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Original subtitles

Au tout début du cinéma, les gros producteurs

ne toléraient aucune concurrence venant des petits producteurs.

CES grands pontes se réunirent et formèrent un monopole

pour tenter d'arrêter les petits.

ET c'est pourquoi la première guerre du cinéma

en fut une vraie...

Silence, s'il vous plaît.

Le tribunal des affaires matrimoniales tient toujours séance.

Michael Robert Gilhooley, demandeur, contre Edna Mae Gilhooley, défenderesse.

À vous, Harrigan.

C'est à nous.

- Laissez-moi parler. - Oui.

Silence. Taisez-vous.

Michael Robert Gilhooley veut obtenir le divorce

et demande réparation à Mme Gilhooley, sa femme depuis cinq ans.

- Allez-y, Harrigan. - Merci, M. le Juge.

La Cour sera heureuse d'apprendre que mon distingué confrère,

M. Morgan m'a informé que sa cliente, Mme Gilhooley,

a enfin accepté de comparaître.

Elle attend dans la salle d'attente.

- Demandez-lui donc d'entrer. - Mais certainement.

Afin de ne pas faire perdre son temps à la Cour,

j'aimerais appeler Edna Mae Gilhooley,

qui a puni de façon cruelle et inhumaine mon client,

et je dévoilerai les faits sordides.

Cruelle et inhumaine ?

- Des objections, Morgan ? - Aucune, M. le Juge.

Faites entrer Mme Gilhooley.

Mme Gilhooley.

Edna Mae Gilhooley, jurez-vous de dire toute la vérité,

rien que la vérité ?

Je le jure.

Allez-y, Harrigan.

Merci, M. le Juge.

- Mme Gilhooley. - Oui, monsieur ?

M. le Juge.

Je n'en ai pas encore discuté avec mon client,

mais je vais lui recommander de retirer sa plainte

et de s'en remettre au bon vouloir de la Cour.

Ceci me paraît sage, quoique peu lucratif.

- Merci, M. le Juge. - Hé !

Votre chapeau.

L'huissier tentera d'aider M. Harrigan dans sa fuite.

- Merci, M. le Juge. - Il y a non-lieu.

- Salut, Léo. Que fais-tu ? - Je mets en pratique mon droit.

Hé, sale vermine !

- Hé ! Je vous aurai. - Je suis désolé.

Espèce de...

On vous aura au tribunal, Cobb.

Revenez et vous verrez de quel bois je me chauffe.

Tribunal, vous dites ? Sachez que je...

- Voilà. Voilà. - Pardon. Pardon.

Pardon.

Au moins, ils n'ont pas pris la caméra.

Comment ? Je veux savoir.

- Un espion ! - Un espion !

- Emparez-vous de cet homme. - Emparez-vous de lui !

Non. Je ne faisais que...

- Vous vous trompez. - Sale espion du monopole.

Vous n'empêcherez pas H.H. Cobb de faire du cinéma.

Vous avez vu ce que j'ai fait à vos voyous ?

Je suis avocat. J'ai une carte.

- Où sont mes scénaristes ? - Les scénaristes !

- Dites-lui que je suis un dur à cuire ! - Vous vous trompez.

- M. Cobb ? - Dites-le-lui.

- Quoi ? - Que c'est un dur à cuire.

- Je peux vous expliquer. - J'entends un tram. Steve.

- Steve ! - H.H. Cobb avale des clous.

- Et crache le feu. - Silence !

Vous n'êtes pas du monopole.

- Non. - Vous avez l'air trop gentil.

Je suis avocat.

Nous entrons dans la brousse.

- Mes bandes molletières. - Les bandes !

L. Taylor Harrigan, avocat.

Allez, vite. Je m'endors.

- Ma carte. - Tenez.

On ne peut pas faire sans la scène en prison.

Si. Comment perd-elle ses dents ?

Elle doit les perdre ?

- Il faut que je le sache. - Elle les perd ?

Bien sûr, cela s'impose.

Sinon, l'histoire n'a plus de mordant.

Les dents, le mordant. C'est bon. Notez.

- Bien. - Vous voulez faire du cinéma ?

Moi ? Non. Je suis avocat. J'ai remarqué

votre petite altercation.

Je me suis dit : "Cet homme a besoin d'un avocat."

- Ah oui ? - Absolument.

Mais vous parliez d'images ?

D'images ? De cinéma.

D'images qui défilent, Muldoon. Êtes-vous allé à un nickelodeon ?

- Harrigan. - À un nickelodeon.

Ah, oui. Et ce monopole ?

C'est un monstre, Horace.

Les grands producteurs de cinéma se sont ligués contre les petits.

Ah, oui.

Ils affirment détenir un brevet sur toutes les caméras.

La vérité, c'est qu'ils refusent qu'on fasse des films indépendants.

- Le tram attend. - "On" ?

- Les indépendants, Clancy. Suivez. - Harrigan.

- Quoi ? - Harrigan.

H-A deux R-I-G-A-N. Comme dans la chanson.

Quelle chanson ?

Celle de George M. Cohan. Le grand succès.

On n'a pas besoin de chanteurs, O'Halloran, c'est la guerre.

- On n'a pas besoin de chanteurs. - On le suit.

- Tiens-moi ça, petit. - Hé, où allez-vous ?

Et si la vieille s'évanouissait et mourrait en voyant son neveu ?

- Non, pas son neveu. - M. Cobb...

- Quoi, alors ? - Il me semble...

- C'est à moi de répondre ? - ... qu'un trust a été créé.

- Oui, un trust. - Concernant ces brevets.

- Pourquoi pas un Indien ? - Non.

- Tu viens de parler d'Indiens. - Oui !

Je suis prêt à avancer

que ce monopole est une conspiration contre la libre concurrence.

J'ai eu trois avocats qui ont tenu le même discours.

Mais j'aime votre façon d'annoncer la couleur.

Attendez ! Je crois que le sauvage a une idée.

- Il redevient tout bleu. - Pardon ?

Allez, Waldo, crache le morceau.

Il est...

- Oui. Notez, vite ! - Je note.

... sur un rebord de fenêtre, au 20e étage, en...

Allez, Waldo, c'est formidable.

... pyjama et...

Continue, Waldo. Ne te retiens pas.

Il a... un crabe vivant... dans son pantalon !

Et voilà.

Pourquoi les scénaristes comme lui sont si rares ?

- Je l'ignore. - Que fait-il sur le rebord ?

- Quelle importance ? - Et qui est-ce ?

- On s'en fiche ! - Oui. Qui est-ce ?

Une bonne tragédie ! Rires et drame, une combinaison gagnante.

Merci, Waldo. Repose-toi.

- Je n'aime pas ce crabe. - Il n'aime pas le crabe.

- Eh bien... - Ce crabe, c'est du génie.

Mais comment est-il arrivé là ?

- Et qui est-ce ? - Oui, qui est-ce ?

À vous de me le dire.

Voyons, bon sang. Vous me gênez.

Ça pourrait être un garde forestier.

Qu'avez-vous dit ?

- Rien. - Si. Vous avez dit garde forestier.

- Pardon. - C'est ça !

- Vraiment ? - Quel est son lien avec la fille ?

Ce serait son cousin.

- Sa cousine ? - Son cousin.

- C'est encore mieux. - Ça revient au même.

Silence. Cet homme est inspiré.

Continuez, McDougall. Vous décapez.

- Ils sont amoureux. - Bien sûr.

- Amoureux fous. - Fous.

Ça me plaît ! Continuez. Alors, que fait-il ?

Ce qu'il fait ? Il... Il l'enlève.

Et la vieille ne le supporte pas !

C'est un garde forestier. D'où le crabe sorti du fleuve.

Oublions ce crabe. Et après ?

- Et après ? - Terminus !

On descend, Mullins. Écrivez tout ça, trouvez une fin,

- et vous toucherez 10 $. - 10 $ ?

Entendu, 15 $. Allez, au boulot. Tenez-nous en haleine, et écrivez bien !

Allez. Qu'attendez-vous ? Vous travaillez pour Kinegraph.

Prévoyez sept ou huit scènes. Deux pour le début,

trois pour le milieu, deux pour la fin. Trois, si c'est fabuleux.

- Trois si c'est... 15 $, en liquide ? - Sans faute !

Terminus, tout le monde descend !

- M. Cobb, où... - Déposez-le au bureau.

Mais... Oh. Oh, mince.

- Pardon. - Ce n'est rien.

Pardon.

Deux pour le début, trois pour le milieu... Pardon.

- Dites, ça va ? - Trois, si c'est...

- Quoi ? - Fabuleux.

- Bonjour. - Bonjour.

- Vous êtes tombée. - Je suis myope comme une taupe.

- Pourquoi ne vous ai-je pas aidée ? - Vous vous parliez.

En voiture.

- Habitez-vous ici, à Chicago ? - Plus maintenant. Je pars à New York.

Quand ?

- Maintenant. - Hein ? Attendez !

- Comment vous appelez-vous ? - Kathleen Cooke. Et vous ?

- Léo Harrigan. H-A deux R-I... - Comme dans la chanson.

Oui.

MAINTENANT, le hasard a voulu que, quelques jours plus tard, à New York...

Pardon. Pardon.

- Pardon. - Désolée.

- Je vous demande... - Non, c'est...

... pardon.

... ma faute.

Vous êtes avec les Chautauqua ? Je les cherche.

Non, madame. J'arrive en train de Sopchoppy.

- C'est en Chine ? - Non. En Floride.

Mais tout le monde s'y trompe. Vous permettez ?

Comme c'est gentil.

Qui est cet Indien que vous cherchez ?

- Un Indien ? - Chickawa ?

- Chautauqua. - Oui.

C'est une troupe de danse. On part en train ce soir.

Dommage. Laissez-moi vous aider.

C'est très gentil. J'espère que je ne vous retarde pas.

Pas du tout.

Je ne trouvais pas mes lunettes. Ce sont mes débuts dans le spectacle.

Vous faites un numéro avec des chevaux ?

- Pourquoi ? - Votre habit.

Oh, non. Au contraire, je déteste les chevaux.

- Mais vous êtes dans le spectacle ? - Oui.

Je m'occupais des combats d'alligators à Sopchoppy.

- Vous vous battiez contre des alligators ? - Oh, non ! Pas moi.

Je les présentais aux Indiens et je fichais le camp.

Je suis monté dans le nord pour faire fortune dans l'habillement.

Cooke ! Kathleen Cooke ! Vous êtes en retard !

Ils sont là. Merci, M...

Tom Greenway, mais on m'appelle Buck à Sopchoppy.

- Buck, que voulez-vous ? - Au revoir, M. Greenway.

Au revoir, Mlle Cooke. Attendez.

Je cherche un type qui vit ici,

un certain M. Hoot de Longpré.

- Il n'est pas ici. - C'est pas l'hôtel Rialto ?

Si, mais M. de Longpré est parti la semaine dernière pour le rodéo.

C'est qu'à une gare, un type m'a donné 20 $

pour que j'apporte cette selle à M. Hoot de Longpré à l'hôtel Rialto.

Qu'est-ce que je vais en faire ?

- M. Greenway, bonne chance. Crotte. - Elle veut dire "Merde".

- C'est quoi, ces histoires de merde ? - C'est tout sauf un artiste.

- Le cow-boy, tu travailles ? - Quoi ?

- Tu travailles, cow-boy ? - M. Hoot de Longpré ?

Non, je suis avec la Clansman Company, qui se produit au New Amsterdam.

- Tu sais monter à cheval ? - Pourquoi ?

On fait un spectacle, et notre cavalier,

bourré, s'est cassé la jambe. Tu sais monter ou pas ?

- C'est payé combien ? - 10 $.

Dix dollars ? D'avance ?

- D'accord. J'espère que tu montes bien. - Y a pas meilleur cavalier.

