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C'est lui l'étalon, monsieur ? Non, ce cheval permet de vérifier si la jument
va accepter l'étalon.
Parce qu'un étalon, c'est précieux. Il ne faudrait pas qu'il reçoive des coups
de sabot.
Alors celui-ci prend les risques, il prépare pour l'autre.
On l'appelle un bout-entrain.
Pourquoi on l'appelle comme ça ? Parce qu'un bout-entrain, c'est quelqu'un qui
entraîne, qui met de l'animation.
Comme Frédéric Gammes.
Comme Frédéric Gammes.
D'ailleurs, où il est Frédéric Gann ? Une bonne réponse, tu remets un
vêtement. Une mauvaise, t'en enlèves un. C'est pas difficile.
Si c'est difficile tes questions.
T'as qu'à te concentrer, faire attention.
Pourquoi c'est pas moi qui pose les questions ? Mais t'en poses des
questions. Tu dis, pourquoi c'est pas moi qui pose les questions ? Eh bien ça
c'est une question.
Ah, les intellos, pour vous suivre.
Alors, qu'est-ce que c'est qu'une épanadiplose ? Quoi ? Une épanadiplose.
Une é...
Les doses, c'est une fécaine maladie. Non, c'est pas ça.
Retire ton maillot.
Frédéric, Sophie, qu'est-ce que vous faites là ? Mais qu'est-ce que tu fais
dans cette tenue, toi ? Qu'est-ce que tu as encore inventé ? Mais tu es un vrai
diable, hein ? Qu'est-ce qu'on va faire de toi ?
Mesdames, messieurs, mes chers collègues, je suis heureuse de vous
retrouver au seuil de cette nouvelle année scolaire, après des vacances qui,
je l'espère, vous auront rendu le dynamisme, le tonus.
Il y a des vagues de 12 mètres 50, 12 mètres, ce qui fait qu'en arrivant de la
vague, c'est une petite plante. Moi et de mes collaborateurs, toute l'aide que
nous serons en mesure de vous apporter.
Monier, je le dis surtout pour les nouveaux collègues. Ils peuvent croire à
notre complète disponibilité.
Je veux croire que cette disponibilité sera réciproque. Ce n'est pas M.
Birgile qui pourrait nous faire la courtoisie de faire semblant de nous
écouter. J'espère que je ne vous dérange pas.
Me permettez-vous de présenter les nouveaux collègues ? Merci.
Donc, cette année, M.
Delarue nous a quittés. Il sera remplacé par Mlle Ruffin.
En mathématiques. En sciences physiques, nous accueillerons Mme Taulier, qui nous
vient de Menton.
Mme Franchon.
Mme Franchon. Présente.
Et Mlle Gallot, la nouvelle préparatrice en chimie. En littérature, lettres
modernes. Ça suffit. Un nouveau poste.
Ce sont ceux du fond, madame.
Castes. Toujours les mêmes.
En littérature et lettres modernes, un poste a été créé qui nous permet d
'accueillir M. Gamme. M.
Frédéric Gamme n'est pas là ?
Eh bien, je vous remercie de l'attention que vous avez tous, ou presque tous,
bien voulu m'accorder.
Et... Bonjour, je suis Frédéric Gamm. Je suis un petit peu en retard.
Un peu ? Presque une heure.
Surtout, ne vous excusez pas.
Non, non, craignez rien.
Eh bien, je suis ravie que vous nous ayez trouvés. Et je vous invite, ainsi
que vous tous, mes chers collègues, à prendre le verre de l'amitié.
Vous, vous. Alors, t'allais à trois ? Bah, il paraît, oui. Moi aussi, je les
ai. Moi, c'est Gérard.
Frédéric. Je fais la gym.
Et lui, c'est Michel.
C'est un bon. Il fait le dessin.
Les arts plastiques. Il a l'air snob comme ça, mais il est sympa. Puis tu
verras, dans l'ensemble, ici, c'est pas mal.
La salle des profs, c'est pas très gai, hein.
Au niveau du décor, c'est même sordide.
Encore un peu ? Non, merci.
Non, merci.
Moi, tu peux y aller. Toi, évidemment.
Si tu as un problème, tu n'hésites pas à venir me trouver. On en parle. Je suis
la déléguée syndicale.
C'est la documentaliste.
Elle s'occupe aussi du ciné-club.
Elle est très chiante, mais c'est pas le mauvais cheval. Je me demande à Francis
si il travaille avec elle. Alors Francis, Josiane ? Fatigante.
Fatigante. C'est plutôt féminin ici.
Mais à peine une dizaine d'hommes. Il y en a encore.
Toi, ces deux-là, ils sont pas pratiquables. Le chauve, c'est René, l
'agrégé de masse. Le barbu, c'est Charles-Max. C'est son vrai prénom. Tu
vois déjà les parents.
Qu'est-ce qu'ils ont à nous regarder comme ça, ceux-là ? Le petit jeune qui
parle avec le censeur. Nono !
Il fait le latin. Il prend sa retraite à la fin de l'année.
T'étais où avant ? A Baudelaire.
C'est pas une ville, ça ? Non, c'est un lycée.
Enfin, si on veut.
T'as eu des problèmes, là-bas ? Comment ils sont, les gamins, ici ? Ah ben, si
tu les prends bien dans l'un des débuts, t'as pas de problème.
C'est bien, c'est très bien. Pour un premier devoir, vous avez déployé sur le
texte de Petrus Morel qui vous a été proposé, beaucoup de finesse.
Et même l'intelligence.
Seulement l'intelligence ça suffit pas.
Il faut aussi du bon sens.
Le texte commence de cette façon.
Donnez-moi votre main, asseyons-nous ma belle sur ces palis de chêne.
Ces palis de chêne. Je suppose que le mot palis n'étant pas très courant, vous
avez dû le chercher dans le dictionnaire.
Et vous avez trouvé palis, petits pieux pointus.
Vous auriez vous asseoir avec votre petite amie sur des petits pieux pointus
? Vous pouvez vous marrer mais en attendant il n'y en a pas un qui ait
trouvé ça bizarre.
À part peut-être Guillaume. Alors lui ça l'a un petit peu intrigué cette histoire
de pieux.
Il essaie de m'expliquer qu'à l'époque, les vêtements étaient très épais, très
solides, et servaient à plusieurs générations.
Enfin, même en cuir, un pieu pointu, c'est un petit peu dur pour un rendez
-vous d'amour, non ? En fait, c'était pas des palis de chêne, mais des palis
couchés. Et c'est pas tout.
L'auteur vient de dire, « Asseyons-nous, ma belle, sur ces palis couchés, et
courons les sentiers qui serpentent sous le ciel.
» Ça vous a pas intrigué qu'il l'invite à s'asseoir et qu'il lui dise « courons
» ? En fait, c'était pas « courons », mais « rêvons » dans le texte original.
Alors Maud, elle, ça l'a pas gênée, elle m'explique en substance qu'on court
mieux quand on est assis.
Ce qui est une théorie tout à fait intéressante. J'ai pas dit ça comme ça,
je parlais de course imaginaire.
Enfin, c'est pas très clair dans votre copie.
Pas plus clair d'ailleurs que tout ce texte que j'ai détourné.
Et y en a pas un, devant autant d'incohérences, qui a eu l'idée de
vérifier si ce texte existait.
Pourquoi est-ce que je me suis amusé à ça ? Parce que nous allons aborder le
18ème siècle et l'esprit critique.
Alors ne gobez pas tout ce qu'on vous raconte. Un prof, c'est pas sacré. D
'ailleurs, rien n'est sacré.
Faut douter de tout.
Et même l'auteur, Petrus Morel.
Petrus Morel n'existe pas.
Il s'agit en fait de Petrus Borel.
que je prie de bien vouloir m'excuser de ce subterfuge.
Borel avec un B comme Balot.
Ou un B comme Bélair, Laetitia, qui semble être la seule que ce texte ait
laissé perplexe, puisqu'elle m'a rendu une copine blanche.
Ah le con alors, mais il est malade ou quoi ? Moi je suis persuadé qu'il n'a
pas le droit de faire ça. Non mais s'il faut commencer à vérifier tout ce qu'il
dit, ça va pas la tête. Moi je trouve ça très fort.
Et puis la raison, c'est vrai qu'on avale toujours tout ce que disent les
profs sans vérifier.
Faut reconnaître qu'il marque un point.
Toi t'es pas rancunière parce qu'il s'est bien foutu de toi.
Moi je suis pas rancunière, sinon j'aurais pas fini d'en vouloir à tout ce
qui ne m'apprécie pas. N'est-ce pas Guillaume ? Tu peux toujours lui parler,
il est hypnotisé.
Vous allez aussi calculer la pression qui s'exerce sur les parois du
batisqueuf à...
150 mètres de profondeur.
Silence ! C'est très facile.
Ne faites pas semblant d'être plus nul que vous n'êtes.
Il n'y a qu'à appliquer le principe d'Archimède.
Archimède, qu'est-ce qui nous prouve qu'il a existé, Archimède ? Alors moi,
les meneurs et les petits malins, je leur pète la gueule dès le début de l
'année. Comme ça, c'est tout de suite réglé.
N'empêche qu'Archimède, on ne sait pas si... C'est la part d'Archimède.
Dès le premier jour, je m'en suis douté.
Non seulement il libère ses élèves avant la sonnerie, mais il arrive en retard
tous les matins. Je trouve ça inadmissible.
N'exagérez pas, je n'ai jamais constaté de retard important.
Justement, il prend bien garde de ne pas arriver trop en retard.
Parce que s'il arrivait avec 20 minutes de retard, vous seriez bien obligés de
le sanctionner. Et il le sait.
Mais il s'applique à commencer régulièrement avec quelques minutes de
retard. Il le fait exprès. Pourquoi ferait-il ça ? Mais pour nous humilier.
Moi, vous.
Et à travers vous et moi, toute l'administration.
Je reconnais que M. Gamme a une personnalité originale.
De là à lui prêter des intentions subversives pour quelques instants de
retard. Et s'il n'y avait que lui.
Mais depuis son arrivée, elle exerce une influence néfaste sur toute la bande.
Et puis quelques jours, il passe la récréation à jouer au poker dans la
bibliothèque.
Étonnant ta manière de jouer, Gérard.
Non, relancer avec une paire, c'est pas vraiment étonnant. Dans cette partie-là,
vous êtes mort. Vous voulez que j'annonce les scores, là ? Un petit
poker, monsieur Nogret ? Sûrement pas.
