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"Cher Eberhard,
je vous embrasse tous bien fort. Je pense beaucoup à vous.
Ma santé est bonne, mais je ne suis pas suffisamment informé
sur les événements auxquels je n'accède que par mes gardiens.
L'objectif des kidnappeurs
les obligera, après le refus
des revendications et ma liquidation,
à chercher la victime suivante.
Après tout ce que je sais sur mon cas et sur l'enlèvement prévu de Ponto,
cet objectif sera atteint. Nous savons que la protection totale n'existe pas,
lorsque l'on travaille de façon si conséquente et soignée que la RAF.
La police commet une erreur de jugement si elle croit
que mes kidnappeurs ne prennent pas de risque personnel.
Ils ne le cherchent pas mais ne le fuient pas non plus.
Il n'y aura pas que les cas Ponto et Schleyer, mais plusieurs.
Il faut dresser un bilan réaliste de la situation et tenir compte
du fait que tous les enlèvements peuvent se terminer par la mort.
Helmut Schmidt, Helmut Kohl et H.-D. Genscher devraient le savoir.
Mon cas n'est qu'une phase de ce conflit
dont je ne considère à présent pas la police judiciaire comme gagnante,
car les personnes dont la libération est revendiquée encouragent vivement
les coupables à poursuivre leurs actions."
Père tout puissant,
entre tes mains nous remettons ton serviteur Hanns Martin Schleyer
et espérons qu'il repose auprès du Christ.
Nous te remercions pour le bonheur
dont tu lui as fait cadeau lors de sa vie sur terre,
et nous te remercions pour le bien dont nous avons bénéficié par lui.
"Les responsables de notre pays ne peuvent pas voyager qu'en chars
et seront donc toujours vulnérables. Rends-toi donc à Bonn et Cologne,
parle peut-être à von B. et Kurt H., et lis-leur cette lettre.
Mes ravisseurs ont lu cette lettre, mais c'est moi qui en suis l'auteur,
et elle résulte de la nuit dernière.
Le calme ne se rétablira pas de sitôt. Mais une escalade peut être évitée
si l'on n'attend pas la 10e frappe avant d'atteindre le but visé.
Pour ma part, je ne panique pas. Restez optimiste et en bonne santé.
J'espère à bientôt. Ton papa."
"Arrivé à un certain niveau
de cruauté,
peu importe qui l'a commise :
il faut juste qu'elle s'arrête."
8 avril 1945 — Mme Wilde, 5 enfants
L'ALLEMAGNE EN AUTOMNE
C'est moi, Fassbinder.
J'appelle à cause de l'interview de cet après-midi, à cause de…
à cause de la fin, je…
Je ne sais pas si c'est de l'hystérie ou quoi, mais…
On pourrait peut-être la couper ?
OK.
On ne peut rien faire. OK, merci. Merci.
Je crois que…
… le mariage est une forme de vie commune
qui…
est d'abord artificielle,
peu importe
à quel point on en a besoin,
quand on est élevé comme nous, je trouve le mariage artificiel.
Et je fais… je le dis clairement dans le cas du mariage,
je fais aussi mes films afin que les gens, par exemple,
qui sont mariés, dont le couple est en crise, pourquoi pas,
et qui voient les films que je fais à propos du mariage…
Je voudrais que concrètement, ils problématisent leur couple.
Et personnellement, je trouve bien plus positif
qu'un tel mariage échoue vraiment,
et que mes films aient contribué à cette rupture,
plutôt que de laisser l'institution du mariage
continuer d'exister sans être analysée et remise en question. Voilà.
Armin !
Armin ! - Oui. - Encore en train de dormir ?
Tiens. Fais un café.
Où est le téléphone ? - De l'autre côté.
T'es déjà rentré aujourd'hui ? Je croyais que tu rentrais demain.
Pourquoi ? Je t'avais bien dit que je rentrais aujourd'hui,
parce que je dois mixer. J'aurais préféré rester à Paris.
T'as entendu ? - Quoi ?
L'avion. - Quel avion ?
Bon sang, Armin, l'avion détourné !
Non, aucune idée.
Tu as écouté les infos, au moins ? - Non plus.
Oui, c'est moi. Oui, je suis rentré.
Il y a du nouveau chez vous ?
Non, Armin a dit qu'ici non plus, rien de nouveau.
Ben non, rien de plus.
Ce qu'ils disent aux infos, dans les journaux sur…
… cette unité spéciale, le GSG 9 ou quelque chose comme ça.
Écoute, j'arrive pas à croire qu'ils vont prendre d'assaut l'avion.
J'y crois pas, c'est tout.
Tu sais ce que je ferais, moi ? Je ferais sauter l'avion.
Armin veut faire sauter l'avion. Tu vois un peu.
Pour trois pelés, un tondu. - Ils sont 86. - On aurait la paix.
Manquerait plus qu'ils racontent que les étrangers en RFA sont richissimes.
Ça n'a rien à voir ! - Allez, va chercher mon café !
Ouais, sinon ça va. Je t'appelle dès que je sais quelque chose, OK ?
Oui. Ciao, chéri, ciao.
Et les autres, en prison,
je les fusillerais ou je les pendrais.
OK. T'es sérieux, pas vrai ?
Tu les fusillerais ou tu pendrais
chacun d'entre eux, pas vrai ? - Oui.
Et qui doit s'en charger pour toi ? - L'État.
L'État ? La police ou quoi ? - Oui.
OK, et qui leur en donne le droit, hein ?
S'ils ne respectent pas la loi, alors l'État ne le doit pas non plus.
OK. Attends. Minute, attends.
Tu veux vraiment dire que quand quelqu'un fait quelque chose de mal,
Oui. - … alors, un autre peut faire encore plus de mal.
Surtout s'il possède le pouvoir, comme l'État ou quoi ? - Oui.
Bon, alors ici, c'est mon appart', et toi, tu dégages maintenant.
Non, c'est aussi mon appartement. - C'est mon appartement !
OK, OK.
Et maintenant, tire-toi. Tire-toi, je te dis ! - Bon, je me tire.
J'y vais.
Armin !
Bon, mais on ne discute pas. - On ne discute pas.
Et tu trouves ça normal ?
Je ne conseillerais à personne de discuter dans la situation actuelle.
J'aurais terriblement peur
si quelqu'un devait s'exprimer en public par exemple…
et ne serait-ce que donner son avis comme ce garçon, hier…
lors de ce sondage,
lorsqu'il a mentionné que la critique était permise,
et que, lorsqu'on interdit la critique…
… et lorsque l'on réclame des choses
comme c'est le cas maintenant avec les terroristes…
J'aurais tout simplement peur d'entendre quelqu'un dire ça.
