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Original subtitles

La pluie, Dieu nous bénit.

Un mal, un mal.

Oui, monsieur le maire. Yes, le maire.

Dieu le veut.

Notre belle devise.

Yes, le maire.

Courage, madame la comtesse. Courage, madame la comtesse.

Cher ami, un mal. On s'est promis.

Un mal où je vous éclate le nez. Monsieur le comte, il faut vous retirer

maintenant. Ma bonne amie, vous avez la charge d'assurer la lignée. Ce sera un

mal, je le sens. Mon sang bouge, mes orteils fréquissent. Alors, pourquoi

cette panique, monsieur le comte ? Souvenez-vous, vous avez la charge d

'assurer la lignée.

Vous entendez ? Le grand moment est arrivé.

Dieu se fout de notre impatience.

Il n'est pas pressé, lui. Il patauge dans l'éternité.

Je vous remercie, Dieu.

Il faut vous protéger de la pluie glacée, monsieur le comte. Je me fous de

la pluie.

Je me fous de la pluie.

Merci, mon Dieu. La lignée est assurée. Ça n'est qu'en perche.

M'indexer mon débo.

Petit cœur vaillant.

Dieu t'aime. Il va te guérir.

Je ne comprends pas. Les os, ça se recolle. Oui.

Oui, mais pour les gens de mon petit Henri, vous ĂŞtes impuissants.

Je méprise les impuissants.

Oui, les médecins ici sont impuissants.

Et pourquoi ? Madame la comtesse, pourquoi ? En vous mariant, vous saviez

les risques que vous preniez.

Vous êtes apparenté à votre mari.

Nos mères étaient sœurs. Oui.

On ne donne pas la vie n'importe comment.

Ne baissez pas les yeux.

Rentrez chez vous.

En restant, vous n'aidez pas votre fils Ă  accepter son malheur.

Quel malheur ?

Je t'ai les solitaires aux poches rembourrées.

Petite pomme, petite pomme, t'as vu ? Une poire ? Fais-y de l'oeil, madame

Fourdeau.

Alphonse, comte de Toulouse.

La mĂ´me crevette.

Me ferez-vous l'honneur. Ventre Ă  terre, mon gentil homme. Un gentil homme

mazette.

Il va balser l'aristo.

C'est beau de faire balser la noblesse française.

Ici, c'est chic et beau.

Vous venez souvent dans ce caboulot ? La loupia, le champagne rose, deux

bouteilles pour commencer.

Reste en postéria sur le velours, Alphonse.

Alors, mon comte, de quoi qu'on cause ? De ma semence, bien sûr. De son

inutilité dans le cadre de mon mariage.

Et que je vous en paierai après souper.

Mais mon volant, présente ça comme un cadeau.

T'as mis dans le mille, Alphonse. C'est une liqueur.

Madame la Comtesse.

Dieu a besoin de souffrance pour acheter le monde.

Que Dieu me frappe, pas mon fils.

Dieu est moins bĂŞte.

Il ne va pas vous écouter.

Allez, je vais vous préparer un lait chaud.

Que Dieu me frappe.

Que Dieu me frappe.

Accordez-moi les souffrances que vous lui destinez.

Monsieur Cloche-Pied.

Salut, Nabot.

Pour Madame la Comtesse.

Gabriel et les Cousin Noré vont le distraire. Ils arrivent samedi.

Jeanne d'Armagnac vient aussi ? Jeanne ! Oui, Jeanne ! Oui ! Jeanne !

Elle est lĂ -bas avec Henri.

Jeanne ! C'est Gabriel.

Jeanne ! Ces imbéciles nous défient ! Jeanne !

Quoi ? Je t'écoute, monsieur

Barbu. AĂŻe !

Mon père dit qu'il faut apprendre ce que c'est que la vie avant de se laisser

pousser le poil. Pour lui, qu'est-ce que c'est que la vie ? La chasse et les

femmes. La chasse et les femmes.

Pour toi, la vie, c'est ? La peinture.

Et... Vous.

Je te donne ma vie.

Henri, si l'amour vient, je peux très bien vous épouser.

Jacques, ces petits bonshommes nous dépitent, ils veulent faire une partie

de ballon. Non, pas maintenant, cet après-midi après la promenade. Pourquoi

? Parce que je l'ai dit, et parce que si, c'est moi qui décide.

Mon vieux, cette femme est splendide.

Ses qualités de cœur m'émerveillent.

En pensant Ă  elle, je me caresse trois fois par jour.

Et toi, Ă  qui penches-tu lorsque tu te caresses ?

Ă€ qui ? Gabriel, tu es sourd.

Ça m'étonne pas, la masturbation en sourd.

Monsieur Flashpied, on va faire une promenade.

Non, non, non, d'abord on joue au ballon. Non, d'abord une promenade.

Tu

peins

ta mère comme une reine en exil.

C'est une reine, une déesse.

Une déesse, et moi, je la piétine.

Je la piétine.

Avec vous, je suis une brute.

Pourquoi vous diminuez aux yeux d'Henri ? Henri, la réalité est pire.

Je suis une truie.

Cher ami, dans ce château, je m'ennuie.

Mardi, Ă  l'aube, Ă  Paris, j'offre le lait de mes juments Ă  mes amis.

Amie I.E.

Pourquoi acceptez-vous les maîtresses de mon père ? Peut-on refuser que le soleil

brille ? Ce n'est pas une réponse.

Si.

Interroge ton cœur.

Henri, la peinture, c'est un métier.

La vie aussi, ma chère.

La peinture, Henri, ça se dit, apparaît.

Mais pas d'épices.

De la cannelle et du miel. J'ai une déclaration à faire. Lorsque vous aurez

rempli vos penses, nous organiserons une course en sacs. Très bien, très bien. J

'ai récupéré des sacs de farine géant chez les fermiers.

Jeanne, je vous aime.

Jeanne, répondez-moi ou je vais m'évanouir.

Au moins de pathétique, je vous prie.

C'est de mauvais goût.

Un abo qui fait une demande en mariage et qui tombe dans un abîme, c'est pas

pathétique, c'est rigolo.

L'amour ne se commande pas.

Henri, reste ton ami.

Zamzam y'a mort.

Regardez, un morse amoureux. Je meurs.

Mais, Henri, ta carrière est toute tracée. Le cirque.

Alors,

on bouffe de la peinture, mon vieux ?

Veux-tu entrer dans l'atelier Cormon ? Maître, c'est beaucoup de prétentions

pour un bas du cul.

Beaucoup de prétentions, oui, si j'en juge par vos barbouillages.

Voici les croûtes... Enfin, voici les crottes de monsieur de Toulouse.

Mais, messieurs, pour nous faire oublier ces diarrhées

picturales, notre provincial nous offre...

Nous sommes aux premières groseilles qui arrivent d'Albis, ce matin.

Henri de Toulouse-Lautrec,

éminent peintre français.

Bonne lessive, Henri.

Au revoir, messieurs-dames. Au revoir, messieurs-dames. Au revoir, messieurs

-dames. Au revoir, messieurs-dames.

Mère, voici ton fils, comme il est dit dans l'Évangile.

Henri, vous parodiez les Écritures.

Monseigneur, pas de panique.

Les blasphémateurs sont des pitres.

Les pitreries n'excusent pas les blasphèmes.

Je veillerai, Monseigneur, Ă  ce que mon fils n'oublie pas Dieu.

Santé.

Monsieur Lautrec, idéalisez le modèle.

Un cul est un cul.

Donnez-lui les courbes idéales, épanouies.

Les fesses des statues grecques font rĂŞver.

Dis donc, les miennes aussi, j'espère.

Marie, tes fesses, c'est les tropiques.

Votre trait est nerveux.

Tous les puceaux sont nerveux. Vous êtes puceau ? Oui, notre bon maître.

Quelle tristesse, quelle tristesse, oh lĂ  lĂ  lĂ  lĂ .

Pauvre Minève. Normal, la virginité est la tragédie des nabots.

Marie-Charlée, la patrie te demande de prendre en charge ce garçon.

Marie, décongestionne-lui l'asperge.

Quand, monsieur de Toulouse ? Ce matin, ce soir, cette nuit ou demain après-midi

? Je prends la série, mademoiselle.

Eh bien, bravo ! Allez, dehors ! Allez, dehors, dehors !

