All language subtitles for Des.poupees.et.des.anges.2008.1080-24p

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Original subtitles

Sous-titrage FR ?

Ma sœur Chérine a l'attitude d'une star. Sa façon de se répandre, sa démarche,

ses manières.

Tout est calculé pour se faire remarquer.

Très belle.

Elle est très belle. Et elle le sait.

Son arrogance est pleine de grâce, de classe, de glace.

Malgré ses 17 ans, ma sœur fait plus que son âge. A 14 ans, son corps s'est

transformé d'un coup.

A 14 ans, dans sa tête, tout a volé en éclats d'un coup.

Depuis ses 14 ans, mon père ne parle plus à Chérine.

Avec le temps, ma sœur s'est faite au regard des autres.

Le jugement des gens, elle a fini par s'en foutre.

Pour elle, seule comptait le regard de mon père.

Mais le regard de mon père l'avait brisé.

Cette rupture, ce changement brutal, Chirine, ça la bouffait, ça la foutait

par terre.

Ma sœur ne comprenait pas le silence de mon père.

Ma sœur n'était plus le bébé de mon père. Ma sœur n'était plus sa petite

fille adorée. Ma sœur n'était plus sa petite fille préférée.

Papa était devenu distant.

Et même si le visage de ma sœur s'éliminait encore de l'innocence de l

'enfance, cette innocence posée sur ce corps de femme était devenue

insupportable, insoutenable.

Invivable. Le souffle coupé, mon père n'arrivait plus à lui parler comme

avant.

Encore un peu ? Oui, un petit peu.

Il y a un nouveau chantier dans le Nord qui va commencer.

Je vais partir pour trois mois en déplacement.

Quoi ? Mais t'es rentré il y a une semaine.

Et puis trois mois, c'est long, t'es jamais parti aussi longtemps.

Tu pars quand ? Dans deux jours.

Ils m'ont prévenu au dernier moment.

Mais tu sais qu'on a un rendez-vous parents d'élèves pour Inès ? Ça serait

bien qu'ils te voient un jour quand même, non ?

Tu sais très bien que j'ai pas le choix.

On va pas pourrir ici.

Tu veux qu'on achète pas la maison, c'est ça ? Je vais pas continuer à payer

un loyer et acheter l'argent par les fenêtres tous les mois.

Tu sais comment ça se passe, hein ?

Puis pourquoi tu m'emmerdes avec tout

ça ? Là, c'est mes affaires.

Maman, je peux me réinscrire au taekwondo ? Non.

Jamais. Ta mère n'aurait jamais dû t'accepter ce truc-là.

Depuis quand c'est les filles qui se battent ?

Ton père a raison.

Tu devrais prendre exemple sur Chérine.

Elle va devenir une vraie jeune fille.

Chérine, je ne sais pas si c'est le bon exemple.

Mais je m'en fous, de toute façon, dans deux ans, je serai majeure et je ferai

ce que je veux.

Mais c'est quoi, ces filles que j'ai, là ? Entre elles qui s'habillent et je sais

pas comment, là ? Toi qui veux faire la bagarre ? Quand je vais rentrer, je vais

mettre de l'ordre dans cette maison.

Moi, je vous dis, ça va filer droit.

Où tu vas ? Je t'ai pas donné l'autorisation de quitter la table !

Mais je m'en fous, toi !

Ouvre cette porte.

Ouvre cette porte ou je la défonce. Ouvre cette porte ou je la casse.

Je te jure que tu vas passer un mauvais quart d'heure si tu ouvres pas la porte

tout de suite, tu vas le regretter.

Ouvre ou je casse la porte.

Ouvre-moi, je vais la casser.

C'est pas possible, ça.

Viens là.

Arrête ! Arrête !

Arrête ! Arrête ! Arrête !

Arrête ! Arrête ! Arrête ! Arrête ! Arrête ! Arrête ! Arrête ! Arrête !

Arrête ! Arrête ! Arrête ! Arrête !

Arrête !

Toi je vais te faire passer l'envie de te battre ! Je vais vous montrer qui c

'est qui commande dans cette baraque !

Ma première embrouille, première opposition inconsciente à mon père a été

avec une poupée.

J'avais 9 ans quand mon père a distribué à ma sœur et moi deux poupées Barbie.

Elle, Chérine, était folle de joie. Elle était fascinée.

Elle a embrassé mon père comme son amoureux.

Et lui, avec gaieté dans les yeux, fierté dans les bras, il l'a accueillie

avec joie.

Moi, je me suis méfiée. J'ai de suite examiné la poupée de plus près.

Je voulais savoir comment c'était foutu à l'intérieur.

Je voulais comprendre comment ça marchait.

comprendre la fascination, comprendre le principe d'une poupée.

Alors avec soin, j'ai démembré la poupée.

Tout compris.

J'avais tout compris.

Je me suis précipitée vers mon père pour lui expliquer ce qui se passait à l

'intérieur d'une poupée, expliquer comment on faisait pour faire marcher

une poupée, expliquer le principe d'une poupée.

Père s'est planté fou de rage devant ma poupée démontée.

Il n'a rien voulu entendre.

Rien.

Il est allé s'asseoir en prenant Chirine sur ses genoux et sa poupée bien montée.

Ce jour-là, j'ai définitivement rompu avec les poupées.

J'avais 13 ans quand ma sœur est devenue comme la poupée que mon père avait

offerte. Cette année-là, mon père n'a plus aimé les poupées.

Pas aimé que sa fille soit dans un corps de poupée.

Et pas aimé cette femme qui était devenue Chirine.

Tiens, c'est les coordonnées du travail. De toute façon, je te téléphone.

Ça te viendrait pas l'idée de faire la bise à ton père pour lui dire au revoir

? Je compte sur toi pour obéir à ta mère.

Bon, j'y vais.

Je vais lui dire au revoir de ma part.

J'ai pas le temps.

Il sait que t'es allé voir le médecin ? Pourquoi tu lui as rien dit ? Mais c'est

pas si grave.

T'as eu une côte fêlée, c'est pas si grave ? Mais le médecin a dit que ça

allait se remettre rapidement.

Puis il est parti.

Peut-être qu'il va réfléchir à tout ça.

Tu sais bien qu'il était pas comme ça avant.

Il travaille trop dur, il est dépassé. Puis moi je bosse pas et de l'argent il

en faut pour vivre. Et pourquoi tu bosses pas ? C'est comme ça.

Ton père préfère s'occuper de l'argent et moi je m'occupe de vous. C'est tout.

Mais c'est n'importe quoi comment ça se passe ici.

Léa, tu peux pas toujours t'opposer à lui comme ça. Ça crée trop de problèmes.

Je suis obligée de l'ouvrir, il fait n'importe quoi.

Mais regarde, c'est comme aujourd'hui, normalement, le mercredi après-midi, je

suis au taekwondo.

Ça suffit, on va pas parler de ça ! Comment t'es belle !

Comment ils sont longs ! C'est des faux.

Attention, touche pas trop, je viens de les coller.

Dis donc, t'as pas cours cet après-midi ? Si, mais ma prof de maths est malade.

Je vais chez Gisèle.

Pas trop tard, alors.

T'inquiète pas.

Excusez-moi.

Ça fait plusieurs fois que je vous vois dans le quartier. Je suis agent, je m

'appelle Alex Ducasse.

Vous êtes mannequin ?

Pourquoi ? Parce que je cherche un genre de fille comme vous. Vous avez un visage

particulier. Vous êtes médecine ou vous êtes de quelle origine ? Je suis

française. Mes parents viennent de Kabylie en Algérie.

Ah, Kabylie, je comprends mieux. C'est pas pareil.