- Qu'allez-vous faire ? - Trouver le monstre qui a commis ce crime.

- Mais il n'a laissé aucune trace. - Nous verrons.

Une loupe ayant un certain pouvoir révèlera dans la rétine de ces yeux morts

l'image du tueur, gravée dans le feu !

- Vous voulez dire... - Oui ! Les images restent dans le cerveau

comme les mots écrits à l'encre invisible sur du papier !

Les lettres gravées...

- M. Dinsdale, Louie a trouvé un cavalier. - Ne criez pas.

Quoi ? Parlez plus fort.

- Un cavalier. - Où ça ? Emmenez-le.

- Il arrive. - Ça va aller ?

- Le voilà. - Enfin.

- Préparez le cheval. - Le cheval.

- Et vite. - Vite.

- Bonjour, les amis. - Vous êtes du cirque ?

Vous êtes déjà monté sur scène ?

Mettez-moi en selle et voyez.

Dans 50 secondes.

- 50 secondes. - C'est mon costume ?

Vous toucherez pas plus si vous vous blessez.

Si vous vous tuez, on s'occupe pas de l'enterrement.

- En selle ! - Que d'encouragements !

- Monte, vite. - Bien. C'est parti. Salut, toi.

- Cyclone. - Cyclone ?

- De l'autre côté ! - Ah oui ?

- C'est un cheval gaucher ? - Où l'avez-vous trouvé ?

Vite, aidez-le.

- Y a pas meilleur cavalier. - Je fais quoi ?

- Restez sur le tapis roulant. - Attendez.

- Le cheval sait quoi faire. - Attendez. Quel tapis roulant ?

- Sur la scène. - Comment j'y vois avec ce machin ?

- La croix. - La croix.

- La croix ? - Par les trous, crétin.

- Attendez. - Fais la bouger.

- Attendez ! - Le cheval !

Comment je descends de ce truc ?

Arrête, cheval. Blizzard, arrête. Ouragan. Pluie.

Tiens.

Bonjour. Un type m'a donné cette carte hier soir.

Quelqu'un a écrit derrière

que je pouvais venir ici gagner de l'argent

si je demandais un petit pain en couronne allemand.

On va derrière manger un petit pain.

Entrez. Entrez.

Entrez.

Vous êtes ici quoi ? Votre nom pourquoi ?

Buck Greenway. Un type m'a donné cette carte.

- Que faites-vous ici ? - Du pain.

Je vais m'en aller. Sans rancune.

- Pas un geste ! - Bougez pas !

Vous montez à cheval pour nous. 10 $.

10 $ ?

Attendez, que je comprenne.

Vous voulez que je livre votre pain à cheval pour 10 $ ?

- Non, à cheval sur écran. - Des crans ?

- Oui. - Des crans aux cheveux ?

- Aux cheveux ? - Des crans aux cheveux.

Non, non. Le grand écran.

Pan ! Pan !

Vous pas comprendre anglais ?

- Vous voulez que je monte à cheval ? - Oui.

Y a pas meilleur cavalier que moi.

Non, j'ai peur de rien. Je tire aussi très bien.

Vous êtes tous allemands, hein ?

Pourquoi vous portez costume stupide ?

Ça, c'est ma tenue de soirée.

J'ai mon costume de travail par ici. Je vous montre.

Oui.

C'est pas ma valise.

Dégagez. Cassez tout. Allez-y.

Mlle Cooke.

- Allons-y. - Trouvez ces foutues caméras !

Détruisez ces bacs.

Taillez-moi tout ça en pièces. Détruisez ces bacs.

- Bande de salauds du monopole ! - Dégagez !

Je prends ces vêtements.

Un instant ! Cette selle n'est pas à moi.

Mettez tout en pièces. Détruisez ces bacs.

- Le placard. - Je crois que j'ai trouvé.

Il a tué une boîte. Je sors.

- C'était quoi ? - Bien joué.

Voilà une bonne chose de faite. Allons-nous-en.

Mike, aide cet homme.

Allez, on se réveille. Vous êtes génial.

- Partons avant que ça dégénère. - C'est la police ?

On est du monopole.

- C'est votre selle ? - C'est votre valise ?

- C'est votre chapeau ? - Oui. Non. Oui.

Ce sont mes vêtements.

Venez, on pourrait vous trouver une place dans notre organisation.

- Vous aimez voyager ? Vous savez tirer ? - Y a pas meilleur tireur.

PENDANT CE TEMPS-LÀ, à Chicago...

Arrête, c'est horrible. Ma mère ferait mieux que ça.

- J'en ai une autre. - Alors, montre.

Vous l'avez trop regardé.

Tu parles. Qu'en dis-tu, Harrigan ?

- Quoi ? Je ne regardais pas. - Tu vois ? C'est nul.

Voilà ce que tu vas faire, Herbert.

Mets la première séquence à la place de la deuxième,

et mets la troisième à la place de la première.

Ça n'aura plus aucune logique.

Non, mais ça fera rire. Et faire rire, ça rend riche.

On l'intitulera La Coupe révélatrice. Très bon titre.

- Lumière ! Allez. - Comme vous voudrez.

Bouder, c'est pour les gamins. Ça suffit, les caprices.

Et attention à ce que tu dis sur ma mère ! Bon, je veux du drame douloureux,

une histoire qui fasse sangloter, qui remue.

Je voulais du bœuf fumé, pas des spaghettis !

Albert, H.H.

- H.H. Ça va, patron ? - Magne. J'écris un scénario.

Donne à manger à Waldo et apporte-moi une limonade.

- Comment t'as su ? - Un télégramme.

- Un télégramme ? De qui ? - Chauncey Wheelock.

- Wheelock. - Oui, le réalisateur, Wheelock.

J'aurais pas dû envoyer ce fils de pute irlandais là-bas.

- Ne le prends pas mal. - Je fais quoi ?

Je cogite là-dessus et je te rappelle.

Il devient tout bleu.

Pas maintenant, Waldo, je peux pas faire deux choses à la fois.

- Je m'étouffe. - Pas maintenant !

J'ai envoyé ces idiots en Californie pour qu'ils filment

des scènes de notre patrimoine historique dans un cadre naturel,

pour qu'ils soient loin de ces voyous du monopole

que je dois supporter tous les jours. Et que se passe-t-il ?

- Hein ? - Quoi ?

Je suis en train de te le raconter. Du calme.

Il se passe qu'en trois semaines,

on n'a rien reçu de Californie, pas une seule image.

- J'ai pris une décision. - Vous détestez l'histoire.

- Toi ! - Vous me détestez.

Que dirais-tu de gagner 30 $ par semaine, tous frais payés ?

- 30 $ ? - Bon, 35. Mais pas un sou de plus !

M. Cobb, c'est un peu...

J'aurais dû me méfier d'un type qui se fait appeler Chauncey Wheelock.

Il se dit dramaturge et réalisateur, le nouveau Griffith.

Griffith, oui, comme Max Griffith, le boucher du coin.

- Qui est Griffith ? - Quoi ?

- Je me demandais... - Qui est Griffith ?

Tu veux dire que tu ignores qui est David Wark Griffith ?

- D.W. Griffith ? - Son nom me dit quelque chose.

Quelque chose ?

C'est le plus grand réalisateur du monde. Sacré lui !

D.W. Griffith est la meilleure chose qui soit advenue au cinéma

depuis l'invention de la caméra.

- Et ce Wheelock ? - Le pire qui soit !

Je l'ai envoyé en Californie profiter de l'exposition,

diriger ma maison sur la côte ouest.

Et je reçois un télégramme disant : "Scénarios perdus. Envoyez-en d'autres."

Perdus où ? Dans les toilettes ?

- Harrigan, debout ! - À vos ordres.

Harrigan, tu iras en Californie en train.

- Moi ? - Prends cinq de tes meilleures histoires.

- En as-tu cinq ? - Cinq ?

- Peut-être que je... - Prends-en dix !

Emporte-les là-bas, et si tu as des soupçons,

si c'est pas catholique, prends les commandes,

mais fais tourner la caméra. Souviens-toi, c'est la guerre.

Qu'ils en bavent !

- Je ferai de mon mieux. - Que Dieu t'accompagne.

Dernier appel pour le dîner.

Que se passe-t-il ?

On arrive à Kansas City, M. Harrigan, et c'est le dernier appel pour le dîner.

- Merci. - Je vous en prie.

Dernier appel pour le dîner.

Bon, voyons voir.

Allons-y. Si on l'attend, on va rester coincées.

- Allez, Kathy, on y va. - J'arrive, j'arrive.

Dieu du ciel !

- Ça alors ! - Mlle Cooke !

- M. Mulligan. - Harrigan.

Dieu merci, ils sont là. J'arrive, M. Duncan.

- Au revoir, je dois y aller. - Non, attendez.

- Impossible. Où allez-vous ? - En Californie.

- Nous aussi. - Vraiment ? Quand ?

Je ne sais pas trop. Tout est confus.

Ils parlaient de tournée éclair, et ce n'était pas une blague.

Y a-t-il un endroit où je peux vous écrire, Kathleen ?

- Vous vous rappelez mon nom ? - Permettez.

Et je vous ai appelé Mulligan. Je me trompe tout le temps.

- Appelez-moi comme vous voudrez. - Alors, au revoir, Mulligan.

Venez, Mlle Cooke.

Bas les pattes.

- Mais... Quoi ? - En voiture.

Venez, le train va partir.

- Au revoir. - À bientôt.

- Je l'espère. - Moi aussi.

- Bonne chance. - "Crotte", vous voulez dire.

Quoi ?

LE soir suivant, à bord d'un autre train vers l'ouest...

Kansas City, prochain arrêt.

"Le pistolet du Virginien dépassa, et il posa ses mains sur la table.

"Il dit à un certain Trampas : "Quand tu m'insultes, souris."

"Et il regarda Trampas du bout de la table."

Dans la première voiture ! Mettez vos chapeaux.

Faites-nous connaître !

Dans la première voiture, Mlle Cooke !

Mlle Cooke ! Je vous tiens.

- M. Greenway. - Bonjour.

- J'ai trébuché. - J'en suis heureux.

La première voiture, les filles. Allez, Mlle Cooke.

- J'arrive, M. Duncan. - Bas les pattes.

Attendez. J'ai votre valise, M. Greenway.

Et moi la vôtre, Mlle Cooke.

C'est sans doute ma faute.

Je suis myope comme une taupe.

Il y avait plein de gens autour quand je l'ai ouverte.

- C'était très gênant. - J'imagine.

- Vous n'allez pas me tirer dessus. - Non. C'est un boulot que j'ai trouvé.

Où vous tirez ?

Non. Je fais respecter la loi, si on veut.

- J'espérais bien tomber sur vous. - Moi aussi.

Oh, mince. C'est bon.

- Pardon. - Ce n'est rien.

Grâce à vous, je vais enfin pouvoir me changer.

Je n'en pouvais plus. Oups.

- Ce ne sont pas vos vêtements ? - Non.

- Alors, à qui sont-ils ? - Mystère.

- Quelqu'un se retrouve sans. - Oui. Moi.

Mulligan.

- Je m'appelle Greenway. - Oui, je sais.

- Mlle Cooke ! - M. Duncan.

Puis-je vous inviter à dîner ?

- J'adorerais. Sauf que nous... - Mlle Cooke, dans votre compartiment.

Oui, M. Duncan.

Laissez mes filles tranquilles.

- Ça va, mademoiselle ? - Oui.

- Vous êtes dans un cirque ? - Non.

- Où sommes-nous ? - Je viens de l'annoncer.

Cucamonga.

- Pile à l'heure. - Quoi ?

On devait me réveiller. Pourquoi ne l'a-t-on pas fait ?

L'erreur est humaine.