Trop de curiosité pour réunir à la concentration du modèle ! Allez, dehors

! Chut ! Dehors ! Vous aviez l'air moins faro le jour de votre débussage, hein !

Des pnivots ! Allez, dehors, dehors !

Ne sois pas pressé.

C'est le casque et les coturnes qui t'ont excité, petit ? Non, tes yeux.

J'aime ton sourire et tes deux petits creux au bas du dos.

Bon, allez, je retourne au pinceau. Mais les copains ne reviennent que demain. Je

dois peindre.

Reste avec moi, petit agneau. J'ai les pieds glacés, tu seras ma bouillotte.

Hello.

On ne peut pas se passer de sommeil. Si, facilement.

Avec un petit blond.

Mon Michel-Ange.

Reposez-vous.

Vous ĂŞtes fou.

Il fallait ĂŞtre bonne maman pour ĂŞtre Michel-Ange.

Maman, une bonne niche tendre comme vous m'atteignez.

Un tremblement de terre, un cyclone sur l'océan.

Oh maman, votre fils va devenir un libertin impénitent.

Ce n'est pas une confidence qu'on fait à sa mère.

Il était né près du canal, par là dans le quartier de l'Arsenal.

Sa maman, qui avait pas de mari, l'appelait son petit Henri.

Mais on l'appelait la filoche Ă  la bastoche.

Un soir qu'il avait pas mangé, il rôdait comme un enragé.

Il a pour barboter le kibus.

d'un conducteur des omnibus, crever la pence et la sacoche Ă  la

bastoche.

Manon Répugnant ! Quand on entre dans cet antre, on se présente ! Une petite

amant préférée.

Henri de Toulouse d'Autrec.

Mazette ! Comment savait mourir un broche de la bastoche

?

L'autre est que j'ai une noblesse. Mes enfants, il y a mille ans, les comtes de

Toulouse firent la première croisade. Ça me laisse sur le cul.

Vous pouvez vous asseoir, M. Salis. D'accord.

Si M.

le comte nous paye Ă  boire.

Le restant de giclée de la belle lignée offre une tournée.

Allez, dedans, l'aristo.

Je cherche des voix pour te présenter aux élections de Montmerte.

Qui est-ce ? Le Toulouse ! Aristide Bruand.

Montmerte n'aime ni les aristos ni les bourgeois.

Sur cette colline inspirée, monsieur de Toulouse, on aime le rouge et la viande

crue. Ça donne des forces.

Ici, on se torche avec les bonnes manières.

On chante la poésie de la rue.

Glan, vérelais, voici Ninipo de chien.

Ma chère, la Solenne est super en automne, mais les chasseurs sont devenus

misérables, et les chasseurs d'une vulgarité terrifiante.

Dieu soit loué, ces marais sont magiques quand le soleil du soir vient les

frapper. Ah, frère, ramenez les cuisines, il y a quelques pécasses dans

le coffre de la voiture.

Où est mon bambino, chéri ? Où est monsieur Léonard de Vinci ?

Ma chère, où est Henri ?

Eh bien, répondez ! Henri est parti de la

maison, il vit dans un atelier Ă  Montmartre.

Elles sont belles.

Henri travaille comme un forcené. La nuit, il s'amuse et à l'aube, sans

dormir, il retourne peindre.

Il peint et il boit.

Peut-ĂŞtre devrions-nous nous mettre Ă  l'absinthe, nous aussi.

En Russie, dans ces nuits d'orgie, la grande Catherine, chevauchée par sa

garde d'honneur, ne lâchait jamais la bouteille.

Quelle leçon, ma chère amie.

Que cherchez-vous avec vos plaisanteries salaces ? À me choquer ?

Ă€ me voir pleurer.

Restez déjeuner, je vous prie.

C'est si difficile de me regarder dans les yeux.

Je t'aime, mon pauvre amour, mais je ne veux ni voir tes larmes ni vivre en

baissant la tĂŞte.

Comment dit-on tristesse dans la langue de Shakespeare ?

Degas a accepté de voir tes toiles.

Degas, c'est Dieu le Père.

S'il déteste, je suis incapable de supporter son maîtrise.

Qui t'a dit que Degas méprisera tes peintures ? Je vais crever.

Regarde ! Regarde !

C'est un guet-apens ? On m'invite gentiment, je me retrouve dans une

souricière ? Qu'est-ce que M. Lautrec attend ? Des bons points ?

Éventuellement.

C'est vous le docteur ? Oui, M. Degas, je suis un ami d'Henri, j'achève mes

études. La médecine, c'est zéro.

Les médecins ne soignent pas la vieillesse.

Vous, Lautrec, vous avez une bonne santé ?

de préférence. Trois, quatre, etc.

Pas de bon point, mes confrères, car, bon Dieu, vous êtes du bâtiment, l'autre

éque.

Du bâtiment ! Ça pétille en haut pinceau, mon

salaud ! Vive Degas ! Degas, c'est le maître du siècle !

Oui !

La girafe interdit de bouger.

Mais je peux pas te peindre avec ta pomme d'Adam qui danse !

Ton papa a pris l'ardeau. C'est un diabolique. Avec ton petit crâne, il

veut faire un pâté.

Je vais m'expliquer avec ton père.

T'inquiète pas, je vais piétiner les coudes de cette rassure.

Allez-vous battre dehors. La lutte romaine, c'est pas un spectacle pour les

chats noirs. T'as tort, Aristide.

Une bête préhistorique, c'est une attraction.

Tiens, voilĂ .

Tu l'as cherché ? Lève-la

donc. Une marmite qui pose pour Renoir.

Pour un cassoulet.

Et en cuisine, Renoir s'y connaît.

Bon,

allez, ça suffit maintenant.

Allez, Ă  la fois.

ArrĂŞte. Pas d'arrĂŞt.

Dors. Dors.

Beau croquis, madame Bonadon.

Il y a du nerf. Il y a du muscle dans votre crayon.

Elle avait sous sa queue de marte.

Sur la butte Montmartre Un p'tit air innocent La Valadon, elle était

belle Elle sentait bon la fleur nouvelle Rue Saint

-Vincent Elle avait pas connu son père

Elle avait plus de mère Et depuis bien longtemps Elle

demeurait chez sa vieille aïeule ou qu'elle s'élevait comme ça toute seule,

rue Saint-Vincent.

Il y a du coup de foudre dans l'air, monsieur Lautrec ? Il y a du coup de

foudre ?

J'ai de bonnes raisons de me méfier des mâles.

Mais toi, petit morpion, je t'attends depuis toujours.

Un embarquement pour Sitter sur une table de cuisine, c'est la poésie. Oui.

Celui qui est toujours pété dans la soie peut dire stannerie.

Et quand on sort du trou du cul de la terre, on aime le confort, mon petit.

Donc demain, on remet ça dans un lit douillet.

Et tard, il faut que je ramène Maurice à sa grand-mère.

Dis donc.

Je préfère ton sourire.

Un sourire qui nous fouette comme une cravache.

Henri ! Regarde ces couleurs ! Elles explosent ! Pas de paysage ! T'as tort

! La nature m'emmerde.

T'as tort.

La peinture officielle, c'est de la merde triste.

Mais pas ces couleurs. Ça vous rentre comme une balle dans le cœur.

Vive la lumière des impressionnistes ! Vive la lumière ! Vive les couleurs !

Henri.

En amour comme en peinture, il y a des faussaires.

J'en ai marre des mâles.

De la triche, de la guimauve, des sentiments.

Confrère, on s'aimera sans s'aimer les yeux ouverts.

On les fermera pour entrer sous terre.

Vive le nabeau que la nature emmerde ! Face

Ă  ce chef-d'oeuvre, un seul mot, admirons.

Oui, mesdames, messieurs.

Admirons. J'aime particulièrement les nuages. Quelle tristesse.

C'est pas une peinture, c'est une anecdote.

Vous ĂŞtes dans un temps. Vous allez faire les pitres ailleurs.

Mais oui, ma vieille. T'es vieille.

Et j'aimerais aussi louer la mort de Ravana, chef-d'oeuvre de Fernand

Cormon. Une horde d'hommes et de femmes dans des drapés artistiques qui laissent

voir ce qui peut ĂŞtre dit.

L'unité historique est utile pour éduquer la jeunesse française.

Merci, mon garçon.