Je peux vous inviter à boire un verre ? Désolée, j'ai pas le temps.

Appelez-moi.

C'est vraiment sérieux.

Vous êtes pas comme les autres.

Faut que je trouve un truc à dire à mes parents.

En plus, mon père vient juste de partir en déplacement.

Ça va, t'inquiète. Tu fais comme les autres fois.

J'en téléphone, je leur laisse mes coordonnées, et pour cette fois, je dis

qu'on a un truc hyper important à réviser pour le bac.

Tu sais, moi aussi, mon père, comme il est patron d'usine, il est toujours en

déplacement pour son usine en Corée.

C'est quoi, cette carte ? Ah, le mec que tu viens de rencontrer à l'entrée.

Il est agent de modèle, il veut que je l'appelle.

Il croit que je suis mannequin.

Ah ouais ? Vu comment t'es foutue, c'est pas difficile à croire.

Tu vas l'appeler ?

En tout cas, je trouve que c'est la carte à l'air sérieuse.

Je crois aussi.

Mais j'attends un peu, je dois réfléchir.

Ouais, papa.

Ouais.

Justement, je voulais te dire pour jeudi soir, le dîner avec Nathalie.

Je crois que ça va pas être possible.

Quoi ? Mais ça va ? Mais t'énerves pas, écoute ! Mais non !

Évidemment que je vais en cours.

Quoi ? Ah bon, de ce que t'as appelé ?

Évidemment.

Je suis en train de travailler, là.

OK.

Je vais essayer de me débrouiller pour jeudi soir.

Je t'embrasse.

Bisous.

Le lycée vient d'appeler mon père.

Ils ont des doutes sur les mots d'absence que je signe à sa place.

J'espère pas. Si le mien, il sait, ça va être chaud.

Pour moi, c'est chiant en ce moment. Faut récupérer les derniers cours.

Enfin, pour toi, c'est facile.

T'as sûr plus que moi.

Moi, rien que d'y penser, ça me prend la tête.

Tu crois que tu peux dormir chez moi jeudi soir ? J'ai un dîner avec ma

nouvelle belle-mère, Nathalie.

J'ai pas envie d'être seule.

Gisèle, t'abuses, Jodie, c'est juste pas possible.

C'est bien qu'avec le samedi que j'ai le droit de sortir, déjà que pour vendredi,

je suis pas sûre que ça marche.

Non, vraiment, je te comprends pas. C'est pas n'importe qui, ces filles-là.

Elles m'inspirent au rien.

Mais ça fait plus de dix ans qu'on travaille comme ça, avec les tops ou les

stars. On s'est jamais trompés.

C'est ce qui marche le mieux.

Oui, ben justement, ça fait trop longtemps qu'on fonctionne comme ça, je

m'ennuie.

Toutes ces filles sont calquées dans le même moule, même genre, même expression.

Même style, elle ne parle pas.

Oui, mais elle parle aux gens et surtout aux chiffres.

Ah ben justement, avec ce qu'on dépense dans les campagnes de pub, heureusement

qu'elle parle aux gens.

Bon, je leur dis, je veux une nouvelle image.

Avec qui ? Les stars, les tops, les actrices, tu ne veux pas. Tu ne veux

quand même pas que je te trouve une fille du peuple pour représenter le

nouveau parfum d'une marque de luxe. Ah ben si, justement.

Je veux une fille du peuple.

Je veux un visage où je ne m'ennuie pas.

Je suis sûr qu'on peut trouver.

Oui ? Et où tu veux que je la trouve ? Là, tu te débrouilles.

Tant que t'es assez payé pour ça.

Bon, je te laisse.

J'ai un rendez-vous.

À plus tard.

Vous avez pris la bonne décision.

Je désespérais pas d'avoir de tes... Enfin, de vos nouvelles.

On peut se tutoyer, non ? Bien sûr.

Donc tu m'as dit que t'as pas d'agent ? Non, j'en ai pas et je suis pas

mannequin, mais ça m'intéresse. Ça se passe comment ? Bon, pour commencer, t

'as différents styles de mannequins.

T'as celle qui défile sur les podiums et t'as celle des magazines.

Bon, toi, pour les défiler, t'en manques une dizaine de centimètres.

Mais c'est pas grave, parce que pour les photos, t'es parfaite.

Écoute, si je m'occupe de toi, je vais te mettre sur le marché de la beauté, d

'accord ? C'est les publicités, les parfums, les cosmétiques, les photocores

aussi. Bon, je vois que tu portes bien les fringues, c'est bon pour les

magazines de mode, ça.

Et t'es qu'agent de mannequin ? J'ai plusieurs casquettes.

Je fais aussi de l'événementiel, j'ai mon agence, j'organise des rendez-vous,

des séances photo en studio.

Je fais des soirées aussi, avec des gens très importants.

On va dire que je connais bien les secrets des showbiz.

Chérine, c'est sérieux.

Avec moi, tu peux devenir une star.

Comme mannequin, c'est déjà pas mal.

Non, Chérine.

Chez moi, mannequin, ça veut dire star.

Faut que t'aies plus d'ego.

Pour le moment, t'as un ego trop petit pour devenir une star, mais c'est pas

grave. Va falloir gonfler ça, faut que je te construise.

Tu vois, quand t'arrives quelque part, on doit avoir que toi.

Bon, c'est vrai, t'es jolie.

Non, t'es belle, même.

Mais ça suffit pas pour être quelqu'un.

Faut pas que ce soit creux.

Faut que t'aies un discours, des phrases.

Des formules que tu répètes souvent un peu partout, qu'on te repère facilement.

Décontentant.

Même quand on te visualise les yeux fermés, qu'on se dise, tiens, ça c'est

Chérine.

Pas n'importe qui.

Pas comme tout le monde.

Il te faut un truc définissable.

Immédiatement séduisant, qu'on reste sous le charme. Une vraie personnalité.

Pour ça, faut que t'aies de l'humour.

Beaucoup d'humour.

Même un... Un humour coquin.

Ah, on aime ça.

On apprécie l'art de la légèreté.

Avoir l'esprit large, c'est très important.

C'est flatteur pour tout le monde.

Ah ouais.

Si tu veux rentrer dans le milieu, faut pas que t'aies l'air trop vulgaire.

Ou juste un chouïa.

Histoire de susciter de l'excitation, tu comprends ? J'espère

que je te choque pas.

Moi, je dis ça pour toi.

C'est pas que j'invente, ça se passe comme ça, c'est... La loi du milieu.

C'est vraiment parce que je t'apprécie que je te dis tout ça.

En tout respect, tout honneur, bien sûr.

Attention, Chirine.

Si je m'occupe de toi, il y a tout ça qui... Faut être prête pour ça.

Je suis prête pour ça.

Elia, le prof taekwondo a demandé tes nouvelles.

Il a dit que c'est du gâchis d'arrêter les cours à quelques mois de

championnat. Tu veux pas insister encore avec ton père ? Non, franchement, parce

que là, je me fais chier en cours toute seule. Je te jure, c'est impossible.

Je leur ai pris la tête, j'ai tout essayé.

En plus, c'est chaud avec mon père en ce moment. Il veut même plus entendre

parler de ce problème.

C'est pas grave, t'as plus qu'à devenir une traîneuse comme moi.

Sinon, rien de nouveau au lycée ? Non, tu verras rien à signaler.

Elia, ta soeur Chirine, c'est le pire en pire.

Je l'ai croisée hier, elle m'a même pas calculé tout ça avec de l'intention.

Mais que ce soit toi ou moi, c'est la même.

Puis qu'elle est au liceau sur Paris, comment elle se la raconte ? Il y a ma

mère qui m'appelle, j'y vais.

Salut !

