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Qu'y a-t-il ?
Vous cherchez Alfonso ?
On veut voir Don Achille.
Je vous écoute.
On doit le voir, lui.
Achille !
C'est qui ?
La fille du cordonnier et l'aînée des Greco.
J'arrive.
Alors ?
Les poupées.
Quelles poupées ?
Les nôtres.
Petite, vos poupées ne sont pas ici.
Vous les avez prises dans la cave.
Pinuccia !
T'as pris la poupée de la fille du cordonnier ?
Non !
Alfonso !
C'est toi qui l'as ?
C'est vous.
On vous a vu.
Vous, qui ?
- Moi ? - Ouais.
Vous les avez mises dans un sac noir.
J'ai mis vos poupées dans un sac noir ?
Ouais.
Achille, à table !
J'arrive, minute !
Achetez-vous des poupées.
Rappelez-vous...
c'est un cadeau de Don Achille.
Bonsoir et bon appétit !
Lenu, on fait quoi avec tout ce fric ?
On est riches.
- On achète des poupées. - Oui...
Mais là, il est tard.
On le cache et demain, on verra.
Pourquoi ?
On peut pas le garder sur nous.
On nous le prendra.
On va le cacher où ?
Viens avec moi.
Dans ma vie, j'ai fait les choses sans conviction.
J'ai toujours agi avec détachement.
En revanche, Lila, bien que toujours en mouvement,
petite et nerveuse,
collait aux choses qu'elle faisait.
Faut qu'on trouve une boîte.
Ce qui m'impressionnait, et que je remarquais,
c'était sa détermination.
Lila était déterminée.
Regarde.
Elle est parfaite.
Il faut qu'on l'enterre.
Non, c'est trop humide.
On la cache où ?
Là.
Dans ce trou.
Aide-moi à la fermer.
- Demain, on viendra la chercher. - Oui.
Le temps passa et on s'adonna à d'autres jeux.
Si l'une de nous proposait d'aller chercher l'argent,
l'autre trouvait une excuse pour ne pas y aller.
Comme si cette boîte en métal
nous unissait davantage que tout ce qui nous liait.
Ce jour-là, Lila vint me chercher
et me dit qu'on devait récupérer notre argent,
pour le faire fructifier.
C'est ici.
On va s'acheter un livre chez la papetière.
Les 4 Filles du Dr March.
Elle est là.
Il y est encore.
Paraît que celle qui l'a écrit
a gagné assez d'argent
pour aider sa famille qui était pauvre.
Et nous, on fera quoi ?
On va le lire,
on voit comment on écrit un livre
et on en écrit un aussi.
Et on sera riches, Lenu.
Allons-y.
- Vous venez l'acheter ? - Oui.
C'est bien ?
Avec mes soucis, j'ai pas le temps de lire.
Tiens.
Je vous fais une remise.
Salut, Iolanda.
Fais attention, petite.
C'est un homme de Don Achille.
"Jouons aux Pèlerins".
"Noël ne sera pas Noël, si on ne reçoit pas de cadeaux,
"grommela Jo en se couchant sur le tapis devant la cheminée.
"C'est terrible d'être pauvre,
"soupira Meg en regardant sa vieille robe.
"Ce n'est pas juste que certaines filles aient tout
"et d'autres, rien du tout,
"ajouta Amy."
Rentre chez toi !
Tu dégages, oui ou non ? Homme de merde !
Je vais t'envoyer au cimetière !
Qu'est-ce que vous regardez ? Allez, Michele !
Marcello, à toi !
Vas-y, Marcello !
Envoie-le au cimetière.
Ils vont le tuer. Allons-nous-en.
Alors, Alfredo ?
Tu n'as rien à lui dire ?
Tire-toi ! Je veux plus te voir.
Ce salaud de Don Achille veut me prendre mon boulot ?
Je vais le crever !
Lenu, c'est moche,
tout ce qui arrive.
Tu trouves normal qu'ils embauchent le père de Carmela
après ce qu'il a dit sur Don Achille ?
Rentrons.
Pendant des mois, on lut "Les 4 Filles du Dr March",
au point que le livre devint sale et se disloqua.
Mais c'était notre livre et on l'aimait tant.
"D'un air étrange, à la fois solennel et excité,
"elle répondit à haute voix : Votre soeur !
"Toi ? s'écria Meg,
"en laissant tomber son ouvrage.
"Et elles coururent l'embrasser, fières d'elle."