Dépêchez-vous. Le train est à l'heure.

Ce ne sont pas mes affaires.

Cucamonga. Je ne suis pas prêt. Si j'avais ma valise. Je devrais...

Va-t'en.

Arrête.

- Vous avez vu ce chien ? - Quel chien ?

- Regardez ça. - Quoi ?

- Votre veston est déchiré. - Merci.

Je vous en prie. Au revoir. En voiture.

Bonjour, petite. Enchanté.

L. Taylor Harrigan, de Chicago, je cherche un certain Chauncey Wheelock.

Vous avez vu un petit chien affreux dans le coin ?

Oui, il se trouve qu'il m'a mordu.

- Bien. Par où est-il parti ? - Par là.

- Votre veston est déchiré. - Je sais. Pourrais-tu...

- 12, 13, 14, 15, 16. - 12, 13, 14, 15, 16.

... trois, quatre, cinq,

six, sept, huit.

Bonjour.

Bien le bonjour.

- Votre veston est déchiré. - Je suis tombé du train.

C'est bien ce qui m'est arrivé.

Je me demandais, sauriez-vous

où est un certain Chauncey Wheelock ?

C'est un réalisateur de cinéma.

Il est censé être par ici. Il faut que je le trouve.

Pourquoi ?

- Quelqu'un a-t-il parlé ? - J'ai demandé pourquoi.

Bonjour. L. Taylor Harrigan, de Chicago.

Seriez-vous M. Wheelock, par hasard ?

- Tenez-le. - Attendez, arrêtez !

Arrêtez ! Arrêtez !

Il rigole.

Ça alors ! Jamais !

- Vous m'avez agressé. - Vous êtes un charlatan ?

- Ce ne sont pas mes affaires. - Comment ça ?

Enfin, si.

- L. Taylor Harrigan ? - Oui.

C'est bon, les gars. Il y a une carte de Corny Cobb.

Quel interrogatoire !

Désolé, mais on se méfie du monopole.

- Vous croyiez que... - Moi, c'est Frank Frank.

- Quoi ? - Frank Frank.

Vous avez pas l'air dangereux, mais on doit se méfier.

Je comprends.

Voici les techniciens. Jimmy, John, Dobie, Jack.

Et M. Reginald Kingsley.

- Ravi. - C'est l'acteur.

Et Sally, on est chez lui.

- Et Wheelock ? - Cette ordure.

Il est parti prendre une cuite, on est sans nouvelle depuis des semaines.

Quatre semaines. Et on n'a pas touché un sou.

Il a emporté la dernière paie.

- Le fils de pute. - C'est horrible.

- Vous êtes abandonnés ici. - Et c'est pas vraiment Paris.

Ouais.

Bien sûr. Mieux vaut que j'envoie un télégramme. Où puis-je aller ?

- Où vous voudrez. - Non, d'où puis-je en envoyer un ?

De la gare ferroviaire, M. Harrigan.

Oh, merci beaucoup. Appelez-moi Léo.

Margaret Reeves. Tout le monde m'appelle Marty.

Enchanté, Marty.

- Ravi de vous rencontrer, Léo. - Pareillement, Frank Frank.

Eh bien...

- Je crois que c'est à vous. - Oui. Merci.

Messieurs, le télégramme.

J'aimerais télégraphier Chicago. C'est une urgence.

Dans ce cas, essayez la cabine publique.

Voyez si ça marche. Personne n'a appelé aussi loin que Chicago.

Le téléphone. Bonne idée. Ce sera plus rapide.

Allô, le central. J'aimerais appeler Chicago, dans l'Illinois.

Kinegraph. K-I-N-E graph.

Oui, et c'est un appel en P.C.V.

- Oui. - Votre nom ?

Harrigan. H-A deux R-I...

- Comme la chanson. - Exact.

De George M. Cohan, oui.

- Ça sonne. - Merde alors !

- Kinegraph. - Mabel ?

Léo Harrigan. Puis-je parler à M. Cobb ?

Elle a l'argent.

Elle essaie de me le passer. Il a trois réunions.

- Bon. - C'est toi, Harrigan ?

- M. Cobb ? C'est lui. - Où es-tu ?

- M. Cobb, je suis à Cucamonga. - Wheelock est là ?

Non. Il est parti se soûler.

- Il a disparu. - Disparu ?

- Il hurle. - Sale poivrot d'Irlandais...

Il est parti avec l'argent.

- L'argent ! - Il hurle encore.

Je vais le faire décapiter.

Je suggère que vous envoyiez de l'argent à ces braves gens,

pour qu'ils soient payés et...

Et ensuite, vous devriez dissoudre le groupe.

- Non. - Dissoudre le groupe ?

Plus de boulot.

Oui. Vous envoyez l'argent sur-le-champ.

Et vous voulez mes histoires. Oui, elles sont prêtes.

Que je fasse quoi ?

- Non, je doute que... - C'est un ordre !

Vraiment. Je sais, mais ce n'est pas... Non.

Je ne l'entends plus. Allô, M. Cobb...

Allô, allô, allô...

Il veut que je réalise le film.

Bonjour, Sally. Bonjour.

Bonjour, petite. Tu as retrouvé ton chien.

- Arrête, Léo. - Pardon ?

Je parlais pas à vous, mais à Léo.

Le chien s'appelle Léo. Bonjour à tous.

- Bonjour. - Bonjour.

Quelle belle matinée !

- C'est qui ? - Le réalisateur.

Ah oui ?

- Frank Frank. - Monsieur.

- Je peux vous parler ? - Oui, monsieur.

On revient.

Qu'y a-t-il ?

Frank, pour être franc, je ne sais pas comment faire.

- Quoi ? - Réaliser un film.

- Ah non ? - Non.

Mince !

Ne dites pas ça. Je suis extrêmement nerveux.

Désolé. Vous portez toujours des vêtements trop grands ?

Ce ne sont pas les miens.

- À qui sont-ils ? - Je n'en sais rien.

Vous ne savez pas comment réaliser...

Ni à qui sont ces vêtements, c'est exact. Autre chose ?

Hé.

- Vous n'avez pas vu Cobb réaliser ? - Non, j'écrivais. Comme c'est humiliant !

Du calme. C'est très simple. Vous y arriverez sans mal.

- Vous croyez ? - N'importe qui peut le faire.

Vous voyez, là-bas ?

- Marty et Kingsley ? - Oui.

- Qui se maquillent ? - Oui.

- Ce sont les acteurs. - Merci beaucoup.

Bon, et là, la boîte sur le trépied ?

- Oui. - Et John qui la recouvre ?

- Oui. - C'est la caméra.

Pour commencer, vous me dites où la mettre.

Où la mettre ?

Je suis le cameraman.

- Ah oui ? - Absolument.

- Eh bien, bonjour. - Bonjour.

- Léo. - Frank.

- Non, Léo. - Oui, je sais.

Continuez.

Ensuite, vous dites aux acteurs ce qu'ils doivent faire.

Vous me dites de filmer, et quand vous en avez assez,

- vous me dites de couper. - De couper.

Et vous recommencez pour la scène suivante. C'est tout.

- C'est tout ? - Oui.

- C'est tout ce que D.W. Griffith fait ? - Oui, plus ou moins.

On m'a dit que Griffith ne dit pas "coupez", mais "cessez".

- Griffith dit "cessez". Je peux le dire aussi. - Alors vous pouvez réaliser un film. Allez.

Très bien. Allons-y.

Bonjour à tous.

Bonjour.

- Bonjour. - Bonjour.

Bonjour.

Bien...

- Dobie, exact ? - Oui, monsieur.

- Oh, pas de "monsieur". - On dit toujours "monsieur" au réalisateur.

Vraiment ? Désolé.

L'histoire qu'on tourne aujourd'hui s'appelle La Vengeance de Luc. Vous serez Luc.

Pardon, M. Harrigan,

Reginald Kingsley, de la scène théâtrale de New York.

C'est à moi que reviennent les premiers rôles. Je serai Luc.

- Bien sûr. - Que m'arrive-t-il ?

Dans la première scène, le cheval de Luc le désarçonne, et il meurt.

Luc meurt dans la première scène ?

- C'est exact. - Alors ça ne sera pas moi.

- Peut-être pourrait-il être juste blessé. - Je ne tombe pas de cheval.

Je vois. Eh bien...

Quelqu'un sait comment nous pourrions tuer Luc ?

- Une balle. - Mais ça doit être un accident.

Il pourrait se tirer dessus.

On perdrait la portée dramatique recherchée.

Une morsure de serpent à sonnette.

- Tu as parlé, petite ? - Une morsure de serpent à sonnette.

Un serpent à sonnette. Très bonne idée.

Sauf que nous n'en avons pas.

- Quelqu'un d'autre a-t-il... - Moi, si.

- Un serpent à sonnette ? - Oui.

- En jouet ? - Un vrai. Il s'appelle Robert.

Robert, le serpent à sonnette ?

- Oui. Ça vous coûtera 5 $. - 5 $ ? Pour la journée ?

Pour deux heures.

- Très bien, petite. - Alice.

Très bien, Alice, on peut le voir, ou faut-il payer ?

Non, c'est gratuit.

Elle a un serpent à sonnette.

- Oui. Incroyable. - Merde alors.

- Le voilà. - Tu as fait vite, petite.

- Alice. - Alice. Voyons voir.

Il m'a mordu.

On peut mourir d'une morsure de...

- Je pourrais mourir. - Sapristi, il s'est fait mordre !

Petite, ton serpent a mordu ce jeune homme.

Ne vous en faites pas. Il n'a plus de poche à venin.

Il est inoffensif. Ils font cette blague à tous les réalisateurs.

- C'est drôle. - Oui.

- On l'a ! - Buvez, vite.

- Qu'est-ce donc ? - Un remède indien ancestral.

- Chipawau. - Mais...

Avalez-le d'un trait, qu'il arrive au cœur avant le poison.

Comme ça, il désinfectera le cœur et coupera la route au poison.

- Vite. - Dieu du ciel.

- Frank Frank ! - Monsieur, monsieur !

La caméra sur Ronald.

- Robert. - Robert.

- C'est fait. - Kingsley ?

M. Harrigan.

- Mettez-vous à côté de lui. - Je ne joue pas avec des reptiles.

- Que faites-vous, alors ? - Je donne dans le sentiment.

Alors tant pis.

- Filmez Roger. - Robert.

- Robert. - Tout est prêt.

- Frank, tournez la manivelle. - Ça tourne.

On va faire du cinéma. On va faire du cinéma, j'ai dit.

Il y aura du drame, des sanglots.

Il y aura de la comédie, du pathos.

Il y aura du suspense, de l'amour !

Et si un salaud du monopole...

J'ai dit que si un salaud du monopole...

- Où est-il ? - Sur le toit.

Il est là, ce fils de pute.

- Sur le toit. - Donnez-moi une arme.

Tuez-le !

Qui est-ce ? Ne le tuez pas.

- La caméra n'a rien ? - C'était moins une.

Ne le tuez pas !

Ces salauds des brevets.

Des brevets ? Ne le tuez pas. Laissez-le-moi.

Ces salauds des brevets m'avaient pas dit qu'ils riposteraient !

Bravo, monsieur. Venez, les gars.

- On est avec toi, Dobie. - Reste là, Marty.

- Que je reste là ? - Où est Léo ?

- Je suis là. - Pas vous.

Ne le laissez pas s'échapper.

Attendez-moi !

Du calme, le cheval.

Ne tirez pas, attention au cheval !

- Plus la peine de lui courir après. - Non, c'est Ouragan.

- Il est... - Foutu.

- Merde alors. - Ohé ! Où est tout le monde ?

- Arrêtez ce... - Voyez-vous ça.

Arrête. S'il te plaît.

Descendez de ce cheval immédiatement.