Ça fait trop d'hiver de reprendre le sport, trop longtemps, je kiffe trop ça.

C'est clair.

Et vous savez quoi ? J'ai récupéré des invites de Chérine pour aller en soirée.

C'est au Club de l'Étoile, sur les Champs.

Sérieux ? Vous connaissez ? Non, mais rien que le nom, j'ai envie d'aller

voir.

On pourra jamais rentrer, on n'a pas l'âge.

Pas sûr. Il suffit d'avoir les bonnes sapes et c'est bon.

L'autre fois, je suis rentrée dans une soirée interdite aux moins de 18 ans.

Ils ont rien vu tellement je dis à paix comme une bonne tasse paix.

Hé, mais Lia...

Ça craint pas si ta sœur te voit là-bas, là ? Non, à mon avis, si elle a laissé

traîner les invités, c'est qu'elle est pas intéressée.

Ah ouais, si, si, les filles, faut y aller. Trop longtemps que j'ai pas d

'élire en boîte, moi j'ai envie de danser. Ouais, moi aussi. Et puis vu la

sœur que t'as, elle doit pas aller dans des endroits pourris.

Claire.

J'ai la cuisse, d'habitude je l'ai jamais.

Bah justement, faut que ça change.

En fait, maman, c'est toujours bon pour ce soir.

Maman ? Écoute, ton père est pas là, ça m'ennuie de prendre la décision sans

lui.

Oui, Chérine m'a demandé aussi, et deux à découcher, ça fait beaucoup.

J'en étais sûre.

Mais l'autre fois, tu m'as dit qu'il y avait pas de problème.

Tu discutes pas ! Il dormira chez Marie une autre fois.

Je vais

pas

mettre les deux hors à cette heure-ci.

Mais je vous emmerde.

Ça fait trop longtemps que je n'ai pas délivré.

Tu ne vas pas habiller comme ça ?

Oh là là, bien ! Pas mal ! Pas mal !

Sans ton bas de serviette, c'est mûr.

Je trouve que tu donnes un style de bonne carrière.

Ça tente, non ? Ça tape un peu trop fort pour qu'on se fasse jeter de la soirée.

En plus, on dirait Chérine en plus jeune.

En plus jeune, non, Lya, t'as déconné, t'as pas mis de talons.

À cause de ça, on risque de pas rentrer.

Je savais que j'avais oublié un truc.

Au moins, si on rentre en boîte, elle t'aura pas mal au pied pour danser.

Vous avez les thunes pour le taxi ? On rentre pas à pied.

Moi aussi, j'en veux.

Ce soir, je vais m'amuser.

Je vais te faire un truc bien.

Moi, je te mets ça.

Bien.

Ça fait pas un peu trop peau de peinture ? Ça fait pas carnaval ?

Lia,

tu te fous de ma gueule ? Non mais elle écoute pas, hein, Marie-Lia, elle

déteste le maquillage.

Je te jure, c'est bien.

Tiens, je... Allez, c'est bon.

Avance, tu peux rire avec tes baskets. N'empêche, si on rentre pas, ce sera ta

faute.

Avance.

... ... ...

...

Je veux aux toilettes !

Ça va ? Tiens, c'est mon numéro.

Je veux

voir mes copines.

Ah bah là, qu'est-ce que t'es ? C'est bon, tu vas te marier ou quoi ?

Vas-y, poupée, détends-toi. Je te sens trop serrée dans ta tête. Il va se faire

tuer.

C'est quoi,

ces filles ? C'est clochard, qu'est-ce qu'elles foutent là ? Vous me semblez un

peu jeune pour rester ici ce soir. Lâche-moi, toi ! Vas-y, c'est bon ! Ce

qui se passe, c'est plus vraiment des filles. Des filles comme nous, il en

faudrait plus pour des connards comme vous.

C'est vrai, en France, on est pas bien humiliés. Maintenant, ils se croient

supérieurs, les mecs, avec ça. C'est l'hypocrite. Il faut que je reprenne le

sport.

Maman est pas là ? Elle est partie au marché avec Inès.

Qui t'a dit de prendre ma robe ? T'as vu dans quel état tu l'as mise avec tes

conneries de sale racaille ? T'as pas honte de te battre comme ça, comme une

pauvre sauvage ? Et les sales racailles, c'est le genre de mec avec qui tu

traînes ? Parce que mes copains, je te conseille de te mêler de tes affaires.

Tout ce que je veux, c'est que tu te démerdes pour me rendre ma robe dans l

'état où elle était.

Mais qu'est-ce que t'en as à foutre de cette robe ? T'as une veste Chanel qui

fait 10 fois le prix du loyer, je te parle même pas de tes fringues Dior.

Alors ça doit pas être compliqué d'avoir d'autres sables vu les fréquentations

que t'as.

Et puis qu'est-ce que t'as ? Pourquoi t'es devenue comme ça ? Et pourquoi tu

fais ces trucs chelous ? C'est ce mec-là qui t'a rendu comme ça ? Mais qu'est-ce

que tu connais ? Toi tu sais même pas comment ça marche une femme. C'est sûr

que toi tu dois en savoir long sur la question.

Je vais te faire regretter ce que tu viens de dire.

Qu'est-ce qui se passe ? Bon, vas-y, parle.

Putain, mais il faut arrêter avec les clients.

Je veux pas qu'on pense certaines choses sur moi. C'était pas prévu au début que

je fasse ces trucs-là. On n'avait jamais parlé de ça.

Chérine, de quoi tu me parles ? Tu crois que je m'occupe pas de toi ? On fait du

business.

Tu sais bien comment ça se passe dans ce milieu. Personne n'en parle, mais ils

savent tous.

Tu crois que ça me fait plaisir, moi ? Parce que toutes les filles que tu vois

dans les magazines, elles sont toutes passées par là.

Elles le diront jamais, mais elles savent.

C'est la loi du milieu, c'est comme ça.

Non, pas toutes, quand même. Ça m'étonnerait, ça fait beaucoup, là.

Et presque toutes, bien sûr.

Elles s'en vont pas, mais t'inquiète pas que je connais.

Et puis je vais te dire, y a pas que les filles.

C'est la même pour les mecs.

Tu sais, avec toi, je fais vraiment comme je peux et heureusement que je

suis là.

Franchement, j'ai du mal à croire. Tu quoi ? Toi, t'as bien vu l'autre fois.

Quand t'as été sympa avec l'autre, tu l'as eu, ta séance photo.

En plus, l'apparition, elle sort demain, bah alors.

Quoi ? C'est à cause du mec d'hier soir, c'est ça ?

Si c'est ça, je l'ai remis à sa place, crois-moi.

Ça le reprendra plus de dire tu couches pour des plans. Je vais aller à ta

réputation, moi.

En plus, il était défoncé, il était complètement raide.

Il m'a appelé ce matin pour s'excuser.

Il m'a dit qu'il savait comment ça se passait, qu'il faisait la différence.

Surtout, il a vu que t'étais pas n'importe qui.

Et tac, il pense à toi pour des photos, tu vois. Quoi qu'il arrive, à la finale,

ça paye.

Non mais là, je peux plus faire comme ça, c'est pas bon ! Moi aussi,

ça m'énerve.

Et là ça va changer, tu sais pourquoi ? Je suis passé à l'agence Preview.

J'ai insisté pour voir si mon avis aimait, c'était impossible.

J'ai vu son assistante, on a beaucoup parlé et je lui ai laissé tes photos.

Je lui ai dit qu'il y en avait d'autres qui arrivaient.

Tu veux me faire confiance ? Je tiens à toi.

On les portera en privé, d'accord ? Juste pour nous.

On s'en sentira plus fort.

Et après...

Je t'inconne.

