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Un oeil est bleu. Comment dit-on en anglais ? Une
civoile sauvage.
Un
gardien.
Il est magnifique, non ? Oh oui, papa.
Les fleurs n'ont jamais été aussi jolies que cette année.
Eh bien, va les porter à la villa, arrange-les comme il faut dans un vase
et surtout, fais attention de ne rien casser.
Bonjour, Eric.
Bonjour, Carla.
L'eau était bonne ? Extra.
Et toi, t'es toujours aussi belle.
Un diamant de la plus belle eau, en quelque sorte.
Dans lequel tu te noierais volontiers.
La fille du jardinier est devenue une fort jolie fleur.
Regarde, comme elle a déjà une jolie poitrine.
Mon Dieu, Eric, que cette peau est douce.
Si tendre.
Et ces deux seins dont ma main s'approche.
Qu'ils sont fermes.
Extraordinaire, cette gamine.
On dirait qu'elle n'a encore jamais vu le méchant loup. Laisse-la, tu lui fais
peur.
Peut-être même qu'elle ne sait pas comment c'est fait.
Tu as déjà caressé un homme, Doris ?
Tu sais à quoi il ressemble ? Tiens, regarde.
Voilà un homme, un véritable.
Regarde ma main.
Et regarde maintenant ce qu'il devient le loup d'un homme quand la main d'une
femme s'y attarde.
Regarde-le.
Il est de plus en plus beau, n'est-ce pas ?
Tu te demandes pourquoi les statues du parc n'en ont pas de pareilles.
Allez, viens.
Viens toucher comme c'est doux.
Les plus belles choses du monde y font peur.
Tu ne la vois pas ? Non.
Ma petite Doris, ne crains rien.
Où es-tu ? Viens ici.
Papa, tu es là ? Doris ?
De quoi as-tu peur ?
On ne te veut que du bien.
Eric, je vous en prie, laissez-moi.
Vous êtes si gentil d'habitude avec moi.
D'habitude, oui, mais aujourd'hui, il te désire.
C'est cela qui te fait peur ?
Non, Eric, je vous en supplie.
Non ! Idiote, tu vas voir, il va te donner tellement de plaisir. Eric, non,
pas ça.
Nous allons mourir devant ta poêle.
Alors, qu'est-ce que tu attends ?
Tu es la trouille, c'est ça.
Le digne fils de son père qui a passé sa vie à trembler devant tout le monde.
Tais-toi.
Oh Eric !
Cela devait arriver un jour ou l'autre.
Que veux-tu dire ? Non, notre fils n'est pas de bois.
Depuis le temps que cette gamine lui tourne autour, elle l'a guiché, elle le
provoquait. Oui, elle avait peut-être un petit fait pour lui.
De là à dire qu'elle l'a guiché.
Enfin, André, croyez-vous mon fils capable d'une lâcheté pareille ? J'ai du
mal à l'admettre, en effet.
Elle a pourtant des marques de cou sur le corps.
Et alors ? Cela prouve quoi ?
À leur âge, il faut dire les choses crûment.
On se fait souvent l'amour avec des... avec des emportements qui... Peut-être.
Mais ma fille était encore vierge.
C'est ce que les pères s'imaginent toujours.
Même lorsque... Je t'en prie.
De toute façon, Eric est mineur.
Doris est aussi responsable que lui.
Enfin, André, je vous en prie.
Il faut faire quelque chose pour cette petite.
Que proposez-vous ? Inutile.
J'ai déjà décidé au mieux des intérêts de chacun.
On m'envoyait au collège.
Mais pas n'importe lequel.
Celui où fut élevé Carla.
Une école pour riche.
Ce fut le prix de mon silence et de celui de mon père.
Au revoir, ma chérie. Au revoir, papa.
J'ai tout de suite senti que je n'étais pas comme les autres.
Pas de leur milieu.
J'étais hors-jeu.
Je n'en souffrais même pas.
J'étais indifférente.
Je voulais seulement la paix.
Le silence.
Hélas, c'était impossible.
Même la nuit.
Je me réveillais en sursaut.
Après des cauchemars tellement affreux.
Et personne à qui parler.
Personne à aimer.
Personne.
Jusqu'au jour où... Tu t'appelles comment ? Léa et toi ? Doris.
Eh bien tiens, je t'offre cette poupée.
Tu sais d'où elle vient ? De Bénarès aux Indes. Je l'ai achetée l'année dernière
quand j'étais en vacances avec ma famille.
