Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Monsieur Lumière, votre secrétaire m'a dit que je vous trouverais ici. Alors
là, ça c'est sûrement pas vrai. Non mais c'est le seul moyen de vous voir, je
pars demain pour le Brésil.
C'est pas le moment. Si c'est le moment, ne compliquez pas les choses.
Le type avec qui ça vit au Brésil, je suis son seul contact. C'est un type du
genre instable, vous voyez. Il se dit recherché par la police. C'est peut-être
vrai, comme son histoire avec Kessel. J'ai vérifié. Il a vraiment connu
Kessel. C'est pour ça qu'il veut être édité chez vous.
Je vais le faire lire. Non, il ne veut pas entendre parler de comité de
lecture. Ça lui rappelle trop les examens. Il veut une réponse dans trois
jours.
C'est oui ou c'est non. Si c'est non, il ira voir ailleurs. Voici mon adresse au
Brésil. Bonsoir. Ah oui.
Tu l'as vu ? Oui, ça y est.
Il l'a pris, le manuscrit ? Je n'ai pas vraiment laissé le choix.
Tu n'as pas frappé quand même ? Écoute, tu m'as demandé d'être ferme, alors ne
me demande pas comment j'ai fait.
Écoutez, bon, Hirsch est en retard. Moi, je trouve ça plutôt amusant, non ?
Alors, celui-ci, pas seulement en retard, il est carrément absent. Et c
'est Jacqueline Ségur qui a eu la gentillesse de venir nous en parler.
Jacqueline, Arthus, vous aimez ça ? Les Arthus, ils aiment tous ça. Je vais vous
dire pourquoi, c'est pas nouveau.
Un vieux truc bien éculé qui marche à tous les coups.
L'auteur qu'on n'a jamais vu, qui se cache au Brésil, le médecin avorteur.
Charles, j'ai un secret à te confier.
Je suis peut-être en retard, mais ce soir, on va parler deux fois de moi.
Pour le roman que j'ai publié chez ton frère, et puis pour la vachie que j'ai
écrite sous le nom d'Émile Arthus.
Tu gardes ça pour toi.
Mais t'es fou.
Oui, je suis fou.
J'y vais.
Salutons l'entrée d'Anatole Hirsch, que j'ai le plaisir de recevoir pour son
dernier roman, La maladresse du zouave, chez Lomière.
Ça va, rien de cassé ? Voilà, on va enfin pouvoir parler de réitérature.
Vous m'invitez six mois après l'apparition de mon livre, mais
Montaillère n'avait pas eu le temps de finir ses ourlets. Bon, nous évoquerons
votre livre dans quelques instants. Nous étions en train de parler d'Artus.
Qu'est-ce que vous en pensez, vous ? Je suis vraiment désolé, je n'ai pas eu le
temps de le lire, le livre d'Artus.
Mais à mon avis, avec le succès qu'il a, ça m'étonnerait qu'il puisse conserver l
'anonymat très longtemps.
Qu'est-ce que c'est que ce foutoir ?
T'as pourtant dit que je rentrais le 17 ? Ben oui, mais je dois passer plusieurs
couches.
Je te présente Rachid, il me tient compagnie. Petit café, monsieur ? Il n'y
a que les vrais pauvres qui gagnent à ce genre de jeu.
T'en tiens toujours pour le café ? Appelez-moi quand il sera chaud.
Vous ne vous servez pas de la cafetière.
C'est mieux comme ça.
En tout cas, c'est comme ça que je le fais.
Je suis sûr que vous n'avez pas pensé aux courses.
J'ai fait une liste dans le taxi. Tiens.
Voilà.
Merci. On t'a vu hier soir, apostrophe.
Tu m'as trouvé bien ? Tu es toujours bien.
Même ton retard, c'était bien joué.
Sylvie a pas aimé ta veste, mais comme elle aime tes livres, tu lui
pardonneras.
Tiens. Tu lui dis qu'il oublie pas la confiture de coin, hein.
Ni les danettes, surtout.
Et le cacao sous toutes ses formes, à condition qu'il trouve la bonne marque.
Si vous avez besoin de quelque chose, là-haut, qu'il n'hésite pas. Même si
vous avez besoin de rien, achète. Allez.
Je suis en avance ? T'es pas seul.
Pourquoi tu parles tout bas ? T'es à faune ? Le peintre.
Ah, c'est pas un peintre, c'est Martin. Martin Charles Lomière. Monsieur.
C'est mon neveu. Je t'en ai parlé hier soir.
Ah, je voyais tes fils uniques.
Oui. Non, mais enfin, c'est pas aussi simple que ça. C'est mon petit cousin,
si tu préfères.
Dis donc, tu as vu la sélection du Renaudot ? Non.
Il en laissait quatre noms.
Deux qui ne servent à rien, comme d'habitude.
Autrement dit, Arthus a une chance sur deux de l'avoir.
Et alors ? Alors, plus tu attendras, plus tu seras ridicule.
La distribution des prix, ça fait dans 15 jours.
Troisième lundi de novembre, comme chaque année.
Trois mois qu'ils se préparent à ça.
Dans les coulisses, dans les cuisines.
Trois mois que les odeurs n'en finissent pas de remonter. Ils sont prêts à passer
à table. Alors, pas toi.
Dis-leur que tu t'es foutu de leur gueule, mais dis-leur maintenant.
Mais je m'en fous du Renaudot, moi. J'en veux pas.
Il faut se dépêcher de faire des lettres. Qui va les écrire ? Qui va les
poster ? N'importe qui, Martin.
Martin ? Ah oui.
Le peintre qui n'est pas peintre.
C'est lui qui a signé le contrat.
Il habite en haut, au 6e. C'est quelqu'un que j'ai sous la main en
permanence.
Et sous quel nom il a signé le contrat ? Sous le nom d'Arthus.
Ah, t'as pensé à tout si je comprends bien.
Faut toujours penser à tout, Charles.
Surtout si par moment on improvise.
Et quand vous le refusiez, tu dirais que c'était toi.
À moins que je dise que c'était lui.
Lui, je ne veux pas le savoir.
Je ne veux plus rien savoir.
Je ne te trahirai pas qu'à cette seule condition.
Alors, on ne doit plus achatner.
Tu sais que mon frère a adoré ton dernier manuscrit.
Il le sort au printemps.
Je ne faisais qu'un tirage de 60 000.
60 000, c'est mon score habituel.
Le score des écrivains qu'on achète.
mais qu'on ne lit pas forcément.
Ça va pas faire un peu hôpital, tout ce blanc petit cousin.
Au moins, ces pièces seront propres, accueillantes, simples, hospitalières.
Le premier souvenir que j'ai de toi, c'est déjà un pinceau à la main.
Tu t'étais mis en tête de repeindre l'appartement de ta mère, Anis.
Ma mère, ta mère, toi, vous avez toujours eu un goût de chiotte.
Heureusement que j'étais là.
Heureusement que tu es là, petit cousin.
Tu te souviens, il y a six mois, je t'ai demandé de signer un contrat d'édition
au nom d'Artus.
Même que tu as été à la poste, le renvoyer par express au Brésil.
Oui.
Je me suis même bien marré quand Delpierre a dit du bien de toi et du mal
d'Artus.
Tu vois, je croyais qu'anonymat était gage de pureté, et bien je me suis
planté.
Tu vas être gentil de me signer ces lettres-là.
C'est quoi ? Des lettres de désistement.
Je refuse le Renaudot.
Tu te souviens de la signature, de l'orthographe ? Arthus, A-R-T-H-U-S.
Ça y est, t'es en train de devenir Arthus.
J'en avais bien besoin, tu sais, ils veulent un auteur en chair et en os.
Je vais leur en donner un, quelqu'un que j'aime bien et qui m'aime bien.
Attends, ça consiste en quoi ? Je te le dirai au jour le jour.
Je suis pas écrivain, Anatole.
Qui te parle d'écrire ? Parce que t'en as écrit un autre ? J'aurais pas dû.
Je pensais que t'en écrirais qu'un.