J'ai envie de pleurer.
Jo aussi a écrit une histoire
et personne ne l'en croyait capable.
On va faire pareil.
Oui,
même si Jo est adulte et nous, non.
Tu veux attendre d'être vieille pour faire du fric ?
Tout le monde a un seau, ici,
dans la tête, plein de mots.
Il y a tout ce qu'il faut.
Tu sors un mot, puis un autre,
et t'écris un livre.
Peut-être qu'on devrait étudier le latin d'abord.
On va pas attendre de faire du latin !
Je me demande si maman a vu la maîtresse.
Je me fiche de ce que dit maman,
je passerai l'examen d'entrée de toute façon.
Qui paiera les livres et les cahiers dont tu auras besoin ?
Rino.
Plus tard, je le rembourserai.
Quand on écrira le livre, j'en ferai un homme riche.
Voilà Gigliola.
Alors ?
Gigliola peut poursuivre ses études.
- Et tes parents ? - Ils sont d'accord.
Et vous ?
Je ne sais pas.
On poursuivra nos études.
Si toi, tu peux, pourquoi pas nous ?
Carmela, il est tard.
Va aider ta mère.
Je dois y aller.
Carmela n'ira pas à l'école, elle est nulle.
Je vais voir si maman est rentrée.
Salut.
Je vais étudier le latin.
- T'aimes ça, l'école ? - La maîtresse dit que je suis douée.
Pas moi.
J'irai travailler.
On est ravis qu'Alfonso fasse des études, hein, maman ?
Qu'est-ce qu'il faut faire ?
Moi, je n'étais pas doué,
mais on se réjouit d'avoir un lettré dans la famille.
- Je rentre. - Attends.
Papa est très fier d'Alfonso.
Tu veux quelque chose ?
Votre fils devra prendre
des cours particuliers,
et il passera l'examen d'admission haut la main.
Merci, monsieur.
T'entends ? Alfonso fera du latin.
- Merci, monsieur. - Au revoir.
- Je vais rentrer. - Attends, je veux écouter.
J'ai besoin de ce fric.
- Tire-toi, Antonio ! - J'ai mis des pièces d'origine.
Tu n'as fait que ton boulot, arrête de mendier.
Je m'en achèterai une neuve
et tu verras ce que c'est qu'une vraie moto.
J'y vais.
Des fruits frais !
Lenu !
Garde le livre.
Je veux pas que papa le trouve.
- Salut. - Lenu...
Te voilà, toi.
Assieds-toi.
Assieds-toi, Lenu.
Tu sais ce que dit ta maîtresse ?
Tu l'as vue et elle ne t'a rien dit ?
Non.
Explique-moi pourquoi la maîtresse veut de l'argent.
Lenu doit suivre des cours pour l'examen.
Quel examen ?
Pour fréquenter l'école secondaire.
Pourquoi elle la fréquenterait ?
- Elle est douée. - Si elle est douée...
pourquoi des cours particuliers ?
L'examen est trop difficile pour elle.
- Donc, elle est pas douée. - Si, pour gaspiller nos sous.
Elle ne fera pas d'études.
Elle doit aider à la maison.
Tu n'iras pas au collège !
Lenu...
Sans la maîtresse, tu n'y arriveras pas ?
J'essaierai.
Mais pour qui tu te prends ?
Nous, on bosse, et mademoiselle fait des études !
Et moi, je suis ta boniche ?
Taisez-vous, là-dedans !
Occupe-toi de tes frères et soeurs, pas besoin de cours
pour ça. Va !
Dois-je te le dire en italien ?
T'as oublié le napolitain ? File !
Je passerai quand même l'examen !
- Comment oses-tu ? - Arrête !
Assez ! J'en ai marre
de toi et de ta fille !
On a 4 gosses et pas un sou. Elle doit m'aider.
Tu l'humilies.
T'as cassé mon circuit !
Fiche-moi la paix !
J'y ai droit, vous entendez ?
Tu y as droit.
- Droit à quoi ? - Au fric.
Je me lève à 6 h, je vais à la boutique,
je bosse jusqu'à 20 h.
C'est normal qu'on me paie.
Tu es logé et nourri.
Pourquoi tu veux du fric ?
Si je bosse, je veux être payé.
Ce que j'en fais du fric, c'est mon problème.
Rino, je te paie royalement,
en t'apprenant un métier.
