All language subtitles for La.Crim.S05E03

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Original subtitles

5h45, cité d'artistes, quartier désert.

1, 2, 3, 4, 5 marches métalliques d'accès.

Monsieur le procureur.

Commandant, capitaine.

Julien Varro, sculpteur et propriétaire des lieux. Sa femme et son fils.

Bref, toute la famille.

Enfin, presque.

C'est Camille Varro, la belle-fille de Varro.

Apparemment la seule rescapée du massacre.

D'après ce que j'ai compris, il y a eu un vernissage qui s'est prolongé tard

dans la nuit.

Ça s'est passé vers 4h30 du matin.

Les derniers venaient de partir.

La pauvre a dĂ» assister Ă  tout.

Un miracle qu'elle n'y soit pas passée elle aussi.

Allez, bon courage.

Merci.

Qu'est-ce qui s'est passé ? Tout le monde était parti.

Il restait que nous.

Il est arrivé.

Qui ça, il ? Je ne sais pas.

Il avait une cagoule.

Il s'est mis Ă  tirer.

Il y avait du sang partout.

Je me suis cachée.

Occupez-vous d'elle et vérifiez s'il y a quelqu'un à prévenir.

Putain, elle perd toute sa famille comme ça.

Bien, la victime est allongée, à plat dos sur le sol, deux orifices d'entrée

de projectiles, le premier à 5 cm de l'axe médian et le deuxième à 17 cm

de la clavicule gauche.

Elle était où la jeune fille quand vous l'avez trouvée ? Elle était là-bas,

recroquevillée, à côté de la statue, en état de choc.

Ils sont tous équipés de systèmes de surveillance, mais bon, il faut dire qu

'il y en a pour un paquet de pognon dans ces ateliers.

Alors ils ont fait appel à une boîte privée pour la surveillance nocturne et

pour surveiller les abords.

Et vous faisiez votre ronde quand c'est arrivé ? Alors, moi je suis chef de

poste, c'est mon collègue qui fait les rondes.

Il avait fait la dernière depuis à peu près dix minutes avant qu'on ait entendu

les coups de feu.

On s'est précipité ici, on a vu le carnage, on a appelé la police tout de

suite.

Chier Ă  la crime, lĂ .

C'est pas vrai que j'ai que ça à foutre, moi, de me lever aux aurores pour aller

découper des cadavres.

Ouais, je suis sûre que non, docteur Salinas.

Faites un IML.

Il n'y a pas que le cadavre qui vous précède.

C'est votre réputation. Bien sûr, calibre 22.

Excusez-moi, j'arrive pas à me souvenir de l'écoute, famille.

Sans blague.

Faites comme tout le monde.

Appelez-moi Fred. Fred, c'est un petit peu androgyne, ça. Vous n'avez pas

quelque chose de plus féminin en deuxième position ? Clotilde.

Clotilde. C'est mérovingien, ça, non ? D'accord. Alors, vous auriez aimé quoi ?

Rebecca, Samantha,

Laetitia ? Oui, les prénoms de femmes lipues. J'ai connu une Martine et une

Solange, qui avaient des bouches en tout point remarquables.

J'ai mĂŞme connu une Lucienne.

Elle avait un talent fou.

Bah alors, imaginez de quoi une mérovingienne androgyne est capable.

Ah, mais simple question d'apprentissage.

Alors ça y est, tu t'es décidé ? Faut pas m'en vouloir pour le tutoiement. C

'est une habitude des anciens de la DAS.

Tout le monde se tutoie.

Ça va, ça te gêne pas ? Non, non, au contraire.

T'en veux un ? Non.

T'as tort.

Tu vas en avoir besoin jusqu'Ă  ce soir.

Les bureaux de l'aide sociale, c'est pas ce qu'il y a de plus marrant.

Tu m'as déjà pris rendez-vous.

Tu veux revoir ta mère ou non ? C'est tout.

Tu sais, ce qui est le plus important, c'est le premier pas.

Faut pas attendre.

Et puis t'inquiète.

Si t'as un coup de bouche, je serai lĂ .

Merci Marc.

Qu'est-ce que tu fais ?

Des courses ? Des courses ? Supermarché ? Pourquoi tu fais des courses ? Mais tu

vas pas porter des sacs de... T'es en train de porter des sacs de Mario Poit !

Tu vas... Écoute, je vais t'envoyer quelqu'un qui va te... Hein ? Mario ?

Mario ? J'ai eu les résultats du labo.

Aucune trace exploitable vu l'affluence au vernissage. Il y a des traces

partout. Alors, la famille Varro, ça donne quoi ? Famille Varro... Oui, bien

sûr, alors... Famille Varro...

Julien Varro, 55 ans, ancien prof au Beaux-Arts. Il a abandonné l

'enseignement et s'est consacré à son art quand la cote de ses œuvres a

commencé à monter. Le succès d'ailleurs ne s'est pas démenti puisqu'il a même

connu une renommée internationale.

Pas grand-chose sur Christine Varro.

Non.

Si. Sa femme, 54 ans, sans profession et elle se consacrait exclusivement Ă  son

mari.

Bruno Varro, il y a aussi le fils unique qui dirigeait une boîte d'installation

et de maintenance de réseaux informatiques. Et c'était le mari de

Camille Varro ? Exact, Camille Varro est une ancienne élève de Varro père.

Elle a créé sa galerie et puis elle est devenue l'agent artistique de son ex

-prof avant d'épouser le fils.

Et comment va-t-elle ? Elle est Ă  l'hĂ´pital en train de voir son psy. Elle

devrait être chez elle dans l'après-midi.

Elle voulait que je la convoque.

Oui, si elle peut se déplacer, oui.

Bon, la balistique, ça dit quoi ? Bien, l'arme utilisée pour les crimes est un

22 longs rifles, 8 projectiles ont été tirés, 5 ont atteint leur cible, 3 se

sont égarés dans le décor, ce qui écarte pour nous l'hypothèse de l'acte d'un

tueur professionnel.

La répartition des étures retrouvées sur le sol indique que les tirs ont été

effectués à partir de deux positions bien distinctes. De la première...

