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- La balance est bonne, Rob ? - Oui.
Plus bas, le motif.
Tu y vas aussi. Quand tu pr�pares ton pont,
tu peux faire un solo pendant que Marcus joue la m�lodie.
OK.
Et peut-�tre, la deuxi�me fois,
tu peux encha�ner sur la m�lodie si tu veux.
Je la jouerai une ou deux fois et tu pourras reprendre.
Cool.
On a mont� un super groupe Blue Note avec Robert Glasper,
Ambrose Akinmusire,
Marcus Strickland,
Lionel Loueke,
Kendrick Scott
et Derrick Hodge.
J'�tais � leur premier concert au Monterey Jazz Festival
pour le 75e anniversaire.
C'�tait une musique qui...
Elle avait un son, le son de Blue Note.
Blue Note a une histoire, avec tant de grands artistes
qui ont enregistr� pour ce label.
Tous les grands pianistes ont enregistr� pour de label !
Mais j'essaie de ne pas y penser
quand je fais mon truc
parce que �a pourrait �tre intimidant.
Blue Note, pour moi, est un label d'innovateurs,
de gens qui changent la donne.
Si on retrace l'histoire de Blue Note Records,
� chaque d�cennie, les artistes qui ont sign� sur ce label
ont r�volutionn� le monde de la musique.
Ces artistes refl�tent l'�poque et ce qui se passe.
D�s que je mets le disque, je suis transport�
vers une certaine �poque ou un certain feeling
ou une certaine vision du monde.
Blue Note a saisi ce que Bud Powell faisait,
beaucoup de choses que Miles faisait.
Il a saisi leur humanit� qui est dans la musique,
l'espoir et la libert�.
Beaucoup d'artistes se sentant chez eux chez Blue Note,
comprenaient qu'on avait tous eu cette situation de survie,
la survie en commun, et �a ressortait dans leur musique.
� la surface, on entend jouer un musicien extraordinaire.
Mais le combat, la lutte interne,
la fa�on famili�re de se battre � travers l'instrument...
Plus tard quand ma g�n�ration l'entend, on se dit :
"Pourquoi on a l'impression que c'est � nous ?"
"Pourquoi �a me parle autant ?"
BLUE NOTE RECORDS AU-DEL� DES NOTES
OK, pr�ts ?
"BAYYINAH" �CRIT PAR ROBERT GLASPER
La chose que tous les grands ont faite,
c'est ne jamais oublier qui ils sont,
ne jamais renier qui ils sont et leurs exp�riences.
Votre exp�rience et ce que vous avez v�cu
est ce qui fait votre son.
Le grand art �merge souvent de situations merdiques.
On a besoin que quelque chose
se lib�re de �a, pour aller quelque part.
C'est comme �a qu'est n� le jazz.
Le hip-hop est n� de �a.
C'est ce qu'on doit encore faire aujourd'hui.
De nos jours, avec ce qui se passe dans le monde,
les gens sont forc�s de puiser dans cette r�alit�,
cette exp�rience directement de l�.
Cette musique refl�te en partie ce qu'on pense de l'Am�rique
et comment on est pass�s d'un progr�s apparent
au retour � une �poque qu'on a combattue pour en �chapper.
Ces sentiments, cette sorte de frustration,
se retrouvent en partie dans la musique,
avec des choses plus optimistes.
La musique n'est qu'un moyen pour exprimer ce qu'on ressent.
�tant Afro-Am�ricain,
la musique elle-m�me �tait une affirmation sp�ciale
et elle est une affirmation sp�ciale.
Pour moi, le jazz repr�sente la libert� de deux fa�ons.
On peut �tre un individu dans la musique,
mais en aidant toujours le tout.
Celle-ci est termin�e.
On en refait une.
Et cette fois, quand tu fais ton pont...
Prise 22.
23. Prise 23.
Vous �coutez "Scope of Jazz" sur WBAI FM
et nos invit�s ce soir sont Al Lion et Frank Wolff
de Blue Note Records.
Tout d'abord, Al, la question d'ouverture habituelle,
quelle est la gen�se de vos d�buts
en tant que passionn� de jazz ?
�a s'est pass� en 1926, � Berlin, en Allemagne.
Ma m�re a ramen� un disque � la maison
et j'ai �t� tr�s impressionn� par ce que j'ai entendu,
sans savoir que c'�tait du jazz, ou de quoi il s'agissait.
Mais j'ai �t� tr�s int�ress� par ce disque.
Et Frank, quelle a �t� votre exp�rience parall�le ?
O� avez-vous d�couvert le jazz ?
� Berlin.
Je me souviens que j'ai �norm�ment aim� cette musique
mais je ne la comprenais pas. Je ne pouvais pas la suivre.
Mais elle me plaisait.
DANS LES ANN�ES 1930, ALFRED LION ET FRANCIS WOLFF
ONT FUI LA PERS�CUTION DES JUIFS DANS L'ALLEMAGNE NAZIE.
ILS ONT FOND� BLUE NOTE RECORDS EN 1939 � NEW YORK
Ils sont tous les deux venus d'Europe.
C'�taient des copains d'enfance et...
une, ou deux fois peut-�tre,
ils ont parl� de cette �poque et de pourquoi ils sont partis.
Ils ont �voqu� comment c'�tait.
Deux fois ils en ont parl�, tout ce temps o� je les ai connus.
Et seulement par de br�ves allusions.
Ils cherchaient la libert�, bien s�r.
Il fallait �tre fou pour ignorer �a.
C'est pour �a qu'ils ont compris
et donn� une chance � tellement de gars.
Et les gars leur ont donn� une chance aussi.
En leur faisant confiance.
Je sentais la musique.
Sans savoir en fait ce qui me faisait la sentir.
�a devait �tre le rythme et la fa�on dont la musique
est venue � moi.
J'�tais tellement impressionn� que j'ai voulu
faire des disques avec eux.
- Pour votre plaisir ? - Pour mon plaisir, oui.
�a a commenc� comme �a.
Ils �taient fans. Des fans enrag�s.
C'�taient juste les disques qu'ils voulaient �couter
alors ils ont d�cid� de les faire.
Et ils ne connaissaient rien � la fabrication de disques.
Et ils n'ont jamais perdu la puret�
et l'innocence qui venaient avec �a.
Je pense qu'ils ont compris l'int�r�t
de faire confiance aux musiciens.
Un bel apr�s-midi d'�t�, on a enregistr� les premi�res bandes.
La session �tait tr�s d�tendue.
Personne ne regardait le temps
et les gars ont eu l'occasion de s'�taler.
Pour chaque disque, on n'a jamais voulu faire un tube.
Si plus tard le disque avait du succ�s,
c'�tait juste un hasard.
On ne faisait pas le disque dans le but de faire un tube.
Alfred Lion et Frank Wolff �coutaient cette musique
pas juste comme de la musique, mais comme un tr�sor pr�cieux.
La question d'autres maisons de disques �tait :
"Pourquoi monter une maison de disques
"pour ne pas faire d'argent ?"
Alfred et Frank n'ont jamais...
Je n'ai jamais senti une pression de leur part
pour cr�er d'une certaine fa�on
autre que ce qui venait de moi.
Ce qu'ils voulaient, c'est atteindre le c�ur
des individus qui cr�aient la musique
pour avoir une plateforme d'expression.
Et ce c�ur est affect� par l'�poque.
Parce qu'on vivait dedans !
COMPTOIR FERM�
FERM�
�GALIT� DES CHANCES ET DIGNIT� HUMAINE
N'ACHETEZ PAS LA S�GR�GATION
Alfred Lion, Frank Wolff et Rudy Van Gelder,
essayaient de soutenir le but qu'on a toujours recherch�,
laisser cette musique �merger
sans entraves.
