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Zulu
...
Explosion d'un flash
- Le mari est mort. - Assommé, étranglé.
- La femme, bâillonnée et ligotée.
La mère de celle-ci,
étranglée, dans leur hôtel dévalisé.
- Un beau crime ! Double homicide
chez Pompe Funèbre !
- Je vous présente
le commissaire Cochefert,
qui dirige l'enquête.
- Mes condoléances.
- Vous êtes ? - Inspecteur Jouin.
- Le Panthéon, p. 2.
Le crime, p. 1,
sur trois colonnes.
- Zola au Panthéon,
c'est historique.
- Zola n'a pas de seins.
Mme Steinheil en a de beaux,
à ce qu'il paraît.
- "Crache, salope. Où sont les bijoux ?"
Ils avaient des blouses noires,
comme les juifs.
- Déguisés en rabbins ?
- Une femme rousse.
- Qu'as-tu fait ?
- C'est elle. Avec un complice. Peut-être deux.
- En voyant les cadavres,
vous pensez à moi ?
- Tu connais Pompe Funèbre.
- Vous ne l'arrêtez pas ?
- Et si elle est innocente ?
Rire
- Il me faut un coupable.
Tonnerre
Il me faut un coupable.
- "Nuit d'épouvante, de crime et de mystère !"
- Demandez "Le Matin" !
Les vendeurs de journaux crient.
...
- "La veuve : survivante ou complice ?
"Nuit d'épouvante, de crime et de mystère.
"La veuve : survivante ou complice ?
"Nuit d'épouvante, de crime et de mystère."
(- Antoine.)
(Il faut que je passe me changer.)
Tu fermeras derrière toi.
- Weidmann va venir ?
- Maître Weidmann est au Panthéon.
Et moi, j'ai rendez-vous. Une cliente.
Marguerite Steinheil.
Il paraît qu'elle cherche un avocat.
- Elle t'a appelée ? Quand ?
- Hier soir.
- Et tu me le dis pas ! - J'aurais dû ?
- Je suis sur l'affaire Steinheil. - Je sais.
J'imagine que tu n'es pas pressé de la résoudre.
Il ne faudrait pas arrêter ton ami Fiersi ou embarrasser le préfet.
- Jeanne, je suis sérieux. Tu peux pas représenter
cette... - Cette quoi ?
On la soupçonne ?
Vous avez des indices concrets, inspecteur ?
- Ce que je t'ai dit est privé. - Tu parles trop.
Surtout au lit. Mais rassure-toi...
c'est très... fréquent chez les hommes.
- Jeanne !
S'il te plaît !
- Tu comptes me suivre comme ça dans la rue ?
- Jeanne ! - Va voir ta femme.
Elle te consolera.
Musique grave
...
Musique grave
- "Les amis d'Emile Zola,
"qui avaient veillé son corps avant ses funérailles,
"ont tenu à veiller encore, seuls,
"autour du catafalque où, hier, fut déposé le cercueil.
"Et dans le silence auguste de la nuit,
"ils restèrent assemblés.
"Puis l'aube vint et le soleil monta.
"Alors ce fut un éblouissement dans tout le Panthéon
"et les pieux amis se dirent entre eux,
"presque joyeusement :
"'Voilà que la nuit est finie.
"'C'est le jour éternel qui commence. '"
C'est affligeant.
- Un peu de poésie,
ça ne fait pas de mal, quand on n'a rien à dire.
- Pauvre Zola.
Même après sa mort, il faut le déterrer
pour lui infliger un discours du ministre de l'Instruction.
Les phrases interminables,
la médiocrité, le contentement de soi.
- Les morts n'ont pas d'oreille. - Heureusement.
- Au fond, Zola nous rend service.
De Pompe Funèbre à "L'Assommoir", c'est une semaine chargée.
- Vous avez raison.
Soyons reconnaissants.
Allons saluer l'auteur.
- "A 11 h,
"des sonneries annoncent l'arrivée du Président, du président
"du Conseil et des ministres."
Cloche
"Ils sont reçus par le préfet Lépine..."
