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DANSE DANS LA POUSSIÈRE
Faramarz Gharibian
Yousef Khodaparast Baran Kosari
J. Hadpurseraj S. Nurelahi M. Tabrizi N. Ghanbarian
Scénario : Asghar Farhadi M. Fazeli A. Bazrafshan
1re Assistante : M. Hajirvand Scripte : S. Nirumand
Assistant caméra : A. Akhtari Rad Photographe : M. Ashtari
Chef maquilleur : M. Mirkiani
Maquilleurs : A. Bahramian R. Nematzadeh
Là, c'est moi, et là, c'est toi.
Nos cœurs sont proches.
Mais nous sommes éloignés.
Refais-en une.
Encore ?
Une dernière où tout irait bien, où on serait ensemble.
Décors et costumes : Asghar Farhadi
Son : Hassan Zahedi
Mixage : Massoud Behnam
Directeur de production : B. Jalali
Je voudrais un prêt pour un mariage.
Vous avez un garant ?
Musique : H. R. Sadri
Montage : S. Shahsavari
Directeur de la photographie : Hassan Karimi
Producteur : Iraj Taghipur
Baisse le son, ton père arrive.
C'est du grand spectacle.
Viens t'asseoir.
Je suis en retard.
J'ai loué tout ça pour toi. On en a pour toute la nuit.
Je dois aller en cours. Et ma mère est seule à la maison.
Ta mère, c'est pas une gamine.
Et toi, même avec ton diplôme de couture, t'auras pas de boulot.
Ça, c'est de l'amour.
Elle danse sur des tessons, cette peste.
Tu sais faire ça, toi ?
Dans tes rêves ! Je sais pas danser.
La danse, on s'en fout !
Tu marcherais sur des tessons pour moi ?
Avec des bottes, oui.
Réalisateur : Asghar Farhadi
Tu n'entends pas sonner ?
Bonjour.
Bonjour.
Tu crois que Dieu veut de la prière de quelqu'un qui boude à ton âge ?
Je te jure que t'iras pas au paradis.
Tu iras pour moi.
Et pourquoi pas ? Continue de faire la gueule, toi.
Le pain que tu manges ici,
j'espère qu'il t'étouffera !
Tu crois me faire l'aumône ? Je le gagne moi-même, mon pain !
Il veut m'étouffer !
Mange.
Je vais m'étouffer.
Ne t'attire pas les foudres de ton père.
Moi aussi, je peux le maudire !
Il a une place réservée au paradis ?
- C'est ton père. - Et je suis son fils !
Quand tu auras divorcé, il se calmera.
Je divorcerai pas.
Ne me fais pas regretter de t'avoir nourri, mon fils.
C'est pas votre générosité qui m'étouffera !
Et encore, tu m'as allaité que deux mois !
Le reste, c'était du lait de vache.
Pourquoi tu as pris rendez-vous chez le juge ?
Ça me regarde. Je divorcerai pas.
Tu ne m'aimes pas ?
Pourquoi tu veux rien comprendre ?
Tu lui reproches quoi, à part sa mère ?
Tu crois en Dieu ?
Prends le Coran et vois ce qu'il dit !
Noé était un saint, sa mère aussi,
et pourtant son fils a mal tourné.
Ça n'a rien à voir.
Tiens, lis.
J'avais pas le droit de tomber amoureux, c'est ça ?
Tu te demandes pas ce qu'elle deviendrait si on divorce.
Si demain Dieu me chope et me demande pourquoi je l'ai répudiée,
qu'est-ce que je réponds ?
Que c'était pour ma mère ?
Dis-moi devant Dieu si c'est une réponse valable !
Il m'envoie en enfer direct !
Je te maudirai si tu ne divorces pas.
Si je divorce, je vais en enfer. Et si je divorce pas, aussi.
Je dois faire quoi ?
Pleure pas.
Appelez Reyhaneh.
Pour quoi faire ?
- Elle sait pourquoi. - Qu'elle aille au diable.
Qu'est-ce qui vous prend ? Je vous ai pas insultée.
Il manquerait plus que ça.