Mesdames, messieurs, un combat de titans s'est engagé dans la peinture actuelle.

Les uns se réclament de la tradition, les autres de la nouveauté. Je vous

laisse deviner de quel côté penche mon cœur.

Citoyens, on vous ment.

On vous ment.

Ceci.

Ceci. Ça.

Et puis ça, ça n'est pas de la peinture. Non.

Et cela n'est pas une vraie femme.

C'est une image pour se branler.

Messieurs, ouvrez vos baguettes.

Les peintres mondains vous invitent Ă  consommer. Allons enfants de la

peinture, le jour va arriver.

Anarchiste ! Romain ! Qu'est-ce qui vous plaît ?

La médiocrité !

Apprenez Ă  peindre avant de critiquer les enfants.

Alors, les genoux, on invite les hauts fonctionnaires Ă  se masturber devant mes

toiles. M. Bernard, M. Lautrecq, depuis quelque temps dans vos travaux, je

remarque l'influence déplorable des impressionnistes.

Tous les génies de la peinture crachent sur l'impressionnisme.

Regardez-le.

Ils vous jugent.

Ils jugent les imbéciles qui négligent la perspective, l'anatomie.

Et le bon sens.

Je le prophétise, messieurs, les deux gars, les Sera et les Monet, n'entreront

jamais dans l'héritage de l'humanité.

Et il y a une raison Ă  cela.

Quel rapport y a-t-il entre la science d'un Raphaël et le barbouillage de M.

Monet ? Pas de celle-ci, Lisette ! Et la liberté,

alors ? La liberté de l'impressionnisme ?

Je lui pisse au cul. C'est rafraîchissant.

Emile Bernard, vous êtes viré.

Merci. Plutôt la porte que d'appartenir à la tribu des débiles qui méprisent la

nouveauté. Vous êtes viré.

Vive l'art sans empreuve ! Vive la liberté ! La liberté d'aller planter

votre chevalet dans les prés au milieu des pousses de vaches.

J'avoue qu'ĂŞtre vache, M.

Cormont, le chasseur de ce concours.

Lautrec, quand je vois les couleurs dont vous vous servez, je sais ce que vous

pensez de mes peintures.

Je ne suis pas en train de régénérer l'art français.

Je me débat sur un malheureux papier qui ne m'a rien fait et sur lequel je ne

fais rien de bon.

Envoyez-moi 300 francs ou plus tôt. En février, j'expose en Belgique.

Embrasser mes mères et autres ornements de notre arbre généalogique.

Adieu, my dear.

Tout mauvais fils que je sois, vous me manquez.

Yours, Henri.

Eh ben voilà, c'était le petit courrier.

Oh, c'est maman.

Dis, quand ta mère sera à Paris, tu me présenteras ?

Oh,

c'est beau.

C'est bas.

Henri ? Suzanne ? Je comprends pas, on n'est pas chez ta mère.

Embrasse-moi.

On ne s'embrasse pas dans un escalier.

Arrêtez, vous vous êtes embrassés tout le repas. Ma chère Léontine est choquée.

Léontine est choquée ? Léontine est choquée.

Suzanne, déshabille-toi. Dans ton atelier, mais pas dans ma salle à

manger, Suzanne.

Léontine est catholique, elle va me quitter. Un médecin sans bonnes ne peut

pas travailler.

La culotte aussi ? Léontine, la p... de la baladon est plus douce qu'une culotte

en coton.

Les lubriques vont en enfer, qu'ils y aillent au plus vite.

Cette chute de reins, c'est un scandale, une honte.

Mon petit cul, une honte.

Léontine, vous avez vu ? Je ne sers pas les paupières closes.

Casse.

Vous qu'êtes vierge, Léontine, savez-vous qu'Auguste Renoir retrouve sa

jeunesse quand il voit cette chute de reins ? Léontine ? Le dessert est servi.

Attention, c'est un meuble de collection.

Il est jaloux de Renoir.

Parce que je pose pour lui cet après-midi.

La concurrence est dure.

Renoir, c'est pas lavaladon, c'est un peintre solide.

Oui, solide, mais il y a trop de mièvrerie dans ses portraits de marmots.

Dans la vie, il y a du piment.

Tu veux du piment dans ta vie ? Mais épouse-moi.

Ils sont même pas mariés. Léontine, ne pleurez pas. Ils vont bientôt se marier.

Tiens, Léontine !

Une beauté qui rentre dans une famille de dégénérés, ça arrange impédicré, vous

êtes d'accord ? T'es d'accord toi aussi ? Bah alors on se marie ! Léontine, n

'allongez pas votre cou comme une autruche.

Qu'est-ce que je suis pour toi, petit bonhomme ? Une chute de reins ? Un

modèle qu'on traque dans un atelier ? On se revoit quand ?

On se revoit quand ? Quand tu me présenteras à tes parents.

Lautrec, je ne suis pas une serpillère.

Moi non plus, je ne suis pas une serpillère, monsieur.

Monsieur Renoir, mon bien, je suis chez ma mère.

Je peux dormir dans votre grenier cette nuit ? Ton amant t'a foutu Ă  la porte ?

Avec le petit Lautrec, c'est compliqué.

Compliquer, ce qui est simple, tu sais faire, Suzanne.

Merde, merde, merde, merde, merde, Renoir.

Bonjour, monsieur Renoir.

Ça va-t-il, la santé ?

Je l'aime d'amour vrai, Lautrec.

Mais devant sa peinture, je crève de jalousie.

Vous comprenez, vous ? Et puis dans la tombe, on comprend tout, fillette.

Pas de coquetterie, Auguste.

Vous ĂŞtes frais et vert comme un gardon.

Oh merde, le petit m'attend juste la nuit.

J'ai posé jusqu'à l'aube, je suis morte de fatigue. Le vieux Renoir peint la

lueur des bougies ? Il a une lampe Ă  gaz.

Et il a assez de gaz pour tenir toute la nuit ? La peinture conserve.

Il souffre alors, il m'accuse ! Tu parles d'un guignol !

parce que tu sais que tu le mérites.

Deux trecs, quand tu reviendras, je serai plus lĂ .

Tu es très silencieux.

Une petite demoiselle dans ma vie est devenue indispensable.

Parfois, elle se volatilise comme une bulle de savon.

Je me souviens, quand j'étais petite, lorsque les bulles de savon explosaient,

je pleurais.

Viens avec moi dans l'île cet été.

Berthe m'a dit que souvent tu pleures.

C'est le rôle des mères, c'est leur façon de se distraire.

Maman...

son mari.

Vive les militaires !

Papa est réveillé ? Non.

Papa dort.

Mais il siffle une jolie fille.

Vous,

votre peinture me dérange pas.

L'autre acte, j'ai toujours envie de le copier.

Ça, je le supporte pas.

Oh, jalousie d'artiste, jalousie triste.

Quoi ? Dodo.

Allez, dodo.

Dodo, dodo.

Oh, qu'il est beau, mon papagato, qui dort

comme un bébé.

Mais c'est le grand Renoir qui peint des mioches potelées, des grosses filles

fessues. Sale bĂŞte.

Quand retournes-tu chez Lautrec ? Rien de presse.

Il m'a accusée de tromper, je l'ai punie.

Les fillettes, c'est aussi compliqué que la peinture. En plus, restez polis. Mais

enfin, est-ce bien utile de compliquer une histoire de cul ? Ouais.

ArrĂŞte !

Maître a su capter la vraie vie.

La vraie vie, c'est vivre avec un modèle qui a couché avec tous les peintres de

Paris.

Dieu aime les femmes de mauvaise vie.

Elles sont démunies.

Que se passe-t-il ? La vérité écorche les tampons ? Il n'y a qu'une vérité.

La tienne, n'est-ce pas ?

Ta

gueule, l'asperge.

Dieu sait quoi pour toi, un être stupide comme ta mère.

Henri, dis à ta mère que tu l'adores.

A-t-elle une princesse de rĂŞve Ă  proposer ?

Vous voulez des mioches qui soient des monstres,

comme votre nabot ? Tu n'as jamais été à mère, Henri, ne le deviens pas.

La vie est un nom de Dieu.

La vie, je n'y comprends rien.

Enfin, tout se simplifie quand je fais un dessin.

Maman, j'ai envie de pleurer.