- Maître Weidmann. - M. le préfet.
- "... qui n'a pas lésiné sur les mesures de sécurité."
"Depuis hier, plus de 300 manifestants ont été arrêtés.
"Tous protestent contre la présence controversée
"du commandant Alfred Dreyfus à la cérémonie.
"La garde républicaine
"et des inspecteurs en civil surveillent les invités,
"pourtant triés sur le volet."
- S'il vous plaît. - J'ai ma carte de presse.
Je suis là pour faire mon devoir.
- J'insiste sur la police
pour faire monter un peu la tension.
- C'est bien.
A 9 h, tu écris ce qui se passe à 11.
- Avec les cérémonies, tout est réglé d'avance.
- Va donc vérifier sur place. Va.
Coupez
"controversée" et envoyez cette daube à la composition.
Et amenez-moi Hutin, dès qu'il rentre.
Musique grave
...
Brouhaha de la rue
... ...
- Inspecteur. - Pas le temps. Cochefert m'attend.
- Le juge Leydet serait un intime de Pompe Funèbre.
C'est un problème, si elle est soupçonnée.
- C'est un cambriolage. - Ah oui !
Trois rabbins et une rouquine ? - Demande à Cochefert.
- Elegance et Tradition.
Le lendemain du crime, trois inspecteurs
vont dans un magasin de chapeaux pour dames.
Le magasin est la propriété d'un certain...
Joseph Fiersi.
Ancien policier révoqué pour brutalité.
Il aurait servi de gros bras à Pompe Funèbre. Des commentaires ?
- Tu fous la paix à Fiersi. Il a un alibi.
- Donc tu confirmes qu'on l'a soupçonné.
Jouin, je fais mon boulot, comme toi.
Tu peux pas me répondre. Je peux demander à un autre.
- Fiersi est un mouchard.
- Mmh ! Il a un surnom ?
- Rossignol. - Joli.
- Si tu cites son nom, tu entraves la justice.
Et là, fini les petits tuyaux.
Tu auras du mal à écrire,
si t'es tricard de la préfecture. (- Donne-moi quelque chose.)
- Mme Steinheil n'y est pour rien.
Son mari était de la jaquette.
Plein de ses modèles sont fichés aux Moeurs.
L'un a pu rencarder de vrais bandits.
- Arrête. T'essaies de m'enfumer. - Je te jure que non.
Tu fous la paix à Fiersi. Tu me fous la paix.
Là, oui, tu seras le premier informé.
- Il me faut du concret, Jouin.
Mon rédacteur bande très fort pour Pompe Funèbre.
Et c'est pas le seul.
- Le rapport d'autopsie t'intéresse ?
- Mmh.
Brouhaha
- Non.
Je ne posais pas pour Steinheil.
Il faisait des portraits et des paysages.
Je ne pose que pour un seul rôle.
- Lequel ?
...
Ah !
Musique grave
- Cochefert est là ?
- Chez Bertillon.
- On a le rapport d'autopsie de Steinheil ?
- Sur mon bureau. Suivant !
... ...
- A charge de revanche.
- Vous êtes modèle ? - Ah non. Contrôleur.
Métropolitain.
La ligne Villiers-Gambetta. Toujours le même wagon.
- Et ? - Hier soir, sous une banquette,
j'ai trouvé un carton, genre bristol. Plutôt chic.
Voilà.
Alors forcément, moi,
j'ai reconnu le nom. Et juste à côté...
j'ai trouvé ceci.
Musique de suspense
...
- Bon !
L'impasse Ronsin, les empreintes, on oublie.
Trop de monde.
L'ouate, en revanche, m'intéresse.
Voyez le tampon
qui a servi à étouffer Mme Japy.
Lourd, détrempé, baveux.
Mais l'ouate qui aurait bâillonné Mme Steinheil...
Sec !
- Elle n'a pas été bâillonnée ? - Pas avec ce tampon.
Entre nous, c'est elle. Pompe Funèbre. C'est sûr.
Ces histoires de lévites,
c'est de la foutaise !