Pourquoi ?
Parce que j'ignore ce qu'un autre va en faire.
Tu sais, quelqu'un que je connais
a très sévèrement critiqué Böll.
C'était avant l'enlèvement de Schleyer.
J'ai pris la défense de Böll et il a dit : "Toi aussi, tu sympathises !"
Tu comprends ? Tu ne sais pas ce que…
… les gens peuvent faire, dans cette situation d'hystérie,
avec ce que tu dis.
C'est pourquoi je crois que je n'encouragerais personne à discuter.
Moi, au contraire, je ne comprends pas, parce que…
Tu sais, ça me fait vraiment penser à l'époque nazie,
où on se taisait tout simplement
pour ne pas se mettre dans le pétrin.
Armin ?
Armin !
Donne-moi le numéro d'Ingrid à Paris. - Oui, oui.
Ingrid, oui ? Un moment.
Allô, c'est moi. Va chercher un schnaps, Armin.
Toujours à chicaner…
Quelle heure il est ? Je ne sais pas. 10 h, je crois.
Ils sont morts.
Baader, Ensslin et Raspe.
Ils se sont tués dans leurs cellules.
Oui, oui.
Elle s'est pendue,
et Baader et Raspe se sont tiré une balle.
Merci.
Aucune idée… un flingue, et ils se sont suicidés.
Personne ne sait comment les armes ont pu rentrer là.
Oui… Une commission internationale va enquêter pour savoir
si c'était un suicide ou pas.
Oui, ce que je crois ou pas, on s'en fout.
C'est la prison la plus sûre du monde,
avec une loi qui interdit tout contact et toute personne dans les cellules…
Les cellules sont fouillées à fond deux fois par jour.
Il est inconcevable qu'ils aient pu avoir de vraies armes là-dedans.
Non, non. Aucune idée.
Non, non. Je dois encore rester. J'ai pas encore fini.
OK, OK.
OK. Salut.
Que doit-il se passer pour que tu recommences à parler ?
Que les gens respectés, et
qui ont de l'influence, qu'ils…
fassent valoir leur influence.
Mais qui a de l'influence ou est respecté ?
Quelqu'un comme Mitscherlich par exemple, ou Jung,
ou bien sûr, Böll, avec la renommée dont il jouit à l'étranger.
Tu as pourtant eu des problèmes avec cet ami au sujet de Böll !
Oui, que les gens ici comprennent, que…
Ici, chez nous… En fait, ce sont les…
La masse n'est pas la démocratie. Elle n'a pas compris la démocratie.
Ils croient que lorsque l'on critique l'État,
on est déjà, je ne sais pas…
Mais tu vas dans ce sens en disant
qu'en ce moment, tu ne conseillerais à personne de discuter.
En fait, je voudrais que cela passe par les médias, par exemple.
N'importe quoi. Ils ne peuvent pas faire d'énormes recherches. Logique.
Mais ils donnent des numéros de téléphone, un pour chaque ville,
où l'on peut appeler anonymement. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Ça pousse littéralement les gens à dénoncer.
Ça pousse littéralement à la dénonciation !
Et tu ne crois pas vraiment que ça va changer !
Tu ne crois pas vraiment qu'ils vont changer les choses !
Ça va durer ! C'est ce qu'ils veulent. Ils peuvent m'écouter s'ils veulent !
Oui, Armin m'a ramené de quoi manger. Un pour moi aussi.
Oui…
Non, je ne peux pas partir. Pas en ce moment.
Je ne sais pas pourquoi, je…
J'aimerais bien, mais je…
Oui, j'ai peur, aussi. J'ai l'impression d'être à bout.
Ça va aller. Oui. Bien.
Salut. Salut.
Je me déplace exprès, et toi, tu ne bouffes rien. - Désolé, Armin.
Toujours la même chose. - Désolé !
Mais qu'est-ce que t'as encore ?
Rien.
Alors viens manger, viens !
Mais qu'est-ce qu'il a, mon petit taureau ?
Tu regardes quoi, là ?
Rien de spécial.
Anita ?
C'est moi.
Non, je… oui.
T'as quelque chose pour moi ?
OK.
Tu peux me l'envoyer. Trois, d'accord ?
En taxi. D'accord. Merci.
Je croyais que t'avais arrêté. - Je croyais aussi.
Je suis dépressif ! Je suis perdu ! Je ne peux plus travailler !
Et chez Siggi, on apprend que ça aide.
Je comprends ce qu'ils veulent dire.
Pourquoi, par rapport à l'ordre libéral auquel tu crois, que tu aimes,
pourquoi veux-tu déléguer ce souci.
Je l'ai délégué en votant.
Nous avons des partis, tout de même. Je suppose toujours
qu'à l'intérieur de ces partis, dont un pour lequel j'ai voté,
la raison l'emporte.
Je pars de ce principe. - La raison doit venir d'en haut…
La rai…
Ta compréhension de la démocratie devrait être telle
que, surtout ayant vécu le troisième Reich
comme tu l'as fait,
tu devrais pourtant dire : "La base, l'individu…"
Je veux dire que j'ai…
d'énormes difficultés,
car je comprends
qu'il y a de quoi être énervé
par beaucoup de choses qui se passent et que la critique s'impose.
Tu ne conseillerais même pas aux gens de discuter !
Pas en ce moment, non. - Mais là, tu refuses la démocratie !
Quand le pilote a été tué à Mogadiscio ou à Aden,
tu as dit que tu voudrais voir un terroriste fusillé à Stammheim
pour chaque personne tuée par les terroristes.
Oui, publiquement. - Publiquement ? - Oui.
Et ça, c'est démocratique ? - Non.
Ça n'était pas démocratique non plus de détourner l'avion
en disant : "Maintenant, on fusille tout le monde, l'un après l'autre."
Si toi ou moi avions été dans l'avion, quel aurait été ton avis ?
Il faut prendre en compte ce genre de choses.
Donc œil pour œil, dent pour dent. - Pas œil pour œil, dent pour dent.
Mais dans une situation pareille, tu ne peux pas parler de démocratie !
800…
843… Je crois que c'est ça.
Franz…
En semi-gros plan,
on le voit à travers la porte, il a l'air très seul.
Il se tourne…
Armin ? - Oui… - Armin ! - Oui, quoi ?
S'ils trouvent ça en entrant…
Voilà.
Mais t'es timbré ?
Tu délires ? Qu'est-ce que tu fais ? - La police est devant la porte.
Et alors ? - Armin, la police est devant la porte !
Je ne comprends plus rien.
Ils sont montés. - Dis, t'es complètement timbré ?