Je vous demande juste d'appeler Reyhaneh.
Pour quoi faire ?
Pour sortir.
Sortir où ?
Au cinéma.
Tu ferais mieux de tirer les choses au clair avec elle.
Tout est clair.
C'est quoi, cette convocation au tribunal, alors ?
Vous pouvez vous installer ici tranquillement tous les deux.
On vivra pas ici.
Vivez où vous voulez.
On vivra nulle part.
Tu peux payer l'indemnité ?
Non.
Venez vivre ici quelque temps, tu pourras mettre de l'argent de côté
pour payer le divorce.
Appelez-la.
Je te laisserai pas l'amadouer pour aller divorcer demain sans un sou.
Demain, vous ferez ce que vous voudrez !
Pour l'instant, ce n'est pas demain !
C'est encore ma femme.
Je veux l'emmener au ciné.
Ouvre la fenêtre.
- Qu'est-ce qu'il y a ? - Je te dirai.
- Vas-y. - Je te dirai.
Dis-moi !
Ici, il y a trop de monde.
On va au ciné, on se prend un sandwich et on se dit tout.
Tout quoi ?
Hein ?
Tu es ma femme, j'ai confiance en toi. Tu dois me parler franchement.
Ce que les gens disent...
Ce qu'ils disent de ta mère... C'est vrai ?
Encore cette question ?
Réponds-moi pour une fois.
Dis-moi ce que disent les gens.
Ça se fait pas.
Alors, c'est vrai ? Reyhaneh, regarde-moi.
Je dois rentrer.
Comment ça ? J'ai à te parler !
Je fais quoi de ce bout de papier ? Mets-toi à ma place.
Si tu avais mes parents et moi, une mère comme la tienne.
Je te jure que je ferai ce que tu me diras.
Si tu veux divorcer, on y va demain.
Sinon, on jette ce papier.
Moins fort.
Tu ferais quoi à ma place ?
Dis-moi, tu ferais quoi ?
- Tu divorcerais ? - Non.
Tu resterais mariée ?
Et tes parents ?
S'ils mouraient de chagrin, t'aurais pas de scrupules ?
Si.
Pourquoi tu ne veux pas me comprendre ?
Toi, tu es très bien. Mais je ne peux faire la sourde oreille.
Les gens parlent.
Ils disent que ta mère...
elle se met des trucs sur la figure
et elle monte dans les voitures.
Arrêtez-vous !
On injecte le venin du serpent au cheval.
Son sang produit des anticorps qu'on utilise pour fabriquer des vaccins.
Ce cheval est sous le choc de l'injection.
Salut, Nazar. Quel bon vent t'amène ?
Bonjour.
Bouge pas, j'arrive.
Allez, debout !
Laisse la musique. J'ai le cœur gros.
Et pourquoi ? T'as divorcé, tout va bien, non ?
J'ai pas divorcé.
Comment ça ?
Qu'est-ce que t'as foutu pendant un mois ?
Reyhaneh est une fille saine.
Sa mère l'a été aussi, j'en suis sûr.
Après le divorce, tu me donneras son adresse pour mes jours de repos.
Ça va pas ? Me touche pas !
Tire-toi !
Sors d'ici.
Tu veux te battre ?
Où tu vas ? Tu m'as pas donné l'adresse de la vieille !
Bonjour.
- Tu es là ? - Tu m'as demandé de venir.
Où est ta mère ?
Elle sait pas que je suis là.
Donc, tu veux divorcer ?
Pourquoi tu dis rien ?
Ça marche pas, Nazar.
On peut pas vivre ensemble.
Regarde tes parents.
Tu divorceras un jour ou l'autre.
Viens t'asseoir.
J'ai réfléchi en t'attendant.
Je ne divorce pas, à une condition.
Laquelle ?
Tous ces problèmes, c'est à cause de ta mère, pas vrai ?
Promets-moi de l'oublier.
Elle mourrait de solitude.
Si je divorce pas, c'est la mienne qui mourra.
Tu sais ce qu'on va faire ?
On va changer de pays, de ville.