Qu'est-ce qu'il y a

? Alors comme ça t'es quand même sortie hier soir ? Pourquoi tu nous écoutes

jamais, hein ? Pourquoi tu restes jamais tranquille ?

Pourquoi tu fais ça ? Tu crois que c'est facile pour moi ?

Comment te dire, maman ? C'est plus fort que moi.

Malgré moi, je peux pas t'écouter.

J'ai besoin de te montrer que je veux pas être ce que t'es.

Je voudrais te dire que je t'aime, maman, mais je refuse ta position.

T'en ressembles.

Je peux pas accepter l'inacceptable de ta relation avec cet homme qui est mon

père. Je t'en veux d'obéir toujours.

Je sais que t'as pas le choix.

Mais cette peur que tu transpires, j'en veux pas.

J'ai besoin de me battre. C'est vital, besoin de ça.

L'ouvrir tout le temps, sinon rien. Serra rien.

Vivre sans ça, je veux pas. Je peux pas plutôt crever.

Mêmement, c'est une médaille pour mutiler de guerre qu'il faudrait te

remettre. Jamais de ma vie, dans l'épreuve de la douleur, j'ai vu une

femme en passer par autant de positions.

Je t'ai vue à la verticale, à l'horizontale, par terre, sur le ventre,

sur le dos, hématome en pleine face, trempée de peur, tout cachée dans les

chiottes, devant l'évier, ensanglantée, crâne ouverte, bouche pendante,

menaçante, le dessous de plein enfer dans les mains, vouloir se défendre,

rapidement allongée, agrippée au pied de table, se faire traîner.

Un gros trou dans les cheveux, énorme poignée de mèche dans les mains de père,

rage montée, genoux en sang, supplier, prier, courage cher à m'en payer,

souffrance sans prix, statut de mère durement vécue, préserver, défendre,

faire le moins de dégâts possible pour les autres vies au moins.

Mais rester maternelle avant tout.

À lui, père, ça ne le dérange pas de te défoncer. Ça ne veut rien dire, il ne

veut pas comprendre.

Trop encombrant, jamais soucié par son rôle d'homme.

Mais fatigué, usé maintenant, t'aimement.

Mais stéré dans ce mutisme, t'es difficile.

Le semblant de paix, le bonheur qu'on te fait bouffer de l'extérieur.

Je vois bien que tu ne fais pas. Je sais que c'est de la dignité devant moi. T'as

toujours nié, jamais avoué. Mais seul, j'entends les cris de ton cœur devenus

trop bruyants. Alors c'est la vie ? C'était ça ta vie ? Alors on peut vivre

de cette façon sans que ça dérange personne, comme si ton existence a si

peu de valeur, tellement inexorable, tellement rien du tout. Mais tu pourrais

crever dans cette incompréhension, crever dans le silence, crever dans l

'indifférence générale, crever dans l'idée que toi et tes semblables se

courberont toujours et encore.

Dure constatation.

Mais ment, même si maintenant ta bouche est close, ta face, ta gueule, ton

visage est marqué par le passé. Mais sur ton front slick, le malheur, la

souffrance t'ont traversé. Mais pour ça, t'as pas besoin de parler.

Sous mes yeux, ta vie se déroule. Mais témoin, je veux pas devenir complice. Je

veux pas collaborer au putain de rôle que père tente de tenir.

Mais tout seul, il peut se persuader qu'il a rien fait. Tout seul, il peut se

convaincre que c'est pas sa faute. Mais moi, rien que dalle. J'arrive pas à

gober. J'avalerai rien. Je contribuerai pas.

Je lui rappellerai. J'y veillerai, m'man. Je t'aime.

Je t'aime.

Tu te souviens que t'as fait un cauchemar cette nuit ? J'ai encore crié,

je t'ai réveillé.

T'as même parlé.

Qu'est-ce que j'ai dit ?

Je m'en souviens plus.

Tu vas pas essayer de te recoucher ? Pourquoi tu te laves si tôt pour sortir

? Parce que j'ai tout.

C'est qui ? C'est moi.

Bah rentre.

Chérine, est-ce qu'on est pauvres, nous ? Pourquoi tu demandes ça ? Parce que

regardant la télé avec Elia...

Elle m'a dit que les gens qui habitaient dans une cité comme nous, ils brûlaient

les voitures parce qu'ils en avaient marre d'être pauvres.

C'est vrai.

On est devenus un nouveau style de pauvres.

Quand même.

Si on était pauvres, on n'aurait pas une douche, des toilettes, de l'eau chaude,

à manger.

Pourquoi tu dis ça ? Parce qu'on n'est pas riches.

C'est comment être riche ? C'est pas comme nous.

Des vrais riches, j'en ai vu en vrai.

C'est pas des gens comme papa qui est complètement coincé dans les crédits.

Il bosse comme 10 et il verra jamais sa paye bouger.

Il sera jamais riche.

Nous, si on était riches, on serait pas là.

Les gens qui habitent comme nous, ils seront jamais riches. Toute la cité est

prévue pour ça.

C'est pas très gentil, ce que tu dis.

C'est pas moi qui suis pas gentille. C'est la réalité qui veut ça.

Pourquoi t'as mis à faire ce métier ?

Ouais, c'est pas vraiment un métier pour le moment, mais ça va venir.

Mais il faut que tu parles des photos à personne.

Surtout pas à papa.

Pourquoi ? Parce que pour le moment, c'est notre secret.

Jusqu'au jour où ma photo, elle sera en grand dans la rue. Et là, ce sera une

vraie surprise pour papa. Il sera obligé de me regarder.

Moi aussi, quand je grandirai, elle ne me regardera plus, papa.

Qu'est-ce que t'as ?

Bonjour.

Ça va ? Ça va et toi ? T

'es une professionnelle ? Quoi ? Non,

enfin, je veux dire, j'ai vu que tu te battais pas n'importe comment. C'est du

taekwondo que tu fais, non ? Que je faisais.

Mais j'ai arrêté il y a deux mois.

Pourquoi ?

C'est trop long à expliquer.

T'habites dans le quartier ? Ouais, j'habite juste à côté.

Et toi ? Non, j'habite vers Sartrouville.

Et tu vas souvent à ce genre de soirée ? Non, c'était la première fois à la fois

où on s'est rencontrés.

Même si j'avais un copain majeur avec lequel je suis entré, je pensais pas que

j'entrerais parce que j'avais pas l'âge.

Les videurs ont pas remarqué.

C'est le premier truc qui m'a fait rire quand je vous ai vu sur la piste.

Je peux boire un peu ? Oui, bien sûr, vas-y.

Qu'est-ce qui se passe maman ? Ton père a eu un accident, il est tombé d'un

échafaudage.

Il est à l'hôpital.

Quoi ? J'ai reçu un coup de fil, on m'a dit qu'il était à l'hôpital depuis

quelques jours.

Il voulait pas nous prévenir, est-ce qu'il voulait pas nous inquiéter ? J'ai

pas pu le voir.

Il le ramène ici demain matin.

Il est tombé sur le dos.

Il peut plus marcher.

Il est paralysé ? Non.

Enfin... Ils n'ont pas dit.

Ils ont seulement dit...

me coucher.

Au revoir.

L'infirmière passera pour l'épicure et le docteur verra s'il y a besoin de

rééducation. Merci.

Au revoir. Au revoir, madame.

Tu veux que je t'apporte un petit déjeuner ? Juste un café.

Tu veux pas manger quelque chose avec ? J'ai le droit de savoir si j'ai faim ou

pas.

Ouais, ouais.

Je disais ça comme ça.

Ça va pas être facile.

Mon avis, avec toutes les crasses qu'il nous a faites, il doit être en train de

flipper qu'on se venge.