Elle a un pouvoir magique, tu sais.
Ah bon, lequel ?
Elle rendra amoureux les hommes qui t'approcheront.
Pourquoi tu ne la gardes pas pour toi ? J'avais juré de l'offrir à la première
fille qui m'accueillera ici.
C'est toi. Elle est à toi.
Et puis tu sais, j'ai besoin de rien pour rendre les hommes amoureux. Dès qu
'ils m'aperçoivent... Ce fut comme un coup de foudre amicale.
Aussi vrai que les contraires s'attirent, nous sommes devenus deux
inséparables.
J'ai enfin appris le bonheur d'être deux, en ne faisant plus qu'un. Mais
chaque nuit, les cauchemars continuaient.
Eric... Non... Carla... Non, je
vous en supplie.
Qu'est-ce qu'il y a ? Chut ! Je ne pouvais pas dormir.
Un cauchemar, je crois.
Tu veux bien me laisser une petite place ?
J
'étais mal toute seule.
C'est peut-être à cause de l'orage qu'ils menacent ? Je te gêne ?
Je ferai au pied et aux mains.
Mais je suis au cœur, Doris.
Tu n'aimes pas ?
Tu n'aimes pas,
Doris ? Je t'aime bien, je t'aime bien, mais pas comme ça.
Et comme ça, c'est la première fois,
puisque tu es ma première amie.
Alors je comprends ton hésitation, ta peur.
Tu verras.
Laisse-moi t'aimer.
Je me suis laissée faire.
Pour lui faire plaisir.
Et ne pas lui voler cette part de bonheur qu'elle croyait me donner.
Parce que je l'aimais, Léa.
Mais ses caresses me donnaient soudain froid.
Je me sentais inerte, vide, seule et si triste.
Au souvenir de... Mes études terminées. Je retournais vivre auprès de mon père.
Eric vivait en Afrique.
Quant à Carla...
Elle faisait une croisière autour du monde.
Doris, à quoi penses-tu, ma petite ? Tu devrais sortir un peu, moi, à ton âge.
Chacun vit sa jeunesse comme il peut, papa.
Moi, je n'ai pas choisi la mienne.
Pardon, papa.
C'est moi qui te demande pardon.
Pour tout.
Pour ça aussi.
De toute façon, pour moi, c'est trop tard.
Pour moi aussi.
Ne dis jamais ça avant ton Doris.
Voilà Léa, nous allons au théâtre.
Réfléchis encore, Doris. Cette aventure est complètement folle. C'est ce qui me
séduit, la police. Enfin, tu ne le connais pas et tu cours le rejoindre
comme si... Oh, ne t'inquiète pas.
Il m'a proposé un travail sérieux. Je serai à la fois leur secrétaire, leur
scribe, leur garçon de course. Enfin, tu vois.
Après tout, ce garçon, c'est peut-être ta chance.
Alors, bonne chance, Doris. Pour tout.
Ça,
c'est pour toi.
Maurice ! On peut entrer ? Entrez, je vous en prie.
J'avais parié que vous viendriez, j'en suis ravi.
Faites attention de ne pas vous cogner contre l'immeuble.
Vous avez dîner ? Oui, dans l'avion, merci.
Tu aurais dû.
Tu permets qu'on se tutoie ? Bien sûr.
Je dis tu as tout ce que j'aime.
Tu aurais dû me prévenir, je serais allée te chercher à l'aéroport. Je
préférais te faire la surprise.
C'est gentil.
Je suppose que... Enfin, je veux dire... Tu sais où coucher ce soir ?
Non, je n'ai rien retenu.
À la bonne heure. Ce serait idiot de payer une chambre d'hôtel quand tu peux
t'installer ici.
Tu seras bien, non ? Ne t'inquiète pas, aucun traquenard.
Tu es fatiguée ? Un petit peu.
Le voyage ? Sans doute.
Et aussi l'émotion de me retrouver seule à Paris. Mais tu n'es pas seule puisque
je suis là.
Ce n'est pas ce que je voulais dire, comprends-moi.
C'est ma première soirée de femme libre.
Et c'est si épuisant que cela, la liberté ? Tu ne peux pas savoir à quel
point. Eh bien, tu vas dormir.
Et pour lutter contre le sommeil, c'est encore ce qu'il y a de mieux.
Je t'aide à faire le lit ? Oh non, je t'en prie.