Et s'ils étaient entrés ici ? - Ben alors, ils seraient entrés.
OK. Un faux mouvement, et ils nous auraient flingués.
Ils ne feraient jamais ça. - Et les cas où ça s'est déjà passé ?
Ceux qui ont été flingués, c'était leur faute.
Tu sais ce que t'es ? T'es qu'un p'tit connard minable !
OK, je suis un p'tit connard minable ! Je vais me saouler la gueule !
Tu dis que les lois ne t'intéressent pas, mais tu es une démocrate !
Si, les lois m'intéressent. - Tu viens de dire que non.
Mais pas pour ceux qui… - Non ! Tu dis qu'elles ne t'intéressent pas,
peu importe la situation, et tu es une démocrate !
Oui, mais quand des gens… - Non ! Réponds-moi !
Ils bafouent la loi, pas moi ! - Oui, comme tout meurtrier normal !
Les terroristes sont donc des meurtriers. - Bien sûr, si tu veux !
Mais il n'y a pas de lois spéciales pour les meurtriers !
Oui, mais on peut les attraper
et on les met derrière les barreaux.
Et ils ne peuvent pas causer un tel malheur. - Ah non ?
Non. - Non ?
Un meurtrier normal n'a pas toujours
de mauvais motifs ou aucun motif pour son crime.
Le problème avec les terroristes, ne serait-ce pas qu'ils ont des motifs
que tu pourrais comprendre ? - Oui, mais les moyens sont les faux, Rainer.
Soit, mais les lois ne t'intéressent pas non plus. Tu dis t'en foutre,
au fond ! - Dans cette situation, j'étais si…
Peut-il y avoir une situation où cela ne t'intéresse pas
de savoir qui fait quelles lois pour toi ?
"Tu sais bien, on a fait sortir les Juifs.
Je suis sorti dans les cours et je chantais : "Wacht am Rhein",
tellement j'étais bête.
Et puis les deux Juifs m'ont sorti de là et m'ont raconté des histoires.
Les mots comptent aussi, Gottlieb, et ce que l'on dit."
Armin ?
Armin !
T'es là ?
Oui. Pourquoi tu cries ?
T'étais où si longtemps ?
D'abord au "Igel", puis au "Kruse".
J'ai rencontré un type qui ne savait pas où pioncer. Je l'ai ramené.
Quoi ?
Il est comment ?
Va voir toi-même. Il dort.
Pourquoi t'y vas pas ? - Il vient d'où ?
Je ne sais pas. D'Hambourg, je crois. - Sinon, tu ne sais rien ? - Non.
Vas-y.
Ben vas-y. Regarde-le.
Fous-le dehors. - Pourquoi ? - Fous-le dehors, j'te dis !
Mais où est-ce qu'il ira ? - J'te dis de le flanquer dehors, alors fais-le !
Hé, hé ! Debout. Allez, debout.
Mais pourquoi ? - Allez, vas-y. Casse-toi.
Bon, ben j'y vais.
Pourquoi t'as fait ça ?
Et la démocratie est la forme d'État la plus humaine,
n'est-ce pas ? - C'est le moindre des maux, non ?
Le moindre des maux ? - Oui, en ce moment c'est vraiment un mal.
La démocratie ? - Oui. - Mais qu'est-ce qui serait mieux ? L'autoritarisme ?
Non. Chez nous, actuellement…
Qu'est-ce qui serait mieux ? Si c'est le moindre des maux, il doit y avoir
autre chose de mieux. Ce serait quoi ?
Le mieux, ce serait un souverain autoritaire,
mais qui soit bon, très gentil et correct.
Gabi Teichert, professeur d'histoire.
Depuis l'automne 1977, elle doute de ce qu'elle doit enseigner,
et est à la recherche des racines de l'Histoire allemande.
Elle creuse soit un abri souterrain pour la Troisième Guerre mondiale,
soit pour trouver des objets préhistoriques.
Château de Mayerlink,
la fiancée du prince héritier…
Le couple se suicide.
"Dieu garde l'Empereur François." Ceci est encore
jusqu'à nos jours le texte d'origine du Chant d'Allemagne.
Ce qui ne s'adapte pas à ce monde commet le suicide.
Le feld-maréchal Erwin Rommel, le Héros de l'Afrique.
Père du maire actuel de Stuttgart, Manfred Rommel.
Empoisonné par l'État en automne 1944.
Ensuite, obsèques nationales.
Cérémonie de deuil…
LES ACTUALITÉS ALLEMANDES
Son fils est présent aux obsèques.
Gabi Teichert a des ennuis avec ses supérieurs.
Le proviseur lui dit :
"Votre conception de l'histoire allemande, c'est n'importe quoi.
Totalement inapproprié pour l'enseignement scolaire."
Gabi Teichert répond :
"J'essaie de voir les choses dans leur contexte."
25 octobre 1977.
Devant l'église St-Eberhard, Stuttgart.
Funérailles de Hanns Martin Schleyer.
Le roi de Serbie.
Un meurtre des services secrets allemands en 1938 à Marseille.
Devant l'église St-Eberhard à Stuttgart.
Un Turc est arrêté,
car il porte une arme sur lui.
Suivez-nous. Où ?
Pour aller le chercher ? - Non ? - Oui ?
Maintenant, allez au poste K. Nous allons chercher la voiture
et vérifions cette histoire.
Et puis… Il parle allemand ? - Je pas parler allemand.
Vous êtes Turc ? - Oui.
Vous ne pouvez pas vous promener avec une arme en un jour pareil.
Acheté… - Oui, mais même. - Enlever ça…
Enlever ça ici… - Oui.
Il s'explique : "Je voulais tirer un pigeon pour le déjeuner."
Quand avez-vous acheté ça ? Aujourd'hui ? - Oui.
La messe et la cérémonie des funérailles sont retransmises
dans les usines de Daimler-Benz.
Les délégués du personnel et des usines Daimler-Benz du monde entier
assistent à la retransmission au musée de l'automobile.
Dans les usines, les chaînes s'arrêtent pour 3 minutes de silence.
95 % d'étrangers travaillent sur ces chaînes de finition.
Les médias sont présents.
Si nous nous accusons
mutuellement d'être responsables du terrorisme,
nous n'irons pas loin,
nous n'atteindrons pas notre objectif.
Cette pierre est trop grande.
Nous tous sommes en faveur du combat démocratique,
le combat des idées et des arguments.
Si ceux
qui soutiennent les terroristes intellectuellement ou matériellement
n'ont pas encore compris
la nature de l'ordre démocratique,
ceux qui
insistent sur la dignité de l'Homme, y compris celle du terroriste,
ont poussé le raisonnement de la démocratie jusqu'au bout.