Je ne joue qu'aux échecs.
Et certainement pas pendant les intercours.
D'ailleurs, permettez-moi de vous dire que je trouve inadmissible...
de donner un tel mauvais exemple aux élèves.
Carte. Carte.
Est-ce que je peux avoir les analphabètes au pouvoir de Zucchi ? Les
livres, il faut les demander à M.
Seize. Mais M.
Seize est occupé maintenant, pendant les intercours.
Tu as les analphabètes au pouvoir de Zucchi ? Non, mais tu vois bien que je
suis occupé. Tu peux regarder toi-même. C'est impossible, personne n'y comprend
rien à ton classement.
Et tu veux pas le petit livre vert de l'Ayatollah Khomeini, plutôt ? Non.
Et de l'inconvénient d'être né ? Non.
T'étais déjà flemmard avant, mais alors maintenant, ça dépasse tout. Et ça,
travailler deux heures par jour, c'est excellent, ça. Ça suffit. Donne-lui le
livre qu'il demande.
Bon, ben, je passe.
C'est nouveau, ça.
On trouve que tu as bien changé. Tu n'es même plus aux réunions.
De temps en temps, il n'y a pas de honte à prendre ses distances avec ses
convictions. Et voilà ton bouquin.
Vous avez remarqué que le mot militer est très proche du mot limiter ? C'est
pour moi que tu dis ça, là ? Limiter, militer.
Oui, toi, quand on parle de limiter, tu aurais intérêt à être discret.
Parole, parole.
50. Tiens, Michel, tu peux m'envoyer un stylo, s'il te plaît ? Merci, je veux
voir. Quoi ? Ça ? Ils oublient toujours la moitié de leurs affaires, surtout
leurs pinceaux. T'as qu'à les faire peindre avec les mains.
J'ai déjà pensé.
Mais ils voudront pas se salir.
Puis il y en a qui gueuleront.
Et justement, on est là pour les pousser un peu, pour les faire réagir. Si tu les
pousses pas, t'obtiens rien.
Au revoir.
Trois dames. Oh merde ! J'adore le poker, c'est un jeu qui demande beaucoup
de qualité.
Du bol, voilà ce qu'il faut du bol, puis un petit peu de cul aussi.
Tout n'est pas faux dans son propos, mais je persiste à dire que le poker est
un jeu qui demande une certaine lucidité, une capacité d'appréciation,
bref, d'intelligence.
Si bien que la question peut se poser, mon cher Gérard, ne devrais-tu pas
renoncer ? Eh ben quand j'aurai quatre races, on verra à quoi elle te sert ton
intelligence.
Mon ballon ! Mon ballon ! Mon ballon ! Mon ballon !
Si c'est l'épreuve qui déconne, alors où on va ?
C
'est rien.
Ça se verra plus dans trois mois.
C'est juste des petites coupures. Ne m'approchez pas, espèce de brute !
Sauvage ! Un vrai sauvage. Une bête.
Voilà ce que vous êtes. Une bête.
Une bête, moi. Mais non.
Elle a dit ça parce qu'elle était en colère.
Et puis, tu sais bien qu'il y a des femmes qui aiment les bêtes.
Mais je suis pas une bête.
Ça serait quand même plus pratique avec un pinceau.
L'art n'est pas fait pour être pratique.
Une planche à repasser, c'est pratique.
Des couches-culottes, c'est pratique.
Des WC, c'est pratique.
Mais ça n'a rien à voir avec l'art.
Certains d'entre vous pourraient me répondre, et le riz noir de Duchamp.
J'allais vous le dire.
Très bien.
Qu'est-ce que vous faites, vous, exactement ? Je sais pas.
Vous attendez peut-être que je vous le dise.
Faire le con en espérant que celui qui regarde sera intelligent, c'est bon
quand on est célèbre. Pour vous, c'est encore trop tôt.
Excellent, ça, hein ?
Ça, c'est n'importe quoi.
Je te trouve un peu pas... Très bon de changer de support.
Excellente initiative.
Duchamp adorait qu'on change de support.
On peut intervenir sur les visages, par exemple.
Alors, vu la distance parcourue par chacun, vu que Gérard est arrivé deux
secondes avant Frédéric, qui est arrivé trois secondes avant Michel, donc en
tant qu'ompensé, ça nous donne premier Michel, donc deuxième moi, troisième
Frédéric et quatrième Gérard. Donc Gérard, c'est toi qui paie les 50
francs. Non, merde, c'est pas possible.
C'est la règle.
Celui qui donne le plus de temps à l'éducation nationale est à l'amende. C
'est toujours moi, c'est quand même moi qui cours le plus vite.
Mais c'est le système du classement compensé, mon vieux. C'est-à-dire qu'on
prend tout en ligne de compte.
Toi, t'es bâti pour courir et pas nous, donc c'est normal que ça te fasse un
handicap. Non, c'est pas normal, je peux jamais gagner.
Il n'y a qu'à faire de la tapisserie comme ça, c'est lui qui aura le
handicap. Tu sais pas perdre.
Si c'est comme ça, je sais rien faire, puisque gagner, je sais pas non plus.
Allez, poussez-vous, s'il vous plaît, dégagez le papier.
Non, mais pour qui il se prend, celui-là ? Sont-ce tes élèves ? Oui, on a un peu
débordé le support aujourd'hui
Moi aussi, j'ai un peu débordé de support.
Ça, plus le marteau, c'est trop, tu vois, quand on a encore 25 pieds à
corriger. Mais tu pourrais prévenir avant de baisser comme ça.
Pour te prévenir, il faut que tu m'entendes. Et pour que tu m'entendes,
il faut que je baisse.
J'ai besoin de cette ambiance cosmique pour travailler.
Tu pourrais respecter mon travail quand même. Ok, qui respecte le moins le
travail de l'autre ? Même toi, tu travaillerais mieux dans le silence, tu
serais plus concentrée.
S'il te plaît, tu me dis pas comment je veux travailler.
T'as qu'à mettre le casque à la fin.
Le casque me fait mal aux oreilles. J'ai les lobes extrêmement fragiles.
Écoute, ce soir, je suis fatiguée.
J'ai pas envie qu'on s'engueule.
Qu'est-ce que tu fais ? Ça me paraît clair.
Où mets les clous, là ? Pourquoi tu les mets comme ça ? Les clous sont disposés
selon la position des étoiles dans le ciel au moment où on a fermé le
sarcophage. Ah oui ? Le sarcophage de qui ? De Thoutmosis III.
Mais il est rentré là-dedans, Thoutmosis III ? Thoutmosis III est un pharaon
morné.
D'où ce rapport métaphysique entre la XIIIe et splendide dynastie égyptienne
et l'obscur négociant Blomar.
Ce sera certainement très bien quand ce sera fini.
C'est fini.
On garde le rythme, on remue son cul, pas mal.
Brigitte, plus vite.
Corinne, c'est mou. Très bien.
On n'a pas peur de ce temps de l'airain.
Voilà.
Tiens-moi ça une minute.
C'est bien là que tu as mal.
Un petit étirement et tout rentre dans l'ordre.
Tu te sens mieux ? Oui. Eh ben, je suis content.
Non, passez-la s'il te plaît.
Oh ! Oh ! C'est pas bientôt fini, non ? Il y a un problème ? Oui, le problème c
'est que pendant que toi tu danses, il y a des gens qui travaillent. Ben moi
aussi je travaille.
Eh ben fais comme moi, travaille en silence.
T'as qu'à fermer ta fenêtre comme les autres. J'ai trop chaud.
Et tout d'abord, la liberté des arts. Commence ou s'arrête mes cours.
Remarquez, c'est déjà bien donné.
Bon, ok, puisqu'on ne peut plus rien faire d'intéressant ici, on arrête.
Reprenons.
Regardez comme la découpe des états révèle l'esprit d'un pays.
Un esprit primaire.
Regardez ses lignes droites, arbitraires et réactionnaires.
Ici par contre, Regardez comme les limites des États respectent les
montagnes, les rivières, bref, les hommes.
Cela montre un esprit de justice et de générosité.
Même les côtes.
Regardez comme elles sont douces ici.
Regardez-là comme elles sont découpées et complètement agressives.
Y a personne ? Y a moi.
Tu peux peut-être considérer que c'est quelqu'un.
T'as déjà fini ? Karl Marx m'a énervé. Mon cochon énervé peut plus travailler.
C'est pas grave, c'est grave.
Passe-les-moi, je vais les ranger.
J'espère au moins que tu vas signer la pétition.
Quelle pétition ? Tout le monde se plaint du matériel qui disparaît et qu
'on retrouve détérioré.
C'est vrai qu'on a déjà pas grand-chose.
C'est pas une pétition de plus qui changera quoi que ce soit.
Et puis on peut aussi se débrouiller sans mendier, non ? Pas pour tout, quand
même. Je peux pas leur faire faire du trampolino sur un drap avec quatre
élastiques. Toi, je suis sûr que tu peux leur faire faire du ski nautique sur le
bitume, si tu veux.
Ouais, remarque.
Il a raison.
Qu'est-ce que c'est que ça ? Un film qui passe cette semaine à la télé, j
'aimerais que les élèves le regardent.
Oui, mais tu peux pas mettre ça ici, hein ? Pourquoi ? Il y a de la place. C
'est réservé au ciné-club.
Bah, Altman, quand même. Oui, comme par hasard, le seul film commercial d
'Altman. Je vois pas ce que tu peux lui reprocher, c'est du très bon cinéma. Il
y a de l'action, il y a de l'humour.
Oui, un peu de violence, un peu de sexe.
Excuse-moi, mais j'attends autre chose d'un film. Ah bon ? Et qu'est-ce que t
'attends ? Qu'il m'interpelle quelque part, qu'il me fasse réfléchir.
Ah moi, pour réfléchir, j'aime mieux être tranquille, au calme, sans bruit,
sans images.
Dans ces conditions, n'importe quelle connerie peut faire l'affaire. Ah non,
pas du tout. N'importe quelle connerie, ça peut faire l'affaire pour vous, les
intelligents. Vous, on vous fait un plan de trois minutes sur un oeuf, aussitôt
vous imaginez les mouillettes, la poule, Christophe Colomb, Hugh Briner.
Avec les cons comme moi, c'est plus difficile. On peut pas leur faire n
'importe quoi.
Sinon, ils s'emmerdent, ils gueulent et ils s'en vont.
