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Yann Hoffman et toute l'équipe d'artefacts seront heureux de vous
accueillir à partir de 19h sur le plateau 103 pour fêter 15 ans de succès.
Pourquoi on nous invite toujours trop tard ? La fête a tourné court, madame la
substitue. En effet, commandant. Pour une société spécialisée dans le
divertissement, celui de ce soir n'est pas des plus gais.
C'est quoi ce tribunal en carton pâte, là ? Le décor de la prochaine émission d
'artefacts qui s'intitule en toute modestie « Jugement dernier ». Et ainsi
à la droite de Dieu...
Christ qui reviendra en gloire pour juger les vivants et les morts. J'espère
qu'il n'aura pas besoin d'animateur.
C'est par ici.
C
'est
lui qui devait présenter l'émission.
Apparemment, il a été tué à l'arme blanche, mais on n'a rien trouvé à côté
du corps.
C'est cette serveuse qui a donné l'alerte vers minuit. Il y a eu des
cartes. Bien, commandant, je vous laisse.
Messieurs, on va.
Pardon.
Stan, Stan.
Ah bah oui, c'est Stan.
C'est lui qui a gagné ce truc de télé-réalité il y a deux ans.
Tu te rappelles, il était suivi par une caméra à 24 heures sur 24.
Dommage que ce soit plus le cas.
Allons-y.
Dans le hall, à côté, je me mets une cigarette, c'était ma pause.
Il y a eu ce grand bruit, comme quelque chose qui tombait.
Je suis entrée, là, je l'ai vu.
Je me suis penchée sur lui, il y avait tout ce sang sur sa chemise.
Il a murmuré, aidez-moi.
J'ai appelé au secours, mais c'était trop tard et...
Bien, rappelé dans la région d'Hippocombre, au niveau de l'épigastre,
vraisemblablement causé par une arme blanche vu l'absence de douille. La
victime a tenté de stopper l'hémorragie.
Aucune lésion de défense ou de protection au niveau des bras ou des
avant-bras.
Mais où ça se porte ? Sur rien, sur un couloir. Ah non, il s'est tiré par là.
Bien, j'imagine qu'avant de retourner à la fête, le tueur se sera débarrassé de
son arme. Je suggère.
que nous commencions à chercher dans ce coin-là.
Bon, elle n'est pas couchée.
C'est dommage, j'avais d'autres trucs en tête pour cette nuit.
Pas de quoi.
Je te le promets, c'est...
Combien on était, j'en sais rien.
Mes amis, mes collaborateurs, mes partenaires, ça fait beaucoup.
Comment est-ce qu'on est vus, Vincent ? Vincent !
Vous étiez combien ? Je dirais dans les 200-250.
Et monsieur Hoffman, vous étiez où quand la serveuse a donné l'alerte ? J'étais
ici.
Là.
Avec Vincent, on parlait de jugement dernier.
C'est lui qui s'occupe de la production.
On était au buffet quand il y a eu les hurlements et... Tout le monde s'est
précipité vers l'atelier.
Et pendant la fête, vous avez remarqué quelque chose en particulier ? Je sais
pas moi, un incident avec Stan ou...
Non, il était comme d'habitude, il papillonna droite à gauche.
Il adorait ce genre de soirée, se montrer, parler avec tout le monde.
Est-ce que ça réussit de faire des envieux ? On ne peut pas éviter les
jalousies. En tout cas, Stan n'était pas là par hasard.
Il était un bosseur et il avait du talent.
Avec jugement dernier, il aurait pu montrer enfin qu'il était autre chose qu
'une jolie petite gueule.
Et puis voilà.
Vous savez, j'étais censé shooter tout le monde, pas seulement Stan.
La dernière fois que je l'ai vu, il quittait le studio avec une nana.
J'imagine que vous l'avez photographié ? Ouais.
Je peux vous faire des tirages si vous voulez.
Ce sera pas utile, on a un très bon labo au 36.
Je peux avoir vos pellicules ? Ah non, me faites pas ça, attendez.
Dedans, il y a les dernières photos de Stan vivant. A vous, ça vous sert à
rien, tandis qu'à moi... Mais ils avaient déjà vendu, c'est ça ? Celle qui
est dedans aussi.
Ah, vous êtes dure, hein.
Eh oui, très.
Écoute ça, jugement dernier.
Tous les ados s'étaient identifiés à ce jeune de banlieue devenu il y a 10 ans
une vedette de la télé-réalité avec 24 heures sur 24.
Un symbole de réussite moderne.
Monsieur, ça va pas ? Je viens de croiser le divisionnaire et il s'étonne
que tu lui aies pas apporté les papiers pour ta promotion.
Jean-Louis, je vais t'expliquer. Tu vas partir deux ans à Lyon et tu me préviens
même pas ? J'ai encore rien décidé, j'ai besoin de réfléchir. Arrête de me
prendre pour un con. La commissaire, ça se refuse pas.
Mais j'aurais préféré que ce soit toi qui me le dise.
C'est pour ça que t'hésitais pour le duplex.
Jean-Louis, je comprends que tu sois furieux, mais j'en ai parlé à personne.
Je suis encore sûre de rien.
Ça tombe bien parce que moi non plus, je suis plus sûr de rien en ce qui me
concerne. Tu comprends ? L'arme du crime.
C'est ton avis de menuisier a été découvert dans le terrain vague attenant
au studio. Il a vraisemblablement été jeté par la fenêtre de l'atelier.
Excellente nouvelle, Michel.
Faites relever les empreintes et envoyez Ligy relever les empreintes de la
fenêtre. J'ai déjà prévenu Ligy.
Formidable.
Moi, je vais voir la maire de Stade.