Le tueur abat le sculpteur, puis il se déplace et de la deuxième position, il

fait feu sur Madame Varro et son fils probablement dissimulé derrière l'une

des sculptures.

Et Camille Varro, elle était dans l'atelier, pourtant il ne l'a pas vue ?

C'est ce qui est surprenant, voyez-vous, car si Camille Varro se trouvait bien

cachée derrière la sculpture où l'ont trouvé les vigiles, de la position qu'il

occupait, le tueur ne pouvait manquer de l'apercevoir.

Et il l'aurait épargnée, pourquoi ? Il en voulait peut-être seulement aux

Varro, parents et fils.

Il avait une cagoule, elle ne pouvait pas le reconnaître.

C'était pas la peine de la buter.

Ou alors il connaît Camille Varo et pour une raison quelconque, il n'a pas voulu

la tuer. Ou alors, troisième possibilité, Camille Varo nous ment.

Elle a buté toute sa belle-famille. D'ailleurs, aucun des vigiles n'a vu

personne sortir de l'atelier. Les autres ateliers étaient vides aussi. Je peux...

Quoi ? Juste... Je peux ? Oui.

Bon, quelqu'un veut un café ? Allô ? Allô ?

Le fait d'appartenir Ă  la crime ne vous dispense pas d'arriver Ă  l'heure,

lieutenant.

Un mot d'excuse, commandant.

Qu'est-ce que c'est ? Une main courante de Julien Varro.

Je suis passée au commissariat du quartier des ateliers.

Un des bleus m'a dit qu'il y a cinq jours, Varro avait déposé une plainte

pour harcèlement.

Un type du genre nerveux lui réclamait de l'argent. Un cinglé qui se prétendait

ĂŞtre son fils.

Un fils naturel ? Ça...

Enfin bon, ils ont convoqué le gars, lui ont dit que ça allait comme ça, et

apparemment le message est passé puisque le type s'est calmé. Julia Rougerie, née

en 1981, domiciliée au 178 rue des Pyrénées, c'est ça ? Ouais, j'ai

vérifié. Rougerie a un casier.

Belle brochette de déliant toujours pendant l'adolescence, qui se termine

par un braquage.

Il est resté deux ans en taule, et là, il vient de sortir depuis six mois.

C'est putain dangereux.

Merci, lieutenant.

Pas de quoi, commandant.

Pardon. C'est quand même génial comment on peut parler à un bébé qui est en

vente de sa mère, quoi.

C'est une fois qu'il est sorti qu'il y a comme du brouillage sur les ombres.

Ah, quoi, ça existait pas de ton temps, la panomie ? De mon temps, les futurs

papas se contentaient de griller un paquet de clopes en salle d'attente

pendant que leur femme accouchait.

Ils faisaient pas chier le monde avec l'avancement des travaux en nous gavant

de conneries New Age, d'accord ? Oui, on peut me regarder comme ça.

Qu'est-ce qu'on fait, on l'interroge un peu d'abord ou tu le flingues tout de

suite ? Pauvre con.

Non, désolé, c'était pas... Désolé.

C'est quoi ce bordel ? Police criminelle.

On cherche Julien Rougerie.

Vous savez si c'est lĂ  qu'il habite ? Qu'est-ce que vous lui voulez ? Vous

pouvez pas lui foutre un peu la paix ? On voudrait lui parler. Vous savez, on

peut le joindre.

Là, ça fait six mois qu'il est sorti de prison.

Maintenant, il est libre et je suis pas sûre qu'il ait envie de parler avec des

flics. Si vous voulez éviter de finir de vous réveiller au poste, vous feriez

bien de répondre à mon collègue.

À centaines de portiques à côté de Brest.

Depuis quand ? Depuis hier.

Vous avez l'air de bien le connaître.

On couche ensemble, c'est ça que vous voulez savoir ?

Oui, c'est ça.

Vous l'avez vu quand pour la dernière fois ? Hier soir.

Je lui ai filé ma voiture, il m'a accompagné au bar où je travaille, il a

pris la route.

Pourquoi vous le cherchez ? On voudrait l'entendre.

Au sujet d'un triple meurtre.

C'est pas possible.

C'est pas un criminel.

La meilleure façon de le savoir, c'est de lui parler.

Vous savez où on peut le joindre ? Un portable ou un numéro de téléphone à

Brest ?

Sans titre, numéro 18.

Toute suggestion sera bienvenue.

Je déteste intituler mes œuvres ainsi, mais que voulez-vous ? Mon inspiration

procède de l'instinct, de l'innommable, littéralement.

Même Solers en est resté sans voix.

Vous imaginez ça, Solers, qui ne dit rien ? Ok, Julien Varro, vous le

connaissiez bien ? Depuis que j'ai installé mon atelier ici il y a six

mois, nous nous sommes vus quelques fois.

Nous n'avions pas grand-chose Ă  nous dire.

Pour quelle raison ? Si vous aviez jeté un œil sur ses productions, vous

conviendrez que nous n'avions pas tout à fait la même conception de la féminité.

Et sinon, c'était quel genre de voisin ? De plus en plus bruyant.

Ah bon, c'est-à-dire ? Ces derniers temps, il avait pris la désagréable

habitude de se chamailler avec une jeune femme répondant au prénom claudélien

de...

Camille. Ne vous méprenez pas, je ne compare pas Varro à Rodin.

Ouais, et il se chamaillait à propos de quoi ? Aucune idée.

C'était bruyant, certes, mais indistinct.

Et puis je n'ai pas pour habitude de coller mes oreilles contre les murs.

Encore se serait-il livré à quelque activité sexuelle, mais là... Oui, mais

ce qui n'était pas le cas.

Malheureusement, non.

Ok. Eh oui, vous le connaissez ? Ça ne me dit rien.

Cela dit, je n'éprouve aucune émotion pour les visages.

Seuls les corps m'intéressent.

Bon, ben, soyez sympa. Vous mettez ma tĂŞte Ă  la place de mon cul et vous

oubliez le tout, hein ?

Je l'ai déjà vu dans l'atelier.

Plusieurs fois, mais... Je pourrais pas vous dire qui c'est.

Il était là, le soir du vernissage ? Non.

Mais c'était pas vraiment un vernissage.