- Fiersi a un alibi.
J'ai vérifié. - Quoi d'autre ?
- Le juge est un habitué de l'impasse.
- Comme beaucoup de monde.
- Pompe Funèbre est une moucharde.
Elle rencarde le préfet Lépine.
- Cette affaire...
m'emmerde !
Les cadavres attirent les mouches. Là, c'est le festin !
Le public en redemande.
30 hommes sont sur ce crime,
à interroger tout le quartier,
à rechercher des hommes en noir,
dont des juifs.
18 rouquines dénoncées depuis hier, et toutes à interroger,
sans compter les modèles de Steinheil,
tous fichés aux Moeurs.
Il y a de l'écho.
- "M. le président de la République,
"mesdames, messieurs,
"en accordant aux cendres d'Emile Zola
"les honneurs du Panthéon,
"c'est à la mémoire d'un grand citoyen
"que le Parlement a voulu rendre hommage.
"Cet hommage n'est ni prématuré ni excessif.
"Sans doute, ils datent d'hier, les événements au cours desquels
"Zola mérita la reconnaissance de la nation.
"Sans doute celle-ci est encore frémissante
"des passions dont ces événements l'ont agitée.
"Mais faut-il que la reconnaissance nationale
"soit tardive
"pour qu'on la croie justifiée ?" Soupir
- Je sais.
- Oui, M. Guibert, costumier, boulevard Saint-Martin ?
Inspecteur Chandrot, de la préfecture de police.
*- C'est au sujet de ma plainte ?
- Pardon ?
- Trois rabbins.
Une rouquine.
Et si c'était vrai ?
Un cambriolage,
une bande organisée, adepte du déguisement.
- C'est peu crédible. - Justement.
Pourquoi inventer un mensonge
aussi stupide ?
On frappe. Oui !
- Monsieur, j'ai peut-être une piste.
Ce M. Guibert affirme qu'on lui a volé des costumes le 30 mai.
Il les avait loués au Théâtre Hébreu,
rue Saint-Denis.
Il dit que les juifs les lui ont pas rendus.
- Des costumes de théâtre ? - Des robes noires.
Trois. Il a dit "des lévites".
- Mmh...
Echo - "Emile Zola
"n'eut pas la joie de voir
"l'espérance à laquelle aucune déception n'avait pu le faire
"renoncer, devenir une réalité." Lépine ronfle.
"Mais il avait
"cependant entrevu
"les premières lueurs de l'aube triomphale,
"avant l'arrêt
"de justice définitive
"devant lequel s'inclinaient tous les bons Français.
"Une mort soudaine venait l'emporter,
"qui effleurait en même temps
"la compagne à l'âme haute, courageuse
"et discrète,
"sur qui il s'était appuyé avec confiance
"toute sa vie,
"qui avait été son meilleur soutien lors des jours d'épreuve,
"dont la dignité et la noble douleur
"avaient imposé le respect aux violents et fait taire..."
- Cette phrase a commencé il y a un quart d'heure.
- "... sa pieuse affection par-delà le tombeau,
"en un culte touchant qui honore la mémoire du mort,
"à l'égal de l'honneur que la nation reconnaissante
"a voulu lui rendre aujourd'hui."
- LA VICTOIRE EN CHANTANT
NOUS OUVRE LA BARRIERE
LA LIBERTE GUIDE NOS PAS
ET DU NORD AU MIDI
LA TROMPETTE GUERRIERE
A SONNE L'HEURE DES COMBATS
TREMBLEZ, ENNEMIS DE LA FRANCE
ROIS IVRES DU SANG ET D'ORGUEIL
LE PEUPLE SOUVERAIN S'AVANCE
TYRANS, DESCENDEZ AU CERCUEIL
LA REPUBLIQUE NOUS APPELLE
SACHONS VAINCRE OU SACHONS PERIR
UN FRANCAIS
DOIT VIVRE POUR ELLE
POUR ELLE UN FRANCAIS
DOIT MOURIR
- Il a une arme.
Il a une arme ! Attention ! Il a une arme !
- Dreyfus !