Allez, c'est bon ! Alors, c'est ce qui
l'a rendu célèbre, 24 heures sur 24.
Ça,
c'était juste avant qu'il gagne.
Quand Anislas a été choisi pour ce jeu, il était livreur.
Après, il n'y avait plus que la télé, c'est ça qu'il voulait faire.
Je croyais que la misère était derrière.
Mon mari est mort quand on était encore en Yougoslavie.
Puis il y a la guerre.
Je viens en France avec Stanislas pour repartir à zéro.
J'élève seul mon fils, je travaille dur. Tout ça pour donner une chance à
Stanislas.
Et là, il a le succès.
Il meurt.
Pourquoi Dieu me l'a pris ? Depuis qu'il était connu, comment ça se passait avec
les gens de la cité ? Stanislas, c'était... Très bon garçon.
Très généreux. Puis ami avec tout le monde. Et quand il est allé à la fête et
qu'il est passé chez vous avant, vous l'avez trouvé comment ? Eh oui, je sais
aussi lire.
Il disait tout va bien.
Je connais mon fils.
Vraiment, Michel ? Jamais regardé 24 heures sur 24 ? En tout cas, c'était
fascinant de voir ces jeunes gens s'agiter dans tous les sens à longueur
de journée.
Tout ça pour rien.
Voyez-vous, ma préoccupation actuelle, c'est de découvrir pourquoi celui-ci ne
s'agit plus.
En tout cas, bonne pioche, Michel.
C'est vraisemblablement l'arme du crime.
Sa longueur correspond à la plaie la plus profonde.
Avez-vous noté des traces de défense ou de protection sur la victime ?
Non, aucune. Je veux dire que l'artiste était bien imbibé.
Trois grammes litres dans le sang, ça atténue les réflexes. Non, Stan se
trouvait en face lorsqu'il a reçu les deux premiers coups.
Superficiel, parce que sûrement donné trop loin, ils n'ont fait qu'entailler
la sangle abdominale.
Le meurtrier s'est sans doute rapproché, et c'est là qu'il a donné le coup fatal,
de bas en haut, avec beaucoup plus de violence.
C'est là qu'il a touché le cœur.
Niquide, vous êtes plus loin de votre démonstration, docteur Salinas.
Oui, en tout cas, les projecteurs lui allaient mis au tac, mais Néon...
Sur ton avis, s
'étant régulièrement utilisé par les décorateurs du studio, toutes les
empreintes relevées sur son manche s'avèrent inexploitables.
Le fait que l'arme du crime soit un outil de l'atelier souligne la nature
réactive du meurtre. En effet, comment peut-on imaginer qu'on ait pu entraîner
la victime dans l'atelier pour la tuer ?
proximité d'une centaine de témoins potentiels. Du côté des invités, on en
est où ? Ce à qui j'ai parlé m'ont dit que Stan était très excité.
Mais ça, c'est normal avec tout le whisky qu'il s'est envoyé.
Apparemment, il avait la pêche.
TV8 venait de donner son accord pour diffuser le jugement dernier.
Pas étonnant qu'il ait choisi un titre pareil.
Vu la déco chez sa mère, il a dû baigner dans la religion toute sa vie.
Enfin, ça va, c'est bon, c'est pas la messe non plus.
Ça reste de la téloche.
Le principe de l'émission, c'est de juger les actions de quelqu'un.
Il y a un jury de téléspectateurs qui décide si c'est bien ou pas. Voilà.
Laver son nez sale en direct, c'est tout bénef pour l'audimat.
Oui, t'as raison. Pour Stan aussi.
Pardon.
Après 24 heures sur 24, la gloire et la couverture des magazines, il a eu un
passage vide.
Alors bon, il a poussé la chansonnette, il a fait l'acteur dans un film, et puis
après, plus rien.
Comme c'est pas le genre de mec à renoncer, il a proposé le concept de
jugement dernier, et là, jackpot, le retour.
Je peux pas dire qu'il en a profité bien longtemps.
On a identifié la jeune femme qui a quitté le plateau avec lui ? Oui, elle s
'appelle Mélanie Berthier.
C'est l'adjointe du responsable des divertissements de télé 8. Elle
supervisait tout le développement de l'émission.
Je l'ai convoquée.
Oh ben, ils ont dû parler de jugement dernier.
C'est vrai.
Je sais qu'il y en a qui ne pensent pas qu'au boulot.
D'un côté, la mère de Stan dit qu'il était très préoccupé par l'émission. De
l'autre, tout semblait rouler.
Alors ce serait bien de savoir ce qu'il en est.
Est-ce qu'on est là ? Polo ? Retournez au studio.
Nous, on va s'occuper de Mélanie Berthier.
Ça te dirait de participer à un jugement dernier ? Je serai un bon témoin-charge.
Oui.
OK. Merci.
La fille de télé 8 est là.
J'arrive.
Je me mêle peut-être de ce qu'il ne regarde pas, mais ça a l'air un peu
tendu entre vous et ce candidat.
J'imagine que vous avez un petit conseil.
Moi, avec Étienne, quand on sent que ça se crispe, on se fait un petit week-end
en dehors de Paris pour casser la routine, sortir du cadre.
C'est justement ça le problème.
Si vous voulez, je peux en parler à Etienne, il a des super prix par son
agence de voyage.
La dernière fois, on est parti à Marrakech.
La Médina, on l'a pas beaucoup vue.
Vous savez, avec Stan, on a juste échangé quelques mots au moment où je
partais. Ensuite, j'ai rejoint mon mari dans le 18ème, à la fin de la
vernissage. À quelle heure vous êtes arrivés là-bas ? Un tour de minuit et
quart. Je peux vous donner l'adresse de la galerie ?
