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Monsieur, t'as un problème ? Moi, je te rends carte, je connais tout le monde
ici, y a pas de problème. Ok, c'est bon, merci.
Qu'est-ce qu'il y a, Jean-Louis ? T'as trop j'ai des mauvais jours.
J'ai que ça, des mauvais jours.
C'est pas ici qu'on avance, c'est au troisième.
Oui, ça va, merci.
Au départ, j'ai songé à confier l'enquête à la DPJ.
Côté voisinage, connaissance du milieu local, vous voyez.
Mais c'est pas une bonne idée.
On a eu quelques problèmes récemment.
Avec les programmes immobiliers, il a fallu effectuer un certain nombre d
'expulsions. Un certain nombre, oui.
En plus, on a eu quelques problèmes avec les gens des commissariats. On a
compris, merci.
Donc, vous venez tous les jours à 14h30 faire le ménage.
Oui, je viens par la liste des courses.
Et à 3h30, je vais ramener...
Eh oui, ça exciterait l'imagination de tous les détraqués qui hantent cette
jolie cité, voyez-vous.
Non, luçons plutôt au créateur, à l'artiste de cette mise en scène
sophistiquée, mais néanmoins quelque peu croquignolesque, le plaisir de nous
raconter tout ça lorsque nous l'aurons démasqué.
Bien, le corps est allongé sur le dos, aucun réflexe de défense ou de
protection. La chair est encore souple et chaude.
Grosse échymoses au niveau de la joue droite.
Le sang n'est pas encore coagulé.
Le décès est récent, vraisemblablement moins d'une heure.
Regardez les bougies, la CIA a eu à peine le temps de couler. Il est 16h38,
la femme de ménage a dit l'avoir vue à 14h30.
Une heure avant, ça colle.
Bien, large entaille circulaire au niveau de la gorge.
L'entaille est profonde, les bords sont crénelés, arme du crime, probablement un
type couteau de cuisine.
Vous embarquez tous les couteaux ? T'as vocation plutôt rudimentaire.
S'il vous plaît.
Merci.
Petit secrétaire dont le système de fermeture a été fracturé à l'intérieur
des papiers en désordre.
Mise sous scellé du contenu IJ.
Victoire, qualité, c'est elle.
Environ 500 euros.
Visiblement, c'est pas ce qu'on est venu chercher.
S'il vous plaît.
Michel, venez voir.
La porte n'a pas été fracturée, la chaîne n'était pas mise.
La victime a vraisemblablement ouvert la porte à son meurtrier.
Ou elle le connaissait, ou elle avait de bonnes raisons de le laisser entrer.
Bon, d'après vous, on a affaire à un rite vaudou véritable ou à la mise en
scène d'un malade mental ? Si tel est le cas, ce crime revient à un caractère, à
un sens particulier pour le meurtrier.
Et ce sens, il nous faudrait le décrypter.
Mais, à moins que...
Ce meurtrier soit réellement au sein d'esprit et qu'il tente de nous égarer
par ce crime rituel barbare vers la sancellerie. Ce qui nous fait à ce
moment-là deux hypothèses.
Bon,
mais je ne sais pas, vous ne pouvez pas essayer de me le décrire, ce type que
vous avez croisé dans l'escalier ? Ben, il était blanc.
C'est pour ça que je l'ai remarqué. J'ai levé la tête pour voir où il allait.
Il est à propos de Mme Proité.
Quel âge ? Plutôt jeune, comme vous, quoi.
Et vous l'avez déjà vu auparavant ? Moi, non. Mais mon fils, il a dit qu'il l'a
déjà vu.
Attendez, je vous l'appelle.
Faites attention à lui, c'est un bandit.
Moi, là ! Jean.
Comment tu t'appelles, toi ? Adrien, avec un H au début, comme l'empereur.
Adrien, ce type blanc que tu as croisé dans l'escalier, tu l'avais déjà vu
ailleurs ? Oui, il est souvent dans les bars au carrefour Belleville.
Tu sais ce que tu vas faire. Quand tu vois ce monsieur, c'est très simple. Tu
nous appelles, tu sais te servir d'un téléphone.
D'accord, il s'est asservi à la téléphone. Eh, dis donc, écoute, tu fais
vite, d'accord ? Et tu peux mettre tes petits copains sur le coup aussi.
50. Quoi ? Non mais, 50 quoi ? C'est un deal, je fais le truc pour 50 euros.
20, non, 10.
Et le reste quand on aura retombé le type.