Coup de feu et cris
Cris
Coup de feu et cris
Brouhaha
- Hé ! Les gars ! Les gars !
On a tiré sur Dreyfus ! En pleine cérémonie !
Deux balles dans la peau.
Rire
Rires et cris de joie
...
- Il est mort ?
Brouhaha
Est-ce que Dreyfus est mort ?
- S'il est mort, on explose les ventes.
Mon Dieu, faites qu'il soit mort ! - Bon !
Alors, qui a-t-on sur place ? - Goulet,
avec un photographe. - Un seul ?
Musique grave
... Brouhaha
Un téléphone sonne.
- J'ai Goulet
en ligne.
Brouhaha
... ...
- Dreyfus est vivant.
- Et merde !
... ...
- On s'en fout. Qui est le tireur ? On a identifié le tireur ?
- Louis Grégori. Age : 60 ans.
Chroniqueur militaire pour "La France armée" et "Le Gaulois".
Ils l'ont emmené à la préfecture.
Cris de la foule
- Circulez !
- Laissez passer ! - Circulez !
- Ecoutez-moi ! Ecoutez-moi ! Je suis pas
un assassin !
Je suis un patriote ! - Laissez passer !
- J'ai agi seul !
J'ai pas voulu tuer Dreyfus, mais le dreyfusisme !
C'était pas... un attentat,
mais une manifestation ! J'ai pas peur !
... Non ! J'ai pas peur !
Je sais bien qu'aucun jury français
ne me condamnera !
- Il avait sa carte de presse, oui, mais...
j'ai tout de suite vu qu'il était louche.
Dans la police, on développe un flair pour ce genre de chose.
Vous savez,
je n'ai pas pensé au danger.
Je n'ai fait que mon devoir.
Inspecteur Quemener.
Q, u, e, m, e, n, e, r.
N, e, r.
- On peut tout prévoir, sauf un désaxé, un solitaire.
Il n'a pas fait trop de dégâts : Dreyfus est en vie
et la cérémonie s'est déroulée comme prévu.
Une centaine d'arrestations, tout au plus.
Paris est tranquille.
Naturellement.
Bonne journée, monsieur le ministre.
Oui ?
- Le commissaire Cochefert et le juge Leydet sont là, monsieur.
C'est au sujet de l'affaire Steinheil.
Musique de suspense
...
- Mon mari était un homme très simple.
Il disait toujours : "Pour l'artiste,
"la seule postérité réside...
"dans l'oeuvre."
Il aurait refusé que je dilapide l'héritage de notre fille
dans des futilités. Non.
Les cérémonies grandioses, il les laisse à d'autres.
Des pas approchent.
- Le courrier de Madame.
Maître Chauvin est dans l'atelier. - Merci.
Remy !
J'ai lu les entretiens que vous avez accordés à la presse.
C'est bien. Continuez : vous allez devenir...
une vraie célébrité.
Toutefois, j'aimerais que vous limitiez vos épanchements,
dans la mesure où ils concernent ma vie
et ma famille.
- Désolé, je n'avais pas pensé... - Vous êtes gentil, mais...
vous n'êtes pas fait pour la lumière.
Où en étais-je ? - Aux cérémonies grandioses.
- Ah non. Non. Vraiment...
Des funérailles simples, dans la plus stricte intimité.
- Et pour Madame votre mère ?
- Enterrements séparés.
Adolphe était catholique. Elle, protestante.
Musique mystérieuse
...
- "Le Monde du crime."
C'était pour sa prochaine série. Le vernissage
était prévu pour septembre.
Mon père lisait des feuilletons.
Les affaires criminelles plaisaient,
alors il cherchait à plaire.
- C'est très beau. - Non. C'est laborieux.
Ma mère lui disait :
"Tu n'as pas de talent. Que de la technique."
- Je suis désolée.
Musique mystérieuse
...
- Seul dans sa cellule de l'île du Diable,
le prisonnier a perdu tout espoir.
Râle
...
Il reçoit en rêve la visite de trois figures amicales.
Il reprend foi en l'avenir.