Je souhaite vous parler.

Attention !

Il a essayé de me tuer.

Du balai, les poulettes !

- Pas si vite. - Il va avoir besoin d'aide.

- Bon Dieu. - Venez.

Venez. Il va y avoir de la bagarre.

- Je le tiens. - Je veux pas me battre.

On le tient !

- Bouge plus. - Il résiste !

Vous êtes formidable.

J'aime pas me battre contre les femmes et les enfants !

- Arrêtez de gigoter. - Vous m'avez frappé.

Vous avez tiré sur ma caméra, espèce de salaud du monopole.

Je déteste les ivrognes sentimentaux.

Vous ne me laissez pas le choix.

Tenez-moi ça.

Debout. Debout, sale rat.

Vous avez beaucoup d'aide, monsieur.

Que personne ne m'aide ! Quoi qu'il arrive !

C'est pas une bonne idée, Léo.

Si. J'ai été sacré champion de boxe de ma classe à l'Université de Chicago.

La bagarre, ça me connaît. Debout, sale lâche.

Si c'est ce que vous voulez !

Posez-moi ! On ne suit pas les règles du marquis de Queensbury.

Je savais que c'était pas une bonne idée.

- Allez. - Je ne veux pas me battre.

- Allez, sale lâche. Levez les poings. - Non.

Je vous préviens, j'élève des alligators.

- Quoi ? - Des alligators...

Je vous avais prévenu...

- Ça alors, sacré... - Boxeur.

- Merde alors. - Harrigan se débrouille bien.

C'est pas encore fini.

Vous m'avez donné un coup de pied !

- Pas de coups de pied. - Non !

Quel coup bas ! Vous avez vu ?

- Si, on peut ! - On ne mord pas.

- J'étais pas prêt. - Et maintenant ?

Oui.

Suit-on les règles du marquis de Queensbury ?

Oui.

Ce ne sont pas les règles...

Bravo, Léo ! Frappez-le !

Pas de coups de pied.

Pause. Attendez !

Allez, l'étranger !

- Vous permettez ? - Oui, allez-y.

- Vous n'avez pas confiance ? - Non.

Les règles du marquis. Allez.

Vous auriez de l'eau ? Je suis mort de soif.

Arrête ! Lâche-moi !

Bravo, patron. Léo, lâche-le.

Léo, il est de notre côté.

- Vous abandonnez, j'imagine. - Certainement pas.

- Debout. Approchez, sale lâche. - Vous m'énervez.

Hé, il danse comme Léo.

Allez, l'étranger.

Aidez-moi à me relever.

Ne les laissez pas s'échapper !

Vous abando...

- Non. - Non.

- Vous avez soif ? - Très.

Bien.

On dirait qu'il n'y a plus que mon établissement.

Suivez-moi, les amis. C'est ma tournée.

Merde alors.

J'ai jamais vu une bagarre comme ça.

Tenez, patron. Bravo, vraiment.

Je crois bien que vous portez mon pantalon.

Ça alors, c'est le mien !

- Celui-ci ? - Oui.

- Vous portez ça ? - Classe, hein ?

Comment... Attendez. Avez-vous rencontré une fille ?

- Myope comme une taupe ? - Qui vous dit "Crotte".

- Qui tombe beaucoup. - Kathleen.

Cooke.

- Mon Dieu. - Ça alors.

- Je vous félicite, vieux. - Léo.

Vous avez une sacrée gauche pour un gars du Nord.

- Vous aussi. - Merci.

- Et vous savez quoi ? - Quoi ?

Vous me plaisez bien.

Vous êtes de la jaquette ?

Non. Vous avez pensé à faire du cinéma ?

J'essaie d'en sortir.

- D'échapper au monopole. - Ça vaut pas le coup.

- Vous êtes un sacré cavalier. - Y a pas meilleur que moi.

Si on buvait un coup ? Voyons si on peut s'entendre.

D'accord, si vous arrivez à me relever.

Dites-moi quand vous avez rencontré ma belle.

Votre belle ? Quand l'avez-vous rencontrée ?

Au printemps, à New York.

Alors je l'ai vue le premier, à Chicago.

Bien avant qu'elle ne pense à aller à New York.

- Vraiment ? - C'est indéniable.

- Nous voguions sur le lac Érié. - Je l'ai emmenée voir mes alligators.

On dirait qu'on a un nouveau premier rôle.

- Oui. - Quel nigaud.

AINSI, un été plus tard, non loin de Cucamonga...

Un instant !

Mlle Cooke, plus de légèreté ! Quelle empotée...

- J'essaie. - Je trouve qu'elle danse bien.

- Quoi ? - Pas toi, Jim ?

- Oui, très bien. - Qui diable êtes-vous ?

On a appelé pour votre ballon, l'équipe de cinéma.

- Duncan ? - Oui.

Les filles, prenez une pause. Le ballon vous coûtera 50 $ par jour.

- Je vous en donne 30. - J'ai dit 50.

- Alors 25. - J'ai dit 50.

- Alors 20. - Tu viens de dire 25 !

- Marché conclu. - Quoi ?

- C'est votre fille ? - Dieu merci, non !

Je m'appelle Alice. Et vous ?

- Kathleen. - J'aime bien ce nom.

- Et moi le tien. - Je le déteste.

Pourquoi ? C'est joli.

Non, on ne peut pas le raccourcir.

Ou ça fait "Al", c'est débile. On peut m'appeler qu'Alice.

Hé, petite !

- Ce chien est vicelard. - Tenez, votre argent.

- Ce clébard est à toi ? - Viens, Léo.

Ravi, monsieur.

Une Alice devrait vivre dans un palais. Avec mon prénom, ça ne marche pas.

Il n'y a que 25 dollars.

- Comme prévu. Salut, Kathleen. - Au revoir, princesse.

- Princesse ? Pourquoi ? - Qui vit dans les palais, à ton avis ?

Ah, oui.

Pas si vite, jeune fille.

Je m'en fiche, je refuse de faire ça.

Je t'ai déjà menti ?

- Oui, plusieurs fois. - C'est faux.

La Revanche de Luc, Serpents à sonnette et Baril de poudre...

J'essaie de rendre confortables des situations inconfortables.

- Arrête ton char. - C'est le rôle d'un réalisateur.

J'aime pas être en l'air.

Mais tu l'es, sur un cheval !

Bien vu. J'irai pas plus haut qu'un cheval.

Bien. Ça fait quoi, trois ou quatre mètres ?

- Deux, maximum. - Un poney.

Cheval, poney, je monterai pas plus haut.

Tu veux que tout le monde croie que tu as peur ?

J'ai peur. Un cheval, ça touche terre. J'ai pas encore envie de monter au ciel.

- Bon. Dobie. - Pas plus haut que deux mètres.

- Arrête-le à deux mètres de hauteur. - Je monte pas plus haut.

- Deux mètres ! - Marty !

- Oui, Léo. - Oh. Tu arrives en courant quand je crie.

- Oui, Léo. - Vas-y.

- Monte dans ce machin. - Oui.

- Vous avez vu ça ? - Tenez-le bien.

- Ne perdons pas notre premier rôle. - Je te tiens, ne t'en fais pas.

Tout est prêt, Alice ?

- Princesse. - Quoi ?

- Princesse. - Alice devrait vivre dans un palais.

- Vous êtes tous devenus fous ? - Pas assez pour monter là-dedans.

- Quoi ? - Tu parles d'une équipe !

Bon, fais-le monter à 10 mètres.

Non ! Mlle Cooke ! Veuillez reprendre depuis le début.

Écoutez bien, je peux changer le titre

à Trois Demoiselles en un clin d'œil.

Faites donc, vieille crotte de bique.

Comment m'avez-vous appelé ?

Vieille crotte de bique ! Vieux rabougri.

Salue de la main. Et souris, l'air victorieux.

Le monde est à nous. Sois naturel.

Deux mètres, pas plus.

De nouveaux horizons ! L'arrogance de la jeunesse.

- Harrigan, je vais te tuer. - C'est bien. Souris.

Je vais t'étrangler.

- Attention. - Quoi ?

- À l'aide ! - Mon Dieu, c'est elle.

- Bon sang. - Que s'est-il passé ? Où suis-je ?

Attrape-la, Jack.

- Kathleen ! - Tu la connais aussi ?

- Mlle Cooke ! - Tout le monde la connaît.

- Je fais quoi ? Je coupe ? - Tu plaisantes ? Filme.

- Ils dérivent ! - Alice, le camion.

Tous dans le camion ! Apporte la caméra. Allons-y.

Dans le camion ? Je n'ai jamais fait ça.

N'ayez crainte. Bougez pas. Je vais vous aider.

Je vais vous aider.

N'ayez pas peur. Attrapez la corde.

- Attrapez-la. - Où est-elle ?

Près de votre tête. Arrêtez de vous tortiller.

- Ça n'aide pas. - Je la vois.

- Je l'ai. - Accrochez-vous.

Accrochez-vous, mademoiselle.

Cooke, vous êtes virée, bon sang !

- Le camion, imbéciles. C'est notre ballon. - Vite !

Fonce, Alice. Suis-les.

On va louper le sauvetage.

Accrochez-vous. Tenez bon. On y est presque. Je vous tiens.

Prenez mes mains.

- Mes mains. - J'essaie.

- Je vous tiens. - Ah.

On y est presque. Allez, venez.

Bon.

M. Greenway, vous avez une moustache.

- Mlle Cooke. - J'ai trébuché.

- Levez-vous ! On ne vous voit pas. - Harrigan, je vais te pulvériser.

- Harrigan ? Léo Harrigan ? - Je vais vomir.

Faites comme quand la nacelle a failli se retourner, c'était bien.

Je vais t'étrangler !

Ne regarde pas la caméra, demeuré ! Sois naturel.

- Si j'avais mon fusil. Bon sang ! - Ne regardez pas en bas.

Je ne vois rien, alors je n'ai pas peur.

- Vous êtes aussi folle que lui. - Ne regardez pas en bas.

- Non ? - C'est ça. Ne regardez pas.

- Je ne regarde pas. - Enlève tes mains du visage.

- Joue la scène. - Que fait-il ?

- Il fait un film. - Comme au cinéma ?

C'est formidable. Je n'en ai jamais vu.

Et il est possible que vous n'en voyiez jamais.

De l'assurance ! Tu es un explorateur.

- Voyons, Alice ! - J'y peux rien. Y a pas de route.

- Mais fais attention. C'est comment, Frank ? - Bien, entre les bosses.

Ils vont vers la voie ferrée.

- Et alors ? Suis-les. - Un train arrive.

Quoi ?

J'essaie de passer avant lui ?

- Oui. - Accrochez-vous.

- Ou peut-être pas. - Je peux y arriver.

Non, Alice.

- Je peux ! - Non !

- Si ! - Alice, non !

Je vous salue Marie, pleine de grâce.

Dommage qu'ils l'aient pas percuté.

- Vous entendez un sifflement ? - De quel genre ?

- Comme de l'air qui fuit. - Très drôle.

Fonce, Alice. Suis-les.

Mon Dieu, vous avez raison.

Vous avez vu ça ?

- Incroyable ! - Ça tourne toujours.

Continue. Alice, arrête-toi sur la voie.

Quel plan ! Embrasse-la, bon sang !

- Il dit que je suis censé vous embrasser. - Oui.

Après tout, c'est le réalisateur.

Parfait.

Continue encore un peu, Frank.

Fermeture à l'iris. Et cessez. Coupez. Terminé.

Allez, on remballe. Allez les chercher. Faites revenir le train.

Mon Dieu, comment allons-nous les récupérer ?

Ça m'a l'air d'être sacrément bon, Léo.

- Merci, Sally. - Prends une bière.

Bon ? C'était super.

Même M. Griffith ne fait pas des trucs comme ça.