Ça marche ? Mais non, je vous dis, moi je ne connais pas Madame Coité.
Moi je lui parlais jamais, jamais.
Tu peux y aller ? Oui, allez.
Et donc, depuis deux mois qu'elle a quitté la police, Nat ne t'a pas donné
de nouvelles ? Non, c'est normal, les chiens font pas d'échafes.
Un capard aussi con et borné que moi, la génétique fait pas de miracles.
Elle me fait payer mes erreurs, eh bien, je peux te le dire. Non, mais l
'important, c'est que tu l'aies retrouvée, quoi.
Retrouvée, je sais pas encore dans quel état.
Ce qu'on me raconte sur les mecs qu'elle fréquente, c'est pas beau, je peux te le
dire.
Évidemment, il y a personne.
À ce temps-là, les gens bossent.
Bonjour. Qu'est-ce que j'allais vous déranger ? On enquête sur le meurtre de
Mme Coïté.
Elle est morte ? Oui.
Est-ce que vous avez vu ou entendu quelque chose de suspect entre 14h30 et
15h30 ? Je n'ai rien entendu, non.
Je dormais.
Vous dormiez à cette heure-là ? Mon travail m'a fatiguée.
Et puis, je ne la connaissais pas bien, Mme Coïté.
Je ne pourrais rien vous dire de plus.
Je suis désolée.
Merci. Merci.
Ah bah, hé, voilà, expérience pure.
Peut-être pouvoir nous aider celui-là.
Je ne sais pas toi, mais moi cette enquête, elle commence à me casser les
couilles. Allez, viens, il est pas là ce connard.
C'est clair, la trace sur le visage, c'est un grand coup sur la gueule. Ça ne
fait pas un pli.
Et si on trouve des traces de fouet sur le cul, on s'oriente vers un truc
sadomaso.
Enfin, je ne sais pas, mais le côté cuir clouté, pince à linge sur les nibards,
ça m'a toujours débecté. Pas toi ? Monsieur le docteur Salinas, espérez
-vous une seconde que j'ai maîtrisé une opinion sur ce sujet ? Non.
Bon, de ce côté, j'ai tout vu.
On va retourner le...
L'objet.
Voilà,
à part l'égorgement, aucune trace d'agression, pas de trace de viol.
Il y a une chose qui ne va pas, voyez-vous.
C'est sûr qu'elle n'a pas l'air en forme.
Vous avez précisé que le sens de l'entaille à la gorge allait de gauche
vers la droite.
C'est hermétique, mon général.
Bon, puisque ce genre de geste ne peut être exécuté...
que par derrière comme ceci.
C'est donc un droitier qui en est l'auteur.
Or, la marque de la gifle se situe sur le côté droit du visage. Par conséquent,
c'est la main d'un gaucher qui l'a imprimé.
Ah ben alors, maestro, chapeau bas, hein ? Vraiment, devant une telle
démonstration, je ne peux que... n'avoir plus rien à dire.
Mon cher docteur Salinas, rien ne me ferait plus plaisir, voyons.
Après avoir essuyé les remarques débilitantes de l'indécrottable docteur
Salinas, j'ai réussi à soulever le voile d'une hypothèse. À savoir, la victime a
peut-être eu affaire à deux personnes. Une gauchère qui l'a giflé et la
seconde, droitière, qui l'a tué.
Bien.
Alors, ils sont peut-être deux.
Berger, le fichier a parlé ? Oh, pas vraiment.
Dans les dom-toms, on a bien un cinglé défoncé au crac qui a exterminé 20
personnes comme ça.
On a retrouvé chez lui des poupées pleines d'aiguilles aux effigies des
victimes, mais sur Paris, non, on n'a rien.
Parfait. Michel, si vous pouviez nous éclairer de votre brillant savoir en
matière de vaudou.
J'ai bien quelques petites connaissances en ce qui concerne les divinités de ce
culte, mais voyez-vous, mes préoccupations existentielles,
métaphysiques, sont un milieu de ces pratiques obscurantistes. Mais je vous
promets, dès demain, de faire appel à un imminent ethnologue. Merci.
Bon, si le meurtre peut évoquer une vengeance, n'oublions pas l'autre mobile
possible.
Le vol avec le tiroir fracturé du secrétaire. Que cherchait le ou les
tueurs ? En tout cas, certainement pas de l'argent, vu qu'on n'a pas touché à
celui qui était dans le sac à main.
Pour ton 500 euros, ça fait une certaine somme.