Tant mieux, j'ai horreur de faire les lits.
Bonne nuit, Doris.
Mais toi ? Je vais dormir chez un copain. L'appartement juste au-dessus.
Merci.
Merci. Pourquoi ? Pour cette journée dingue, ce ciel de printemps, ce Paris
que je découvre par tes yeux.
Pour tout.
Merci d'être toi.
Moi aussi, j'aurais dû le crier merci.
J'aurais pu être heureuse. Tout aurait été simple entre nous.
Si...
Doris ? Oui ? Au fait, j'ai oublié de te dire.
Quoi donc ? Mon copain du dessus, il
n'est pas seul ce soir.
Hein ? Est-ce que ça t'ennuierait que... Nous partagions le lit tous deux ?
Par exemple, oui.
Voyons, Luc.
Pas plus que toi, j'ai envie d'être seule ce soir.
A notre bonheur. A notre avenir. A notre toujours.
Tu ne peux pas savoir.
Quoi ? J'en crève d'envie depuis.
Et toi, Doris, tu as envie ?
Ça porte bonheur, mon amour.
Je sais que je ne me trompe pas avec toi, Doris.
Il y a deux races de gens dans la vie.
Ceux qui aiment l'amour et les autres qui sont malheureux, même s'ils ne le
savent pas.
Mais toi, tu es comme moi, tu...
Un moment, j'ai cru qu'il avait raison, que nous allions nous entendre aussi
pour cette chose si importante, l'amour.
J'étais encore crispée, mais ses mains et sa bouche qui se promenaient sur moi
semaient partout le désir.
Et moi, je récoltais un plaisir croissant, nouveau, bouleversant.
Oui, nous allions nous aimer.
que j'avais été bête de craindre.
Non !
Mais qu'est-ce qui t'arrive ? Rien, Luc, rien.
Tu ne peux pas comprendre.
Que j'avais été folle d'espérer.
Pour moi, c'était l'échec.
Et pour lui, comment allait-il prendre cette froideur soudaine ? Que je n'avais
même pas pu lui dissimuler.
Si je te plaisais pas, fallait le dire avant.
Ça n'est pas ça, Luc.
Alors quoi ? Je t'ai mal fait l'amour ? Non.
Tout est de ma faute. C'est... C'est moi qui suis...
Non, Doris.
C'est moi qui ai parlé comme un mufle et qui me suis conduit comme un con avec
toi.
Au fond, je te remercie.
Il y a des tas de filles qui font semblant.
Je n'aurais même pas pu.
Preuve que tu m'aimes.
Dis-moi.
J'ai besoin de savoir.
Avec les autres.
Jamais.
Alors c'est moi qui te révélerai, ma chérie.
Dépuceler une fille, c'est rien, mais... Lui apprendre à aimer l'amour.
Son corps.
Tu verras, ce sera long, peut-être.
Mais c'est si bon.
Dis, Doris, tu veux ? Il était prêt à recommencer.
Pas moi.
Une fois m'avait suffi, ce soir-là.
Il a compris.
Il m'a laissée.
Mais les autres soient.
Il a été formidable.
Il ne m'a jamais forcée en quoi que ce soit.
Jamais fait de reproches.
Jamais montré à quel point il souffrait de son côté.
Mais cela ne pouvait pas durer toujours.
Il y aura la musique.
La musique, elle est prête ? Bon, c'est parfait, parce que lui, au moins, il est
là, il est avec nous.
Moi, je ne suis pas là depuis 15 jours.
Il y a le break de batterie. Le break, c'est un roulement. C'est pour Daniel,
parce que c'est pas ce que c'est qu'un break.
Il s'occupe de ses cheveux, mais pas beaucoup de la musique.
Allez,
tais-toi un peu. T'es prêt ? Dès le break, on démarre et on descend. On
vient à l'avant-scène, tous face publique.
Allez, allez, on descend.
Allez, allez, ça chauffe.
Doris. C'est Doris qui s'occupera de vos costumes.
Je vais essayer.
C'est la première fois que je dessine des costumes de scène. J'espère que vous
serez indulgente.
Doris est tombée amoureuse du théâtre il y a peu de temps.
T'es tombée amoureuse du théâtre ou du metteur en scène ? Tu as raison, j
'arrive. Excusez-moi, les enfants.
Au fait, Lina dîne avec nous, ce soir.