Si cette jeune femme t'attend Ă  Paris, il faut la rejoindre.

Maman...

Tu vois, si c'est bête, j'étais pressé de te retrouver.

Je pars Ă  Limoges.

Tu veux de l'argent pour le voyage ? Cher ami, vous n'en aurez nul besoin.

Bon, écoutez, Gaston, occupez-vous de vos moustaches.

Mon fiancé a des vignobles, son funère se voit très bien.

Grand-mère est malade.

Tu l'as déjà en tiré trois fois.

C'est possible, mon lapin. Et alors ? Alors, ce n'est pas grave.

Suzanne, ce que je ne comprends pas, je le mets sur mes toiles.

Les Gaulois craignaient que le ciel ne leur tombe sur la tĂŞte. La peinture est

faite pour dire que le ciel tombe sur nos tĂŞtes.

Ah, c'est ça, le génie.

C'est haut comme trois pommes et ça vous garde toujours avec un petit air

supérieur.

Venez, cher ami, allez, montez, montez.

Faut être coché.

Qu'est-ce que t'as contre Limoges ? Les gens de Limoges font des pots de

chambre. Pas d'histoire, le trek.

Limoges, c'est moins loin que Tahiti.

Ça, c'est pas de l'histoire, c'est de la géographie.

Henri ! Qu'est-ce qu'on fout devant une

blanchisserie, mon vieux ?

La peinture a besoin de coups de pied au cul et de beauté crue.

Voilà la beauté crue.

Mademoiselle, vous êtes la beauté même. Je vous veux.

Je vous veux.

Posez pour moi. Vous ne pouvez pas refuser.

On sait ce qui se passe dans les ateliers.

T'as le cul Ă  l'air et tu te retrouves avec un marmot dans le tiroir qui

réclame déjà des pinceaux.

Je veux la petite flamme que mademoiselle a dans les yeux.

Hélène, posez pour moi.

Je vous donnerai votre réponse

demain. Ce soir, je vous invite Ă  souper.

Qui, nous ? Ce soir, j'offre un repas chez Maxime. Bien, monsieur.

Mesdames, vous aussi, je vous invite.

Seuls les...

J'ai pas le droit d'inviter les reines de Montmartre.

Dégage, le jostique.

C'est la goulue qui lève la cuisse au moulin rouge.

Eh bah, Ducu, viens me voir au moulin.

Très honoré de votre invitation.

Belle bouche obscène, des jambes divines, une voix de casserole

merveilleuse.

C'est quoi ces fleurs en veux-tu en voilĂ  ? Des corbeilles pour vos

princesses. Il est maboule.

C'est pas des princesses, c'est des boniches.

Oh, le trek.

Venez.

Qu'est-ce que tu fous ? Tu pars avant le cancan ? Tous les trois, on va pisser. C

'est une bonne idée, non ? Suzanne, là-bas ? Impossible, elle est à l'image.

Mande pas tes moustaches.

Et maintenant, on saute des boîtes de la rotule ! Le cancan !

Chut

! Mon petit nain te cherche ! Bah moi aussi ! Pourquoi crois-tu que je suis Ă 

quatre pattes ? Suzanne est lĂ  ! Quoi ? LĂ -bas !

L'autre mec disait que t'étais à Limoges. Ben j'en viens. À quatre pattes

? Dis donc toi, t'as jamais dit que les garçons, plus ils sont grands, plus ils

sont bêtes ? Aïe ! La fleur des fleurs du pavé de Montmartre ! Le quadrille !

Gabriel, Suzanne est lĂ  ou elle n'est pas lĂ  ? Si elle est lĂ , on la trouvera.

Personne n'a vu la belle Suzanne ! Quelle Suzanne ! Suzanne !

Dormi, mon garçon ? Oui, mais toujours pas de Valado ! T'as dit que je l'ai vu,

lĂ -bas, Ă  Catpun ! Valado !

Alors, Suzanne était là ou pas ? C'était quelqu'un qui lui ressemblait.

Tu mens.

Voilà donc, nos amours sont assez décevantes.

Il est temps d'y mettre fin.

Fin.

F-I-N.

Tu m'as manqué, selon l'image.

Eh, canaille, t'en as profité ? T'as fait des folies ?

Tu vois, Henri, ta petite femme n'est pas jalouse.

Mère grand, Fabien ? Quelle mère grand ? Ah, mémé, qui a une belle moustache.

Elle m'a offert cette robe.

Je l'ai tuée.

Maintenant, je ne trouvais plus de grand-mère.

Thibault, je t'aime.

Petit le petit bouc.

Bon, je ne vais pas tenir la chandelle.

Pourquoi avoir peur de poser pour moi ?

Je voulais pas vous faire pleurer.

Je ne pleure pas.

On s'en va.

Acceptez, je vous en prie.

Acceptez. Ce petit aristo est rigolo.

On va rigoler, bouffer des truffes et des glaces, ma chère, arrosée de madère.

On va se faire péter la sous-ventrière.

N'attendez rien de moi.

Vous perdez votre temps. Une fille comme moi n'est pas intéressante.

Toi, va bouffer les trues.

T'es Sarah Bernard ! T'es une zarine ! Si c'était pas ma frangine, j'fais de

quoi un crapoudi ! Théo ! Théo ! Elle a peur des miroirs et des lumières.

C'est ça, les filles constipées.

Vincent, tu pleures ? Qu'est-ce qui se passe ? Qu'il n'y a pas ça.

Qu'il n'y a pas cette toile.

Impossible.

Impossible de se réunir gentiment autour d'un poêle pour regarder des dessins de

reproduction.

Et surtout, surtout pour s'encourager les uns les autres.

Du beau brodequin ! C

'est de la belle glaise !

Du beau brodequin !

Tu es sincère ? T'es encore vrai ?

Votre toile parle des pauvres gens et de la douleur.

Monsieur Vincent, merci.

Le couteau ! Faut pas ! Faut pas le couteau ! Laisse-le ! Laisse-le ! Une

histoire d'amour et de vin rouge ! Ah, le grand rouge s'attache ! L'amour, c

'est compliqué, hein ? Parle-moi, monsieur Henri ! Dégagez le plancher des

vaches !

C'est une pièce à conviction, merci.

Avec des roses tendres, du rouge sang et lit de vin, dire sur la toile que le

café est un endroit où on peut se ruiner, devenir fou, commettre des

crimes, les ténèbres.

sous une apparence de gaieté japonaise et de bonhomie à la tartarin. C'est un

chien ! Une

bave dans une guinguette et...

La guillotine coupe une tĂŞte.

C'est beau. Oui, c'est beau. Henri.

On pourrait peindre tous les deux le mĂŞme tableau.

Bon.

C'est risqué.

Mais pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Tu veux essayer ?

Regarde, ces

vieux maîtres japonais nous indiquent le bon chemin.

Des couleurs raffinées mais vives comme des enseignes.

Oui.

Avec des combinaisons de couleurs exprimées de l'allégresse.

La sérénité, la douleur.

La sérénité, la douleur. Douleur et sérénité, c'est l'eau et le feu

ensemble, ça.

Comme nous deux.

Comme nous deux.

Le feu et l'eau, c'est la beauté.

Vincent l'a dit.

Allégresse.

Sérénité, douleur.

On ne le braille pas ici. Veuillez sortir, monsieur.

On ne le braille pas ici.

A la brasserie Mollard, on ne reçoit pas la vie de la terre.

Mesdames, messieurs, si pour vous la peinture, la poésie sont agréables comme

un bon repas, vous êtes décochés.

Bon appétit, messieurs, dames. C'est un restaurant bourgeois, ici.

C'est atroce.

Atroce, Vincent, seuls les démunis peuvent comprendre.

La poésie est faite pour eux.

C'est quoi cette vie ? Viens dans mes bras.

C'est quoi notre vie ? Viens dans mes bras.

Toi aussi.

Il faut ĂŞtre humble.

La peinture se fait avec nos mains, mais elle n'est pas le produit de nos seules

mains.

Elle jaillit d'une source plus profonde.

Il y a une source.

J'en suis loin.

Henri, mes mains sont lourdes.

Ma tĂŞte trop faible.

Ne tremble pas.

Les choses changent. Tout changera.

Le siècle s'achèvera par une révolution colossale.