Crois-moi, parvenir à intéresser même les cons,
Complètement d'accord avec toi.
Hé ! Comment tu me trouves, mon clean ? Superbe.
Dommage qu'il bouffe un petit peu derrière.
Je vous signale qu'il y a un excellent film jeudi soir au ciné-club.
Sonate d'automne de Bergman.
Ne le ratez pas, les films intelligents sont rares.
Et ceci, Arnon ? Tu le trouves vraiment trop large, mon clean ? Beaucoup trop
large.
Frontal. Frontal. Le frontal ? Oui.
Ensuite, en dessous.
Celui-là ?
Super ! Dommage que ça vous fasse un peu d'erreur. L'auriculaire ? C
'est de l'art.
Gigomatique ? Mais non, pas gigomatique.
Gigomatique ! Et ça ? Sténo ?
Alors Caro, tu veux te blottir dans mes bras ? C'est ça que tu veux ? C'est ça ?
Clito-mastoïbien. Oui, c'est ça.
Exactement.
Ah oui, mais si on séduit pas les élèves, on les intéresse pas.
Elles vont encore soupirer toute l'année et souffrir en silence.
Ça c'est normal.
Et tant mieux.
Bah, pourquoi ? Parce que dans notre métier, on est forcément un peu
sadiques.
Moi, je ne suis pas sadique.
Pourtant, les mathématiques et son torture, c'est privilégié, quand même.
Je les torture pas.
Je les aide.
Ça, c'est pour ta bonne conscience.
En fait, tu les forces à travailler. Tu leur poses sans arrêt des nouveaux
problèmes qu'ils arriveront jamais à résoudre. Et c'est l'enfer.
Pour moi aussi, ça a été l'enfer.
C'est pas humain d'imposer de telles humiliations.
Faut quand même pas exagérer.
Ne rien comprendre.
Et admettre peu à peu l'horrible vérité.
Je suis con.
Ah ouais, le genou c'est bien, le genou continue.
Et quand un gosse a admis qu'il était con, on le lui rappelle tous les jours
pour pas qu'il l'oublie.
Et plus on l'aide, plus c'est humiliant. Alors franchement, comme supplice, on a
rarement fait mieux.
Écoute, si à chaque fois qu'on veut, qu'on veut apprendre quelque chose à
quelqu'un, on est sadique.
Alors tout le monde est sadique.
Ah non, les profs de français beaucoup moins. Si un élève comprend pas, c'est
pas grave. De toute façon, le français c'est une discipline mineure.
Il y a vraiment que l'histoire géo pour être encore moins important.
Je ne sais pas comment tu peux continuer à enseigner avec des théories pareilles.
Passe la seconde.
Elle est là.
Tu passes la troisième ? Vraiment, t'es exigeante.
Plus on t'en donne, plus t'en veux.
Tu t'en vas ? On est déjà demain.
De toute façon, c'est trop tard. Tu peux plus être en forme.
Il n'est pas question que j'aie l'école.
Je demande à maman de me faire un mot.
Et à Francis de leur passer une cassette.
Alors ? Tu pourrais rester.
Si je reste, je pars pas.
Si je pars pas, je reviens plus.
Et si je reviens plus, on se retrouve plus.
Frédéric ! Frédéric ! Oh,
quelle heure est-elle ? 11h30.
Tu as bien dit que je réveillais à 11h30.
On n'était pas une minute près, maman.
Tu sais, je trouve que tu exagères. Tu vas finir par avoir des ennuis.
Ça fait la deuxième fois ce mois-ci.
Pourquoi il n'y aurait que les élèves qui auraient le droit de sécher ? D
'abord, moi, je sèche qu'à moitié.
Comment ça ? Bonjour, je ne suis pas là et pourtant je suis là. Je ne suis pas
là en réalité, je suis là en apparence. Si on en croit la fontaine qui a dit
parfois des âneries, il ne faut pas se fier aux apparences. Seulement, à quoi
peut-on se fier ? La réalité des gens, on ne la connaît pas.
Pour ça, il faudrait pouvoir pénétrer à l'intérieur des gens.
Et ça, on ne peut pas, sauf de quelques centimètres en certaines circonstances.
Hé, j'ai un plan de proposé.
Tu fais les circonstances et moi je fais les centimètres.
Écoute, tu vas pas rester seul toute l'année.
C'est pas normal, c'est pas sain.
Oublie-moi, Antoine, s'il te plaît.
Si tu t'y prends comme ça, t'as aucune chance, mon pauvre Antoine. Pour plaire
à Laetitia, faut rien faire.
Faut être.
Y en a qui ont déjà compris, n'est-ce pas, Guillaume ? N'est-ce pas, Guillaume
? Oh, pour une fois qu'on a un prof intéressant.
Ah ça, faut reconnaître que tu n'es pas le seul à le trouver intéressant.
Y a quand même des gens qui ont l'air de ce qu'ils sont.
Bref, il faut se contenter de ce qu'on a et savoir qu'on vit dans un monde
incertain. d'illusions, d'images, caractéristiques du baroque, dont je me
propose de vous entretenir maintenant, quand Martine aura fini de se ronger les
ongles.
Ceci, pour ceux qui ne s'en seraient pas rendus compte, constitue l'introduction,
le baroque.
Bon, alors, prenez vos cahiers.
Le baroque.
Eh bien, le baroque, c'est avant tout le mouvement.
Prenons l'exemple de Baudelaire. Qu'est-ce que ça bouge ? Moi, en 25 ans
d'enseignement, j'ai jamais été absente.
Mais toi, maman, t'es une sainte. Et comme toi, on n'en fait plus. Et on n'en
fera plus.
Puis les institutrices, c'est vachement important pour les gosses.
Beaucoup plus que les profs.
Si toi, tu leur donnes pas le goût des études, nous, derrière, on peut rien
faire. Mais on peut toujours faire quelque chose.
Une heure de cours, ça peut quand même pas leur faire de mal.
Ça, c'est même pas sûr.
Ça va un peu mieux.
Je croyais pas que c'était possible d'avoir le mal de main en regardant la
télé. Ça prouve que le prof avait encore raison.
Les images, ça peut faire autant d'effets que la réalité.
Mais c'est vrai, même moi, je me sens un peu bête.
On reste groupés.
Plus souple les jambes, plus souple. Les chis sur tes jambes.
Plus vite, le hors-bord. Et tu te coupes bien le sillage, sinon t'es instable sur
la crête.
Plus souple.
On anticipe le virage.
On se penche. On se penche.
On se penche ! Évidemment, dans l'eau, ça aurait fait moins mal.
Quoi, dans l'eau ? Mais dans l'eau, ça peut faire bien plus mal.
À grande vitesse.
Tu comprends ? Si tu te penches pas dans les virages.
Ce sont les derniers formulaires d'accident.
Il va falloir en redemander, en cours d'année.
Comment est-ce arrivé, cette fois ? Euh...
En faisant du ski.
Du ski ? Nautique.
Du ski nautique ? Où avez-vous fait du ski nautique ? Dans la cour.
Sur le ciment.
Mais vous êtes complètement inconscient. Vous n'avez aucune notion de ce qui est
dangereux. Mais c'est pas dangereux.
Ils font pas attention à ce qu'on leur dit.
Évidemment, dans les autres matières, c'est pas grave de pas faire attention.
Mais en gym, la sanction est immédiate.
Boum.
Le sport, ça se fait pas assis derrière un bureau.
Peut-être, mais ça peut se faire sans violence.
Et avec intelligence.
Non mais t'as entendu ? Il a dit que j'étais violent et pas intelligent. Il l
'a dit. Mais non, il a pas dit ça.
Mais si, il l'a dit. Il l'a dit très nettement. Sans intelligence et avec
violence.
Non, exactement.
Il l'a dit avec intelligence et sans violence.
C'est-à-dire que sous-entendu, moi je l'étais violo et avec intelligence pour
dire que je l'étais pas.
C'est clair tout de même ? Fais-moi ça deux secondes.
Ça me sidère, ça, moi. Merde ! Deux paires d'âmes. Oh là là là. Qu
'est-ce que t'avais ? J'avais une paire. Pourquoi tu suis avec une paire ? Une
paire de valets, je voulais bloquer.
Qu'est-ce que c'est ? Une note de service qui ne vous permet plus de jouer
ici.
Ça vient pas de moi.
Le censeur était du même avis.
Et aussi M. Nogret.
Et où veux-tu qu'on aille ? Vous avez la salle des profs. Enfin, la salle des
profs, elle est sordide.
Faudra vous y faire.
Bon, puisqu'on ne veut plus de nous, on s'en va. Non, non, non, on finit le
coup, là.
Je passe.
Bon,
ben, t'es contente, hein ? T'es contente !
Vous êtes libre ce soir ? Ah non, moi pas ce soir. Moi je peux me libérer. Moi
aussi, pourquoi ? J'ai un petit travail à vous proposer.
Evidemment, on leur laisse tout faire, ils auraient tort de se gêner. Je ne
peux pas les désapprouver totalement, cela indique un mécontentement profond.
Ils remettent en cause des structures qui sont mauvaises.
Mais ils auraient quand même pu épargner Jules Ferry.
Pas mal de gauchistes, oui.
Pas étonnant avec l'exemple que certains leur donnent.
Tiens, aujourd'hui, c'est saccagé.
En tout cas, je trouverais qui a fait ça.
Ce sont pas mes élèves.
C'est fait sans goût. C'est mal construit.
C'est un acte de sous-cultiver à la limite de la débilité.
Si vous voulez, avec mes élèves, on essaye de vous arranger ça sans que ça
vous coûte trop cher.
Moi, je veux bien.
Je vais en parler à la directrice.
De toute façon, on ne peut pas laisser la salle des professeurs dans cet état.
Dieu merci, elle marche encore.
Combien tu trouves ? Maud ? Oui ? À quoi tu penses ? Je me demande pourquoi c'est
toujours toi qui as le plus de succès avec les garçons.
J'en ai pas plus que toi.
Mais si, regarde Guillaume et le prof de français.
C'est toi qu'ils ont choisi.
Je suis pourtant pas mal dans mon genre.
Regarde ce petit nez.
Ses yeux malins, ses dents.
Et je parle pas de mes seins.
C'est pas adorable tout ça ? Irrésistible.
Qu'est-ce qui te prend ? Bah tu vois, j'ai pas pu résister.
Tu sais que le prof de dessin expose à la fin d'année lui aussi ? Que le
meilleur gagne.