Allez, les enfants ! J'avais déjà compris
pourquoi ce petit jeu de la part de Luc.
Ils allaient très bien ensemble, d'ailleurs.
Il n'y a plus de glace.
Je t'en apporte tout de suite, Lina.
C'est ton ami ? Oui, rien qu'un ami, en effet.
C'est déjà pas mal.
Parce qu'il me plaît bien.
Mais... C'est pas mon genre de tromper une amie avec son... Tu peux y aller, si
ça te dit.
Primo, tu n'es pas mon amie.
Decio, il est pas mon... Chapeau, les filles ! Au fond, vous vous passez très
bien de moi.
Oui, mais pas des glaçons. Je soif.
Ça porte bonheur, non ? Oui, mais ça peut faire mal.
Pardon d'avance, Doris.
C'est toi que j'aime.
Mais c'est avec elle que je vais faire l'amour ce soir.
Parce que...
Parce
qu'elle est très belle ? Non.
mais désirables et offertes.
Elle ne m'aime pas ? Elle n'aime pas l'amour.
Oh !
Mais
moi, j'ai tellement envie de toi.
Est-ce que j'ai pu souffrir seule pendant qu'ils s'aimaient tous les deux
? Le cœur, le corps, l'amour, l'amour propre.
Tout en moi était blessé.
Je les imaginais sans cesse en train de faire l'amour et de jouir.
Tout ce bonheur qui m'était refusé et que les autres connaissaient.
Je n'en pouvais plus.
Et en même temps, comme si je n'avais pas déjà assez mal, j'ai voulu voir.
J'étais folle.
C'était encore plus fort que je ne pouvais l'imaginer.
Oui, c'était inimaginable, insupportable.
Pardon du mal que je nous fais, mais je ne serai jamais à la hauteur de ton
amour et de l'espoir que tu mettais en moi.
Je l'ai vraiment compris en vous voyant, Lina et toi.
Je n'oublierai jamais.
C'était si beau, si affreux.
Tout est de ma faute.
Je ne pourrai jamais vivre avec toi, ce que l'on appelle vivre.
Mais je me demande si je pourrai vivre sans toi.
C'est mon problème.
Du moins, si, je ne serai plus un poids mort sur tes bras.
Oublie-moi.
Adieu.
Je crois avoir ce qu'il vous faut.
Trois pièces, cuisine, salle de bain, rue Molitor. Une affaire exceptionnelle.
Peut-être bien, mais est-ce que le prix est également exceptionnel ? Il est
vraiment raisonnable. 1 800 francs plus l'écharpe. Oh là là ! Je peux vous
trouver autre chose. Combien voulez-vous mettre ? 3 ou 400 francs ou plus.
Oui. J'ai un autre 3 pièces, mais à la villette.
Va pour le quartier. Quelle superficie ? 40 mètres carrés.
Oh là là ! C'est bien trop petit.
L'ensemble est petit, mais les pièces sont grandes.
On prend rendez-vous ?
Excusez-moi.
Oui, monsieur ? Mademoiselle Doris, vous prenez en main le dossier Giroud.
Vous avez rendez-vous demain matin avec la cliente pour lui faire visiter
différents studios.
Je vous la recommande tout particulièrement.
Je compte sur vous.
Bien, monsieur.
Bien.
C'est tout à fait ce que je cherchais.
J'enverrai le décorateur demain.
Et je choisirai un papier de la couleur de vos yeux.
Je donne une petite fête ce soir chez moi. Vous venez vous joindre à nous ?
Vous verrez, j'ai des amis très amusants.
Vous m'apporterez le contrat de location et ainsi nous joindrons l'utile à l
'agréable.
Je suis ravie que vous soyez venus.
Venez que je vous présente.
Doris, Baron Christophe de Saint-Honoré.
Vous prenez un verre, vous servez un martini.
Oh, ma petite protégée.
Tiens. Oh non, merci, j'ai déjà assez bu et je n'ai pas l'habitude.
Je vous trouve très sympathique au milieu de tous ces snobes.
Votre simplicité est bouleversante.
Votre simplicité vertueuse.
J'ai tellement honte.
Pourquoi avez-vous fait cela ?
Pourquoi
joues-tu la comédie ? Mais je ne comprends pas. Quand tu fais l'amour, tu
n'éprouves aucun plaisir.
Alors pourquoi t'en cacher ? Tant d'autres femmes sont dans ta situation.
Mais je vous assure que... Je me trompe ?