...
- Un peu comme les Rois mages. - Oui.
Ou les sorcières de Macbeth. En plus optimiste.
Pour cette scène, il nous fallait des lévites.
La commande a été faite au costumier habituel, le jeudi.
Il nous a envoyé le tout samedi par un garçon de course.
A l'heure d'entrer en scène, les lévites manquaient.
Il a fallu improviser. On a cru à un oubli du costumier,
mais voilà qu'il nous les facture.
Nous allons payer, bien sûr.
- D'après le costumier,
il vous a fait envoyer les lévites dans l'après-midi du 29.
- Cela ne prouve pas qu'elles sont arrivées chez nous.
On a pu les voler pendant le trajet.
Veuillez m'excuser.
Nous devons réécrire la fin de la pièce.
Musique de suspense
- Donc, les lévites existent.
- Ca reste à prouver.
J'ai chargé Jouin de vérifier cette piste.
- C'est ce que je pensais.
C'est un cambriolage. Mme Steinheil
est innocente.
La façon dont les journaux la traitent est scandaleuse.
Une conférence de presse... - Hors de question !
- Je suis d'accord avec le commissaire.
Nous ne parlerons pas des lévites.
- Mais enfin... - Vu les circonstances, il me paraît
inopportun de crier sur les toits
que ce crime est encore un coup des juifs.
Conversation étouffée
Musique grave
...
- "Le Matin", 6, boulevard Poissonnière.
Passez-moi la rédaction,
M. Labruyère, de la part de Louise Lépine.
- Une dernière question, monsieur.
Marguerite Steinheil est-elle une informatrice de police ?
- Oui.
Quoi qu'on pense de sa moralité,
elle a rendu de grands services à la préfecture.
- Et à vous personnellement.
- Faites attention à ce que vous dites.
- Retirez-moi cette affaire.
...
Musique douce
...
- Ma mère n'est pas une sainte,
mais ce qui s'écrit sur elle !
- Je regrette, madame. Pour déplaisants
qu'ils soient,
aucun de ces articles ne me paraît diffamatoire.
Quant à vous porter partie civile, il faudrait des accusés,
un dossier solide.
- Vous refusez de me représenter ? - Je dis
que vous n'avez pas besoin d'avocat. Vous êtes victime.
- Pour l'instant.
Je suis une femme.
Ils jugent ma vie de femme,
au lieu de chercher l'assassin.
Ils feront bientôt de moi une meurtrière.
Ils s'en prendront à toi, ma chérie.
- Mademoiselle est mineure.
Elle ne peut être interrogée sans votre consentement.
- Je ne le donnerai pas. - Je n'ai rien à dire,
de toute façon.
- Je n'ai pas besoin d'un avocat. Soit.
Mais...
il n'est pas interdit d'en avoir un.
Je dois tout de même gérer l'héritage d'Adolphe et celui
de ma pauvre mère.
- Je vois.
- Si j'avais quelques documents,
quelques lettres à faire garder par quelqu'un de confiance...
- Un notaire pourrait s'en charger.
- Dites-moi quel est votre problème. Hein ?
Je ne mérite pas qu'on me représente ?
Ma fille non plus ?
...
- Si.
Bien sûr.
Machine à coudre
- Les lévites sont sortis
le 29 mai. Cela, j'en suis sûr.
Et je suis sûr qu'elles sont jamais rentrées.
C'est sûr.
Je les aurais retrouvées dans mon magasin.
- Qui devait les porter au théâtre ?
- Un commis de course.
- Comment s'appelait-il ?
- Oh... Ca, je ne sais pas. On les prend à la journée.
Ils changent tout le temps. - Vous pourriez le reconnaître ?
- Peut-être.
...
Ces jeunes se ressemblent tous.
- Mmh.
- Julien.
Je crois que c'était Julien.
Musique de suspense
...
- Plus l'enquête avance,
plus je trouve abominable qu'on ait pu soupçonner un instant
Mme Steinheil.
Explosion du flash
Il n'y a jamais eu de conflit entre M. Cochefert et moi.