Vous voyez, j'ai rien à cacher.
Vous avez parlé de quoi avec Stan ? Je voulais savoir si mon boss allait
revenir sur sa décision, mais je lui ai pas laissé d'espoir.
Quelle décision ? Mon patron était d'accord pour diffuser le jugement
dernier, mais pas avec Stan comme animateur.
Elle était plus assez populaire, et puis trop marquée, télé-réalité.
Et...
Depuis quand Stan savait qu'il ne serait pas animateur ? Hier après-midi à la
réunion, dans nos bureaux.
Ça c'était juste avant la fête.
Comment il a réagi ? Mal.
Il est monté sous ses grands chevaux, c'était son émission, personne n'était
pour lui la présenter à part lui.
Il était prêt à claquer la porte.
Et Michael Hoffman l'a calmé.
Et à la fête, il était dans quel état d'esprit ? Il a reconnu qu'il s'était
emporté. Son ego n'avait pris un coup.
Vous savez, la télé, c'est une drogue. C'est difficile à décrocher quand on y
est goûté.
Je vais pas le voir demain, mais je sais plus quoi lui dire à Sonia. Elle est
sûre qu'elle va prendre 10 ans. Tu vas pas baisser les bras.
Elle a besoin de toi.
Oui, Mailly.
Oui.
D'accord, oui.
Faut pas dire que ça roulait pour Stan.
Bon, merci, à plus.
Casting remporté à lundi.
Eh ben, dis donc, le deuil, il le porte pas longtemps, ici.
Qu'est-ce qu'on ferait pas pour être dans la lumière ? Putain de merde ! Non,
plus à gauche ! Juste en dessous du panneau.
Et doucement, c'est fragile.
Monsieur Marquet ? Oui ? Dans les bureaux, on nous a dit que Michael
Hoffman serait peut-être là. Non, désolé, je crois qu'il est en rendez
-vous à l'extérieur.
Attention au mur derrière ! Voilà ! C'est chaud, mon seconde, mais c'est
comme ça qu'on dit, non ? On a des délais avec Télé 8, là.
Et puis c'est ce que Stan aurait voulu, il s'est tellement battu pour son
émission. Ça va être dur sans lui.
Pourtant, sa mort change rien.
Le jugement dernier allait continuer sans lui comme animateur.
Vous savez, la télé, rien n'est jamais définitif.
La chaîne pouvait encore changer d'avis. Et puis Stan n'était pas que l
'animateur, il était associé à la production, c'est lui qui avait créé le
concept. Bien, alors...
Excusez-moi, je me voyais sur le plateau de... Il
paraît quand même qu'il l'avait mauvaise à la réunion. C'est ce que Michael
Hoffman m'a dit.
J'ai pas eu l'occasion d'en parler avec lui.
Vous le connaissez bien, Stan ? On s'est connus sur 24h sur 24.
C'était assistant de production.
On est devenus amis.
Vous auriez su s'il avait des soucis en dehors du boulot ? En ce moment, il n'y
avait pas de place pour autre chose que le boulot.
Attention au mur ! Non, je ne vais pas le dire toute la journée, Jean-Noël.
Pas toute la journée ! Alors, tu es gentil, il se déplace à gauche !
Le soir, il a fini par se compter.
On a réussi à lui parler, on a passé un coup de fil.
Pour lui non plus, pas de désert côté professionnel. Par contre, côté vie
privée, c'était plus agité.
A priori...
Il était très demandé, le garçon.
Bon, rien de plus sérieux. On a trouvé ça dans le nouvel appartement de Stan.
Sans doute signé d'une certaine C habitant dans le 11e arrondissement.
Oui. Alors, tu me rappelles combien il y a de gonzasses ? Regarde la photo.
C'est la serveuse de la fête ? Avec tout mon amour, c'est... C'est comme Chloé d
'Herval. C'est.
Oui. La concierge se souvient de l'avoir vue monter chez Stan.
Une fille adorable, selon elle.
Adorable et menteuse.
Ça commence à être suspect, ça.
Le capitaine Scandella a-t-il des soucis ? Que je sache, non.
Vous me cherchiez ? Oui.
J'ai étudié le contrat lié en Stanislas Radovic.
À la société Artefact, pour jugement dernier, il n'avait aucun moyen
contractuel d'empêcher Télé 8 d'engager un autre animateur.
Donc, son coup d'éclat à la chaîne n'avait aucune conséquence sur la
poursuite du projet.
Exactement, il n'avait d'autre choix que de céder.
Au revoir.
Au revoir.
D'où son jeu clair, Mélanie Berthier.
Oui, je me suis également intéressé, voyez-vous, au compte bancaire de notre
jeune vedette et j'ai noté d'importantes sorties d'argent ces derniers mois.
Sonner m'a dit qu'il avait été très généreux, lui a offert une télé
gigantesque de l'électroménager.
Vous pensez à quoi ? Une affaire de drogue ? Il avait de la plutôt plaine,
non ? Absolument.
C'est pourquoi je trouve ça très curieux.
Bien.
Bonne soirée, Michel.
Comment va Camille ? C'est pas vendredi son opération ?
Fin de petit-déj.
Bonjour.
Qu'est-ce qui se passe ? Je voulais s'assurer que vous n'aviez rien oublié
de nous dire l'autre soir.
Je comprends pas.
Stan et moi, on s'est rencontrés il y a trois mois dans un café à Bastille.
Pourquoi n'avoir rien dit le soir du meurtre ? Quand je l'ai trouvé par terre
couvert de sang, c'était horrible, je ne savais plus où j'étais.
Et puis c'était notre histoire.
Les journaux auraient tout sali. Vous avouerez quand même que votre présence à
la fête d'artefacts en tant que serveuse a de quoi surprendre.
