qu'il a fait Ă mon fils.
Je voulais qu'il crève.
Alors j'ai effacé les empreintes sur le couteau.
Enfin, vous êtes complètement dingue.
Vous vouliez te faire arrĂŞter le vrai coupable.
Vous vouliez, par notre intermédiaire, faire payer Boutrin, un innocent, parce
qu'il a détruit la vie de votre fils.
C'est criminel.
Non, Raymond, vous vous rendez bien compte que votre méthode est stupide.
Ah oui, Boutrin aurait très bien pu avoir un alibi en béton.
Mais pendant ce temps-lĂ , le criminel court toujours.
Boutrin est une ordure.
Il mérite la mort.
Et je voulais qu'il paie.
La technique d'interrogatoire du Capit du commandant Scandella semble porter
ses fruits.
Oui, sauf qu'en effaçant les empreintes du vrai meurtrier, Don Raymond nous
empĂŞche de le coincer. Qu'est-ce qu'on fait ? On l'arrĂŞte pour destruction d
'indice ou pas ? Pourquoi l'arrĂŞter ? Non, Don Raymond est plus utile Ă l
'hôpital qu'enfermé dans une cellule.
Quant Ă Boutrin, nous n'avons rien contre lui.
Nous devons le libérer.
Allez Doraemon, vous allez nous établir un portrait robot de ce grand noir.
Les yeux.
Cette fois-ci, faites un effort.
Si vous voulez qu'on arrĂŞte l'assassin de votre femme.
Donnez.
Et un front.
Quoi ? Il avait ? Des cheveux.
Ok, des cheveux.
Non ? Ensuite, Doraemon, avec moi.
J'ai compris pourquoi la petite Estelle nous cachait son alibi.
Le jour du meurtre, elle s'est prostituée. Voilà , c'est aussi moche que
ça. Elle avait des remords à cause du vol de la montre.
Et elle avait trouvé que cette solution pour se payer sa cam.
J'ai retrouvé le client.
Ah bah évidemment, si Louis avait appris ça, on foutait de misère.
C'est vrai que c'est bizarre cette histoire de cambriolage.
En pleine journée, comme ça, avec tous les voisins autour.
Il n'y a pas eu qu'un briolage, c'était une mise en scène.
La femme de ménage que Cisco a interrogée vient de m'appeler hier. Elle
n'a pas eu le temps de lui dire qu'après ménage, elle avait branché le système d
'alarme en quittant le domicile d'Édouard Raymond. Elle voulait savoir
si ça avait de l'importance.
Moi, Cisco, ça veut dire quoi ? Elle n'a pas eu le temps de te le dire.
Je me suis un peu énervé, voilà , et je l'ai bousculé.
Bon, donc personne n'est rentré par la fenêtre, sinon le système se serait mis
en route.
Quelqu'un est rentré dans la maison avec la clé et a débranché l'alarme dont il
connaissait le code.
Mais qui ? Sinon, c'est Édouard Raymond elle-même.
Bon, pour comprendre, il faut se rendre sur place. On y va.
Bon, on sait que seul Sylvie dans Raymond a pu mettre en scène ce
cambriolage. Alors, qui attendait-elle et pourquoi ça s'est terminé dans un
bain de sang ?
Ce problème, voyez-vous, soulève une aberration. Sylvie d'Henrémont ouvre la
porte Ă son agresseur. Celui-ci se dirige vers la cuisine, se saisit d'un
couteau, frappe Sylvie d'Henrémont, puis s'enfuit.
Sans rien toucher.
C'est absurde, non ? Alors, à part cet homme de couleur, mystérieux, dont nous
parle d'Henrémont, à qui son épouse a-t-elle voulu tendre un piège qui se
serait retourné contre elle ? A Boutrin, forcément, elle le détestait. Elle lui a
peut-être pas donné rendez-vous pour lui rembourser les dettes de son fils, mais
pour le tuer.
Bon, ok.
Alors, Boutrin se pointe, Sylvie le frappe Ă la tĂŞte, mais elle le rate.
Il est juste groggy, donc pour se défendre, il file à la cuisine, il prend
un couteau et lĂ , il la plante. Ouais, dis donc.
Bon, en tout cas, ça colle, évidemment.
Sylvie d'un raiment a bien mis en scène ce meurtre avant l'arrivée de Boutrin.
Si, en lui donnant ce coup, elle l'avait tué, elle aurait prétendu l'avoir
surpris en train de se faire cambrioler et aurait prétexté la légitime défense
auprès de la police.
Voilà ce que j'ai trouvé.
Dans le dressing, un sac de golf.
Lorsque nous avons découvert Sylvie d'en Raymond baignant dans son sang, nous n
'avons pas imaginé que celle-ci, avant de mourir, ait pu envisager de se
défendre. Quelle erreur.
Eh oui.
Il y a des traces suspectes ainsi qu'il y a un cheveu collé sur ce club.
Il pourrait bien appartenir au cuir chevelu de Boutrin.
Ok, Sylvie d'en Raymond a voulu tuer Boutrin.
