All language subtitles for the-decline-of-the-american-empire-1986

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Original subtitles

Il y a trois choses importantes en histoire.

Premièrement, le nombre.

Deuxièmement, le nombre.

Et troisièmement, le nombre.

Ça, ça veut dire, par exemple, que les Noirs sud-africains finiront

certainement un jour par gagner, alors que les Noirs nord-américains n

'arriveront probablement jamais à s'en sortir.

Ça veut dire aussi que l'histoire n'est pas une science morale.

Le bon droit, la compassion, la justice sont des notions étrangères à l

'histoire.

Entrevue de Dominique Saint-Arnaud par Diane Léonard pour littérature au

pluriel. Fin d'identification.

Dominique Saint-Arnaud, directrice du département d'histoire de l'université,

vous venez de publier aux presses universitaires un livre que vous

intitulez « Variance de l'idée du bonheur ». Pourriez-vous nous en parler

un peu?

Oui.

C'est un livre qui part de l'hypothèse que la notion de bonheur personnel s

'amplifie dans le champ littéraire en même temps que diminue le rayonnement d

'une nation, d'une civilisation.

Et qu'entendez-vous par bonheur personnel?

Disons l'idée de recevoir de sa vie quotidienne des gratifications

immédiates et que la mesure de ces gratifications constitue le paramètre

normatif du vécu.

Pourriez-vous donner un exemple précis pour nos auditeurs?

Bien, par exemple, le mariage.

Dans les sociétés stables, le mariage est un mode d'échange économique ou

politique ou encore une unité de production.

Ce qui veut dire?

Ce qui veut dire qu'un mariage réussi n'a rien à voir avec le bonheur

personnel des deux individus mariés ensemble.

À la limite, la question ne se pose même pas.

Comme si une société en développement se préoccupait davantage du bien collectif

ou d'un bonheur hypothétique futur, plutôt que de satisfaction individuelle

et médiale.

Dans la littérature romaine, par exemple, la notion d'amour conjugal

commence à proliférer sous Dioclétien au troisième siècle, au moment où la

structure de l'Empire s'effondre. Même phénomène dans l'Europe du 18e siècle,

où l'idée rousseauiste de bonheur précède de peu la Révolution française.

Et je pose la question paradoxale, cette volonté exacerbée de bonheur individuel

que nous observons maintenant dans nos sociétés, Est-elle pas, en fin de

compte, historiquement liée au déclin de l'Empire américain que nous avons

maintenant commencé à vivre?

Ça va comme ça?

Faudrait que tu m'en fasses un minute de plus. On espérait Milan Kundera, mais il

est reparti à Chicago. Faut rallonger tout le reste.

Mais oui, mais quoi?

N'importe quoi.

Désintégration sociale, dégénérescence des élites, de usual.

Le plus drôle dans le livre de Dominique, finalement, c'est qu'il n'est

presque jamais question des femmes.

C'était quoi son sujet? Quand même.

Pour faire exprès, ils vont passer à côté.

Je suis pas sûr qu'elle ait eu envie de poser l'équation du pouvoir féminin et

de la décomposition sociale.

Non, mais ce que je veux dire, c'est que l'accession des femmes au pouvoir a

toujours été liée au déclin.

Tu sais ça aussi bien que moi, c'est presque un symptôme.

Tu lui parleras de ça tout à l'heure.

Merci.

Parlant du pouvoir féminin, tu devrais voir la petite Vietnamienne que j'ai

dans mes cours.

Une splende.

Le problème avec les Asiatiques, c'est que j'ai toujours l'impression qu'elles

s'en vont porter mon argent à leurs jeunes frères.

J'arrive jamais à les imaginer ontologiquement vicieuses.

Allô? C'est moi.

Écoute, Sébastien a cassé la vie de la porte de la cuisine en jouant au

baseball. Là, j'ai collé une feuille de plastique, mais je me demandais si je

devais pas faire venir quelqu'un. C'est pas nécessaire, je m'en occuperai lundi.

J'ai eu des problèmes avec mon auto. Je pense que c'est le démarreur ou je sais

pas quoi.

En tout cas, je n'ai pas été capable de les reconduire Sylvaine à son cours de

ballet. Je te dis que ça a été tout un drame.

Ah, vraiment?

Dominique et Diane ne sont pas encore arrivées.

Alors, je voulais dire aussi de ne pas vous inquiéter.

On va peut-être être un petit peu en retard.

Non, non, ce n'est pas grave. On vous prendra quand vous arriverez.

Il y a Daniel qui veut parler à Pierre.

Allô?

Je voulais juste te dire que je t'aime.

Ah oui?

Toi?

Moi? M'aimes-tu encore?

Oui, bien sûr.

T'oses rien dire parce que Rémi est pas loin, c'est ça?

Salut. À tout à l'heure.

À tantôt.

As-tu besoin de nous maintenant?

Pas avant demi-heure. Faut que j'arrange les tweets.

Rapporte les échalotes.

C'est tellement mal dans le dos, là. Tu devrais aller nager un peu.

Je trouve toujours l'eau trop froide.

Puis je nage mal.

Dans le fond, le seul exercice physique que j'aime, c'est faire l'amour.

Après 15 ans de mariage, je ne peux pas trop compter là-dessus pour me tenir en

forme. Donc, toi.

Être mince, être jeune, être beau.

C'est pas compliqué, je suis toujours à la diète.

C'est rendu que je me pêche chaque matin.

J'ai peur de grossir, j'ai peur de ramollir.

Sais-tu quoi?

Je suis pas née à la bonne époque.

Je te fête pour être grosse.

C'est vrai.

Ma grand-mère est morte à 92 ans sans jamais rien faire de plus dur que jouer

de l'orgue à l'église.

C'était une grosse bonne femme rougeaude qui mangeait de la tourtière tous les

soirs de l'hiver et qui buvait du vermouth avec ses beignots sucres.

Dans ce temps-là, les hommes aimaient ça, les grosses femmes.

T'as pas de visigoy, finalement?

Non, on prend du tapioca.

J'en ai apporté, là.

La visigoy, il y a juste un Polonais sur la Rive-Sud qui en a des fois.

J'avais pas le temps d'aller là.

C'est à Brossard.

Je me souviens d'avoir invité Lenny Eisenbach dans un restaurant chinois à

Brossard. L'ennemi à Brossard.

Il y avait un bon restaurant chinois à Brossard.

Ben quoi?

Donne-moi donc merci.

J'étais encore marié dans ce temps-là.

Je comprends pas.

Penses-tu qu'un dessin pourrait l'aider, vu qu'il y a de la génération de l

'idiovisuel? Non, mais expliquez-moi.

Alors, un mois ou deux avant ça, j'emmène une de mes étudiantes manger

des fruits de mer chez Telmo.

Dans le but, évidemment, de la baiser sauvagement ensuite.

Toujours le même pattern.

Alors, dans le restaurant, il y a eu une amie d'enfance de ma femme que moi, je

connais pas, mais qui m'a déjà vu à la télévision.

Cette fille-là vient de se séparer parce que, bien entendu, son mari la trompait

et elle déteste tous les hommes.

R, connu.

Alors, quand j'arrive chez moi à 4 heures du matin en disant que la réunion

de la revue d'histoire s'est prolongée, ma femme me demande si les fruits de mer

étaient frais. L'horreur.

L'horreur.

Et voilà pourquoi les hommes mariés se tiennent en banlieue.

Moi, c'est à Brossard que j'ai failli prendre ma première amylnitrite.

C'est quoi, ça? C'est un médicament pour les cardiaques. Ça dilate instantanément

les vaisseaux, ça.

Il faut y avoir une crise cardiaque? À Brossard? Non,

j'avais ramassé deux Américaines qui cherchaient la route de New York.

Tu pouvais pas les laisser dehors? La nuit, j'imagine.

Vous connaissez.

Je leur ai offert de leur payer leur chambre de motel. La charité chrétienne.

La charité qui est parfois récompensée.

Ils m'ont offert de coucher tous les deux ensemble avec moi.

Deux belles âmes. Les corps étaient pas mal... Ah non, il y en a une qui met

une petite pilule sur le coin de la table de chevet.

C'est le fond de volaille, ça? Oui, apporte-moi la sauce velouté.

Et puis, la petite pilule, elle me dit de l'avaler 15 secondes avant de jouer.

Une amylénétrite 15 secondes avant l'orgasme, c'est l'extase absolue, comme

Saint-Jean-de-la-Croix.

Mais ton cœur vieillit de 10 ans à chaque fois. Sauf que moi, beau cœur, j

'étais tellement excité... J'étais tellement excité que j'ai complètement

oublié de l'apprendre.

Alors, je l'ai apporté chez nous.

J'ai pris le lendemain soir avec ma femme, en disant que je faisais des

tests pour le département de l'écologie.

Il y a un plongeur dans la piscine. Ça doit être un gars du club de plongée.

Ah oui?

Mon Dieu, tu frissonne.

L'eau est froide.

Va dans le sauna, ça va te réchauffer. Oui, à tout de suite.

C'est quoi, ça?

Quoi?

T'as des marques dans le dos.

Ah, c'est rien, j'ai pratiqué au judo.

Au judo?