Je suis étudiante.
Je me fais un peu d'argent en tant qu'extra pour des réceptions.
C'est pas l'avis de votre patron.
Il vous engage il y a 15 jours dans sa société et à peine arrivé, vous faites
le forcing auprès d'une collègue pour prendre sa place justement à la soirée d
'artefacts.
Non mais j'ai pas fait le forcing.
Je lui ai rendu service, elle avait besoin de temps pour ses partiels.
Enfin, il a bien dû se passer quelque chose entre Stan et vous. Il faut que
vous en soyez réduite à faire la serveuse. C'est l'indice que j'ai trouvé
dans le local à hors-dure de l'immeuble. Alors, il y a des photos déchirées, des
articles sur Stan.
Il n'y a pas de doute, c'est elle.
Il y a même une enveloppe avec son adresse.
Voyez avec le labo s'ils peuvent récupérer des images.
Vous comprenez pas ? Anne et moi, on s'aimait.
On s'aimait.
C'est plus de l'amour, là.
C'est de la rage.
Et pour ça aussi, vous avez une explication ?
Stan s'est bien amusé avec vous et puis ce salaud vous a jeté. C'est pas un
salaud.
C'est vrai qu'on s'est séparés il y a deux semaines.
Stan voulait se consacrer entièrement à son émission, il savait pas faire les
choses à moitié.
Il vous laissait tomber pour jugement dernier et vous espérez nous faire
croire que ça vous était égal ? C'est quoi ça ? Du travail manuel pour la fac
? Vous avez déchiré tout ce qui vous rappelait Stan ? J'ai voulu tirer un
trait sur le passé.
Oui bah quand vous tirez un trait ça fait des dégâts.
Vous deviez beaucoup souffrir pour en arriver là.
Seulement, le papier déchiré, ça ne suffisait pas. Alors vous êtes allée à
la fête d'artefacts ? Non.
Je voulais juste le voir. Et là, vous l'avez entraîné dans l'atelier.
Vous vous trompez.
J'ai vécu une histoire d'amour extraordinaire.
Jamais je n'aurais gâché ce souvenir.
Elle est une jeune femme qui a détruit avec acharnement les photos de son
ancien amant et qui nous apparaît certes très touchée par sa mort, mais en même
temps, paraît calme, presque détachée.
C'est étrange, non ? C'est une façade.
Cette fille ne pouvait pas aimer comme ça et puis rien ressentir le jour où l
'autre l'a larguée pour sa carrière.
Je lui ai déroulé ton cellule. Elle n'a pas dit un mot.
C'est sûr qu'elle est très en maîtrise de ses émotions. Reste à savoir coller
son seuil de tolérance.
Pas très élevé, vu l'état des photos, à mon avis, quand elle s'est retrouvée
devant Stan, elle a pété les plombs.
Écoutez simple, dans l'agenda de Chloé Derval, il y a Stan écrit partout, avec
des petits cœurs.
Seulement, avant de sortir avec lui, elle a eu plusieurs rendez-vous avec un
certain V, Vincent Crubosquet. Et Vincent Crubosquet, c'est l'adresse de
Vincent Marquet, le chargé de production.
Nous aimerions savoir pourquoi votre nom et votre adresse figurent dans l'agenda
de Chloé Derval.
Chloé ? Derval.
Je l'ai rencontrée au studio Webney pour un casting de jeu.
On a parlé de mon boulot, la télé l'intéressait, je lui ai fait visiter
les studios, et de fil en aiguille, je l'ai invitée chez moi.
Mais c'était une histoire sans lendemain, pourquoi vous me demandez ça
? Le soir du meurtre, Chloé Derval était serveuse, à la réception, pourquoi ne
pas l'avoir mentionnée ? C'est ma vie privée, je vois pas en quoi...
Visiblement, elle s'est servie de vous pour rapprocher Stan.
Vous avez été avec Stan ? C'est quoi cette histoire ? Voyez-vous, il est
étonnant que, travaillant quotidiennement avec lui, étant son ami,
vous ne vous soyez rendu compte de rien.
On vivait pas ensemble, hein ? Et c'est la fête d'artefacts que vous avez
compris pour Stan et elle.
Mais pas du tout, je sais rien. Je vous dis, cette fille, je l'avais oubliée. On
a couché deux fois ensemble et... Ah, voilà.
Je l'ai laissée tomber.
Est-ce que ce serait pas plutôt elle qui vous aurait largué pour Stan ? C'est n
'importe quoi, hein. C'est... Paf ! On y va, là, hein. Vous auriez pu vouloir
discuter avec Stan ? T'as marre.
Je fais pas parler de la soirée à Stan. Quand il a eu les cris, j'étais avec
Hoffman au buffet.
Que vous, votre alibi, monsieur Marquet. Il y avait beaucoup de monde à cette
réception, non ? Avec l'alcool et l'agitation, on ne se souvient plus
vraiment de ce que l'on a fait, ni comment, ni à quel moment, ni avec qui.
Très bien, puis vous vous absentez.
Voilà. Et puis, revenir.
Vous vous installez, vous vous posez à côté de quelqu'un qui allait servir d
'alibi. Sans se rendre compte, sans le savoir.
En l'occurrence, Michael Hoffman.
C'est lui qui m'a demandé.
Ah ! Il vous a demandé quoi ? Michael Hoffman m'a demandé de dire que j'étais
avec lui. Je sais pas pourquoi, mais moi, j'ai pas bougé du buffet.
Oui, en effet, j'ai demandé à Vincent de dire que nous étions ensemble au buffet.
Vous savez pourquoi ? Au moment du meurtre, j'étais dans mes bureaux.