Toutes les maisons de disques �taient tenues par des Blancs.
Jusqu'� ce que plus tard d�marrent
Motown, Stax Records de Memphis,
mais toutes les maisons de disques �taient blanches.
Et des Blancs radins.
C'�tait une bande de crapules.
Je devrais les nommer, mais je ne le ferai pas.
Mais pas Alfred. Alfred n'�tait pas comme �a.
Il nous laissait faire ce qu'on voulait
et s'il avait une suggestion, il venait parfois
et disait une chose ou deux parce que...
il ne connaissait pas grand-chose � la musique.
Et il n'emb�tait pas les musiciens.
Il respectait tout le monde.
C'�tait une bonne personne.
Frank, aussi. Frank �tait sympa. Tr�s sympa.
Frank se baladait en prenant des photos
et quand la musique �tait bonne, il se mettait � danser.
Il essayait de danser.
Je les adorais tous les deux.
Et ils m'adoraient. J'emmenais ma famille l�-bas
et c'�tait tr�s amical.
MICHAEL CUSCUNA EST PROPRI�TAIRE
DE LA COLLECTION DE PHOTOS DE FRANCIS WOLFF.
Oui, c'est Thelonious Monk.
C'est une des sessions de 1951.
Il y avait Kenny Dorham � la trompette
et Lou Donaldson au saxo.
Au fil des ann�es, Alfred Lion et Francis Wolff ont d�velopp�
des amiti�s tr�s fortes avec les musiciens
et je me souviens que Bobby Hutcherson disait :
"Ils n'ont jamais l'air d'�trangers."
Ils jouaient d'aucun instrument et avaient l'accent allemand,
mais ils �taient des n�tres. Ils tra�naient avec nous,
ils allaient voir des concerts, mangeaient avec les gars,
et passaient du temps avec les gars.
Ils �taient tr�s bien accept�s par les musiciens.
Les d�buts ont �t� difficiles.
Ils n'ont pas gagn� d'argent pendant des ann�es.
C'�tait une existence pr�caire.
Sans Alfred, je ne serais probablement pas l�.
J'�tais un gars de la campagne d�barqu� � New York.
Je jouais au Minton's en 1949, et il est venu.
Il �tait avec Ike Quebec, son bras droit.
Il m'a entendu jouer
et m'a demand� si je voulais enregistrer pour Blue Note.
Je ne sais pas ce qu'il pensait que j'allais dire,
un jeune gars fauch�.
Alors j'ai dit : "Bien s�r."
Il a demand� si je savais jouer comme Charlie Parker.
Et bien s�r, je lui ai dit que oui.
Je savais que je ne pouvais pas. Je voulais jouer sur un disque.
Alfred avait de la chance car il avait Ike Quebec qui l'aidait
Ike le conseillait. Ike �tait un type intelligent
qui a amen� beaucoup de monde au label.
Il savait quand on pouvait jouer ou pas.
Si un type venait et ne savait pas jouer,
ils ne l'enregistraient pas.
Que ce soit bien clair !
Tous les autres pensaient que tout allait bien.
OK, personne sauf moi. Je te le demande.
- Je sais pas ce que tu pensais. - Au bout du canal.
Prise... 7.
7, 7, 7.
On �tait arriv�s au point o� Al, pour s'amuser,
avait enregistr� les trois pianistes de boogie-woogie
Ammons, Johnson et Lewis. Qui enregistrer apr�s �a ?
Ensuite, �a a �t� Bechet et Art Hodes, Edmond Hall.
On a continu� � faire des disques de Dixieland
et on a doucement d�riv� vers le swing,
et de l� vers le moderne et le bop.
Au bout de 10 ans,
ils ont d�cid� d'aller vers le be-bop.
Parmi tous les artistes qu'ils auraient pu choisir,
ils ont choisi Thelonious Monk, qui jouait du piano stride
et le r�volutionnait compl�tement
en apportant ces accords dingues
et qui a totalement r�volutionn�
la nature de la composition jazz.
Et ils l'ont soutenu.
Quand Monk a enregistr� pour vous la premi�re fois ?
1947.
Et Monk n'avait jamais fait de disques avant.
Quelle a �t� la r�action � vos premiers disques de Monk ?
La r�action a �t� mitig�e. Certains l'aimaient beaucoup
et d'autres le trouvaient horrible.
Monk jouait sa propre musique.
Et il devrait �tre mis dans cette cat�gorie.
La musique de Monk.
C'�tait un type remarquable.
Il avait sa mani�re de jouer, et c'�tait diff�rent.
C'�tait assez dur de jouer avec lui,
mais si on jouait avec lui assez longtemps,
on s'habituait � son style.
Tu as une pr�f�rence pour l'ordre des solos ?
On verra ce que �a donne. OK ?
Quand tu vois un bon moment pour te lancer,
tu y vas et tu te lances.
Il ne disait pas grand-chose, mais je lui posais des questions
"C'est bien ?" Il disait : "Oui, c'est bien."
Mais il n'aurait jamais dit : "Tu joues mal,
"tu fais �a."
Il fallait juste essayer de suivre ce qu'il faisait,
ce qui �tait parfois difficile � faire.
Tout le monde voulait jouer avec lui
et essayait d'apprendre ce qu'il faisait.
Il avait toujours un certain style,
une certaine vibe.
Il a son propre truc, et il ne s'en �carte pas.
Pour moi, Monk est le premier pianiste de hip-hop.
Personne dans le jazz avait le swag de Monk.
Il m'a montr� � un jeune �ge que je pouvais �tre moi-m�me.
Ne pas se soucier de ce que diront les autres,
�tre soi-m�me, c'est votre t�moignage.
S'affirmer soi-m�me, c'est tout le sens du hip-hop.
Et ne pas s'excuser.
�tre soi-m�me parce qu'il �tait lui-m�me.
Il a compos� des morceaux classiques qu'on joue encore.
Je suis encore �poustoufl� par des morceaux comme...
"Epistrophy."
Et quelque chose de groovy et funky comme "Blue Monk".
"Trinkle Tinkle."
"Round Midnight."
Alfred adorait Monk.
� chaque fois que j'allais au bureau,
je voyais Monk et sa femme Nellie.
Je pensais que Monk bossait l�. Il y �tait souvent.
De toute �vidence, Alfred le soutenait.
Alfred a eu une telle passion pour la musique de Monk
qu'il a enregistr� quatre sessions longues
avant m�me d'avoir sorti le premier 78 tours.
Il �tait obs�d� par la musique de Monk.
Et bien s�r, manque de chance, Monk ne vendait pas.
La plupart des gens ne comprenaient pas la musique
alors il y a eu une forte r�sistance.
Et Alfred est rest� avec Monk pendant pr�s de 5 ans
puis il a d� laisser couler
parce que qu'il avait mis beaucoup d'argent dessus
et �a fragilisait le label.
Mais Alfred �tait comme �a.
Il soutenait ce en quoi il croyait
m�me si �a ne se vendait pas.
Il allait aussi loin qu'il pouvait.
Sans Blue Note, vous n'auriez jamais entendu parler de Monk.
Les autres maisons de disques, comme Columbia et Capitol
et les grosses maisons ne voulaient pas enregistrer Monk.
Il �tait l�, ils ne voulaient pas l'enregistrer.
Mais Alfred a voulu.
Alfred a enregistr� beaucoup de be-bop.
Bud Powell et tous ces musiciens.
Et �a a �t� la cl�.
Alfred a vraiment adopt� cette nouvelle musique
et l'a �tudi�e
puis il s'est mis � enregistrer avec passion
quand il a fait les premi�res sessions de Bud Powell.