C'est sûr, il doit pas avoir la conscience tranquille.

Mais il peut, il peut.

Il faut savoir pardonner.

Et tout ce qu'il a fait ? Ce qu'il t'a fait ? Qu'est-ce que tu veux que je

fasse ? Que je le quitte ? Qu'on soit une famille éclatée ? Mais alors, il y a

plein de couples qui se séparent. Vous n'avez qu'à divorcer.

Non, Chirine.

Je détruis pas.

Je ferai tout pour que cette famille tienne debout.

Et puis tu sais bien qu'il n'était pas comme ça avant. La vie lui a pas fait de

cadeaux.

Et puis toi, tu peux pas dire. C'est pas comme Lya.

Toi, il t'a toujours adoré, jamais touché.

Tu seras toujours sa préférée.

Et changera.

C'est trop facile, ces histoires qui se répètent.

Jamais ça s'arrête si on laisse faire. Moi, je passe pas l'éponge.

Des fois, faut savoir passer l'éponge. On n'a qu'une vie.

Si tu donnes pas d'amour dans la vie, alors tout devient moche, insupportable

et sec comme la mort.

Désolée maman, j'enlève ta force.

C'est qui ? Personne.

J'allais les jeter.

Je vois pas ce que tu y trouves.

Tu l'as vu en vrai ? Et puis cette photo, c'est pas pro, c'est mal éclairé.

Justement.

Regarde, la photo est mauvaise, la lumière est dégueulasse et la fille est

superbe. Elle sort d'où ? Non, parce que... Elle est pas passée par moi, je

sais même pas comment elle est arrivée jusqu'à toi.

J'ai trouvé l'enveloppe sur le bureau de Julie.

D'ailleurs, j'arrive pas à savoir, tu connais un agent qui s'appelle Alex

Ducasse, toi ? Non, jamais entendu ce nom, ni dans mes réseaux, ni dans une

agence que je connais.

Tu peux te renseigner ? Bien sûr, je m'en occupe.

Écoute, Simon.

Je sais que c'est pas simple pour toi en ce moment.

Depuis ton divorce, ça doit pas être facile.

Je te demande une chose.

Est-ce que tu peux réfléchir un tout petit peu avant de prendre une décision

? On a besoin d'une star sur ce parfum. Je pense à des filles vraiment

importantes. C'est pas trop tard.

C'est tout réfléchi. On va faire des tests photos avec elle.

Mon choix est définitif. Je ne me suis jamais senti aussi bien depuis

longtemps.

Bonsoir. Alors,

t'as aimé Green Snake ? Ouais, j'ai adoré.

C'est un collector, celui-là.

C'est l'un des tout premiers de Suark.

Celui-là, c'est mon préféré.

Je l'ai trouvé dans le quartier chinois, sur Paris.

Ils ont toujours plein d'imports là-bas.

Et t'as toute la collection ? Ouais, vas-y.

C'est en haut.

Et tes parents sont pas là ? Non, en ce moment, ils rentrent tard.

Ils sont tous les deux à l'aéroport.

Tiens. Ah, je me souviens, je les ai tous vus. C'était mon prof de taekwondo

qui me les prêtait.

Ah ouais ? Celui-là, je l'ai vu, celui-là.

Mais qu'est-ce que tu fais ? Celui-là aussi.

Non mais arrête, pas celui-là en plus ! Je l'ai vu trois fois, moi, celui-là.

Oui, oui, moi aussi, j'ai vu trois fois.

Mais arrête ! Mais arrête-toi !

Je te dis que c'est des fous avec ça.

Mais il déconnait trop non, que c'est pas un trésor. Mais si, c'est ce qu'il

disait à mon père.

Et puis il lui disait qu'il fallait qu'il fasse attention à nous, qu'on

garde bien notre trésor, que les garçons voulaient nous prendre.

Et puis je me souviens, il parlait des mecs comme si c'était des voleurs, qui

cherchaient qu'à cambrioler les filles juste pour leur prendre leur virginité.

Et que s'il faisait pas attention, ses filles seraient foutues.

Foutues de quoi ? D'après lui, une fille existe que par cette valeur.

Et moi, j'étais pas du tout d'accord. Parce que pour moi, le plus important, c

'est l'amour.

Et c'est pour ça que je l'ai fait d'ailleurs.

Mais bon, quand ça s'est passé, j'étais encore plus dégoûtée.

Pourquoi ? J'ai rencontré un mec il y a trois mois avec qui ça a pas du tout

collé niveau caractère.

Je vais te dire, j'étais bien contente de pas me brailler avec lui.

Et ton père, il pensait comme ton oncle ? Non, non, non, non.

Non, mais... Il est pas du tout d'accord avec tout ça et... Non, tu l'embrouilles

pas, mon père.

Surtout pas avec ces choses-là.

Non.

En tout cas, je suis bien content d'avoir perdu mon plus léger avec toi.

Tu pourrais me dire bonjour, je suis pas fini, merde.

Chérine, elle est où ? Je sais pas. Moi j'y vais, j'ai des devoirs à faire.

Attends, attends.

Tu vas m'écrire une lettre. Mais tu pourrais pas l'écrire tout seul.

Voilà.

Je vais demander le divorce.

Parce que j'en ai marre comment tu me traites.

Je suis pas un chien.

Depuis des années, tu veux pas dormir avec moi.

Et je comprends pas pourquoi.

Enfin, si... On a eu des disputes.

Que s'il y a... Vas-y, écris, toi.

Bon, je disais... C'est vrai que des fois, tu m'as énervé, j'ai pas pu faire

autrement.

Mais c'était seulement pour que tu comprennes. C'était seulement pour que

tu comprennes.

Mais toi, à chaque fois, tu veux jamais m'écouter.

Tu me réponds tout le temps.

Alors j'ai été obligé. Enfin, tu vas pas me faire tout un plat parce que j'ai eu

un geste malheureux.

J'ai eu un geste malheureux.

Alors voilà, j'en peux plus.

Et je préfère divorcer.

Parce que je veux pas te faire pitié avec mes jambes, que je peux plus

marcher.

Parce que je veux pas te faire pitié avec mes jambes, je

peux plus marcher.

Je t'aime.

C'est fini ? Bah oui, c'est pas un poème.

Je compte sur toi, tu le dis à ta mère à haute voix.

Maman... Allez, mets

-moi l'idée, est-ce que je rigole ? Alors... Voilà.

Je vais demander le divorce parce que j'en ai marre. Comment tu me traites ?

Je suis quand même pas un chien.

Depuis des années, tu veux plus dormir avec moi. Je sais pas pourquoi. Enfin,

oui, on a eu des disputes.

C'est vrai, tu m'as énervée.

Mais c'était seulement pour que tu comprennes.

Mais toi, tu veux jamais m'écouter comme il faut.

Il faut toujours que tu réponds.

Hé, mets-moi ça à la poubelle.

Qu'est-ce que t'as ? C'est papa.

Elle allait se suicider parce que maman veut divorcer.

Elle lui a dit que maintenant qu'il pouvait plus bouger, elle était libre,

elle était débarrassée. Elle pouvait danser tant qu'elle voudra.

Mais tu sais bien qu'il ment comme d'habitude.

Ça fait des années qu'il me demande de lui écrire la même lettre. Il me dit qu

'il veut divorcer, mais c'est du cinéma.

Puis de toute façon, il ne pourra jamais divorcer parce que c'est un radin et qu

'un divorce, ça coûte trop cher.

Puis tu sais bien qu'il est perdu sans maman.

Puis depuis qu'il ne peut plus bouger, il est encore plus chiant que d

'habitude.