Bientôt, outre les talons et les revers,
tu sauras faire une chaussure entière.
- La dame d'en face t'a payé ? - Oui.
Elle a mis un mois à me payer.
Papa, je veux pas insister,
mais si tu me paies, je paierai les études de Lila.
Quoi ?
Je paierai son école.
Depuis quand les puces aboient ?
Lila doit étudier.
Si papa me paie, je m'occuperai d'elle.
Etudier ?
J'ai étudié, moi ?
Non.
- T'as étudié, toi ? - Non.
Pourquoi ta soeur, qui est une fille, étudierait ?
C'est la plus douée du quartier, demande à la maîtresse.
Même douée, elle n'étudiera pas.
Ton père l'a décidé.
Sous mon toit, tu n'auras pas un sou.
- Parlez avec la maîtresse. - Assez !
Ca suffit !
On ira pas parler avec la maîtresse.
Lila ira pas à l'école ! C'est clair ?
C'est clair ?
Oui.
Pardon.
Tiens.
Regarde ce que j'ai, là.
- Qui te l'a donné ? - La dame, ce matin.
Lila !
Viens m'aider !
J'arrive.
Lenu, viens ici !
Assieds-toi.
Bon, Lenu...
on donnera des sous à Mme Oliviero.
On les trouvera bien.
Merci.
Remercie ton père. Si ça ne tenait qu'à moi...
Mais tu dois être la meilleure.
Tu as compris ? Pas juste bonne élève.
La meilleure de l'école.
Mme Cerullo, j'ai dû insister pour vous voir.
Votre fille écrit très bien.
Avec les mots, elle crée des images surprenantes pour son âge.
Sans aucun effort, et sans qu'on lui ait appris.
Je sais.
Vous avez le devoir, en tant que parents,
et nous, en tant qu'enseignants,
d'enrichir la société avec l'esprit de votre fille.
On ne peut pas la sacrifier.
Je ne veux pas la sacrifier.
Voyez-vous, madame,
on est une famille nombreuse,
nourrie par mon mari cordonnier.
Il doit aussi nourrir ses soeurs
et mes parents.
Je ne comprends pas tout ce que vous dites.
Vous avez sûrement raison, mais...
Regardez ces dessins.
Quel coup de crayon !
C'est elle qui a fait ça ?
Vous comprenez ce que je veux dire ?
Votre fille est douée dans toutes les matières.
Bon...
Je dois y aller.
Parlez-en à votre mari. Raisonnez-le.
Désolée, on n'a pas les moyens.
Vous ne comprenez pas !
Madame l'institutrice.
J'ai compris.
Mais vous croyez qu'en parler à mon mari le fera changer d'avis ?
Vous croyez que ma fille, qui est une femme,
ira à l'école, comme les riches,
alors que ses frères iront travailler ?
Chez vous, c'est peut-être comme ça.
Mais pas chez nous.
Je peux ?
Au revoir.
Artichauts, pommes de terre !
J'ai même des sorbes.
Regardez ce qu'elle est belle, cette tomate !
Lila !
Ils font quoi, là-bas ?
Le père de Stefano Carracci lui a acheté une Vespa.
Pour emmerder les Solara.
Tiens.
- J'en fais quoi ? - Mange-les.
Vertes ?
Tu les laisses mûrir.
- J'en veux pas. - Jette-les.
Des oranges !
Enzo a été gentil.
Il veut se fiancer avec toi.
- Et il m'offre des sorbes ? - Il doit faire quoi ?
J'en sais rien, il doit me dire...
"Demain, je t'emmène à la mer."
Je n'ai jamais vu la mer.
Maman dit m'y avoir emmenée, mais j'ai des doutes.
Je ne m'en souviens pas.
Attends.
On fait un truc ?
Quel truc ?
- Demain, on va pas à l'école. - Quoi ?
Oui, on va à la mer.
Je veux la voir.
Rino dit que l'eau scintille.
Un spectacle magnifique.
S'ils le découvrent, ils nous tueront.
Mais non, on dira
que la maîtresse nous a invitées chez elle.
Depuis quand elle nous invite chez elle ?
C'est pour ça qu'il faut dire ça.
C'est tellement exceptionnel
que nos parents n'iront pas vérifier auprès de la maîtresse.
Même Gigliola est allée à la mer.
Mais pas nous. C'est pas juste.
Lila !
Monte. On va à la boutique.
Un instant.
Alors ?
Mon père me tuera.