Mais moi aussi, qu'est-ce que tu crois ? Car tu s'étais programmé, il est venu
comme ça, tout seul.
Sans raison.
Ah, des raisons ! On en trouve toujours pour finir, mais jamais pour commencer.
J'ai toute cette légende autour de ta mère.
Sois-disant que t'écrivais toutes tes livres pour elle, alors qu'elle lisait
même pas le français.
Mais c'était pas une légende.
C'est pour elle que j'ai commencé, et c'est pour elle que j'ai continué.
Livre après livre.
Ça lui plaisait.
Tu sais ce qu'elle a dit le premier jour où elle a vu ma photo dans le journal ?
Je savais bien qu'en te rasant la moustache, tu deviendrais un grand
écrivain français.
Tout le monde la connaît dans la famille.
Ça explique pas pourquoi t'es devenu Arthus.
Un jour, j'en ai eu assez, moi, d'avoir ma photo dans le journal.
Le grand écrivain français ne restait plus que français.
Bon pour l'académie.
Le français idéal, qui rassure.
Jamais un mot plus haut que l'autre.
Un homme de lettres, bien tranquille.
Moi, j'avais envie de hurler, Martin.
Je ne veux rassurer personne.
Je ne suis pas tranquille.
Je ne le serai jamais.
Sinon, il y a longtemps que je n'écrirai plus.
La vachie, tu ne pouvais pas la sortir sous ton nom ? Sortir la vachie sous mon
nom, c'était couper les ailes au livre.
Les gens auraient conclu hier Samuse, les mêmes gens qui aujourd'hui croient
découvrir Arctus.
Ça veut dire quoi, les voisins du zéro ? Ça, ça vient de la roulette.
Sur le cylindre de la roulette, les chiffres les plus proches de zéro, on
les appelle comme ça.
Remarque maintenant, c'est peut-être toi et moi, les voisins de zéro.
Je vais lire.
Non, pas encore.
Tu es allé où habillé comme ça ? À l'enterrement de Galtier.
C'était mon chef d'escadrille à Londres.
Grâce à son papa, il avait appris à piloter pour son plaisir.
En 40, il s'est engagé dans la bataille d'Angleterre.
Il aurait pu rester un fils à papa toute sa vie.
Et là, en une semaine, il est devenu un héros de légende.
C'est pas un peu serré, quand même ? Serré ou pas, c'était ces vestes-là
qu'on portait.
Allez, à demain.
À demain.
8 heures, hein ?
Ok, salut.
Il est rencré ? Oui.
C'est marrant, t'as pas la même tête quand il est là.
J'aime pas les boulettes.
C'est nouveau ça.
C'est Anatole.
Qu'est-ce qu'il t'a encore raconté Anatole ? Je peux pas le dire, c'est un
secret.
Mais Marianne n'est pas là. Je vais donner ton jeudi.
Enfin, Gisèle, vous savez bien que même du temps que papa, les domestiques n
'insistaient pas à ce genre de réunion.
La réunion, elle peut être très courte.
Si on n'arrive pas à se mettre d'accord sur les travaux à faire à Châtenay, il
faudrait mieux vendre la maison.
Si on se plantait pas avec le Goncourt depuis sept ans... Six.
Six, d'accord. On serait pas obligés de la vendre, cette maison.
Mais t'en bats le pas, on sera fixés avant huit jours.
Moi, je ne les lis même plus, les livres que vous publiez.
Il reste un peu de moelle.
Je suis sûre que Gisèle va gagner le gros lot avec son Artus.
Mon gros lot n'en veut pas du Renaudot.
Moi, je sais qui c'est, Artus.
Il a déjà dit ça il y a un mois.
Il a craché un nom. C'est renseigné, c'était n'importe quoi.
Mais si ça se trouve, Artus, c'est une femme.
Je vous assure que la vache, c'est un livre très féminin. En tout cas, tant qu
'on ne saura pas qui c'est, on ne sera pas obligé de l'avoir à notre table.
A mon femme, rien n'est plus chiant qu'un écrivain. En plus, c'est bien
connu, tous les romanciers sont de très mauvais coups.
Il faut choisir l'amour.
Ou on l'écrit, ou on le fait.
Mangez, mangez, parce que pour le dessert, je n'ai prévu que des fruits.
Pour le café, on passera au salon.
On parlera de Châtenay.
On ne vendra jamais Châtenay.
Il faut refuser.
Un atelier complètement fou.
C'est un or, il va te bouffer.
Tu comprends pas, Sylvie, je suis fait pour ça.
Anatole, lui, il a compris que j'étais fait pour ça.
T'en es bien sûre ? Alors, ça te plaît ?
Oui, ça me plaît.
De toute façon, je peux pas refuser.
Parce qu'il nous aide.
Ce qu'il a fait pour nous, on ne pourra jamais lui rendre.
C'est vrai que quand il oublie Cléo au jardin, on peut dire qu'il s'en occupe.
Et en plus, il s'en fout de l'argent.
Tu ne peux pas me comprendre.
Toi, tu as ta famille.
Voilà les harons, le monsieur.
Merci.
Décidément, vous ne les lisez jamais.
Et vous, est-ce que vous les lisez ? Non, je ne les lis pas. Alors, c'est
comme si vous me demandiez pourquoi je viens ici. Je viens ici parce qu'ils
viennent tous ici, sauf à cette heure-ci.
Apportez du poivron vert, ce serait gentil.
Suite.
Si vous êtes des nôtres, je vous salue.
Salut, Delpierre.
Une rentrée littéraire sans vous n'est pas une vraie rentrée.
C'est ça que je voulais dire, chez Pivot.
Je prendrais bien un autre harangue, Michel, surtout si vous pensez au
poivre.
C'est vrai qu'il est sorti, ce printemps, le Hirsch de septembre.
Une prochaine sortie en avril.
Ce brave lomière me fait l'habitude de l'aimer beaucoup, mais vous, vous
détestez ça, vous avez toujours détesté tous mes livres. Avec constance. Qui ne
vous empêchera pas de me réserver une critique...
Bienveillant. Tout à fait, oui.
N'oubliez surtout pas de vous intéresser expressément au côté bouffon et en même
temps tragique de mon univers.
C'est ce qui plaît tellement à Lomière, notre éditeur commun.
Lequel a d'ailleurs prévu, je l'ai entendu dire, de vous verser une
rallonge d'avaloir sur la petite plaquette d'aphorisme que vous publiez
chez lui.
Ce qui est agréable avec vous, c'est qu'on peut parler franchement.
Vous faites un drôle de métier, Delpierre.
Je vous lis, mon petit vieux.
Vos trois derniers feuilletons, vous les avez consacrés à des auteurs du passé.
On le sait que Saint-Simon a du génie. On vous remercie.
Vous auriez mieux de vous intéresser à des valeurs de votre temps.
Des valeurs ? Vous voulez dire des produits.
Tenez, vous avez lu la presse d'Artus ? Ça continue, c'est de l'hystérie
collective.
Vous ne l'aimez pas ? Je ne peux pas aimer un livre dont l'auteur m'est
suspect.
D'abord, qui vous permet d'affirmer qu'il s'agit d'un auteur.
C'est peut-être une plaisanterie de trois vieux surréalistes.
N'empêche, on va lui donner un prix. Mais figurez-vous qu'il les a tous
refusés.
Lettre au juré, désistement et tout le toutime.
Gisèle Lomière n'est pas folle, non, elle leur a pris peur.
Vous voyez bien que toute cette histoire n'est pas claire.
Elle dépasse en tout cas très largement les limites de la littérature.
Ne sautez pas.
Ça sent la merde.
C'est possible, oui.
Ça vient du dessus?
Au-dessus.
C'est Francesca au-dessus.
Venez avec moi.
Qu'est-ce qui se passe?
Ça sent la merde chez vous, monsieur Francesca.
Ça m'étonnerait, monsieur. Je vous assure que je tiens absolument à avoir
un appartement propre.
Je vous garantis que je nettoie tous les jours.