Ce nouveau disque de Powell
a �t� l'un de ses plus influents.
Les jeunes pianistes en parlent plus de que tout autre disque.
De quand date "Poco Loco" ?
- Mai 51. - Bud Powell.
Je me souviens que c'�tait une session assez dingue.
Bud voulait vraiment enregistrer d'une certaine fa�on.
Il a fait une prise, puis une autre.
On n'avait toujours pas ce qu'on voulait.
�a a pris un peu de temps.
Bud Powell comptait beaucoup pour Alfred,
en tant que personne et que musicien.
Il a fait sa toute premi�re session en 1949
et il l'a enregistr� jusqu'� 1958.
Bud Powell a �t� instantan�ment reconnu
par les musiciens, puis par le public.
Bud Powell �tait-il un homme difficile � enregistrer ?
Il n'�tait pas difficile. Mais il avait ses jours.
Mais on a toujours eu beaucoup de chance avec Bud Powell.
C'est plus que de la chance. Il a fait des disques horribles
et il est venu chez Blue Note
et il vous a fait un tr�s bon disque.
Il y a peut-�tre une raison � �a,
parce que Bud et moi sommes des amis tr�s proches.
Et je le comprends.
Je crois qu'il faut comprendre un artiste
pour en tirer quelque chose.
Prestige �tait pas mal. Je connaissais Bob Weinstock,
le pr�sident.
Il aimait le jazz aussi.
Savoy, toutes ces maisons de disques aimaient le jazz.
Mais elles ne faisaient pas des disques comme Alfred.
Le son �tait meilleur.
Les musiciens �taient meilleurs.
Allez ! Al nous dit de jouer.
Alfred passait toujours du temps avec les musiciens.
Il avait des r�unions avec eux,
il parlait de qui les accompagnerait.
Et il encourageait toujours l'artiste � composer.
Il ne voulait pas de la milli�me version de "Caravan".
Il voulait de nouveaux morceaux.
Il voulait que tout soit frais et plein de vie.
Et il payait toujours les r�p�titions.
Tu as un solo et tu me fais entrer.
Ouais, tu comptes tout haut et tu joues.
Ce n'�tait pas seulement la production de la musique,
mais aussi les photos de Francis Wolff,
les pochettes de Reid Miles.
Tout contribuait � l'impact de chaque album.
Reid Miles �tait un graphiste vraiment unique
car il �tait capable de rendre chaque album
diff�rent du prochain,
mais ils ressemblaient tous � des disques Blue Note.
Reid cr�ait la typographie
puis il prenait les photos de Frank et les r�tr�cissait
au point de rendre Frank fou, et il cr�ait les pochettes.
C'�tait une �quipe remarquable
qui travaillait � sa propre fa�on.
Ce qui est formidable dans ces photos,
c'est que Frank se baladait dans le studio,
et prenait des photos sur le vif en 1/16e de seconde,
et elles sont toutes parfaitement cadr�es.
Elles saisissent un moment et elles sont centr�es
sur le visage du musicien.
Par exemple, pour "Blue Train",
c'�tait un des trucs favoris de Frank.
Il photographiait le saxo t�nor avec le visage du musicien
dans la courbe du saxo.
Nos auditeurs aimeraient vous entendre dire
ce qui est selon vous �coutable dans toute votre production.
JOHN COLTRANE INTERVIEW � LA RADIO, 1960
Vous voulez dire dans les albums que j'ai faits ?
Oui.
J'aime bien "Blue Train"... personnellement.
Je m'en doutais.
Le groupe est tellement bon sur ce disque.
C'est un album vraiment dangereux.
Et c'�tait un bon enregistrement.
"Blue Train" �tait une �uvre tr�s importante.
�a a chang� le visage du jazz � jamais.
C'est une des raisons qui m'ont pouss� � faire de la musique.
Je me suis dit que si quelqu'un
peut transmettre ces vagues de son dans mon corps
et me donner ces sensations, je veux en faire partie.
Si on exprime la vie � travers la musique,
m�me quand on ne se rend pas compte que c'est le but,
�tre soi-m�me, se trouver, se r�v�ler,
je crois que c'est vraiment le sens de la vie.
Et en cours de route, aider quelqu'un d'autre � le faire.
�a fait partie de ce qui compl�te la musique.
Le contenu d'un disque lui-m�me est incomplet
car il n'inclut pas le processus de la personne
qui l'�coute et comment �a l'affecte.
Quand on prend les disques classiques
du son Blue Note,
on r�alise que c'est une communaut� de musiciens
qui se sont rassembl�s dans diff�rentes configurations,
� diff�rents moments, mais chacun d'eux est tr�s singulier.
Puis il fallait quelqu'un comme Rudy Van Gelder
pour capturer ce son, saisir leur son individuel,
tout en gardant intact le son Blue Note.
Je pense que c'�tait tr�s sp�cial.
Personnellement, j'aimais la musique
alors j'�tais attir� vers les musiciens
qui �taient des musiciens de jazz.
J'aimais cette libert� d'improvisation
et la reconnaissance des musiciens individuels.
Il y avait tel et tel nom
et on finissait par les reconna�tre tous par leur son.
Au d�part, j'�tais un fan.
Quand Alfred est venu � moi, je savais ce qu'il voulait.
Il savait que je pouvais le lui offrir
et c'est comme �a que �a a commenc�.
�a tourne toujours.
C'est l�ger, joyeux. Pas...
DE 1953 � 1959, BLUE NOTE A ENREGISTR�
CHEZ LES PARENTS DE RUDY VAN GELDER � HACKENSACK, N.J.
Messieurs, prise 1.
C'�tait chez mes parents et j'ai eu le droit
d'utiliser le salon pour enregistrer ma musique de jazz.
Ils m'ont laisser installer une fen�tre de contr�le
dans un des murs du salon.
J'avais l� tout l'�quipement pour enregistrer mon jazz.
Mais Alfred �tait un g�nie et savait ce que je devais faire
pour obtenir le son qu'il voulait.
Et il r�p�tait aux dates qu'il choisissait,
pas comme les autres maisons de disque comme Prestige,
o� ils devaient �tre pr�ts
pour jouer juste la musique qu'ils connaissaient.
C'est pourquoi il y a plus de standards
et de musique simple sur Prestige.
Et quand il venait au studio,
il savait quel son allait avoir le produit fini.
Et d'ailleurs, avec Frank, ils n'�taient parfois pas d'accord
et ils avaient de grosses disputes.
"J'aimais bien cette prise", "J'aimais bien ce solo."
Les d�cisions venaient de leur interaction.
� la fin de la session, tout le monde disait :
"C'est de la bonne musique," y compris les musiciens.
C'�tait la fin de l'implication des musiciens.
Ils avaient confiance en Alfred, qui avait confiance en moi.
Miles, reprends.
Miles, reprends.
"I Waited For You", prise 2.
Attends un petit peu !
- Redis-le. - L'autre micro, Miles.
Un peu plus...
OK, c'est parti. "I Waited For You", prise 3.
Durant ses ann�es chez Prestige, Miles Davis a pu
faire trois projets merveilleux pour Blue Note.
Et quand il �tait chez Columbia, il est retourn� chez Blue Note
pour faire un album intitul� "Somethin' Else"
avec Cannonball Adderley.
Et je sais qu'il adorait Alfred Lion.
Joues-en une autre, Alfred.
- Une autre ? - Oui, ce sera la derni�re.
Certains clients voulaient plus d'espace pour plus de musiciens
alors il me fallait une salle plus grande.
Alors j'ai dit : "Je vais construire un studio."