Ce cocktail a été organisé pour fêter la première expo de Julien dans une galerie

importante Ă  New York.

Seuls les amis proches de la famille étaient invités.

Qui est-ce ? Un certain Julien Rougerie.

Un jeune homme au casier judiciaire extrêmement chargé et qui harcelait

votre beau-père.

Harcelait mon beau-père ? Pour quelle raison ? Julien Rougerie lui réclamait

de l'argent. Il prétendait être son fils naturel.

C'est ridicule.

Mon fils caché.

C'est impossible.

La seule chose que nous savons jusqu'Ă  maintenant, c'est qu'il porte le mĂŞme

prénom.

Et c'est effectivement à la raison invoquée par Julien.

D'après un voisin, vous auriez eu plusieurs altercations avec votre bon

père ces derniers temps.

Ne voyez pas de malice dans cette question, mais pourriez-vous nous dire

quel était l'objet de ces chamailleries ? Julien venait d'accepter la

proposition de Louis Arca.

Un galeriste de renom qui désirait devenir son nouvel agent.

Mais pourquoi changer d'agent ? C'est vous, non, qui l'avez suivi depuis le

début ? Je me suis battue pendant dix ans pour que son talent soit reconnu.

Sans moi, il n'aurait jamais abandonné les beaux-arts pour se consacrer à la

sculpture. Joyeuse façon de vous témoigner de sa reconnaissance.

C'est exactement ce que j'ai pensé quand j'ai appris la nouvelle.

D'où la violence de ma réaction.

Mais au bout du compte, j'ai bien été obligée d'admettre qu'il avait raison de

faire ça.

Zarca, c'est quelqu'un qui compte dans le milieu.

Je ne suis qu'une petite galeriste alors que Zarca pouvait lui offrir de

véritables opportunités, notamment à l'étranger.

Ce qui veut dire que vous étiez réconciliée, d'où votre présence au

cocktail.

J'avais bien trop d'admiration pour lui reprocher quoi que ce soit pendant

longtemps.

Surtout, je vous l'ai dit.

Julien avait fait le bon choix en signant avec Zarca. Avez-vous une idée

de la raison pour laquelle l'auteur vous a épargnée ? Il m'a pas vue.

Je m'étais cachée derrière une statue.

Je crois, voyez-vous, que cette raison n'est pas suffisante pour expliquer ce

comportement.

Nous avons détaillé tous ces déplacements à l'intérieur de l'atelier.

Et il apparaît que de la dernière position qu'il a occupée, il ne pouvait

manquer de vous apercevoir.

C'est un point capital.

S'il ne vous a pas tué, c'est qu'il avait une bonne raison de ne pas le

faire. S'il vous plaît, nous aimerions bien connaître cette raison.

Pouvez-vous nous donner un signalement, mĂŞme approximatif, de cet individu,

taille, corpulence, de quelle main tenait-il son arme ? Il

était cagoulé.

Je ne me souviens de rien d'autre.

J'étais terrorisée.

Merci.

Non, je dis merci, c'est tout.

Merci. Bon, je viens d'obtenir l'adresse de Saint-Anne-du-Port-Sic, correspondant

au numéro de téléphone que nous avait filé la voisine de Rougerie. Très bien,

vous prenez le premier avion pour Brest avec Fred.

Vous me trouvez Rougerie, vous l'interrogez, vous m'appelez après.

Bien, nous avons localisé Madame Rougerie.

Elle est hospitalisée au service d'oncologie de l'hôpital Georges

Pompidou. Au service de quoi ? C'est pour les oncolés.

Ça t'est jamais arrivé de te faire oncoler ? Bon allez, Joker, il fait un

fantasmé masculin.

Je ne suis pas sûr que vos gauloiseries soient bien appropriées, capitaine

Scandella. Madame Rougerie est en phase terminale d'un cancer du poumon. Oui, c

'est Cisco.

Trouvez-moi deux billets, aller-retour pour Brest le plus vite possible.

Pour les vacances ? Mais c'est jusqu'Ă  quand tes vacances ? Ah ouais, d'accord.

Non, non, pas de problème.

Mais ouais, on se débrouillera.

Ah, plus deux copains de bahut.

Non mais, c'est pas ça. J'ai 35 mètres carrés, moi. J'ai pas une auberge de

jeunesse.

Oui, non, je suis d'accord que c'est pour dépanner. C'est pas ça, mais c'est

que...

Comment ? Bon, mais d'accord, mais vendredi Ă  8h tapant, vous ĂŞtes partis,

mais vraiment, vendredi, parce que moi, je viens inviter un mec Ă  s'y aller et

je voudrais bien un petit peu d'intimité.

Ah, non, non, non, non, vous venez chercher les clés.

C'est qui ce soir-ci ? T'as un pote ? Tu as un pote qui amène un pit ? Ah non,

non, non, c'est le pote sans le pit. C'est le pote... Bon, écoute, faut que

je te laisse, voilĂ . Oui, d'accord, Ă  demain, salut.

Oh, mais ça va pas ou quoi ? On a un avion à prendre.

Et ton billet.

Ah oui, c'est vrai. Oui, d'accord.

Bordel, ici, écoute... C'est pas moi.

Tu vas nous ranger tout ça, à ce qu'on est là.

J'en ai plus pour très longtemps.

Alors mes souvenirs, je les garde près de moi.

Sur celle-lĂ , je pose pour Varou.

C'est lui qui a pris la photo.

J'avais 35 ans et j'étais enceinte de Julien.

À l'époque, il était prof.

Sculpté encore par passion.

Pas pour le fric, mais pour la gloire.

Et comment a-t-il réagi quand vous lui avez dit que vous étiez enceinte de lui

? Comme un homme.

Marié, père d'un petit garçon, par-dessus le marché.

Il a refusé d'admettre que cet enfant pouvait être de lui.

Et il m'a plaqué.

La fumée vous dérange pas ? Non.

Les infirmières sont au courant, vous pouvez y aller.

Saviez-vous que votre fils avait vu Varro ? Non.

Mais il a toujours su qui était son père.

Je lui dis la vérité dès qu'il a été en âge de comprendre.

Il a détesté son père bien avant que je ne cesse de l'aimer.

Si j'ai jamais cessé d'aimer ce salaud.