Et puis tu verras bientôt, comme moi et Chérine, c'est toi qui lui écrira ses

lettres.

Pourquoi l'autre fois, tu lui as dit qu'il avait cru redevenir comme avant ?

Parce qu'avant, tu parles plus à Chérine, il était pas comme ça.

Il rigolait avec nous, il... Il a changé.

Mais pourquoi il a dit qu'il aurait dansé comme elle voudra ? Parce que papa

a rencontré maman en boîte de nuit.

Elle aimait bien danser, puis lui aussi, je crois.

Monsieur, il m'a dit que ta mère, c'est la meilleure !

Mais tu m'étonnes qu'il n'en trouvera pas d'autres pareils.

Puis tu verras, un jour, toi aussi, tu le connaîtras, son cinoche.

Cinoche, c'est quoi ? C'est quand quelqu'un interprète un personnage.

Attends, regarde.

Toi, tu fais maman et moi, je fais papa. D'accord ? Là, ils sont en boîte de

nuit. OK ? Bonjour, darling.

Je peux vous offrir un verre ? Vous êtes très en beauté, ce soir, madame. Je peux

vous offrir un verre ? Vous êtes très, très en beauté !

Cherche pas, y a pas de sens, tu prends pas où tu veux.

C'est nouveau ? Ouais, j'aime bien, je vais rester dans cette direction.

Quand je suis là-dessus, je pense plus à rien, je me laisse guider par les

formes, les couleurs.

C'est un genre, ça permet de bloquer dessus en se posant plein de questions.

C'est pas si mal.

J'étais à la bibliothèque et j'ai vu un bouquin où justement il était question d

'art. J'ai trop kiffé ce livre, il parlait des surréalistes. C'est quoi ?

Bah par exemple, c'est un mec qui a mis des chiottes dans une galerie d'art en

disant que pour lui c'était de l'art.

N'importe quoi.

C'est pas n'importe quoi.

Vous l'avez pas tort, ce mec ? Il pensait loin, quand même.

Après tout, c'est quoi, là ?

Salut,

les filles.

C'est Angel, la fille du sang dont je vous ai parlé. Salut. Salut.

Ça va ? Oui.

Vous imaginez même pas à quel point ça me fait plaisir de vous rencontrer.

Marie, elle m'a tellement parlé de vous. Tu viens de sortir du centre ? Non, je

suis sortie juste après Marie, mais j'ai dû aller dans un autre centre, un centre

de détox.

Mais ça va, c'est cool maintenant.

Je suis sous antidépresseur.

Quand j'étais avec Marie, quand elle m'a parlé de vous, je me suis dit que j

'aurais aimé vous connaître avant mes galères.

Et qu'est-ce qui t'est arrivé ? Enfin, je veux dire ce que tu as envie de dire.

Bien sûr que je peux parler, je suis vaccinée.

J'ai eu une seule histoire, j'ai ramassé le gros lot. Je suis tombée sur le pur

mec qui connaît les plaques en cerveau, petite fille.

J'avais 13 ans, il en avait 18, c'était mon premier mec.

J'étais scotché, je pensais qu'il était scotché comme moi, mais j'avais pas

capté sur qui j'étais tombée.

J'ai même lâché les copines.

Puis j'ai fait comme toutes celles que je critiquais avant de tomber dans le

panneau. Toutes les scènes que tout le monde connaît, j'y suis passée.

Je me suis retrouvée au bout de trois ans complètement foncée, en train de

tapiner sur les extérieurs.

Cette fille-là, c'était moi avant.

Maintenant que j'ai pigé qu'il fallait pas la fermer, je suis une nouvelle

fille.

Même crier, j'y rêve plus.

J'en ai marre, j'en peux plus, j'étouffe.

Je me sens étriquée dans ce monde.

C'est pas possible ce qu'on me balance en pleine face tous les jours.

Depuis que j'ai ouvert les yeux sur cette putain de terre, il y a toujours

cette même puantrie.

Ce règne, cette sale mentalité.

Comme si on voyait rien, qu'on ressentait rien, qu'on n'entendait rien,

qu'on pensait rien, comme si c'était un jeu.

Mettre un coup dans toute cette merde, faire exploser tout ça.

Mais putain de toi.

Qu'est-ce que t'as fait pour que Chérina aille se jeter dans les bras de n

'importe qui ? Pourquoi tu lui as refusé les tiens ? Mais regarde comme elle se

sent plus femme.

Pourquoi tu l'as jetée quand elle est devenue femme ? Ta mentalité de merde.

À cause de toi, voilà ce que j'ai vu.

Mais qu'est-ce qui m'a pris d'aller dans cette putain de soirée ? Qu'est-ce que j

'avais besoin de ramener Michael dans ses chiottes ? Qu'est-ce que j'avais

envie d'aller danser avec toutes ces filles que je pourrais jamais respecter

? Tous ces squelettes aux seins gonflés, aux bouches enflées, qui ne font qu

'entretenir cette fausse liberté sexuelle.

Faussement choisie, faussement voulue, faussement naturelle. Mais même pas le

mérite d'être de vrais prostituées, mais des fausses putes pour satisfaire aux

faux mecs. Une espèce en voie de développement.

Toutes ces connasses qui n'attendent que de trouver des connards qui vont les

entretenir toute leur vie comme des poules.

Dégossier. Trouver l'âne qui voudra d'une bouffonne prête à fermer sa gueule

du moment que le chèque tombe.

Trouver un sans cervelle qui viendra chercher sa marchandise.

Sa putain de poupée.

Vous verrez, c'est une vraie gentille.

Ça va ? Très bien.

J'ai réservé une table pour trois, si vous voulez.

Une autre fois, là, j'ai réservé une table pour deux.

Ah, d'accord. Bon, ben, je vous appelle, alors.

Au revoir.

Au revoir.

Simon, tu as eu mes messages ? T'es devenu un véritable courant d'air à l

'agence. Impossible de te voir.

Oui, j'y étais très pris.

Chérine, je vous présente M. Picot, mon collaborateur.

Chérine, mais quel joli nom.

J'adore ces prénoms du Sud.

C'est musulman, non ?

Bon.

Eh bien, je vous laisse.

Bonne soirée.

Excusez-moi.

Faites pas attention, il est maladroit.

Sa question, on me la pose cent fois.

Ah, vous êtes musulmane, j'adore le couscous, la danse du ventre, le tagine.

Vous vous rendez compte si je faisais comme lui ? Ah, Jean-Pierre, j'adore le

camembert.

Je suis fatiguée d'entendre toujours les mêmes répliques, alors que je suis née

en France, pareil pour mes parents.

Moi, je me permets pas de parler du pays du camembert, qui est aussi le mien.

Quand j'entends un prénom de souche française, j'ai pas besoin qu'on me

rappelle en permanence mes origines.

Je suis d'où je viens.

Mes parents ont fait le boulot.

Mais cet homme, je sais très bien comment il me voit.

Il est dans le fantasme de la beurette.

Dès comme lui, j'en vois plein.

Je pense que j'ai honte de mes origines alors que c'est eux qui ont un complexe

avec ça.

Moi, je suis à l'aise avec ça.

Et je vais avec les gens qui me plaisent, c'est tout.

Et je crois que les gens vont finir par s'en rendre compte tout seuls.

Lui, cet homme, c'est votre physique qui l'a dérangé.

C'est pour ça qu'il préfère vous le rappeler.

de vous faire penser que c'est vous qui avez un problème avec ça.

Pour moi, c'est qu'un détail.

Je vis pas pour ça, je m'en fous.

J'étais pas revenu dans ce lieu depuis un moment.

J'ai oublié qu'il était un habitué.

Depuis mon divorce, c'est la première fois que je remets les pieds ici.