EN 1959, RUDY OUVRE UN NOUVEAU STUDIO � ENGLEWOOD CLIFFS, N.J.
BLUE NOTE Y A ENREGISTR� PLUS DE 400 ALBUMS.
On aimait le style de Frank Lloyd Wright.
On aimait les mat�riaux qu'il utilisait, la forme des pi�ces.
Alors on a engag� un de ses �tudiants.
On voulait que la musique ait de l'espace,
alors j'ai construit en hauteur.
Oui, c'est assez haut ici.
Trois �tages.
Quand je suis arriv� ici, beaucoup de gens
ont cru que �a allait �tre une �glise.
La premi�re fois o� j'ai entendu un disque Blue Note,
j'avais environ 14 ans.
Je ne l'oublierai jamais.
C'�tait le solo de Joe Henderson sur "Mode for Joe"
o� il fait ces... Je ne les appelle pas des notes.
On dirait des cris d'angoisse d'animaux.
Je me suis dit : "C'est quoi, cette musique ?"
Ces gars avaient l'air tellement cool.
Sur les photos noir et blanc de Francis Wolff,
je voyais ces gars nimb�s de fum�e...
C'�tait toujours sombre. On ne voyait aucun mur.
Et je voulais juste �tre l�.
Les Beatles �taient cool. Jimi Hendrix �tait cool.
Ces gars �taient encore plus cool.
C'est quoi le premier ?
"Breaking Point" de Freddie Hubbard.
"Breaking Point" de Freddie Hubbard,
le disque Blue Note classique.
RE-MASTERISATION DE BANDES ORIGINALES
POUR R��DITION EN VINYL
Je ne voulais pas travailler pour une maison de disques.
Mais Blue Note �tait irr�sistible
parce que j'ai grandi en �coutant ces disques
et pour moi, �a repr�sentait des artistes de premier ordre.
Beaucoup de puristes de jazz disaient :
"Quoi, les B-52's et les Rolling Stones ?
"Il va ruiner la bo�te."
Il y a Don qui a produit tout le monde
et il a les meilleures oreilles au monde,
donc ce n'est pas un type de grosse entreprise
qui vient pour faire du business
et ne comprend pas la musique.
C'est quelqu'un dont c'est la passion personnelle.
Allume les sorties, oui.
Quand tu fais le mastering,
tu peux radicalement changer le son de la musique.
Mais notre boulot, quand on remasterise,
n'est pas de transformer
mais s'assurer que l'intention originale de l'artiste
est pr�serv�e � travers les diverses manifestations
qu'apporte la technologie.
Les vieux disques repr�sentent la moiti� des revenus
et la nouvelle musique, l'autre moiti�.
M�me dans le monde changeant de l'industrie musicale,
gr�ce � l'int�grit� d'Alfred Lion
et aux artistes qu'il a amen�s dans la maison de disques,
les portes restent ouvertes.
Avec nous ce soir, un des meilleurs trompettistes de jazz
du pays aujourd'hui, Clifford Brown.
C'est une superbe photo.
Superbe photo.
Un des plus grands de tous les temps.
Clifford Brown �tait � Wilmington, dans le Delaware,
et j'ai voulu aller le voir.
Quand je suis arriv�, j'ai dit :
"Je veux que tu viennes pour une s�ance d'enregistrement."
Il avait eu un accident de voiture
et s'�tait d�mis l'�paule.
Il ne pouvait pas tenir sa trompette.
Mais il a sorti sa trompette et l'a pos�e sur la cl�ture.
On a jou� un ou deux morceaux.
J'ai dit : "Tu pourrais jouer comme �a." Il a dit non.
Alors j'ai dit : "Je t'appelle et tu pourras contacter Alfred
"et venir � New York."
Et son premier enregistrement, c'�tait avec moi.
C'�tait pas le "Memorial Album". C'�tait ma session.
Pas le "Memorial Album".
On l'a appel� "Memorial Album" parce qu'il est mort.
Accident de voiture.
Quand les gens parlent de Clifford Brown,
c'est avec beaucoup de r�v�rence.
Juste son s�rieux. Ce type �tait tellement s�rieux.
Il ne buvait pas, il ne faisait pas la f�te.
Il s'entra�nait tout le temps, comme Coltrane.
Et quand on entend le niveau qu'il a atteint,
� seulement 25 ans...
Il est mort quand il avait 25 ans. C'est incroyable.
Pour moi, il est la plus grande influence,
en tant que trompettiste.
Oh, voil� quelque chose d'int�ressant.
C'est "A Night at Birdland" avec le Art Blakey Quintet
avant qu'il n'ait un nom, The Jazz Messengers.
Mesdames et messieurs, comme vous le savez,
nous avons quelque chose de sp�cial au Birdland ce soir.
Un enregistrement pour Blue Note Records.
Quand vous applaudirez aux diff�rents passages,
vos mains seront enregistr�es.
Et quand le disque passera partout dans le pays,
vous pourrez dire :
"C'est ma main sur un de ces disques
"quand j'�tais au Birdland !"
Alfred voulait faire une session avec les Blue Note All-Stars
et c'�tait cens� �tre �a,
mais Art a donn� � Pee Wee quelques dollars en disant :
"Pr�sente-nous comme le 'Art Blakey's Band'."
�coutez le disque.
Nous ramenons sur sc�ne, mesdames et messieurs,
le grand Art Blakey et son fantastique groupe,
avec � la trompette, la nouvelle sensation Clifford Brown,
Horace Silver au piano, Lou Donaldson � l'alto,
Curly Russell � la basse.
Accueillons Art Blakey sur sc�ne
sous vos applaudissements.
On en a parl� � Alfred, mais il s'en fichait
car il a vu qu'il allait se faire beaucoup d'argent.
Parce que ce Clifford Brown �tait sensationnel
et il ne faisait pas de vagues.
Il a laiss� couler et �a s'est fait comme �a.
Une ovation pour Art Blakey ! Merci !
C'est un de mes premiers souvenirs de jazz,
cette pr�sentation. "Art Blakey !"
Je me disais : "J'aimerais qu'ils disent mon nom."
Vous voyez ce que je veux dire ?
Ce disque a �t� tr�s important pour moi et m'a fait r�aliser
que ce hard bop, ce son qu'ils cr�aient,
c'�tait un nouveau son.
Art Blakey a pris le nom de The Jazz Messengers
et Horace Silver a d�velopp� son propre quintet.
Les deux institutions ont d�couvert de nouveaux talents
pendant les 30 ann�es suivantes.
Et ce style a �t� connu comme le son Blue Note
car il a �t� pr�sent� par Blue Note Records.
Il brisait les r�gles du be-bop,
qui lui-m�me brisait les r�gles de tout ce qui l'avait pr�c�d�.
Le jeu d'Horace Silver, tous ces trucs funky et dingues
qu'on n'avait pas le droit de jouer,
et Art Blakey qui balan�ait des back beats
qu'on n'est pas cens� jouer en be-bop...
Et ils ont cr�� quelque chose de tout nouveau.
Ils l'ont appel� hard bop,
�a a chang� la face de la musique.
Aujourd'hui, �a n'a pas l'air aussi r�volutionnaire
parce que c'est devenu une part
du vocabulaire commun des musiciens,
mais � l'�poque, c'�tait tr�s radical.
Art Blakey �tait une universit� � lui tout seul
et beaucoup de musiciens qui sont pass�s par son groupe
sont devenus des leaders.
C'�tait un leader qui a form� des leaders.
C'�taient de fantastiques musiciens.
VOIX D'ART BLAKEY
C'�taient des gentlemen,
ils ne montaient pas sur sc�ne avec leur rage.
Oubliez �a. On jouait.