J'ai trop d'expérience pour être trompée sur ce chapitre.
Être frigide n'est pas un déshonneur.
C'est même une facilité pour pratiquer la vertu.
Je me fiche de la vertu. C'est le bonheur que je cherche.
Quelle sorte de bonheur ? Je ne sais pas.
Je ne sais plus.
Ce bonheur dont je rêvais quand j'étais petite fille.
est maintenant tellement inaccessible.
Mais encore un mari que j'aurais profondément aimé, des enfants, une
maison.
La maison de Rousseau, avec mur blanc et volet vert.
C'est la même, oui.
Et si j'étais capable de rendre un homme heureux ? C'est toujours ce bonheur-là
que j'aimerais connaître.
Ma pauvre chérie, il ne te sert à rien de vivre comme si tu étais... Normal ! N
'aie pas peur de dire le mot.
Au contraire, il faut que tu admettes ta frigidité.
Et que tu l'emploies à ton avantage.
Qu'elle soit ton alliée et non pas ton ennemie.
Que veux-tu dire ? Faire courir les hommes sans marcher soi-même.
Rester maîtresse de son corps et de son destin.
Et de ses amants.
Un rêve pour moi.
Si je comprends bien, ma frigidité est un bienfait du ciel.
Pas forcément du ciel.
Mais un bienfait sans aucun doute.
Si seulement nous pouvions échanger un peu de ta froideur contre un peu de mon
tempérament.
Je vous envie.
Tu aurais tort.
Si tu savais toutes les bêtises que cela m'a poussé à faire.
Mais... Une autre fois.
Je continuerai de t'expliquer une autre fois.
Bonjour. Bonjour.
Eva est là ? Non.
Eva n'a pas dû s'ennuyer hier soir.
Ne vous fiez pas aux apparences.
Vous venez voir Eva, elle est sortie.
Ma chérie, repose-toi. J'ai téléphoné à ton agence pour dire que tu étais malade
et que tu ne viendrais pas aujourd'hui.
Je rentrerai dans la soirée.
Voilà, vous en savez autant que moi.
Je m'appelle Patricia, et toi ? Doris.
Pourquoi tu me regardes de cette façon ? Je te gêne ? Non, mais... Je vois.
Parce que t'as couché avec Eva, tu te prends pour la maîtresse de maison.
Mais moi aussi, j'ai fait l'amour avec elle.
Toutes, nous avons toutes couché avec elle.
Toutes ? Qu'est-ce que cela veut dire, toutes ? De qui parlez-vous ? Mais tu te
moques de moi ou t'es idiote ? Admettons que je sois idiote.
C'est alors que j'appris qu'Eva, entremetteuse de la bonne société
parisienne, dirigeait un réseau de call girls fort réputé.
Au lieu de m'indigner, cette nouvelle me laissa pensive.
Eva, tu as un studio pour moi ? Tu es très bien ici.
Pourquoi veux-tu habiter ailleurs ? Faire les frais d'une location.
Tu sais très bien ce que je veux dire, Eva.
Patricia m'a mise au courant.
Quoi veux-tu faire, cela ? Apparemment, tu n'as pas tellement le goût de l
'argent. Les goûts, c'est comme les mauvaises habitudes. En se forçant, on
peut les acquérir.
Ce n'est pas non plus le vice qui t'attire.
Sait-on jamais ? Je plaisantais.
Je feignais le cynisme.
Mais en prenant cette décision, je me forçais à croire qu'en multipliant les
expériences, je trouverais un homme capable de me rendre le plaisir que je
lui donnerais.
Oui. Richelieu, 2732, c'est moi.
Mais je ne suis pas qu'un numéro de téléphone.
J'ai également un corps, une tête.
Le corps vous intéresse davantage.
Eh bien, voilà.
Taille, 1m70.
90 de tour de poitrine.
90 de tour de hanche.
Cheveux blonds, vénitien, coiffé long.
Comment me désirez-vous habiller ?
C'est le moment.
Tu veux bien jouer avec moi ? Je m'ennuie toute seule.
Qui c'est, le monsieur ? Non ! Non, pas devant le
monsieur. Tu t'arrêtes.
Oh non ! Tu vas voir la fessée.
Oh non, pendant ce monsieur que je connais pas.
Oh, c'est honteux.
C'est que le monsieur qui nous regarde.
La, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la,
la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la,
la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la,
la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la,
la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la,
la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la, la,
la, la, la
En plus, j'avais un gros chagrin.