Ben, c'est ça que j'ai dit à ma fille. Elle est jalouse, elle est pire qu'un

homme.

Non, en fait, je me suis embarquée dans une histoire un peu bizarre avec un

gars.

Invasible.

C'est quelqu'un que j'ai rencontré dans un bar.

Qu'est-ce qu'il fait dans la vie?

J'aime autant pas le savoir.

La première chose qu'il m'a dit, c'est qu'il était temps que je rencontre un

homme comme lui.

Un vrai.

Il a jamais fait l'amour avec moi, normalement.

M'a toujours prise par en arrière, comme un homme.

Avant lui, c'est quelque chose que... que je pouvais absolument pas supporter.

Les premières fois, il me tirait les cheveux par en arrière, comme un cheval.

Et puis, il a commencé à me donner des claques sur... sur les cuisses, sur les

fesses.

Puis à un moment donné, il a pris sa ceinture de cuir.

Et puis un bon jour, il m'a... il m'a attachée après le calorifère avec les

cordons des rideaux.

Dans des positions de plus en plus humiliantes.

Ben, j'ai jamais joué comme ça dans ma vie.

Mais là, il faut que j'arrête parce que... c'est devenu trop dangereux.

As-tu peur de lui?

Non, c'est... c'est de moi que j'ai peur.

Tu vois, c'est moi qui veux toujours aller de plus en plus loin.

C'est moi qui contrôle.

Je n'ai jamais eu autant de pouvoir.

Le pouvoir de la victime, tu ne peux pas savoir ce que c'est. C'est effrayant.

Tu sais, il a absolument besoin de moi.

Ça n'a rien à voir avec les femmes battues, des histoires comme ça. Non,

pas du tout.

C'est comme un jeu avec des règlements précis, mais sans limite.

Mais des fois, j'ai l'impression qu'on...

On pourrait aller jusqu'à se tuer. Puis le plus fou, c'est quelqu'un que j'aime

pas du tout, mais on dirait qu'il sait exactement comment venir me chercher,

comment m'avoir.

Ce qui te sauve, toi, c'est que tu mens comme tu respires.

Mais il n'y a pas moyen de faire autrement.

Pierre, le mensonge est la base de la vie amoureuse, comme c'est le ciment de

la vie sociale.

Refuser le mensonge...

Ce serait aller au prochain congrès de l'association, rencontrer un de nos

éminents collègues de l'Université Laval, qui vient de passer 20 ans de sa

vie sur l'histoire du catholicisme canadien, et lui dire que les mandements

de Mgr Bourget, il peut se les rouler très serrés et se les fourrer lentement

dans le cul.

Pas les mandements de Mgr Bourget.

Au lieu de ça, on lui serre la main avec affection en disant, travail très

impressionnant, mon cher.

Documentation prodigieuse. Vous trouvez? Un recoupement brillant.

Vraiment, monsieur, vous me mettez mal à l'aise.

C'est la même chose avec les femmes.

Chérie, cette coiffure t'aura jeûné dix ans.

J'ai pensé à toi toute la journée.

Je voulais te téléphoner, mais c'est pas évident. On peut continuer à se voir en

amie.

séparer la vaisselle, se chicaner sur la mobilité.

J'ai connu un couple qui sont allés jusqu'à diviser en deux les petits ponts

de Finzerre. C'est vrai.

C'est souvent juste pour ça que les gens restent ensemble.

C'est plein de couples qui décapent des vieilles maisons, qui en construisent

des neuves, qui vont en pavognetto, en ski de fond, qui traversent l'Atlantique

à la voile.

Ou alors, qui vont dans des sex shops, qui s'achètent des chambres, du cuir, je

sais pas quoi.

Ou ils font des échanges de femmes, des petites orgies de soucis. Au sol de

banlieue, n'importe quoi pour éviter l'ennui mortel des vieux couples.

Parce que l'amour, celui qui fait battre le cœur, qui fait envoyer des fleurs,

c'est un sentiment qui dure deux ans.

Après deux ans, les compromis commencent.

La vie est un compromis bien.

Moi, ça fait 15 ans que je suis avec Louise, et on a encore des moments

extraordinaires.

Et puis toi, t'as pas d'enfant.

C'est très différent.

Moi, je veux pas en être réduit à avoir mes enfants de fin de semaine sur deux.

J'aime ça les voir tous les jours.

T'as bien chaud, toi?

Je sais pas.

C'est ma sauce qui finit pas par épaissir. Mais moi, j'ai divorcé pour

des raisons physiques.

Juste la peur du téléphone me rendait fou.

Parce que quand t'as des aventures...

Les pauvres filles vont tomber amoureuses de toi. C'est fatal.

Les plus folles vont te téléphoner chez vous un jour, tu le sais.

C'était rendu qu'à chaque fois que le téléphone sonnait, mon cœur arrêtait de

battre une seconde.

Ça fait dix ans de ça.

Puis avec Daniel, il n'y a pas de problème.

Mais quand le téléphone sonne, Surtout le soir.

J'ai une seconde panique totale.

Allô?

Un instant, s'il vous plaît.

C'est qui?

Je sais pas.

Allô?

Ah, bonjour, maman.

La jeune fille qui t'a répondu?

Ah oui, il y a une fille qui a téléphoné hier soir.

Une Anglaise.

Ah oui?

J'avais de la difficulté à la comprendre.

Ben oui, évidemment.

Elle a dit qu'elle s'appelait Barbara.

Barbara? Ah oui, Barbara.

Ça doit être la fille du colloque de San Diego, ça.

Elle m'a dit de te donner un « warm kiss ». Ah oui?

C'est une belle fille, ça.

Très gentille, très efficace pour l'organisation.

Ah.

Bob Ramikielski.

Il avait fait son doctorat à San Diego.

sur l'impact du travail des femmes dans les familles Chicano.

Une super intelligence.

C'est ça, la séduction au fond.

Ça n'a rien à voir avec des gros seins ou des longues jambes. C'est dans la

tête.

On a passé seulement huit jours ensemble.

On était descendus en camping dans Baja.

Moi, je ne connaissais rien en psycho.

Alors, le soir, dans la tente, avant de faire l'amour, elle m'expliquait Ronald

Lang, l'anti-psychiatrie.

Toutes sortes de trucs comme ça.

J'aurais pu l'écouter parler des nuits entières.

Allô, Rémi?

Excuse-moi, je suis un petit peu en avance.

Je te dérange, là, hein?

Ben non, pas du tout.

Qu'est-ce que tu faisais, donc?

Je classais des dossiers.

Qu'est-ce qu'il y a dans ce dossier-là? Il n'y a rien. C'est sur les factions

chiites au Liban.

T'es sûr de ça, toi? Voyons, Loulou.

Tu me connais.

Je suis limpide comme de l'eau de source. Ah oui, ah oui.

Transparent. Bon comme du bon pain.

Sais-tu ce qu'elle est devenue, finalement?

Je sais pas.

On s'est téléphonés pendant deux ans.

Puis... Après, elle est disparue.

Probablement de m'arriver avec un Mexicain à la con.

À toutes les fois que je passe à la bibliothèque, je regarde toujours dans

les revues de psychologie, encore où je vais à son nom.

J'imagine que je ne la reverrai jamais.

Je pense à elle souvent.

C'est une tragédie.

Je pensais qu'on était heureux comme ça.

Non, je ne suis pas complètement innocente.

J'imagine bien que Rémi a eu des petites aventures de temps en temps, en voyage

peut-être.

Mais quand il est à la maison, il est tranquille.

Puis la seule fois où il n'a pas été tranquille, j'étais avec lui.

Alors, je ne suis pas inquiète.

Comment ça?

Ben, je sais pas si je devrais vous compter ça.

On avait entendu parler d'un médecin, un ami de collège de Rémi, qui organisait

des soirées un peu spéciales.

Il nous avait invités.

Finalement, on est allés.

Ah oui?

C'était comment?

Il y avait une dizaine de couples, des professionnels surtout.

Je sais qu'il y avait un psychiatre.

Des gens entre 30 et 50 ans.

Puis, ça commence comment?

C'est un peu bizarre.

D'abord, ils attendent que tout le monde soit arrivé.

Puis là, on est passé au sous-sol.

C'était assez grand.

Tapis très épais, beaucoup de divans, beaucoup de coussins, les lumières

basses.

Ils ont mis un film porno sur la vidéocassette.

Puis là, les gens ont commencé à danser un peu.

En fait, c'était pas vraiment de la danse.

C'était plutôt du plotage vertical.

Puis assez rapidement, tout le monde se lève et tout le monde fait l'amour.

Un peu partout.

Dans les chambres, en haut.

Toi aussi?

Oui.

Mais avec juste un homme.

J'ai pas été exactement ce qu'on peut appeler « the life of the party ».

Rémy a été un peu plus actif, lui.

Je l'ai fait avec au moins deux femmes.

Mais toi, avec qui t'as baisé?

Je sais même pas.

Finalement, c'est assez muet, tout ça.

Le plus drôle, c'est que l'homme qui me faisait l'amour, il prenait son temps.

C'est bien, ça.

Oui. Sauf que sa femme à lui, je sais pas si elle était tombée sur un

éjaculateur précoce ou quoi.

Toujours est-il que je la vois s'approcher.

Charles. Quoi?