Toute ma vie, j'ai �t� un meneur de groupe.
Je n'ai jamais voulu �tre le leader.
Je voulais �tre un bon musicien et ne pas me prendre la t�te,
mais j'ai toujours �t� mis dans cette position
parce que j'�tais plus vieux que les autres, pas en �ge,
mais j'avais plus d'exp�rience dans la vie qu'eux.
� 13 ans, je travaillais dans les mines de charbon.
J'�tais d�j� un homme.
Vous �tes autodidacte � la batterie ?
Oh, je suis autodidacte en tout.
Et il n'y a pas de secret dans ce que je fais.
C'est juste l'id�e d'�couter le reste des musiciens
et de faire partie du groupe.
Merci beaucoup.
Je vous pr�sente notre meneur, Art Blakey.
Art Blakey avait une ma�trise incroyable
de n'importe quel groupe dans lequel il jouait.
Il guide vraiment le groupe dans la section suivante
de mani�re tr�s naturelle et forte.
Nous allons jouer un morceau
compos� et arrang� par notre pianiste, Bobby Timmons.
Un petit truc qu'on a enregistr� sur...
Je peux le dire ?
Blue Note.
Blue Note Records.
Nous esp�rons sinc�rement que vous ach�terez tous ces disques.
Dieu sait qu'on a besoin d'argent.
Art appelait Alfred pour avoir de l'argent.
Et Alfred lui en envoyait.
En fait, il a dit � Alfred une fois...
On �tait tous les deux morts de rire,
parce qu'il a dit qu'il �tait en route pour l'a�roport
et il s'est fait voler.
Et Alfred a dit :
"Je ne crois pas � cette histoire.
"Si j'essayais de voler Art, en le voyant j'arr�terais !"
On va le jouer avec mon groupe.
Je n'ai rien dit sur le morceau.
J'ai juste dit qu'on devrait le refaire.
Tu sais bien que je le referai 20 fois
si tu veux, Alfred, mais ne dis pas juste non.
Fais-le juste un petit peu plus lentement.
Prise 10.
Au saxophone t�nor, la nouvelle star, Wayne Shorter.
Wayne Shorter s'est av�r� �tre extraordinaire.
C'est un fantastique...
C'est un des rares musiciens � avoir trois dipl�mes en musique.
Un des rares. Il a beaucoup de savoir
et on l'a pouss� comme sax t�nor
pour qu'il vienne jouer ce qu'il sait
parce qu'il est tr�s timide.
Et c'est un fantastique compositeur.
J'ai nomm� Wayne directeur musical,
�a lui a donn� plus d'assurance.
Art Blakey disait :
"Tu ne peux pas te cacher derri�re ton instrument."
Tu veux que Wayne commence ?
23. Prise 23.
Quand on �tait en studio � l'�poque, dans les ann�es 60,
on s'est demand� si ce qu'on faisait
serait entendu.
Quel effet cela aurait-il 20 ans plus tard ?
Est-ce que �a aura un impact dans le monde ?
Est-ce que �a cr�era une certaine valeur ?
Le genre de valeur qui n'a pas de prix ?
On ne cherchait pas � faire des tubes
et de la musique � succ�s.
Prise 23.
On n'�tait pas en comp�tition avec...
Ils appellent �a le business.
Le business de la musique.
Si je vis quelque chose de difficile,
je mets "Speak No Evil", c'est aussi bien que de la m�ditation.
C'est comme de la m�ditation.
Un neurologue ne verrait sans doute pas la diff�rence
entre la m�ditation et �couter "Speak No Evil".
Et je me sens toujours mieux, revivifi�
et je me rappelle qui je suis.
C'est un service extraordinaire � offrir aux gens.
C'est vraiment un classique pour moi,
tous les musiciens sur cet album.
Quand on ajoute les compositions et tout,
c'est vraiment triste, on dirait que �a d�borde.
C'est vraiment beau et sensible.
C'est pens� sans �tre pens�, en m�me temps.
C'est tellement de choses. On ne peut pas l'expliquer.
C'est � �a que sert la musique.
On ne peut pas en parler, on peut juste l'�couter.
Wayne.
- Wayne. - Oui ?
Qui j'imite ?
C'est Frank Wolff !
Oui. Si tu jouais et que Frank dansait,
- c'�tait la bonne prise. - C'est vrai ?
S'il ne dansait pas, ce n'�tait pas la bonne prise.
- Et il dansait comme �a ? - Oui.
C'�tait un petit pas de c�t�.
Quel que soit le rythme.
�a n'avait rien � voir avec le rythme !
- Comment �a va ? - Bien.
Herbie et Wayne sont si...
Il y a une alchimie entre eux.
J'adore les entendre, ces gars ensemble.
Content de te voir.
Wayne est mon compositeur de jazz pr�f�r�.
J'adore ses compositions.
Wayne a un son vraiment sombre, irr�el, m�lodieux, magnifique
qu'avant lui je n'avais jamais entendu dans le jazz.
C'est un �tat d'esprit qu'on comprend quand on le rencontre.
Son reflet, c'est la musique.
On fait quels morceaux ?
J'ai apport� une �bauche de "Masqualero".
- C'est vrai ? - Je t'ai entendu le dire.
Oui, bien.
C'est presque rien. Deux lignes, et on improvise.
Faisons �a. Oui, super.
Le morceau s'appelle "Masqualero".
Le nom Masqualero m'a toujours intrigu�.
Les tribus am�rindiennes
dans le Sud-Ouest des �tats-Unis,
les Apaches, avaient des masques tr�s myst�rieux et �labor�s.
Ils semblaient venir de nulle part
puis s'effacer dans le n�ant
quand ils d�fendaient leur terre ou autre.
Alors...
La ligne de basse
a �t� �crite pour cr�er une sorte de myst�re
et la m�lodie apporte encore plus de myst�re.
C'est ma fa�on de mettre en lumi�re
quelque chose qui s'est produit dans l'histoire am�ricaine,
avec l'interaction entre les gens,
la tribu Masqualero, et des choses qu'on ne comprenait pas
sur eux et sur nous.
- On essaie ? - Oui. Comment vous allez ?
Bien !
"MASQUALERO" �CRIT PAR WAYNE SHORTER, 1967
Il faut �couter tr�s attentivement, de tr�s pr�s.
J'ai Derrick Hodge pr�s de moi.
J'ai Kendrick ici.
J'ai Herbie qui est loin, mais je l'entends sur le...
Je r�agis au moment.
Je n'ai aucune id�e
de comment je vais commencer et finir �a.
C'est compl�tement ouvert.
Je pense que c'est la beaut� de la musique.
Aller dans la zone inconnue.
La sensation que j'ai quand j'improvise vraiment
avec d'autres qui improvisent aussi est une sensation
que je n'�prouve nulle part ailleurs.
J'ai la sensation que c'est � un pas
ou un demi-pas de moi.
Je ne sais pas si on le termine jamais.
C'est transcendent. Comme si je n'�tais pas l�.
Mais je sais qu'on s'en approche
en ne vivant pas dans le pass� ou le futur.
Juste en �tant soumis au pr�sent.
Il faut une forme de courage et d'intr�pidit�,
et le courage d'�tre vuln�rable est un d�fi.
Rassembler son courage est un d�fi en soi.
- C'est toujours intimidant. - Oui.
Mais plus on se d�fie soi-m�me
pour rassembler le courage,
plus cette incertitude devient votre alli�e.
C'�tait profond. Magnifique.
On a fait deux prises de "Masqualero"
et on n'a rien ajout� ni rien retir�.
C'est exactement comme c'�tait dans la pi�ce.
Art Blakey a dit : "Ne fais pas le malin avec moi !"