Nous ne serons plus là, après ces orages, pour connaître le temps meilleur

quand toute la société sera baignée d'air pur et de fraîcheur.

Léfrangine, t'as vu ? C'est le rapin qui voulait peindre la petite flamme que t

'as dans les yeux.

Salut, M. Lautrec ! Hélène !

C'est beau ! Bravo le Nabo !

Dans dix ans, les critiques mondains et les porcs qui spéculent comprendront que

tu es un génie ! Dans

dix ans, tu me salueras encore dans la rue ?

Moi,

je finirai dans le caniveau.

Toi, tu y passeras.

Je suis fière.

Avec tes petites ailes dans le dos, comme le génie de la Bastille.

Monsieur Lautrec, on met en route les machines ? Allez, envoyez !

Henri,

c'est toi qui finiras dans le caniveau.

Un matin, j'irai te chatouiller les orteils Ă  la morgue.

Pascal l'a dit, M. Brouillant, le dernier acte est toujours sanglant. Oh,

le morfion ! On t'enterra au Panthéon ! Que guignol.

Jadis, une pauvre ouvrière Vivait près de son cher trésor C'était

sa petite Gisèle Une enfant pure, un vrai cœur d'or Qui

travaillait comme cousette

En haut de la rue des martyrs, et le samedi Ă  la galette, elle

dansait pour se divertir.

Les perviers farouches, te guettent, méfie-toi.

Son allure est louche, déjà tu es sa proie.

Il tend lĂ  ses dents.

La pause.

T'as pas la mâchoire ! Bois plus ! T'as pas le droit ! Tu dois danser ! J'ai

tous les droits ! J'ai la goulue ! Non mais t'as vu ? C'est beau ! Y'a pas un

parisien qui parle pas de cette merde ! Et tu sais ce qu'ils disent ? La goulue,

c'est une mémère, une grosse vache ! Saloperie, tu vas la bouffer ! J'ai rien

Ă  faire ! T'es moche ! T'es moche comme Ă  peine sale ! Oh, et la mĂ´me fromage,

si tu la ramènes, je t'éclate le nez ! Et toi aussi ! Encore toi ? Non mais t

'es con ou tu fais semblant de l'ĂŞtre ? Avec cette affiche, le monde entier est

au pied de la goulue ! Elle t'a démoli, petit.

Je l'adore.

La presse de Galles est là pour te voir danser. Grâce à quoi ? À cette affiche,

poufiasse !

Je te garde un chien de ma chaîne, recommence tes miracles.

Cette affiche, c'est l'art nouveau, c'est la réclame.

Le musée descend dans la rue et ça rapporte du pognon. Allez, allez, allez.

C'est fort la réclame.

C'est parti mes jolis, ça va d'envier.

Ton art nouveau repart mon cul.

Je n'aurais pas, monsieur.

C'est trop triste.

Petit génie, les salons officiels te boudent, mais ton affiche t'a rendu plus

célèbre que les peintres décorés. Ce n'est pas de la crotte, le petit Naveau.

Pourquoi es-tu triste ?

Pourquoi cette tristesse ? Van Gogh s'est suicidé.

Vous ĂŞtes

fous, Henri,

tu ne vas pas te battre.

Henri, on n'est pas chez nous. Ici, tu es en Belgique. Il y a des glands

partout.

Henri,

il y a des glands partout.

C'est de moi qu'il parle ? Oui.

J'en rĂŞve.

Ce croupion me menace.

Je vois mal ce croupion, il est si petit.

Monsieur de Groux, je vous en prie, sauvons ensemble l'amitié franco-belge.

Votre nabot sait que régulièrement je m'entraîne au pistolet ? Le duel sera

inégal. Monsieur de Groux ! Nom de

pétard, ça va saigner.

Les Français sont des bouts.

Monsieur de Groux !

Vous affirmez calmement que M.

Van Gogh était un esprit dérangé et que sa peinture est l'expression d'un

malade ? Mon ami, je défends la vraie peinture contre les délires peints des

aliénés.

Tu ne sais rien de la barbouille, sac Ă  merde.

Mais oui, mon ami.

Trop du cul. Monsieur de Toulouse !

Trop de cuignard.

Là, vous exagérez.

Grosse palette de boue.

Gros belge de merde.

Henri.

Demain, je te logerai une balle dans le crâne.

Et tous les ans, je viendrai sur ta tombe te pisser dessus.

Monsieur de Toulouse ! Monsieur de Toulouse ! Vous n'ĂŞtes pas un

gentilhomme !

Si t'étais mort au-delà de Bruxelles, qu'est-ce que je serais devenue ? Toi

-mĂŞme, la grande Valadon.

Encore un mètre de pinard à engloutir.

Mais tout sera parfait.

La peinture est un ogre.

Votre frère le savait.

Tu vois Vincent, on se console en bouffant des omelettes.

Pauvre Vincent.

Les chiens ont eu ta peau.

Sacré Naboo.

Suzanne.

Colle pas, fait chaud.

Où c'est qu'il va avec sa petite caisse en chapeau melon, le petit garçon ? Chez

les putes.

Il est solitaire ? Pas plus que tout le monde.

Viens par ici, si t'aimes les grandes.

Tu pourrais te perdre entre mes seins.

Viens par ici.

Rien ne vaut l'expérience, petit.

Non, merci, mesdames.

Moi, je suis pas une morue de bas étage.

Papa était fonctionnaire.

Je me l'ai du cœur au lit.

Et je fais des trucs inédits.

Ça a l'air sonné.

Une enclume est tombée sur la tête.

Une quoi ? Une enclume.

Ça aurait pu être pire, une enclume, c'est rigolo. Il est rigolo, le nabot.

Ta petite femme t'a quitté, hein ? Rosa Larouche va te consoler.

Il va la massager ! Il la massage, ce salaud ! Oh bordel,

espèce de gouverneur ! Fais-moi un petit ventre, ton bébé bouge ! Salaud ! C

'est Mireille.

Son Mac la cogne, normal.

Ces chiens-lĂ , c'est plus salaud qu'un fils de riche.

Pourtant, les fils de riche, c'est trois fois moins qu'une crotte de chien.

Je me fous de ses coups, je l'aime, mais je veux pas qu'il me cogne.

Je suis une femme sensible, j'ai des articulations fragiles. Ton Mac te cogne

? Tu lui rapportes pas assez ? Je suis le meilleur tire-warquest de la place

blanche. Alors pourquoi ? Théodule nous a surpris à nous câliner.

Ton Théodule, quel gougnafier.

Rien de plus gentil que deux fillettes qui se branlent.

S'il y a un mal, qui sait qu'entre femmes, une histoire de cul est toujours

une histoire de cœur.

Couvrez-le de baisers, mes belles.

Vive les exclus ! Vive la lesbie ! Le théodule l'a battu à son corps,

mais il l'a vendu. Ma mimi sensible va vivre dans un boxon.

Le bagne ! De la tendresse, du champagne !

Il s'est éloigné de Dieu, je n'ai pas su le retenir.

J'ai honte.

Je suis maladroite avec lui.

Une vieille femme inutile.

Ce ne sont pas les rites qui me tourmentent.

C'est ma pauvreté intérieure.

Une âme sèche, vieille, inutile.

C'est horrible.

Aux plus grandes saintes, aux plus grands mystiques, on tous dit un jour la

même chose. Mon âme est sèche.

Il savait oĂą.

La peinture d'Henri devient inquiétante.

Il a un monstre tapis dans le cœur.

Non, je ne veux pas le croire perdu.

Son âme est si grande.

J'ai peur.

Et vos amours ? Faladon, elle est partie.

Mlle Valadon. Oui, mon fiancé chéri.

Henri ! Henri ! T'échapperas pas au mariage ! À la Madeleine ! A la grande

Zorgue Orphéon ! Tu sais pas besoin de mal pour se faire chatouiller le bonbon.

Une petite langue suffit. Henri ! Elle aura son mariage Ă  la Madeleine, mais

elle m'épuise.

Cette nuit, j'en tire ma vie de garçon.

OĂą est le petit prince d'Albi ?

Répondez les gouinasses.

C'est une vorace.

Lautrec ! On se marie ou je me suicide ? J'ai acheté l'arsenic !

Chantage ? C'est moche.

Tout ça pour une quéquette.

Ouais, mais celle-lĂ  n'a pas de prix.