Mais tu l'as bien mérité.
Et puis un soir, nous avions rendez-vous avec deux industriels provinciaux de
passage à Paris.
Deux braves types de tout repos pour changer, nous avait dit Eva. De tout
repos pour changer, nous avait dit Eva.
Par jeu, nous avions décidé de cacher nos visages.
Je suis stupéfaite quand j'ai reconnu M.
Chambon, le père d'Eric.
Quelle idée charmante, ce loup.
On peut voir ce qu'il y a dessous.
Tout à l'heure, tout à l'heure. Laissez le loup s'habituer à la bergerie.
Si vous voulez bien vous asseoir.
J'espère que le souper vous conviendra.
Caviar noir de la Baltique, foie gras frais de Castel-Sarrazin, langoustes
grillées, canetons rôtis.
Bien sûr, la galanterie ne durera qu'un moment. Un homme est un homme, surtout
quand il paie.
Ne dérangeons pas les amoureux.
Non... Non...
...
Quand il fut en chemise et en chaussette, il fit ce que font presque
tous les hommes de cet âge à ce moment-là.
Il me parla de sa femme, de sa solitude conjugale, de ses affaires, de ses
impôts, de la crise du dollar, de l'expansion économique japonaise et de l
'immoralité croissante de la jeunesse actuelle.
Eric, comment va-t-il ? Précisément, il me donne bien du souci.
Mais comment ?
Doris ? Que faites-vous là ? Pour vous servir, monsieur.
Ma famille a toujours été à votre service.
Mon père, votre jardinier.
Votre fils m'a traité comme une putain. Je suis ravie de devenir la vôtre.
Vous qui m'avez connue toute petite, j'ai changé.
Je vous en prie, Doris.
Quelle délicatesse, monsieur Chambon.
Avec un père si bien élevé, je me demande comment vos enfants ont acquis
de si mauvaise manière.
Arrêtez, je vous en prie.
Ne craignez rien.
Je n'exercerai aucun chantage.
Votre femme ne saura jamais rien de vos frasques parisiennes.
Après tout, elles sont de votre âge.
Quant à cette histoire de viol... Oh, viol, c'est beaucoup dire. C'est trop
dire.
Mais je n'en parlerai pas davantage.
Le mal qui m'a fait est irréparable.
Si seulement je pouvais faire quelque chose pour vous. Vous êtes trop bon,
monsieur Chambon.
Mais c'est trop tard, je vous l'ai dit.
Pour moi, le mal est fait.
J'espère que vos enfants gardent un bon souvenir de cette aventure.
20 secondes de plaisir pour eux, une vie de cauchemar pour moi.
Drôle de marché, n'est-ce pas ? Ce que vous ne
savez pas, Doris, c'est qu'Eric a bien changé aussi.
Il a tellement gradé son geste...
Qu'il a voulu s'engager dans l'armée.
Il voulait me parler d'Eric et de ses remords.
Il ne demandait que ça.
Moi aussi.
Eric.
Eric, mon Dieu.
Mais non, c'était trop facile.
Je l'ai empêché de continuer.
Non ! Il a compris. Il s'est eu.
Pitoyable.
Pire que moi.
Ne restez pas comme ça.
Il faut vous libérer de ce souvenir obsédant.
Allez voir un psychiatre, quelqu'un qui... Merci bien.
Je ne suis pas folle.
Enfin, un psychanalyste.
Je n'ai pas les moyens, ni la patience de me payer des années de cure
hebdomadaire. Ma petite Doris, je vous parle en ami, en père.
Je vous en prie, laissez-moi.
C'est un ami qui peut vous aider.
Un spécialiste de la psychosomatique.
Un homme de haute compétence.
Bien sûr, je me charge de tous les frais de consultation.
En quelque sorte, vous êtes ma sécurité sociale, n'est-ce pas ?
Plus important que le viol en lui-même est le rôle joué par cette Carla, du
moins dans la version que vous m'en donnez.
Mais je n'invente rien, je vous jure. Bien sûr.
Et avant cette scène pénible, quels étaient vos rapports avec Eric et Carla
? C'est capital.
Il faut vous rappeler.
Vous aimiez Eric ? Sentimentalement, je veux dire.
Bien.
Et Carla ? Mais Carla se doutait bien
du jeu entre son frère et vous.