�COUTE DES DEUX PRISES DE "MASQUALERO"
J'ai vu comment chaque individu abandonne le leadership
et dans une situation de groupe avec Herbie Hancock
et Wayne Shorter, je veux imm�diatement le leur laisser,
mais ils attendent quelque chose de moi.
Ils veulent voir ce que vous avez � offrir
et encadrer cette image pour vous.
C'est tr�s important dans un groupe de jazz
que tout le monde ait une voix.
Et pour �a, il faut �tre courageux
et trouver ce qui vous pla�t sur le moment.
J'ai beaucoup appris de Herbie.
C'est un des musiciens qui vous soutient toujours
dans ces moments, vous savez ?
Si vous faites une erreur, il la corrigera en une seconde.
Et il ne l�vera m�me pas la t�te pour vous regarder.
Il est juste dans la musique
et c'est tr�s facile parce que, quoi qu'on fasse,
il vous soutiendra de la meilleure fa�on.
Et c'est tr�s dur aussi,
parce sur le papier, �a dit do majeur 7,
et Herbie joue autre chose.
Il est au-del� des notes.
Nous, les musiciens, on pense aux notes qu'on joue.
Il est vraiment au-del� de �a.
Il s'agit de g�rer l'ego
afin de permettre � la musique de vraiment ressortir.
Des gens comme Wayne Shorter ou Herbie Hancock,
peuvent permettre � la musique de couler.
�a semble un peu plus profond.
Ils travaillent leur humanit� en plus de leur musique.
C'est la bonne !
La deuxi�me est d�tourn�e par la premi�re.
La deuxi�me est une histoire alternative.
Mais la deuxi�me est comme le gars qui dit :
"Je veux �tre le deuxi�me type � aller sur Mars !"
Cette id�e de collaboration qu'on a
est l'expression personnelle de ce qu'est au fond la musique.
C'est une affaire de collaboration et de libert�.
MILES DAVIS QUINTET "FOOTPRINTS" �CRIT PAR WAYNE SHORTER
Miles m'a demand�e une fois :
"Tu n'en as jamais assez de jouer de la musique
"qui sonne comme de la musique ?"
Et il a ajout� : "Tu n'as pas envie de jouer
"comme si tu ne savais pas jouer ?
"Joue de ton instrument. Joue. Il arrive � quelque chose."
Miles m'a appris quelque chose par cette attitude.
Ce qui s'est pass�,
c'est qu'en 64, 65,
ce soir-l�, tout fonctionnait � merveille
et on est arriv� � un point dans la musique,
o� le flow �tait g�nial et la musique �tait au sommet,
et c'�tait pendant le solo de Miles.
Et au point culminant, j'ai jou� cet accord qui �tait...
� c�t� de la plaque.
Vraiment � c�t� de la plaque !
J'ai eu l'impression que j'avais tout g�ch�.
Miles a respir� un coup
et il a jou� quelques notes
qui ont rendu mon accord correct.
Comment peut-on faire �a ?
J'�tais pr�t � me cacher sous le sol
mais la diff�rence �tait que j'avais jug� ce que j'avais fait
et Miles n'a pas jug� ce que j'ai fait.
Il l'a entendu comme faisant partie de la musique.
Oh ! Comme quelque chose de nouveau dans la musique.
Et il a trouv� quelque chose qui fonctionnait.
�a m'a appris une le�on
que j'ai essay� de mon mieux non seulement de garder,
mais aussi de l'utiliser.
L'id�e de ne pas juger est une vertu importante
pour cr�er de la valeur de plein de fa�ons diff�rentes.
C'est une le�on qui venait de la vie de Miles Davis,
de la vie de ce groupe et de la vie � ce moment.
Quand Herbie Hancock et Wayne Shorter �taient sur le label,
ils faisaient des disques
bas�s sur les exp�riences modales
qu'ils faisaient dans le Miles Davis Group.
�a a tout chang�.
�a a chang� l'expression des accords,
ce sur quoi on basait les solos.
Ce qui m'attire vers un musicien,
c'est le fait qu'il est un artiste.
C'est le changement, c'est l'�volution.
C'est la volont� de tout jeter par la fen�tre
pour chercher quelque chose de nouveau.
Prise 27.
Prise 27.
Et avec les musiciens de Blue Note en particulier,
on voit qu'il y avait une direction.
Il y avait un but, une qu�te.
Merci de me dire que c'est la 27.
Il y a aussi des artistes qui ont la m�me mission que vous.
- Prise 27. - Joyeux No�l.
Je prends de chacun de ces artistes
et je vois comment ils ont affect� le monde
� travers leur conscience sociale.
Si on �coute "Free For All" d'Art Blakey,
la libert� qu'il �voque n'est pas que musicale.
C'est un hymne pour le mouvement des droits civiques.
Cet album a �t� enregistr� entre la marche de Selma
et l'adoption de la loi sur les droits civiques.
Ils parlent de s�gr�gation.
Ils parlent de racisme.
Donc oui, la musique est politique
parce que l'�poque des ann�es 50-60 aux �tats-Unis
�tait politiquement charg�e.
Jamais quand j'�coute la musique,
je les entends �tre vaincus.
Peu importe ce avec quoi ils combattaient,
ils sont entr�s dans l'histoire comme ayant cr�� quelque chose
qui a influenc� ma vie en me faisant me sentir libre,
en m'apportant de la joie,
en me faisant �crire de la musique qui donne de l'espoir.
LEE MORGAN "THE SIDEWINDER" ENREGISTR� 21 D�CEMBRE 1963
Pour moi, ce sont des h�ros car en entendant ces disques,
on ressent ce qu'ils se sont efforc�s de faire,
ce pour quoi ils se battaient.
C'est extraordinaire.
CARNET DE SESSIONS D'ALFRED LION
C'est l'album du comeback de Lee Morgan sur Blue Note,
"The Sidewinder".
Joe Henderson, Barry Harris, Billy Higgins
et Bob Cranshaw � la basse.
Comme vous le voyez,
il y a beaucoup de faux d�parts
avant qu'ils y arrivent.
La premi�re prise compl�te a �t� la prise 25
et comme l'a not� Alfred, elle �tait bonne.
Et c'est devenu la prise.
En 1966,
Blue Note a eu par accident deux disques � succ�s.
Le premier �tait celui de Lee Morgan, "The Sidewinder",
et le second un an plus tard �tait celui de Horace Silver,
"Song For My Father".
"SONG FOR MY FATHER" �CRIT PAR HORACE SILVER
Ces disques ont �t� dans les hit-parades pop.
Ils en ont vendu des dizaines de milliers.
Et c'�tait compl�tement inattendu.
Alfred n'imaginait pas �tre en rupture de stock en 48 h.
Et apr�s deux disques � succ�s,
une probl�matique �conomique est entr�e en jeu.
Les distributeurs les poussaient � faire plus de tubes.
Alfred voulait juste continuer � produire des disques Blue Note
comme d'habitude, sans se soucier des tubes.
Et les distributeurs se sont mis � ralentir leurs paiements.
C'�tait un moyen de pression des distributeurs
pour que le label leur donne plus de tubes.
Il y avait donc un probl�me de tr�sorerie majeur.
Alfred et Frank se sont sentis oblig�s de vendre
� un label plus gros avec plus de ressources financi�res.
LIBERTY RECORDS A ACHET� BLUE NOTE,
LA "CADILLAC DU JAZZ".
SES DEUX FONDATEURS, ALFRED LION ET FRANCES WOLF
RESTENT SOUS UN CONTRAT DE DEUX ANS
EN TANT QUE DIRECTEURS CO-DIVISION.