On va aller quelque part où personne ne nous connaît, d'accord ?
- Et ma mère ? - Dis-toi qu'elle est morte.
C'est ma mère !
Pourtant, tu sais combien je t'aime...
Moi aussi, mes parents mourraient.
Où tu vas, comme ça ? Ecoute-moi un peu !
Quoi ? Il faut qu'on se parle !
Reyhaneh !
Le motif du divorce ?
C'est personnel.
Rien n'est personnel ici.
Vous aviez dit : "incompatibilité".
Bah oui... c'est ça.
Et pour vous ?
Je ne l'aime pas.
Tu m'aimes pas ?
Moi non plus, je l'aime pas.
Et l'indemnité ?
Il peut pas la payer.
Vous ne la réclamez pas ?
Mais si, M. le Juge.
Tu la réclames.
Il faut d'abord verser la somme.
Je ne l'ai pas.
Bah quoi, alors ?
Il y a pas de crédit ?
Je peux vous laisser un mois ou deux de réflexion.
Vous déciderez à ce moment-là.
Non, M. le Juge.
Vous êtes déterminés à divorcer ?
Si c'est possible à crédit.
Vous pouvez passer devant ?
La dame va prendre votre place.
Reyhaneh, j'ai mal fait ?
Comment tu paieras tes échéances ?
Je travaillerai.
Tenez.
On va peut-être y aller.
Amri...
Je veux reprendre mais le patron veut pas.
J'ai divorcé.
Bien joué !
Tu n'as pas divorcé ?
Si, c'est écrit sur son papier.
Pourquoi tu portes ça ?
A la prochaine absence, ce sera fini.
Je pourrai travailler de nuit aussi ?
En plus du jour.
J'ai déjà eu du mal à te caser le jour.
Vous savez pourquoi ?
Je dois rembourser le prêt du mariage et celui du divorce.
En travaillant jour et nuit, je pourrai payer le divorce.
Accroche-toi à ce que je donne.
Je pourrai rester la nuit ?
M. Moradi ?
Vous êtes demandé au bâtiment 2.
Tu ranges tout ça dans une caisse et tu la montes.
- Moi ? - Tu es là pourquoi, à ton avis ?
Amri !
Qu'est-ce que tu fous là ?
Si le patron te voit, tu te fais virer cette fois !
Ils se font un paquet de fric, ces vendeurs de serpents.
S'ils crèvent pas, oui.
Ça coûte combien, un serpent ?
Il y a de tout.
Il y en a qui coûtent cher, pourquoi ?
On peut en attraper combien par mois ?
C'est pas pour nous.
L'autre fois, rien que de les voir, tu as failli te faire dessus.
Tu veux aller les chasser maintenant ?
Je gagne pas assez pour payer Reyhaneh.
T'inquiète pas pour elle.
Sa mère gagne mieux qu'un chasseur de serpent.
Nazar Moradi est appelé à la Sécurité.
Je ne connais pas de Mansouri.
Il est venu avec un mandat.
Mansouri, tu dis ?
C'est Javad !
C'est qui ?
- Un parent lointain. - Et il veut te faire arrêter ?
C'était mon garant pour le prêt du mariage. Il m'avait fait un chèque.
T'as rien remboursé ?
Comment je peux rembourser ?
Tu vas te faire arrêter, là.
Ils sont allés le voir et il te les renvoie.
Comment il a fait pour me retrouver ?
Laisse tomber !
Tu vas te faire virer.
Va vite l'expédier.
- C'est pas le genre qu'on expédie. - Mais si.
Dis-lui que tu le rembourses à la fin du mois.
Il s'est déjà pointé chez moi avec un flic.
Ma mère l'a tellement supplié qu'il est parti.
Cette fois, c'est fichu.
Pourquoi tu m'as rien dit ?
Je me croyais planqué.
C'est pour ça que je restais la nuit.
Tu vas faire quoi ?
Si je vais en taule, qui paiera Reyhaneh ?
Tu nous emmerdes avec ta Reyhaneh !
- Tu vas où ? - Je dois y aller, j'ai pas le choix.