Ça aussi tu l'exposes ? Non, fantasme personnel.
Tu l'imagines comme ça ? C'est le trident qui te fait peur ? J'aurais
plutôt imaginé... une orchidée à la place.
On fonce un bois toujours dans le sens des fibres.
J'en ai marre de ce boulot.
Et en plus c'est pour les profs, si encore c'était pour les salles de cours.
Moi je trouve ça reposant, ça, les deux cons.
Heureusement, ça t'a écouté excitant.
Mais non, ça me faisait rêver.
C'est pas drôle, Antoine.
T'as d'accord.
Telle conscience de l'humour, on apprécie. Ça suffit maintenant, écras.
J'ai du mal à croire que ce qu'on est en train de faire a un rapport quelconque
avec l'art.
Effectivement, il n'y en a pas.
Alors pourquoi est-ce qu'on doit faire ça ? Parce qu'on ne veut pas laquer un
bois qui n'a pas été décapé.
C'est toi, hein ? C'est toi, hein, la croix gammée ? Je vais t'apprendre le
rythme, moi.
Tiens, tiens, tiens, tiens ! Si jamais tu te plaises, et ce soit, je t'en fous,
le tribu, t'as compris ? Allez, là, là, c'est fini, c'est rien.
Je t'ai pas fait trop mal, hein ? Moi, faut pas me chercher, tu comprends ?
Fais que ça reste entre nous, sinon je t'envoie à l'hosto, compris ?
Qu'est-ce que tu fais, là ? Je le fais réparer, je vais le raccrocher.
Mais ça, c'est pas possible.
Et pourquoi ça ? Les tons ! Les tons ! Ça va pas avec l'ensemble.
Les tons ? Je vois pas en quoi.
Ah bah oui, toi, tu vois pas, évidemment.
Voir, ça s'apprend.
Parce que tu trouves que ça, c'est mieux.
Et ce tripot décadent que vous êtes en train de reconstituer, tu trouves que c
'est mieux. J'ai pas envie de discuter esthétique avec toi.
Ton tableau, j'en veux pas.
T'as qu'à le mettre dans ta classe.
Moi, je vais dire pourquoi t'en veux pas.
Parce que t'es un petit bourgeois sectaire et mesquin.
Voilà pourquoi t'en veux pas.
Tu l'as fait exprès, hein ? Tu l'as fait exprès.
Espèce de... de... de prof ? On te rigole pas avec ça, tu devrais avoir
honte.
Des types comme vous, c'est indigne d'être prof.
Des types comme vous, ça n'a rien à faire ici.
Des types comme vous, faudrait les éliminer.
Complètement malade, ce type.
Ça, pour être con, il est con.
Les cons, c'est pas triment qu'au lycée.
Ouais, mais ils sont là pour un moment.
C'est vrai, Charles-Max, il a quoi, dans les 45 ans ? Il enseignera jusqu'en l'an
2000. C'est effrayant.
Et c'est lui qui veut nous éliminer.
Nous. C'est les cons comme lui qu'il faudrait éliminer.
Ce serait de la légitime défense.
Ça s'élimine pas si facilement, les fonctionnaires.
C'est vrai qu'il faudrait pouvoir se débarrasser des cons.
Même un petit peu.
Même provisoirement, c'est toujours ça de gagné.
T'es content ? C'est ce que tu voulais obtenir ? Je suis pas loin de mettre au
point une nouvelle matière.
Le cristal mou.
Qu'est-ce que vous faites avec mon dépilatoire ? Vous êtes fous ? Vous vous
rendez compte ? Après, il aura plus de poils, ce pauvre chien.
Max donne bien des cours de formation professionnelle pour adultes, le soir.
Euh, oui.
Et à cette heure-ci, y a personne d'autre dans le lycée ? Non.
Avec ça, il dormira assez longtemps.
C'est là où elle est, sûrement dans la poche.
À partir de maintenant, c'est du travail d'artiste. À toi de jouer.
Monsieur Biati ! Monsieur Biati ! S'il vous plaît !
Hum,
tu sens bon.
Eh bien, tout va bien.
On doit faire une interrogation écrite.
Eh bien, je n'ai pas envie.
On la fera la prochaine fois, ça vous fera trois jours de plus pour réviser.
On va faire le cœur de grenouille, puisque c'est tout prêt pour mon cours
suivant.
Attendez, ne me dites pas que vous venez enseigner ici.
Je suis là pour ça, un remplacement. Et vous enseignez quoi ? Philo.
Ah bon, alors vous remplacez... Ah, ben on y gagne. Ah oui, alors on y gagne,
oui, on a bien fait.
Je cherche le bureau de la directrice. Oui, mais c'est pas par là. Alors si
vous voulez, je peux vous montrer, ce serait plutôt par là.
Alors comme ça, vous allez remplacer Charles Max.
N'est-ce pas merveilleux, ce cœur qui bat encore à l'air libre ? Ce cœur,
symbole de l'amour, siège des émotions pour les poètes de tout lourd.
Cette... Cette persistance à vivre est-elle dérisoire ou sublime ?
Vous le faites exprès ? Ça vous intéresse pas
ce qu'on fait ? Très bien, puisque ça n'intéresse personne, interrogation
écrite. Comme prévu.
Allez hop ! Ça doit vous faire loin pour venir, vous avez un logement ici ? Pas
encore, j'habite à l'hôtel. Moi j'ai un petit studio si vous voulez en profiter.
Et vous ? Où irez-vous ? Moi j'habite chez mes parents, c'est un studio de
dépannage. Merci.
Je réfléchirai.
C'est gentil.
Et désintéressé, j'espère.
Pas du tout, c'est très intéressé.
Cynique.
Sincère. Ce qui revient au même.
Qu'est-ce que vous faites ce soir ? Ce soir, eh bien... Parce qu'il y a une
soirée énergie avec le groupe Special Things. On y va avec quelques profs
sympas.
Lui, entre autres.
Alors c'est d'accord, je passe vous prendre vers 8h ? D'accord.
Voilà, j'espère que vous passez une très bonne soirée avec Énergie. On va se
reposer 20 minutes en slow. On se retrouve juste... Ils sont bons, hein ?
Vous vous donnez toujours autant à fond dans tout ce que vous faites ? Non,
comme vous êtes là et qu'il ne vous connaît pas encore, il garde une
certaine réserve. Il n'a pas osé s'exprimer à fond. Et puis dimanche, il
a saut d'obstacle.
Il adore le cheval.
Il faut qu'il ait la forme.
Vous faites... Tu viens dimanche ? Moi, dimanche, je ne sais pas si je serai en
forme.
Vous venez de Paris aussi ? Oui.
Et vous, vous habitez dans quel coin ? Dans le 17ème.
Ah, moi j'habitais dans le 18ème, c'est pas loin.
Vraiment pertinent comme roman.
Si vous en avez marre, on peut peut-être finir la soirée à la maison ? Excusez
-moi, mais je me sens fatiguée, je préfère rentrer.
Gérard, vous voulez bien me raccompagner ? Euh, oui.
Bonsoir.
Je croyais pas te voir ce matin.
Je vois pas pourquoi.
T'as dû avoir une nuit fatigante.
Ah non, je suis pas fatigué, je suis même en pleine forme.
Ne me dis pas que tu l'as seulement accompagnée chez elle.
Non, je dis pas ça.
Justement, elle habite à 80 bornes de ton studio.
Oui. Tu en as pas besoin en ce moment ? Non, pas vraiment.
Bon, eh ben, parce que... Ok, vous pouvez le prendre.
Merci, c'est sympa.
T'as besoin de rien d'autre ? Non, non, ça va.
Euh, ça te dérange pas pour le studio ? Non.
Non, je sais pas, je te sens un peu... Tu me le donnes pas de mauvais cœur ?
Non ! Le club...
La balle.
Là-bas, le drapeau, le trou.
Le but, faire aller la balle dans le trou.
Pour ça, la tête, le corps, démonstration.
Pas de problème particulier ? A vous.
Oula, t'as vu ta tête, là ? T'as pas l'air content, hein ? Il faut essayer de
jouer un peu.
Allez, souris.
Tu permets ? Aujourd'hui, j'en ai envie.
Il faudrait... Peut-être qu'on se voit ailleurs ? Oui, on peut se voir à
Pâques.
C'est bien la différence qu'il y a entre le mâle et la femelle.
Le mâle fait... La femelle fait...
Mais à la saison des amours, la femelle
fait... Et en plus, elle exécute une petite danse un peu dans le
chambre.
On se récapitule.
Petit A.
C'était con.
Petit A.
La chouette culotte.
La chouette culotte.
Lionel, viens me voir un peu ici.
Le bac où on plongeait le cylindre faisait combien de profondeur ? 3 mètres
50.
Et à quelle profondeur tu m'as marqué qu'il s'enfonçait ? 73 mètres 40.
Donc tu t'es foutu de moi, petit con.
Non, je me suis trompé.
C'est pourtant que j'aime pas qu'on se foute de ma gueule.
Mais ça y est, c'est fini, c'est pas grave.
Tu veux voir ta main ? On va mettre un peu de pommade, hein ? Mets un mot de
tout ça à qui que ce soit et je t'envoie à l'hosto, compris ? Lomo m'était
paralysé, il avait les cheveux hérissés sur la tête. J'ai vraiment cru qu'elle
allait le tuer.
Je sais pas ce que vous en pensez, mais un prof comme ça, je crois qu'il
faudrait... Il faudrait. Il faut.
Silence !
Je ne veux pas un bruit.
Et normalement, ça doit cristalliser.
Je ne tolérerai pas que de telles
choses se passent ici.
Si les coupables ne se dénoncent pas, je prendrai des sanctions sévères. De tels
agissements sont intolérables.
Intolérables. La première sanction, c'est vous-même qui vous l'êtes
infligée. dans la mesure où vous serez privé de cours de physique, le temps que
votre professeur retrouve un aspect normal, ce qui prendra plusieurs
semaines, et c'est vous qui le paierez le jour de l'examen.
Tu devrais commencer quelques semaines avant nous.
J'essaie de dire des choses utiles.
À propos d'utiles, je voulais te remercier pour le studio. Ça va, vous
êtes bien installé ? Il ne vous manque rien ? Il ne me manque rien.
Le robinet d'eau chaude du bidet marche pas, c'est pas trop désagréable ?
Raffiné, ça prend combien de N ? C'est vulgaire, ça s'écrit comment ? C'est à
nous pour les A3.