Charles. Qu'est-ce qu'il y a? Tu trouves pas que tu commences à t'attarder un

peu, là?

Thérèse, veux-tu s'il vous plaît?

Abouti. Abouti?

C'est pas vrai!

Je vous le jure!

Le trouvez-vous à votre goût ? Thérèse.

Ah oui ? Ça sent bien, la Thérèse, ça sent bien.

Je vous laisse.

À tout à l'heure.

Fait que là, mon gosse est mis à s'activer comme un bon.

Moi, je l'ai aidé du mieux que j'ai pu.

Là, t'as crié encore, encore, encore.

Oui, oui.

Disons que je me suis contentée de soupir profond.

En tout cas, finalement, ça a marché.

Il a eu son petit orgasme et il est allé retrouver sa femme.

Mais toi, as-tu joui?

Ben non.

C'est un homme qui ne me connaissait pas.

Je ne suis pas comme toi, Diane.

Je faisais ça surtout pour faire plaisir à Rémi.

Comment ça, tu n'es pas comme moi?

Cette soirée-là, c'est une soirée.

Conjugale.

Conjugale.

C'est vrai.

C'était une histoire de couple.

Il paraît que ces gens-là sont très fidèles dans la vie. Ils font presque

tout à deux.

Moi, j'ai pris ça comme une façon de se dire qu'on s'aime encore.

Ça ne t'est jamais arrivé avec ta femme?

Je ne sais pas, de faire des échanges de couple, des partouzes, des histoires

comme ça?

Non. Moi, mon principe, c'est de jamais confondre la vie conjugale avec les

histoires de cul.

J'adore Louise, même quand je la trompe.

Je sais très bien que c'est la personne avec qui je suis le mieux au monde.

Oui?

Diane est pas là?

Diane? Non, elle est pas arrivée encore.

C'est où, son chalet?

Celui-là, ici en arrière.

Juste à côté du mien.

La porte doit être fermée. Je n'ai pas les clés.

Je vais aller voir.

Oh, c'est polissant.

Bon genre, ça, hein?

Je me ferais faire mal.

J'ai été amoureux d'un gars comme ça.

Ça a duré six mois.

Il s'est tué.

Un accident de moto.

C'est après ça que j'ai commencé à draguer.

Si j'étais capable, je le regrette tous les soirs.

C'est pas ça que tu fais?

Non, je le fais moi maintenant.

J'arrive pas à donner mes cours le lendemain.

Mais c'est vraiment juste quand je drague que je me sens en vie.

C'est effrayant comment je me sens quand je sors.

Je suis vraiment fou.

Je deviens électrisé.

On connaît ça.

Sauf que moi, c'est dangereux.

J'ai un de mes amis qui s'est fait poignarder dans sa douche.

Mais c'est plus fort que moi.

Il y a des soirs où il faut que je baise avec un gars.

À la limite, n'importe qui.

C'est ça. Ça n'a pas d'importance.

Comme un chat de ruelle qui rôde.

C'est incroyable, la force de sang.

Je me fais voler continuellement dans mon appartement.

Les gars partent avec mes disques, mes bouteilles de vin, ma montre.

Pourtant, je ne suis pas naturellement courageux physiquement.

Mais quand ça me prend, je suis capable de partir en expédition à 4 heures du

matin dans les saunas du centre-ville de Los Angeles, dans les bars effrayants du

quartier Saint-Paul à Hambourg.

C'est pour ça que je vis seul.

Tous les matins, je sais jamais comment la journée va finir.

Même si c'est rien passé, la possibilité est là.

Savoir qu'il faut que je rentre à 6h30 parce que Bobonne aura fait une soupe au

pois.

Moi, je meurs.

Bobonne ou Bobo?

C'est la même chose.

Moi, ce que j'aime, c'est de savoir que Bobonne m'attend avec la soupe au pois.

Mais de faire un petit détour avant de rentrer.

Moi, à chaque fois que je suis en amour, je deviens monogame.

Ça dure un certain temps.

Puis tout d'un coup, la bête se réveille. Moi, quand la bête est

déchaînée, je deviens un danger public.

C'est vrai, je te jure.

Faudrait m'enfermer.

Moi, je me suis déjà arrêté dans un bordel en malheur. Rendez-vous à moi.

Essaye d'expliquer ça une fois.

On va s'y boire.

Quoi? Il va nous manquer des oeufs pour le dessert.

J'en ai.

Mais je les ai achetés au village.

C'était des oeufs en plastique aux hormones.

J'ai pas eu le temps d'en acheter en ville.

Va les chercher, je vais m'arranger.

Tiens.

La porte était fermée.

Il va falloir que tu l'attendes. Ça devrait pas être long.

Moi, je suis pas comme vous autres.

J'ai pas envie de baiser une nouvelle fille à tous les jours.

J'étais pas comme ça à ton âge non plus.

Toi, tu peux pas continuer indéfiniment à faire de la suppléance dans les écoles

primaires et à corriger nos copies.

Faut que tu fasses ton doctorat.

Tu vas vouloir t'acheter un appartement en ville, peut-être une maison de

campagne.

Ça occupe ton esprit.

Tu rêves peut-être d'écrire un livre important.

Moi, je sais que je serai jamais Arnold Toynbee, ni Fernand Braudel.

Tout ce qui me reste, c'est le sexe ou l'amour.

On ne fait jamais vraiment la différence.

Au fond, je ne sais pas ce qui me reste.

C'est pour ça que le vice vient avec l'âge.

Mais moi, je n'ai pas d'ambition de même.

Je voudrais juste être heureux un peu. C'est tout.

Je vais prendre un verre d'eau.

Veux-tu de l'eau minérale?

Pourquoi ta shampoing ne marche pas?

Tu prends des médicaments?

Oui, des remèdes.

C'est bien fort.

Moi, je prends des multivitamines.

Ça doit être bon pour toi, ça.

Bon, je vais aller faire.

T'attends pas Diane?

Je reviendrai.

C'est comme dans les derniers carnets de Wittgenstein.

La seule certitude qui nous reste, c'est la capacité d'agir de notre corps.

Si j'aime, je bande.

Si je bande pas, j'aime pas.

C'est la seule façon de pas se compter d'histoire.

Comme les femmes qui te disent « je t'aime » comme au premier jour, puis qui

sont sèches comme du papier sablé, alors que tu les as connues mouillées au

dernier degré.

juste après les avoir embrassés dans le cou.

Quand j'étais encore avec Roger, il m'avait fait coucher avec son meilleur

ami. Enfin, on avait couché tous les trois ensemble pendant six mois.

Je vous conseille ça, moi, deux bouches, quatre mains.

C'est pas si facile que ça à réussir.

J'ai essayé à la Martinique avec deux petits noirs.

Aussitôt qu'ils ont ouvert la bouche, c'était la catastrophe.

Vous connaissez vraiment pas la Martinique si vous n'avez pas couché

avec un Martiniqueur.

Ils venaient montrer leurs bracelets en or, offerts par Madame le Juge, qui

vaudou de la coude, de la jésio, de la paix. Des super machos.

C'est moi qui payais, puis c'est eux qui me disaient quoi faire.

Tu sais, la femme blanche, à genoux, devant la queue de l'effet noir.

C'est pas votre genre, ça? Non, pas tout à fait, non.

Non, les noirs, finalement, c'est les Africains qui sont les meilleurs.

Moustapha, peut-être? Oh non, Moustapha est un peu pénible. Les hommes qui

courent après moi, la langue pendante.

Non, je sais pas. En général, les Africains, ils sont, je sais pas,

chaleureux.

Évidemment, ils sont polygames, mais ça... Ah, ça, faut se résigner.

Pourquoi vous dites ça ? Ben... C

'est pas 4h30, là ? Il est 4h30

? Ah oui.

Merde ! Je vais donner rendez-vous à Louise à 4h, à mon bureau.

Faut aller acheter les cadeaux de Noël des enfants au sondage sur Rockland.

Où est-ce qu'est ma chemise?

Dans le salon.

Merde, merde, merde!

Où est-ce qu'est mon chandail?

Du vent.

Ton jonc, ta montre.

Oh, shit!

C'était génial.

À demain.

Bon.

Finalement, moi, je reviens toujours aux Italiens.

Ils sont insupportables, mais...

L'amore.

Si, si, si.

Si, si, si.

Ah, mes premiers voyages en Italie.

Je me faisais voler continuellement dans mes chambres d'hôtel.

Les gars partaient avec mes bijoux, mon passeport, mes chèques de voyage, ma

montre.

Mais il y avait beaucoup d'amore.

Au fond, ils sont comme les Mexicains. C'est des âmes simples qui crient maman

quand ils jouissent.

Oui, oui, c'est ça.

Moi, la première fois que ça m'est arrivé et que c'est ma criée, «Mama!

Mama! Mamma mia!», j'ai pensé que sa mère venait d'entrer dans la chambre.

Je voulais me cacher en dessous du lit.

T'es sûr que t'as pas le sida, là? Les deux mains en bas? Ah, je sais pas.

La période d'incubation est de 2 à 5 ans.

Veux-tu me faire un test de salive? Non!

Ça te fait jamais peur?

Ça fait partie du plaisir.

Puis de toute façon, Le sexe, ça rend malade.