Seul ? Oui, seul.
J'ai eu un malaise.
La chaleur, sans doute.
Je me suis isolé le temps que ça passe.
Je n'ai pas pour habitude de me montrer en spectacle.
Tiens, tiens, c'est bizarre ça pour un professionnel du divertissement, non ?
Depuis quelques mois, j'ai des malaises cardiaques.
Avant de vous voir hier, j'étais à la clinique des Cèdres à Saint-Cloud pour
des examens avec le docteur Tissier.
T-I-2-S-I-E-R.
On va vérifier tout ça.
Je compte sur votre distression.
Vivons dans un milieu où il faut se ménager les apparences.
Regarde-moi ça, les apparences.
Ça paye bien, la télé ? Oh là, dis donc, faut que je te quitte, Jean-Louis.
Je file à Fleury-Mérégis.
Bon, un brasse-seigneur pour moi.
Comment tu vas ? Je t'ai apporté un colis de quarantine.
Écoute, ton avocat m'a dit que rien n'a perdu.
Tu comprends ? C'est à l'hôpital que l'autre enfoiré est mort.
Alors, il veut savoir qu'est-ce qui s'est vraiment passé. Arrête, Polo.
Je veux plus que tu truines avec cet avocat. Je veux plus que tu perdes ton
temps de venir me voir.
Je perds pas mon temps ? Qu'est-ce que tu vas chercher ? Mais t'as failli
plonger à cause de moi. Je te porte malheur, tu comprends pas ça ? C'est
fini, là, Polo.
De quoi tu parles ? Sonia, moi, j'ai besoin de toi.
Je t'aime.
Sonia.
Tu vois notre histoire ? Elle n'a pas d'avenir.
Elle est comme...
C'est tout.
Bilan de la journée.
Marquet et Hoffman ne sont plus l'allié vilain de l'autre.
L'un confirme qu'il était au buffet, l'autre dans ses bureaux. D'une seule
certitude, le cadavre de Stan est derrière le décor.
J'ai vérifié ce qu'a dit Marquet. Il sort bien avec une fille de son
immeuble. Ils envisagent de vivre ensemble.
Il n'y a donc aucune raison d'être jaloux de Stan et Chloé Darman.
Visiblement, elle s'est servie de lui et il n'a rien fait.
Marquet, il a l'air un peu con aussi.
Merci.
Regarde avec le producteur.
Il accepte de le couvrir sans se poser de questions.
Il faut dire que Hoffman, d'après ce que j'ai cru comprendre, ce n'est pas le
genre de mec à qui on dit non.
Et on a vérifié ses problèmes de santé ? Oui, j'ai eu le médecin au téléphone, d
'après les examens, il a bien fait un malaise à la fête.
Moi, Hoffman, je ne lui fais pas confiance.
Artefacts, l'autre soir, c'était près de la fête, mais au quotidien, ça ne rigole
pas.
Il y a deux mecs qui ont été virés pour des raisons économiques.
Ah oui ? Ok, on arrive.
Le marchand va nous voir dans son bureau.
Le labo a pu récupérer certaines images, récupérées sur la cassette trouvée dans
la poubelle de Chloé Derval.
C'est pas 24 heures sur 24, ça ? Non.
Il s'agit de l'un des enregistrements personnels que Chloé Derval a fait de
Stan en le suivant à son insu. Écoutez.
La date manuscrite figurant sur la cassette et rédigée par Chloé Derval
indique que cet enregistrement date d'il y a trois mois. Et donc, avant qu'elle
sorte avec lui ? On vit les articles et des photos déchirées.
Elle s'intéressait à Stein depuis le 24h sur 24, c'est-à-dire il y a deux ans.
Donc pas aller au bar par hasard ? Elle voulait lui mettre le grain par-dessus.
Dans ce cas-là, je vois pas pourquoi il se serait fait larguer sans broncher.
J'ai aussi découvert que Chloé Derval, adolescente, avait fait quelques séjours
courts dans un hôpital psychiatrique.
Et pas seulement pour dépression, mais aussi pour harcèlement sur la personne
de son professeur de philo.
Ah oui, d'accord. Le genre de fan obsédé, quoi.
Il semblerait judicieux de demander une expertise psychiatrique de cette jeune
femme. On va la transférer à l'hôtel Dieu, elle y passera la nuit.
Tu te découches ? J'ai passé la nuit chez Prolo.
Il avait besoin d'une épaule.
Et toi, déjà réveillée ? Moi, non.
Mon bébé, oui.
J'ai pas de bol, il est du matin.
Ecoute, Nat, si t'es fatiguée, arrête le resto.
Cisco, il peut comprendre.
Non, mais ça va.
Il m'a donné ma journée pour faire la valise.
Hélène est pas là, elle est pas... Elle est partie il y a une demi-heure.
Bon, papa, faudrait que t'arrêtes de lui faire la gueule.
Elle m'a expliqué pour sa promotion.
C'est super.
T'es à charge d'aider à me dire autre chose ? Sois pas comme ça.
Elle est malade.
Tout ce qu'elle veut, c'est que ça s'arrange entre vous.
Ah oui, c'est ça.
Et moi, comme d'habitude...
Je passe pour l'abruti borné.
J
'arrive
pas à lui parler.
Ça reste coincé.
J'ai les boules.
Rien que de savoir qu'il part.
Mais d'abord, elle est pas encore partie.
Évidemment, ça arrive juste au moment où on devait emménager ensemble.
C'est un signe, ça.
Si, si.
De toute façon, j'ai jamais su garder une femme dans ma putain de vie, alors.
Voilà.
Chloé Derval est ce qu'on appelle une héroclomane.
C'est-à-dire une femme qui vit dans l'illusion délirante d'être aimée.