Je ne sens rien. Pourquoi elles sont plus grandes chez lui ? Ça ne peut pas
venir chez moi.
Ça me gênerait moi-même. J'ai tout fait réparer.
Si vous voulez, on peut appeler SOS.
Non, ça ne vient pas d'ici.
Au revoir, M. Francesco.
Vous devriez essayer
dans le cabinet.
J'espère pour vous que c'est pas un problème d'évacuation.
Ah, plaisante pas ! Avec l'évacuation.
Nehamed ! Mais t'es complètement dingue ou quoi ? Mais qu'est-ce que tu
fabriques ? Sans ça, tu veux tout placer chez moi ? Arrête, je te dis ! Tu es fou
! C'est comme ça que tu parles à Émile Arctus ? Est-ce que le pourcentage de 20
% vous conviendrait, M. Bassane ? C'est ce que M. Hirsch m'a demandé de vous
proposer.
Dis oui. Je dirais oui si je veux.
C'est oui.
Bon.
Je ne vous cache pas que je ne suis pas mécontent de participer à ce petit
canular littéraire.
Tout cela est très plaisant.
Maintenant, il ne faudrait pas que cela dépasse le cadre de la plaisanterie.
Vous avez eu raison de refaire les prix littéraires, de publier chez Décembre
plutôt que chez Lomière.
Avec des cendres, on pourra toujours s'arranger pour les questions fiscales.
Et oui, tout cela doit être très serré, encadré, verrouillé.
Je peux vous parler seul à seul, maître Jeanne ? Tu peux sortir, Anatole
? Non.
Ça va, c'est pas un secret.
Je crois que vous ne nous avez pas très bien compris, maître Jeanne.
Pour mon oncle, il s'agit d'une affaire très importante.
À travers moi, il veut écrire tout autre chose et sous un autre nom.
Être aimé pour lui-même.
Et non pas pour ce qu'il représente.
Vos deux mères étaient cousines.
Alors, ne dites pas mon oncle.
Ce n'est pas votre oncle.
Je ne suis ni son oncle, ni un canular.
Alors, ça vaut le coup ? Oui.
C'est vraiment bien.
À quoi ça sert, tous ces dictionnaires ? C'est le seul endroit au monde où tout
est expliqué.
Ils sont complètement sûrs de tout, là-dedans.
C'est comme les poissons rouges.
À quoi ça sert si on ne peut pas les caresser ? Je suis sûr de lui.
Quoi que je fasse...
Et quoi que nous fassions ensemble, deux choses me ravissent.
Primo, il saura, Dezio, il se taira.
J'ai toujours besoin d'avoir quelqu'un qui soit au courant de ce que je suis en
train de faire.
Un secret qu'on ne partage pas, c'est pas intéressant.
Sentiment de convoitise à la vue.
du bonheur, des avantages, d'autrui, désir soudain et vif d'avoir,
de faire quelque chose.
Tu vois à quoi ça sert ? J'aurais pu te dire que j'avais envie de toi en une
seule phrase, mais j'ai préféré être bien précis.
Je suis sûr que c'est ma raison.
T'as un enfant ? Deux enfants ? Non ? Non, continue.
Continue, c'est très bon.
Moi aussi je suis marié.
Divorcé même.
J'ai un grand garçon plus grand que moi.
Ne t'inquiète pas, elle se rhabille, elle s'en va.
C'est une fille adorable.
Prends compte qu'elle est mariée et qu'elle a cinq enfants.
Elle a dit à son patron qu'elle avait la grippe.
C'est votre fils ? C'est plus compliqué.
Pourquoi tu dis plus rien ? J'ai lu.
T'as bien fait.
Je savais pas que t'écoutais les gens.
Qu'un jour, tu les ferais parler comme ils parlent.
Des gens plus simples que ceux qui se baladent dans tes bouquins d'avant.
Des gens qui ressemblent aux gens que tu fréquentais quand tu faisais pas de
livres.
Je suis content que tu m'aies choisi. Il me va bien, celui-là. J'aurais presque
pu l'écrire.
Et Anna, elle a vraiment existé ?
C'est un mélange délicat.
C'est comme ce que je fais là.
Tu crois que ça va marcher ? Est-ce que ça peut bien faire que ça marche ou pas
? Tu l'as pas écrit pour ça, celui-là ? Tu l'as pas recommencé comme avant ? T
'as raison.
Mais je te jure que c'est quand même mieux quand ça marche.
C'est Vézir qui a eu le Renault d'eau.
À partir de demain, c'est lui qui va le vendre, son livre.
On aurait pu faire ça à la maison.
Tu aurais trouvé ça marrant de faire ça à la maison ? Ça sonne ?
A ton avis, à quel âge on devient vieux ? Mais vous saviez que votre
neveu était écrivain ? C'est pas mon neveu.
C'est un petit cousin.
Avant-hier, il m'a téléphoné du Maroc et ce matin, j'ai trouvé ses quelques pages
dans ma boîte à lettres.
J'ai l'impression que c'est le premier chapitre de la Vachie que vous lui aviez
demandé de couper.
Non ? Avec lui, il faut s'attendre à tout.
Alors, il vous attend à Genève avec son nouveau roman.
Il a fixé le rendez-vous mercredi 21h à cette adresse-là.
Puis si vous téléphone, ne lui raccrochez pas au nez comme la dernière
fois, ça l'a rendu fou, ça.
Il est un peu caractériel.
Mais il sera là.
Je ne peux vraiment pas vous l'assurer, disait-il.
Partez du principe, chère madame, que tout ce qu'Anatole Hirsch a pu vous dire
sur moi est faux et archi faux.
Je n'ai pas fait de prison, je ne parle pas un mot de polonais et je ne suis pas
stérile.
De toute manière, je suis sûr que tu seras parfait.
Monsieur Arthus.
Oui ? Je
suis si heureuse de vous rencontrer.
Partez du principe, chère madame, que tout ce qu'Anatoly Hirsch vous a dit sur
moi est faux.
Et archi-faux.
Je ne parle pas un mot de polonais. Je n'ai jamais fait de prison.
Et je ne suis pas stérile.
Je peux te dire que le revolver l'a paniqué.
J'avais placé la lampe devant moi, elle l'a eu dans la gueule toute la soirée.
Et le manuscrit ? Je lui ai mis dans les mains.
Est-ce que ça me faisait d'être le neveu d'Anatoly Hirsch, si c'était difficile,
éprouvant, décourageant ? Et là, ça m'a vraiment énervé.
T'as bien fait de lui dire que j'étais imprévisible, ça m'a aidé.
Mais pourquoi un revolver ? Je vais reposer le revolver. Et je lui ai dit,
plus de coupe ! J'en ai marre qu'on coupe mes livres !
Qu'est-ce que vous faites là ? Vous avez des cotons ? Il est devant vos yeux le
coton. Il vous crève les yeux le coton.
Vous me mentez vous, hein ? J'aime pas ça moi.
Mais t'es con ou quoi ? Si je l'avais vu ton coton, je l'aurais pris. Martin !
Martin, viens ici ! Martin ! Si tu me déranges tout le temps, je ne finirai
jamais tes travaux. Elle m'a traité de con.
Fouille-la.
Elle a dû voler. Elle a mis son nez partout.
Si ?
Quelle salade pour du coton.
Il se calmera pas, vous savez.
Ce sera la première fois que ça lui arrive.
Vous avez un peu de temps, là ? On pourrait boire un petit thé. J'aime pas
le thé. J'en ai marre, je me barre.
Vous êtes pire que le vieux, vous.
Alors ? Je l'ai viré.
Mais pourquoi t'as fait ça ? Y avait rien d'important dans la salle de bain.
On prend pas de risques.
Après ce que je lui ai dit, elle foutra plus les pieds ici.
Qu'est-ce que tu lui as dit ? J'ai dit la vérité, que je supportais pas les
fouilles merdes.
Martin.
Tiens, lis.
J'ose pas, moi.
T'as rien, t'as 36,8.
C'est sûr ? Dis donc.