C'est quoi le profil de coïté ? Pas de famille, ni de relation connue.
Elle était quand même propriétaire de 5 appartements, 5, dans son immeuble. On
peut dire que notre victime...
On investissait dans la pierre.
Oui, et quand on parle de pierre à Belleville, on parle d'une société qui s
'appelle Imoscope. Ils ont un site sur Internet, ils font de la rénovation d
'immeubles anciens. Ils rachètent à bas prix, ils expulsent les locataires par
tous les moyens, puis ils refont du neuf, ils cassent pour des gens très,
très riches.
En tout cas, vu l'état des lieux, on peut dire que c'est pas une erreur de
goût.
Oui, c'est ça. Surtout qu'on peut en profiter pour virer quelques immigrés.
Bon, on freine quand même, s'il vous plaît !
On fera du social une autre fois, si vous permettez.
Concentrez-vous sur l'enquête.
Ah, Boulot.
Écoutez, patron, j'étais au service technique.
J'ai lancé l'erquise pour qu'on visite les égouts. Des fois, quand on y
retrouve l'arme du crime.
Oui, c'est bien.
Dites-moi, qu'est-ce qu'il a, ce candela ? Parce que depuis quelques jours, il
fait une drôle de tête.
C'est sa fille ? Il faut voir.
Parce qu'il a logé Nat par l'intermédiaire d'un mec des stups.
Ben oui.
Et c'est là que ça coince, parce qu'il y a un indique qui a raconté qu'il a vu
Nat avec un groupe qu'il fréquentait. Oui, enfin, un indique des stups, c'est
un dealer, il faut appeler la merde par son nom.
Oui, ça c'est sûr, mais peut-être qu'il ne faut pas forcément... Oui, oui, tirer
des conclusions hâtives.
Ah, au fait, il faut qu'on aille voir le voyant du rez-de-chaussée demain.
Vous venez avec moi.
Quelqu'un qui voit clair dans l'avenir, ça ne se refuse pas.
Écoutez, je ne suis pas sûr que mon avenir soit tellement folichon, mais
allons voir quand même.
Avant de nous virer, il faut qu'on se parle deux minutes.
Je croyais qu'on s'était tout dit.
Qu'est-ce que tu fais ici, dans cet endroit sordide, écoute ? Ça y est, c
'est commencé ? Quoi ? L'interrogatoire capitaine, il est commencé ? Nat,
tu quittes la police sans prévenir.
Forcément, ta mère et moi, on s'inquiète.
Quand je retrouve ta trace, c'est par l'intermédiaire d'un dealer qui m
'explique que tu traînes avec une bande.
Tu crois que je suis pas en droit de te poser des questions ? Non.
C'est ma vie. J'ai pas de comptes à te rendre.
Je suis majeure et vaccinée. Ouais.
Vaccinée à quoi ? Nat ? Regarde-moi.
Si tu prends de la poudre ou autre chose d'ailleurs, faut me le dire.
Bon. Tu peux pas rester comme ça, c'est pas possible. Ok, papa, laisse-moi, d
'accord ? C'est bon, je suis clean.
Et Antoine, il est où ? À Béthune.
Dans un commissariat pourave.
Enfin, là où tu l'as muté.
Il était devenu allergique au scandela, alors je l'ai largué.
Tu fues maintenant ? Tu vois ?
Bon, écoute, chérie.
Ta mère... Je me souviens pas lui avoir dit une fois en dix ans.
T'es siée, je lui ai dit une fois.
Derrière une porte.
Elle ne m'a pas entendu parce qu'elle était déjà morte.
Alors avant de partir, je voudrais... Je voudrais te le dire à toi en face.
Je t'aime, tu comprends ça ? Tu comprends ou pas ? Oui, papa.
Papa.
Moi aussi.
M. Carondo, brigade criminelle, vous savez pourquoi on est là ? Oui, bien
sûr, mais je suis avec une cliente.
C'est bon matin.
Ça te remet une fois la voyance ? On n'en aura pas pour très longtemps.
S'il vous plaît.
Désolé, mademoiselle, il va falloir suspendre la séance en cas de force
majeure. La police a besoin de m'entendre au sujet d'un problème
concernant l'immeuble.
Tiens donc, la police s'occupe des problèmes d'immeuble maintenant ? Le
problème, c'est un meurtre.
Dans ce cas, je vais vous laisser.
Oui.
C'est marrant, je les voyais pas du tout comme ça, vos clientes.