Julien a toujours été un gosse révolté.

C'est un gentil garçon pourtant.

La vie nous aura vraiment pas fait de cadeaux.

J'ai toujours suivi la carrière de Varro.

Pas Ă  pas.

C'était plus fort que moi.

La jeune femme à ses côtés, c'est son agent.

Sûrement grâce à elle que Varro y est arrivé.

Est-ce que vous pensez que votre fils aurait pu aller voir Julien Varro pour

lui demander de l'argent ? On n'a jamais rien demandé à personne, surtout pas à

Varro.

Julien aurait préféré mourir plutôt que demander le moindre centime à son père.

Je me suis tapé toute la liste des invités au cocktail.

Ils sont tous d'accord, l'ambiance était bonne.

Varro et sa belle-fille ont passé un long moment ensemble.

Tout avait l'air normal.

Ce qui veut dire que Camille Varro dit vrai quand elle dit que leur bruit, c

'était de l'histoire ancienne.

J'ai vérifié ses comptes bancaires, rien à signaler, pas de mouvement suspect.

Alors, si elle a engagé un tueur pour se venger de Varro, il lui a fait ça

gratos. Ou alors, elle avait une caisse noire.

Et là, il faut se taper toute la montée d'appel.

Alors, je sais que tout y a un temps ce landing de chef, mais avec les jeunes

qui sont partis becquer des huîtres, le coup de main, ça n'a pas de refus, quoi.

Pas long ? Ok, ça vous fait arriver à quelle heure ?

Ok, faites ça.

A tout Ă  l'heure.

Merci.

C'était Cisco.

Rougerie a refusé de les suivre au commissariat.

Il lui a signifié sa garde à vue à 16h. Manque de bol, le personnel de l

'aéroport est en grève.

Le train, ils seront pas Ă  Paris avant 23h.

Ben, ça fait 7h30 de garde à vue foutue en l'air.

C'est bien ? Aron, M. Zarca vient d'arriver.

Bonjour, M. Zarca.

Bonjour.

C'est un drame.

Écouvantable, monstrueux.

Oui, au-delĂ  de l'aspect affectif, la disparition de Julien Varro doit ĂŞtre un

coup dur pour votre agence.

Oui.

Varro était un artiste en pleine maturité.

Un sculpteur de dimension internationale.

Vous savez, le meilleur restait Ă  venir.

Il ne fait aucun doute qu'il allait exploser.

N'avez-vous éprouvé aucune gêne en débrouchant un artiste de cette

envergure chez une consœur à qui Varro devait en partie sa carrière ?

Pour qui vous me prenez, je n'ignore pas ce que Varro devait Ă  sa belle-fille.

Le problème, c'est que c'est lui qui voulait que je m'occupe de ses propres

intérêts. Je n'ai pas manqué de lui faire part de mes scrupules à ce propos,

mais sa décision était prise, que ce soit pour moi ou pour un autre, il a

abandonné Camille. Ce n'est pas ce que Camille Varro nous a raconté.

Elle nous a dit que c'est vous qui étiez allé chercher son beau-père.

Ah oui, mais je sais très bien ce que pense Camille de tout ça, puisque...

Le lendemain de la signature du contrat, elle a débarqué à la galerie, folle de

rage.

Franchement, j'ai essayé de lui expliquer que j'étais en rien

responsable de tout ça.

Mais elle ne voulait rien entendre.

Bref, elle est partie en me menaçant de tout et de n'importe quoi. Par exemple ?

Elle était visiblement trop perturbée pour penser à un seul mot de ce qu'elle

disait.

D'ailleurs, lors du pot, tout semblait réglé entre eux.

Ça n'empêche pas que Camille Varro pense toujours que c'est vous qui avez

débauché ce beau père. Oui, elle a bien dû apprendre la vérité, que ce soit par

ça.

Par sa belle-mère, par Varro ou par Bruno, son mari.

Vous voulez dire qu'ils étaient au courant de la démarche de Varro ? Oui,

Varro ne cachait rien Ă  sa femme.

Quant à Bruno... Quant à Bruno... Écoutez,

l'entreprise de Bruno accumulait des dettes depuis le début.

Varro avait mis la main Ă  la poche Ă  plusieurs reprises, mais depuis un

certain temps, elle commençait à caler.

Pour Bruno, la perspective...

De voir son père passer à la vitesse supérieure n'était pas pour lui

déplaire. Vous voulez dire qu'il aurait joué contre sa femme par intérêt ? Ce

que je dis, moi, c'est que Camille n'était plus à la hauteur de la carrière

de Varro.

Et que Bruno était très bien placé pour le savoir.

C'est quand même elle qui avait lancé Varro.

C'est exactement ça.

Camille est parfaite pour repérer les talents.

Pour les faire démarrer, mais dès que les choses prennent de l'ampleur, elle n

'arrive plus Ă  suivre.

D'ailleurs, le fait qu'aucun contrat ne l'a lié à Varro est tout à fait

symptomatique de son comportement. Enfin, vous croyez vraiment nécessaire

de signer un contrat avec son propre beau-père ? Précisément. Quand on fait

sérieusement ce métier, il ne faut jamais mélanger affaires et sentiments.

Excusez-moi.

Je vous raccompagne.

Bien, toute la famille se lie contre elle et la trahisse, ça reste un mobile

suffisant pour engager quelqu'un.

Et faire passer allègrement tout le monde deviendrait pas. Mais enfin, où

aurait-elle trouvé ce tueur ? Et avec quel argent l'aurait-elle payé ? Jean

-Louis a épluché sa compta, il a rien trouvé.

Et si elle s'était chargée elle-même de la besogne ? Vous la voyez vraiment se

procurer un 22 et tuer froidement tout le monde ? D'autant qu'on a passé l

'atelier au peine fin, on n'a trouvé aucune trace de l'arme. Alors, elle l

'aurait cachée où avant l'arrivée des vigiles ? Bon, écoutez, j'ai un rendez

-vous. Si jamais Fred et Cisco arrivent, vous me prévenez ? Oui, monsieur.

Merci.

Hélène ? Il y a une picanère au sang ce soir à 21h, ça marche ? Ah

non, non, je pense que ce soir non, ça va pas être possible. C'est con, c'était

un coup de bol inespéré.