Elle fait une fixation amoureuse sur un homme possédant un certain prestige, en
l'occurrence, cette vedette de la télé. Une illusion. Vous voulez dire qu'elle
aurait inventé toute cette histoire ? Oui, mais pour elle, leur relation est
tout à fait réelle. Elle croit complètement à son rêve.
Tout est question d'interprétation. Un simple geste, une réponse anodine de la
part de l'objet de son fantasme sont pour elle des marques d'amour caché.
Par exemple, Stan se passe la main dans les cheveux et elle, elle croit qu'il
est en train de lui dire « je t'aime ».
Mais la concierge de Stan l'a vue plusieurs fois dans l'immeuble. Il y a
des lettres, une photo ? Oui.
Une vedette qui se fait photographier avec une admiratrice, quoi de plus
banal. Et je suis sûr que votre concierge ne les a jamais vues
effectivement ensemble.
Non, en venant dans son immeuble, elle agit comme si elle était avec lui, elle
ne fait qu'alimenter son délire.
Une maladie d'amour ? En tout cas, une maladie.
Et est-ce que vous croyez que ça pourrait aller...
Jusqu'au meurtre ? Il faut savoir que plus ce délire augmente, plus les
rotomanes passent de l'espoir au dépit pour finalement ressentir une rancune
extrême, exaspérée par les obstacles qu'elles rencontrent entre elles et puis
l'objet, mais... Si elle lui parle et qu'il la rejette, est-ce que ça peut
suffire à tout déclencher ? Oui, c'est possible.
Et puis, elle a des antécédents.
Il y a cinq ans...
Elle a été internée après avoir défoncé la porte du domicile de son prof de
philo à coup de marteau.
Il a fallu trois policiers pour la maîtriser, mais grâce au traitement...
Le traitement, elle a pu sortir au bout de six mois, mais la pathologie ne
disparaît jamais définitivement. Quand Marc a affirmé tout ignorer de leur
relation, il disait la vérité. Stan lui-même n'était pas au courant.
D'après le psychiatre, une erotomane vit sa passion comme une fanatique sa
religion. Son dieu, c'était lui.
C'est normal, hein ? Il a créé ce jugement dernier.
Mais quand elle est dans la phase critique de la maladie, le dieu devient
le diable et alors là, tout est possible.
Chloé Derval va rester en observation.
On la réinterrogera demain pour démêler le vrai du faux.
À propos de vrai et faux, on a trouvé ça dans les cartons de la production.
Jugement dernier, projet de contraint entre la société Artefact et Stanislas
Radovic. Vous y découvrirez un élément fort intéressant.
Article 11, alinéa 2.
Il est mentionné une clause d'exclusivité obligeant le producteur à
choisir Stan comme animateur de l'émission en cas de non-respect de
cette condition. Stan pouvait dénoncer le contrat et récupérer son concept.
Or, cette clause a disparu dans le contrat final, contrat qui nous a été si
obligément remis par Hoffman au lendemain du meurtre. Ça ressemble pas à
Stan de se priver de l'occasion de revenir sous les feux de la rampe.
C'est ce qu'on s'est dit, alors on a vérifié le contrat final.
Et il s'est avéré que la page où il y avait la clause d'exclusivité...
a été récemment remplacé. Ce qui prouve que Stan avait du pouvoir sur Hoffman.
Celui-ci a tout fait pour nous empêcher de découvrir la vérité.
Vous avez raison, mon polo.
C'est pas clair, ce mec.
Hey, on va se le faire.
Ça nous fera prendre l'air.
L'eau ne va pas bien, on dirait.
Il ne s'attendait pas à se faire larguer comme ça.
Mais bon, ça ne change rien.
Il sera toujours là pour soigner.
Jean-Louis, si on enterrait l'âge de guerre,
on pourrait peut-être se prendre un week-end tous les deux, je ne sais pas,
pour se retrouver, pour parler.
Je sais que j'ai eu tort de ne pas te parler de la promotion.
Mais... J'en peux plus de ce silence entre nous. Non plus.
Allez, le signe.
C'est un ordre.
Il n'y avait aucun conflit entre TV8, Stan et moi.
La seule chose que nous voulions, c'était que l'émission se fasse.
Légautiation. Oui, c'était ce que vous vouliez nous faire croire, M. Hoffman,
mais vous n'aviez pas tous les atouts en main.
Eh oui.
Infos à Libye.
Faut comprendre.
À force de manipuler les images, M. Hoffman, vous croyez pouvoir tout
manipuler, hein ? Avec sa close exclusivité, Stan devenait gênant. S'il
persistait à vouloir présenter la mission, la chaîne pouvait se retirer.
Il aurait tout aussi bien pu récupérer son concept. Comme contractuellement, il
n'en avait le droit.
Aucune autre chaîne.
On l'aurait accepté.
Oui, enfin, sauf qu'entre-temps, votre boîte aurait coulé.
Parce que vos problèmes, on n'y compte plus.
Il y a un an, aucun des projets d'artefacts n'a été mis en chantier.
En production, une chance pour vous que le jugement dernier soit venu inverser
la tendance.
Je pourrais boire un verre d'eau.
Nous en étions à vos problèmes d'ordre financier. Après avoir dépensé autant d
'argent pour le développement de l'émission, vous ne pouviez pas prendre
le risque que tout s'arrête.
Rien ne se serait arrêté, j'aurais convaincu Stan.
Oui.
Enfin, depuis mardi minuit, tous vos problèmes sont résolus. Et tout le monde
est content.
Sauf Stan, évidemment.
Oh, pardon, je suis bête.
Il est mort. Je vous interdis d'insinuer que je...
Essayez-vous, monsieur Hoffman.