Mais pourquoi son mari a caché ce club en rentrant chez lui alors ? Attends,
attends. Et si Dan Raymond avait planqué le club pour empêcher justement qu'on
remonte Ă Boutrin ? Contrairement Ă ce qu'il nous a dit, peut-ĂŞtre qu'il a
jamais voulu qu'on l'arrĂŞte.
Tu te rappelles notre deuxième rencontre avec Galois ? Elle nous a relaté une
engueulade entre Dan Raymond et sa femme, croyant qu'ils parlaient de leur
divorce. Dan Raymond disait que c'était pas une solution pour leur fils. Sa
femme répondait qu'elle savait ce qu'elle avait à faire.
Si ça se trouve, elle parlait déjà de tuer Boutrin. Sauf qu'à cette époque,
son mari voulait pas faire un truc pareil.
Et pourquoi ? Est-ce qu'il aurait changé d'avis ?
Parce qu'il a compris que Boutrin s'était défendu et avait tué sa femme.
Il n'avait plus rien Ă perdre.
Ah, mais... Ça veut dire que si... Dan Raymond a planqué le club et a
effacé les traces sur le couteau, c'est pour faire justice lui-même.
Dans ce cas-lĂ , il faut retrouver Boutrin, avant que Dan Raymond lui fasse
la peau.
Ah, Michel.
Aucune nouvelle de Boutrin.
Il est introuvable, ni chez lui, ni Ă sa production.
Alors il faut contacter les hĂ´pitaux, les commissariats. D'ailleurs, en
parlant d'hôpitaux, j'ai eu le CHU, il y a Dorément qui est là -bas, il s'apprête
à y opérer son fils, et rapidement.
Enfin, elle est superbe ! Vous ĂŞtes superbe, Camille, pour une femme
débordée de travail.
Merci, je suppose que c'est Michel qui vous a dit ça, vu qu'il remet toujours
au lendemain nos rendez-vous.
C'est une très bonne idée d'être passé comme ça, Camille.
Ă€ l'improviste.
Venez.
Je vais vous montrer.
Je vous en prie, Camille.
Alors, c'est ici que vous passez vos jours et vos nuits ? Oui, toujours.
J'ai beaucoup de travail en ce moment.
Moi aussi, Michel.
Depuis que j'ai retrouvé la vue, j'ai compris que la vie était courte et qu'il
fallait l'apprécier à sa juste valeur.
Je me le dis, parfois, quelques fois.
Pas assez, Michel.
Si vous cessiez de me fuir, on pourrait tellement profiter l'un de l'autre.
Marchand, j'ai retrouvé Boutrin pour Morgue.
Cette fois, ça ira.
Appelez-moi vite.
Je vous le promets.
Votre client s'est fait agresser près de chez lui.
Vous avez vu sa tĂŞte ? Un massacre.
J'ai jamais vu ça.
En arrivant, le SAMU était déjà là . Il y a un passant qui les avait appelés de la
cabine à côté.
Le type a disparu.
On a pris les empreintes dans la cabine.
Merci, lieutenant.
Bon, je vais lui analyser la bouillie qui lui sert de crâne, et puis en
essayant de déterminer l'arme du crime.
Pour le reste, j'y touche pas.
On me l'a apportée, vidée comme un lapin.
Docteur Salinas, suis-je définitivement hermétique à votre humour ou votre
remarque a-t-elle réellement un sens ? Un peu, mon neveu.
Quand le SAMU a emporté votre client, il avait déjà fait une ME.
Une ME ? Bon, céphalique, mort cérébrale.
Vu l'état du crâne, il a vite perdu son cerveau, mais le reste, pas tout de
suite.
Du coup, le SAMU l'a placé à l'hosto en respiration artificielle, en attendant
la décision du PROC.
Mais votre client était cliniquement mort.
Et tant que le procureur n'a pas donné sa réponse, on ne peut pas débrancher le
légume. Fidé comme un lapin, est-ce que tu veux dire qu'on a prélevé des organes
sur le corps de Boutrin ? Exact, poulette. Et comme il avait sa carte de
donneur, on lui a fait la totale.
Regarde-moi ça.
Rhin, cœur, foie, poumon.
On remarque qu'ils ont bien fait.
Il n'y a pas besoin de lui visiter les tripes pour savoir de quoi il a claqué.
Compagnon sur le champ, le commandant Scandella.
Il est possible que le plan de Sylvie d'en Raymond soit encore plus fou.
Peut-être voulait-elle tuer Boutrin afin de récupérer un foie pour son fils et
obliger ainsi son mari à mettre son plan à exécution.
On sait qui a fait le prélèvement d'organes ? Tu m'en demandes trop.
Pour voir ça aux urgences, avec le type qui l'a réceptionné, coordinateur
hospitalier, ça s'appelle.
Moi, je m'occupe que des morts, pas des vivants. Des fois, ça me désole.
Un conseil, Salinas, reste avec tes morts, t'as plus de chance de ce côté
-lĂ .
Alors, vous voulez savoir quoi ? En quoi consiste votre job exactement ? Je
prends en charge toute l'organisation logistique lors de l'intervention du
prélèvement d'organes. Et à qui vont les organes qui ont été prélevés ? À l'EFG.