Tu sais combien de temps il faut s'y prendre Ă  l'avance d'habitude ? Ah non,

non, j'en ai aucune idée, non.

Bon, bah tant pis.

De toute façon, on n'est pas pressés.

Non, on n'est pas pressés.

Merci.

Bonsoir. Bonsoir.

Tu vois l'ambiance ? Ma faute, je suis venu ici, j'étais tout seul.

J'avais les jambes qui tremblaient tellement, j'écoutais que j'allais

partir en courant.

Vraie peur panique.

Tiens, c'est lĂ -bas.

Il y a pas mal d'informations sur votre mère dans ce dossier.

Et croyez-moi, tout le monde n'a pas cette chance.

Je me dois de vous mettre en garde. Les retrouvailles sont parfois dramatiques.

Prenez le temps de bien réfléchir avant de prendre votre décision.

Vous avez prévenu l'avocat de Rougerie ? Il est déjà en train de lui raconter qu

'il a le droit de pas dire la vérité et qu'on est là pour sucrer son café.

Et la visite médicale ? Le tout-bib arrive, justement.

Bien, Rougerie n'en est pas à sa première mise en garde à vue. Il connaît

la partition, n'est-ce pas ? Aussi, me permettrais-je de vous rappeler que la

moindre négligence dans la procédure pourrait nous coûter très cher.

D'autant qu'il ne nous reste plus, voyez-vous, que 16h30 et une poignée de

secondes.

Après votre mère, vous détestiez Varro, alors pourquoi être allé le voir à

plusieurs reprises ? Ma mère va bientôt mourir.

Je sais qu'elle l'a toujours aimé, qu'elle a toujours espéré le revoir.

Je voulais qu'il aille la voir une dernière fois pendant qu'il était encore

temps, c'est tout.

Varro a déposé plainte pour harcèlement, tentative de chantage et menace. Une

version des retrouvailles qui ne colle pas vraiment avec la vĂ´tre.

Varro a refusé de voir maman, alors j'ai insisté.

Ce type l'a abandonné alors qu'elle m'attendait et moi je lui demandais une

seule chose.

ĂŠtre humain au moins une fois dans sa putain de vie.

Et aller la voir avant qu'elle meure, c'est un crime, ça ? On vous a parlé de

menaces, de chantage et de harcèlement.

Qu'est-ce que ça a à voir avec ce que vous nous racontez là ? Je voulais dire,

refuser d'aller la voir. Alors j'ai insisté.

Ce type, c'était vraiment un pauvre naze.

L'idée que tout pouvait remonter à la surface, ça le faisait flipper.

En face de moi, c'était pas Varro, le king de l'art moderne, non, non.

C'était Varro, le petit péteux prêt à tout pour fuir ses responsabilités.

C'était bien son genre d'aller pleurnicher chez les flics et d'inventer

cette histoire de chantage pour se débarrasser de moi.

Bien.

Que faisiez-vous en Bretagne ? J'avais besoin d'air.

Vous savez ce que c'est de voir votre mère mourir sous vos yeux jour après

jour ? Depuis ma sortie de tôle, j'ai décidé de changer de vie.

Ma mère a hérité d'une quasi-ruine du côté de Brest. Je vais la retaper et m

'installer lĂ -bas avec ma nouvelle copine.

Avouez qu'il tombe plutĂ´t bien ce petit voyage, non ? Juste le jour du massacre

de la famille Varro.

Vous ne trouvez pas que ça ressemble un petit peu à un bricolage à Libye, ça,

non ?

J'ai pas tué Varro, ni personne d'autre d'ailleurs.

J'étais à Saint-Anne, point final.

Avez-vous des justificatifs ? Qu'il y a d'autres routes, facteur d'essence.

Moi, c'est tout en liquide et pas de paperasse.

Une petite pause café.

Hein ? Un petit rencard avec la serveuse, genre plutĂ´t canard.

Vous avez bien ça dans vos petits papiers ? On s'est laissé dire que vous

aimez bien ça, les petites serveuses.

Désolé, j'ai tracé direct.

Cela dit, c'est une bonne idée, le café.

Si vous m'en proposez un, je dirais pas non.

Bon, résumons.

Varro abandonne votre mère, mais vous, par la même occasion, la vie est

difficile, solitude, manque d'argent, vous accumulez les conneries et vous

finissez en taule.

Pendant ce temps-là, Varro devient riche et célèbre. Alors vous vous dites que si

vous pouviez vous faire accepter en tant que fils, c'est pas seulement de l

'argent que vous pourriez escompter.

Vous résumez pas là, vous vous délirez.

C'est de la reconnaissance.

Varro comme père.

C'est une renaissance pour vous, Roger.

Varro, j'en avais rien Ă  foutre.

Ce que j'ai fait, je l'ai fait pour ma mère.

Oui, bien sûr, vous n'en aviez rien à foutre.

Alors vous allez voir Varro, et qu'est-ce qu'il fait ? Il vous envoie

les flics.

D'abord, ça vous fait mal, et puis la haine reprend le dessus.

Pas seulement pour cette ordure de Varro, mais pour tout ce qui peut le

représenter à vos yeux, c'est-à-dire son fils, sa femme.

Je n'ai rien Ă  ajouter Ă  ce que je vous ai dit.

Bien.

Que diriez-vous si, selon la formule consacrée, nous reprenions tout depuis

le début ?

Ça va ? Ça va.

Comment ça avance ? Il résiste.

Il sait qu'il a gagné plusieurs heures.

Il attend que ça passe.

Il connaît la combine, hein.

Je suis pas sûr qu'on en tire quelque chose.

C'est ton mec, là, qui te met dans cet état ? Qui ça ? Marc ?

D'une certaine façon, oui.

Ça t'intéresse vraiment ? Non, pas du tout, non.

Le côté gendre idéal, moi... Je peux juste dire que c'est un type bien.

Je peux fumer ? Puis quoi encore ?

C'est l'heure ?

Presque.

Ah, comment ? Est-ce que je pourrais m'absenter une heure ce matin ? J'ai

échographié à 9h.

Enfin, pas moi.

Pas de problème. Bon, 6h pile.