Pourquoi il l'apprendrait ?
Alors ?
D'accord.
On se voit devant le portail, comme d'hab.
De la bonne salade verte !
De belles oranges !
Des cerises !
De la belle salade verte !
Achetez les fruits et légumes d'Enzo Scanno !
Elena, tu nous rejoins plus tard ?
Non, je dois étudier.
Je ne m'étais jamais éloignée des immeubles blancs de 4 étages,
de la cour, de l'église paroissiale, du square.
Ni n'avais ressenti le besoin de le faire.
Vite, si on nous voit, on est mal.
Mettons-les là-dedans.
Allons-y.
Des trains passaient au fond de la campagne,
des voitures et des camions roulaient sur la grande route.
Pourtant, je n'ai pas le souvenir
de m'être demandé ou d'avoir demandé à mon père, à ma maîtresse :
"Où vont ces voitures,
"ces camions, ces trains ?
"Dans quelle ville, quel monde ?"
Quand je songe au plaisir d'être libre,
je pense au début de cette journée.
Je n'avais aucune responsabilité.
Lila connaissait le chemin qui menait à la mer,
l'allure,
le temps qu'il fallait pour y aller et revenir.
J'étais ravie de m'exposer à l'inconnu
et je m'y abandonnai.
Qu'est-ce que t'as ?
Dis-moi ce que t'as.
Rentrons.
Et la mer ?
C'est trop loin.
Et chez nous ?
Pareil.
Alors, allons à la mer.
Non.
Pourquoi ?
Allons-y.
On a le temps. La mer n'est plus très loin.
Je veux pas prendre la pluie.
Si on rentre, ce sera pareil.
Non.
Je ne sais pas où la chercher.
Elle n'est pas allée à l'école.
Elle me cherche. Je fais quoi ?
Comment elle l'a su ?
Quand tu as parlé de la maîtresse,
elle s'est dit que tu mentais.
Qu'est-ce que ça change ?
J'y vais.
Non, toi, reste ici.
On te cherche pas encore.
- D'accord. - Salut.
Je vais te tuer ! Si tu refais ça, je te tue !
Je suis venue à l'école avec le parapluie,
pour que tu sois au sec.
Si ton père l'apprend, adieu les études !
Frappe-la, ça lui apprendra.
Tu l'as déjà assez frappée.
Tu veux la faire étudier ?
Oui, car c'est ce qu'on a décidé.
C'est elle qui a décidé.
Avec un père con comme toi !
Tu sais même pas frapper ta fille.
T'es pas un homme !
Où est-elle ?
Elena !
- Ca te va comme ça ? - Arrête !
Ca te va comme ça ?
Arrête !
Arrête, maintenant !
T'es contente ?
Elle ira à l'école.
Elle ira.
C'est bon, Lenu.
C'est fini.
Arrête de pleurer.
Je suis désolée.
Je pensais pas qu'ils le découvriraient
et qu'ils s'énerveraient autant.
Ils ne te laisseront plus étudier le latin ?
Si, je peux passer l'examen.
Pourquoi cette question ?
J'étais inquiète.
Tout est bien qui finit bien.
Oui.
Bon, Peluso...
c'est pour aujourd'hui ?
Allez.
Tu sèches ?
Rajoute un zéro
et enlève la virgule.
Cerullo, tu te prends pour qui ?
Tu crois être la meilleure ?
Tu n'es personne !
Tu ne dois parler que si on t'interroge.
Tu as compris ?
- Maîtresse, je... - Tais-toi !
Tu dois te taire, et ne discute pas !
Retourne à ta place.
Combien coûte 1 kg de pâtes ?
1580 divisé par 12,5.
On rajoute un zéro, on enlève la virgule.
125 dans 158, on pose 1, reste 33.
Calone, au tableau noir !
Bien, on abaisse le zéro...
Lila disparut de la circulation.
Elle, qui n'était jamais malade, attrapa une mauvaise grippe.
On l'avait vue dans la rue, pâle comme un linge et amaigrie.
Rino.
Lila ?
Elle a une forte fièvre.
Elle n'ira pas à l'école, ne l'attends pas.
J'avais l'impression de comprendre sa fièvre.
Je savais qu'elle souffrait,
et sa douleur ne me plaisait pas.
"Pise est traversée par le fleuve Arno.
"Elle abrite une ancienne université
"où enseigna Galilée lui-même.
"Piazza del Duomo est un joyau artistique,
"avec trois monuments de marbre."