Pas par accident, en tout cas.

Et si on applaudissait le cameraman ?

Que vient faire mon rôle dans l'histoire ?

Kingsley, vous ne reconnaîtrez jamais un bon film.

Reggie a raison. C'est ce qui m'embête.

Que va-t-on faire de tout ça ?

Quelle est l'intrigue ? Que fait cette fille dans cet accoutrement ?

- Et qui est-elle ? - Mystère.

- C'est... - Kathleen, c'est ça ?

- Kathleen Cooke. - Oui, mais qui est-elle dans l'histoire ?

- Je vois. - Je n'y avais pas pensé.

- C'est un... - Problème.

- Merde alors. - Oui.

Ils sont follement amoureux,

mais ils sont de deux clans ennemis depuis toujours.

On leur a interdit de se revoir.

Alors le garçon décide de s'envoler dans son ballon

et d'explorer les grandes régions inconnues de l'Afrique et d'oublier son seul amour.

Mais au dernier moment, elle défie son père

et s'enfuit pour le rejoindre.

Elle trébuche et se retrouve dans le ballon, qui se pose sur un train

qui les emmène en Afrique où ils vécurent heureux.

Ça pourrait s'appeler Le Ballon de Roméo.

C'est fantastique.

Alice, tu viens de régler...

Je jouerai le père. Ne remettez plus les pieds ici, jeune homme.

Un instant.

Et tout ce qu'on a déjà tourné avec Buck et Marty ?

Elle pourrait jouer sa sœur. Elle change juste de titre.

- Ça me plaît. - Oui.

Tu veux bien jouer la sœur ?

Je ne peux pas incarner son frère.

Et pour l'argent...

Ça fera 15 $.

Quinze dollars ? Tu as tout piqué à William Shakespeare.

Et après ? Tu voles tout au Saturday Evening Post,

et on te paie bien.

- Ça va mieux ? - À un petit souci près, oui.

Ils reviendront.

- Ça ne fait que deux jours. - Un jour, une nuit et un jour.

Hé, regardez.

Le train a livré The Gazette, et on nous voit.

- Y a une photo. - Regardez.

Vous et moi, on dirait. Pour de vrai.

Pour de vrai.

- Je ne me vois nulle part. - Moi non plus.

Ces salauds du monopole vont savoir que Buck a menti.

- Sur notre présence ici ? - Oui.

- Ils ne lisent pas The Gazette, si ? - Léo a raison. Filons d'ici.

- Merde alors. - Oui.

Eh bien...

- Où allons-nous aller ? - Mystère.

- La ferme aux autruches. - Je croyais que tu avais parlé d'autruches.

C'est bien ce que j'ai dit. J'en ai une à La Mesa.

Il n'y a plus que cinq autruches et tante Lula.

Vous me verseriez un loyer.

Jamais vu de cheval aussi haut, Harrigan.

- Tu me dois deux billets de train. - Qu'as-tu fait à ta moustache ?

Ne change pas de sujet.

Disons qu'il était un peu plus haut que je le pensais.

Bonjour, Mlle Cooke, ça faisait longtemps.

- M. Mulligan. - Harrigan.

Une idée du coup de sabot qu'un tel cheval peut donner ?

J'imagine que je vais vite le découvrir.

- C'était comment ? - Super. Content de te revoir.

Super, à part le moustachu pétrifié.

C'est ce qu'on m'a dit.

Bonjour. Marty.

Enfin, tu as été couvert par la nouvelle actrice principale.

J'espère que vous voudrez bien le devenir, Mlle Cooke.

M. Harrigan, il se trouve que je suis libre en ce moment.

- Lui, c'est John. - Bonjour.

- Jack. - Salut, Buck, ça va ?

- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ? - Alice, raconte-leur la fin.

Princesse.

- Le Ballon de Roméo. - Ah, oui.

Ça finit bien. Ils se marient.

Ils se marient ? Super idée. Un mariage tribal africain.

C'est ce que j'allais dire.

- On va convoler. - Je viens de le dire.

Non, c'est moi.

Tu parles du film. Là, c'est pour de vrai.

On le fera dès que j'aurai trouvé un prêtre.

Pas vrai, Kathy ?

On dirait que demain, je vais perdre un tas de bons clients,

alors pour l'heure, c'est ma tournée.

Venez.

Attention. Attention.

Je te ramènerai à la maison, Kathleen

Je traverserai l'océan et ses tempêtes

À toi, Buck.

Là où ton cœur a toujours été

Là où tu es devenue mienne

Tout le monde !

Tu as perdu ton teint de rose

Viens, Léo.

Je l'ai vu te quitter jour après jour

Je veux bien, Jack. Ça va ?

La gaieté a quitté le timbre de ta voix

Tes chers yeux sont gorgés de larmes

Plus haut.

Je te ramènerai, Kathleen

Là où ton cœur ne souffre jamais

Oh, merci.

- Tu m'as coupé l'herbe sous le pied. - Fallait être plus rapide.

Je te ramènerai chez toi

Jurez-vous de l'aimer, de la chérir

dans la santé et la pauvreté jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

- Bien sûr. - Dites "Oui".

Oui, aussi.

Et vous, très chère, promettez-vous de l'aimer...

Oh, non. Coupez.

- Coupez. Cessez. - On cesse.

Alice, dis à Matilda de sortir du plan.

- C'est Randolph. - Alors dis-le-lui.

Il est censé être dans le plan suivant.

- Tante Lula. - Il n'a qu'à le dire à Randolph lui-même.

- C'est lui, le grand réalisateur. - Merci de votre aide.

- Je recharge. - Rapproche-la un peu.

Je me rapproche.

Randolph, va mettre la tête dans le sable.

- Du balai. - On se marie ou pas ?

Pas encore.

J'ai perdu le fil il y a cinq heures.

Non, pas encore.

- Pas encore ? - Non.

Je peux avoir de l'eau ? Il fait chaud en Afrique.

Et des grands canards ?

- Le... - Voilà.

Dobie, tu ne peux pas l'attraper par le cou et la retenir ?

C'est que les autruches se rebiffent.

Elles sont féroces. Tu as vu leurs pattes ?

Et méchantes.

- Merde alors. - C'est qu'un oiseau.

- M. Harrigan. - Un instant, mon père.

Faites de votre mieux, les amis.

Qu'y a-t-il, Logan ?

Quand leur direz-vous que je suis un acteur, et pas un prêtre ?

- Ils veulent que je les bénisse. - Alors, bénissez-les.

Gardez le secret. Je leur dirai bientôt.

Tu veux bien demander à Alice d'être notre demoiselle d'honneur ?

Il en faut une, mais elle refuse de se maquiller en noir.

C'est compréhensible. Ils ont l'air ridicule.

Pourquoi tu dis ça ?

Je n'y peux rien. Cobb refuse d'envoyer plus d'argent pour des figurants.

Il a dit : "Brûle des bouchons et noircis les techniciens."

M. Harrigan, pourrait-on inclure quelques répliques d'Othello ?

Ce fut mon plus grand triomphe sur la scène théâtrale.

"Qu'elle soit damnée, l'infâme traîtresse !"

- Entendu, Reginald. - Bien.

- En place. - Oui.

Qu'on en finisse.

Le mariage n'en finit pas, ça me prive de ma lune de miel.

J'ai le cœur brisé.

- Mlle Cooke. - Kathleen.

Connaissez-vous la loi de Mulligan ?

- Je ne crois pas. - Voilà ce qu'elle dit.

Il n'est jamais trop tard.

- Mulligan. - Ma flamme est loin d'être éteinte.

Salut, beauté.

Shakespeare. Un Français, pas vrai ?

Pourquoi tu boudes ?

Tu m'entends ?

- Non. - Quoi ?

- Je boude pas. - Si.

Crache le morceau.

Tu devais m'apprendre à monter à cheval.

- Je le ferai. - Menteur.

Si. Dès qu'on sera entourés de créatures à quatre pattes.

Tu monteras peut-être mieux que moi.

- C'est pas difficile. - Non.

Pourquoi tu dis ça ?

Tu vas te marier.

Je suis fou d'elle.

- Tu la connais depuis une semaine. - Une seconde suffit.

La première fois que je l'ai vue, mes dents transpiraient presque.

Et puis, je suis pas si bon cavalier que ça.

- Je croyais que t'étais le meilleur. - Je suis le meilleur menteur.

- Bon, si tu m'apprends vraiment... - C'est sûr.

- On pourra le faire que tous les deux ? - Je garderai les chevaux ?

- D'accord. - Ça marche.

- Il nous faut une demoiselle d'honneur. - J'y vais.

Salut, trésor.

- Toutes mes félicitations. - Merci.

C'est bon ?

Non, mais ça ne gêne pas le prêtre.

Ce mariage traîne en longueur.

Tu sais quel jour on est ?

C'est vendredi, non ?

Il n'y a pas un mets que les catholiques ne mangent pas ce jour-là ?

Il mange de la viande ?

Oui. Comme un acteur affamé.

- N'est-ce pas, mon père ? - Quoi ? Pardon ?

- C'est louche, tout ça. - Tu trouves ?

- Tout le monde en place. - Drôlement louche.

Père Logan. Les mariés.

Mon père, je dois me confesser.

- Vous m'écouteriez ? - Plus tard, mon fils.

Vous confessez, mon père ?

Bien sûr, mon fils. Je vous bénis.

Silence. Buck, il ne manque plus que le baiser.

Ça tourne. Mon père, pas vous.

Vite, allons-y. Qu'est-ce qu'on attend ?

Coupez. Elle est censée être ta femme, pas ta sœur.

Tous ces gens autour...

Prends-la dans tes bras. Amène-la vers toi.

- Merci. C'était pas la peine. - Allez, ça tourne. Soyez naturels.

C'est parfait. On continue encore un peu.

Fondu au noir et coupez.

- La luminosité est parfaite pour le final. - Tous au camion !

On y va. Vite. Le soleil décline.

Merci beaucoup, mon père. Un mariage fabuleux.

On se parle plus tard.

- Est-on vraiment mariés ? - Ne t'en fais pas, Kathy.

- Et maintenant ? - Un instant. Tante Lula !

Tenez-vous prête.

- Vite. Je dois cuisiner ! - Silence !

- Montez. - Montez.

Dansez avec vos lances, bougez les bras.

Allez. Et vous partez devant le coucher de soleil.

Jimmy, une petite musique romantique et rapide.

Et ça tourne.

- Ça va comme ça ? - Trop noir, et enlève tes lunettes.

Je devais avoir le visage noir.

Peu importe. Embrasse la mariée. Sois naturelle. Vite.

- Je suis censée t'embrasser. - Vas-y.

- Bonne chance ! - Kathleen, lance le bouquet !

- D'accord ! - Buck, démarre !

JEUNES MARIÉS

Très joli. Bien. Fermeture à l'iris. Et coupez.

Super. C'est bon. Revenez.

On va trouver un vrai pasteur, sale fils de pute.

Pardon, chérie. À lundi.

- Frank, laisse-moi t'aider. - Hein ? Il faut que je développe ça.

- Ça va ? - Oui.

La veille de NOËL 1913 est l'occasion d'une première visite

dans une ville appelée Los Angeles...

Entrez ! Ça ne coûte rien.

- Cinq cents. - Un nickelodeon !

Et si ça ne vous plaît pas,

c'est pas grave, ça ne dure que 15 minutes.

INTERDIT AUX CHIENS ET AUX ARTISTES

- On se sent bien accueillis ! - Sauf les deux Léo.

Le monde du cinéma vient s'installer ici.

On essaie de s'en prendre à vous.

Qui veut se sentir respectable ?

Harrigan, on a trouvé un cinéma.

- Moi. - Ça ne risque pas.

- Où ça ? - Au bout de la rue.

- Ça alors. - J'aime mon mari.