Et puis, il reste le grand et respectable groupe de ceux
qui prononcent des critiques
envers cette société, envers notre État.
Nous ne pourrons améliorer cet État
si nous ne portons aucune attention à ses défauts.
Chère Madame Schleyer,
chers fils,
chers proches,
Monsieur le Président, chère assemblée.
Pendant ce temps, au Nouveau Château, le repas funéraire est préparé.
Alors, du calme ! Allez, comme d'habitude ! En route !
Sourire comme toujours.
De la décence, servez rapidement, car ça doit aller vite.
Tenez correctement vos plateaux à la hauteur de la poitrine, oui ?
Allez, en avant !
Combien d'invités sont attendus ? - 1 100 environ étaient attendus,
mais lors d'un tel événement, on ne peut pas savoir,
et 450 à 550 sont présents.
Quelle était l'occasion ? - L'occasion, c'est les obsèques
de M. Hanns Martin Schleyer.
Et il faut servir aussi en des occasions si tristes.
Couvrez-vous souvent des réceptions officielles ? - Ça, oui,
mais pas dans ces circonstances.
Qu'adviendra-t-il de nos rêves,
qu'adviendra-t-il de nos rêves
dans ce pays déchiré ?
Les plaies ne veulent pas cicatriser,
ne veulent pas cicatriser,
sous le pansement souillé.
Et qu'adviendra-t-il de nos amis ?
Et qu'adviendra-t-il de nos amis ? Et de toi ?
Et de moi ?
Je voudrais être parti,
mais je préfère…
Je préfère rester ici…
Je voudrais être parti,
mais je préfère rester ici.
Je préfère…
La fluctuation est…
particulièrement importante, surtout dans cet établissement.
Le prisonnier Horst Mahler, ancien avocat,
condamné à 14 ans de prison, dont il a déjà purgé 7 ans.
Sans l'avoir reconnu, il est considéré comme l'un des cofondateurs de la RAF.
Il figurait sur la liste des détenus à libérer en échange
du chef de la CDU, Lorenz. Il se prononça contre cet échange.
Franziska Busch qui travaille dans un groupe politique.
Elle est l'amie d'un important rédacteur de télévision, et
a déjà lu 7 publications de Mahler. Elle attend une clarification.
M. Mahler, nous tournons un film sur le climat politique en RFA
suite à l'enlèvement de Schleyer.
Vous avez déclaré que cette date
marquait une coupure profonde dans la vie politique de l'Allemagne.
Pouvez-vous l'expliquer ?
Je replace cette date dans le contexte d'un développement depuis 1945,
pour citer une date. Puis 1967,
et aujourd'hui, 1978.
1977 et 78 en tant que tournants.
En 1945, ce n'était que
le pouvoir politique du fascisme allemand qui était brisé,
son pouvoir idéologique, en partie.
Mais il n'y eut pas de révolution antifasciste en Allemagne.
Celle-ci fut pour ainsi dire rattrapée
en 1967, lors de la révolution étudiante,
lorsque nous avons véritablement réalisé
ce qu'est le fascisme. Et surtout,
que les causes sociales du fascisme étaient toujours vivantes.
… toujours vivantes en RFA,
mais aussi dans d'autres pays, surtout aux USA.
En 1967, le moment décisif
fut le mouvement de protestation contre la guerre du Vietnam.
En 1968/69, il y eut un déclin évident,
on peut aussi parler d'effondrement du mouvement étudiant.
Celui-ci éclata en de nombreux groupuscules en violent désaccord.
Chacun d'eux brandit son drapeau.
Il s'avéra que la majorité de la population ne se solidarisait pas,
ce qui était aussi une expérience que personne n'avait jamais faite
ou dont on avait cru qu'elle ne se ferait pas.
Et nous ne l'avons pas compris, nous ne pouvions le comprendre.
Cela était dû à nous et non pas à la haine ou à l'abêtissement,
comme on le dit souvent,
mais au fait que notre conscience n'était pas à la hauteur de l'époque.
Et à l'époque, nous…
… avions l'impression que ça devait continuer
et avons constaté qu'on était arrivés à certaines limites
qui apparemment ne pouvaient être dépassées.
Et cela s'est transformé dans nos têtes
en l'idée que le tout, comme souvent,
avait échoué en raison de l'obstacle que constitue le pouvoir.
Non pas à cause de notre incapacité, ou de notre manque de conscience,
mais à cause des rapports de pouvoir objectifs. - Ce qui était le cas…
Certes, mais il faut se demander pourquoi notre société
que nous avons radicalement critiquée, dont nous avons diagnostiqué
le pourrissement il y a longtemps, pourquoi cette société est-elle encore
capable de réagir contre nous de façon si insurmontable, si forte ?
Tout cela était, bien sûr, plus ou moins abstrait,
détaché des conditions sociales dans notre pays,
et surtout détaché de l'état de la conscience du peuple ici,
qui en aucun cas ou d'aucune manière n'était prêt
à faire la guerre à l'État maintenant,
ou à soutenir une guerre contre cet État.
Nous n'en étions pas conscients, sinon, nous n'aurions jamais
réalisé cette politique, si l'on peut dire,
nous ne l'aurions pas mise en pratique.
Et l'évolution qui eut donc lieu
jusqu'à l'enlèvement de Schleyer, et je dirais
que c'est là que le problème s'est véritablement concentré,
a mené à Mogadiscio.
Tout cela a créé les conditions nécessaires pour que la crise,
que je vois comme une crise de la gauche, de notre conscience de gauche,
soit enfin comprise par notre conscience comme une crise,
comme notre point faible, et fasse donc objet de notre critique.
Je crois qu'on ne peut imaginer une situation plus radicalement pointue
que la contradiction entre d'une part, notre protestation,
notre révolte contre l'impérialisme,
comme lorsque nous avons par exemple manifesté
contre le massacre de la population vietnamienne à My Lai,
et d'autre part, que nous voyions maintenant un groupe de ce mouvement,
dans le but de libérer des prisonniers
avec lesquels la population ne s'identifie en rien,
vouloir exécuter des civils sans défense,
prendre femmes, enfants, vieillards en otage,
les menacer de mort, donc menacer de commettre un massacre,
sans qu'apparemment la question ne se pose
de savoir en quoi cela est censé être une politique de gauche.
La question est de savoir comment quelqu'un comme Ulrike Meinhof
en vient à tuer, ou du moins à accepter de tuer.
Un meurtrier criminel
quitte le système des valeurs morales.
Un révolutionnaire le dépasse.