Oui, j'ai divorcé il y a un an.

Ça a pas été trop difficile ? Ça va mieux maintenant.

On est restés amis avec mon ex-femme.

Et... Tu... Enfin... Vous travaillez dans la

mode depuis toujours ? On peut se tutoyer si tu veux.

Oui, la mode, c'est un domaine que je connais bien.

Et je travaille aussi sur d'autres projets.

Par exemple, en ce moment, je travaille pour une compagnie de téléphone

espagnole qui souhaite étendre son réseau sur toute la France.

Et toi, la mode ? C'est un domaine dans lequel tu comptes continuer ?

Ouais. Je suis passionnée depuis que j'ai découvert l'univers.

Je suis allée à des défilés de mode.

J'adorais Sansoto.

Hein ? Oui.

Euh...

Normalement, les photos seront prêtes la semaine prochaine.

On a rendez-vous dans un mois.

Et à la suite de quoi, les décideurs feront leur choix, mettront en route la

campagne du parfum qui est prévue dans trois mois.

Chérine ?

Est-ce que ça va ? Ouais, ça va. Ça me fait plaisir de passer du temps avec

toi.

J'adore sa robe de mariée, j'aimerais trop être à sa place.

C'est le mariage, c'est pas toujours ce qu'on croit.

C'est à cause de ton expérience que tu ne voudrais plus te marier ?

Non, c'est pas ce que je veux dire, mais pour moi, ça veut pas dire grand-chose.

Pour moi, ça change tout. C'est la preuve qu'il est avec elle.

C'est la bébête.

J'arrête pas, je continue.

J'aurais un bout de main, s'il vous plaît. Un petit bout de main, juste ça.

Je voudrais croquer ici.

Juste ce petit bout-là, s'il vous plaît. Je vous laisse le bracelet avec les

étoiles, mais je mange la main.

Où tu vas ?

Je fais pas au mari.

À cette heure-là ? Normalement, c'est à cette heure-là que je sortais pour aller

au taekwondo.

Et tu recommences à répondre.

Mais quoi ? C'est la vérité.

Bon, vas-y, mais arrête de me répondre.

J'arrêterai de te répondre le jour où tu te comporteras comme un vrai père. De

toute façon, tu peux plus rien faire, t'as plus qu'à faire marcher ton

cerveau.

C'est trop bien.

Qu'est

-ce

que je peux t'offrir pour ton anniversaire ?

Emmène-moi à la mer.

Tu veux qu'on parte quand ? Avec Simon, c'est pas pareil.

C'est du gyro de couture ? Ouais.

Tu sais qu'Alex est grillé au club de l'Etoile ? Ne pas t'avoir vu là-bas,

toute la soirée.

Il est resté à cogiter sur son siège, sans parler à personne.

Je l'avais encore jamais vu comme ça.

Il a fait que boire.

Il a enchaîné verre sur verre.

À la sortie, il était tellement déchiré qu'il s'est battu avec un mec.

Et vite, ça a dégénéré.

Les videurs l'ont cogné.

Puis vous l'avez appelé les flics.

Il fait la gueule parce que j'ai pas insisté pour qu'il vienne au dîner avec

Simon. Et que j'appelle pas pour le rejoindre.

Il veut les détails de comment ça s'est passé.

C'était prévu ? Il a prévu ça tout seul, comme d'hab.

Il m'a dit qu'il voulait tout savoir, ça m'a saoulée.

En plus, Simon, il a pas l'air d'apprécier Alex.

Tu veux plaquer Alex ? Pour le plaquer, faudrait qu'on soit vraiment ensemble.

C'est trop chelou, ces façons.

Moi, je crois pas que ça se passe toujours comme il dit dans le showbiz.

Dans la tête d'Alex, c'est sa copine.

Il parle de toi comme si t'allais devenir sa femme.

Tu sors avec Simon ? Non.

C'est bizarre comment il est.

C'est la première fois qu'un mec me saute pas dessus.

Simon, il a pas tenté le truc avec moi, il a esquivé.

Il est pédé ? Non.

Je crois pas.

Non, il a l'air d'aimer les femmes.

Non, c'est autre chose.

Un truc qui m'échappe.

Depuis mes 14 ans, ça ne m'était pas arrivé de parler avec un mec.

Enfin, avec un homme.

Attends. Toute la nuit ? Presque.

On a parlé jusqu'à l'aube.

Puis je suis rentrée.

Il m'a raccompagnée et lui, il devait partir en voyage.

Depuis, il ne m'a pas téléphoné.

De toute façon, je crois que c'était trop beau pour que ça marche.

Je crois que c'est mort le plan.

J'ai des doutes que je sois choisie pour la campagne de parfums.

Ouais.

Ah bon ? Et pourquoi pas au club de l'étoile ? Ok, on descend.

C'est Alex.

Il est en bas avec Sofiane.

Apparemment, c'est vraiment grillé le club de l'étoile.

On va à une soirée chez des gens.

C'est qui ces gens ? J'en sais rien.

De toute façon, ce soir, il faut qu'on se parle avec Alex.

C'est qui ces gens ? T'inquiète pas, c'est la bonne connexion pour toi. C'est

des gens bien.

Alex, c'est pas bon là. On doit se parler.

Ça peut attendre, non ? Salut, comment tu vas

? Ça va, rentrez. Merci.

Bonsoir.

Bonsoir. Bonsoir.

Mademoiselle Chirine, je dois vous remercier de votre beauté.

Excusez-moi, je reviens.

Bien sûr.

Un peu morte, la déco.

Y a pas que la déco, franchement.

Je me demande ce qu'on fout là.

Entre le proprio, galeriste, mécène...

Le patron de chaîne de café, l'antiquaire.

Ils sont tous chelous, là.

C'est quoi, le plan d'Alex ? J'ai envie de me barrer, là. Je les sens pas, les

gens, ici.

Mademoiselle Chérie, un peu de champagne ? Vas-y, je t'en joins.

Faut que je filme avant.

Je peux filmer ?

Ouais. Franchement, Alex, fallait me prévenir qu'on s'amuserait autant.

Ça va, y a des gens cools qui vont arriver.

Et la musique, on peut la changer ? Parce que la flûte version médiévale,

André, ça me tape sur les nerfs.

Alors,

Alex m'a dit que vous étiez mannequin.

Et il paraît qu'il a de grands projets pour vous.

Vous êtes dans le métier depuis longtemps, non ? Putain.

Excusez-moi.

Allez, lâche-toi.

C'est pour rigoler.

Sophie-Anne nous a dit que t'étais cool.

Lâche-toi.

Sophie-Anne, dis-leur d'arrêter.

C'est bon, tu vas pas faire ta timide ce soir.

C'est bon, fichez-lui la paix, elle a pas envie.

Connard. Avec ce qui nous a prévenu. Ah non, mademoiselle Chérine, on nous a dit

que vous étiez gentille.

Jérine, c'est un mauvais plan, là. On peut pas jouer sur tous les tableaux.

Faut que t'assumes ce que t'es.

N'oublie pas, c'est moi qui t'ai faite.

Tu faisais pas trop de la merde avant, qu'est-ce qu'il s'est passé ? T'as la

tête qu'a enflée avec l'autre publicitaire, c'est ça ? C'est bon, dis

-allons-y.

T'enculé ! Mais qu'est-ce qui se passe ? Mais enfin ! Pas de gage en six

coulières. On n'est pas n'importe où. Toi, t'oses me toucher alors que mon

père, il a jamais osé ? T'oses me foutre à gout, espèce de merde ! Mais c'est un

malentendu. On nous a dit que vous étiez d'accord.

Si c'est de l'argent que vous voulez, on peut s'arranger.