Messieurs.

Si vous vous moquez, je vais rendre mon costume.

Pas moi.

Je me sens gai. J'ai l'impression d'appartenir au vieux continent.

Oui. H.H. Cobb vient jusqu'à Los Angeles,

soyons sur notre 31.

- Hé, vieux... - Frank ?

Pardon.

Mon second Noël loin de chez moi.

Chicago te manque ?

- Les tramways ? - Il y en a ici aussi.

Prenons une photo de Noël.

- Oui. - Il n'y a pas de neige.

J'oublie comment c'est.

Ça fond. Allez, allons au cinéma.

On va être en retard à la fête de Cobb.

- Il ne verra rien. - Joyeux Noël.

- Entrez. Qui a l'argent ? - Qui ? Oui, 30 cents.

Dégagez. C'est cinq cents. Que je ne vous vois plus !

- C'est vrai. - Arrête un peu, vieux.

Qu'est-ce que ça pue ici !

- Regardez, c'est Cobb. - Quoi ?

H.H. COBB présente "LA GRANDE PAGAILLE"

Oui, c'est drôle. Pourquoi passe-t-il ici ?

- Regardez, c'est... - Moi.

- C'est Robert. - Oui.

Pauvre Tuttle. Totalement désarçonné.

On n'a jamais tourné un film intitulé La Grande Pagaille, si ?

Non, c'est des images de...

- Serpents à sonnette et Baril de poudre. - Oui.

- Le Ballon de Roméo. - Oui.

J'ai l'air courageux, non ? Regarde-toi, chérie.

Le voyage ouvre vraiment l'esprit.

- J'ai jamais réalisé ça. - Mais on a tourné ces images.

Les intertitres ne sont pas les bons.

- Silence. - Regardez.

C'est Matilda.

- Non, c'est Randolph. - Non, c'est Randolph.

- C'est pas... - La Fierté du Pacha.

- Des images de Grottes et Massues. - Oui.

- C'est moi. - C'est nous.

Oui. C'est bien moi.

- Ça n'a aucun sens. - Oh que si. "Ça rend riche."

Et maintenant ?

C'est n'importe quoi.

Ce salaud de Cobb a remonté nos films.

La fille de ses rêves.

- Je me souviens de celui-là. - La Culpabilité du bandit armé.

Le rêve de Tuttle se réalise.

- Où vas-tu, Léo ? - Léo ?

- Tu étais merveilleux, Buck. - N'est-ce pas ?

- Alice ? - Le film que vous venez de passer,

où est-il ?

Ne me frappez pas, ma mère est mourante.

J'en sais rien. On ne passe que des films du monopole.

Ce petit est venu vendre sous le manteau des trucs indépendants.

Vous passez toujours les mêmes !

Fermez-la tous les deux et donnez-moi mon film.

- Votre film ? - Il l'a réalisé.

- Elle l'a écrit. - Et moi, je joue dedans.

Si vous ne me le donnez pas, méfiez-vous...

Attention !

Il est même pas chargé.

- Ne me frappe pas, j'ai une mère mourante. - Je l'ai !

- Harrigan ! - Allons-y !

Je vous rejoins au camion. Vite.

C'est dedans que ça se passe.

Que faites-vous dehors ? Entrez.

- Ils doivent amasser les petites pièces. - C'est sûr.

Buck, je crois qu'on nous suit.

Non, ils doivent aller dans le même sens que nous.

- Non, ils nous suivent. - Filons.

Harrigan !

Vous avez décidé d'emmener toute la ville ?

C'est toi qui as volé le film.

- Que voulez-vous ? - C'est notre film.

On doit le montrer au patron. Le montage est erroné.

On vous le rendra plus tard.

- Que se passe-t-il ? - Vous faites du cinéma, non ?

- Quoi ? - Vous êtes pas des artistes ?

Si. Je le crains. Peut-on se faire arrêter pour ça ?

- Comment vous appelez-vous ? - Moi ? Buck Greenway.

- Ne leur dis pas ton nom. - Pourquoi ? J'ai rien volé, moi.

Et vous, mademoiselle ?

- Moi ? - Non, l'autre.

Moi ? Kathleen Cooke. Et vous ?

- Moi ? - Venez, filons.

Je vous ai vue dans Le Ballon de Roméo.

- C'est vrai ? - Oui.

On vous adore à l'écran, M. Greenman.

- Oui. - Vraiment ?

- Merci. C'est Greenway. Buck. - Je réalise leurs films. Léo Harrigan.

- Je ne vous ai jamais vu. - Vous avez joué dans plusieurs films ?

Non, je ne joue pas dedans, je les fais.

- Il se contente de les faire. - Pardon ?

- T'as bien entendu. - On peut avoir un souvenir, Buck ?

- Un souvenir ? - Pour que nos amis nous croient.

Ça serait avec joie, mais c'est pas nos vêtements.

- On les a loués. - Un nœud pap, c'est rien.

- Je l'ai, Beth. - Filons.

- J'ai son col, Morgan. - Que faites-vous ?

Mon chapeau !

Allez, Léo, mords.

Kathy, Kathy !

- Votre nom ? - D.W. Griffith. Notez bien.

- Kathy. - D.W...

- Ils sont fous ! - Léo, arrête.

Revenez ici, M. Griffith.

- Ils sont fanatiques ! - Sans blague !

Des fans de cinéma. Un incident de la sorte s'est déjà produit.

- Partons vite d'ici. - Alice ! Fonce.

C'est terminé. Ils sont attendus.

Allez, partez ! Arrêtez.

D'espace, j'ai dit.

Nous avons besoin de plus d'espace.

Quand tout a commencé, on nous donnait un mois.

Mais le ketchup a pris.

- On dit la mayonnaise. - C'est pareil.

- De l'espace ! - Il y a six ans,

il y avait 4 000 nickelodeons dans ce pays,

aujourd'hui, il y en a trois fois plus.

Ils se multiplient plus vite que les lapins.

Et que requièrent ces lieux de divertissement à cinq cents ?

- Des lapins. Des produits. - Des produits !

- Bien dit, M. Cobb. - Et comment !

Où en est-on de cette histoire dans le désert ?

Allez, je m'endors.

L'Irlandais ! L'homme de la situation.

Steve, leurs manteaux. Servez-leur à boire.

- Votre manteau ? - Non, merci, il y a des courants d'air.

- Monsieur ? - Je préfère le garder.

Harrigan, fais travailler tes méninges.

Deux types privés de nourriture, d'eau et de chevaux dans le désert.

- Que leur arrive-t-il ? - Ils meurent.

- Dans une comédie. - M. Cobb, je...

- C'est Chicago, H.H. - Je prends l'appel ici.

- M. Cobb, asseyez-vous. - Je ne suis pas fatigué.

Vous le serez bientôt.

- Vous avez bu ou quoi ? - Laissez-moi parler.

Et pour une fois, vous allez écouter ce qu'on vous dit.

Cela fait deux ans que j'erre dans les grands espaces du sud-ouest

de ce pays et que je fais des films religieusement pour vous.

Je le fais avec mes partenaires ici, qu'il vente, qu'il pleuve,

- dans la canicule ou le froid glacial. - Glacial.

- Nous sommes-nous déjà plaints ? - Parfois.

- Jamais. - Jamais.

- Jamais. - Jour après jour,

tournant avec zèle la manivelle, filmant chaque semaine autant que...

- Entre 900 et 1 200 m de pellicule. - De grand divertissement,

qu'on vous envoie

- à Chicago. - À Chicago.

En toute confiance.

- En toute confiance. - Oui. Et aujourd'hui... Non, merci.

Aujourd'hui, on passe devant un nickelodeon,

on décide d'y passer une heure de plaisir innocent,

et que voit-on, M. Cobb ? Quel affront nos yeux doivent-ils subir ?

L'un de mes films, bon sang.

Pas un, mais dix de nos films, bon sang.

Dix de nos meilleurs drames remontés par vous.

Massacrés pour n'en faire qu'un désastre où tout est déformé, tronqué, mélangé,

et donc incompréhensible.

Et en voici la preuve.

La Grande Pagaille !

- Le public riait-il ? - Là n'est pas la question.

- Il riait. - Nous sommes connus.

Trente-cinq dollars la semaine, c'est de l'exploitation.

- On veut plus d'argent. - On veut une garantie par écrit statuant

que vous ne pouvez pas réduire en charpie nos films.

Un contrat qui stipule que vous les montriez sans les retoucher.

- Et plus d'argent. - Voilà. J'ai tout dit.

Et nous aimerions toucher plus.

Les enfants, c'est la veille de Noël. Paix sur la terre et aux hommes qui l'aiment.

Vous êtes tous virés. Ne le prenez pas mal. Buvez un verre.

- On est tous virés ? - Mabel, paie-les.

- Steve. - Monsieur ?

Envoie un télégramme à la maison mère

et fais remplacer nos amis qui nous quittent.

Clyde, parle-moi de ces hectares que tu veux vendre à Hollybush.

Hollywood.

On a toujours la ferme. Les autruches pourraient revenir à la mode.

- Bravo, Harrigan. - On est virés, bon sang.

- Au feu, Léo ! - Si on veut.

- Mon Dieu. - Mon film !

Éteins-le !

Mon Dieu.

Marty, tiens ça.

Il va falloir partir. Y a le feu.

Prenez les meubles et la nourriture.

On se retrouve dans le hall d'entrée, et appelez les pompiers.

- Ça va ? - Viens, sortons.

Hé !

Exercice d'évacuation ! Tout le monde dehors.

- Princesse, tu vois Kathy ? - Elle est avec Léo.

- Vous ! - Oh, salut.

- Vous avez toujours notre arme ! - Laissez-le.

Et notre argent.

Mais c'est Greenway !

Vous étiez fantastique dans La Grande Pagaille.

Vraiment ?

Ne vous en faites pas. Cet hôtel est en acier.

Musique.

Marty, je peux... Pardon. Marty.

Harrigan, au revoir.

- Ça n'a pas toujours été très marrant. - Quoi ?

Elle est amère, Léo. Je ne trouve pas les bons mots.

Ce n'est pas nouveau.

Il a fallu cet incendie pour que j'ouvre les yeux.

On se retrouve tous sans emploi.

Franklin, tu préfères travailler avec lui qu'être avec moi,

quel que soit le moment.

Attends un peu, c'est...

Envoie mes affaires chez Kinegraph à Chicago, tu veux bien ?

- D'accord. - Tu retournes chez Cobb ?

Et comment ! Il reconnaît le talent, lui.

Au revoir, trésor.

- Garde ta flamme. - Oui.

Adieu, Alice. Au revoir, Buck.

- Marty, où vas-tu ? - Parlons affaires, Greenway.

Nous sommes les films Atlantic et on débarque sur la côte Pacifique.

- Discutons. - H.H. Cobb.

Oui, ce foutu indépendant de Chicago.

Je n'aime pas cette musique. Assez.

- C'est compris ? - Harrigan, approchez.

Vous toucherez 50 $ par semaine si vous commencez lundi.

Qu'en dites-vous ?

- Cinquante ? - Non. Tu as raison, Léo.

- À qui est cette petite ? - On est des indépendants.

Cobb est dingue. Allez, plus fort. Noyez-les.

250 $ la semaine, c'est trop. Vous êtes trop généreux.

Un instant, il n'a pas dit 250 $, mais 50 $.

- Vous avez dit combien ? - Cinquante.

- Et vous ? - Cinquante.

- Cinquante, 50 et 50. 150, c'est bien. - Quoi ?

Vous voulez 150 $ la semaine pour quitter Cobb ?

- Nous y réfléchirons. - Non.

- Quoi ? - Elle a dit oui à 150 $ ?

- 150 $ ? - Oui.

- Oui, marché conclu. - Parker.