J'étais persuadé d'avoir 40.
Qu'est-ce que tu fous avec cette photo ? C'est celle que je leur envoyais.
À qui ? Aux éditions décembre.
Tu débloques ou quoi ? Elle est bien cette photo.
Je croyais que tu étais contre tout ça, que tu ne voulais plus qu'on en parle.
De quoi ? Tais-toi, chérie.
Découvre. J'ai regardé les épreuves.
Quand on a lu « Les enfants sont couchés », on comprend tout de suite que c'est
Anatole qui a écrit « Les voisins ». Il y a le même personnage dans les deux
livres.
Zoé, même prénom, même métier, même manie.
Si vous ne la suivez pas, c'est foutu.
Vous avez bien un exemplaire « Les enfants sont couchés » ici ? Non.
Ni des enfants, ni d'aucun de mes livres. Pourquoi faire ?
Il faut vraiment qu'on y aille.
Changez au moins le prénom.
Mais il faut tout changer.
Les noms, les prénoms.
Il ne la rencontre pas, il ne déménage pas, il s'en tape une autre.
Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Voilà, on leur refile le chapitre
que j'avais coupé.
Où il croyait rencontrer son père. C'est trop tard, c'est pas possible. J'ai même
signé le bon à tirer. Je m'en fous, moi, du bon à tirer.
Je les appelle tout de suite.
Tu as raison, t'appelles tout de suite. Non, mais t'es folle.
Pas d'ici.
C'est quelqu'un de ma famille qui s'est reconnu. Elle m'en veut déjà. Elle est
capable de me faire un procès.
Mais je m'en fous, c'est très grave.
Je paierai ce qu'il faut.
C'est d'accord.
Il ne ressemble à rien, ce type.
D'ailleurs, il n'a pas une tête d'écrivain. Vous n'allez pas lire ça,
tout de même.
Vous avez des toilettes ? J'ai une terrible envie de chier.
Reviens, Jennifer, reviens ! Allez, on monte.
Il n'y a pas longtemps ? Je ne sais pas.
On va encore la rater, il y a une émission sur les livres.
Ça dépasse, une émission sur les livres.
Tu appelles ça comment ? Je n'appelle pas.
Je m'en suis toujours foutu, moi, de savoir qui était premier ou second.
De toute façon, la liste des meilleures ventes, tu la retrouves demain dans le
journal. On me l'a téléphoné ce matin. On est toujours premier.
C'est sûr.
Neuvième semaine consécutive.
Allez, c'est fini.
Vas-y, chérie.
C'est pour la bonne chaîne.
On ne va peut-être pas rester premier aussi longtemps que tu le crois.
Et si je me montrais ?
Si
le soir où tu m'as quitté, quelqu'un m'avait dit que dix ans après, on
croiserait toujours les fers, j'en aurais avalé mon poudrier. Oui, ben
viens, faut pas que je traîne, j'ai un dîner, là.
C'était pas un cadeau empoisonné, ton Artus.
Tu dînes avec qui ? Avec Montfort.
Mais cet imbécile, toi, qui va voir le Goncourt, j'ai deux heures pour lui
faire comprendre qu'il n'a aucune chance.
Il y a un nouvel Italien, Rudé Belfoy, tu devrais l'essayer.
À Montfort, tu lui expliques que c'est Artus qui aura le Goncourt. Ah non, ça,
on peut pas donner Goncourt à un type qu'on n'a jamais vu et qui a refusé le
Renaudou l'an passé. C'est pas possible, ça c'est pas sérieux. Allez, viens.
C'est une construction récente, mais c'est très calme.
Copenhague.
Le champagne, on le boira à votre retour.
Quoi, Copenhague ? Arthus.
Je ne peux pas rester, je suis pressée.
Émile Arthus vous attend à Copenhague pour une interview exclusive.
C'est lui qui vous a choisi.
C'est vrai que c'est le petit cousin d'Anatole Hirsch ? Vous savez, il y a 15
ans, Anatole a déjà écrit un livre sous un faux nom. Je me demande s'il a pas
remis ça avec Émile Arthus.
Écoutez, Jacqueline.
Quand vous rencontrerez Emile, vous verrez que vous n'avez pas affaire à n
'importe qui.
De toute façon, si ce n'est pas lui qui a écrit le livre, je le saurais.
Il y a des réponses qui ne trompent pas.
Mesdames et messieurs, nous venons de nous poser à Copenhague, où la
température est de moins de degrés Celsius.
Bonjour. Bonjour.
Il vous attend.
Méfie-toi.
Ségur n'est pas Gisèle.
Elle vient interviewer un écrivain.
Je te souhaite de faire le poids.
Bonjour. Bonjour.
Je vous en prie, asseyez-vous.
Non, pas là.
Il est défoncé.
Moi, je vous laisse.
Vous avez fait bon voyage ? Pourquoi Copenhague ? Les jours, ils sont si
courts.
Ici, je me sens de sécurité.
J'ai beaucoup aimé votre article, vous savez.
On ne le dira à personne, mais je préfère Lavachie, votre premier livre.
Lavachie, pour moi, c'était un livre d'urgence.
Un livre où les mots ne cherchent pas à pitoyer les gens.
Et puis, à la fois, comme un ray de lumière au bas d'une porte.
Vous m'excusez un instant ? Ça va ?
T'entends bien ? Tu sais, je crois qu'elle a vraiment
aimé mes livres.
Je suis content.
Vous connaissez le jocari ? Plus vous frappez fort dans la balle, plus vous
avez de chance qu'elle revienne. Eh bien, moi j'étais la balle.
Et Anna, c'était l'élastique.
C'est elle qui m'a retenu à la vie.
Un écrivain qui n'a pas peur n'est pas un écrivain.
Je me sentais poisseux.
Qu'est-ce qu'on a à dîner, ce soir ? Chut.
Parle pas si fort, elle est encore là. Je m'en fous.
On n'avait jamais dit que ça devait durer si longtemps.
Je te rappelle que j'étais contre cette interview, moi.
Virez-la.
C'est promis.
Je soumettrai le texte de l'interview à Gisèle qui vous le transmettra.
Au revoir.
Je ne vous voyais pas comme ça.
Bonjour.
Comment tu t'appelles ? Tina.
C'est pas vrai que je m'appelle Tina ?
Artus ! D'abord, il y a eu cette interview que je n'ai pas trouvée
drôle, et tout ce tam-tam autour.
On est à huit jours du concours, monsieur Hirsch.
Vous l'avez obtenu en 1972 par six voix contre quatre au troisième tour.
C'est un prix que l'on n'obtient qu'une fois.
Vous allez donc le refuser.
Et si on n'a pas envie ? Je vous
écoute, monsieur Hirsch.
Qu'est-ce que vous comptez faire ? Je vous aime bien, maître Jeanne.
Martin ! Oh Garo, je me suis fou là, je te croyais à Nice.
Je suis venu pour toi.
Je suis monté chez toi, j'ai sonné, sonné, ça répondait pas.
Ça fait une heure que je te guette du bar.
Ah bon ? Mais comment t'avais mon adresse ? Ah Mathilde, Sylvie lui avait
laissé. D'ailleurs c'est elle qui t'a reconnu sur la photo du bouquin. Je
voulais pas le croire au moins.
Qu'est-ce que c'est ces histoires d'interdiction de séjour ? Écoute, quoi
? Bon, alors qu'est-ce que tu veux ? Une interview pour mon journal.
C'est un petit événement qu'un gars dans la région soit favori du Goncourt.
Et puis tu nous raconteras tes histoires de Brésil.
Comment tu as fait pour avoir l'autorisation de venir vivre à Paris ?
C'est avec le piston de ton éditeur ou tu te caches ? Alors là, c'est génial.
Écoute, maintenant, je ne peux pas.
Ici, je ne peux pas, mais dans une demi-heure au bar.
Je comprends, il m'a coincé.
De dire que tu as menti sur ton histoire à dire que ce n'est pas toi qui as écrit
le livre, il n'y a qu'un pas.