J'aime pas les gouinasses, elles me font peur.

C'est vulgaire ce que tu dis, chérie.

Tu veux ce mariage pour t'enrichir ? Non, je suis pas une putain.

C'est une honte, les traînées qui mêlent leurs minets.

C'est un puits d'amour que Dieu nous a donné, pas un tiroir caisse. Grâche pas

sur ces pauvresses.

Aucun de nous ne vaut ce que la vie piétine. Toutes les raclures de la terre

ont droit Ă  ton amour.

Et ton amour a droit Ă  quoi ? J'en ai ma claque de l'amour universel.

Suzanne, je t'aime, on va se marier.

Au

revoir,

Comtesse.

Allez, Suzanne, debout ! On va t'acheter une robe de mariée.

Et on va voir le curé, la madeleine.

Ă€ Montmartre, il n'y a pas si longtemps, on voyait les vaches et les moutons sous

les ailes des moulins.

Le purin courait dans les ruelles.

Je vais me jeter dans une fosse Ă  purins.

Suzanne, je t'aime.

On va se marier.

Tu es sûre de m'aimer ? Tu es vraiment sûre ?

Non.

J'aime ta peinture.

Sous-titrage MFP.

sans cheveux gris pour fuir elle est vraiment écart de la soularde pourtant

ouvrier ou gamin laisse la passer son chemin qui sait le noir

secret que garde la soularde

C'est moi, la vieille peau remplie de porto. C'est Toto.

Une crotte.

C'est mon poto qui fait dodo.

La représentation est finie, M. Henry.

Tout est fini, chère madame. Valadon m'a quitté.

C'est la fin de tout.

Elle va déménager.

J'en crève. Ouais, non.

On va te consoler, mon p'tit.

Les filles ! Les filles ! C'est M'sieur Henry ! Non, non, on peut pénétrer en

enfer. Le paradis n'est plus très loin. Il suffit de pousser la porte du fond.

Oh, sale.

Tu rentres chez les putains.

Ça, c'est sport.

J'ai pas compris, tu veux quoi, que je pose pour toi ou qu'on baisse ? Ah, pas

trop sérieux, fais les deux à la fois.

Petit moineau, sors ton pinceau.

Mademoiselle Valadon, rouge Ă  la rouge.

Je ne te présente pas Gaston.

Tu connais grand-mère à la belle moustache ? Mon cher, je vous en prie.

Non, je ne reviens pas à la maison, je déménage. Oui, madame.

Et donc, j'ai besoin de Gaston pour porter mes cartons.

Gaston ? Serez-vous assez musclé pour porter Valadon ? Il est jaloux. Il

voulait que je l'épouse, que je devienne son esclave, que je lui cuisine des

petits plats, que je lui nettoie ses petits pinceaux.

Je vous en prie, madame.

Ramassez les cartons, Gaston.

Quand elle parle, c'est n'importe quoi. Allez, pressez-vous, mon cher.

Quand elle peint, elle penche profond.

Elle peint des âmes.

Des âmes qui ont prédigné.

Soyez pas troublés, Gaston.

L'autre ex, c'est ni Platon ni Bergson. Bergson ? Sa philosophie pue l'absinthe.

Sainte Morpion, j'ai besoin de quelque chose que tu peux pardonner. Besoin de

quoi ?

Besoin

de quoi ?

Pauvre petit chat.

Qu'est-ce que t'en dis ? Le lac des cygnes. Une chic décoration pour un

boxon. Ah, joli troufion.

Mon fils est militaire, comme toi.

Faut qu'on ait plaisir d'amour avec grand chic parisien.

Allons, messieurs, faites votre choix.

Toutes nos fillettes partent ici.

Je ne connais pas toutes les petites femmes de Paris, mais je garantis celle

-ci.

Très propre.

Au premier étage, mes gentlemen, c'est plus humide. Bien sûr, je l'avais

oublié.

Messieurs, venez vite.

Allons, messieurs.

Vous ĂŞtes mignonne.

Oui.

Entrez. Come in, come in. Come in, come in. Et voilĂ .

Henri. Papa.

Vous devrez patienter, ces dames se consolent.

Je suis désolé.

Pardonnez-moi. I'm sorry, I'm sorry.

Non, non, monsieur.

On est disponible.

Monsieur Henry, qu'on fonde plaisir et boulot. Entrez, entrez, les amoureux.

Non, tout se passe. Une délicate affaire de famille.

My son.

My God ! C'était deux amis timides qui voulaient faire une partie carrée. Il n

'y a qu'Ă  s'y mettre.

Come in.

Come in, les...

Le compte-rendu de ton exposition a déchiré le cœur de ta mère.

Oui, ces chiens s'en prennent à ton infirmité.

Papa, on ne discute pas la critique.

La critique, c'est au-dessus de nous.

Ça vit sur nos têtes.

Comme les poux. Écoute la chute de l'article. Les dons de Lautrec sont les

dons dépravés d'un être difforme qui voit la déteur en tout. C'est

scandaleux. Qu'est-ce qui se passe ? Le nom de Lautrec par la critique est

traîné dans la boue.

Quels salauds, ces critiques ? Jamais une pute se moquerait des aristos.

Merci, mademoiselle. On sait vivre. Au boxement, on reçoit des altesses, des

ecclésiastiques, l'état-major de l'armée française, même des rosbifs.

Alors, les héros, on joue de la cordemuse.

C'est l'entente cordiale.

Ouais, sous les jupettes, on a pas le bâton de pèlerin dressé. Papa, n'injutez

pas cet article comme MoĂŻse les tableux de la loi. C'est excessif. D'ailleurs,

cette episcopie, on pourrait croire que tu as choisi d'ĂŞtre uniforme.

Qui sait ?

Dieu est rusé.

Sincèrement, je préférais quand tu dessinais des chevaux.

Augustine et moi, on a eu deux écossais qui puaient l'ail. Oui, on mange.

Pas les choses tristes.

Une vidéo.

Je vois pas l'intérêt de faire de cette scène un tableau.

Ces femmes sont si détruites, si grandes.

La beauté.

Monsieur Henry, vous bouffez avec nous des patates ?

Sincèrement, je préférais quand tu dessinais les chevaux. Oh, papa.

Pauvre papa.

Pour ceux qui savent regarder, votre noblesse les laisse souffle-coupé.

Vous ĂŞtes belle, mes amours.

Non, non, non, cette-là est vérolée.

187.

Rose Ă  la rouge, normal.

Envoyez le deuxième lot.

Allez,

les filles, on y va ! Allez, avance !

Ça suffit, avance !

Je t'ai dit avec les contaminés. C'est de la prison que je t'écris, mon pauvre

Polite.

Ce matin, je sais pas ce qui m'a pris Ă  la visite.

Ces maladies-là, ça se voit pas quand ça se déclare.

N'empĂŞche que maintenant, je suis sulta Ă  Saint-Lazare.

Une fille t'a fait un mauvais cadeau, Henri.

Et ce cadeau, tu le garderas toute ta vie.

Buis bon, indolent.

Buis bon, indolent, sans aucun doute.

Tu veux me faire coûter ? Non.

Rembrocation.

Enrichir ton sang de mercure, en espérant que ça aura de l'effet.

Henri n'est pas un assassin.

Maman, la police comme la poste livre les colis Ă  domicile.

On n'arrête pas le progrès.

Encore un peu.

Vous vous suicidez dans l'alcool, Henri.

Pour me tenir éveillé.

pour voir sur mes toiles la réalité.

Un petit verre.

Maman, voir la réalité, c'est difficile.

Où est-elle, la réalité ?

Dans les maisons de tolérance.

Vos amis m'affirment que vous vous enfermez parfois de longues semaines

dans ces maisons.

Pourquoi ? Parce que j'y suis bien.

Maman, au bordel, ma peinture fait les pas de géant.

Je dois peindre.

Je vous en prie.

Henri ! Je sors de Saint-Lazare, Henri.

Plus question de baiser tous les deux comme des petits chats. Faut plus

rigoler avec Rosa, je suis vérolée.

Pourquoi tu souris ? Si on continue, je bousille ta vie.

Rosa, tu m'as fait le plus beau des cadeaux.

Oh, toi ? Je t'ai contaminée, merde.

Merde. Le plus beau des cadeaux, tes cheveux.