Léo, serrons-nous la main.

- Hé. - Merde ! Wally !

Attaque !

Il me mord le bras, Mike. Hé, attendez !

Une contre-attaque semble s'imposer, messieurs.

- Les neutres sur le côté. - Les neutres ?

À la loyale.

Vous avez vu ? Apportez-moi mon livre.

Je monte mes propres films, monsieur.

À ces prix-là, j'espère bien.

Je veux faire des films plus longs, quatre bobines.

Comme vous voudrez.

Partons, vieux, avant qu'il change d'avis.

Bonne année !

150 $ par semaine.

Où est leur studio, à Fort Knox ?

- Quelqu'un a l'adresse ? - Hollywood.

QUELQUES mois plus tard, au studio des films Atlantic...

C'est très bien. N'oublie pas qu'il fait très froid.

Tex, tu m'entends ? Tu comprends ce que je dis ?

Ne me regarde pas, ça ruinerait la scène. Aidez-les, donnez-leur de la neige.

Frank, parle au corniaud qui photographie Kathleen.

Il la fait ressembler à un éléphant.

Je peux pas ! Je suis prisonnier ici.

Tu devrais vraiment te raser.

Laissez mon cameraman tranquille !

Que ces galets tombent comme la pluie et crachez ce chewing-gum !

Princesse.

Tu as vu les scènes écrites pour Kathleen ?

C'est du délire.

Ne t'en fais pas pour Kathy. Tu devrais voir Buck.

Ils l'ont accoutré comme une poule.

Silence, Forsyte. Laissez-la tranquille, Harrigan.

On la paie pour écrire. Et faites taire ce chien.

- Il se calmera quand je serai parti. - Harrigan. Ça va mieux à Buck.

Allez, trésor, regarde en haut !

Bravo, encore. Tu es terrifiée. Penche-toi un peu plus.

Penche-toi. Et crie.

- Coupez. - Ça va.

Non, ça ne va pas. Tu joues mal.

Elle ne peut pas faire toutes ses cascades !

- Tomber de diligence... - Elle n'est pas censée tomber.

- Que se passe-t-il ici ? - Il se moque d'elle.

Que se passe-t-il ici ?

- Ça va, trésor ? - Oui.

- Je la tiens. - Je la tiens.

Sortez vous de là ! Je m'occupe de les diriger. Dégagez !

- Greenway, hors de mon plateau ! - Du calme, vous voulez ?

- On se parle plus tard, Kathy. - On se parle plus tard, chérie.

Non, occupe-toi de tes oignons et laisse ma femme tranquille.

Tu ferais mieux de t'occuper de toi. Regarde-toi ! Tu es ridicule.

Je le sais. J'ai l'air d'un débile.

Greenway, on vous attend !

Personne ne peut jouer dans cet accoutrement.

Moi, au moins, j'ai la moustache rapide.

Maintenant, délicatement.

- Enfin ! - Bon, ça tourne.

On y va.

Non, non, non, non.

Harold, si tu l'embrasses,

prends-la dans tes bras, embrasse-la sur la bouche.

Mais cette jeune fille joue ma fille.

- Il faudrait que je me mette à les lire. - Ça serait utile.

Ils les jettent devant ma porte comme le journal.

Comment voulez-vous que je me prépare ?

On déjeune encore en buvant, Harrigan ?

Ça explique peut-être votre retard.

Laissez-moi travailler avec mon équipe, et on sera dans les temps.

Atlantic veut des produits, pas des excuses. Et vite.

Quant à votre scénario Le Petit Métis, c'est nul.

On veut du divertissement, les Indiens, on s'en fiche.

C'est si long qu'il m'a presque fallu une heure pour le lire.

Combien de pages par jour dois-je tourner, M. Blacker ?

- Cinq. Minimum. Vous le savez. - Oui. Vous permettez ?

- Merci beaucoup. Cinq, c'est ça ? - Cinq.

Un, deux, trois, quatre, cinq.

Et voilà. Nous revoilà dans les temps.

Vous exagérez. Je suis à bout de patience.

Six mois que vous vous rebellez.

Vous et vos foutus amis.

Vous n'êtes qu'un fauteur de trouble. Un maudit voyou d'Irlandais !

Je ne voudrais pas vous contredire.

- Sûrement pas. - Hé, Harrigan.

Ne me balance pas tes problèmes dessus.

C'est terminé. Vous êtes viré. Dehors !

Prenez votre chèque et partez, ou je vous fais arrêter.

C'est compris ? C'est une propriété privée !

PROPRIÉTÉ PRIVÉE - DÉFENSE D'ENTRER

STUDIO LES FILMS ATLANTIC HOLLYWOOD - CALIFORNIE

Allons-y.

Viens.

On y est.

Pourquoi es-tu si nerveuse ?

C'est pour quoi ?

Je, je, je...

On vient chercher les affaires de Mme Greenway.

- Elle les a oubliées cet après-midi. - Qui a dit quoi ?

Que voulez-vous ?

- Ma, ma, ma... - Sa malle.

Mets tes lunettes. Il vaudrait mieux que tu y voies.

Bonne idée.

- J'ai oublié ma malle quand... - Où ça ?

- Avec les costumes, voyons ! - Surveille la petite maligne.

J'ai oublié ma malle quand...

- Pourquoi tremblez-vous ? - J'ai chaud.

- Il fait 10 degrés. - J'ai froid.

- Vous avez l'air d'hésiter. - J'ai chaud et froid.

Allons-y. Par là.

- Ça marchera pas. - Si.

Mais que personne ne laisse d'empreintes. J'ai lu ça dans une histoire.

- Hein ? - Des empreintes.

Des empreintes ?

Des petits dépôts de gras au bout des doigts.

Je sais pas toi, Buck, mais mes doigts sont pas graisseux.

Mais si, tout le monde. Et la police s'en sert.

Attention.

Retenez-le.

- Bien joué, Greenway. - Je suis pas un voleur, c'est pour ça.

On joue aux cartes ?

Où tu vas ? On y est.

- Ça dit département photo. - Viens, Buck.

La porte est là.

DÉPARTEMENT PHOTO

- C'est fermé à clé. - Frank va arranger ça.

Je m'en charge.

Tu veux prendre une de ces caméras ?

Balance une couverture dessus,

un indépendant doit se fournir.

- On est des indépendants. - Oui.

- Vite, tu entends ? - Buck, une allumette !

- Oui, rends-toi utile un peu. - J'aurais dû rester chez moi.

- Il faut combien de pellicule ? - Assez pour un film de quatre bobines.

- Le Petit Métis ? - Tu sais quoi, Léo ?

- Un film de quatre bobines ? - Vous êtes fous.

- Ou cinq. - Ça fait plus d'une heure.

Les films seront bientôt plus longs.

Personne ne reste assis au cinéma plus d'une heure.

Sarah Bernhardt, une. D.W. Griffith en est à deux.

- Allons-y. - Pas avec de la pellicule volée.

On dirait qu'il va pleuvoir.

- Je peux pas dire, j'y vois rien. - Je crois.

Maintenant !

- Ça va ? - Je crois que oui.

Gin.

- Comment je me débrouille ? - Mieux que moi. Je hais les chevaux.

Pourquoi on n'est pas venus en camion ?

Parce qu'on n'aurait pas pu franchir ce col.

"Gardez-vous, seigneur, de la jalousie.

"C'est un monstre aux yeux verdâtres qui prépare l'aliment dont il se nourrit."

C'est dans Othello.

- Ôtez l'eau ? - Othello, de William Shakespeare.

Ah oui, je connais.

C'est bien, criez et tirez.

Rejoins-le, Kathy. Rattrape-le. Bien.

Kathy ! Bon sang, ça va ?

- Kathy ! - On coupe ?

Non. Continue à tourner.

Oui, sauve-la. Continuez. Dis-leur de continuer.

- Je saute ? - Saute.

- Ça va ? - Oui.

- C'était comment ? - Tu plaisantes ?

- Tu plaisantes ? - Vas-y, vieux ! Tire-leur dessus.

Elmer, dis-leur de tomber.

Coupez. Parfait.

- Oh. - Kathy, ça va ?

- C'était parfait. - Oui, très bien.

C'était pour de vrai.

Demain, on tourne la partie sur les Indiens.

- Adieu la moustache. - Sa moustache.

- Oui, je sais. - Trésor.

- Tu pourrais refaire cette chute ? - C'est le cheval qui a trébuché.

Elmer, dis-leur qu'on a coupé !

Quatre bobines, Kathy, presque une heure.

Je vais raconter une histoire qui nous fera devenir célèbres.

Le Petit Métis de L. Taylor Harrigan. Une histoire à laquelle je tiens,

parce que les Indiens, on peut les comparer aux Irlandais.

Volés, pillés, à mourir de faim privés de leur patrie.

Une véritable honte.

Et c'est ce qui fait une grande tragédie.

Les cow-boys et les Indiens.

Hé, Léo !

Le soleil se couche par ici.

On est prêts.

Elmer, amène les cow-boys... Euh, les Indiens, par ici.

- Non. Montagne du Diable. - Je les veux dans le plan.

Quoi, Alice ? Ils veulent plus d'argent ?

J'en sais rien.

Elmer, il faut juste qu'ils marchent dans le plan.

Non. Montagne du Diable.

- Bon sang. - Le soleil décline.

Harrigan !

Comme ça, ça va ?

- C'est parfait. - Parfait ?

J'ai l'air d'une fille.

- Je ressemble à Theda Bara. - On y va. Princesse.

- Oui. - Elmer, que les Indiens restent droits.

Le miroir et la poudre.

Viens, Frank, rapprochons-nous d'Hiawatha.

On dirait que les Indiens ont peur de cette foutue montagne.

- Hein ? Comment ça ? - Sans doute une superstition.

Ils doivent penser qu'elle porte malheur.

Kathy est au sommet.

Tu n'as qu'à monter pour la secourir.

La secourir ?

- Et moi, alors ? - Fais semblant.

Tu es bien payé pour ça, non ?

Non, vu que le crime ne paie pas.

- J'aurais dû m'en douter. - La ferme. Et qu'on y croie.

Arrivé à ce buisson,

Elmer fera sauter une charge d'explosifs.

- Une petite charge ? - Que ça ait l'air de l'impact d'une balle.

Elle est enterrée près de ce buisson.

Pas question.

Bon, super. On n'aura pas de cow-boys dans le champ.

On n'aura pas de balles. Rien du tout.

- Allez, on rentre. - Arrête ton cinéma.

- Tu es un piètre acteur. Où je m'arrête ? - La dynamite te le fera savoir.

Elmer ne te laissera pas trop t'approcher.

- Je suis prête. - Kathy, va t'habiller.

- C'est mon costume. - Où est le reste ?

- On y va. On va manquer de luminosité. - Allez. On tourne.

C'est parti. Soyez naturels. Ça tourne.

Bien, c'est bien. Oui.

Fais comme si c'était dur.

- Ça l'est vraiment. - Maintenant, Elmer.

Tiens-toi prêt.

C'est bien. Oui. Et...

Maintenant.

Non. Coupez.

Ça ne va pas. Tu as anticipé. Tu as tressauté.

Non.

- Buck, ça va ? - Il a tressauté.

Normal, face à une explosion. C'est signe d'intelligence.

Ça m'a sauvé la vie un paquet de fois depuis qu'on se connaît.

Le temps qu'Elmer replace une charge, y aura plus assez de lumière.

- C'est déjà trop tard. - C'est pas ma faute.

Qui a dit que ça l'était ?

Je te jure, un de ces jours, je vais te tuer.

Ne me scalpe pas, pitié.

C'est pas drôle.

- Si. - Non, c'est pas drôle.

Buck, il plaisantait.

Tu crois toujours qu'il plaisante.