Il n'y avait aucun jeu, rien, je vous jure. Pourquoi vous défendez-vous ? Vous
vous butez.
Là, laissez-vous aller.
Rappelez-vous.
Il était redoutablement habile sans en avoir l'air.
Il m'obligeait à me rendre à une évidence que j'avais soigneusement
repoussée depuis toujours.
J'aimais Eric.
Je l'avais aimé pendant toute mon adolescence. Et ma conduite à son égard
ne faisait aucun doute.
Pas étonnant que Carla ne m'ait manifesté que de la haine.
Conséquence d'une jalousie qui augmentait sa méchanceté naturelle.
Ainsi, un flot d'images et de détails me revenaient en mémoire et éclairaient d
'un jour nouveau tout ce que j'avais vécu.
Qu'est-ce que je vous ai dit ? Ce que je vous demandais, la vérité. C'est
affreux.
Mais non, tout à fait normal, presque banal.
Le viol en soi importe peu.
Au fond, vous désiriez Eric depuis longtemps.
Il le savait, car là aussi, cela devait arriver.
Je suis sûr que vous y avez pris du plaisir.
Oui, c'est même la seule fois de ma vie où un homme m'a fait. Mais ce plaisir
vous a été retiré par Carla.
Carla metteur en scène de cette parodie érotique.
Carla triomphante.
Votre mécanique sexuelle se rouillait. Vous étiez humiliée, comme si Carla
avait tué en vous toute faculté de jouir, d'aimer, d'être aimée et
heureuse.
Ce même processus de blocage devait se renouveler à chaque expérience sexuelle.
C'est ça.
Et je ne guérirai jamais.
Je... Vous n
'êtes qu'une enfant.
Un jour, vous deviendrez une femme.
Heureuse, épanouie.
Mais comment ? Quand ? Le jour où vous aimerez vraiment.
alors votre cœur battra, votre corps vibrera et vous oublierez votre
cauchemar.
le jour où vous aimerez vraiment j'ai tout de suite pensé à luc peut-être
était-il celui qui pouvait m'aider je décidai de le retrouver
Ça alors, une revenante.
Pourquoi est-ce que tu as voulu revenir ici ? On aurait été aussi bien dans une
boîte et cela aurait été plus gai.
J'avais envie d'être seule avec toi.
Comme ça.
Tu disparais pendant six mois et hop, il faut que je sois à ta disposition quand
tu... Ne fais pas semblant d'être rancunier.
Tu sais bien qu'il valait mieux qu'on ne se voit pas pendant quelque temps.
Excuse-moi, j'ai réagi comme un imbécile.
Peut-être aussi parce que tu m'as beaucoup manqué.
Toi aussi, tu m'as manqué.
Tu sais, je t'aime bien, Luc.
Moi, je crois que c'était plus que cela.
Je ne t'aimais pas bien.
Je t'aimais.
Tout simplement.
Même après ? Notre coucherie manquait.
Je ne t'en aimais que plus car tu m'avais fait de la peine.
Mais...
Je ne te demande pas de réparer.
C'est moi qui te demande de m'aider.
Être heureuse.
Au revoir.
Pardon. C'était ma dernière chance.
Une expérience.
Je voulais savoir s'il y avait que toi.
Et tu sais à quoi t'en tenir ? Oui.
Alors cette fois-ci, c'est fini.
On ne se reverra plus.
On ne se reverra plus.
Je t'aime trop pour te voir en copain et pas assez pour te revoir en amant.
Écoute, pour des tas de couples, il faut des mois avant de s'entendre.
Peut-être que nous deux, avec de la patience et beaucoup d'amour.
Non, Luc.
Je ne veux plus jamais te faire souffrir comme ça.
Ça suffit de moi.
Dommage, ma petite Doris.
C'est tellement dommage.
Quelques jours plus tard, un télégramme m'avertit que mon père était très malade
et je me rendis aussitôt à son chevet.
Je suis désolé, Doris.
Je l'aimais bien, votre père.
Je voudrais que vous acceptiez mes condoléances, elles sont sincères.
Votre père... Ne vous inquiétez pas.
Vous trouverez facilement un autre jardinier.
Tu viens ?
Tu
as été très dure avec Eric.
J'ai changé.
Je ne suis plus la gamine heureuse et naïve de jadis.
Fais attention, Doris.
Il ne faut pas que tes malheurs te rendent méchante et injuste.
Que veux-tu ? C'est le sort déplorable des gens qui sont malheureux. Ils ne
font jamais le bonheur de personne.