28 MAI 1966, BILLBOARD
Les nouveaux propri�taires
voulaient seulement vendre des disques.
Ils ne s'int�ressaient pas � l'art,
mais ils voulaient rivaliser avec d'autres disques,
ce qui est dur � faire quand on joue du jazz.
Alfred avait beaucoup de mal
� travailler pour quelqu'un d'autre
alors qu'il n'avait travaill� que pour lui.
Il ne s'habituait pas � toutes les r�unions,
les plans de ventes et les budgets
et il voulait juste partir.
Et � l'�t� 1967, il est parti.
Frank Wolff a dirig� jusqu'� sa mort au d�but 1971.
Et Blue Note a cess� de produire le jazz le plus radical.
Le jazz des ann�es 50 et 60 racontait les histoires
des quartiers pauvres.
Puis il y a eu un moment o� il a arr�t� de le faire.
Et le hip hop est arriv� dans les ann�es 80
et c'est lui qui racontait les histoires
des quartiers pauvres tout � coup.
Quand j'�tais gamin,
les ghettos n'�taient plus habitu�s � voir des mecs
avec des instruments
parce qu'� ce moment-l�, ils avaient supprim� la musique
des �coles.
Alors il n'y avait pas d'instruments.
C'est ce qui a fait exploser la criminalit� � Los Angeles
dans les ann�es 80.
Les mecs n'avaient rien � faire, plus d'activit�s apr�s l'�cole,
plus de prof de musique. Le trafic de dope a d�barqu�,
la haine de soi et les meurtres ont augment�,
le crack a d�barqu�.
Il ne restait plus que les disques, les albums
et les platines.
Pas d'instruments.
Les mecs ont pris les disques et les platines
et sont all�s dans le sud du Bronx et dans les parcs.
J'ai commenc� � faire de la musique en 1985.
� l'�poque, le hip hop �tait encore un son nouveau.
L'autre chose qu'on trouvait chez nous,
c'�tait un tourne-disque.
Si vous aviez un tourne-disque,
probablement que votre voisin en avait un,
alors vous les mettiez ensemble
et c'est comme �a que le hip hop est n�.
Ce besoin de se rassembler, de comprendre,
d'exprimer, trouver des disques et chercher ce break beat.
Quelque chose que le rappeur pouvait exploiter.
Quelque chose que vous pouviez passer dans les deux sens
et balancer le beat.
SAMPLE DE BASSE D'"ABSOLUTIONS" DE LEE MORGAN
"Absolutions" de Lee Morgan
commence par une ligne de basse
qu'on peut piquer comme groove.
Je suis tomb� amoureux du jazz � travers le hip hop.
Gr�ce � A Tribe Called Quest.
J'ai voulu comprendre et apprendre.
"C'est quoi ?" Le disque d'Herbie. Bam !
Disque de Ron Carter. Bam ! Disque de Lenny White. Bam !
� travers les disques, on trouve d'autres musiciens.
Blue Note Records est devenu incontournable.
On d�couvrait
que les disques de jazz avaient beaucoup de breaks,
beaucoup de solos.
Et pas seulement pour le batteur,
mais pour tous les musiciens.
Ils avaient leurs moments et je pense
que c'�tait la beaut� de la d�couverte du jazz.
Une fois qu'ils avaient le swing et le beat,
ils les aimaient et les samplaient.
Je l'ai d�couvert en regardant mes royalties.
Lou Donaldson est un architecte pour le hip hop.
L'INTERPR�TATION DE "ODE TO BILLIE JOE" DE LOU DONALDSON
EST LE MORCEAU DE BLUE NOTE LE PLUS SAMPL�
IDRIS MUHAMMAD, BATTERIE "ODE TO BILLIE JOE" LOU DONALDSON
Idris Muhammad jouait dans beaucoup de groupe
et on retrouve son son dans tout le hip hop.
Il y a certains musiciens
qui sont l'�pine dorsale du hip hop.
Grant Green en est un autre, blues,
expressif, plein d'�nergie,
qui a aussi enregistr� avec beaucoup de groupes.
Il y a tellement d'information dans la partie de chacun.
En jazz, il y a la libert� d'improviser,
mais c'est plus que faire votre solo.
C'est se laisser aller compl�tement.
Trouver un passage...
� travers lequel vous transcender enti�rement
avec l'instrument, avec le son.
Il y a l� de la libert�, et c'est ce que le jazz m'offre.
CONCERT DE RETROUVAILLES POUR LE RELANCEMENT DE BLUE NOTE, 1985
APR�S UNE PAUSE DE 1979 � 1984,
BLUE NOTE A �T� RELANC� PAR LE GROUPE EMI / CAPITOL.
BLUE NOTE REVIENT
BRUCE LUNDVALL, ANCIEN DIRECTEUR DE COLUMBIA RECORDS,
EST EMBAUCH� COMME NOUVEAU PR�SIDENT.
Le PDG de EMI Records m'a invit� � d�ner avec lui.
Il m'a dit : "Que dirais-tu de relancer Blue Note Records ?
"Il est dormant depuis quelques ann�es.
"Relan�ons-le. Qu'en dis-tu ?"
J'ai r�pondu : "Blue Note est mon label pr�f�r�.
"Bien s�r que j'aimerais le relancer."
On a commenc� en juillet 1984.
Ma moiti�, c'est Michael Cuscuna
qui a fait �a avec moi depuis le d�but
en tant que consultant.
C'�tait une �poque compl�tement diff�rente
de quand Frank Wolff et Alfred Lion le dirigeaient
en tant que label ind�pendant.
On ne pouvait plus avoir un seul designer,
un seul studio et un seul ing�nieur du son.
On ne pouvait pas avoir la continuit� et la coh�sion
du Blue Note des origines.
On a donc d�cid� de garder � l'esprit la qualit�
et le niveau qu'Alfred Lion
et Frank Wolff avaient fix�s.
Deux gars au Royaume-Uni
voulaient sampler quelques disques de Blue Note.
Ils voulaient en particulier "Cantaloupe Island"
de Herbie Hancock.
Je me suis demand� si Alfred Lion aurait accept�.
J'�tais avec Tom Everett, le directeur g�n�ral
du label � l'�poque.
Tom a dit : "Il faut que ce soit sur Blue Note. Tu es fou.
"Alfred l'aurait fait."
Ils ont dit : "Vous allez nous emp�cher de le sortir ?"
J'ai r�pondu : "Non, vous pouvez sampler tout le catalogue.
"Faisons un album."
Ils ne croyaient pas qu'on leur permettait de faire �a.
J'ai dit : "Oui, faisons-le."
L'album s'est vendu � plusieurs millions d'exemplaires.
On a eu beaucoup de chance.
J'ai re�u un coup de fil d'un comptable
du d�partement des royalties.
J'ai cru qu'on avait un probl�me de comptabilit�,
un probl�me de royalties, alors j'ai pris l'appel
et j'ai dit : "On a un probl�me ?"
"Non, je veux te faire �couter cette jeune chanteuse,
"une superbe chanteuse de jazz que je connais."
J'ai dit : "Tr�s bien."
Le vendredi est arriv�e cette jeune fille, tr�s timide,
brune, avec des lunettes.
Tr�s jolie, mais tr�s timide et r�serv�e.
Je lui ai demand� quel �tait son parcours.
Elle a dit qu'elle avait �tudi� � North Texas State.
Elle �tait major en piano jazz et voix
et elle �tait � New York pour faire des concerts.
J'ai demand� si elle avait quelque chose � faire �couter.
Elle a dit : "J'ai un CD avec trois chansons."
Je l'ai mis et j'�tais �poustoufl�.
� la moiti� de la chanson, j'ai arr�t� le CD et dit :
"Je ne comprends pas.