Vous savez ce que c'est ? Ah non. L'établissement français des greffes. C
'est le seul organisme d'État habilité à dispatcher les organes de donneurs
anonymes. Et après ? Les noms des receveurs potentiels sont établis sur
une liste informatique, région par région. Et après, l'EFG cherche sur
cette liste les receveurs compatibles et décide seul de l'attribution des
greffes.
Il y a un truc que je ne comprends pas.
Pourquoi Doraemon est sûr de récupérer le feu de Boutrin ? Je suppose qu'il
faut réunir deux conditions, que Boutrin et Doraemon soient du même groupe
sanguin. Exact.
Et que Doraemon soit placé en tête de liste de l'île de France.
Est-ce qu'on peut consulter le dossier de Boutrin ? Si ce que tu appelles le
CHUI et que tu te renseignes sur le groupe de Louis.
Bonjour.
Mademoiselle Gallois, je voudrais le groupe sanguin de Louis Doraemon, s'il
vous plaît. Louis Doraemon.
Non, je ne quitte pas. C'est urgent.
Merci.
Boutrin et du groupe AB.
Très bien.
D'accord, merci.
Louis d'Henrémont et du groupe AB.
Boutrin.
Boutrin a eu une greffe de peau dans le service des grands brûlés de Sylvie d
'Henrémont. Elle savait forcément qu'il était compatible avec son fils.
C'est lĂ que son plan s'est mis en route.
Boutrin, après avoir empoisonné son fils, pouvait lui redonner la vie.
Oui, monsieur le procureur.
Boutrin a bien tué Sylvie Dornaymont.
Son mari était au courant, mais il a brouillé les pistes pour assassiner lui
-mĂŞme Boutrin.
Seulement, la vengeance n'est pas le seul mobile.
Ok, j'arrive.
Monsieur le procureur, il y a des chances pour que Dornaymont ait tué
Boutrin Ă des fins de transplantation.
Le coordinateur vient de me le confirmer.
Le fouet de Boutrin est bien dans le service de Dornaymont.
Et moi qui ai autorisé le prélèvement d'organes sur le corps de Boutrin.
Mettez-moi ce Doraemon en garde-vue, sur le champ.
S'il vous plaît, pendant.
Mon fils est déjà sous anesthésie.
Alors revenez dans quelques heures.
Dans quelques heures, dorément, vous serez devant le juge.
Mise en examen pour le meurtre de Boutrin.
Vous êtes sûr de mes culpabilités ? On a retrouvé l'arme du crime dans un égout d
'un club de golf qui pourrait bien être l'un des vôtres. Vous êtes sûr que ce
club m'appartient ? Il faut milliers d'empreintes. Le laboratoire les a
rapidement analysées, ce sont les vôtres. C'est comme le mystérieux
correspondant qui a appelé de la cabine.
Celui qui a prévenu le SAMU de l'agression.
On sait aussi que c'est vous ?
C'est un bel acte de civisme, en effet.
Grâce à ce coup de fil, les organes encore vivants de Boutrin n'ont pas subi
le mĂŞme sort que son cerveau.
Une aubaine pour votre fils ? Écoutez, commandant, je sais que vous ne m'aimez
pas. J'imagine votre désir de m'arrêter.
Mais s'il vous plaît, après avoir opéré mon fils... Toutes les preuves sont
contre vous. Je dois vous arrêter immédiatement.
Désolé.
Commandant, si je ne perds pas Louis, dans quelques heures, il sera mort.
Ce sont pour vous ces quelques heures.
Le temps pour moi de sauver mon fils.
Boutrin est mort.
Ça ne changera rien pour lui.
En revanche, pour mon fils, vous êtes décidé.
Allez-y.
Mon commandant, votre hiérarchie serait très heureuse d'apprendre avec quelle
légèreté vous avez entrepris cette affaire.
Enfin, réfléchissez une seconde.
Ce type, ce Dan Raymond, il s'enfuit, il se suicide après l'intervention.
On aura l'air de quoi ? J'ai bien peur que cette première enquête que vous
dirigez soit aussi la dernière.
Monsieur le procureur, la presse ne va pas manquer de faire ses choux gras de
cette affaire, mais que va-t-elle penser quand elle apprendra qu'on nous a donné
l'ordre d'interpeller Dan Raymond ?
Et de sacrifier ainsi la vie de son fils.
Parce que c'est ce qu'on va dire Ă la presse.
Que le parquet nous a obligés à ne pas tenir compte de la vie du fils d'Henri
Mou.
Enfin, c'est... C'est ce que je dirais moi, en tout cas.
C'est bon.
N'en parlons plus.
Dès que vous aurez procédé à l'interpellation, donnez-moi au courant.
Je vous remercie, commandant.
L'opération de Louis est une réussite. Je sais que c'est votre femme qui a
décidé de tuer Boutrin.
Elle avait son dossier médical et elle savait qu'il était compatible avec votre
fils.
Au départ, vous n'étiez pas d'accord et puis... avec sa mort...
Sylvie morte, je n'avais plus rien Ă perdre.
Alors j'ai fait tout ça pour sauver Louis.
Pour sauver mon fils.
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