Nous avons étudié ensemble toutes les hypothèses
et nous tirons les mêmes conclusions :
il s'agit d'un crime crapuleux.
- Quel nom vous avez dit ?
- Fiersi Julien.
- Quelle charge ?
- Vol avec violence, 1907. Alors mineur, arrêté, pas inculpé.
La victime
a retiré sa plainte.
L'archiviste sifflote.
...
- C'est dommage qu'il l'ait raté. - Oui.
...
- Fiersi Julien.
Vous me le ramenez.
C'est le seul exemplaire.
Musique grave
...
- Joseph ?
Tu as de la visite.
- Oui ?
- Marcel Hutin, reporter au "Matin".
- Ca rime.
- J'ai quelques questions.
- J'ai rien à vous dire. - Oui. Bien sûr.
Vous êtes libre de refuser.
Si vous le faites,
votre nom sera dans le journal dès demain.
J'écrirai que vous êtes soupçonné d'avoir été, sinon l'auteur,
du moins le complice du crime
de l'impasse Ronsin. Et puis...
je vous laisserai vous débrouiller avec mes concurrents.
- Venez avec moi.
Fiersi se racle la gorge.
Il crache, puis toussote.
Vous êtes un ancien policier
et désormais un informateur connu sous le sobriquet de Rossignol.
- Je ne peux pas vous répondre.
- Vous avez été en contact avec Mme Steinheil,
il y a neuf ans, à la Sûreté, sous les ordres de M. Puybaraud.
- Histoire ancienne.
- Vous êtes resté en contact avec elle, depuis ?
- Je viens de vous le dire : de l'histoire ancienne.
- Pourtant, les inspecteurs
vous ont interrogé après le crime.
- D'anciens collègues
sont venus me demander de l'aide à titre amical.
J'aurais aimé les aider, mais je vais plus impasse Ronsin.
Je connais de cette affaire ce que les journaux en ont dit.
- Vous êtes informateur. Vous connaissez des gens
louches : apaches, cambrioleurs.
Une de vos connaissances aurait pu participer au crime.
- Je suis père de famille.
Je ne fréquente pas les apaches.
Quand j'étais policier, mes fonctions
m'ont amené à fréquenter ce monde spécial.
C'était il y a longtemps.
Je suis à la retraite.
- Mme Steinheil aurait des amants. Vous en connaissez ?
- Aucun.
- Bien.
Si vous avez
une information...
- J'irai voir la police, comme tout bon citoyen.
Mais, à mon avis...
on ne trouvera pas les assassins.
On a fini ?
- Ecoutez, oui... - Bien.
J'ai une question.
Comment tu comptes sortir ?
Reporter au "Matin". Et tu crois
que ça te donne le droit de m'emmerder ?
Avec ton petit carnet,
tes petits chantages !
Si je te fourre ton carnet dans le cul,
t'en feras une nouvelle ou juste un fait divers ?
Fracas
...
- Celui-ci vous va très bien. - Merci.
- Qui t'a envoyé ici ?
- Inspecteur... Jouin.
- C'est Jouin qui t'a dit de venir ?
- Je l'ai suivi et fait parler.
- Jouin t'a dit qu'on me soupçonnait ?
Musique de suspense
...
Lève-toi.
Arrange-toi. T'es tout fripé.
On retourne dans le magasin. Tu vas sourire aux dames
avant de me dire au revoir et merci.
Mmh ?
- Au revoir et merci.
Au revoir et merci. - Mais de rien !
C'est naturel. Je suis un lecteur
fidèle du "Matin" depuis des années.
Je ne lis rien d'autre.
Et... pour la publicité...
je vous appelle.
- M. Labruyère.
Merci de vous être déplacé. - C'est naturel,
Mme Lépine. Je ne pourrai pas rester longtemps.
Hélas, actualité chargée. Petit rire de Labruyère
C'est au sujet de...
- Le concours.
- Oui ?
- L'artiste a rendu son projet pour l'affiche.
C'est bien, c'est élégant, mais j'ai un doute.