T'as déjà entendu des femmes parler de leur ventre? Les fibromes, les

vaginites, les salpingites, le chlamydia, la spirochète, l'herpès, le

chancre. Quand je pense que vous vous trempez la queue là-dedans, horreur. La

queue, la lame, le staphylocoque doré. Exactement.

C'est d'en gorge. Mon pauvre enfant.

Ça peut sauter très vite de sa gorgène dans ton zizi à toi.

Et puis ça, c'est bonjour à l'uritrite à Staphylococcus.

Oui, monsieur. Ça, c'est l'hôpital tous les huit jours à jeun pendant des mois.

Essaye d'expliquer ça à ta femme.

Tu fais plus l'amour, puis une fois par semaine, il faut que tu sois à ton

bureau à sept heures le matin.

À jeun?

Tu peux plus boire de l'alcool parce que t'es sur les antibiotiques.

Sans parler des petites taches verdantes dans tes draps que t'essaies de faire

disparaître vite vite avec une débarbouillette. Ta femme, elle est en

train de prendre sa douleur. C'est quand même moins pire qu'un sida. Ah, mais

faut toujours bien que l'homosexualité ait ses inconvénients. Sans ça, ce

serait le paradis sur Terre.

Regarde-la.

Mieux habillée, plus cultivée. Ils sont plus gays aussi.

Moi, ce qui me frappe, c'est leur humour.

Ils sont meilleurs cuisiniers.

Regarde-la faire sa pâte. Moi, ça colle, je suis jamais capable.

Moi, je vais aller en enfer.

Regarde-moi une place.

Ils ont des amis dans le monde entier.

Moi, quand un homme me dit, j'étais chez des amis à Amsterdam, je suis sûr que c

'est un homosexuel.

Non, mais c'est vrai, moi, mes amis sont mariés, ils ont des enfants, ils

habitent des appartements trop petits.

Et puis mes anciennes maîtresses sont toujours avec des hommes qui vraiment ne

veulent pas me voir.

Il n'y a que ça, Pierre. Ils sont plus beaux que nous autres.

Et ça, c'est égal.

Voici deux hétérosexuels classiques.

Alors, un petit peu grassoyer, le nez un peu long, les peaux... Ravinées. Oui.

La question est de savoir, est-ce qu'on se résigne à être hétérosexuel parce qu

'on n'est pas assez beau, ou si on embellirait si on devenait homosexuel?

Grave question.

Moi, je pense qu'un adolescent vraiment superbe... Non, non.

Il se regarde dans le miroir un moment donné, il se dit, c'est pas possible de

gaspiller ça avec une femme.

C'est ça que je me dis.

Oui, mais...

C'est la moustache.

Ça semble qu'embrasser une moustache, il faut les prendre plus jeunes, quand ils

n'en ont pas encore.

Il est pire que moi, c'est bien vicieux.

Non, mais je ne parle pas de ma vie sexuelle à moi. Non, sérieusement, je ne

suis pas pédéraste. Mais, esthétiquement, il n'y a rien de plus

beau que les fesses d'un garçon de 12 ans.

Ni la chapelle Sixtine, ni la messe en séminaire.

C'est sublime, les fesses d'un garçon de 12 ans.

Même les filles à cet âge-là, c'est déjà mou.

Il peut m'apporter une question de vous. Il y a un gars qui m'a dit d'un bord de

la Nouvelle-Ornée.

On est a hole is a hole. Tu me téléphonais.

C'est peut-être vrai, au fond.

Sans compter le plaisir de vivre avec quelqu'un qui est jamais menstrué.

Chez nous, Louis se transforme en monstre à peu près comme 5 jours par

mois.

L'hiver dernier, un bon dimanche après-midi, j'ai failli l'étrangler, je

vous jure.

Il fait une tempête épouvantable. Alors, j'essaie de sortir mon auto pour aller

chercher les journaux. Je m'enfonce jusqu'aux essais.

Évidemment, je bloque la sortie de son auto à elle qui voulait aller prendre

ses cours de tennis.

Une scène épouvantable.

T'aurais dû me laisser sortir la première.

T'as jamais su conduire dans l'air. T'es ridicule avec tes journaux.

Faudrait que je disparaisse huit jours avant ses menstruations.

Évidemment, le dimanche matin, New York Times, c'est sacré.

Tempête de neige ou pas.

Alors, bien sûr, il se cale jusqu'au poignet de porte. Moi, je peux plus

sortir pour aller au tennis.

C'était ma dernière chance de voir François avant un mois.

Oh, j'étais bleue.

François, c'était le prof de tennis, hein? Oui.

Il s'en allait en Ontario jouer des tournois ou je sais pas quoi.

Oh, je... je grimpais dans les rideaux tellement j'étais enragée. Et le pire

dans ces cas-là, là, c'est que tu peux rien expliquer, c'est encore plus

enrageant. Ça durait plus combien de temps, cette histoire-là?

Mais c'était pas une histoire.

Il s'était rien passé du tout.

Mais j'avais l'impression, ce dimanche-là, qu'il y avait quelque chose

de possible.

C'est pour ça que je me suis enragée.

Je n'avais rien à me reprocher.

Je ne savais pas exactement quand est-ce qu'il reviendrait.

Mais finalement, je me suis décidée.

J'ai téléphoné.

Je sais qu'on n'est pas supposé faire ça, mais bon.

C'est sa fille qui m'a répondu.

Il habite avec sa fille de 14 ans.

Puis je l'ai entendu, lui, demander à sa fille qui c'était au téléphone.

Puis la petite lui a répondu, probablement une de tes maîtresses.

J'ai raccroché.

Puis je suis retournée au tennis.

En fait, je suis retournée une fois, mais je suis restée dans le

stationnement.

Je l'ai vue, lui, sortir avec une fille.

Une jeune.

Quand même, toi, t'avais toujours aimé.

Mais quand tu vis seule, le pire, c'est que tu finis par t'habituer.

Ben, je veux dire...

Ta libido tombe à zéro.

Tu peux aider moi sans jamais penser à ça.

Puis tout d'un coup, arrive un de tes anciens amants, quelqu'un d'autre, comme

ça, par hasard.

Tu dors pas ? Non.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Je pense que je vais aller dormir dans mon lit.

Il neige dehors.

J'aime ça, dormir tout seul.

Moi aussi, mais pas tout le temps.

Là, tu te réveilles, t'en veux encore.

Sauf que lui, il a eu son bonbon puis il est parti ailleurs.

En te laissant une gonorrhée asymptomatique.

Oui.

C'est gentil, ça.

Tout ça pour avoir une grosse bête qui réchauffe ton lit de temps en temps.

Mais moi, la chaleur d'un ventre le dimanche matin, je serais prête à

beaucoup de bassesse pour ça.

Mais le plus fou, c'est que t'as pas vraiment besoin d'un homme, en plus.

Moi, je couche avec ma fille, on se prend par le cou, on s'aime.

À quel âge, ta fille?

12 ? T'as pas peur ? Coucher avec elle, je sais pas, psychologiquement ?

Ben non.

Moi, pendant ma thérapie, après ma dépression, j'avais tout le temps peur d

'être lesbienne.

Pourquoi peur ? Ben, je sais pas.

As-tu déjà couché, toi, avec une femme ? Ben, quelquefois, ouais.

Toi aussi, j'imagine ? Oui, oui.

Eh, le Seigneur!

J'ai tellement toujours peur d'être anormale, moi.

Il me semble que ça va en faire beaucoup, non?

On en verra les restes à Moustapha, à Ouagadougou.

Oui, les gens du Sahel adorent le coulis de viande.

Surtout avec la sauce à la crème sûre, avec un Robert Mondavi.

Vous êtes écoeurant.

Pas du tout, pas du tout.

Si y en a un qui se dévoue pour les necks, c'est bien moi.

J'étais personnellement avec Mustapha jeudi soir dernier sur la rue Saint

-Laurent. Il est parti quand, lui? Le lendemain matin.

C'est ça son problème.

En deux mois, il n'avait pas réussi à baiser une Canadienne.

Il avait la mine basse. Tu veux dire qu'il y avait beaucoup de mines dans son

crayon? Je ne sais pas si les étudiants le sont moins porté sur le tiers-monde

que dans l'octobre.

De bref, il a fallu que je l'amène sur la rue Saint-Laurent.

À un moment donné...

On aperçoit une super fille blonde, plus grande que moi, toute habillée de soie

rouge.

Moussitafas en léchant les bobines.

Je suis allé négocier pour lui. Je voulais pas le voir dilapider les fonds

de l'UNESCO.

Bonjour, mademoiselle. Je suis charmé de vous rencontrer. J'aimerais vous

présenter un ami excessivement sympathique, mais un petit peu timide. C

'est un historien.

Un spécialiste de la culture aussi.

Vous pouvez considérer ça comme votre contribution au secours africain.

Comme si vous aviez chanté dans We are the world.

C'est l'idée générale.

Moi, ça me fait rien, mais ton aigre risque d'avoir une grosse surprise.

Oh boy!

Je pense que c'est pas tout à fait ça qu'on cherche.

Je m'entends te prévenir.

C'est très gentil.

Très gentil.

C'est ça, on va y aller, nous.