Cela signifie que la rigueur morale du révolutionnaire
qui peut s'accroître jusqu'à devenir une présomption
subjective…
et prétentieuse,
devient en même temps la condition pour surmonter les scrupules
que l'on puisse avoir à tuer un être, en tant que personne de gauche.
On voit la déchéance morale
du système capitaliste.
On voit les personnes qui agissent de façon dépravée dans ce système,
on les condamne moralement, on les juge.
Et de ce point de vue moral, ils représentent le mal.
On s'imagine que la culpabilité personnelle joue un rôle
et qu'il est nécessaire et justifié, en vue d'une libération,
de détruire ce mal là où il est personnifié,
c'est-à-dire de détruire des vies.
Et la raison pour laquelle on voit tant de sympathie pour les terroristes
est la présence d'un point de départ commun :
l'indignation morale sur l'état de la société :
l'indignation sur le fait que le fascisme ait existé chez nous,
que l'État ait tué pour le fascisme,
ait exterminé des peuples au nom du fascisme,
que cela ait eu des origines sociales qui existent aujourd'hui encore,
et que si peu d'indignation morale
ait été transformée dans notre peuple, notre pays,
en actions politiques.
Sur le fait qu'aujourd'hui des gens comme Dregger et Strauß,
sous prétexte de défendre la junte chilienne,
justifient après coup le fascisme nazi dans ce pays,
car ce que Strauß a dit au Chili, en d'autres mots,
est que le fascisme, lorsqu'il s'agit de préserver un système social,
c'est-à-dire un système de profit,
est parfois le moindre des maux, autrement dit une bonne chose.
Munich, samedi 15 octobre 1977
Fin d'après-midi
Je peux entrer ?
Je peux ?
Mon Dieu, dans quel état êtes-vous ?
Kurt Hartung, dentiste
Puis-je m'asseoir ? - Je vous en prie, faites comme chez vous.
Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?
J'ai eu un accident.
Désolée.
J'ai eu un accident de voiture.
Juste devant la porte. - Devant la porte ?
J'ai l'impression de vous avoir déjà vu quelque part.
Vous devriez voir un médecin. - Non, pas de médecin.
Vous avez un verre d'eau ?
J'ai aussi autre chose. Si vous voulez un schnaps… - Pas de schnaps !
Juste de l'eau.
Cela vous fera du bien.
Vous étiez en Espagne ? - Hm ?
Nettoyez donc ce sang.
Vous avez de l'iode ?
Dans l'armoire de la salle de bains.
Je n'aime pas le sang non plus.
Vous êtes pianiste ?
En quelque sorte.
Bon…
Ta guitare est prête.
On tourne ! Wolf Biermann, "Filles à Stuttgart".
J'ai rencontré une fille,
et ça m'a fait mal.
Les larmes coulaient sur son visage. Elle criait :
"Tu parles, tu parles ! Tu parles, suicidés !
Dans la prison de Filbinger enfermés, ce serait une nouveauté !
Tout comme Ulrike, tu parles.
Ils arrangent tout à leur façon.
Baader, Ensslin, Raspe…
Les alchimistes de la révolution.
Je crois que les deux sont vrais :
ils s'y sont… et ont les y a forcés.
Désespérés d'eux-mêmes, désespérés de nous,
ils firent le dernier pas sinistre,
très seuls, à trois.
Mais…
si la fille désespérée avait raison, s'il s'avérait
que le suicide n'en était pas un vrai ?
Ah, ne t'inquiète pas. Nombreux sont ceux qui en riraient.
La bière aurait encore meilleur goût.
Ils s'en réjouiraient, comme de leurs gaillards du GSG 9.
Mais d'autres choses arriveraient.
Et dans notre beau pays,
nous verrions augmenter le nombre de ceux
qui se supprimeraient.
Que faire de ces larmes ?
Qu'en adviendra-t-il ? Quoi ? De la fille ?
Et plus généralement, de ce pays en crise florissant ?
Je verrai bientôt sa photo. Parmi d'autres, dans les journaux.
En vitrine chez le boulanger. Et une main armée d'un stylo
éradiquera d'une croix griffonnée
son visage humain."
Le groupe politique auquel appartient Franziska Busch tourne un film
censé renouer dans sa forme avec les films révolutionnaires des années 20.
On recommence. Tout droit ! Mais regarde ! Bien !
Franziska Busch a ses propres projets cinématographiques,
mais n'a pu convaincre de ses plans ni son ami le rédacteur de télévision,
ni le groupe politique pour lequel elle travaille.
Ouvriers sur un balcon.
Maintenant, ils repartent.
Madame Holle…
Un moineau s'envole sur une branche située environ 60 cm plus haut.
Je rêvais de fleurs de toutes couleurs
Telles qu'elles éclosent en mai.
Je rêvais de vertes prairies,
De joyeux chants d'oiseaux,
De joyeux chants d'oiseaux.
Et lorsque les coqs chantèrent,
Mes yeux s'ouvrirent :
Tout était froid et sombre
Les corbeaux croassaient sur le toit.
Tout était froid et sombre,
Les corbeaux croassaient sur le toit.
Mais pourtant sur les vitres,
Qui dessinait ces feuillages ?
Mais pourtant sur les vitres,
Qui dessinait ces feuillages ?
Coupez le moteur.
C'était un collègue de l'autre côté, de leur troupe frontalière.
Savez… Ils n'ont pas aimé ça, d'avoir trouvé Schleyer.
Descendez, s'il vous plaît. Ouvrez votre coffre et votre capot.
On fait particulièrement attention aux filles, ces temps-ci.
Avancez, s'il vous plaît.
Ça se fait à tous les postes de frontière ? - Ici, on a de la chance,
il n'y a pas trop de trafic. Mais à Colmar, vous devriez attendre 2 h.
C'est à eux qu'il faut dire merci. Ce n'est pas nous qui avons commencé !
J'aurais bien aimé voler dans un engin pareil.
Vous savez ?
Ils touchent 500 marks de prime.
En plus de leur paie.
Et les casques qu'ils portent. Je les ai vus, une fois.
Mais bon, la plupart s'écrasent.
Tu voles et tu vois tout.
Mais personne ne peut te voir.
Et la responsabilité qu'ils ont,
avec les bombes, et le napalm.
Mais il faut avoir le bac. C'est ça le problème. Enfin…
Nous autres, on est là sous la pluie.
Le sac.
Vous avez froid ? - Oui.
C'est le genre de voiture qu'ils préfèrent. Rapide,
à quatre portes.
Nous autres, on roule en Polo, ou au mieux, en Audi.
Mais on les attrapera tous.
Vous êtes mariés ? - Non.
Ah, je vois.
Venez par ici, mademoiselle.
Ça pourrait être vous, non ?
Le menton…
et les cheveux.