On est foutus, Martin.
Si je lui donnais une photo de moi en train d'écrire.
C'est absurde.
Je vais descendre avec Sylvie, elle lui racontera que moi je suis chiant, que je
la réveille sans arrêt pour lui demander un détail historique.
Obscène.
Il est où le manuscrit ? J'ai une idée.
Voilà.
Il ne me restera plus qu'à la signer devant lui.
Au moins, il ne pourra pas dire que ce n'est pas moi qui ne l'ai pas écrit.
Attends. Celui-là c'est le mien.
Je le garde.
C'est mon éditeur qui a inventé tout ça.
Le Brésil, la légende, mes ennuis, quoi.
Et tout ça, c'est pour dissimuler quelque chose de beaucoup plus grave.
Alors tu vas être sympa, garon.
On va parler que du livre.
Et voilà ! Émile Arthus ! Je vais faire une petite interview.
Non, non, plus d'interview avant les prix. Mais non, mais non, mais l
'interview, on la met au frais.
Écoutez, je vous interview comme si vous aviez le grand cours, hein.
D'accord ?
Non, non, pas question.
Écoutez, tous les favoris du prix ont accepté. Tous, sans exception.
Ne le fais pas, Martin.
Mais si, faites-le.
Bon, alors, où, quand ? Là-bas, tout de suite.
Venez.
Madame, aujourd'hui, qu'est-ce que vous ressentez ? Écoutez...
La seule chose que je peux vous dire, c'est que c'est le plus beau jour de ma
vie.
Arthur, c'était le premier tour.
Alors, Elia, moi, vous m'avez dit que c'était de la merde.
Il fallait voter mon fort.
Il y a un mois, Arthus n'était pas le favori de tous les prix.
Si vous lui donnez le concours, mon fort est sûr d'avoir le Renault d'eau, au
moins. Et lui, c'est vraiment un auteur lomière.
On va aller gâter les éditions décembre.
Oui, vous savez, Lesterlin, les éditions décembre, c'est la même caisse. C'est le
cadeau que j'ai fait à ma femme quand je l'ai quitté.
Il a découvert les terres et sa marotte.
C'est plus sympathique qu'une pension alimentaire, non ? Et puis, c'est pas
plus mal quand ça rapporte.
Je m'excuse de vous déranger, monsieur Lester. C'est la photo que je vous ai
reconnue sur le livre.
Je peux vous demander de me le dédicacer ? Oui, bien sûr, mademoiselle.
Vous vous appelez comment ? Sylvie.
Tu peux le jeter, maintenant.
J'ai bien peur qu'on soit bon pour le concours.
Je vais vous expliquer pourquoi.
Tu n'es pas sorcière ?
Le jury du Renaudot se réunit dimanche soir.
Celui du Goncourt, lundi matin.
A la fin de leur vote, les jurés du Renaudot établissent un ordre. On va
décider que dimanche soir au Renaudot, orange est premier, kiwi est second, et
banane est troisième.
Le lendemain, quand les Goncourts votent, ils connaissent le résultat de
la veille.
Mais ils savent aussi que si le même auteur reçoit les deux prix, Ce sont
eux, les Goncourt, qui ont la priorité. Et justement, c'est notre brave Orange
qui rafle le Goncourt.
Donc, le Renaudot ira à l'auteur classé second, ce brave Kiwi, qui n'en croit
pas ses yeux.
En faisant voter pour Arthus au Goncourt,
l'Aumière est sûre que Montfort aura le Renaudot.
Et pourquoi Montfort aurait pas le Goncourt ? Parce que ça ferait un petit
Goncourt, Martin.
Avec la presse qu'il a eue, il en a à peine vendu 12 000.
Et ça, l'aumière le sait.
Ça te ferait vraiment plaisir d'avoir le Goncourt, Martin.
Vous avez un petit pronostic, là, pour Trésor, M. Hirsch ? On est lundi ? Oui.
Je vous remets ça ? Non, surtout pas.
Surtout pas.
Dites, vous m'avez rien dit, là, pour le Goncourt.
Voilà ce que vous direz.
Anatoly Hirsch ne nous a rien dit sur le concours.
Tu manges avec nous, il y a du poulet.
Je peux pas.
Je vous laisse l'appartement.
Je disparais pendant un mois.
Tu vas où ? Je reste pas, c'est tout.
Je voulais juste vous souhaiter un bon concours.
C'est quoi un concours ? T'attends pas les résultats ?
J'ai pas envie.
Tu m'en veux ? C'est pas le mot exact.
Ici François Gonnet qui vous parle en direct du restaurant Drouan, place
Gaillon à Paris, où les jurés du Goncourt continuent leur délibération.
Qui va être le Goncourt cette année ? Sans doute Émile Arthus. Le grand
favori, on le sait, est Émile Arthus.
Depuis quelques jours, les voisins du zéro et le grandissime faveur.
Le prix Goncourt a été décerné à l'unanimité.
à Émile Arthus pour son livre Les Voisins du Zéro.
Bonjour, Martin.
Je suis contente de vous retrouver à Paris.
Je vous félicite pour votre prix.
Jacqueline voulait voir Anatole.
Oui, j'ai relu tous ses livres. Vous m'amusez.
Il a une plume, quand même, votre oncle.
Il est pas là.
S'il n'est pas là, alors je sais où il est.
Fabre, tu sais pas par hasard qui a eu le concours ?
Vous ne connaissez pas les résultats du concours ?
J'ai pas que ça à faire, mon petit bonhomme. Qu'est-ce que vous foutez là,
vous ? C'est la 4 qui veut absolument savoir les résultats du concours.
Bon, j'y vais.
Si vous voulez savoir qui a remporté au tiercé, ils sont là pour ça.
Avec un peu de chance, ils vous donnent même le quatrième.
Le Goncourt, monsieur Hirsch, c'est à moi qu'il faut demander ça.
Et ça s'est fait au premier tour.
Vous le connaissez ? J'ai jamais très bien compris cette polémique entre le
Côte de Blaye et le Côte de Bourg.
Compte de champagne, 80 francs.
Si vous désirez goûter.
Tu permets ? Tu viens ici chaque fois que t'as le Goncourt ou tu aimes l
'endroit ? C'est lugubre, non ? Tu veux du gâteau ?
Ils le servent à peine cuit.
Et c'est ça qui est formidable.
Je voudrais surtout essayer de comprendre.
La dernière fois que je suis venue ici, c'était en 72.
Tu voulais voir personne.
Tu m'as accordé ta seule et unique interview.
Tu te souviens de ce que tu m'as dit ?
Que ton prix, tu le dédies à ta mère.
Elle s'appelait bien Tina, ta mère.
Comme la petite fille de Copenhague.
Qu'est-ce que ça veut dire, Anatole ? J'ai l'impression que depuis le début de
cette histoire, j'ai pas arrêté de me faire balader.
J'aime pas ton neveu.
J'ai pas confiance en lui.
Je suis venue ici pour que tu réussisses à me convaincre.
De quoi ? C'est pas toi qui as écrit le livre.
Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Je sais pas.
Des tas de choses.
Même univers.
Même origine.
Même femme possessive.
Même grand-mère.
Même façon de jouer avec les mots.
Quand Arthus écrit, on dirait que c'est Hirsch qui s'amuse.
Oui, je sais.
On n'est pas exactement français, ni l'un ni l'autre.
C'est dégueulasse, ce que vous faites.
Un jeune auteur apparaît, il écrit un livre.
Il a du succès, un prix.
Mais vous, vous vous dépêchez de lui couper les couilles.
Il y a un vieux derrière qui écrit à sa place.
C'était pas un reproche ?
Tu voudrais pas me raconter ça, calmement ? Que j'ai de quoi écrire un
article ? J'ai trop de respect pour Martin.
J'ai rien à dire, moi.
Rien à déclarer.
Si tu veux poser des questions, tu les lui poses, à lui.
Enfiquez que vous n'étiez pas là, je finis tout seul.