Cher M. Rougerie, nous allons donc procéder à la perquisition de votre

appartement en votre présence, comme la loi nous y oblige.

Mademoiselle, vous n'avez rien Ă  faire ici.

Mademoiselle ! Lâchez-moi ! Restez-le tranquille ! T'inquiète pas, Cécile, c

'est rien de grave, tout va bien. Vous foutez quoi, lĂ  ? Allez !

Je

ne trouve aucune trace, ni aux impôts, ni à la sécurité sociale, ni dans l

'ANER. Ma mère a...

Tout bêtement, on disparaît de la circulation.

Bonjour, madame.

Excusez-nous de vous déranger, on cherche Agathe Bellemont. On nous a dit

qu'elle habitait ici.

Agathe Bellemont... Je m'en souviens, oui, elle a habité longtemps ici.

Pas loin de dix ans.

Vous ĂŞtes de sa famille ? Non, non, on est de la police. On fait une recherche

sur... Ah !

J'avais été sûre.

Vous recherchez l'autre salaud.

L'autre salaud ? Vous avez un autre nom, vous, pour désigner un type qui bazar d

'une femme après lui avoir fait un môme ? Parce que Agathe Bellemont était

mariée ? Non, mariée, non, non.

Il lui a fait sa petite et puis après, au bout de trois mois, il s'est tiré.

Elle habite toujours ici ou pas ? Non, elle avait déjà un gosse d'un premier

lit. Après, elle avait la petite, alors elle ne pouvait pas s'en sortir.

Et il est parti, ça fait bien 25 ans, et puis après, on ne l'a plus jamais revu.

Comment s'appelait son compagnon ? Ah, comment il s'appelait ce pourri ? VoilĂ ,

Thomas, Georges Thomas, c'est ça.

Dans sa lettre, elle me souhaite une vie heureuse, elle me demande de lui

pardonner, elle m'embrasse et puis terminé.

J'ai ma vie à vivre, des mères de toi, ma fille.

Oui, mais ça ne juge pas trop vite.

Cette lettre, ce n'est pas grand-chose et en même temps, c'est déjà beaucoup.

En tout cas, la bonne nouvelle du jour, c'est que Georges Thomas, c'est peut

-être ton père.

Oui, 10 ans plus 25, effectivement, ça colle.

Oui.

Il y a quelque chose que je ne saisis pas très bien, monsieur Rougerie.

Voyez-vous, vous nous avez toujours assuré que vous ne nourrissiez à l'égard

de votre père qu'une souveraine indifférence. Or, que trouvons-nous à

votre domicile ? Les documents.

Nous taillons la marche à suivre pour une recherche en paternité. Pourriez

-vous nous donner les clés, s'il vous plaît, de cet apparent paradoxe ? En

clair, vous vouliez faire cette recherche en paternité, oui ou non ?

Non. Alors, pourquoi consulter ces documents ? C'est ma mère qui me les a

filés. Elle ne supporte pas de me laisser sans rien. Elle a peur que je me

remette à déconner.

Elle voulait que je fasse la recherche en paternité pour le forcer à lâcher un

peu de thunes, c'est tout.

Votre mère affirme avoir toujours mis un point d'honneur à ne rien demander.

Hein, M. Varro ? Non, elle voulait que je fasse la recherche après sa mort.

Pour pas qu'il croit qu'elle espérait quelque chose de lui.

Voilà, elle a insisté pour que je prenne les papillards. Je les ai pris, c'est

bon.

Je les ai mĂŞme pas lus.

Je vous ai dit Varro, j'en ai rien Ă  foutre.

Donc vous ne savez rien de la succession des enfants adultérins ? Mais comment

faut vous le dire ? Je m'en fous ! Vous ignorez que l'enfant adultérin a les

mêmes droits que l'enfant légitime, qu'il peut prétendre à la même part d

'héritage que ses frères, que ses sœurs, s'il a été reconnu.

Et si tel était votre cas, vous hériteriez depuis la mort de Varro de la

totalité du patrimoine familial.

Je vais vous dire quelque chose, monsieur Rougerie.

Heureusement pour vous que vous l'ignoriez.

Parce que si vous le saviez, on aurait été tenté de penser qu'en tuant toute la

famille, vous faisiez d'une pierre deux coups, vengeance et héritage. J'ai vu

Varro que pour lui dire d'aller rendre visite à ma mère et le soir du meurtre,

j'étais en Bretagne. J'ai rien à ajouter.

Bien, nous allons tenter de tout reprendre depuis le début.

Vous voyez sa main, lĂ  ? Ah oui, ah oui.

Disons de la répliquer sur son pouce.

Déshabillez-vous, cabine 2, madame.

Y a un problème ? Absolument aucun.

Pourquoi vous venez de la regarder comme ça, là, maintenant ? Comment je la

regarde ? Comme s'il y avait un problème. Mais je vous répète qu'il n'y

a absolument aucun problème. Attendez, je vous arrête, moi. Dans mon métier, j

'ai l'habitude d'entendre des gens qui me racontent des craques. Alors vous

allez me dire tout de suite qu'est-ce qu'il a exactement.

Ce gamin. Écoutez-moi, avec mon boulot, j'ai l'habitude de voir de futurs papas

comme vous angoisser, donc calmez-vous et je vais vous prescrire un petit

quelque chose.

Je vous l'ai déjà dit, j'étais à Saint-Anne-du-Port-Zic en Bretagne dans

la maison de ma mère.

Seulement personne ne peut le confirmer.

Non. Et tu connais personne dans ce bled ? Quelqu'un qui t'aurait vu ce soir-lĂ  ?

Ben non.

Bon, dis-moi, Ă  3h du matin dans ton patelin, quand il y a une bouche qui

pète, on l'entend, non ? Bon, alors, l'arrivée d'une bagnole, une portière

qui claque, ça se remarque ?

Et lĂ , comme par hasard, personne n'a rien entendu.

Le breton travaille dur le jour et dort profondément la nuit.

ArrĂŞte de me prendre pour un con, Rougerie. Et vous, arrĂŞtez de m'accuser

parce que vous n'avez personne d'autre Ă  vous mettre sous la main. Vous n'avez

rien contre moi, alors laissez tomber, ok ? T'inquiète, on va vraiment trouver.