C'est vraiment sinistre ici.
On aurait presque peur de se faire agresser.
T'inquiète pas, je suis là. Et puis les mauvais coups, c'est là-dedans qu'on les
donne.
Buré Joël.
9,63 de moyenne.
Bon, alors, le niveau ? Il mérite ça, il est sérieux.
Oh oui, il travaille très bien.
Je suis d'accord.
Eh bien, vous n'êtes pas difficile.
Avec moi, il a 4,25 de moyenne. Mais avec ça, il doit sûrement être parmi les
meilleurs. C'est la sixième note.
Avec un prof normal, il aurait 8 ou 9.
Ah, parce que vous vous croyez normal, vous ? Moi, je dis que sixième en maths
avec 4,25, c'est une classe de débiles. Avec moi, ils sont pas débiles.
C'est vraiment pas une référence.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Bon, alors, s'il vous plaît.
Et en anglais ? Il fait des efforts.
Et en histoire-géographie ? Bon, il croit que Hong Kong est un gorille
géant. Mais à part ça, ça peut aller.
Nous ne saurons rien en physique-chimie, le professeur étant toujours
cristallisé. Bon, alors, qu'est-ce qu'on met ? Niveau C avec un moins.
J'ajoute, il faut travailler en mathématiques.
Qu'est-ce qu'on va faire de tous ces gens-là à la fin de l'année ? Ça n'en
finit pas.
Fallait pas te déléguer des élèves ? Évidemment, ça te rapproche de moi, donc
de ma copine Laetitia. Oh, arrête ça, tu veux ? D'ailleurs, avec Laetitia, je
crois que t'as ta chance, mais il faudrait te dépêcher, sinon tu vas te la
faire piquer.
Et par qui ? Du côté des élèves, t'as rien à craindre, mais du côté des
profs... Vous n'allez tout de même pas lui refuser les félicitations.
C'est le seul élève à peu près bon en maths.
Il fout rien en gym.
Il a 1 de moyenne. C'est vrai qu'il n'y a qu'en gym que ça ne va pas.
Aujourd'hui, on a plus besoin de cervelle que de muscles.
Eh ben, il n'y a qu'à la supprimer, la gym.
Comme ça, il n'y aura plus que des avortons avec une grosse tête de
citrouille et un squelette, comme vous.
Allons, allons, messieurs, nous nous égarons.
Nous mettrons quand même niveau B avec les encouragements. Et une remarque pour
ne pas négliger l'éducation physique.
Alors, lui, géant martial, 6,40 de moyenne.
Niveau E, tout le monde est d'accord.
Un géant martial.
Il devrait plutôt s'appeler Néant Total.
Mais c'est vrai qu'il a des difficultés.
Je passe.
En anglais ? Et en histoire ? Il connaît deux dates.
Marignan 1515 et la Révolution française, en mai 68.
Entre les deux, il n'y a rien. Mais ce n'est pas grave.
Bon, qu'est-ce qu'on peut faire pour celui-là ? Qu'est-ce que je mets aux
parents ? Pour celui-là, plus rien à faire.
Vous n'avez qu'à dire aux parents d'en faire un autre.
beaucoup s'ils nous quittaient, René.
Bon, allez, niveau eux.
On peut faire entrer les délégués des parents et les élèves.
De toute façon, puisque je sers à rien, on n'a plus besoin de moi.
C'est à vous, maintenant.
C'est bientôt fini.
J'ai encore une classe à faire.
Dépêche-toi, je suis énervé, j'ai envie de toi.
Mais ça va pas ? Pourquoi tu me prends ? Et... Géant Martial, 6,40 de moyenne,
niveau E.
Vous avez des remarques ? Comment se fait-il que Martin a C avec une moyenne
de 9,12 et que Fontaine a D avec une moyenne de 9,30 ? Il a une moyenne plus
forte, mais on estime qu'il a moins bien travaillé. Comment a-t-il moins bien
travaillé avec une moyenne plus forte ? C'est une décision du Conseil.
On peut peut-être reconsidérer le cas.
Alors on lui met C aussi.
Tout le monde est d'accord ?
Alors on met C.
Mais alors si maintenant Fontaine a C avec une moyenne de 9,30, pourquoi alors
Baudard a D avec une moyenne de 9,29 ? 9,29, c'est en dessous de 9,30.
Ça ne vaut peut-être pas un niveau de différence.
C'est juste.
Il est vrai que cela demande un réexamen général.
Mais on recommence tout.
T'es prêt ?
Qu'est-ce que je fais ? Est-ce que tu veux ? Mais tu me le dis.
Qu'est-ce que tu fais ? Je t'embrasse. Où ? Sur la bouche.
Pas si vite.
Embrasse-moi dans le cou.
J'aime bien le cou.
Tu le fais ? Oui, oui, oui, je le fais.
Et maintenant ? Qu'est-ce que tu fais ? Je te caresse.
Où ? Où me caresse-tu ?
Un peu partout.
Où un peu partout ? Sois plus précis, je ne sens rien.
Dans le dos, je te caresse dans le dos.
Oui, et maintenant ? Dans le bas du dos.
Et mes seins ? Pourquoi ne t'occupes-tu pas de mes seins ? Je m'en occupe.
De quels tu t'occupes ? Des deux, je m'occupe des deux.
J'en ai un dans chaque main.
Non, une seule main pour les seins.
Remets ton autre main où il était.
Oui, où il était.
Tu le sais bien.
Elle y est ? Oui, elle y est. Continue et n'arrête pas.
Moi, j'ai mis ma main gauche entre tes cuisses. Tu la sens ? Oui, je la sens.
Maintenant, donne-moi ta bouche.
Embrasse-moi.
Non, pas là.
Plus bas.
Le corsage te gêne, enlève-le.
Enlève-moi.
Déshabille-moi.
Déshabille-moi.
Mais arrête ! Mais t'es fou, arrête ! Arrête !
Tu m'as demandé de te déshabiller, moi je te déshabille.
Mais on va par la pensée, par l'imagination.
Ça fait à peine 5 minutes qu'on a commencé, déjà t'arrives pas à te
contrôler. Je comprends rien à tes trucs, ma mère.
Comment veux-tu que je me contrôle ? C'est pas humain des trucs comme ça. Si,
justement c'est humain.
C'est même la seule façon vraiment humaine, au lieu d'une espèce de rute
animale. Ce qui est humain, c'est de construire son désir ensemble, de mener
les trains, de composer un orgasme, au lieu de se ruer stupidement l'un sur l
'autre comme des bêtes.
Bon, excuse-moi, on reprend.
Non, maintenant le charme est rompu.
On recommencera demain.
T'avais raison, il y retourne.
Asseyez-vous.
Aujourd'hui, on va se mettre là.
Eh ben ! T'en dois pas plus bas.
Il a quitté la salle des professeurs dans un tel état. Sans vouloir vous
alarmer, il serait peut-être plus prudent que vous interveniez.
Bon, alors.
Pris... Prisibil... Prisbilac. C'est nul, comme votre nom, ce devoir.
Où qu'il est ? Il est pas là ? Tant mieux, de toute façon, il a rien à faire
ici. Bourdais, alors ! Au tableau ! Il est pas là non plus.
Tout le monde est absent, alors.
Mais qu'est-ce que c'est que ton foutoir ? Euh... Monsieur, on n'a pas cours avec
vous. Vous vous êtes trompé de classe.
Comment ça pas court ? Espèce de petit insolent.
Mais vous faites pas partie de nos profs. Mais c'est qu'il insiste. Cette
espèce de... nègre.
Excusez-moi d'être... Qu'est-ce que vous faites dans ma classe ? Ah, il
me semblait bien qu'il y avait quelque chose de pas normal.
J'aime les... Les culs, les culs bien fendus.
La directrice est arrivée au moment où il lui a attrapé les fesses et il s'est
fait de ses perles de baffe.
J'aurais adoré être là.
Moi aussi.
Bon, j'y vais, non ? Ok, vas-y.
Alors, c'est dans dix jours ? Quoi donc ? Ah bah t'as bien dit qu'on se verrait
à Pâques.
Non, j'ai dit ça comme ça, j'ai dit ça... Je suis pas libre à Pâques.
Non mais on se verra, on se verra... On se verra plus tard.
Ou à la Trinité.
Je t'aurais dû m'en douter, t'es un salaud.
Je te hais ! Ne respirez plus.
Oui, c'est ça.
Ne plus respirer.
Nous pouvons tous faire cette expérience pour nous rendre compte des proportions.
d'oxygène et de gaz carbonique dans l'air qu'on respire.
Écrivez.
Pour être propre à la respiration, l'air doit contenir une quantité minime d
'oxygène et ne pas contenir trop de gaz carbonique.
Un millième de CO2 et l'air est déjà impur.
Cinq millièmes, il est dangereux.
Et 5% il est mortel.
Pour l'oxygène, à 16%, la respiration est gênée.
Et à 8%, la respiration devient...
abrutie.
Encore une.
C'est une épidémie.
Une hécatombe.
C'est pas naturel, tout ça.
C'est bien, mon avis.
Surtout que les meilleurs sont frappés.
Mais moi, on ne m'aura pas comme ça.
Moi, je suis là.
Et bien là.
Initiation au boomerang. Alors, d'abord, on cherche le vent.
Bon, et bien le vent vient comme ça, ce qui fait qu'on tire à 45 degrés à gauche
du vent pour les gauchers, à droite pour les droitiers. On tient le boomerang
comme ceci, un peu comme un stylo, et on vise la ligne d'horizon. Ce qui est
important, c'est le fouetter dans le poignet.
À toi, beau Charlie.
T'es droitier ? Bon, ben, tu tires à droite.
Trop, Charlie, trop loin ! Aïe, aïe, aïe !
Alors, ça vient ? Attends deux secondes, s'il te plaît.
Voilà.
Juste ça, c'est pour mon cours suivant. Oui, ben quand j'aurai fini ça.
Ma vache, tu vois bien qu'elle n'en a qu'une.
Non, mais dis donc, je ne sais pas.
Oh, Josiane.
Il n'y a pas de raison, ça fait une heure que j'attends.
C'est pas vrai.
Qu'est-ce qu'elle a, cette conne ? Il a eu des problèmes avec Bobo ? Il n'a
pas voulu rendre le boomerang à l'élève qui est venu le chercher, ce con.
Monsieur Verdil.