En taule ?
Je lui ai juré de le rembourser. Il a une famille. Il y est pour rien.
Tu vas pas pouvoir le rembourser depuis le trou.
Je peux plus travailler ici. J'ai pas le choix.
Attends !
Viens voir.
Viens.
Sauve-toi.
Non, c'est pas juste.
Aller en taule, c'est juste ? Tu pourras le rembourser ?
On y va.
Nazar Moradi est demandé à la Sécurité.
Tu me le vends, ton tacot, pour que j'y mette mon barda ?
Je pourrai rentrer chez moi le soir et revenir le matin,
au lieu de rester là toute la nuit à cause de ce bric-à-brac.
Alors ? Je trouve l'argent ?
Comment on dit "je t'aime" en azéri ?
"Je t'aime"...
Il y a trois façons de le dire.
Soit t'es un plouc, tu le dis en azéri.
Soit tu débarques à Téhéran, tu le dis avec l'accent azéri.
Soit t'as la classe et tu dis : "I love you".
Toi, tu dis comment ?
Moi...
I love you vachement.
Pourquoi tu me frappes ? Il y a erreur !
Qu'est-ce qu'il y a ?
On t'a volé ?
Fouille-moi !
Voilà mes poches !
Ça va pas, non ?
T'es complètement con ou quoi ?
Tu m'as amené là pour me frapper ?
Je vais vers où ?
Suis les traces de pneus.
Avec cette jambe ? En plein désert ?
La nuit va bientôt tomber.
Conduis-moi quelque part.
Quel enfoiré !
Laisse-moi passer la nuit là.
Je partirai à l'aube.
Tu vois ça ? Je te donne tout.
En échange, conduis-moi jusqu'à une route.
Je meurs de froid.
T'es pas humain ou quoi ?
Si j'ai mal agi, pardonne-moi.
Les aînés doivent pardonner.
Tu me lâches dans la nature. Je suis mort de trouille.
Sors, tu verras comme il caille.
Ouvre-moi !
Je demande pardon. Tout est ma faute.
Je pars demain.
Je ferai quoi quand il n'y aura plus de feu ?
On en veut deux pareilles.
Ces deux-là sont identiques. Il y a ce modèle aussi.
- Elle est à combien ? - Autour de 30 000.
- La paire ? - Non, la vitrine ! Mais oui, la paire.
Vous n'auriez pas une paire autour de 20 000 ?
Pas en or.
- En quoi, alors ? - En argent.
Peu importe.
On veut qu'elles soient pile poil pareilles !
Elle est belle ?
La mienne est trop large. Il lui faut une ceinture.
Vous en vendez, des ceintures ?
Qu'est-ce qui t'arrive ?
Ça a pas l'air d'aller.
Je sais conduire un peu.
Je t'emmène chez un médecin ?
Tu rentres pas chez toi la nuit ?
Tiens, tes allumettes !
Tes allumettes !
Tu m'entends ?
C'est une manie de me poursuivre avec un bâton !
J'étais venu te rendre tes allumettes.
Comme t'étais pas bien hier soir,
j'ai eu peur que tu sois mort.
Je te voyais pas, j'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose,
que tu t'étais fait dépecer par les loups.
J'aurais pas dû venir te chercher ?
Dis-moi juste comment partir.
Je veux pas rester là.
Je sais même pas où on est.
On est à combien de la route ?
Il faut prendre quelle direction ?
J'ai cassé ta vitre pour te trouver.
Ne me cours pas après avec ton bâton !
Au revoir.
Si tu bouges, je t'explose la tête !
Ecoute-moi deux minutes et puis, je m'en vais.
J'ai rien à dire. Je veux rester là.
Tu me payes la vitre cassée et tu te tires.
Evidemment que je te la paye.
Mais là, j'ai pas d'argent.
Je suis pas un profiteur, moi.
Si je pars, je reviendrai te payer.
Pas la peine de faire cuire un œuf. Je le mangerai pas sans le payer.
Et pourquoi je partirais ?
Je reste là, j'attrape des serpents et je te paye.