Et l'autre, il est pas là ? Martin ? Je ne touche plus un pinceau, maintenant.
Il n'a plus le temps, si vous le voyez.
Il mange avec un tas de gens, il répond à des questions.
Après, il me dit qu'il est fatigué.
Ah, Nathan ! Oui ? Tu ne veux pas m'aider ? Tu m'embrasses d'abord.
Tu n'y arrives pas ? Tu es trop petite ? Je ne suis pas trop petite, je suis trop
basse. Donne.
Qu'est-ce que c'est que ce rouge, ce vert, ce bleu ? Ta mère ne t'a pas dit ?
Où sont les vraies boules ? Les boules de maman ?
Ton père, il sait tout ça.
Il s'occupe plus de nous, ou quoi ? Papa, il a de quoi s'acheter toutes les
boules du monde, s'il veut.
Tu crois qu'il va devenir plus riche que toi ? Viens avec moi, Cléa.
Ah, et celui-là, vous l'avez nourri, au moins ? C'est Rachid.
Mais c'est bien, parce que c'est à lui que je pensais le donner.
C'est parce qu'il est méchant, lui ? Il mange des poissons ?
C'est pas ça, un poisson et un caméléon.
Ça peut pas vivre ensemble.
40% sur votre prochain livre, ça fait beaucoup, je vous assure. Si Martin veut
40%, je suis d'accord.
T'es sûr ? Ça te fait plaisir, non ? De toute façon, ce livre, il est pas encore
écrit.
On est resté chez Décembre, c'est pas trop petit.
On est très bien chez Décembre.
Maître Jeanne vous a transmis tous les dossiers ?
Jeanne a été parfaite.
N'empêche que si on l'avait écoutée, on n'aurait pas eu le prix.
Moi, ça représente combien d'exemplaires, un bon cours comme ça ?
Plus de 500 000 de l'édition courante.
T'as vu comment on est haut ? T'en avais vendu combien, toi, de ton bon cours ?
Je sais plus.
J'ai demandé chez l'Aumière 320 000.
J'ai décidé de t'offrir une auto.
Mais pourquoi faire ? J'aime pas conduire ! J'ai parlé à Gisèle. Elle va
convaincre son ex-mari de refaire de la pub pour ton dernier bouquin.
Et je peux te dire que pour le prochain, Pivot mettra pas six mois avant de t
'inviter.
C'est un type adorable, tu sais.
Faut qu'on se dépêche, Anatole. J'ai rendez-vous avec Gisèle aux éditions.
Pourquoi faire ? Ils veulent me voir pour un poste de directeur littéraire.
C'est vrai, ça, ils en ont jamais eu.
Comment ça ? Ils veulent que je lise les manuscrits.
Si elle a trop de boulot, elle s'en sort pas toute seule.
On va la conseiller. Alors tu dis conseiller, tu dis pas directeur.
Une fois pour toutes, Alain. Non ! Ne dis pas, ne dis jamais une fois pour
toutes ! C'est comme si on disait, une fois pour toutes, je suis Hirsch, puis
Arthus !
Tu vas pas avoir un bureau,
quand même ?
Tu peux rester là-haut pendant les travaux ? Non, c'est arrangé. Martin
habite chez moi.
On y va, hein ? On va attendre qu'elle parte, quand même.
J'ai rendez-vous avec Rachid. Il a pas les clés.
Allez-y, alors.
Qu'est-ce qu'il y a ? Tu fais la tête ? Je fais la tête, Anatole ? Non.
Si Anatole dit que je fais pas la tête, je fais pas la tête.
Entrez.
Je dérange.
Non, tu rigoles.
Viens.
Viens donc.
Je te présente Marie-Pierre.
Bonjour.
C'est dur. T'es sûre qu'on a toutes les pièces ? Tu peux m'asseoir ? Oui, aide
-la, là.
Qu'est-ce que c'est, ce truc-là ? J'aimerais bien que tu lises.
C'est pas gros, dis donc.
C'est pas toi qui as écrit ça, quand même.
Si vous commencez pas par les coins, vous arriverez jamais.
Et toi, t'écris plus ? Faut savoir.
A mon avis, c'est lui qui l'a écrit.
Il est beau.
Et toi, tu es mignonne.
Où est-ce que tu habites ? Tu as des frères ? Des sœurs ? Tu lis
jamais, toi ? On ne me fera jamais croire que tu n'as que 22 ans.
Mais dis-moi, quand est-ce qu'on baise ?
Mais fiez-vous, M. Martin. Ne dépensez pas tout.
On en a vu des lauréats de grands prix perdre la tête.
Au revoir.
Alors, vous n'êtes plus malade ? Ah, c'est vrai, on ne vous a jamais
présenté. Émile Arthus, Daniel Lumière.
Au revoir.
Au revoir.
Je connais votre oncle depuis plus de 30 ans, vous savez.
J'ai publié tous ses romans, même les moins bons.
Si au moins il m'avait mis un petit mot, vous seriez un auteur laurier à part
entière.
C'est quoi, notaire Lomière ? C'est quelqu'un à qui on ne demande pas de
lire des manuscrits quand il vient d'avoir le préconcours.
Martin ! Où es-tu ? Martin ! Ça fait une demi-heure que je t'appelle.
J'ai besoin de toi.
C'est dimanche ? Oui, dimanche ou pas dimanche ! Tu viens avec moi.
Tu me fais le plaisir d'enfiler ça.
Hier, t'as pas vidé ta baignoire. Ce matin, il y avait des cheveux dans le
lavabo. Je suis fatigué, Martin ! Tiens, pendant que tu te prêles assez, j'ai
fait ça, moi.
C'est quoi ? Tes 40 %. Le prochain livre, si
tu préfères.
Tu déconnes ou quoi, t'as écrit ça quand ? Quand
j'ai pas envie de me buter, par exemple.
Les mêmes habitudes que votre oncle, si je comprends bien.
Nos deux mères étaient cousines, ça n'est donc pas vraiment mon oncle.
Asseyez-vous.
Un café, s'il vous plaît.
Et le prochain ? Il est déjà dans votre tête ? Je n'ai jamais tellement aimé ce
que vous faites, mais je ne demande qu'à changer d'avis.
Mais je ne sais pas s'il y aura un prochain livre.
J'ai bien essayé de m'y remettre, mais tout ce qui vient est tellement négatif.
Et ce qu'a fait le dernier auteur qui m'a dit ça, huit jours après, je
recevais son nouveau roman.
Vous lisez vos contemporains ? Oui, bien sûr.
Eh bien, ce n'est un tort.
Ce que j'aime beaucoup chez votre oncle, c'est qu'il n'a pas besoin des autres.
Tu vois, c'est à eux que je dois tout.
Ma réputation, mon concours, mes lecteurs, la place que je conserverai
dans la littérature, tout ça parce que j'ai su parler d'eux, et j'ai toujours
été de leur côté.
Dis-toi, Martin, que les balles à blanc font beaucoup plus mal que les vraies
balles.
Tu voulais me voir ? Tu me vois ?
Je vais te parler.
J'ai tout lu.
C'est vraiment dégueulasse de vouloir me faire endosser un bouquin pareil.
C'est sûr que les gens ne vont pas te regarder de la même manière.
Mais c'est le problème avec tout livre à caractère autobiographique. Celui qu'il
écrit, qu'il signe, risque de le traîner toute sa vie comme un boulet.
T'as remarqué que je me suis pas épargné, hein ? Sur 250 pages, j'en
passe près de la moitié à insulter ton oncle.
Ton oncle, c'est moi.
J'assumerai, Marc.
Alors assume.
C'est vrai que t'as couché avec maman ? Quand on aime, on dit
pas coucher.
On dit faire l'amour.
Tu ne vas pas te mettre dans des états pareils.
Tu as appelé Sylvie ? Elle n'était pas là.
Elle est grande, la maison de ses parents.
Tu as laissé sonner assez longtemps.
Allez, bois ça.
Faut te secouer, Martin.
On a du boulot, mon vieux.