Ma pauvre Doris.
Je n'aurais jamais dû te laisser partir.
Dès que tu es loin de moi, tu es perdue.
As-tu des nouvelles de Bruno ? Une longue lettre. Il compte les jours.
Plus que 35 et c'est l'acquis, comme il dit.
Apparemment, tu as l'air heureuse. J'aurais du mal à le cacher.
C'est pour bientôt ? Deux mois.
C'est long, tu sais.
Il te fait mal ? C'est sa façon à lui de me parler de temps en temps.
Il nous entend discuter, il a envie de se mêler à la conversation.
Alors c'est sûrement une fille.
Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? Tu comptes rester un peu avec nous ?
Quelques jours en attendant l'arrivée des nouveaux gardiens.
Tu sais.
En dehors de toi, je n'ai plus rien ni personne qui me rattache encore à ce
pays. Et ailleurs, tu as quelqu'un ? Pas davantage.
Mais ne fais pas cette tête.
C'est cela qu'on appelle la liberté.
Mais dis-moi, ce n'est pas la fille de ton jardinier ? On a beau dire, mais les
populations agricoles se sentent singulièrement améliorées.
Tu vas la garder pour toi tout seul ou en faire profiter les copains ?
Eh bien, elle croque la pomme toute seule.
Mon
petit
frère n'arrive pas à trouver le sommet.
Laisse-moi.
Mon petit frère a besoin d'être seul.
Mon petit frère n'aime plus sa grande sœur.
Je t'en prie, Carla, va dormir à ta chambre.
Tu sais bien qu'elle ne te rejoindra pas cette nuit.
Et même, est-ce que je ne vaux pas mieux qu'elle ? Tais-toi.
Oui, je vais me taire.
Tu n'auras qu'à imaginer que c'est elle qui te caresse.
Dans le noir, tout épouse se ressent. Je t'en prie, Carla ! Cesse tes
enfantillages ! Cela fait si longtemps que tu ne m'aimes plus.
Je t'en prie.
Tu ne m'aimes plus ? Plus comme ça.
Non, Carla, je ne t'aime pas comme Doris.
Alors je ne te fais plus rien ? Avoue même que je te dégoûte ?
Il n'y en a plus pour cette garce qui veut se faire épouser pour devenir
maîtresse ici.
Pauvre type, va.
Tu es bien toujours le même.
Non, Carla.
J'ai changé puisque je te résiste.
Alors c'est la guerre entre nous.
Tu l'auras voulu.
Je te laisse fermer la porte.
Si tu épouses la fille d'un domestique, autant en prendre les manières tout de
suite.
Rires.
Mon amour. Oui.
Oui, Eric.
Je t'aime.
À demain.
Eric ! Oui ? Il faut que je te dise...
Quoi ? Tu sais, à Paris, ma vie n'a pas été...
Je crève de faim.
Un gigot de présalé après l'air marin.
Voilà ce que j'appelle de la diététique rationnelle.
D'où viens-tu ? Tu le sais bien.
Tu as honte de le dire ? Oh, pas du tout. J'ai passé la journée avec Doris.
Tant mieux pour toi.
J'espère que cette journée n'aura pas de lendemain.
Je suis navré de vous décevoir.
Mais je compte bien ne plus la quitter jamais.
Tu plaisantes, je suppose.
En ai-je l'air ? Enfin, dis quelque chose, toi.
Tu ne vas tout de même pas lui laisser faire une sottise pareille.
Vous oubliez que je suis majeur.
Je serais désolé de me passer de votre consentement, mais... Doris est une
fille méritante.
Mais tu devrais envisager un mariage plus... Conforme au tien.
Que veux-tu dire ?
Rien, maman.
Je parle de ton ménage.
Tu trouves ça déshonorant ?
On
peut entrer ? Il faut que tu saches tout, Eric.
C'est inutile.
Je sais... Je sais tout le mal que je t'ai fait.
Viens.
Non, Eric.
Je t'en supplie, pas ici.
Je te suivrai au bout du monde, mais pas ici, j'ai peur. Si, Doris.
Ici, précisément.
Mon amour, il faut que tu... que nous sachions.
Votre bonheur en dépend.
Non, pas ici.
Pas maintenant, je...
Je t'aime.
Si,
on vous aurait trouvé l'amour.
L'amour est la clé de votre guérison.
Je t'aime.
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