Qu'est-ce que t'en dis ?
Pourquoi t'en fais qu'un ?
Et moi, je suis un chien ?
Je t'achète deux œufs.
J'ai rien mangé depuis hier. J'ai la dalle.
Fais-moi deux œufs.
Je peux payer.
J'ai pas voulu venir ici.
C'est Dieu qui m'a mis dans ta voiture. Sinon, je serais pas là.
Moi, tu m'aimes pas. Mais tu aimes Dieu !
Sois sympa, quoi !
Ça te coûtera rien.
Tu crois en Dieu, non ?
Tu pries pas, mais je suis sûr que tu crois en lui.
Moi non plus, je prie pas. Mais là, j'ai un souci personnel.
S'il est réglé, je jure que je prierai.
Il y a un bain public par ici ?
Tu sais, on me trouve très sympathique.
Dès que je parle, tout le monde éclate de rire.
Si je reste, tu seras moins seul.
Tu crois que dès que mon souci sera réglé, je m'envolerai ?
Je te jure que je resterai encore après.
Tu t'appelles comment, au fait ?
Si tu me dis pas, je t'en taille un sur mesure.
Tu sais quoi ? Je me sens vraiment proche de toi.
Pour moi, t'es comme mon père.
En un peu moins causant.
Il s'appelle Heydar.
Heydar, je vais te dire mon dernier mot. Et après, je reste !
Tu l'as bien compris.
Tu sais ce que c'est, l'amour ?
Tu ne sais pas.
Depuis combien d'années tu vois plus que des serpents ?
C'est pour ça que tu comprends pas l'amour.
Mais je vais te le faire comprendre.
Je suis amoureux de ma femme.
Mon ex-femme, je dois dire.
Ça change rien.
Je l'aime encore.
Je ferai tout pour payer sa pension.
C'est tout ce que je peux faire pour elle.
Donc, je bouge pas d'ici et tu m'apprends à chasser les serpents.
Te fatigue pas à m'ignorer.
Maintenant, on est amis et associés.
Un point, c'est tout.
Pardon, j'ai cru que c'était de l'eau.
Heydar, ton thé refroidit !
Ne pars pas.
Il va sortir, là.
Tout cet opium claqué pour lui !
C'est du gâchis !
Heydar !
Arrête-toi !
Il est sorti, je l'ai chopé !
C'est pour toi !
Arrête-toi, enfoiré ! Me laisse pas seul ici !
Je vais pas rester !
J'ai changé d'avis.
Conduis-moi jusqu'à la route !
Qu'est-ce que je t'ai fait ?
Pourquoi tu m'embêtes autant ?
Tu m'as forcé à divorcer.
Tu m'as fait perdre mon boulot, envoyé chez ce type.
Et là, je me retrouve en plein désert. Qu'est-ce que tu me veux ?
Lâche-moi !
J'en peux plus.
Je sais que je vais mourir cette nuit.
Tu pourrais pas me tuer de façon correcte, au moins ?
Pourquoi tu tues pas ce connard ?
Qu'est-ce que je lui ai fait, moi ?
Je lui ai même fait du thé.
Tu vas voir ce que tu vas voir.
Pourquoi t'es revenu ?
Tu crois que je vais partir ?
C'est toi qui vas dégager. Allez !
Ferme-la, bâtard.
Demain matin, je t'emmène jusqu'à la route.
Si tu reviens, je te jette deux serpents à la figure.
Tu crois me faire peur ?
J'ai eu à mains nues celui que t'arrivais pas à choper.
Il est là.
Un serpent mort, c'est bon pour ta mère.
Reste poli ou tu t'en reprends une.
Prends le serpent qui est dans la voiture et tire-toi.
Tu me fais l'aumône ?
Je peux t'en choper dix.
Je me ruine en opium pour les droguer
et toi, tu viens les tuer.
La ramène pas avec ton opium.
Si tu continues de m'emmerder, je vais te dénoncer.
Si tu t'approches de ces serpents,
je te tue.
Ah oui ?
T'es un vrai tueur, alors ?
C'est parce que j'ai tué que je suis là.