Tu sais ce qu'on va faire ? Le manuscrit que tu as lu, tu vas le recopier.
De ta main.
Comme ça, il n'y aura plus de doute.
Puis t'as dit pas mal de conneries dans tes interviews.
Il faut les rattraper.
Alors tu le recopies et tu le rapportes.
Tu crois qu'ils vont aimer ? C'est pas un roman.
Un peu d'un récit.
Mais je m'en fous, moi, qu'ils aiment ou pas.
Ils sont pas en mesure de discuter.
Puis le titre est beau.
Défaut d'origine.
Défaut d'origine, c'est beau.
Il est à peine tiède.
T'as pas vu mes calmants ?
Si tu veux, je peux t'en lire des passages.
Il raconte que je me drogue, que je me branle du matin au soir, que ma mère
était une pute.
Et Cléa, elle dort ? J'y manque ?
Non, si tu veux, c'est comme si Arthus était fou, c'est le livre d'un mec qui
délire.
Défaut d'origine.
Défaut d'origine.
Ça te plaît pas comme titre ?
Anatole, lui, sait ce qu'il préfère.
Je vais te dire un truc, Sylvie.
On n'aurait jamais dû faire ces travaux.
C'est pas parce que c'est plus propre que ça nous paraîtra plus grand.
Il doit bien rigoler, Anatole.
Tiens, écoute ça.
La taille de ma bite n'a rien à voir avec mon impuissance.
J'ai pu faire un enfant comme tout le monde.
Tonton Hirsch en a bien fait un.
S'il ne le voit jamais, c'est parce que ça lui rappelle de drôles de souvenirs.
La dernière fois où il a bandé, par exemple.
S'il était un homme ordinaire, moi, Émile Arthus, lui dirais d'où vient sa
semence, mais la preuve est faite.
Deux hommes aussi extraordinaires que nous se doivent de mener deux vies
différentes et d'écrire des œuvres opposées.
T'as compris le principe, Sylvie ? C'est lui qui crie, c'est Arthus qui parle, et
c'est moi qui signe.
Alors dis-le bordel !
Embrasse-moi.
Comment vous pouvez aimer une chose pareille ? C'est un animal qui me
touche, parce qu'il n'en fait jamais à sa tête, toujours à celle des autres.
Et tu le poses sur du rouge, il devient rouge, du vert, vert, du bleu, bleu,
jaune, jaune.
Peut-être que s'il vivait chez toi, il aurait été sain.
Et ce René Sharp écossais, qu'est-ce qui lui arrive ? Il explose.
C'est qui ? Ils ont l'air marrants. C'est ma blonde.
On avait envie de fêter ça, c'est la fin des travaux.
Ah. Tu vas te réinstaller quand, là-haut ? Le temps de récupérer Sylvie et Cléa.
Et les meubles.
Vous mangez quoi, du couscous ? Ouais.
Dans deux heures, ils sont partis. T'as qu'à te mettre dans ta chambre, tu
fermes la porte et on te dérangera pas.
Et les livres, là ? J'avais envie de leur en dédicacer quelques-uns.
Ah.
Je te dis comme pas, heureux je suis toi.
Qu'est-ce qu'il y a ? Tu dors pas ? Non.
T'as pas entendu sonner ? Non.
Bonne nuit.
Martin ! Martin ! Qu'est-ce que tu as perdu de l'original ? T'as vu, j'ai tout
recopié. Il manque rien.
Je t'ai demandé ce que tu avais fait de l'original, de mon manuscrit, si tu
préfères.
Le tien ? Je l'ai jeté. Qu'est-ce que ça peut foutre ? Mais t'es complètement
dingue ou quoi ? Tu l'as jeté où, quand ? Dans la poubelle, hier soir.
Et tu l'as descendu, la poubelle ? Tous les matins, oui.
Mais quelle heure il est ? A quelle heure il est ramasse, les poubelles ? Je
sais maintenant, il passe à n'importe quelle heure.
Vous avez perdu quelque chose, monsieur Hirsch ? Non, non.
Non, ça va, c'est... Vous avez perdu quelque chose et vous ne voulez pas me
le dire ? Je l'ai retrouvé.
Je vais te dire, j'y comprends rien.
C'est pas toi, c'est même pas lui.
Je sais pas qui c'est.
Laisse tomber.
Tu sais, c'est pas moi qui écris, c'est pas moi qui écrivais.
Mais personne n'aura été meilleur dans le rôle.
C'est drôle.
Je te sens pas.
Arrête.
Tu peux pas bander ? Arrête.
C'est comme dans le livre, alors.
Tu te bandes du matin au soir, ça fait que la nuit, tu peux plus me baiser.
Tu veux nous foutre en l'air ou quoi ? C'est toi qui nous a foutu en l'air
! J'en ai marre de votre truc.
Je me casse.
De toute façon, mes parents s'en sortent. Ils parraient pas seuls avec
Cléa.
Et puis là-bas, ça pue moins qu'ici.
C'est la première fois que ça nous arrive.
Et là, maintenant, t'as envie de moi ?
Pas comme ça.
Ça fait deux fois.
C'est peut-être comme ça la baisse, tu vois.
On adore ça pendant des années, puis un jour, un jour, il se passe plus rien.
Ça se trouve, aujourd'hui, Anatole est devenu un meilleur coup que toi.
T'as des nouvelles de Gisèle pour des faux d'origine ? Je te parle,
Martin, réponds-moi ! J'ai pas pu, je
leur ai pas donné.
On était sûrs.
Hugo va être émancipé.
Il a dû grandir depuis la dernière fois que je l'ai vu.
Il a l'âge d'apprécier la dédicace d'un père.
Et défaut d'origine, vous l'avez lu ? Vous aimez ça ? Aimer quoi ?
Défaut d'origine.
Le dernier texte de mon vœu.
Je l'ai jamais lu.
C'est pour ça que vous m'avez invité à boire votre chocolat. J'étais sûr qu'il
vous le donnerait pas.
Mais c'est pas étonnant.
Les auteurs doutent toujours de leurs plus beaux livres.
J'ai lu, moi.
C'est un livre immense.
Impitoyable, pour moi.
Martin aura sans doute voulu m'épargner au dernier moment.
Allez, on va monter, hein ? Je passe devant.
C'est un livre terrible.
Il me traite de tous les noms jusqu'à l'insulte.
Mais c'est un livre courageux.
Pour moi, seule l'absence de talent est rédhibitoire. Et ce livre-là, il en est
bourré jusqu'à la gueule de talent. Pour avoir ça, c'est une infirmité.
Il faut absolument qu'il paraisse.
Il faut absolument qu'il paraisse.
Martin ? Martin, c'est moi.
Gisèle est là.
Je lui ai parlé, tout est arrangé, mon petit bonhomme.
J'ai hâte de le lire, moi.
Oui, laisse manuscrit.
On plie pour vous, madame. Est-ce que je peux donner un coup de fil, s'il vous
plaît ? Oui, s'il vous recommette le téléphone.
Ouais, c'est Patrick.
Ségur, c'est fait. Je vais où, maintenant ?
On n'est pas dans la merde.
T'as vu la presse que j'ai ? Déplorable.
Pourtant, je continue de penser que c'est notre meilleur texte.
Mais le succès des voisins du zéro a dû les agacer.
Et puis tu les as vexés en ne signant aucun service de presse.
Auteur absent de Paris, tu penses, quand tout le monde te voit glander à Saint
-Germain.
On va en vendre combien ? 10 000.
Et encore, je suis optimiste.
Il y a un moyen de relancer le livre ? Ah oui.
C'est que tu leur parles.
Tu prends le relais, tu leur expliques.
Tu leur dis que c'est toi, Arthus.
Parce que moi, j'arrête.
Tu peux pas t'arrêter, Martin.
C'est trop tard.
Et moi, je peux pas leur parler, comme tu dis.
De quoi j'aurais l'air ? T
'as peur de plus être pris au sérieux ? Je serai pris au sérieux.
Que le jour de ma mort.
Tiens.
Va ouvrir, c'est Jessica.