"Vous avez 21 ou 22 ans et cette chanson est parfaite."
Je n'ai pas eu besoin de r��couter et je lui ai dit :
"Je veux vous signer sur Blue Note Records."
Je savais que �a marcherait mais je ne m'attendais pas
� ce que ce soit le disque de l'ann�e.
Elle a tout gagn�, chaque cat�gorie.
Quand on trouve un vrai artiste, c'est une chance
et on ne pose pas des questions de marketing.
On ne dit pas : "O� est le tube ?
"Pourquoi ce n'est pas le son du moment ?"
Beaucoup de gens dans notre business cherchent �a,
quelque chose qui ressemble � ce qui passe � la radio.
Trouvez quelqu'un qui veut dire quelque chose,
pas quelqu'un de fabriqu�.
Il y en a trop.
Il a vraiment redonn� vie au label.
Il �tait chaleureux et se souciait des artistes.
J'adore �tre sur ce label
car j'ai toujours senti que j'avais la libert�
de faire ma propre musique et ce que je veux.
Et je ne me sens pas confin�e aux restrictions
du genre du jazz.
Bruce Lundvall m'a sign�.
Quand il m'a sign�, je suis all� � son bureau
avec le plan de mon album, ce que je voulais faire.
Bruce m'a arr�t� et m'a dit :
"Ne t'inqui�te pas de �a. Tu es l'artiste. Fais de l'art.
"C'est notre job de le vendre. Fais ce que tu as � faire."
OK, commence juste l�.
On va commencer au m�me point.
Je pense que le jazz recommence � toucher
le public plus jeune
et je crois que Rob y est pour une grande part
� cause de sa capacit� � int�grer le hip hop.
�a attire un public plus jeune
qui n'�coute pas de jazz normalement.
La fa�on dont sa musique sort
quand il joue fait hip hop.
C'est une sensibilit� de jazz, mais avec un feeling hip hop.
J'ai toujours m�lang� le jazz et le hip hop.
J'ai toujours fait de la soul, du R&B, du hip hop, du jazz.
Et j'ai rencontr� tellement de gens
de l'autre c�t�, autre que juste jazz.
Je disais : "Je connais tous ces musiciens R&B et hip hop,
"et je suis toujours dans le monde du jazz.
"Je veux faire un album qui rassemble tout �a."
On fait ce qu'on peut pour refl�ter notre g�n�ration
et les sons de notre g�n�ration
parce que c'est ce que les gens qui nous succ�dent comprennent.
Blue Note est le pass�, le pr�sent et le futur.
Il fait toujours quelque chose de diff�rent.
Il pr�sente toujours � la g�n�ration suivante
quelque chose qui pourrait changer sa vie.
Blue Note et Robert ont ouvert la porte
� ce que je fais.
Souvent le monde du jazz est comme une soci�t� secr�te
et le grand public qui �coute du R&B et du hip hop
ne sait pas ce qui se passe dans le monde du jazz.
Quand on a eu le prix de l'Album de R&B de l'Ann�e,
�a nous a donn� de la visibilit� pour ce c�t� de la musique,
donnant en m�me temps de la visibilit� au jazz.
J'aimerais remercier Don Was, Cem Kurosman
et tout le monde chez Blue Note Records...
Quand des jeunes voient �a, �a les inspire
pour �tre eux-m�mes et jouer leurs influences.
Il y a maintenant un mouvement, un grand mouvement.
D'autres groupes apparaissent
et font beaucoup de bruit,
avec une influence jazz.
Maintenant, c'est cool d'�tre un musicien de jazz.
Je suis ami avec Terrace Martin.
Et des mecs de Los Angeles comme Kamasi Washington
et tous ces gars,
Thundercat Stephen Bruner,
je les connais depuis l'adolescence.
Ambrose, c'est mon pote. Sa musique a du ressort.
On entend le hip hop dans son �criture.
Le hip hop n'est pas "boom-cap-boom-cap".
C'est une mani�re de vivre. Une culture.
Terrace m'appelait sans arr�t. "On fait un truc.
"�a va transformer le hip hop."
Et moi : "Vraiment. Allons.
"Je reste chez moi m'entra�ner." Il appelait sans arr�t.
Finalement, j'ai dit : "OK, je vais venir au studio."
Quand je suis arriv�, il a dit : "Passe-lui un morceau."
J'ai fait : "Waouh, OK,
"vous allez vraiment changer la donne."
L'ALBUM DE KENDRICK LAMAR "TO PIMP A BUTTERFLY"
RASSEMBLE ROBERT GLASPER ET AMBROSE AKINMUSIRE.
Ils ne m'ont rien demand� de faire.
Ils ont mis le morceau, je suis all� au studio
et j'ai juste jou�.
Comme on le fait dans une session de jazz.
Robert a enregistr� huit chansons en une soir�e.
Ambrose est venu.
Une prise, c'est fait.
"To Pimp A Butterfly" est influenc� par le jazz.
Il est influenc� par le funk
Il est influenc� par la soul music,
qui vient des communaut�s noires et du ghetto.
J'�tais au studio un jour avec mon pote Terrace Martin
et il me disait que beaucoup de mes accords
�taient influenc�s par le jazz.
Tu es un musicien de jazz par d�faut.
Et c'est quelque chose qui m'a ouvert.
Puis il a commenc� � revenir aux origines,
en allant vers Miles, Herbie Hancock.
"J'aime ce son, c'est quoi ?
"C'est ce que j'aime depuis toutes ces ann�es ?"
"Tu aimes �a depuis des ann�es. C'est dans ton ADN."
Pour moi, le hip hop est reli� au jazz
en terme de ce qu'il fait, son but.
Que maintenant quelqu'un fasse du rap
ou de la po�sie sur un rythme,
�a ne signifie pas que c'est diff�rent du jazz.
Je pense que le hip hop et le jazz sont la m�me chose.
Je crois qu'on revient � l'�poque
o� les gens sont plus explicites
sur le message qu'ils essaient de faire passer.
BATS-TOI UN AUTRE JOUR !
STOP � LA FORCE L�TALE
Il y a beaucoup de gens en prison.
Beaucoup de gens qui pensent � se suicider
et plein de merde parce que l'�poque est foutue.
Je dois jouer de la musique, ou je meurs.
Ou je peux �tre arr�t� par la police et �tre tu�.
Il faut faire de la musique pour apaiser l'�poque.
- Tu m'entends dans ce micro ? - Oui.
- OK. - Quels sont les changements ?
- Tu joues quoi ? - Un dos mineur b�mol 6.
La b�mol majeur di�se.
La maison de disques cr��e par nos fondateurs
donne aux musiciens une libert� compl�te
en tant que m�thode pour faire tomber les barri�res
qui existent dans la musique et l'emmener ailleurs.
Et il faut faire perdurer cette tradition.
C'est important
car nous sommes � une p�riode o� les enjeux sont �lev�s.
Il y a la possibilit� que les jeunes grandissent
sans m�me avoir envie de jouer d'un instrument.
C'est un morceau plein de vibe entrecoup� de ce...
Si on ne continue pas � transmettre
comme Herbie et Wayne,
et tous ces gars l'ont fait avec nous,
cela peut changer d'une fa�on qui ne nous pla�t pas.
Alors on doit se concentrer
sur la transmission des le�ons que les grands nous ont appris.
Et on peut composer en groupe
si on pense � d'autres changements.
Je pensais � un truc avec de la vibe.
On veut que la g�n�ration actuelle comprenne la musique.
Surtout qu'elle comprenne le jazz.
Vous voulez essayer ?
- Keith, tu enregistres ? - En effet.
OK, essayons.
24, prise 24...
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