Je viens vous informer que la sortie équitation que vous vouliez faire avec
les A3 ne sera pas permise par la directrice. Et pourquoi ça ? C'est trop
dangereux. C'est une question de sécurité pour tout le monde.
C'est pas dangereux, je regrette, c'est pas dangereux. Toutes les précautions
sont prises.
Oh non ! Non mais tu le fais exprès, c'est pas vrai ! Vous voyez bien que
vous êtes dangereux. Mais tout est dangereux.
Penser aussi, ça peut être dangereux.
Ça oui, il a raison.
Vous, votre sortie dans une décharge publique, ça sera pas possible non plus.
Pourquoi ça ?
Trop dangereux.
Monsieur Bonnet, le règlement prévoit que je sois la seule préposée à cette
machine et tout le monde s'en sert.
Résultat, elle ne marche plus. C'est exact.
Dorénavant, vous serez la seule à avoir la clé.
Je ne lui ai pas fait dire.
D'ailleurs, j'ai autre chose à lui demander.
Ils commencent à être insupportables, ces deux-là.
Il faudrait peut-être s'occuper d'eux, non ?
Qu'est-ce que tu fais ? J'espère que non.
Pourquoi ? Parce que je ne fais pas dans le joli. J'essaie de faire dans le beau.
Qu'est-ce que tu veux ? A ton avis ? Enfin, tu vois bien que je travaille.
Je ne serai jamais prêt pour l'expo.
J'ai envie d'un enfant.
On était d'accord.
On était d'accord et je ne suis plus d'accord. Voilà, j'ai envie d'un enfant
avec toi.
Bon, eh bien...
On s'emballe pas, on en reparlera.
Je te dis que j'ai envie d'un enfant de toi et t'oses me répondre qu'on en
reparlera ? On n'en reparlera pas parce que tu veux pas en parler, parce que t
'es un lâche. T'as peur d'avoir un enfant, sinon pourquoi ? Je sais pas.
Tu veux jamais affronter les problèmes importants. Le problème important pour l
'instant, pour moi, c'est finir cette toile. Parce qu'une toile, c'est plus
important qu'un enfant.
Mais les enfants!
Tout le monde sait en faire!
Parce que toi, tu sais faire des choses que les... Attention à ce que tu vas
dire, là! Parce que tu crois que ça, ça a une valeur quelconque!
Allez, arrête! Tu connais rien!
J'étais pas prêt de reposer tes mains d'artiste sur moi!
Hé, Bach!
Quoi, Bach?
Oui, Bach! Jean-Sébastien Bach!
C'était pas n'importe qui?
Mais, ben, il en a eu vingt, des enfants!
Vingt! Bach, c'était pas un peintre!
C'est à la fois du land art, parce que ça se fait dans la nature, du ready
-made, c'est tout prêt, tout fait, et du conceptuel parce qu'il y a une idée.
Et c'est quoi au juste l'idée ? C'est évident, c'est une invasion, une
prédominance de la couche-culotte.
La couche-culotte c'est l'enfant, ça reste le but fondamental des êtres, se
reproduire, comme n'importe quelle bactérie.
Mais hypocritement il sublime, l'enfant c'est beau, c'est l'objet du désir.
Alors ici, on désublimise, on montre la réalité du désir, l'inévitable couche
-culotte.
Mais ça, les gens ne veulent pas le voir. Ils ne voient que la couche
-culotte de leur progéniture.
Il faut montrer la réalité dans sa masse.
C'est la masse qui révèle.
Quand tu fais l'amour à deux, ça peut être beau.
À dix, ça devient déjà beaucoup plus viande.
Alors imagine un milliard de personnes en train de faire l'amour en même temps.
Une gigantesque partouze.
Mais de quoi tu t'en rends pas compte ? T'es concentré sur ton mètre carré de
partenaire. Alors t'entends pas l'immense orgasme.
La cascade, la cataracte de sperme qui déferle de Poitiers jusqu'en Chine.
Je vois pas bien le rapport avec le Landart, là. Eh bien ici, on révèle le
désir fondamental des êtres.
Mais on révèle aussi leur désir de pureté.
L'enfant, mais sans emmerdement. Ici, la couche est vierge.
Faut voir dans cette exposition virginale et triomphante l'ironie
précoce de sa destination.
Mais ça va rester comme ça, là ? Surtout pas. La couche-culotte, c'est le symbole
de l'éphémère.
Si tout utile, si tout inutile. Le cours suivant décrochera.
Monsieur Bonnet, vous avez oublié de m'indiquer.
Qu'est-ce qui se passe ? Eh bien, regardez.
Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est du landard, madame.
La symbolique de l'éphémère.
Des milliards de Chinois qui vont déferler jusqu'à Poitiers, mais tout
simplement de couches culottes, pleines de cascades de sperme, pour le déverser
sur des mètres carrés de partenaires qui veulent se reproduire dans la pureté.
C'est parfois dur de n'être qu'un caprice pour quelqu'un.
Mais moi je suis ravi d'être un caprice pour toi.
C'est merveilleux d'être un caprice l'un pour l'autre.
On va quand même pas devenir raisonnable.
Si j'ai envie de devenir raisonnable, moi. Et pourquoi pas sérieuse pendant
que tu y es ? Tu vas pas devenir comme mes élèves.
Hier je les ai presque insultés tellement ils respectent le système.
Ils se révoltent plus, ils acceptent tout. La routine, les rites. Le mardi, à
la même heure, la même place, les mêmes choses.
Si tu les pousses trop loin, tu vas y avoir des surprises.
Faire le mur pour entrer.
J'aurais jamais cru qu'on m'aurait fait dire ça.
6 heures du mat en plus.
On peut pas toujours tout laisser passer pour réagir de temps en temps.
Allez, maniez-vous.
Il y a quelque chose qui ne va pas ? Non, c'est rien.
C'est bête, mais j'ai souvent peur au moment d'entrer au lycée ou dans la
classe. Pourquoi ? Il t'embête ? Il te chahute ? Non, je ne sais pas, mais je
me demande ce qui peut arriver. Il n'y a rien.
Il ne peut rien arriver.
C'est un métier où il n'arrive jamais rien.
Et s'il y en a un qui tombe ? Ils ont leur calme. Mais comment ont-ils pu
installer ça là-haut ? Et pourquoi ? C'est vous, n'est-ce pas, qui leur avez
dit d'aller là-haut ? Pas du tout.
Qu'est-ce qu'ils font là-haut ? Ils vous attendent.
Ils trouvent qu'il fait beau, qu'il ne faut pas être esclave de la routine.
C'est ce qu'ils nous ont crié tout à l'heure.
On a bien joué.
Là, on l'a cloué. J'aimerais bien avoir des jumelles pour voir sa tête.
Je ne doute pas que tout cela procède d'une bonne intention, mais les
adolescents sont fragiles.
Il faut être prudent, conscient des responsabilités qui sont les nôtres. Ce
qui vient de se passer en est la preuve. Vous êtes totalement inconscient.
D'ailleurs, vous savez parfaitement ce que vous faites. Ça va savoir.
Je sais que vous êtes à l'origine de tout le désordre dans cet établissement.
C'est vous qui poussez les autres. Les professeurs, les élèves, c'est vous. Ne
nous emportons pas.
Mais vous ne vous rendez même pas compte que certaines absences bizarres, c'est
lui. Monsieur Bonnet, nous n'exagérons pas non plus. Vous insinuez des choses
sans preuve. Mais on va en trouver des preuves.
Nous allons demander une enquête à l'inspecteur d'académie.
ou au recteur, ou même aux deux.
Dans certains établissements, des blâmes tombent pour moins que ça. Nous n'en
sommes pas là pour l'instant.
Mais puisqu'il semble que vous ayez une certaine influence sur vos collègues, je
compte sur vous pour que cet établissement retrouve une sérénité
propre au travail et à sa réputation.
La directrice ne fera rien, j'en suis sûr.
Alors il faut faire intervenir le syndicat. Il vaut mieux que ça vienne de
vous que de moi.
Vous pouvez compter sur moi.
Qu'est-ce que tu foutais ? Je réparais la machine, ça m'a permis de trouver ça
par hasard.
Qu'est-ce que c'est ? Josiane demande une enquête au syndicat à propos des
désordres dans l'établissement.
La salope ! Bon, bonjour, quoi.
Je passe.
Servi. Je passe.
150.
J'avais justement une suggestion à vous faire pour nous débarrasser d'elle et du
censeur en même temps.
Il faudrait que Gérard s'en occupe un peu.
Vous serez d'accord ? Ouais, ouais, s'occuper, pas de problème.
Donc tu la sautes, on est bien d'accord.
Quoi ?
Mais t'es malade, Josiane.
Josiane, moi je suis avec Julie.
T'as qu'à la souhaiter toi-même.
C'est pas de moi qu'elle a envie d'être toi.
Bon, on joue ou on déconne ? Mais alors fais voir.
Foule. Carré.
Mais tu verras, toi aussi, un jour tu gagneras.
Bonjour Gérard.
Les élèves organisent une petite partie samedi prochain. On aimerait bien vous
inviter.
C'est bon ? Vous n'êtes pas mariée ? Personne ne veut de moi.
Je suis sûre qu'en cherchant bien... Mais chercher, c'est fatigant. Et
aléatoire. De toute façon, toutes les femmes se valent.
Non, je ne suis pas d'accord.
Certaines sont pires que d'autres.
Ouh, le beau cadeau !
On
va danser ? Non, je n'ai pas envie de danser.
Vous voulez bien danser avec moi, s'il vous plaît ? C
'est pas trop pénible ? Pourquoi non ? Rassurez-vous, je vous infligerai pas
tous les sons. Je vous promets ça, non.
Faut pas abuser des mauvaises choses.
Pourquoi est-ce qu'il faut que les filles les plus intelligentes soient
aussi les plus bêtes ? Ça doit être dur à supporter, l'orgueil assez haut de
dose. Non, au contraire, c'est un de mes rares plaisirs.
Et les autres ? Danser avec vous, par exemple.
Tu aimes danser, toi ? Non.
Ça crée une intimité qui peut passer généralement à une suite érotique.
Et comme pour moi, il y a rarement de suite.
Je connais le problème.
Si, si.
Pour un prof, ce n'est pas la même chose.
On passe beaucoup de temps avec les élèves, il se crée une intimité, puis
après ça ne va pas plus loin.
Je crois que pour vous, ça peut s'arranger.
Allez hop, on change !