Je vous en prie.
Essayez-vous.
Veillez-vous quelque chose, mes chats ? Si vous n'avez rien à vous reprocher,
pourquoi vous êtes-vous fabriqué un alibi et pourquoi avoir falsifié ce
contrat ? Je savais que vous viendriez fouiner dans mes affaires et...
Je ne voulais pas qu'Artefact soit mêlé au meurtre.
Je voulais sauver ma boîte.
Vous pouvez comprendre ça ? Je suis sacrifié à Artefact.
Oui, y compris Stan.
Vous me croyez toujours capable d'avoir tué Stan ? Oui.
Mon ex-femme, elle voulait que je sois là. Et moi, je ne voulais pas.
Et là, avec Sonia, c'est moi qui veux être là et puis c'est elle qui ne veut
pas.
Décidément, je ne comprends rien aux femmes.
Ce n'est pas un scoop, mon polo.
Oui, parce que toi, tu es l'expert.
Expert.
Non, non, je ne suis pas l'expert.
Bientôt, il se pourrait que je sois un ex tout court, par contre.
Oui, bien sûr.
Toi, Cisco, t'as tout bon.
Amour, famille, boulot.
T'as bon partout, toi. Je pars.
Mario, maintenant, la priorité, c'est Amandine.
Et après, c'est Amandine.
Alors, on va prendre rien.
Plus de tort, plus de rien.
Alors, qu'est-ce que t'as pour remplir la lacryme ? Moi, ça fait un dernier.
Pour la route.
Vous laissez abattre. Servez-vous, parce que... Servez-vous.
T'as pas d'aide, le marchand.
C'est plus la peine de vous entraîner.
Bientôt, Camille aura des yeux tout neufs.
Seules les femmes voient vraiment les choses.
Les hommes ne font que les apercevoir.
Et c'est de vous, ça, Michel ? Non, c'est de Marcel.
Aimer...
Voilà, les gars dans Paris, ils ne pouvaient que bien parler des femmes.
Oui,
c'est ça, Camille Varro.
Arrivez-vous la gentillesse de bien vouloir me prévenir après l'opération, s
'il vous plaît. Oui, merci.
Bonjour, Capitaine Scandella.
Comment vous faites, le marchand, pour péter la forme comme ça ? Parce qu'on a
descendu hier soir.
Écoutez, rien de tel qu'un début de matinée sur des relevés bancaires pour
dissiper tout mal de tête.
J'ai remarqué que parmi ces nombreuses sorties d'argent, Stan avait acheté au
comptant une voiture, voiture qui n'était pas celle qu'il utilisait.
Ça veut rien dire. C'est peut-être un cadeau pour sa mère.
Je doute fort qu'il lui ait offert un cabriolet sport, voyez-vous.
Cabriolet noir ? Oui.
On en a vu un l'autre jour avec Polo sur le parking du studio. Peut-être le même
? Le docteur Marc-Louis vient de téléphoner. Chloé Derval a fait une
tentative de suicide. Jean-Louis, tu viens avec moi.
Vous ouvrez la porte ?
Bonjour, Chloé.
Stan, il aurait pas dû.
Il aurait pas dû quoi, Chloé ? Je vous ai menti.
L'autre soir, à la fête, je suis allée le voir.
Je voulais savoir s'il y avait encore une chance pour nous deux. Ce qu'on
avait vécu, c'était si beau, si fort.
Il a tout gâché.
C'est impossible d'aimer quelqu'un un jour et qu'il ne vous aime plus le
lendemain. Il s'est passé quoi exactement à la fête, Chloé ? Je
l'ai vue dans le hall.
Avec cette femme.
Je lui parlais.
Et il lui caressait le bras.
Ça m'a fait trop mal.
Quand la femme est partie, je suis allée lui parler pour avoir des
explications.
Il m'a repoussée. J'étais rien pour lui.
Rien du tout.
Je me suis sentie vide.
Alors je l'ai suivi dans l'atelier.
J'ai vu le tournevis sur la table et je l'ai pris.
Stanley me regardait.
L'air perdu.
Ça allait si vite.
Chloé Derval pourrait vouloir s'attribuer le meurtre afin de rester
liée à Stan.
Comment savoir si elle ne délire pas encore ? T'as pas le psy, c'est une
possibilité. Ça serait vraiment tordu. Elle a fait des aveux circonstanciés.
Ouais, mais enfin, faut pas oublier que c'est elle qui a découvert le corps. Et
les journalistes se sont pas gênés pour donner tous les détails. Enfin, t'as vu
sa voix, ses expressions, l'expression du visage.
Est-ce qu'on peut vraiment jouer la vérité à ce point-là ? Visiblement,
Cluéderval interprète ce qu'elle voit. Quand elle aperçoit Mélanie avec Stan,
elle la prend pour une rivale, d'accord ? Ensuite, elle va certainement parler à
Stan qui comprend rien de ce qu'elle lui dit et qui la jette. Mais je vois pas
pourquoi elle irait raconter qu'elle l'a vue rentrer dans l'atelier. Pourquoi est
-ce qu'elle a rentré ça ? Tu veux dire qu'il allait retrouver quelqu'un ?
Pourquoi pas ? Hoffman a très bien pu vouloir s'isoler avec lui dans l'atelier
pour pouvoir le convaincre.
Et là, Stan lui résiste, le producteur perd son self-control et il le frappe.
Rappelez-vous la nature des coups portés à la victime, comme s'ils avaient été
donnés avec hésitation vu le tempérament sanguin d'Hoffmann. Pourquoi n'a-t-il
pas frappé avec plus de conviction ? Ça ressemblerait plutôt à Chloé Derval.
Elle se retient, elle veut frapper et elle hésite.