"Le Matin" et la préfecture sont partenaires de l'événement.
J'aurais voulu avoir votre avis.
- Le concours Lépine a lieu en octobre.
D'autres sujets plus urgents me préoccupent.
- Oui, bien sûr.
Le Panthéon, l'affaire Steinheil, bien sûr.
Il paraît que l'enquête progresse. Plusieurs lévites
auraient été volées la veille du crime au Théâtre Hébreu.
Vous n'êtes pas au courant ?
Je n'ai rien dit.
- Puis-je voir l'affiche ?
- Voilà.
- Ah, c'est bien.
Labruyère rit.
C'est très bien. Ils rient.
- Il ne faudrait pas un aéroplane ? Une porte s'ouvre.
- Monsieur ?
- Monsieur le préfet.
- Il a eu la gentillesse de passer me parler du concours.
- C'est aimable de sa part.
Au cas où ça vous intéresse, Dreyfus est en vie.
Il est chez lui, en sécurité.
- J'en suis ravi.
- N'oubliez pas de mentionner le courage de Quemener
au cours de l'incident.
Un policier exemplaire. - Bien entendu.
Ce sera fait.
Musique de suspense
...
Au sujet de l'affaire Steinheil...
- Un cambriolage, je crois.
Mais j'ignore les détails.
Voyez Cochefert.
...
Grésillement - Labruyère s'est planté.
Il a complètement négligé l'événement. Zola !
Non, c'est... Il fallait envoyer trois rédacteurs au Panthéon,
en plus des photographes.
- On parle de moi ?
Ici Labruyère, monsieur.
Je viens de lire l'édito de mon collègue Bichon.
Le mot "attentat" collé à celui de Dreyfus
est une provocation politique.
La moitié de nos lecteurs sont anti-dreyfusards.
- "Est." "La moitié est." - Vous voulez les insulter ?
...
*- Nous réprouvons la violence,
mais partageons la frustration d'une partie des lecteurs.
Républicains mais patriotes. Vous avez mieux à proposer ?
*- Oui. Pompe Funèbre.
- Ah ! Encore ?
- Une source à la préfecture m'informe que les lévites existent.
Elles ont été volées la veille du crime
au Théâtre Hébreu, rue Saint-Denis.
C'est exclusif !
- Oh, mais...
Ca aurait tendance à innocenter Mme Steinheil.
- Sauf si elle les a engagés.
*- Steinheil, les juifs,
un petit complot : c'est vendeur.
Musique grave
...
Gémissement de frustration
...
- C'est bien lui.
En même temps...
je peux pas le jurer non plus.
Ca pourrait, oui.
Mais c'est pas sûr-sûr.
Il faudra pas que je témoigne ?
...
- Rentrez, M. Guibert. Vous nous avez bien aidés.
...
Les comédiens du théâtre
sont des étrangers. Ils se connaissent tous.
Un vol sur place est peu probable. - Mmh.
Et côté... costumier,
on peut identifier le commis ?
- Non.
Enfin je vois pas comment : la description est trop vague.
...
Les lévites, c'est une coïncidence. Je crois à la piste des bijoux.
Ils sont reconnaissables. Difficiles à écouler.
Crépitement de la pipe
... ...
...
- Cambriolage.
Les lévites.
Ca ne tient pas debout.
La seule chose de sincère
chez cette femme, c'est qu'elle a peur.
Mais de qui ?
...
Crépitement de la pipe
... ...
Aboiements
... ...
...
- Tu me balances à la presse ?
- Arrête.
... ...
- Tu te pointes chez moi avec deux inspecteurs,
et là, tu m'envoies des reporters ? - Je t'ai envoyé personne.
- Ah oui ?
Et le petit merdeux du "Matin", avec son carnet,
je le dois à qui ?
- Je lui ai dit de te laisser. - Il m'a dit le contraire.
- Tu vas croire qui ? Lui ou moi ?
T'as un alibi. T'étais chez toi. Je l'ai dit à Cochefert.
Mais Julien était où ?
Un pistolet est armé.
- Joue pas à ça.
Pas avec moi.