Tu mens.
Tu vois, Reyhaneh ?
Dieu crée l'homme à son image.
Il demande à son prophète de défendre les opprimés.
Mais lui, c'est le pire des oppresseurs.
Pourquoi il est vivant, lui ?
Pour me faire chier ?
Pardon.
Vas-y.
Bravo, Heydar !
Chapeau !
J'ai cru qu'il allait te mettre K.O.
Ça y est, je sais les attraper, maintenant.
Mais j'ai juste pas retenu la chanson.
Tu peux la rechanter ?
Où as-tu passé la nuit ?
Ça alors, Heydar ! Tu prends de mes nouvelles ?
T'as décidé de rester...
Je te loue ton matériel. Combien tu veux ?
Heydar...
Si j'attrape pas le prochain,
je te jure sur la tête de Reyhaneh que je partirai d'ici avant la nuit.
Merci beaucoup, Heydar.
Je te paierai la location quand j'aurai vendu mes serpents.
Juste un truc...
C'est immense ici. Je dois aller où pour les attraper ?
Celui-ci, il me fait pitié. Je crois que c'est la femelle de l'autre.
Tu m'en montres d'autres ?
Allez, quoi, sois sympa, sors.
Me fous pas la honte devant lui. Sors.
Au nom de Dieu.
Je l'ai chopé, Heydar !
Je l'ai ! J'ai attrapé un serpent !
Je l'ai attrapé, Heydar !
Ma main !
Baisse ta main, pour que ça pénètre pas dans le sang.
Ma main... !
Ferme les yeux.
Tu veux faire quoi ?
Si je le coupe pas, ton cœur sera atteint
et tu seras mort en dix minutes.
Où tu vas ?
Tu vas tomber raide mort.
Je veux pas mourir !
- Il faut me laisser couper. - Non !
Viens le couper !
Mon doigt !
Qu'est-ce que t'as fait de mon doigt ?
J'ai trop mal !
Mon doigt... !
Prends ça, ça va te calmer.
On arrive quand ?
Bientôt.
Ça fait mal. Ça brûle.
Essaye de penser à autre chose.
Comment ?
Parle-moi.
De quoi je peux parler ?
Parle-moi de ta femme.
C'était quoi, son nom ?
Reyhaneh.
C'est pour elle que tu endures tout ça ?
Oui.
C'est qui, cette fille ?
Elle sait que tu es là ?
Non.
Pourquoi tu fais tout ça, alors ?
Je l'aime.
Quoi ?
Je l'aime.
Qu'est-ce que tu veux dire ?
Je veux dire...
que je l'aime.
Tu as divorcé. Elle n'est plus à toi.
Qu'est-ce que ça peut faire ?
Qu'elle ne soit plus à toi ?
Non. Ça change quoi ?
Tu mens.
Non.
Et si tu apprends qu'elle s'est remariée ?
Tu sauras que tu as gâché ta vie pour rien.
J'espère qu'elle trouvera un bon mari.
Pas comme moi.
Tu délires ?
Ma main va exploser. Plus vite, Heydar.
Au secours.
Pourquoi tu as divorcé ?
Je voulais pas. On m'a forcé.
Qui ça ?
Tout le monde.
Pourquoi ?
A cause de sa mère.
Qu'est-ce qu'elle avait ?
On disait que c'en était une.
On le disait ou c'était vrai ?
Heureusement que tu l'as su tôt.
Je le savais dès le début.
Depuis quand ?
Avant de l'épouser.
Il va mourir.
Tant pis.
Pourquoi tu l'as pris ?
Ils en auront besoin à l'hosto.
Tu m'y emmènes vraiment ?
D'abord, je voulais te laisser sur la route.
Mais là, je t'y emmène.
Pourquoi ?
Pour t'éviter de mourir.
Qu'est-ce que ça peut te faire ?
Tu as vraiment tué quelqu'un ?
Qui t'a dit ça ?
Toi, hier soir.
On dirait pas ?
Oh que si.
Donc, j'ai dû le faire.
Tu as tué quelqu'un ?