Le roux merveilleux des maîtres italiens de la Renaissance.

J'ai adoré peindre tes cheveux.

Toutes les nuits, je me réveille dix fois en sueur.

Ça ne prouve pas qu'Henri est mort.

Ce petit-là, il me mettait du baume au cœur.

Vous, les hommes, vous nous déchirez.

J'en ai marre de vos clornicheries sur l'oreiller.

Les hommes, vous savez ce que vous ĂŞtes ?

Des pompes Ă  merde.

Les amis d'Henri ont fouillé tous les tripots, les hôpitaux, la morgue.

Souffrant, détruit, malade.

Henri veut mourir loin de moi, Monseigneur.

Le poids du monde est-il réparti de façon égalitaire ?

Dieu est-il juste ?

Je ne sais pas, Comtesse.

Mais je sais que cette question donne des ulcères mystiques.

Des prostituées ont vu Henri près de l'arsenal.

Vas-y !

Une

petite pépette dans le caleçon ? Ils ont besoin de rêver, ces garçons ! Regardez

ça, jeunes gens ! Ça, c'est de la bidoche !

anatomie qui fait rĂŞver.

Et à l'intérieur, on peut bigler le puits de volupté de la goulue qui fit

perdre la boule.

Nous voilĂ .

Henri, ta mère ne dort plus.

Elle ne mange plus.

Madame la Comtesse pleure.

C'est le rôle des mères.

Il se meurt, Henri.

Tu dois la suivre dans le midi.

Qu'est-ce qu'elle veut ? Que je vienne crever Ă  Albi ? S'offrir

l'agonie de rire dans son salon ?

Allez, Henri, viens. Ils n'ont plus de mains, mais des crochets au bout des

bras. Et lĂ , un tir d'une meurtre poney. Je suis un cachalot.

J'ai besoin de grands larges.

Sa folie de peindre l'a dévoré.

Vous ne pouvez rien pour lui.

Protégez-vous contre vous-même.

Votre désespoir devient folie.

Henri,

un jour, il faudra sérieusement qu'on parle de la folie.

De la folie, Henri.

Pourquoi parle-t-elle de la folie ? Quitter Paris ! Foutez-lui la paix,

comtesse ! Tu caches un lois besoin de vinasse ou tu as la paix si tu plonges

profond. Foutez-lui la paix, mesdames !

Vous

dites que vous aimez votre mère et vous la chassez ! Mesdames, mère partie, les

mouches sont arrivées pour dévorer le petit. Pourquoi lui avez-vous dit qu

'elle ne pouvait rien pour vous ? C'est honte. Mais sur les mamans...

Je médite sur un produit de la terre.

Le pétrole.

Oh, monsieur.

Ă€

ta

santé, vieux tronc.

Au pied de cet arbre, Van Gogh m'a embrassé.

Qu'est-ce qu'il fait ? Qu'est-ce qu'il dit ? Je dis que la terre qui a porté

Van Gogh ne peut pas... être damnée.

Mademoiselle Amélie ! Mademoiselle Hélène !

À mon martre, la beauté fleurit.

Mes respects, mademoiselle Hélène.

Je n'arrive pas à mettre ta gravité, ta noblesse sur une toile.

D'oĂą vient ta tristesse ?

Je n'avais aucune envie de poser.

Je n'ai aucune envie de me raconter.

Je ne sais plus peindre.

Peut-ĂŞtre que je n'ai jamais su.

Il y a des billets sur la table.

Un jour, le garçon que j'aimais m'a demandé de me suicider avec lui, il l'a

fait.

Je ne l'ai pas suivi.

Depuis, j'ai de la suie dans la tĂŞte.

VoilĂ  l'histoire.

J'ai honte.

Le mort qui te dévore de l'intérieur, je ne l'ai pas vu.

On s'y remet ? Monsieur Lautrec,

les gens...

Comment font-ils tous pour vivre ?

Dans un but d'éducation scientifique, le professeur Péan ouvre à un public

sélectionné ses cours de dissection.

Mais nous rappelons aux personnes du beau sexe que cris et manifestations

émotionnelles perturbent le travail chirurgical.

Mais c'est... Hier soir, Hélène m'a dit...

J'ai ma mort, je dois le rejoindre. J'ai répondu, cet idiot de se suicider.

Au matin, la blanchisseuse s'est pendue.

Admirable et bĂŞte Ă  pleurer.

Regarde son pauvre cou.

Qu'est-ce qui te fascine dans cette charcuterie ? Tu veux mettre cette

violence en image ? Pas de pathétique en peinture.

La cruauté tranquille du quotidien suffit.

La cruauté du quotidien.

L'internet, Henri, c'est les dés.

Vous devez signer.

Nous aurions dû envoyer ce garçon en Angleterre. Là-bas, Boire est très bien

vu. Tous les lords se saoulent. Henri passerait inaperçu.

Vous ne signez pas ? Non, je conchine les lois de la République.

Berthe m'écrit qu'Henri met régulièrement le feu à son atelier.

Tenez, lisez.

L'autrec est libre de mettre fin Ă  ses jours comme il l'entend.

A quoi pense l'ami de la vertu ? Aux statues de l'île de Pâques.

Elles ont le regard de celles qui savent que les femmes accouchent dans la

douleur. Vous signez seule ? Quand est-ce la solitude est votre

loup ?

Je vais vous remettre d'un plan, mon cher Henry.

Pas besoin d'aide ! La force souffre la plus en moi, en moi seul ! Comme le

grand Van Gogh qui offrait son mari Coupé à un pauvre putain ! Ça ressemble

à quoi, ce que nous faisons ? Ça ressemble à quoi ?

Le temps des Toulous est passé comme est passé le temps des croisades.

C'est fini.

C'est fini.

Mon oncle, vous avez bu.

Alphonse a bu.

Non.

J'ai vu de mes yeux le naufrage des grandes familles. C'est fini.

L'aristocratie a sombré corps et âme dans le pipi. Vous êtes ivre.

Oui, oui, mes chiennes, voilĂ  vos sucres.

Cadeau, cadeau.

Et le plus beau pour une sainte, Madame de Toulouse.

C'est un rupi ! Mais les battes ! Battes à pleurer ! Et oui, même en République,

il faut ĂŞtre comtesse pour porter des bijoux.

Alors la République, c'est triste.

Comme la pluie sur la subtière.

L'égalité républicaine, je t'en foutrais, moi, de l'égalité.

Allez, la bague est Ă  vous.

Je garde l'étui.

Un étui vide, le résumé de ma vie.

Mais attends, par par.

L'amour et moi, on va te lécher toute la nuit.

D'accord ? Une lignée morte, le dernier descendant dans une maison de fous.

Pour le final wagnerien, les Toulous ont trouvé leur écusson.

Un étui vide.

Monsieur le comte, votre canne, monsieur le comte.

Attention Ă  votre tĂŞte.

L'autric m'a réclamé des crayons, du papier. Il veut prouver au monde qu'il a

toute sa tĂŞte. Il a toute sa tĂŞte.

Pas de panique.

On va le traiter.

Danser ! Ton fonction est trop aseptisée, trop hygiénique. Au bordel !

La clientèle aime le clinquant. Les couleurs ! Cirque ! Un humour très

particulier, une façon de danser au-dessus du vide.

Très risqué.

Il délire.

Vous n'en savez foutrement rien ! Tu t'es mariée ? Mariée ! Avec un agent de

change friquée. Ah, la Valadon est devenue respectable.

Les mémères lui disent madame et elle a des amants par milliers.

Les amours, c'est la santé, le miel de la vie.

Vous délirez, c'est normal, pas de panique, on va vous traiter. L'eau

glacée, tradition thérapeutique ancestrale.

Henri,

j'ai des milliers de clowns dans ma vie.

Mais la nuit, tu me manques.

Le jour aussi.

Avec Suzanne, c'était l'enfer.

Mais au fond de l'enfer, il y avait du ciel bleu.

Le ciel bleu.

Mon lapin, tes crayons vont te sortir de cette prison.

Les crayons, c'est pas du bois et de la mine de plomb.

C'est de la pensée par les phalanges.

Je ne reconnais pas mon Henri.

Il est là, hébété, comme si la foudre l'avait frappé.

Comme si le vide de son crâne lui avait été révélé.

Comme si, au fond de l'angoisse, il avait trouvé un apaisement.