Mais Alex, fais quelque chose ! Plus jamais tu ne me verras subir, t'entends

? Je ne me laisserai plus faire ! C'est fini tout ça

! Tu ne me feras plus emballer ta merde !

Allez viens chérie, je te dis en calme, on part, allez viens. Désolé

mademoiselle Shane, mais c'était pas du tout prévu comme ça. Allez viens chérie

!

Il n'aurait jamais dû me faire ça.

Il ne me fera pas sentir coupable de ses conneries. Je m'en tape de lui, je l

'emmerde.

Je n'en reviens pas à ce qu'ils ont fait.

Putain, les sales races, quoi ! Comment j'ai pu être aussi conne pour croire

que... Mais arrête ! Personne ne pouvait prévoir qu'il ferait un truc pareil.

Gisèle, je vais rentrer dormir chez moi ce soir.

J'ai besoin de rentrer.

T'es sûre ? En pleine nuit ? Ça va aller ?

Chirine, je sais que t'es chez Gisèle, là, je suis en bas.

Vas-y, rappelle-moi.

Chirine ! Chirine !

Putain, Chirine, faut que je te parle, là. Vas-y, rappelle-moi.

Merde ! Quoi, qu'est-ce que t'as ? T'as un problème ? Non, je suis bien.

T'en veux encore ?

J'ai faim ! Oh putain ! Tu te merdes !

Vous n'allez pas dormir chez Gisèle ? Si, mais j'ai préféré rentrer pour

dormir ici.

Qu'est-ce qui se passe, chérie ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

Qu

'est-ce qui ne va pas ?

Dis-moi ce qui se passe.

Chérine, parle-moi.

Qu'est-ce qui va pas ?

Regarde.

Elle mange presque rien depuis une semaine.

Je suis sûre qu'elle a pas la grippe.

Puis elle me parle presque plus.

Y a un truc qui va pas.

Gisèle. Franchement, je reviens pas.

Je pensais pas l'avoir.

C'est la première fois que je réussis un truc par moi-même.

Je suis trop contente.

C'est carrément un miracle, on est notre bac.

Je suis bien contente de t'avoir suivie ces 4 derniers mois à réviser.

Faut qu'on fête ça.

Ouais, très vite.

Et de toute façon, je te rappelle pour te dire quand.

Ok ? Ok, bisous.

Bisous.

Allô ? Allô, chérine ? Oui, c'est Simon Lavier.

Ah, Simon.

Ça va bien ? Euh, oui, ça va, et vous ? Je suis parti quatre mois. Mon voyage en

Espagne a duré plus longtemps que prévu.

J'ai pas osé te... vous appeler.

Bah, c'est vrai, ça fait bien quatre mois qu'on s'était pas revus et je

pensais plus avoir tes nouvelles.

Désolé pour le retard.

Mais je viens de voir les photos, elles sont très belles.

Il y a une réunion jeudi.

Est-ce que tu peux être là ? Ok, jeudi.

Je note l'adresse.

Alors, ce sera à 10h, à l'agence Preview.

Et c'est aux 13 rues de l'arc-busier.

D'accord.

Bon, à jeudi, alors.

À jeudi, chérie.

Je t'embrasse.

Pareil, je t'embrasse.

On n'a jamais vu ça.

Utiliser directement les tests pour la campagne d'un parfum.

Il aurait dû refaire une séance de photos pour ça.

Moi, je pense qu'il ne veut pas en refaire parce que cette fille, elle a

tout donné dans les photos. Regarde, il y a quelque chose d'intense.

Tu m'étonnes qu'elle a tout donné.

Mais ils sont ensemble ? Évidemment.

Tu crois qu'il va l'épouser ? Ça ne m'étonnerait pas qu'il ajoute compte de

fait.

D'abord, il la sort de Ruisseau, ensuite il fait d'elle quelqu'un, puis... une

épouse, parce qu'il faut bien amortir.

Ça fera de lui quelqu'un de romantique.

Ça m'en calcule, le mariage. C'est bon pour sa réputation, ça va le rendre

respectable.

Puis alors pour elle, socialement, c'est l'idéal. Donc tu crois pas une seconde

que l'amour existe vraiment entre eux ? Non, non, moi j'arrive pas à plonger.

C'est trop à la mode, le genre de type blasé qui a eu plein de femmes et qui

cherche l'amour à l'ancienne.

C'est trop facile.

C'est un beau cadeau d'anniversaire en tout cas, je suis contente.

Pourquoi, c'est ton anniversaire aujourd'hui ? Oui, ça y est, comme on

dit, je suis majeure et vaccinée.

Tiens, regarde.

Voilà.

Ce sera toi qui sera à cette place.

Et c'est la photo avec le drap blanc que vous avez choisie pour la campagne ?

Pour l'image du parfum, c'est parfait.

C'est ma préférée, je l'adore.

Tiens.

J'y arrive pas.

C'est con qu'on soit pas venus pour ton anniversaire il y a trois mois. On

aurait eu du soleil.

Ouais, mais je pouvais pas.

Je suis content d'être là avec toi.

Toi ? Ouais.

Je suis contente.

C'est pour ton travail ? Non, mon travail, c'est pas ça. C'est des plans d

'architecture. Pourquoi tu fais ça tout le temps ? Parce que j'aurais aimé faire

ça.

Alors je vais faire comme toi.

Allez, fais-moi voir comment tu fais.

C'est quoi cette tête que tu fais ? Cet homme va vivre avec elle et si ça se

trouve, c'est toute notre vie qu'on va le voir.

Tu veux nous faire perdre la face ou quoi ? Même pas une parole, tu lui as

lancé. Mais bon Dieu, pourquoi elle a pas dit comment il était ? C'est pas une

surprise, c'est un vrai choc.

Et franchement, faut pas croire que je vois rien.

T'as pas vu ? Il a le même âge que nous.

En plus, il vient avec son costard plein de fric, là, chez moi, comme ça.

Il croit qu'il peut m'acheter et prendre ma fille et l'emmener pour la marier ?

Depuis petite, tu lui as dit que c'était ta poupée, une princesse qui devait

épouser un homme qui a de l'argent.

Puis d'abord, ils ont pas parlé de mariage, ça c'est son affaire.

Mais Chirine, tu lui as trop fait payer la femme qu'elle est devenue.

C'est pas étonnant qu'elle soit avec un mec comme ça.

Il lui donne l'amour que tu lui as enlevé.

Puis c'est pas possible.

La vie passe et toi t'apprends rien ?

C'est bon, ça suffit les dégâts.

Il est temps que tu répares et que tu tiennes la famille.

Autour de cette table, je revois défiler mes sœurs, mon père, ma mère, ensemble.

Tous à pas savoir comment faire avec cet amour trop fort, encombrant, étouffant,

gênant et tellement ancré en nous.

Un amour jamais prononcé, ingérable, incompréhensible, déchirant.

Une curieuse sorte d'amour enfoui en chacun de nous, à essayer de recoller

les morceaux.

de comprendre où commence ce gâchis.

Mais pourquoi tu veux faire ça ? C'est pas un métier.

Parce que quand je grandirai, tu me reviendras plus.

Alors je serai obligée de faire comme si tu me vois.

Qui c'est qui t'a dit ça ? C'est Cheyenne qui m'a dit ça.

Mais t'es pas obligée de faire un métier qui te plaît pas.

Tu peux choisir le métier que tu veux.

Je serai toujours là pour te regarder grandir.

Alors je peux faire autre chose ? Oui, mais qu'est-ce que tu aimerais faire ?

Je voudrais faire le métier que tu voulais faire.

Dessiner les maisons.

Architecte, je crois. C'est ça, papa ? C'est ça.

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