La remontée d'appel sur la ligne de Varro indique un coup de vin fil passé

de son domicile Ă  un club de tirs d'ambassie d'adresse.

Moussa, Varro a appris s'il y a trois ans et vous ne l'avez pas eu ?

C'est où ? Quelqu'un d'autre a dû lui répondre et lui dire de rappeler plus

tard. Moi, on ne m'a transmis aucun message de sa part.

La communication a duré plus d'un quart d'heure. C'est tout de même un peu long

pour s'entendre dire de rappeler plus tard.

Vous ne nous obligez pas Ă  fermer le club de tir pour savoir quelle personne

serait susceptible de répondre au téléphone à votre place ? Bon, d'accord,

j'ai eu Varro au téléphone.

On se connaît depuis longtemps, alors quand il m'a demandé de lui prêter une

arme... Une arme ? Pourquoi faire ? Mais depuis quelques temps, un mec n'arrĂŞtait

pas de l'emmerder.

Il allait juste lui faire peur pour qu'il lui foute la peine.

Quel genre d'arme lui avez-vous prêté ? La 22.

Il y a un truc que tu réalises pas.

C'est que si tu continues à nier comme ça, on va te coller 24 heures de garde à

vue supplémentaire.

Et si pendant ce temps-là, avant que tu n'aies plus la voix pour une dernière

fois, ta mère crève ? Va te faire fondre dans les ongles, tu l'es !

Tu parles encore de ma mère comme ça, c'est moi qui te crève !

Lâchez-le !

Remène-le aux urgences.

On n'a plus qu'Ă  appeler le proc.

Bien, je crois que nous devrions abandonner l'idée d'une prolongation de

garde à vue. Ça va ? Désolé.

Je ne pensais pas qu'on arriverait lĂ .

Il fait l'air tellement zen.

Allez, vous soignez.

Bon, on vient de me filer les résultats du labo.

Il n'y a pas de traces de sang sur les fringues de Rougerie.

Une heure et demie Ă  l'hosto pour deux points de suture et le convalescent qui

récupère en cellule de garde à vue, on fait quoi là ? Du samu social ? Je

commence Ă  me le demander.

Nous n'avons rien de sérieux contre Rougerie.

Cette garde à vue a tourné à la pantalonnade. Mettons-y fin avant que

tout ça ne se termine en eau de boudin.

Tu les connais le marchand ou pas ? Si on lâche Rougerie, qu'est-ce qu'il nous

reste ? Camille Varo.

Eh oui, depuis le début, la question est, l'assassin l'a-t-il épargné ?

La réponse est tout simplement parce que cet homme cagoulé n'a jamais existé. C

'est une pure invention.

Camille Varro est l'assassin.

Jusqu'à présent, la seule pièce du puzzle qui nous manquait était l'arme du

crime. Certes, nous ne l'avons pas retrouvée, mais nous savons qu'elle

était dans l'atelier. Dans l'atelier, c'est-à-dire à portée de la main de

Camille Varro. Je ne vois pas du tout cette fille faire un truc pareil. Par

rapport à Varro, peut-être, mais sa belle-mère, son mari... Ouais, mais...

Si Zarka dit vrai, elle a quand même été trahie par tout le monde.

Ils l'ont utilisé, puis ils l'ont jeté.

Moi, je pense comme le marchand.

Disco.

Les vigilistes sont arrivés quelques secondes à peine après les coups de feu

et n'ont vu s'enfuir personne.

Je vote pour le marchand.

Jean-Louis ? Moi, j'y crois pas, moi. Il nous reste 3 heures pour passer l'autre

enfoiré à la moulinette.

Après, on verra.

OK, le marchand gagne la manche.

On relâche Rougerie, on se prend une heure de break et on se concentre sur la

piste Camille-Varron.

J'étais tellement en colère, je savais plus ce que je disais.

Menaces, insultes, tout me sortait de la bouche sans que je m'en rende compte.

Ça peut se comprendre.

Découvrir que Varro lui-même avait sollicité les services de Zarka.

C'est Zarka qui vous a dit ça ? Oui.

Il ment.

Tout le monde connaît ses méthodes, des méthodes de rapaces.

Dès qu'il sent qu'un artiste décolle, il emploie l'artillerie lourde pour le

débaucher. Ça n'enlève rien à ses qualités d'agent ou galeriste.

Mais c'est pas l'art qui intéresse Zarka, c'est l'argent, le pouvoir.

Prenons les choses sous un autre angle.

Comment auriez-vous réagi si c'était Varro qui, sous l'influence de votre

belle-mère et de son fils, avait proposé à Zarca de citer un contrat ? Qu'est-ce

que vous insinuez ? J'aurais pu faire une chose aussi épouvantable ? C'est ça

que vous pensez ? Écoutez, c'est pourtant la seule hypothèse qui permet

de comprendre pourquoi vous avez été épargnée. Vous pensez que c'est moi

depuis le début ? Mais mon mari... J'aimais mon mari comme une folle.

Est-ce que vous saviez que Varro possédait une arme qu'il cachait dans l

'atelier ? Une arme, Julien ? Oui, un 22, le mĂŞme qui a servi Ă  tuer la

famille Varro et qui depuis a mystérieusement disparu.

Je n'ai pas tué Julien.

Je n'ai pas tué Christine, je n'ai pas tué Bruno.

Ils étaient ma seule famille, je les aimais.

Pourquoi ils ne m'ont pas tué moi aussi ?

Là-bas, repourriez-vous, s'il vous plaît. S'il vous plaît. Merci de votre

compréhension. Nous allons vous faire accompagner chez vous. Merci.

Ah,

tu dors par terre, ça ne vous dérange pas ? D'accord, d'accord.

Prudence, j'ai qu'un seul trousseau.

Mais ça, c'est à moi. Si vous me le perdez, on est à la porte.

Et pas de bordel avec les voisins non plus, parce que... Pourquoi c'est pour

ma pomme ? Qu'est-ce qu'il y a ? Qui vous fait rigoler ? Rien.

Et au fait, cette échographie, comment elle s'est passée ? Je suis tombé sur

une crétine de tout bibe qui sous-entendait que j'étais un

hystérique.