Non, non… Vous n'avez pas ces yeux de fanatique.
Non, n'ayez pas peur. Je sais que ça n'est pas vous.
Mais vous pourriez l'être. Allez, mademoiselle. Vous pouvez y aller.
Malheur aux fugitifs
Qui partent pour le monde !
Traversant les pays étrangers,
Oubliant la patrie,
Haïssant la famille,
Abandonnant les amis…
Service des chemins de fer allemands
durant la Guerre mondiale 1914-1918.
De la Meuse jusqu'à la Memel,
de l'Adige jusqu'au Belt, l'Allemagne,
l'Allemagne au-dessus de tout, au-dessus de tout dans le monde.
La professeur d'histoire Gabi Teichert a constaté en lisant un gros livre
que la Chanson d'Allemagne est souvent chantée ainsi depuis 1918 :
"De la Meuse à la Memel".
Les histoires que raconte mon peuple.
Voici un homme, un homme
Solide comme un chêne.
Il a sans doute, sans doute,
Vécu déjà bien des choses
Peut-être sera-t-il
déjà mort demain,
connaissant le sort de tant
de combattants pour la liberté.
Peut-être sera-t-il
Déjà mort demain
Connaissant le sort de tant
de combattants pour la liberté.
En route, en route, au combat, au combat,
Nous sommes nés pour le combat
En route, en route, au combat, au combat,
Nous sommes prêts à combattre
Nous l'avons juré à Karl Liebknecht,
Nous tendons la main à Rosa Luxemburg.
J'étais, je suis, je serai.
Rosa Luxemburg avant sa mort : "La seule alternative pour l'Allemagne :
le socialisme ou la barbarie.
En fait, je n'ai pas peur. - Vous n'avez pas peur ? - Non.
Pourquoi pas ? - Oui, si nous…
Manœuvres d'automne de la Bundeswehr.
En 1977, ces manœuvres portent le nom de "Les Stoïques Chatti".
Chatti, ancien nom allemand pour la Hesse et la naissance du Christ,
mentionné chez Tacite.
OK ! OK !
Le commandant de division.
Huit !
Stop, je corrige.
Attendez, minute !
Mais enfin…
Bon sang de bonsoir, c'est pas possible !
Ils sont encore devant le machin.
Messieurs, nous avons pu mener les opérations suivant le plan, jusqu'ici,
malgré la panne de la 4e brigade de chasse.
L'accélération du retard d'environ trois heures
ne mettra pas notre plan de départ sens dessus dessous.
34, j'espère, et je tiens à le souligner, c'est ce qui m'importe.
Toutes les mesures doivent avoir pour effet
que demain matin dès l'aube, 34 soit prête à la défense.
C'est clair, Burmeister ?
Et tout le bataillon de renfort… Monsieur G1, dites-le au G4,
se promène avec le casque sans le filet de camouflage. Riez-en,
mais les ordres sont les ordres et il faut le porter.
Certains messieurs du bataillon de transmission, M. Carstens,
n'ont pas non plus de filet de camouflage sur leur casque.
À quoi bon donner des ordres, s'ils ne sont pas exécutés ?
C'est l'équipe radio, sur l'aire d'atterrissage des hélicoptères.
Hanns Martin Schleyer,
vendredi/samedi, 9/10 septembre 1977 à von Brauchitsch :
"Si Bonn refuse, qu'ils le fassent bientôt.
Bien que l'Homme, comme en temps de guerre, préfère toujours survivre.
Il n'est jamais doux et agréable de mourir pour sa patrie."
… la représentation qui ressemble à un aveu
de la discussion de la mi-septembre…
Fin de l'automne 1977,
Congrès du parti social-démocrate allemand à Hambourg.
Tandis que
des terroristes en détention
donnent cours à leurs conspirations criminelles
en communiquant avec des terroristes non incarcérés
par le biais de je ne sais quelles personnes et moyens intermédiaires,
et, je répète,
échangent des signaux,
parlent, écrivent, conversent au sujet de futurs crimes…
Il s'agit de l'interdire, autant que possible. Et cela…
N'avons-nous tous rien vu ?
Et en plus, l'autre scandale :
la nouvelle gauche, dans les universités. Principalement…
L'écrivain suisse Max Frisch, orateur invité au congrès du parti.
… donc furieusement théorique et incompréhensible pour les ouvriers.
Au moins l'un de ces deux phénomènes ne pourra…
ne pourra être éliminé
par la police, malgré les renforts,
les spécialistes et leur engagement fidèle,
en mettant sur écoute téléphonique la totalité de l'État de droit.
Le problème ne sera pas éliminé. Ici, c'est la nation qui vote.
Mise à part l'invitation à la consommation joyeuse,
condition de la croissance économique,
quelle perspective pour les jeunes ?
Quel objectif au-delà de l'individu, quel sens à l'existence ?
Je ne parle pas de l'Allemagne en particulier.
La démocratie… à supposer qu'on ne veuille pas seulement la sauver,
mais qu'on veuille l'instaurer…
ce qui signifie : plus de démocratie…
Voilà un objectif
qui dépasse la simple consommation.
Bonjour, Messieurs. - Bonjour, M. l'intendant. - Bonjour.
Pouvons-nous commencer ? J'ai un rendez-vous à 11 h.
La MAZ est prête ? - Oui, la MAZ est prête. - Je vous en prie.
Bonjour, M. le député. - Bonjour. - Entrez.
Présageant des choses puissantes, nous ne prônons pas cependant la violence.
Ô sœur,
mon sang fraternel, Ismène,
existe-t-il une seule malédiction venue d'Œdipe
que Zeus ne nous ait point encore infligée à toutes deux ?
En effet, il n'est rien de cruel, d'amer,
de honteux et d'ignominieux
que je n'aie vu parmi nos maux. - Je sens une agitation dans ton esprit…
Créon n'a-t-il pas décrété les honneurs de la sépulture pour l'un
de nos frères en les refusant à l'autre ?
On dit qu'il a enfermé Étéocle dans la terre,
pour qu'il fût honoré des morts.
Mais il a défendu aux citoyens
de mettre au tombeau le misérable cadavre de Polynice mort
et de le pleurer.
Et on doit le livrer, non enseveli, non pleuré,
en proie aux oiseaux carnassiers à qui cette pâture est agréable.
On dit que le bon Créon a décrété cela
pour toi et pour moi.
Oui, pour moi aussi.
Et il ne plaisante pas.
Que médites-tu ? Quelle est ta pensée ?
Veux-tu enlever le cadavre avec moi ?
Penses-tu à l'ensevelir, quand cela est défendu ?
Certes, j'ensevelirai mon frère
qui est aussi le tien. Jamais on ne m'accusera de trahison.