Bonsoir, puis bonne chance.

Vous autres aussi.

Viens-t'en. Mais quoi?

Je t'expliquerai, viens-t'en.

Elle est raciste et je le savais. Ah, t'es fatiguant. Elle est pas raciste,

elle est sexiste.

Mais qu'est-ce qui s'est passé?

Finalement, on a marché jusqu'au carré Saint-Louis où on a trouvé deux petites

brunes qui étaient parfaites. À un point que j'étais obligé de monter moi aussi.

Ça tombait bien, j'étais fatigué.

C'est dans ce temps-là, moi, que j'aime les petites brunes.

Les grandes blondes paresseuses, je trouve que ça demande trop d'énergie.

L'amour, c'est comme le piano, il faut pratiquer.

Moi, les meilleures amoureuses que j'ai eues, c'était toujours celles qui

avaient le plus baisé.

Toujours. C'est toujours les petites brunes les meilleures? Non, mais non, ça

dépend des circonstances.

Une grosse fille chaude pour l'hiver.

Une jeune fille fraîche pour l'été. Une française qui a le goût du champagne.

Un beau grand jus d'orange de la Californie. Et puis les odeurs.

Les Juifs, les Arabes qui sentent le camphre. Les Vietnamiennes qui sentent

la fleur d'oranger.

Je m'excite.

C'est quand même pas obligé que ce soit des professionnels.

Non, autrement, ça prend plus de temps.

Et puis, t'es obligé de draguer. Ça, c'est épouvantable.

Traîner dans les bars, payer des repas, danser dans des discothèques. T'aimes

pas danser? J'ai toujours eu horreur. Mais on a horreur de ça.

Les heures d'enfer que j'ai passées sur des pistes de danse, juste pour faire

plaisir à des femmes.

Le pire, Rémi, le pire, c'est les conversations.

Moi aussi, j'aime beaucoup les films de Woody Allen.

Avez-vous lu So Good? J'adore Barry Schnickoff.

Mais maintenant, c'est Patrick Dupont.

Les pluies acides, quel drame.

Les centrales nucléaires, quel enrâte. Le chômage chez les jeunes, quel encroi.

Qu'est-ce que tu penses du nouveau Désordre amoureux? Sylvie, Nathalie,

Julie, Sophie, Normandie, pour vraiment avoir envie de se mettre.

C'est pas tout.

Il faut la faire jouir.

C'est pas de la tarte, ça.

D'abord, trouver le clitoris.

Déjà, ça, c'est une entreprise assez délicate, merci.

Il y a même des cas aussi pires que de chercher une chenille sur un damier.

Ensuite, t'as dans la tête toutes les notes, appendices et chapitres de

Masters & Johnson, le rapport Haidt, la controverse du G-Spot, Germaine Greer,

Nancy Friday.

Tu sais plus si tu dois envoyer tes doigts, ta langue, ta queue.

Là, tu la guettes du coin de l'oeil.

Mais tu te dis...

J'ai l'enfer.

J'ai l'enfer.

Il me semble que j'ai jamais eu de problème comme ça. Tu penses ça?

Oui. Bon, bien, viens avec moi dans mon bureau. Deux secondes.

Les hétéropthériques de Borneo.

Pendant 100 ans, les entomologistes ont cherché à trouver le mâle de celle-là.

Et la femelle de celui-ci.

Problème biologique majeur.

Jusqu'au jour où on les a découverts en train de baiser ensemble.

Ces deux-là.

C'était le mâle de cette femelle-là.

Pourtant, ça se peut presque pas.

Ça, c'est un reptile.

Et ça, c'est un insecte.

Mignon de choses, quand même.

C'est quoi?

Le cul.

Pense à ça comme il faut.

Excuse-moi.

Il n'y avait personne sur les plages de Cécile à ce moment-là.

Lui, il avait son uniforme de carabinier. Il mourait de chaleur. C

'était un policier?

Oui, une sorte de... Alors, j'entre.

J'enlève mon T-shirt, mes shorts.

Lui commence à se déboutonner.

Déboutonne, déboutonne, déboutonne.

Je dis.

Il n'arrivait plus à se déboutonner.

C'est toujours dans ce temps-là qu'il s'élève.

Il était vraiment super costaud. Il avait les épaules comme ça.

Finalement, il enlève son slip.

Le coup d'œil fatal.

Oui.

Un pénis minuscule.

Il ne ment pas.

Comme un bébé.

Pauvre homme.

Alors, je sais pas si c'est le bain blanc ou le bizarre de la situation d

'être là avec un policier sicilien. Je suis partie à rire, tu sais. Un fou rire

incontrôlable. Je pleurais tellement je riais.

Puis lui?

Évidemment, ça a été catastrophique.

Le pire, c'est que je voulais pas être méchante avec lui.

Il était plutôt attendrissant.

Mais ça s'est fini dans un fiasco épouvantable.

J'ai même fait mon numéro de la pieuvre au mille-vingt-douze.

Au mille-vingt-douze.

Mettons, c'est ça.

Quand le pénis est menacé, il n'y a rien à faire. C'est pour ça qu'il y a un

point de maladie.

Bander, débander les grosses queues.

Du moins que la mienne est plus grosse que la sienne.

Envoye-du-moi donc, j'en ai une grosse.

C'est vraiment une obsession fondamentale.

C'est vrai que ça les obsède. On se fait demander ça tout le temps.

Ça t'est arrivé souvent?

Ben, ouais, des fois.

Marquez qu'ils ont raison de s'inquiéter.

C'est quand même assez fondamental.

Ça n'a aucune importance.

Quand on aime quelqu'un, c'est un détail, ça.

Ben, c'est un gros détail.

Je vais aller dans la piscine un peu avant de partir.

Vous l'avez choqué, là.

Pauvre enfant.

Non, l'eau est trop chaude.

Ce qui est fatal aussi, c'est de parler d'un de tes anciens amants et de dire «

Ah, Benoît, lui, il me faisait jouer.

Il garde le gars à côté de toi. Il fond comme une petite tache de graisse. » Tu

peux pas dire ça à un homme. Mais même sans être précise, tu passes devant un

hôtel. « Ah, tiens, c'est ici que je suis venue avec Benoît. » Get le gars du

coin de l'oeil, il devient vert de jalousie.

Oui, c'est quand tu te dis, avant moi, tu ne savais pas ce que c'était que

faire l'amour.

Ça, je ne peux pas supporter.

C'est là que c'est le temps de parler de Benoît.

Là, tu te dis, toi, mon chéri, je t'aime. Ce n'est pas pareil.

Avec Benoît, c'était uniquement sexuel.

Là, tu le sens en dedans qui devient comme de la gélatine.

Le pire, c'est quand...

Quand c'est que tu lui donnes une note, genre guide gastronomique, ambiance un

peu morne, les portions manquent de générosité.

Ou

bien

que tu lui donnes une note genre guide touristique.

Vieux moulin restauré, mais la meule est uniquement décorative.

Jardin bien aménagé, mais la fontaine est en panne.

Château imposant, mais la tour est en ruine.

Viens, c'est à 40 ans.

Tu y parles avec nostalgie des petits jeunes hommes qui se réveillent bandés

tous les matins.

Ou tu te masses tranquillement.

après qu'il a fini son petit numéro.

Ça, ça les inquiète toujours beaucoup.

C'est épouvantant. Oh, ma fille, j'ai déjà fait bien pire que ça.

Tu vois, moi, j'ai été 10 ans avec Roger.

C'est incroyable tout ce que j'ai été capable d'endurer pendant ce temps-là.

J'étais continuellement toute seule avec les enfants.

Lui, il sortait tout le temps, il me trompait. Enfin, bref, l'horreur.

Puis moi, j'étais à la maison, souriante, généreuse, fidèle, jusqu'au

jour où j'en ai eu assez.

Et tout d'un coup, le fil s'est cassé.

Allô, Roger?

Je suis à Brossard, chambre 216 du motel Continental.

Je suis avec un ami ici, là, puis finalement, c'est très excitant, alors

je vais passer la nuit ici.

Alors, je t'appelle pour pas que tu t'inquiètes.

On se verra demain, OK?

Bonsoir, bonne nuit. Je t'embrasse.

Le sacrifice, t'es folle!

Ça va lui donner une bonne petite leçon. Oui, mais il peut arriver ici n'importe

quand. Pas de danger.

Pas de danger, pas de danger.

Il est large comme ça, Roger.

Et? Et je suis pas entraîné, moi. J'ai pas fait de la boxe comme lui.

As-tu peur?

Non, c'est pour toi.

De toute façon, moi, je peux pas passer la nuit ici.

Faut que j'aille coucher chez moi.

C'est pas celui.

C'est un violent. Je le sais.

Il a déjà cassé le nez du bon rivard.

T'as couché qu'ils vont rivard, toi?

Oublie pas ton genre puis ta mort.

Moi, j'ai remarqué une chose.

Je baise toujours mieux ma femme après l'avoir tombée.

C'est la culpabilité, ça. Non, c'est physique.

C'est la comparaison qui m'excite.

L'appétit vient en mangeant. Plus tu baises, plus t'as envie de baiser. Ça, c

'est fatal.

À moins, il me semble que pour être heureux, il me faudrait quatre femmes.