J'en ai assez de payer les pots cassés, de me ridiculiser

et de risquer ma peau sans être payé.

Voyons, vieux.

- Ça va pas ? - Arrête, avec tes "vieux".

J'en ai assez de cette chimère.

De me cacher comme un vulgaire voleur, à faire ce foutu grand film.

Qui ça intéresse ? C'est juste un western de plus.

- Attention. - C'est fini.

Fais gaffe ! J'ai consacré deux ans à ce projet.

Toi, fais gaffe.

On pourrait travailler pour un vrai studio en étant payés

et traités convenablement. Je suis plus un gamin.

Tu penses pas ce que tu dis. Ça serait terrible.

Non, ça serait mieux.

Et si tu comptes toujours le défendre,

peut-être que tu serais plus heureuse avec lui et ses élucubrations.

Arrête tes bêtises et arrête de crier.

- On t'entend très bien. - Peut-être,

mais tu vois pas qu'il te court après depuis le début.

Si tu veux toujours le défendre, va avec lui, je te le laisse.

Buck !

Je n'ai pas besoin de ta permission.

Je te la donne quand même. Avec joie.

Je m'en vais.

Reviens ici. Où vas-tu ? Tu ne peux pas partir comme ça.

Montagne du Diable.

- Tu as une mine affreuse. - Merci.

Tu ne remarques rien ?

- Quoi ? - Elle a disparu.

- Ah, oui. - Frank l'a trouvé.

J'allais prendre un bain.

- Bien, je monte la garde. - Quoi ?

J'ai besoin d'un verre.

Et Le Petit Métis ?

- Il est cuit. - Pauvre Mulligan.

Je me rappelle la première fois que tu m'as appelé comme ça.

Pas de sentimentalisme. Où est-il ?

Je te ramènerai à la maison...

J'ai été subjugué par ta beauté.

- Léo. - Dans le tramway.

Ma valise prise dans tes pieds.

- Tu t'en rappelles ? - Ta culotte bouffante au vent.

Il est à l'Alexandria. Bois ton vin.

- Je suis ennuyeuse quand j'ai bu. - Très ennuyeuse.

Mon bain.

- Il ne manquait plus que ça. - Mince.

- C'est bon. - Ça va, c'est bon.

C'est bon.

- Kathy. - Léo.

- Kathy. - Voyons, Léo.

C'est parfait. Ni trop chaud ni trop froid.

Tends-moi la main.

- Tu as entendu quelque chose ? - Un petit crac.

- Quoi ? - J'ai entendu du bruit.

- C'est pas Léo ? - Peut-être.

Rien.

Léo dit que le monopole sent les indépendants à 10 km à la ronde.

- Cinq. - Cinq ?

J'ai entendu que c'était à 5 km à la ronde.

Léo. Viens ici, Léo. Léo.

À quoi penses-tu ?

Je me demandais ce que penserait Buck s'il rentrait maintenant.

Pourquoi ? Il ne s'est rien passé.

Je suis chez lui, dans sa robe de chambre, sur son lit, avec sa femme.

Aucun jury ne le condamnerait s'il me tuait.

Léo.

- Ce n'est pas que je ne t'aime pas. - Ah oui ?

Mais je ne peux pas.

Et si j'avais été dans ce ballon à la place de Buck ?

Oui ?

Serait-il ici, et moi, dans un hôtel ?

- Difficile à dire. - Oui, mais je le tuerais.

- Tu entends ça ? - Elle va juste passer.

- Les voisins. - C'est moi, les voisins.

- Kathy chérie ! - C'est pas vrai.

- Tu es en haut ? - Sors par la fenêtre, vite !

- Je rêve. Mes vêtements. - Mon Dieu.

- Chérie. - Je vous salue Marie, pleine de grâce.

- Tu es là-haut ? - Sois naturelle.

Oui, oui, oui.

J'arrive, Buck. Un instant.

Chérie.

J'ai bien réfléchi.

J'avais peur que tu changes les serrures.

J'arrive, Tom.

Je sais que j'ai eu tort.

- C'était quoi ? - Sûrement un vieux matou.

Reste ici, Kathy.

- Ça doit être les salauds du monopole. - Buck, attends.

- Ne tire pas, c'est moi. Tu es revenu. - Tu l'as vu ?

C'est là qu'il a dû tomber.

Tu vois la trace ? Elle va derrière le garage. Il est fait.

Qu'y a-t-il, Frank ?

- Ne bouge pas, Alice. - Buck, te revoilà.

Allez, sortez.

N'essayez pas de fuir.

J'ai un fusil pointé dans votre direction.

Ce ne sont pas mes vêtements.

Je vois.

- Frank, suis-le. - Prends ma voiture.

- Il va se blesser. - Les clés sont dessus.

Alice !

Alice !

- Mon Dieu ! - Alice !

- Alice, Dieu du ciel ! - Je n'ai rien.

- Tu es sûre ? - Oui.

Et ils ont pris la caméra. Ils ont tout pris.

- Tu fais un sacré garde, Frank. - Et toi, un sacré ami, Léo.

- Il ne s'est rien passé. - Qu'est-ce que tu racontes ?

- Ne joue pas les saints, Frank. - C'est ça.

Frank, attends.

Je suis désolée.

- C'est ici. - Bien.

- Qu'est-ce que c'est ? - Un télégramme pour M. Greenway.

- Un télégramme ? - Un colis, plutôt.

Tu vois ? Il y a écrit : "À livrer à 22 h."

C'est peut-être une erreur.

C'en était une.

- Je ne veux pas en entendre parler. - Il n'y a rien à en dire.

Ils m'ont donné la suite nuptiale.

J'adorerais la voir.

Entre.

- Tu comptes te noyer dans l'alcool ? - Peut-être.

- Va t'excuser. - Pourquoi ? Ils ne m'écouteraient pas.

Tu commençais à devenir doué.

Je suis particulièrement doué sans caméra, sans pellicule et sans acteurs.

- Et moi ? - J'abandonne. Quoi, toi ?

Les gens aiment voir des petites filles. Regarde Mary Pickford.

- Elle a 20 ans. - Tu vois ? Et je suis encore plus jeune.

- Pas mal. Tu pourrais jouer, toi aussi. - Merci beaucoup.

J'ai des économies. Et Frank pourrait nous aider.

J'en doute.

- Quoi ? - J'en doute.

Alors, peut-être Dobie et les autres. Ils accepteraient.

Et on peut vendre la ferme aux autruches.

- Tante Lula ne nous le pardonnerait pas. - On lui laissera Randolph.

Nous sommes un an plus tard. Malgré la guerre des "brevets",

le cinéma connaît un succès énorme,

laissant une place au soleil à tout le monde.

NOUS sommes le 8 février 1915...

LA PLUS GRANDE PRODUCTION DE D.W. GRIFFITH - "THE CLANSMAN"

- Nous y voilà. Souris. - C'est ce que je fais.

Les Greenway.

Léo, arrête d'aboyer après Léo tout le temps.

Ce n'est rien. C'est l'excitation.

- M. Harrigan. - Salut, Léo. Alice.

Surveillez le chien.

- Vous êtes jolie. - Oui, elle l'est. Viens.

J'espère que c'est meilleur que la pièce.

- Il va changer le titre pour New York. - Ce sera quoi ?

Naissance d'une Nation.

Seuls quelques mètres séparent les tranchées ennemies.

La paix de la guerre.

Le retour

FIN

Griffith ! Griffith !

Griffith ! Griffith !

Griffith ! Griffith !

Griffith !

Griffith ! Griffith ! Griffith ! Griffith !

Tiens-moi ça.

Chérie, garde mon chapeau.

- Ça va ? - Que se passe-t-il ?

Harrigan. Greenbush.

Où êtes-vous quand j'ai besoin de vous ?

- Comment ? - Je suis inspiré, mais je sèche.

- Pardon. - Je veux une histoire de guerre. Énorme.

Comme la guerre de Sécession, j'imagine.

La guerre en Europe, l'Irlandais. Suis un peu.

- Quelle guerre en Europe ? - Quelle guerre en Europe ?

- Marty ! - Quoi ? Ah, oui.

Voici mon épouse, Mme H.H. Cobb. Tout le monde l'appelle Marty.

- M. Cobb... - Quoi ?

Bonjour, les amis.

- Marty. - Salut, Marty.

- Marty. - Salut, trésor.

Buck. Bonjour, Frank.

Bonjour, Marty.

Où en étais-je, Bertha ?

- Venez, les garçons. - M. Cobb...

- Si vous ne... - Vous avez vu ça, ce soir ?

Ça va changer le métier.

Le monopole est balayé.

Le plus grand film de tous les temps vient d'être montré,

et il a été fait par un indépendant. C'est magique.

Un mystère. Rien n'arrêtera cette branche-là.

L'époque des nickelodeons est révolue. Une nouvelle est née.

L'époque des grands palais.

De grands films. De grands cinémas. Six bobines. Huit bobines.

Regardez le film de ce soir, quinze bobines.

- Douze. - Vous voyez ?

Je ne veux pas aller aussi loin. Griffith est un génie, mais il est un peu fou.

- Un peu fou ? - Un peu fou. Bien dit.

Combien de temps dure le film avec les Indiens que tu imposais à tous ?

- Le Petit Métis ? - Quatre ou cinq bobines. Pourquoi ?

Va jusqu'à sept !

Que faites-vous encore là ? C'est le début d'un nouveau monde.

- M. Cobb, vous ne... - Réfléchis.

Le public va au cinéma en masse. Beaucoup ne parle même pas notre langue.

Peu importe, car le cinéma est une langue

que tout le monde peut comprendre. C'est de la musique pour les yeux.

Et si tu es bon, très bon, peut-être que ce que tu feras,

c'est leur offrir des petits moments

gravés dans leur mémoire.

Mlle Forsyte, votre voiture.

Elle est à la petite ? La fin est proche.

Petite, si tu veux doubler ton salaire, lève la main.

M. Cobb, vous essayez de nous acheter.

On ne peut acheter que lorsque la confiance règne.

Montez, avant qu'on arrête votre mari pour coups et blessures.

- Quoi ? - Du vent, du balai,

- préparez un scénario. - Ne l'écoute pas, chérie.

Qu'attendez-vous ? La chance frappe rarement deux fois.

- Dieu du ciel. - Harrigan, je veux un film.

Un long. Quel que soit ton salaire, je le double.

C'est bon pour vous tous. Appelle-moi demain.

Où je vais ?

D'accord, par là.

Préparer un scénario ?

Plutôt tout abandonner que de travailler avec toi.

- Moi aussi. - Tant mieux.

Nous voilà enfin d'accord sur un truc.

Autant tout laisser tomber.

Le meilleur film à faire a déjà été fait.

Tu risques pas d'en faire un meilleur.

J'en ai marre de ce boulot.

Se lever à l'aube, bosser toute la journée, la nuit, six jours sur sept.

Être cloué au lit le septième.

- Pas de famille. - Pas de maison, rien.

Et les réalisateurs d'aujourd'hui n'y connaissent rien de rien.

J'ai entendu dire que tu en étais un,

alors ça ne me surprend pas.

Je t'ai vu jouer. Je me tairais, à ta place.

Oui, c'est plus drôle du tout.

Regardez.

Venez placer la caméra ici.

Ils tournent un film.

Le Petit Métis ? J'ai plus rien d'un petit gamin.

Tu pourrais raser ta moustache.

Sa moustache ?

- Je gagnerais 10 ans. - Comme nous tous.

Musique.

Je vais me sentir mal.

J'ai une idée formidable pour la fin.

Léo, n'oublie pas ce qu'a dit Cobb, il veut sept bobines.

La fin, c'est mon idée. Et je sais où on va tourner !

- Ça tourne. - Je te fais confiance.

Action !

Adaptation : Florence Suberbielle

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