Ô malheureuse ! Créon l'a défendu !
Il n'a nul droit de me repousser loin des miens. - Il faut penser
que nous sommes femmes, impuissantes à lutter contre les hommes.
Nous devons leur obéir,
même en des choses plus dures.
Pour moi, ayant prié les ombres souterraines de me pardonner,
contrainte par la violence,
je céderai à ceux qui ont la puissance.
Il est insensé de tenter au-delà de ses forces.
Je ne demanderai plus rien.
Même si tu voulais agir avec moi, je ne me servirais pas de toi.
Ne confie ton dessein à personne.
Agis secrètement. Je me tairai aussi.
Non !
Parle hautement !
Tu me seras odieuse si tu te tais !
Tu as un cœur chaud pour ce qui exige le sang-froid !
Je m'arrêterai quand je ne pourrai faire plus.
Impossible qu'un cœur humain…
Je n'en peux plus. J'attends dehors. - Je vous accompagne ?
Les costumes pour le voyage.
Étéocle,
qui, en combattant pour cette ville,
est mort bravement.
Qu'on lui rende
tous les honneurs funèbres
qui reviennent aux ombres des vaillants hommes.
Mais pour son frère Polynice, qui,
revenu de l'exil, a voulu détruire par la flamme
sa patrie
et les dieux de sa patrie,
qui a voulu boire le sang de ses citoyens, les réduire à la servitude,
je veux que nul ne lui donne un tombeau,
ni ne le pleure,
mais qu'on le laisse,
non enseveli,
qu'il soit la proie
des chiens
et des oiseaux carnassiers,
honteusement déchiré.
Telle est ma volonté.
Vous aussi, un café ? - Non, non, merci.
Celle-ci a commis le crime. Elle a
enseveli le cadavre. Où est Créon ? - Ma venue est-elle opportune ?
Elle l'a enseveli. À présent, tu sais tout. - Savais-tu que c'était défendu ?
Je le savais. C'était connu de tous.
Et ainsi, tu as osé violer ces lois !
Le texte de distanciation du début n'est pas assez clair.
C'est trop classique, ça doit se détacher plus nettement.
L'expression "des choses puissantes" est trop équivoque.
On pourrait comprendre "grand, fatal". Cela va nous attirer des ennuis !
Cette femme rebelle,
cette Antigone… Le texte de distanciation est trop noble.
"Présageant des choses puissantes, nous ne prônons pas la violence."
Avez-vous composé ce texte ? - Il nous semblait adéquat
d'adapter le vers de distanciation au texte de Sophocle.
Nous voulions en respecter le style
et le placer en avant, presque comme un chœur.
Cela confère précisément un caractère indistinct à la distanciation.
Ces allusions : les funérailles interdites, les femmes terroristes…
La pièce date du 5e siècle av. J.-C. ! Sophocle !
Maigre consolation que d'apprendre
qu'il y avait déjà des femmes révolutionnaires au 5e siècle…
Nous avons une deuxième version de distanciation. S'il vous plaît !
Nous n'étions pas destinées à présager des choses puissantes.
Mais la violence nous força à présager des choses puissantes.
Merci, ça suffit.
Il faudrait dire "violentes" plutôt que "puissantes".
Cela détruirait le vers.
Et puis, quelle violence forcerait ces dames à présager la violence ?
La violence de Créon qui interdit d'enterrer Polynice.
La violence de la loi, en fait.
Messieurs, je crois que ce n'est pas le moment
de discuter de Sophocle.
Il s'agit plutôt de savoir si la distanciation est crédible.
L'expression "choses puissantes" me semble également prêter à confusion.
Il vaudrait mieux dire "violentes". Il serait clair que dans la pièce,
il est question de violence, mais que ces deux dames s'en distancient.
Cette… cette adaptation stylistique à Sophocle
prête à confusion.
Nous avons préparé une troisième version de distanciation. Allez-y !
Il est inévitable et cela saute aux yeux
que dans certaines pièces, dont des pièces classiques,
on représente la violence.
Nous condamnons catégoriquement toute forme de violence.
Et ce, au nom de la régie,
de l'administration, de toute la troupe,
des machinistes, des caissiers,
et au nom de tous ceux qui ont directement ou indirectement
participé à la mise en scène.
Ô sœur…
mon sang fraternel, Ismène,
existe-t-il une seule malédiction venue d'Œdipe,
que Zeus ne nous ait point encore infligée à toutes deux ?
C'est déjà mieux.
Mais je trouve que cela diminue le texte de Sophocle.
Ça fait ridicule, faux, on pourrait presque dire : ironique,
pas convaincant. Et l'ironie, c'est ce dont
on a le moins besoin en ce moment.
Et si on supprimait la distanciation, ne laissions que le texte de Sophocle ?
Écoutez, si on ne peut même plus mettre en scène Sophocle…
Le prochain mot sera 'censure', celui d'après 'fascisme'.
Messieurs ! Que signifient ces bêtises ?
Dois-je vous rappeler que jadis,
il existait des versions censurées des classiques pour les écoles de filles.
Il s'agissait de versions dont on avait retiré certains passages,
comme on en trouve dans O vide…
Tout cela est du passé. Devons-nous maintenant relire
nos classiques et les nettoyer selon vos considérations politiques ?
Comprenez donc notre situation ! Nous sommes le dos au mur.
Je me demande s'il est vraiment nécessaire de mettre en scène
"Antigone" en ce moment ! Enterrement interdit…
femmes révoltées !
Et ce sombre devin, ce Tirésias, un précurseur des prophètes,
une sorte d'intellectuel avant l'heure.
La jeunesse va mal le comprendre, comme une incitation à la subversion.
L'Église devrait bien comprendre cela.
Je regrette de ne pas voir toute l'ampleur…
L'émission s'intitule : "La jeunesse rencontre les classiques." - Voilà !
La production sera donc gelée.
Ce sont tout de même 800 000 marks de frais de production investis.
L'argent n'est pas la question. Nous devons penser aux spectateurs.
Ma proposition : boucler la production,
mettre le film au placard en attendant que les choses se calment.
C'est vraiment trop actuel. La fin aussi.
Et on diffuse quoi à la place ? - M. l'intendant,
la rediffusion de la mise en scène du "Bellum Gallicum" d'Hoegner
était très instructive.
La violence contre les Gaulois, la violence des Gaulois,
la violence romaine, la violence gauloise, César, Vercingétorix…
Tout de même : une pièce sur la guerre, pas sur la terreur.
Je dois ajouter que la mise en scène était très bonne.
Vraiment très bonne ! Mais un mauvais moment pour la diffuser.