Elle me manquait, mais je n'avais pas le courage de la chercher.
J'étudiais,
mais j'ignorais quoi, sans nos échanges.
Enseignant.
Les jours s'égrenaient, monotones.
Je suivais des cours de soutien avec Gigliola.
Puis, je rentrais.
Source.
Je me disais que même si Lila avait essayé de me nuire
en m'emmenant à la mer,
je lui avais déjà pardonné et j'avais hâte de la revoir.
Lieutenant.
C'était comme si un côté de mon corps avait toujours froid.
Il manquait quelque chose.
- Qu'y a-t-il ? - Lenu est là ?
Lenu.
Salut.
Ca va ?
Maintenant, ça va.
Je veux que tu lises ça.
C'est quoi ?
Un livre.
- C'est toi qui l'as écrit ? - Oui.
Ca s'appelle La Fée bleue.
On devait l'écrire ensemble.
Tu suis des cours chez la maîtresse.
Lis-le...
et dis-moi ce que tu en penses.
Ce qui me frappa le plus, c'est quelque chose
qu'à l'époque, je n'aurais pas su formuler.
L'écriture contenait la voix de Lila.
Elle utilisait des mots difficiles,
sans fautes,
mais on ne sentait pas l'artifice de l'écrit.
C'était exceptionnel.
Lila !
C'est fabuleux.
Tu as vraiment aimé ?
C'est magnifique.
Ca rapportera de l'argent ?
Fais-le lire à la maîtresse.
Elle pourra t'aider.
J'ai pas envie.
Tu devrais.
S'il te plaît.
Fais ce que tu veux.
Je vais à la blanchisserie, à demain.
Nous voudrons,
vous voudrez,
ils voudront.
Elena ?
Le passé simple du verbe "pleurer".
Je pleurai,
tu pleuras,
il...
pleura.
Attends.
Gigliola, à toi.
Nous pleurâmes,
vous pleurâtes,
ils...
Ils ?
Pleurètes ?
Quoi ?
Pleurèrent.
Vous n'avez pas compris.
A la moindre erreur,
vous raterez l'examen d'entrée en secondaire.
- Je peux aller aux toilettes ? - Vas-y.
- Lave-toi les mains. - Oui, maîtresse.
Maîtresse ?
Lila a écrit un beau livre qu'elle voudrait que vous lisiez.
Dis à Cerullo
de préparer l'examen d'entrée,
au lieu de perdre son temps.
Elena, tu sais ce que c'est, la plèbe ?
Oui.
La plèbe...
les tribuns de la plèbe...
les Gracques.
Bien.
Les Gracques.
Moi, je parle d'aujourd'hui.
La plèbe, c'est une vilaine chose.
Si quelqu'un veut rester plébéien, lui, ses enfants,
les enfants de ses enfants,
il ne mérite rien.
Ecoute-moi bien.
Oublie Cerullo et pense à toi.
Allez, Lila, viens.
Je te fais des nattes.
Non, j'ai pas envie.
J'ai même un ruban neuf.
Lenu, viens, je te fais des nattes.
- Moi, je veux bien. - D'accord.
Quel beau ruban ! Qui te l'a donné ?
La dame de la mercerie.
- C'est de la soie ? - Du velours.
Je lui ai donné ton livre.
Elle ne l'a pas encore lu.
Dès que je peux, j'en écris un autre.
Il n'était pas bon.
Mais si, il était magnifique.
- Il était nul. - Ton livre est magnifique.
Quel livre ?
Non, rien.
A demain.
Où vas-tu ?
Chez moi.
Ah, Lenu !
Dis à Mme Oliviero
que je passerai l'examen d'entrée !
C'est ce que j'ai décidé !
Je veux aller à l'école, et j'irai, même sans examen !
Arrête de m'emmerder avec cette histoire !
J'irai quand même !
Je m'en contrefous !
Tu me casses les couilles !
Arrête !
Lâche-moi !
Arrête, Fernando ! Tu es fou ?
Je vais te casser la gueule !
J'irai quand même !
Je fais ce que je veux !
Je vais te tuer !
Lila !
Tu l'as cherché, maudite conne !
Tu me rends fou.
Quoi ?
T'es même pas morte ?
T'es née pour m'emmerder !
Ne me parle plus jamais de l'école secondaire !
Compris ?
Tu dois obéir ! Je suis ton père !
Même pas mal.