Exactement quatre, comme dans la prescription du corps.

Je suis parfaitement heureux avec Louise.

Mais je prendrais en plus un écrivain. Chance, Susan Sontag.

Une sauteuse en hauteur de l'équipe olympique.

Une super cochonne pour faire de l'animation de groupe.

Tadam !

C'est dommage que Moustapha soit parti.

Il serait régalé.

Il paraît qu'il a emporté des bons souvenirs.

Quels souvenirs?

Je sais pas.

J'imagine qu'il a dû aimer ça en séjour.

C'est quoi la sauce, Claude? Ah, c'est une mousseline.

Mais je remplace la crème fraîche par la crème sûre. Je sais pas, il me semble

que ça fait plus russe. Il paraît qu'il y a des cours de cuisine créative à l

'Institut d'hôtellerie. Ah non, Loulou, tu vas pas te remettre à suivre des

cours. Ben pourquoi pas?

C'est quoi la manie des femmes de toujours vouloir suivre des cours de

quelque chose?

C'est pourtant pas difficile à comprendre. On voit ça le soir à l

'université. C'est plein de femmes qui prennent des notes comme des forcenés

sur l'esprit de Locarno.

C'est moi qui donne ces cours-là.

Je le sais, mais je comprends pas.

Et c'est la raison d'ailleurs pour laquelle on reproche souvent à l

'histoire de s'intéresser uniquement aux vainqueurs.

Mais au fond, la plupart du temps, c'est souvent pour des raisons de

documentation.

Voyez-vous, on possède plus de documents sur les Égyptiens que sur les Nubiens,

beaucoup plus de documents sur les Espagnols que sur les Mayas, et bien

sûr, beaucoup plus de documents sur les hommes que sur les femmes.

Et d'ailleurs, c'est une limite très certaine de l'histoire.

Mais il y a peut-être un élément psychologique.

C'est qu'au fond, on aime beaucoup mieux entendre parler des vainqueurs que des

vaincus.

Non, je ne veux pas parler de la qualité de tes cours, mais j'ai souvent l

'impression qu'il y a plein de femmes qui veulent apprendre l'allemand, la

guitare, la danse à claquettes. Le chiatisserie, l'intégration primale.

Pour moi, c'est évident, tout ça.

Je ne vois pas ce qu'il y a d'évident là-dedans.

À part le besoin maladif d'avoir des professeurs, des médecins, des

gourmands... Ça n'a rien à voir avec ça, voyons. C'est juste une façon d'essayer

de s'en sortir, c'est tout.

Tu peux pas comprendre. Toi, t'as eu ton doctorat à 26 ans.

C'est vrai, ça.

Mais rappelle-toi, quand on était étudiants, moi, j'étais aussi

intelligente que tous vous autres.

Sauf qu'après la licence, moi, je suis tombée en amour comme une vraie femme.

Alors, pendant que toi, t'étais à Berkeley, puis Pierre à Princeton...

Moi, je suis allée m'enfermer à la campagne parce que Roger, mon beau

Roger, vivait son retour à la terre.

Pourtant, t'avais l'air épanouie.

J'ai été épanouie. J'ai eu deux enfants. Sauf qu'au lieu de pondérer des cours

démographiques, moi, j'apprenais à faire de la confiture au gadel.

Alors, résultat, aujourd'hui, je peux pas être autre chose que chargée de

cours au cinquième de votre salaire et sans sécurité d'emploi.

Je suis pas protégée, moi, par la meilleure convention collective en

Amérique du Nord.

J'ai pas le droit, moi, à des années sabbatiques au Brésil, hein, Pierre?

Moi,

je suis obligée de faire des interviews en radio si je veux envoyer mes enfants

à l'école privée.

J'aurai jamais l'agrégation, moi.

Puis je sens que je vieillis.

C'est vrai, je suis plus capable de prendre des notes en lisant pendant 5

heures d'affilée.

Puis j'ai la mémoire qui s'en va aussi.

L'autre jour, il fallait que je fasse référence au pacte brillant qu'elle a.

Mais je n'arrivais pas à me souvenir de brillant. J'avais juste Kellogg dans la

tête, juste des noms de céréales.

Les complexes qu'elle a.

C'est pas l'âge, c'est la drogue.

T'es juste une vieille épée.

Je suis sûr que tu te souviens de Souvanoufouma.

Souvanoufouma.

C'est quoi, ça?

Ça, c'est les deux demi-frères et le cousin. Chef des factions laciennes. L

'horreur des examens d'histoire contemporaine.

C'est encore pire que la question du Schleswig-Holstein.

Non, mais Diane, tu sais, au fond, là, on sait jamais quelle sorte de vie on

devrait vivre.

Tes deux enfants t'ont peut-être empêché de faire ton doctorat.

Par contre, ils sont à toi, ces enfants-là. C'est une richesse.

Maman? C'est qui, lui?

C'est un ami de maman. Qu'est-ce qu'il fait dans ton lit?

Il dort avec maman.

Je veux que ça en aille! Je veux que ça en aille!

Je m'en vais, là. Je m'en vais.

Moi, j'ai toujours eu envie d'avoir un enfant.

Ah oui?

Oui.

Il me semble qu'un enfant, c'est la vie.

L'affirmation de la vie.

Il y a deux ans, j'ai fait des démarches pour adopter un enfant cambodgien.

Évidemment, il y a une enquête des services sociaux, alors... C'est peut

-être mieux de vieillir avec deux enfants qui t'aiment que de finir tes

jours comme Pierre.

Tout seul, aigri, abandonné, sans famille.

Mais j'en ai une famille.

Elle est ici, autour de la table.

C'est une famille que j'aime.

Et qui est beaucoup plus proche de moi que mon frère qui est courtier d

'assurance. Ou même que mes parents qui n'ont jamais réussi à comprendre

exactement ce que je fais dans la vie.

Et qui chialent tout le temps parce que je ne vais pas à la messe.

C'est vous autres, ma famille.

Mon Dieu, qu'est-ce que c'est, Rémi?

On n'attend pas personne, hein?

En fait, moi non plus, je vois jamais personne en dehors de la faculté.

Je suis comme toi.

Avec plaisir, enlève tes lunettes.

Euh, Mario, je pense que t'as pas rencontré Dominique, Louise et...

Bonjour, Mario.

Et Daniel.

Salut.

On va te faire une place.

Tu vas prendre une tranche de couliac.

De quoi?

C'est un pâté au saumon, mais je remplace le saumon par la truite.

Tu vas voir, c'est très bon. C'est une recette russe. Non, non, j'aime pas le

poisson.

Un fromage, peut-être.

J'ai du Stilton.

Non, j'ai pas.

Mais t'as pas mangé.

Prends un peu de vin, au moins.

T'as pas de la bière?

Oui, attends.

Est-ce que vous habitez dans la région?

C'est à moi que tu parles.

Vous habitez dans la région?

D

'ailleurs,

quand tu dis que je vais vieillir seul, c'est peut-être pas vrai.

Je vieillirai peut-être pas.

Le cancer du poumon, la crise cardiaque. Ce sont les femmes qui vivent vieilles,

pas les hommes. Ça n'a pas tendance à s'égaliser maintenant?

Non, c'est le contraire.

L'espérance de vie des femmes est rendue à 78 ans.

Les hommes sont à 70.

L'écart augmente un peu chaque année.

C'est ça, au fond, le changement auquel on ne s'habitue pas.

Il y a à peine deux siècles, les femmes mourraient à 36 ans en moyenne.

C'est pas long à vivre, 36 ans.

C'est vrai que quand tu regardes les textes, c'est toujours rempli de veufs,

de veuves, d'orphelins, d'enfants du deuxième lit.

Tout ça a complètement disparu en un siècle. C'est incroyable.

Elle goûte trop de bière, là.

C'est l'applicinaire original.

T'aimes ça, toi?

Oui, de temps en temps.

Il suffit simplement de penser que la durée moyenne des mariages, c'était 15

ans.

Ça fait 15 ans, nous, qu'on est mariés.

Il y a cinq générations, ce serait la fin, maintenant.

Il y en a un des deux qui mourrait, probablement.

T'as jamais pensé à écrire là-dessus?

Il se publie dans le monde 17 000 articles scientifiques tous les jours.

Un de plus, un de moins. C'est assez, je vais t'attendre dehors.

On n'a pas fini de manger.

Il se passe sa vie, ça.

On est entre amis, on discute.

Les intellectuels, ça parle.

C'est rien que ça que vous faites, parler.

Après-midi, les gars ont passé leur temps à parler de cul.

Moi, je pensais arriver ici de l'énergie.

Ben non, le gros fun, c'est leur tarte au poisson.

Qu'est-ce que tu nous suggères?

Elle, quand elle me fait bander, je la fous. Je me pose pas de questions, si tu

penses à dire, toi.

Mario, s'il vous plaît.

Ça vous tendra pas là, tout de suite? Mario.

Mario.

On t'attend là.

Bon. Écoute, l'autre, c'était très bon, mais j'ai pas tellement fait.

Excusez-moi.

Je pensais pas qu'elle était rendue là.

Des fois, je me dis qu'on devrait faire confiance seulement aux gens qui parlent

d'eux-mêmes.

Uniquement.