Pour emballer, il est en bas, là.
Belle technique.
Qu'est-ce qu'il dit à votre avis ? Je viens de lire Tropique du cancer de
Miller. Vous aimez ? Non, j'ai pas pu le finir.
Moi, j'ai beaucoup aimé.
Moi, je trouve ça trop noir, trop réaliste.
En fait, j'aime que les contes de fées.
Lesquels ? Pygmalion, par exemple.
C'est un conte de fées, ça ? Ah ouais, c'est l'histoire d'un pygmée qui tombe
amoureux d'un bloc de marbre.
Il s
'agit
là d'un texte qui n'est pas inintéressant. L'expression est simple,
relativement originale. On a voulu renouveler le symbole du cœur et de la
flèche.
Cela veut sûrement évoquer une relation entre un œil et un champignon.
Mais s'agit-il d'une relation passée, présente, future ou imaginaire ?
Nous n'avons pas les informations nécessaires pour répondre.
Bon, fermons cette parenthèse énigmatique et voyons si des choses plus
claires, plus nettes et plus propres vous inspirent autant la tragédie et l
'Western. Je vois pas ce que ça a de plus propre, toujours de la mort et du
sang. Bah c'est plus propre dans la mesure où c'est plus net.
Dans la vie quotidienne quand il y a un problème, on hésite, on traîne, on
patauge.
Tandis que dans la tragédie ou l'Western, quelqu'un dit je veux ça, un
autre dit moi aussi, donc l'un des deux est de trop.
C'est plus simple. Aujourd'hui, vous faites l'apologie de la simplicité.
Avant-hier, vous disiez que plus la vie était compliquée, plus elle était
intéressante. Alors ? J'ai dit ça, moi ? Oui.
D'abord, je fais l'apologie de rien du tout.
Je fais un cours sur la tragédie, j'essaie d'en expliquer les mécanismes,
et éventuellement la beauté.
En tout cas, la tragédie au western, c'est toujours barbare.
Oui, mais c'est beau.
Combien ? Deux cartes.
Combien ? Où as-tu mis les affiches du ciné-club pour le prochain film ?
Ah bah j'en sais rien, moi.
La secrétaire m'a dit qu'elle te les avait données.
Oui, bah si elle me les a données, c'est qu'elles sont là-bas.
Mais où là-bas ? J'ai regardé partout.
Ah bah ça, Josiane, c'est de ta faute. Si tu nous avais pas fait partir, moi je
serais là-bas. Alors maintenant, tu nous laisses terminer la partie, s'il te
plaît. Oui, on finit.
Carte.
Je passe.
Je passe.
J'ai toujours pas compris ce qui t'a fait changer d'avis.
Catrace, tu te rends pas compte, ça m'arrivera peut-être jamais plus.
Salope. Bon, tu te manies un peu, toi.
Comment c'est ça, moi, je n'ai pas dit mieux.
Elle est courage, lui. Sois bon.
Tu es en ciné-club, toi, maintenant ? Tu penses que j'ai pas le niveau ?
C'est la première fois que tu viens.
Je pensais que ça ne t'intéressait pas.
Est-ce que tu sais seulement ce qui m'intéresse ? Est-ce que tu t'es
seulement une seule fois demandé ce que je pouvais aimer ? J'ai bien essayé de
temps en temps, mais tu n'as jamais semblé y faire attention.
Je sais pas m'y prendre avec les intellos.
Ça m'empêche pas de penser à toi, des fois.
Et tu penses quoi ? Il y a toujours eu quelque chose en toi qui m'a plu.
Je sais pas quoi, mais il y a toujours eu quelque chose.
Et tu as attendu si longtemps pour me le dire ? Aujourd'hui, je te le dis.
Et Julie ? C'est disputé, on n'est plus ensemble.
J'ai envie de toi, Josiane.
Moi aussi.
Allons dans l'infirmerie, on sera plus tranquilles.
Ça a marché.
Dépêche-toi.
Oui, mais relax.
On a tout notre temps.
Mais non, on n'a pas le temps.
Il faut que je sois redescendue pour le débat.
Ah oui, il faut que je sois redescendue.
Bruel, Cossac, Colin, zéro de conduite. Consigné dimanche.
De toute façon, il va systématiquement pisser dès que la lumière sera lue.
Il va.
Soyez convaincant. T'inquiète pas, il sait très bien mentir, le cousin.
Mes amis, voilà le plan.
Le complot est prêt.
Jamais ça n'a été si bon.
À la bonne heure. C'est très bien. C'est très bien.
Montez, je ne te dis que ça.
Tu me te dis quoi?
Où est Josiane ? Où est la responsable ?
Ah,
vous êtes le censeur ? Qu'est-ce qui vous est arrivé ? J'ai tiré, puis boum,
tout mouillé, la tête. Et vous ? Je suis un adhérent du ciné-club. Je remplace M.
Bleu à la chaufferie.
On m'a envoyé vous chercher parce que Josiane Manet est dans le coma à l
'infirmerie. Le coma ? Oui, à l'infirmerie.
Retirez vos vêtements, je vais vous les mettre à sécher dans la chaufferie. En
attendant, je vais essayer d'arrêter cette eau.
Josiane ! Et le pantalon aussi ? Le pantalon ? Non.
Je vous ramène tout ça à sécher dans dix minutes.
Dans dix minutes ? Oui, oui.
Qui joue ? Joliane.
On s'est bien barrés quand même.
On a quand même été un peu loin, non ? Non, non, non, on n'a pas été vraiment
loin. C'est encore timide.
Il faudrait éliminer tous les cons, parce qu'il en reste un.
Évidemment, ça serait l'idéal.
L'idéal, ça serait coefficient 8 au bac en dessin.
Ouais, et 10 en gym.
Dans l'école idéale, ça serait une école entièrement automatisée. Il n'y aurait
qu'à appuyer sur des boutons sans jamais se déplacer. Très belle, avec des
sculptures, des tableaux, des jardins, des fontaines, transparentes. Et des
super gymnases, avec tout un tapis amortisseur, avec des pelouses pour les
terrains de foot, avec des douches, et des piscines avec des plongeoires
olympiques, et des masseuses pour te mettre en forme, et des... Et des bons
sièges, parce que c'est important d'être bien assis quand on est longtemps assis.
Et des hôtesses qui nous serviraient d'assistantes, avec des voix de sirène,
pour nous annoncer la fin des cours.
Il faudrait commencer moins tôt, il faudrait plus d'horaires du tout. Plus d
'emmerdeurs, plus de types qui font les flics. Faudrait plus d'élèves.
Il faudrait plus de profs.
Là, tu pousses.
Non, c'est logique. Plus d'élèves, plus de profs.
Alors, plus d'école.
Bien sûr, c'est ça.
L'école idéale, c'est qu'il n'y ait plus d'école.
Alors ça, c'est pas demain.
Mais si, c'est demain.
Oh non, c'est pas possible. Mais si, c'est très possible.
Avec les ordinateurs, les banques de données, les cours enregistrés par les
profs les plus compétents sur des cassettes. Mieux, sur des disquettes.
Le gosse n'aura même plus besoin de sortir de chez lui. Oui, mais si,
comprends pas.
Toutes les questions possibles et imaginables auront leur réponse sur des
disquettes. Comme toutes les phases possibles d'un jeu vidéo.
Mais comment vérifiera-t-on le niveau ? Avec des analyseurs de réponse.
Les japonais, ils ont déjà ça.
Je sais pas si c'est un bien. Mais tu te rends compte ? Plus d'école.
Plus d'école ! La fin du calvaire pour des milliards de gens.
Alors là, tu vois, il y a des perspectives.
Là, ça devient grandiose. J'arrive pas à y croire.
De toute façon, pour nous, c'est trop tard.
Ouais. Faut pas rêver, hein.
Mais si, il faut rêver ! Il faut !
Alors faut pas exagérer, elle est trop mignonne.
Allô ? Allô, monsieur Gamme ? C'est Guillaume Rozelle.
Excusez-moi de vous déranger, mais il faut absolument que je vous voie.
On se voit demain, non ? Non, il faut que je vous voie tout de suite.
Tout de suite ? À deux heures, ça vous irait ? À deux heures, mais... où ? Vous
connaissez le chantier naval du Slat ?
Dis donc, ça fait un peu polar, ce genre de rendez-vous.
Vous ne fatiguez pas avec vos discours.
Vous voulez Laetitia, je la veux aussi.
Alors on va régler ça avec dignité.
C'est bien dans vos idées, ça.
C'est net, c'est propre, on patauge pas.
Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est pourtant clair.
On va monter tous les deux là-dessus, on va sauter tous les deux ensemble, et
celui qui réussit à attraper le filet aura Laetitia.
L'autre... Bon, attends, écoute, là. Non, pas de cours.
On n'est pas au lycée.
Bon, arrête tes conneries, c'est pas sérieux.
C'est très sérieux. Vous avez peur ?
Bon, écoute, Guillaume. Vous êtes lâche, je m'en doutais. Non, on est lâche quand
on fait pas ce qu'on a décidé de faire, et en l'occurrence, j'ai rien décidé du
tout. Alors montez.
Mais tu sais très bien que je vais pas le faire.
Et pourquoi ? D'abord parce que c'est grotesque, et ensuite parce que c'est
inutile. Vous renonceriez à Laetitia ? J'ai jamais rien envisagé de ce genre
avec Laetitia. Mais est-ce que vous dites la vérité ? Vous nous avez fait l
'apologie du mensonge.
Comment vous croire ? Non, le plus simple, c'est mon système. Arrête ce
truc, t'es ridicule.
Ridicule, moi ? Mais regardez-vous.
Vous jouez les séducteurs, et quand les choses deviennent sérieuses, y a plus
personne. Alors qui est ridicule ? Bon d'accord, je suis lâche, je suis
ridicule si tu veux, écoute. Non j'écoute pas, ça fait 20 fois que vous
me répétez écoute, écoute, y'en a marre de vous écouter. Cette fois c'est vous
qui allez m'écouter.
Bon, j'écoute.
Je sais très bien qu'on va pas sauter ensemble de ce pont.
Alors qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Que je fasse une déclaration à toute
la classe ? Ah non, vous seriez fichu de vous en tirer.
D'avoir le beau rôle, et c'est moi qui passerai pour un con.
Bon, alors qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Je veux plus que vous veniez au
lycée.
Définitivement.
Et si vous revenez, il se passera quelque chose.