Mais le bébé, il va bien ? C'est une crétine, je te dis. Donc, elle me dit

que tout va bien, comment tu veux que je la croie ? ArrĂŞte, si elle te dit que

tout va bien... Bon, tu vas pas t'y mettre, toi aussi, il y a un problème,

je le... Merci, beaucoup.

Tout ce que tu pourras trouver au nom de Georges Thomas. Thomas, comme le prénom.

Oui, euh... Assurance, immatriculation de véhicule, contravention, accident...

D'accord.

Merci, Bernard.

Voilà. Bon, je suis allé chercher le courrier, arrivé ce matin chez Varro.

Rien de bien intéressant, mais un truc bizarre, une... facture de vitrier.

C'est la paix.

J'ai eu le psy de Camille Varro tout Ă  l'heure.

Je vous fais grâce du savon qu'il m'a passé.

Elle était dans un état épouvantable, il l'a hospitalisée. Bref, tout ça pour

dire que, d'après lui, elle ne peut pas être coupable et que si c'était le cas,

elle serait incapable de jouer la comédie.

Diagnostic médical contre flair policier.

Où va votre préférence, commandant ? Je vous remercie beaucoup. Au revoir.

Bon alors, je viens d'avoir le vitrier.

Il a bien remplacé la vitre de la porte d'entrée de l'atelier quelques heures

avant le pot. Il a remarqué des traces de sang sur certains bouts de verre.

Vous y allez avec Fred et les gens du labo.

Il y aura peut-ĂŞtre encore quelques traces exploitables.

Je crois que je vais rendre une petite visite Ă  Madame Rougerie.

Ici.

Vous pouvez faire un prélèvement ? Sans problème.

Merci.

Madame Rougerie vient de sombrer dans le coma.

Je me suis permis d'emprunter ses archives.

Voilà. C'est un entrefilé paru dans la presse spécialisée qui relate la

signature du contrat entre Varro et Zarca.

Agnès Rougerie savait que Varro venait de changer d'agent. Par conséquent, son

fils le savait lui aussi. Alors il s'est dit qu'après cette rupture de contrat,

Camille Varro aurait un bon mobile pour assassiner son beau-père.

Oui, et puis il savait que Varro avait une arme Ă  l'atelier puisqu'il l'avait

menacée avec.

Que Camille était au courant ? Oui, je me suis fourvoyé sur toute la ligne,

voyez-vous.

Si Camille a été épargnée, c'est pour qu'on l'accuse.

Bon, il y avait bien du sang sur la vitre de la porte.

Résus B négatif, ça court pas les rues.

Aucun des varots n'est B négatif.

Rougerie, par contre, oui.

En leur lâchant, on a fait de belles conneries.

Bien joué le marchand.

Mais où est l'arme du crime ? Si Rougerie a monté ce plan contre Camille,

on aurait dĂ» retrouver l'arme.

Rougerie bute les varots, il a pas le temps de nettoyer le flingue parce qu'il

sait que les vigiles vont rappliquer.

Alors ils le gardent, le plan de quelque part, le temps de nous le faire

découvrir, pour que le piège soit ferme sur Camille.

Merde.

Vous vous foncez chez Moujri.

Vous faites une perquise chez la copine.

Moujri dans la nature, il faut mettre Camille Varro sous protection.

Mais je croyais qu'elle avait été hospitalisée.

Bon, d'accord.

Ok, merci.

Elle a quitté l'hôpital, elle est rentrée chez elle.

Quentin. Merde ! Elle

est

encore vivante.

Commandant Vallonde, la brigade criminelle.

Oui. Envoyez une ambulance au 75 boulevard Voltaire, deuxième étage

gauche.

Blessure par balle, ça a l'air assez grave.

Donnez ordre Ă  toutes les voitures de boucler le quartier.

Rougerie s'est enfuie par la fenĂŞtre.

Vous ĂŞtes vraiment une bande de connards.

Venir m'arracher du chevet de ma mère, je vous emmerde ! En attendant, on a

trouvé ça.

C'est ta voisine.

Et alors ? J'ai pas de machine, je fais ça chez elle.

Ça c'est quoi ? J'en sais rien.

Et le rhesus B négatif, tu sais pas ce que c'est non plus ? Je comprends rien à

ce que vous dites. C'est pas grave, on va t'expliquer.

Le jour du massacre, t'es allé chez Varro à l'atelier.

T'as cassé la vitre de la porte. Tu connaissais les lieux, tu savais très

bien que Varro dans la journée ne mettait pas son alarme.

Remonte ta manche. Va te faire foutre. Toi va te faire foutre, remonte ta

manche ! Je t'ai coupé en cassant la vitre.

Là, on a retrouvé ton sang là-bas.

Vous vous ĂŞtes introduit dans l'atelier de Varro pour lui voler l'arme avec

laquelle vous l'avez tué, lui, sa femme et son fils. La même arme avec laquelle

vous avez voulu nous faire croire au suicide de Camille Varro.

Monsieur Rougerie, votre mère vient de décéder. Au moins, aura-t-elle échappé

au désespoir de savoir que son fils était responsable de la mort du seul

homme qu'elle ait jamais aimé ? Qu'est-ce que vous en savez ? Vous avez

rien compris, rien ! C'est elle qui m'a forcé à aller voir Varro.

Elle savait qu'elle allait y passer, elle voulait qu'il m'aide avant de

sortir, c'est tout.

Il nous devait bien ça, ce connard.

Quand elle a su qu'il m'avait menacé avec un flingue, elle est devenue

dingue.

C'est elle qui a imaginé tout ça dans les moindres détails.

Elle, elle se vengeait de Varro et moi, je récupérais le fric.

Ce qui vous arrive est bien plus terrible que vous m'imaginez.

Soit elle vous a menti, soit elle a pris ses désirs pour des réalités.

Nous avons fait faire une analyse de votre sang et de celui de Varro.

Ça n'était pas à votre père.

Elle est sortie du coma.

Sa vie n'est plus en danger, mais... Elle risque de rester aveugle.

C'est bien que vous soyez venu.

On ne peut pas dire qu'on soit pressé beaucoup à son chevet jusqu'à présent.

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