Le pape ne devrait pas avoir le droit de parler d'autre chose que de la

masturbation et des troubles de la prostate.

C'est tout ce qu'il connaît.

Il connaît les banques aussi.

Il connaît la CIA.

Tu sous-estimes le pape.

À la limite, Karl Marx, c'était un bourgeois allemand qui baisait

continuellement les petites bonnes dans la cave en cachette de sa femme.

Moi, je me demande des fois jusqu'à quel point ces théories viennent de sa

culpabilité.

La même chose pour Freud.

À moitié homosexuel, incapable de baiser sa femme après 40 ans, excité à mort par

ses patientes.

Ses querelles avec Guillaume, au fond, c'est des histoires de femmes.

Des histoires de cul.

Ça me fait toujours rire d'entendre nos distingués collègues sociologues,

psychologues, construire des théories sur la sexualité, et puis de les

retrouver dans des salons de massage à se faire fouetter avec des serviettes

mouillées.

T'es déjà allé, toi, dans des endroits comme ça?

Bien sûr.

Souvent? Oui.

Comment tu te sens par rapport à ça?

Comment je me sens? Ben, je sais pas, moi.

Si j'apprenais que Rémi avait été dans ces endroits-là, j'y pardonnerais

jamais. Pourquoi?

Ben, je suis là, moi.

S'il veut un massage, il n'y a rien qu'à me le demander. Ça va me faire plaisir.

Puis j'y vais pas, moi, dans ces endroits-là.

Toi, c'est normal.

Comment ça, normal?

Veux-tu, je vais te décrire un fantasme féminin.

Le fantasme féminin.

La femme est dans son appartement, son petit nid d'amour qu'elle a

amoureusement décoré. Son mari ou son petit ami arrive.

Il a apporté quelques fleurs et une bouteille de champagne.

Il est extrêmement gentil.

Ils passent une belle soirée et ils font l'amour.

Fin du fantasme.

C'est périssant d'ennui.

À chaque fois qu'il parle d'amour, c'est comme pour dire que c'est un sentiment

ridicule.

Non, mais Pierre, te rends-tu compte, toi, de la vie de ces pauvres femmes-là,

qui souvent sont obligées de travailler là-dedans? C'est comme si tu me disais

que t'avais violé des femmes. C'est aussi insupportable.

C'est des pauvres filles, la plupart du temps démunies. Comment tu sais ça, toi?

Ben, il y a eu plein de reportages là-dessus.

Non, le jeudi après-midi, je ne peux pas.

J'ai une méthodologie démographique avec Henri Pein, je ne peux pas manquer ça.

Mais tu peux venir après 6 heures.

Bien, j'aimerais mieux pas, parce que comme ça, je pourrais prendre

informatique et statistique à 7 heures.

Donne-moi une chance, ma chouette. Le jeudi, c'est notre plus grosse journée.

Manon n'a pas trouvé de gardienne, puis c'est le jour de congé du mari de

Carole.

On dirait que vous vous êtes donné le mot. Bien oui, mais je ne peux pas me

passer d'informatique. Moi, je ne serais pas capable de suivre après ça.

On verra ça tantôt.

Bonjour. Ça fait longtemps qu'on vous a pas vu. C'est le temps de la remise des

travaux. Ah oui?

Je suis débordé. J'ai des corrections par-dessus la tête.

Ça va vous prendre un bon massage.

Oui. Avec la douche?

Oui.

Alors, cet après-midi, j'ai Mlle Kim, Mlle Sandra et Mlle Susan.

Susan?

Oui, c'est une nouvelle.

Travaille seulement à temps partiel.

Très appréciée.

Je vous la recommande.

Susan?

Oui? J'ai un massage régulier avec douche pour toi.

J'arrive.

Ça sera pas très long.

Bonjour.

Bonjour.

Par ici?

À tout à l'heure.

Vous travaillez à temps partiel? Oui, je suis étudiante.

Vous étudiez quoi? L'histoire.

Vous, à l'université?

Je commence, c'est mon premier trimestre.

Les gens disent souvent qu'on vit dans une société de violence. On entend ça à

la télé.

La violence de la société moderne.

Dans une perspective historique, c'est absolument faux. On vit dans une période

relativement paisible.

Donnez-moi votre serviette.

Vous devriez enlever vos lunettes.

C'est comme les journalistes qui s'énervent parce qu'il y a 10 % de

chômage.

Quand on pense qu'à Londres, en 1850, sur un million de populations, il y en

avait 600 000 qui crevaient de faim, littéralement.

Moi, c'est ça que j'aime de l'histoire.

C'est calmant.

Avez-vous fini vos travaux?

Il m'en reste un pour lundi prochain en histoire médiévale. Vous travaillez sur

quoi? Le millénarisme.

Oui, je suis fascinée par tous les gens maintenant qui parlent de l'an 2000.

Allez-vous prendre le spécial?

Bien... Oui.

Vous connaissez les prix?

Manuel, c'est 25, Bucal, 40.

Moi, je ne vais pas plus loin.

Je vais prendre la main pour aujourd'hui.

Voulez-vous que je vous paye tout de suite?

Non, tantôt.

C'est comme ça que je me suis intéressée à l'an 1000.

En Europe, vous savez, ça a été un événement capital.

Il y a plein de gens qui pensaient qu'à minuit, le 1er janvier de l'an 1000, la

fin du monde était pour arriver.

La trompette de Gabriel, les quatre cavaliers de l'Apocalypse, le jugement

dernier, tout le bataclan.

Mon Dieu, j'ai pas enlevé ma blouse.

Je suis pas très sexy.

Vous êtes très bien comme ça.

Les cathédrales étaient pleines.

Il y avait beaucoup de gens qui avaient vendu leur maison pour pouvoir donner

tout leur argent aux pauvres. Il y en a d'autres qui faisaient des processions

en se flagellant publiquement.

Il y en a même qui embrassaient des lépreux, qui léchaient leurs plaies.

Moi, ce qui me fascinerait, c'est de savoir ce qui est arrivé, disons...

Excusez-moi, je vais jouir.

Excusez, je parle trop.

C'est à ce moment-là que c'est arrivé.

Je suis devenu éperdument amoureux.

Me faire masturber en parlant de l'an 1000 avait été pour moi une expérience

intellectuelle et physique bouleversante.

Les signes du déclin de l'Empire sont partout.

La population qui méprise ses propres institutions, la baisse du taux de

natalité. Le refus des hommes de servir dans l'armée, la dette nationale devenue

incontrôlable, la diminution constante des heures de travail, l'envahissement

des fonctionnaires, la dégénérescence des élites.

Avec l'écroulement du rêve marxiste-léniniste, on ne peut plus

citer aucun modèle de société dont on pourrait dire « voilà comment nous

aimerions vivre ». Comme sur le plan privé, À moins d'être un mystique ou un

saint, il est presque impossible de modeler sa vie sur aucun exemple autour

de nous.

Ce que nous vivons, c'est un processus général d'effritement de toute l

'existence.

Et ce processus vous paraît inévitable?

Ah oui, certainement.

Même si, comme à toutes les époques, vous trouverez des charlatans pour vous

dire que le salut est dans la communication, les micro-circuits

imprimés, le renouveau religieux, la forme physique, ou dans n'importe quelle

autre sottise, le déclin d'une civilisation est aussi inévitable que le

vieillissement des individus.

Au mieux, on peut espérer retarder un peu le processus.

C'est tout.

Remarquez que nous, ici, nous avons la chance de vivre en bordure de l'Empire.

Les chocs sont beaucoup moins violents.

Il faut dire aussi que la période actuelle peut être très agréable à vivre

par certains côtés.

Et de toute manière, notre fonctionnement mental nous interdit

toute autre forme d'expérience.

Je crois pas qu'il y en aurait beaucoup parmi nous qui pourraient vivre au

milieu des puritains de la Nouvelle-Angleterre de 1650.

Dominique Saint-Arnaud, je vous remercie beaucoup.

Oui, c'est gai.

Mais moi, je suis pas d'accord.

Puis je suis sûre qu'il y a des savants qui pourraient prouver exactement le

contraire.

Qu'on vit une époque de renaissance extraordinaire.

Que la science s'est jamais autant développée. Que la vie a jamais été

aussi agréable.

C'est impossible de savoir dans quelle époque on vit.

Le mieux qu'on peut faire, c'est d'essayer d'être heureux.

C'est ça que les gens ont toujours voulu.

Puis ceux qui n'y arrivaient pas inventaient des histoires pour justifier

leur malheur. Tu l'as dit toi-même tantôt.

Non, moi je pense que si toi, tu vis toute seule, que de sacrifier ta vie à

ta carrière, c'est pas une raison pour dire que si on est lucide, il faut être

déprimé.

Vous m'avez toujours pas dit ce que vous pensez de mon livre.

Je suis sûre qu'ils pensent la même chose que moi, mais qu'ils osent pas le

dire.

Moi, je pense qu'ils sont surtout condescendants.

Pourquoi condescendants?

Parce que vous avez tous les deux couché avec moi.

C'est quoi le rapport avec ce qu'on peut penser de ton livre ? Je pense que pour

le genre d'homme que vous êtes, il y a toujours une forme de lutte de pouvoir

dans l'amour.