T'as pas une tête d'assassin.
Alors quoi ?
T'en as le caractère.
T'as tué qui ?
Quelqu'un.
Comment ?
Je l'ai étranglé.
Avec une corde.
Pourquoi ?
Je me rappelle pas.
On peut pas tuer quelqu'un
et ne plus se rappeler pourquoi.
Ça va mieux, ta main ?
Il faut pas me le rappeler !
- Elle était belle ? - Qui ?
Reyhaneh.
Très belle.
Elle t'aimait ?
Oui.
Qu'est-ce qu'elle te trouvait ?
Je me le demande.
Tu ne lui as pas demandé ?
Si, une fois, mais elle m'a pas répondu.
Pourquoi ?
Elles sont comme ça, les femmes.
Tu es marié ?
Je l'étais.
- C'est elle que tu as tuée ? - Non.
Elle est où, alors ?
Je ne sais pas.
Comment ça ?
- Je n'ai plus de ses nouvelles. - Ah bon ?
Quand j'ai pris la perpétuité, je ne l'ai pas revue.
Pourquoi tu es libre ?
Je me suis évadé.
T'aurais dû me laisser mourir.
Je suis épuisé.
On se tue pas de fatigue.
Pourquoi tu l'as tué, ce type ?
A cause de ma femme.
Il avait fait quoi ?
Il lui tournait autour.
C'est tout ?
Oui.
Tu étais très amoureux d'elle ?
Au début, oui.
Et après ?
Non.
Pourquoi t'as gardé sa photo ?
Elle t'avait trompé ?
Non.
Alors quoi ?
J'ai tué pour elle.
Et dès qu'on m'a arrêté, elle m'a quitté.
Elle s'est envolée.
Descends.
Je n'ai jamais vu un doigt sectionné pour une morsure de serpent.
Je n'ai pas su mieux faire en plein désert.
Je le connais, ce serpent.
Il y a combien de temps ?
Deux ou trois heures.
Amenez-le vite aux urgences.
On va congeler le doigt.
- Il pourra être greffé ? - Ça dépendra de l'avis médical.
Eteignez ça.
Vous l'accompagnez ?
Oui.
Allez lui constituer un dossier.
Où ça ?
En bas.
C'est un hôpital privé.
Votre fils ne peut pas être soigné gratuitement.
C'est une opération coûteuse.
Et vous ne pouvez rien payer.
J'ai combien de temps pour payer ?
Bonjour, M. Zakeri.
Le patient pour la greffe de doigt ne peut pas payer.
Il a combien de temps ?
Infirmière...
Infirmière...
J'ai mal !
Comment t'as fait ?
Qu'est-ce que ça change ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
Rien.
J'ai un peu mal.
Je te confie ça.
Je vais aller les voir pour ton dossier.
Nom et coordonnées ?
Je ne sais rien.
Venez lui poser toutes les questions.
Vous n'êtes pas son père ?
Non.
Allez-y, je vous rejoins.
Cherchez dans les toilettes.
Où étiez-vous passé ?
On cherche le patient !
Bonjour, Nazar.
Tu vas bien ?
Ta mère est là ?
Non.
Tiens, c'est pour toi.
- C'est quoi ? - Ta pension.
Tu l'as eu, ton diplôme de couture ?
Je l'aurai.
Avec ça, tu pourras t'acheter une machine.
Tu pourras travailler et gagner ta vie.
Tiens.
Prends, je te dis.
Prends.
Vous venez de l'acheter, la voiture ?
Pourquoi ?
Le type qui vous l'a vendue...
vous savez où je peux le trouver ?
Je l'ai pas vu depuis longtemps.
Je sais pas où il est passé.
Si tu le vois, dis-lui qu'il devait passer prendre ses affaires.
Je veux pas de son matériel de chasse aux serpents.
J'ai pas la place, j'ai tout balancé derrière.
Si tu penses le voir, prends tout ça et rapporte-le-lui.
Il y avait une photo là-dedans.
Il a dû la prendre.
Adaptation : Massoumeh Lahidji
Sous-titrage TITRA FILM Paris
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