Finalement, elle se lâche et elle s'arrête quand elle s'aperçoit de ce qu
'elle vient de faire.
Excusez-moi, mais quand elle a fracassé la porte de son prof à coup de marteau,
elle ne s'est pas arrêtée.
Il a fallu la camisole de force.
C'est pour vous, commandant.
Ça vient du fichier national des automobiles. L'identification du
propriétaire d'un cabriolet sport.
Merci.
Cabriolet sport ? C'est pas le cadeau de Stan ? Firmatif.
La carte grise est au nom de Vincent Marquet.
Vincent Marquet ? Pourquoi Stan lui aurait offert une bagnole ? En tout cas,
il l'aura achetée avec l'argent qu'il a gagné, avec la conception de l'émission.
Marquet est peut-être plus étroitement lié à l'émission qu'il a bien voulu nous
le dire.
Vous aviez raison, on a retrouvé dans l'ordinateur de Marquet plein de
fichiers sur jugement dernier.
Certaines versions remontent à plusieurs années.
Ah, bien avant sa rencontre avec Stan.
Donc c'est bien marqué l'inventeur de l'émission et non pas Stan.
Trôleau Jean-Louis, vous l'attendez et dès qu'il arrive, vous nous l'amenez sur
le plateau.
Pourquoi vous vouliez me voir ? C'est un très beau cadeau qu'il vous a fait,
Stan.
C'est pas un cadeau.
J'étais un peu à court, il m'a avancé l'argent.
C'est beau l'amitié. Pas vrai, Polo ? Oui.
Vas-y, monsieur.
Vous pouvez m'expliquer
ce qui se passe ? Monsieur Marquet.
N'êtes pas sans savoir, du moins j'ose l'espérer, que c'est souvent au tribunal
que la vérité éclate, la vérité la mieux dissimulée, la mieux cachée, la mieux
scellée.
J'ai pas tué Stan, je vous l'ai déjà dit.
Disons plutôt que vous ne l'avez pas tué, pour les raisons auxquelles nous
avons pensé.
Le lien qui vous unissait à Stan n'était pas Chloé Derval, mais jugement dernier.
C'est bien vous qui avez conçu cette émission, n'est-ce pas ? Oui, mais c'est
pas ce que vous pensez. Stanément n'était partenaire.
Mais nous le savons.
Nous savons aussi qu'il vous renversait une partie de ses gains sous diverses
formes. Non, ce que nous aimerions savoir plus précisément, très
exactement, ce sont les termes de votre arrangement.
Écoutez, des projets de jeux ou d'émissions, j'en ai plein les tiroirs.
Dans ce milieu, pour un type comme moi, sans nom, c'est mission impossible de
vendre une idée.
Plus de chance de se la faire piquer.
Alors si je comprends bien, Stan était le plus à même de vendre votre projet à
Hoffman et à la chaîne. Oui.
Et ça a marché, tout le monde a cru au concept.
Stan allait revenir devant les caméras et moi mon émission existait. C'était ça
notre accord.
Accord qu'il a rompu.
Mais non, je...
Stan
préférait que le jugement dernier n'existe pas. plutôt qu'il se fasse sans
lui. C'est faux. Alors il vous restait une solution pour l'empêcher de détruire
votre création.
Le tuer.
Vous n'avez rien compris. La mort de Stan, c'était un accident ! Trois coups
de tournevis dans le ventre, vous appelez ça un accident ? C'est une mise
en scène. Il voulait faire croire à une agression.
Télé 8 trouvait qu'il était plus assez populaire, alors il a eu cette idée.
L'animateur de jugement dernier qui frôle la mort, c'était la une des
journaux assurés, sans parler d'audimat.
Alors vous avez accepté de retourner dans le jeu ? Bien sûr que non, je
trouvais ça dangereux.
Mais il est revenu à la charge, il avait picolé, il était surexcité.
Il venait de voir Mélodie Berthier qui lui avait dit que la chaîne ne
changerait pas d'avis.
Pour ça, il n'y avait plus qu'une solution.
Alors il m'a mis le tournevis dans la main.
Il était tellement déterminé.
que vous avez cédé.
Quand Stan brûlait quelque chose, c'était impossible de lui refuser.
Alors oui, j'ai frappé.
Mais pas assez fort.
Il disait que ça faisait pas assez crédible, alors... Il m'a pris le
tournevis des mains et il se l'est enfoncé dans le ventre.
Et vous ne vous êtes pas rendu compte de la gravité de sa blessure ? Non.
Non, quand j'ai appris qu'il était mort, j'ai pas cru.
Ça devait pas se passer comme ça.
C'est un accident. Alors pourquoi ne pas en avoir parlé plus tôt ? Pourquoi, M.
Marquet ? Pour laisser une chance à votre émission de passer à la télé ?
Devant des millions de téléspectateurs, c'est ça ? Et alors, c'est un crime !
Tout ça, c'est moi qui l'ai imaginé ! Et ça avait enfin existé, vous comprenez ?
Ça avait... Ça ! Existé.
Stan a retrouvé la une des journaux, mais à titre posthume. Il y aura gagné
toute relative jeunesse éternelle.
Oui.
Oui, merci de me rappeler. Merci bien.
Merci bien. Voilà.
L'opération s'est bien déroulée.
Seulement Camille devra garder un bandeau sur les yeux pendant quelques
jours. Je suis contente pour vous, Michel.
Jean-Louis ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Tu
viens pas ?
Un autre week-end ? Ça servira à quoi ?
D'aller à Rome, à Venise, où on ne voit pas la basse les flots ? Je t'aime,
ça je peux te le dire ici.
Pour le reste, je suis désolé.
C'est à toi de décider.
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