J'ai souvent entendu Rémi dire qu'il voudrait coucher avec une grande

intellectuelle comme, je sais pas moi... Susan Sontag.

Oui, c'est ça, oui.

Au fond, c'est une volonté de se l'approprier, d'avoir le dessus sur

elle, presque physiquement.

Faut pas exagérer quand même.

Ça peut juste être le désir de partager et d'avoir accès.

Peut-être.

Mais moi, je me méfie toujours de la condescendance des hommes qui m'ont fait

jouir.

C'est une femme que j'ai eue.

Enfin, je dis ça.

Peut-être que je me trompe.

Je me suis toujours demandé, s'il y avait une guerre atomique, est-ce qu'on

verrait passer les missiles?

Non, ils seraient trop haut.

Mais quand ils commenceraient à descendre?

C'est pas les missiles qui vont descendre, c'est seulement les charges.

C'est tout petit, ça.

Est-ce qu'on verrait les lueurs des explosions aux États-Unis?

Si la base de Plattsburgh était touchée, on verrait probablement la boule de feu

d'ici.

Pierre, t'aurais pas des Valium, toi? Je pense pas qu'il m'en reste, mais je dois

avoir autre chose.

Viens, on va aller voir.

Des Valium, j'ai arrêté d'en prendre. Il m'en fallait tous les soirs.

J'ai des Librium, si tu veux. Non, j'aime moins ça.

Il me reste des Mogadon et des Sorpax.

Ah, OK.

Je vais en prendre deux.

Merci.

T'es un peu mal pris, là, hein?

Ouais.

Tu vois, moi, j'aurais aimé ça avoir un enfant de toi.

Pour le garder en souvenir.

Pour après.

Pour avoir une assez bonne opinion de soi-même, pour vouloir se reproduire.

Moi, je m'aime pas tellement.

Je suis pas assez optimiste, non plus.

Je suis sûre que tu feras un très bon père.

Les intellectuels font rarement de très bons parents.

Regarde les enfants de Diane, ceux d'Amy.

C'est un désastre.

Je suis trop égoïste aussi.

Me faire casser les oreilles par du HV métal quand j'ai envie de lire.

C'est vrai que tu vas vieillir tout seul.

C'est pas les enfants qui changeraient quelque chose à ça.

Ils me mettraient à l'hospice et ça les ennuierait considérablement de venir me

voir le jour de Noël.

Je t'aime.

Moi aussi, je t'aime.

Veux-tu faire l'amour avec moi?

Non, il est trop tard.

Si tu veux faire l'amour le soir, il va falloir que tu demandes à un jeune comme

elle. Je suis sûr qu'il ne demanderait pas mieux.

Je n'ai pas envie de baiser, vieux concombre. J'ai envie de faire l'amour

avec toi. Tu comprends, je n'aime rien.

Je sais que tu m'aimes uniquement pour mon corps.

Tu as une petite queue et tu vends de mal.

Je t'aime, ma toutoune. Moi aussi, tu es bien chanceux. Je le sais.

Tu as un scotch?

Non, merci.

Je n'aime pas ça.

Tant pis.

Pourquoi vous avez fait ça?

Quoi? Dire à Louise que vous aviez eu une aventure avec Rémi.

Ça m'a échappé.

Je voulais la planter.

Pourquoi ? Je sais pas.

C'est venu tout d'un coup.

Ça vous ressemble tellement pas.

Vous êtes toujours tellement calme, tellement souriante.

En trois ans, je vous ai jamais vue impatiente.

Il y a une chose qui m'énerve terriblement.

C'est quoi?

L'inconscience.

Les gens qui sont incapables de voir la réalité.

Parle-moi, Rémi.

Demain. Qu'est-ce qui s'est passé avec Dominique?

Tu sais, on parlera de ça demain.

Je viens de prendre deux sorpax, là.

Rémi.

À moi.

On pleure pas.

Pleure pas, ça vaut pas la peine, c'est rien.

Il y a des fois où je peux vraiment plus supporter les petites femmes d'outre

-monde, avec leur petit mari, leurs petits enfants.

J'ai tellement envie d'hommes se rhabiller dans ma chambre à deux heures

du matin.

Faut dire que Rémi est spécial.

Il a baisé la ville de Montréal.

Ah, il dit qu'il est comme la Croix-Rouge. C'est un donneur universel.

Il a couché avec Diane pendant deux ans. Ah oui?

Avec Diane?

Oui.

Puis toutes les femmes baisables du département.

Jusqu'à la dernière secrétaire.

Puis il y a toutes les autres ailleurs que je connais pas.

Il m'a même déjà dit qu'il avait baisé la soeur de Louise puis que ça l'avait

excitée à mort.

Pourtant, il est pas si beau que ça.

Ça a pas de rapport.

Il aime le cul.

C'est irrésistible.

Il y a tellement d'hommes qui aiment pas vraiment ça.

Est-ce que tu me prendras dans...

Si tu savais ce que ça me coûte d'avoir toujours le bel air raisonnable que tu

aimes tant.

Tous les matins, je me lève en rage.

Contre quoi ?

N'importe quoi, tout, rien.

J'arrive jamais à me calmer avant ma deuxième tasse de café.

Il y a des peintres de la nuit comme Rembrandt ou Georges de Latour.

Mais il y a très peu de peintres de l'aube.

Parce que l'aube, c'est l'heure de la mort, l'heure de la lumière glauque.

Il y a Géricault et surtout le Caravage.

Je t'avais apporté quelque chose J

'espère

que tu vas aimer ça

Dure nuit?

Comme je les aime.

J'ai encore pissé du sang tantôt.

Beaucoup? Le bol était plein.

C'est comme ça tous les matins depuis une semaine.

Mais c'est quoi?

Ils savent pas. Ils font des tests. Mon Dieu, t'es tout mouillé.

Venez manger.

Je vais faire des oeufs avec du bacon.

Ça, je suis capable.

T'as bien l'air en forme, toi.

Moi, la campagne, ça me fait du bien.

Dominique, Diane, Claude, ils vivront jamais avec personne.

Ils seront toujours abandonnés.

Pierre et Daniel, ça durera pas. Dans un an, ils vont être séparés.

Avec nous, ça fait 20 ans qu'on est ensemble.

C'est ça, l'amour.

C'est quelque chose qui dure, c'est quelque chose qui est assez fort pour

supporter la maladie d'un enfant, la vieillesse.

Je veux dormir avec toi, moi, le restant de mes jours.

Besoin d'aide?

Oui, peut-être.

Laisse.

Est-ce que je vais pouvoir vous revoir?

Évidemment. Pourquoi tu demandes ça?

Je sais.

Vous écoutez des fois, on ne sait pas trop quoi penser.

Words are cheap, baby.

Ça veut dire quoi?

Écoute pas ce que je dis.

Et touche-moi.

Ça, c'est comme l'histoire de Robert Sommel qui s'en va aux rencontres

muséologiques de Venise.

Je le sais, j'étais avec lui. Ah oui, c'est vrai.

Alors, t'es au courant qu'il y a eu une aventure brûlante avec une Italienne?

Non, c'était pas tout à fait une aventure. Il a passé une nuit avec

Francia de Cam, la spécialiste des polaï-bojo.

En tout cas, moi, sa femme m'a dit que ça avait été beaucoup plus qu'une nuit.

Non, seulement la dernière nuit, c'est lui qui me l'a dit. En tout cas, ce qui

est arrivé, c'est que quand il est arrivé à Montréal, il a dit à sa

femme... Il a rien dit à sa femme.

Comment ça?

C'était elle-même qui m'a l'a raconté. C'est lui qui m'en a parlé.

Bon, bien, écoute, on va demander à Dominique. C'est un de ses amis.

Dominique? Oui?

Robert Turmel, qu'est-ce qu'il a raconté à sa femme en revenant d'Italie?

Je sais pas.

Il a dit qu'il avait eu une aventure? Mais non.

Moi, la façon dont j'ai compris l'histoire, c'est qu'au moment où il

allait avouer, sa femme lui a dit qu'elle avait couché avec un autre homme

pendant son voyage.

C'est ça qu'il a jeté par terre. Sa femme lui a jamais dit ça?

Mais non, c'est impossible, ça.

Non, ce qui s'est passé, c'est que sa femme se doutait de quelque chose. Non.

Sa femme se doutait de rien. Oui, c'est ça, parce que c'était douter de quelque

chose. Écoute, ça se sent, ces choses-là. Non. C'est lui qui a senti un

malaise. Non, écoutez, je connais très bien Robert.

Il m'aurait pas menti.

En tout cas, il y en a un des deux qui ment. Puis moi, je serais plutôt portée

à faire confiance à sa femme.

Moi aussi, tant qu'à ça.

Au fond, c'est un hyper sensible.

C'est vrai.

Oui, c'est surtout la peau qui est sensible.

Tu trouves qu'il a la peau sensible, toi?

Viens m'aider.

C'est ça, hein?

Donnes-tu toujours tes cours de piano?

Deux après-midi par semaine.

Avec les enfants, c'est difficile.

Tu pourrais les faire garder?

Deux, trois.

Moi, je vous jure que ça s'est passé comme ça.

Moi, j'ai l'impression qu'on ne saura jamais vraiment le fond de l'histoire.

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