T'en as pas marre de te taper toutes ces filles ? J'en ai surtout marre de me
demander si Hirsch va pouvoir se les taper.
Mais qu'est-ce que vous me racontez ? Vous pensez bien que si Anatole était l
'auteur de ces trois livres, j'en aurais été le premier informé.
Vous êtes sûr que vous ne voulez rien prendre ? Vous êtes au courant depuis le
début.
Vous avez l'air bien fatigué.
L'effort d'origine est un échec, remettez-vous. Vous sortez d'un succès
exceptionnel.
Sachez qu'une œuvre se construit sur le long terme.
Je suis persuadé que cette petite traversée du désert fera le plus grand
bien.
Vous ne vous droguiez pas, moi ?
Bonjour. Martin.
On va leur dire que c'est moi.
Quelque chose à commander après.
Si tu veux, je peux l'annuler.
Je peux t'apporter tous ces filets de thon. Tu es le meilleur du monde.
Tu leur dis quand ? Tu leur dis quoi ? C'est pas moi que c'est toi.
T'es dingue, Martin, non ?
J'ai réfléchi.
Je ne crois pas que ce soit une très bonne idée.
De le dire ici ? Non, de le dire tout court.
Voilà le président.
Bon, chère amie.
Bonjour, président.
Je compte sur vous pour cette petite brochure. Les compagnons étaient
adoptants. C'est en route, président.
Présente mon vœu.
Vous devriez enlever votre part dessus parce qu'il fait une chaleur ici.
Je l'ai connu à Londres.
Il serait à la main du général deux fois par jour.
Tu sais l'âge qu'il a ? Non.
Personne ne sait.
On peut dire qu'il a réussi sa vieillesse, mais... Tu sais ce qu'il
vise ? Le Mont-Valérien.
Rien que ça, du tout.
Parce que le dernier d'entre nous, il sera enterré là-bas. C'est formidable,
non ? Non.
À ma mort, d'accord ? À ma mort. Ils sauront que c'était moi.
Pas avant.
Tu te rends pas compte que ça m'empêche de vivre ? Si.
Tu vas pas me tuer, quand même ? Il faudrait que tu décides que c'est ta
seule chance.
Alors là, je comprendrais.
Ça m'annoncerait à quoi, de te tuer ? Tu joues aux cons ou t'es con ? Ça fait
deux heures que je t'explique.
qui ne seront de la vérité que le jour de ma mort. Alors sois cohérent, Martin.
Ou tu me liquides, ou tu montes te coucher.
Tu me fais chier ! Parce que toi, tu crois que tu ne me fais pas chier ! Peut
-être ! Qu'est-ce que tu crois ? Que j'ai inventé tout ça parce que je m'en
sortais, moi, de mon côté ? Hein ?
Tu
n'avais pas besoin d'en faire autant.
C'est pas un concours, notre truc.
Lequel des deux empêche le plus l'autre de vivre ? Fallait dire non dès le début
! T'étais pas malheureux, toi ?
Avec Sylvie et la petite.
Si c'était pour pendre les 28 petits feuillets de merde que tu m'as refilés,
il fallait mieux rester avec elles.
On s'empêche pas de vivre pour si peu ! Et si je veux faire les deux, moi ?
Vivre et écrire en même temps. Je viens de dire qu'on ne peut pas. C'est ça ?
Tout le monde ne peut pas.
Non.
Déjà, j'ai tellement aimé ça, moi.
La musique, les chanteurs, les concerts.
Pourtant, dans ce monde-là, il y avait quelqu'un qui me touchait.
Parce qu'il était différent des autres.
Des fois, à la fin des spectacles...
Il demandait qu'on éteigne la lumière, toutes les lumières, pour pouvoir
chanter dans le noir.
Je vais te le montrer.
Je ne me rappelle plus le nom de son groupe.
Tu connais le groupe de Jim Morrison, toi ? Oui, c'était les Dors.
Peut-être, oui.
Jim Morrison.
En tout cas, c'était un type qui ne pouvait pas vivre comme tu dis.
Seulement, c'était un élégant, lui.
Alors, il ne la ramenait pas avec ça, son mal de vivre et sa peur.
Un matin, on l'a trouvé dans les chiottes d'une boîte merdeuse.
Il n'aurait plus peur et il n'aurait plus mal.
Et tu ne connais pas l'astuce, il a fait semblant de mourir par accident.
Mais c'est jamais par accident.
Toi, quand tu parles de crever, c'est vague, c'est loin aussi.
Je suis content.
C'est drôle, j'y pense.
Je cherche.
C'est là.
Où sont les balles, Martin ?
Je te demande où sont les balles.
Tu sais où elles sont ? Oui, je le sais.
Si tu sais où sont les balles, il y a plusieurs solutions.
Je monte me coucher, j'en ai marre.
Attends, je les ai comptées.
Il y a trois solutions.
Tu me dis où sont les balles, je me tue.
Tu me dis pas où sont les balles, tu vas les chercher, c'est toi qui me tues.
Tu me dis pas où sont les balles, personne ne tue personne.
Et c'est sans intérêt.
Je peux me tuer, moi aussi.
T'en es parfaitement incapable.
T'es déjà mort, Anatole.
T'étais déjà mort quand tu m'as proposé ta combine.
Les Voisins du Zéro, c'est pas un livre écrit par un mort.
Ni par toi, d'ailleurs.
On n'a jamais donné le concours à un mort.
Ils sont où, les balles ? Derrière la commode.
À côté de la collection de timbres.
Je les ai planquées là, à la fin des travaux.
Martin ?
Tu crois que je ne le savais pas ?
Je suis content que vous soyez rentrées toutes les deux.
J'ai apporté ça à la petite.
Elle a déjà.
Tu le trouves comment, Martin ? Loin.
Il ne s'est pas rapproché de moi pour autant.
Mettons qu'il ait vieilli.
Tu en as déjà un ? J'en ai déjà un, mais celui-là, il est propre.
Il n'y en avait pas en rouge.
Pas grave, je pourrais le colorier.
Tu as voulu qu'il se prenne pour toi, Martin.
Eh bien, il s'est pris pour toi.
Je ne lui ai jamais demandé ça.
Je lui ai demandé d'être Arthus.
Alors, je ne suis pas Arthus.
Qui c'est, alors ?
Les livres.
J'avais besoin de quelqu'un.
De quelque chose.
Tu veux pas l'enlever ? J'ai l'impression de déjeuner avec un fou.
Mais pourquoi tu l'importes ? C'est ma façon à moi de commémorer l'anniversaire
de la mort de Laurence Narabi.
Qu'est-ce qu'il a pu trahir comme monde, celui-là ? Et qu'est-ce qu'il en a
souffert ? Tu sais que Churchill a suivi tout l'enterrement à pied ? Oui, c'est
par toi que je le savais.
Tu es le seul à m'avoir suivi dans cette affaire, Charles.
Je te remercie.
On s'est bien marrés, non ? Un jour, j'aimerais bien déjeuner avec
Anatole Hirsch.
J'ai adoré son dernier roman.
T'avais jamais parlé de Madagascar ? J'aime pas Madagascar et j'aime pas le
roman dont tu parles.
J'en ai écrit vingt comme ça.
C'est le premier que t'as dédié à ton fils.
Ça lui donnera peut-être l'occasion de me dire ce qu'il en pense.
La littérature a toujours été pour moi une nécessité, dont l'urgence absolue a
tout balayé.
Loin d'être un projet, Artus s'est violemment imposé dans ma vie.
Si les relations humaines qui en ont découlé furent imparfaites et
perturbantes, je ne regrette rien.
Vivre, c'est s'exprimer.
Seule l'œuvre en témoignera.
Anatole s'est suicidé un lundi à 19h.
Cléa a récupéré son caméléon.
Elle l'aime et s'en occupe bien.
On vit à la campagne, très heureux.
Martin n'a toujours pas écrit une seule ligne.
Pour beaucoup, il reste le héros du dernier canular d'Anatole Hirsch.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.