Les spectateurs des régions rurales ne comprendraient pas.
Dites, la fin est comme ça dans Sophocle ? - Oui.
Oui, peut-être… Il vaut peut-être mieux comme ça.
… et de ne rien cacher de la vérité.
À quoi bon flatter par mes paroles, si je dois être convaincu d'avoir menti ?
La meilleure chose est la vérité.
La voix de mon fils a effleuré mon oreille. Allez vite, serviteurs,
et parvenus au tombeau, ayant arraché la pierre qui le ferme,
pénétrez dans l'antre. Voyez si j'ai entendu la voix d'Hémon, ou si je suis
trompé par les dieux ?
Nous faisons
ce que le maître effrayé a ordonné
et nous voyons la jeune fille pendue,
ayant noué à son cou
une corde faite de son linceul.
Et lui la tenait par le milieu du corps,
pleurant la mort de sa fiancée
et l'action de son père,
et ses noces lamentables.
Dès que Créon l'aperçoit, il va jusqu'à lui et lui dit en sanglots :
"Oh malheureux, quelle fut ta pensée ? Comment t'es-tu perdu ?
Je t'en supplie, sors, mon fils !"
Mais l'enfant le regarde avec des yeux sombres et pleins d'horreur.
Sans répondre, il tire son épée. Mais la fuite dérobe le père
au coup.
Le malheureux, furieux contre soi,
se jette sur l'épée et se perce de la pointe au milieu des côtes.
Encore maître de sa pensée, il embrasse la vierge.
Et haletant, il expire en faisant jaillir le sang.
Un sang pourpré coule sur les pâles joues de la fille.
Il est couché mort auprès de la morte,
ayant accompli ses noces fatales dans la demeure d'Hadès.
Les tombes sont protégées de la pluie par des tôles.
Ma sœur Gudrun, Jan et Andreas souhaitaient
être enterrés dans une tombe.
Et… heu…
Et en rentrant de vacances, j'ai lu dans les journaux :
"Mettez-les à la station d'épuration !"
Et je sais
que certains avaient le souhait de les "enterrer dehors".
Et Rommel a décidé indépendamment, sans demander au conseil municipal :
"Ils seront enterrés au cimetière Dornhaldenfeld. Point !"
Oui, Bosch aussi y est enterré,
Bosch l'industriel, et Theodor Heuss et Reinhold Maier.
La question des funérailles des trois terroristes morts…
Il me semblait évident que cette question doive être résolue
de manière propre et rapide… - Dans quel sens ?
Propre dans un sens administratif ou humain ?
Propre au sens humain. Je n'aurais pas supporté
le fait d'être responsable ou en partie responsable
du fait que la question des funérailles
des terroristes se traîne durant des semaines et des mois.
C'est pourquoi j'ai rapidement décidé
que ma décision serait définitive.
Le père Ensslin a tout essayé,
essayé presque désespérément de trouver des tombes.
À Stuttgart, il eut énormément de difficultés, car il est inconcevable
pour de nombreux citoyens que trois terroristes, que des gens vivant
en dehors de la société soient enterrés dans une ville
ou une commune. En dehors, dans un champ,
d'accord. Mais pas là où l'on enterre les gens soi-disant normaux.
M. Eschwege, nous avons en fait besoin de… - Ça va comme ça.
D'abord Andreas, puis Gudrun, puis Jan.
Et c'est un… enfin, une tombe double avec les trois cercueils.
Peut-on retirer les murs entre eux ? - Impossible.
Si tu regardes, tu vois que c'est taillé dans la pierre.
On ne peut pas… Je ne pourrais pas y aller
et casser les murs de séparation.
Et ils sont tous les trois au même niveau côte à côte,
Andreas et Jan dans une tombe,
et Gudrun, elle n'est pas à l'écart.
Cela forme une unité. Je trouve ça bien comme c'est.
Et… heu… On devrait confirmer, tu ne crois pas ?
C'est un enterrement comme un autre.
Je ne trouve pas cela correct que personne ne veuille le faire.
Nous avons parfois des clients qui ne sont pas très agréables.
Pour moi, un client est un client.
Je suis aussi de cet avis.
C'était une décision spontanée, lorsque j'ai appris
que l'on avait refusé M. Ensslin pour certaines raisons. Un…
Comment l'avez-vous appris ?
Un couple de restaurateurs
me l'a raconté, avec les commentaires en prime…
Cela m'a mis en colère,
et j'ai tout de suite pris mon téléphone et ai appelé M. Ensslin
et je lui ai proposé spontanément pour des raisons humaines
d'organiser le repas de funérailles.
Une fois même,
les anges d'octobre vinrent en mai,
en tant qu'anges d'octobre étrangers,
pour chercher des anges de novembre.
Mais on les avait tués.
CELUI QUI ATTAQUE LA RFA
COMMET UN SUICIDE (LEBER)
Jeudi 27 octobre,
cimetière de Dornhalden, Stuttgart
GUDRUN, ANDREAS + JAN
TORTURÉS ET ASSASSINÉS À STAMMHEIM
On doit passer par ici ! - Non ! Non !
Du calme ! - C'est quoi c'te merde ?
Veuillez reculer afin que les proches puissent s'approcher.
Hé, les vautours photographes.
Un instant, un instant.
Les proches peuvent-ils s'avancer ?
Laissons passer les proches.
Un instant.
Un instant, je vous prie, un instant.
Le cimetière, une ancienne place de tir, est menacé d'inondation.
Nous ne considérons pas
le chemin qu'ont pris nos camarades comme étant le bon.
Mais en vue de leur mort, et surtout des circonstances de leur mort,
cela est secondaire.
Notre solidarité demeure !
Celui qui est indigné, touché et mobilisé,
il ne crie pas, mais il réfléchit à ce qu'il peut faire.
Meurtriers !
Meurtriers ! Meurtriers !
Meurtriers ! Meurtriers !
La police, comme vous le voyez, est présente.
La police était préparée. On ne peut pas parler de planification.
La police devait intervenir,
car un véhicule fut endommagé par certains participants.
Hé, Richy. Viens par ici !
Sieg Heil ! Sieg Heil ! Sieg Heil !
Sieg Heil ! Sieg Heil ! Sieg Heil !
AUX CAMARADES ASSASSINÉS
Attention, la porte arrière. - Merci.
Tu l'as ouverte ? - Oui.
Roule lentement.
On a encore été contrôlé.
Oui, quoi ?
"Arrivé à un certain niveau
de cruauté,
peu importe
qui l'a commise :
il faut juste qu'elle s'arrête."
Sous-titres Virginie Varlet
Film und Video Untertitelung Gerhard Lehmann AG
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