Je sais pas quoi, mais je suis capable de... de beaucoup.
Et vous seriez responsable.
Bon, écoute.
On est le 14 mai, le lycée ferme le 20 juin. Je vois pas vraiment comment je
peux faire ça, là.
Bon, t'es sûr que pour l'arrêt de travail, y a pas de problème ? On peut
faire confiance au petit barbu ? Aucun problème.
T'as bien vu avec le censeur.
On peut compter sur lui.
Alors, le censeur, Josiane ? Le censor est parti en maison de repos.
Josiane n'a pas remis les pieds au lycée et l'inspecteur d'académie va descendre.
C'est bête, je ne vais même pas en profiter.
Tu ne veux vraiment pas m'expliquer pour le plat, là ? Non, je ne préfère pas.
Je ne tiens pas à ce qu'on sache que c'est toi qui me l'as fait.
Tu viendras quand même à l'exposition la semaine prochaine ? Bien sûr, si ça ne
me fait pas trop mal.
Ouh, ça n'a pas l'air d'aller.
Ben oui, son élève a plus de succès que lui.
Il ne peut pas y avoir de comparaison. Il n'y en a pas.
C'est pas mal, hein ? C'est nul.
Pas terrible, ça.
C'est pas mal.
Félicitations. Si, si. D'avoir réussi à amener Gérard dans une exposition. Moi,
je n'y suis jamais arrivé.
Tu connais Marité ? Marité, Julie.
Bonjour.
Gérard. Enchanté.
On s'est jamais vu. Il vous cachait, il avait peur de la concurrence.
Maintenant que je quitte la région, ça n'a plus d'importance.
On dirait que tu le savais pas.
On peut pas tout savoir.
Bon, on va voir l'élève ? Je te lave.
Tu m'abandonnes ? Non, je pars.
Je deviens raisonnable.
J'ai demandé ma mutation.
Bonjour, monsieur.
Bonjour. C'est pas bien de nous laisser tomber. C'est le destin.
Et puis, soyez pas trop inquiets.
Souvent, la qualité vaut mieux que la quantité.
Je crois qu'on a bien travaillé.
C'est vous qui nous manquez.
C'est pas les cours.
Surtout depuis l'histoire du ciné-club. Le lycée, c'est devenu le bagne.
Vous avez vu ce qu'a fait Maud ? Ah oui.
C'est bien, hein ? Merci.
Pourquoi merci ?
Il faut toujours dire merci aux gens qui vous ont donné du plaisir.
Et merci aussi à Laetitia.
Il faut quand même que je te dise le plaisir que ça a été d'entrer à chaque
fois dans la classe où tu étais.
Mais descendre là ! C'est la place qui me convient le mieux.
Arrête, c'est bien que les gens, il ne faut pas les déranger.
Ils n'aiment pas être bousculés.
Il faut leur laisser le temps, ils vont se rendre compte.
Ils ne vont se rendre compte de rien du tout.
C'est un échec monumental.
Ils sont tous précipités sur les oeuvres de Maud.
Et en plus, c'était mérité.
N'essaye pas de me consoler.
C'est encore plus humiliant.
Alors quand ça va, tu n'as pas besoin de moi. Et quand ça ne va pas, il ne faut
pas te consoler. Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Que tu es nulle ?
Que tu es moins bon que tes élèves ? Ça te fait plaisir.
Essayons de dédramatiser un peu, c'est pas si grave que ça.
L'expo des indépendants, c'est qu'une petite expo de province.
Ratale chic de dire les choses qu'il faut dire, toi.
Une petite expo de province, c'est vrai.
Je me suis pris une claque dans une petite expo de province.
Merci de me le rappeler.
Décidément, tout ce que je fais est mal.
On est vraiment fait l'un pour l'autre.
Je sais pas pour qui t'es fait, mais je sais pourquoi.
Et pourquoi ? Pour emmerder l'autre, pour le faire chier.
Écoute, Françoise, j'ai pris deux décisions.
Premièrement, je ne retourne plus au lycée.
J'aurais l'air malin de donner des conseils à des élèves qui réussissent
mieux que moi.
Deuxièmement,
je... Deuxièmement, je crois qu'on devrait se marier.
C'est par désespoir, hein ? Tu veux m'entraîner avec toi ? T'as raison, je
suis égoïste.
Tu crois qu'il reviendra au lycée ? Il n'y en a pas l'intention, mais enfin, on
ne sait jamais.
Mais on n'est plus que deux, il faut faire gaffe.
Note que finalement, deux, c'est bien pour les échecs.
Oui, c'est plus pratique que quatre.
C'est Julie qui m'a appris.
Tu vois, je trouve que c'est mieux que le poker.
Le poker, c'est un peu simpliste, un peu vulgaire. Tu ne trouves pas ? Si, si.
Fais attention parce que tu vas perdre ta reine.
Une visite pour toi.
Fais monter.
Salut.
Salut. Alors c'est ici que tu travailles ? Tu vois.
J'avais envie de voir où tu vivais.
Tu vois.
Tu te répètes ? Ça doit être l'émotion.
Qu'est-ce que c'est ? Un poème qui vaut 100 balles.
Le remplacement est fini.
Je m'en vais demain.
À quelle heure ? C'est pour toi, Frédéric.
Ok, je prends.
Allô ? Frédéric ? Salut.
T'aurais pas envie de faire un peu de cheval ? Non, non, aujourd'hui je peux
pas, j'ai des trucs à faire.
Bon, ben, tant pis, alors.
Tant pis.
Je vais terminer le rouge.
Le rouge ? Ouais, le rouge et le noir.
Le roman. C'est Julie, elle veut que je le lise. Ah, elle a raison.
C'est le roman.
Le chef-d'oeuvre des chefs-d'oeuvre. Ah bon ? Ben, moi, tu vois, ça m'emballe
pas des masses.
Ah bon ? Mais t'en es où ? Plutôt au début.
Mais tu vas voir, quand t'arriveras dans la deuxième partie avec Mathilde, ça te
sera très utile.
Utile ? Tu verras comment fonctionnent certaines femmes.
Pour être aimé de Mathilde, Julien a fait semblant de la mépriser.
Mais dès qu'il lui montre qu'il l'aime, alors là, c'est elle qui le méprise.
C'est pas simple. Si, c'est très simple.
Tant qu'une femme qui s'intéresse à toi, c'est pas si tu l'aimes. Elle est
inquiète. Mais dès qu'elle en est sûre, tu l'intéresses moins.
Ben alors, qu'est-ce qu'il faut faire ?
Moi, je sais pas, mais Julien, lui, il est dur.
Il le prend de haut. Et ça marche ? Très bien.
Il y a même un moment où elle se coupe toute une partie de cheveux qu'elle lui
offre pour lui prouver qu'elle est son esclave.
Ah non, mais tu vois, je pense pas que Julie sacrifierait ses cheveux pour moi.
Bon, allez, je te laisse.
Amuse-toi bien. Allez, ciao.
Tu en veux une mèche ? Gérard t'aime beaucoup.
Et j'aime beaucoup Gérard.
On a préféré t'appeler, il est dans un tel état.
Mais qu'est-ce qui se passe ? Julie est partie.
Et puis apparemment, elle ne l'a pas prévenue.
Elle lui a pas laissé un mot ? Ben non. Je l'avais passé ce matin, je l'ai
trouvé comme ça. Et en plus, il a inspection à la piscine aujourd'hui.
Mais qu'est-ce que... Mais j'en sais rien.
On n'a rien compris.
Il parle d'une dénommée Mathilde. Une histoire d'esclaves.
La salope ! La salope ! Tout ce que j'ai accepté.
Les expos, les musées, le ciné, le théâtre.
Arabal. Deux pièces d'Arabal.
J'ai commencé Proust.
J'ai même fini un roman de Solers.
Putain, 582 pages de Solers.
J'ai fait tout ça pour elle.
La salope.
La salope !
Je ne comprends pas ce qui se passe,
monsieur l'inspecteur. C'est bien la première fois qu'il est en retard à la
piscine. D'habitude... Ah !
Aujourd'hui, on plonge.
Vous pouvez me passer la directrice, s'il vous plaît ? Elle revient à quelle
heure ? Est-ce que vous pouvez lui faire une commission ? Vous lui dites que M.
Francis XVI ne viendra plus au lycée désormais.
Non, non, non, pas de raison particulière.
Ah bon ? Dites-lui qu'il ne viendra plus au lycée parce qu'il se trouve trop
gros.
Voilà. Allez, au revoir, madame.
Attends, qu'est-ce que j'ai entendu, là ? Maintenant que mes copains sont plus
là, j'ai plus envie d'aller au lycée.
Mais je rêve.
Monsieur, vos amis viennent vous chercher.
T'en as pas l'air d'être encore la grande forme, si.
Moi je trouve qu'il va mieux depuis la dernière fois.
Ouais, il se rase quand même encore la tête. Mais s'ils le laissent sortir, ils
savent bien ce qu'ils font.
Ouais, puis il se remettra pendant les vacances.
Puis il sera bien avec nous au soleil.
C'est vrai qu'ici ça fait peur.
Quand on pense qu'il y a que des profs, et qu'on pourrait devenir comme ça, ils
ont plus l'air normaux.
Tu crois qu'un prof c'est normal ? Tu trouves ça normal qu'on aille encore à l
'école à notre âge ? On y a appris quelques trucs, et qu'est-ce qu'on en
fait ?
On les refile à d'autres, c'est tout.
C'est vrai que dit comme ça, vous faites un métier de con ? Faut pas exagérer, on
est quand même utile.
Les élèves, on les aide, on les prépare.
Oui, on les prépare, on vérifie qu'ils fonctionnent.
Et après, ils vont voir ailleurs si ça marche.
C'est vrai qu'il y a de quoi frustrer, même un fonctionnaire.
C'est comme pour nous, les boutentrains.
On prépare les plus bels juments, et au dernier moment, hop, c'est même pas nous
qui en profitons, alors...
Notez que ce qui se passe dans l'écurie après, je vous raconte pas, hein.
D'ailleurs, je suis pas là pour vous raconter ma vie.
Je suis là pour faire le symbole.
Vous avez remarqué ? On commence par moi, on finit par moi.
En rhétorique, ça s'appelle une épanadiplose.
Quoi ? Une épanadiplose ? Mais si
! Je vous assure ! Des milliards de Chinois, vêtus de couches-culottes.
jusqu'à Poitiers.
Merci.
Merci.
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