Et qu'a-t-il pu trouver ? Le secret de la peinture ou une façon snob de faire

des traits sur le papier ? Je ne sais pas.

Vous le libérez ? Oui.

Ces dessins sont très beaux.

Un trait terrifié au-dessus du vide.

L'art nouveau, c'est un art qui se ressource dans la folie. Son

inspiration, ce n'est plus Dieu, ce n'est plus le prince ou la patrie, c'est

la démence. Oui.

Si les artistes sont des prophètes, le siècle qui vient sera terrifiant.

Les grands juges ont décidé quoi ? Henri, tu es libre.

Liberté conditionnelle, mais Viau est chargé de me surveiller. Vraie tête de

Viau. Henri, tu es fragile.

Je suis ton ami, ta nounou. Ma nounou, madame de compagnie.

Ma pompadour, un peu poilue.

Qu'est-ce qui ne va pas, Henri ?

Demain tu es libre.

On rit, les oiseaux chantent. Le ciel bleu, les oiseaux chantent.

Cui-cui, cui-cui, cui-cui, cui

-cui, cui-cui,

cui-cui, cui-cui, cui-cui.

rue des moulins rue des moulins mais c'est un bordel chez madame denise un

bordel très bien fréquenté vous cherchez l'abîme monsieur lautrec henri tu es

fragile tu le sais c'est l'abîme que tu cherches la p'tit a besoin de se

requinquer mon dieu oĂą est il henri

henri

T'as perdu quelque chose ? Henri !

TĂŞte de vieux, qu'est-ce que t'as perdu ? Henri

! Henri ! TĂŞte de vieux ! Henri ! Henri

!

Vous n'auriez pas vu un petit homme malheureux comme un petit barbu ? Allez

Lilas, on te pĂŞche ! Allez, on l'a vu par ici.

Votre serpe est sinistre, cher monsieur.

Est-ce avec une serpe que Dieu nous coupera les roupettes au jugement

dernier ? Je vous connais, maître.

Je connais vos affiches, vous êtes célèbres.

Moi, c'est le contraire.

Mais j'ai la foi.

Dans cette vieille cage thoracique, un cœur d'adolescent bat pour Shakespeare

et pour Molière.

Un autre Molière.

J'ai joué Molière.

Maladroitement, mais appliqué.

M. Lautrec applaudissait l'imbécile heureux qui a joué Molière.

Et qui maintenant coupe de l'herbe pour ses lapins. Henri ! Tout va comme vous

voulez, mais... Non.

Je manque de sérieux.

Un peintre sérieux devrait se prendre par les cheveux et se soulever seul au

-dessus du plancher.

Au-dessus du... Et à part ça, maître ? On rigole, on s'emmerde, on attend

le jugement.

Le jugement ? Le jugement dernier ? Celui de la cathédrale d'Albime a

toujours laissé le souffle couper.

Le jugement ?

Bah, les temps ont changé, mon vieux. Ce n'est plus Dieu qui juge. Les peintres

sérieux, dans leurs tableaux, doivent juger Dieu.

Mais être jugé Dieu, c'est... C'est peut-être péter au-dessus de son cul,

non ? Faut y arriver.

Van Gogh l'a su le premier.

A nos amours au goût d'ortie.

Le crapaud ne boit plus que du jus de pomme.

Nounou veille sur ma santé.

Rire.

Je t'aime, tu m'aimes.

J'ai le cœur qui saigne.

Quand ceux qui sont grandement aimés se retrouvent, ils la bouclent.

Faut pas cochonner avec des mots, les rares moments où les cœurs saignent.

C'est beau.

C'est beau.

Je suis heureuse de t'avoir plaqué.

Si on avait vécu ensemble, t'aurais corrigé mes dessins, tu m'aurais imposé

de faire du low-track.

J'ai jamais corrigé tes dessins.

Non, c'était plus insidieux.

Tu plissais tes yeux comme on te laisse rapprocher du tien.

J'aimais tes yeux.

Mais pour te les voir plisser, je t'aurais singé.

Quelle blague.

Vous entendez ? Le génie va être comme ses pieds.

Et ton argent ne change ? On l'oublie, celui-là. C'était un morpion.

Ne lâche pas tes crayons, fillette.

Un crayon, c'est une bonne robe.

Que Dieu te protège contre toi-même.

Henri ! Où est la romance des jeunes années ?

Le passé fini dans le caniveau ? Non, dans votre cœur, mon chat.

Ah, oui.

Le petit est flappi.

Il a besoin de la mer pour se requinquer.

La mer, monsieur, la mer chère à Homer.

Lorsque le vieil aveugle entendait les vagues, il criait yo, yo pour les

saluer. Tous les rĂŞveurs aiment le grand lard.

Mais moi à chaque part j'étouffe, je chante seul !

La Comtesse est lĂ .

Le Seigneur m'excuse.

Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui se passe, les enfants ? On ne sait pas,

on attend.

Madame, il faut descendre.

Henri, nous sommes arrivés.

Avant de descendre, je peux faire dodo.

Je suis épuisé.

Peut-ĂŞtre devrions-nous tous prier.

Petit garçon, je savais qu'au printemps, la sève remonte dans les troncs.

Une après-midi comme celle-ci, pour vérifier, j'ai couru dans les prés.

En jetant lĂ  un arbre, t'es mon ami.

Heureux, je trottais sur mes petites jambes.

C'était la dernière fois.

Le lendemain...

J'étais plâtré.

C'est beau, les arbres.

Allez. Vous n'avez pas de paysage.

Le corps, le visage, c'est déjà insaisissable.

Alors le paysage.

Je vais vous confier un secret.

J'adore les secrets.

Le parfum le plus délectable, c'est celui du nombril des femmes.

En le reniflant, j'ai pressenti le divin. Henri.

Qui est-ce qui peut se cacher dans ce coin si ce n'est pas le bon Dieu ?

Madame la comtesse, regardez ce qui nous arrive de Paris.

Henri, mon père dans un chariot à pétrole.

Des foules d'éclats vont apparaître à se cacher. Ces enjeux-là vont faire de la

purée. Il sera la grande au canard de vie. Trop de bruit.

Mon Henri Flaubert, le grand Flaubert, adorait les Touaregs.

Surtout leurs belles aux hanches, comme des enfants.

Peut-ĂŞtre que nous allions tous les deux au Sahara ou en Orient.

Vous ĂŞtes venus pour la lalie ? Pardon ? Une bĂŞtise.

Vous êtes venus pour la lalie ? Précisément !

Je vais tuer un sanglier, et avec sa bonne viande noire.

te remettre sur pied, sur tes trois ou quatre pieds, si on compte tes cannes.

Attention.

Attention.

Van Gogh, Raphaël, Watteau, Exitus, à 37 ans, tous les trois.

Ça me laisse peu d'heures, si j'essaie de compter.

C'est un petit béton.

J

'en

suis réduit à tuer les mouches.

Que tu sois loué en République, le ridicule ne tue pas.

Henri, je ne veux pas que ces bestioles te piquent.

Pourquoi pas, si Dieu le veut.

Diez le monde.

C'est la devise de la famille.

Un pauvre papa.

C'est mystérieux, la beauté.

Cochonnerie.

Un peintre rĂŞve une peinture, Dieu lui fait un gros ch'pie.

Tu as fini de taquiner, monseigneur.

Tu es un provocateur.

Une parenthèse, maman.

dans l'histoire de la peinture une parenthèse insignifiante.

Amiral !

Tout a un sens, Henri.

Tout est cohérent.

Merci, Amiral.

Merci.

Ă€ quoi rĂŞves-tu ? Aux vagues du large.

Toi seule, mère.

Dieu va t'aider.

Il est bon, il est juste.

Ah ouais ? Alors c'est parfait.

Car il faut être gland comme votre nabot pour réclamer à Dieu justice.

Ils sont des tins, ils sont des tas, des fils de race et de rasta Qui descendent

des vieux tableaux, ah les salauds Ils sont presque tous mal bâtis, ils ont les

abattis trop petits Et des bidons comme des ballots, ah les salauds Quand on les

rapporte le matin, ils sentent la vigne et la putain Ils ont bu dans les

cagoulots, ah les salauds

Cochez votre nom, c'est Henri.

Henri, c'est comme les rois de France, comme mon petit roi.

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