Même pas mal.
Mon Dieu, que s'est-il passé ?
Ma petite !
Fais voir, Sainte Vierge !
Que s'est-il passé ?
Qu'est-il arrivé ?
Elle est juste tombée.
- Qu'est-ce qu'elle a ? - Rien.
Allez-y doucement.
Elle s'est blessée au bras.
- Elle a mal. - Doucement.
Pauvre petite.
Il se produisit une chose qui nous surprit tous :
je réussis les deux examens, celui de fin de primaire
et celui d'entrée au collège avec des 10 sur 10 partout.
Lila passa seulement l'examen de fin de primaire
avec des 9 partout et un 8 en arithmétique.
Chez elle, l'école secondaire
devint un sujet tabou.
Maman...
Bravo, Lenuccia !
Assieds-toi, ma grande.
J'ai hâte de dire à mes collègues que ma fille est la meilleure.
Elle a été reçue et ira au collège.
Elle a grandi, ma petite fille.
Tiens, bois un peu de café.
- Arrête. - Juste une goutte.
- Et moi ? - Toi, t'es trop petit.
- J'en boirai quand ? - Au collège.
C'est ça, oublie le collège !
Lenuccia
a battu la fille des Spagnuolo,
le fils Carracci et la fille du cordonnier.
- Comment tu as fait ? - C'est la meilleure.
C'est un cerveau, comme son père.
Lenu, je ferai le ménage, toi, tu feras les lits.
- Laisse-la, elle a été reçue. - On a du boulot.
Fichez la paix à Lenuccia, c'est un jour de fête !
- Qui ça peut bien être ? - Je vais voir.
Reste assis et mange.
Mange.
- Que se passe-t-il ? - Vittorio, une tragédie.
C'est horrible.
- On a tué quelqu'un. - Qui ça ?
- Que dites-vous ? - Il était en pyjama.
La casserole était encore sur le feu.
Il a été poignardé.
Qui a fait ça ?
- Tu as entendu quelque chose ? - Non, rien.
Il y avait du sang partout.
Oui, je l'ai entendu dire.
Un meurtre !
Ils seraient entrés par la fenêtre.
- Que se passe-t-il ? - Un meurtre !
- Qui a été tué ? - Personne.
C'est inimaginable qu'on ait pu tuer Don Achille.
- On a tué Don Achille ? - Oui.
Comment est-ce possible ?
Si c'est arrivé, c'est que c'est possible. Rentre !
Je le savais.
- Qu'y a-t-il ? - On a tué Don Achille.
On a tué Don Achille !
Ces deux-là ne sont pas d'ici. Excusez-moi.
- Salut, Lenu. - Bonjour, Don Fernando.
Lila !
Tu es au courant ?
Qui a fait ça ?
Attends, j'arrive.
Les enquêteurs l'ont trouvé face contre terre.
On l'a tué à son réveil.
Il avait ouvert la fenêtre pour laisser entrer l'air frais.
Il s'était levé exprès.
Il portait un pyjama bleu,
tout élimé,
et des chaussettes jaunâtres.
Quand il a ouvert la fenêtre,
la pluie l'a frappé au visage
et, en même temps, juste ici,
du côté droit du cou,
entre la mâchoire et la clavicule...
Un coup de couteau.
Le cuivre de la casserole était si brillant
que le sang y coulait, noir comme de l'encre.
Le meurtrier voulait sans doute le frapper au coeur,
pendant qu'il dormait.
Mais il était debout et il l'a frappé à la gorge.
Il est entré sans effraction,
avec un double des clés.
Comment sais-tu tout ça ?
Je ne sais pas.
J'ouvre le seau et je sors les mots.
Allons jouer chez Carmela.
Tu viens, oui ou non ?
Que se passe-t-il ?
J'en sais rien.
Laissez-moi !
Je suis innocent ! Au secours !
Laissez-le !
Giuseppina, aide-moi ! Je n'ai rien fait !
Au secours ! Je n'ai rien fait !
Je suis innocent. Don Solara !
Dites-leur que je suis innocent !
- Je n'ai tué personne. - Papa !
Alfredo !
Giuseppina !
Maman, tu es blessée ?
C'est pas le père de Carmela qui a tué Don Achille.
Qui, alors ?
Moi, je sais.
Qui ?
C'est une femme.
Une femme, Lenu.
Adaptation Giacinto Pizzuti
Sous-titrage Nice Fellow
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