- Ton fils a volé trois lévites. Au mieux,
c'est un complice. Au pire, un assassin.
- Quand je pense au nombre de fois
où j'ai sauvé tes miches.
- Le costumier peut l'identifier. Lui peut identifier les tueurs.
A ton avis, combien de temps
avant qu'on le fasse taire... - Dieu m'est témoin.
Je te tuerai, si t'approches de mon fils.
Je te tuerai.
Musique de suspense
- Tu crois que ça l'aidera ?
...
- "J'irai voir la police, comme tout bon citoyen."
C'est tout ce qu'il t'a dit ? - Mmh.
- Et il a un alibi ? - Mmh.
- C'est de la merde.
10 lignes en page deux.
"On mentionne un mystérieux informateur surnommé Rossignol."
Etc., etc. - Et le rapport d'autopsie ?
- Le dentier est intéressant pour l'heure du crime.
C'est tout. On jette le reste.
Priorité aux lévites.
On va relier Pompe Funèbre à Dreyfus et aux juifs.
16, impasse Ronsin.
Des hommes en noir venus voler on ne sait quoi.
Des documents secrets ? Des lettres d'amour ?
- C'est de la fiction.
- T'en es sûr ?
T'as du talent, Marcel, mais tu manques de métier.
Mme Steinheil, ici Labruyère, du "Matin".
Je tenais à vous informer que trois lévites
*ont été volées au Théâtre Hébreu la veille du crime.
Ce sera à la une de notre prochaine édition.
- C'est formidable. La police a été informée, bien sûr.
*- Bien sûr.
Cette nouvelle donne beaucoup de crédit à votre témoignage.
Mais...
- "Mais..."
- Madame, je préfère vous prévenir.
"Le Matin" a des sources à la préfecture
*et je tiens pour un fait acquis
que le commissaire ne croit pas aux lévites.
- Pourquoi en douterait-il ?
- Pour lui, c'est un coup de l'intérieur.
*Vous savez, madame, au fond,
il n'y a que deux survivants, donc deux suspects.
Vous ou Couillard.
Musique douce
...
*Madame,
"Le Matin" met à votre disposition
ses ressources humaines et financières
pour suivre toutes les pistes que vous suggérez.
Mais il faut que le public entende votre voix.
- Oui, je... Je comprends.
- Bien, madame.
Au revoir.
- Au revoir.
Musique grave
...
- Entretien exclusif demain matin.
Aiguise tes crayons, Marcel.
- Vous provoquez les nouvelles, monsieur.
- Exactement. Ce n'est plus suffisant d'informer les gens.
Nos lecteurs veulent des dessins, des concours,
des recettes, des trucs pour se faire des amis,
les cours de la Bourse, le pronostic des courses.
Mais par-dessus tout,
ils veulent
des histoires.
Musique mystérieuse
...
- Regarde, c'est papa qui est dans le journal,
parce que c'est un excellent policier.
Il est toujours sur des enquêtes importantes.
Et avec un peu de chance, un jour, il deviendra commissaire.
- Papa ?
Tu vas être commissaire ?
- Pas tout de suite, ma chérie.
Bonne nuit.
T'es obligée de lui montrer ça ? - Elle est fière.
- Elle a bien tort.
- A défaut de voir son père, elle voit des photos de son père.
C'est mieux que rien.
- T'es aussi conne que ceux qui croient
au "Matin". T'es une idiote
et tu fais de ma fille une imbécile.
- Papa ?
Musique grave
...
- Tout va bien, ma chérie.
On va se recoucher ?
...
- Il y en a que pour toi.
Toujours. Tout le temps.
Avec tes enquêtes prioritaires et tes nuits à la préfecture.
Quand tu rentres, je sens son odeur sur toi.
Tu mens à tout le monde.
A moi.
A ta fille. A toi-même.
Je n'attends plus rien de toi.
...
- Dans cette maison, je me sens tout seul.
Je préfère parler avec ce mur
qu'avec toi.
...
- Je veux divorcer.
...
- Tant mieux.
Musique grave
...
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