En ce qui concerne Mme Coité, c'était une simple relation voisinage. C'est
marrant, hein ? Personne ne connaît personne dans cet immeuble.
Je pensais qu'il y avait une sorte de vie communautaire chez les africains. Je
trouvais même ça plutôt bien.
Toute la journée, les hommes sortent travailler à l'extérieur. Le soir, ils
sont fatigués.
Ils mangent, regardent la télé.
Il existe sans doute ce que vous appelez l'intégration.
Vous saviez que Mme Coité possédait plusieurs appartements dans l'immeuble ?
Tout le monde le savait.
En ce qui me concerne, je suis propriétaire de mon bail commercial.
Vous étiez où hier, entre 14h30 et 15h30 ? Hier ? Oui,
hier.
Hier,
j'ai reçu un client, précisément à 14h30.
M. Moss.
Il est resté une heure à peu près, et c'est le temps que durent généralement
mes consultations.
Ah, parce que c'est ce que vous appelez des consultations. Et vous avez l
'adresse de ce M.
Moss ?
Un instant, s'il vous plaît.
15 rue Mira, dans le 18ème.
D'accord, merci.
Monsieur Coruando, c'est bien du sang que vous avez dans votre cuisine.
Oui, bien sûr.
J'ai tué un poulet hier ici même, je l'ai gorgé dans cette bassine.
Oui c'est vrai, j'ai vu dans la cour, vous avez une production maison.
C'est une coutume de mon pays, l'une des seules que j'ai perpétuée.
Monsieur Caruendo, vu les circonstances, je crois que nous allons procéder à une
petite perquisition. Hein, Polo ? Je
te rappelle demain.
Comment se sont passées les retrouvailles ? Je lui ai refilé les
clés de la maison, elle me les donne bien quand elle veut.
Et pour la drogue ? Je ne sais pas si elle en prend. J'en sais rien.
Bon, alors, côté immoscope, ça se précise.
On retrouve la société dans la remontée d'appels de Coité.
Une douzaine de communications dans le mois écoulé.
Ça sent de plus en plus la magouille immobilière, ça.
Ben oui, c'est ça. Je me demandais d'où venait l'argent de Mme Coité pour
acheter ses appartements.
Je l'ai donné sur les comptes bancaires. Il n'y a que les loyers qui rentrent. J
'ai fait la somme. Ça ne suffit pas.
Argent liquide. C'est ça que l'auteur recherchait. Il a dû trouver un gros
paquet et il en a oublié le sac à main.
Et d'où vient tout ce liquide ? Peut-être qu'elle a acheté des
appartements avec du fric perso ? Un héritage ? Qu'est-ce que les gens savent
? D'accord, on va être dans une demi-heure.
C'est l'ex-mari de ma femme qui veut me voir.
Et ça, c'est l'alibi du voyant.
Elle s'est allumée, le gars. Il faut dire qu'on a l'alibi comme ça, on l
'invente pas.
Vous arrivez à 14h30, vous en repartez une heure plus tard. Entre temps, vous n
'avez vu personne ? Si, au moins 25 personnes.
Expliquez-nous ça, monsieur Moss.
Eh bien, j'ai croisé la métatine et puis...
Louis, mon aigre oncle avec Bimbain et Tinan Moss, ils étaient sur la place du
village et ils fêtaient la libération du jour de l'armistice avec le cousin Titou
Moss et les frères Philemon et Lucien Moss. Ça, c'est les Moss du côté de la
sœur de mon père. Mais il y avait aussi... Monsieur Moss, nous n'avons pas
le temps de remonter. Aussi merveilleux soit-il votre arbre généalogique. Oui,
mais grâce à Kondo, j'ai retrouvé des Moss jusqu'au 5e siècle.
Dommage qu'au milieu de tout ce joli monde, vous n'ayez pas vu Victoire Coïté
se faire assassiner.
Madame Coïté, ce n'est pas une cousine. Je ne vois vraiment pas pourquoi je
serais avec elle sur la place du village en 1918.
Un vœu sous cet angle, évidemment, oui.
Excusez-moi.
Qu'est-ce que je peux faire pour vous, Carina?
Me rendre ma femme, lieutenant.
Pardon?
Écoutez-moi gentiment, lieutenant.
Mario a trop d'orgueil pour m'en parler.
Mais Mathieu, notre fils, s'en est chargé.
Je sais qu'elle est criblée de dettes et que sa société est en faillite. Je sais
aussi que le poker en est la cause, du moins en partie.
Vous insinuez que je suis responsable de quelque chose, peut-être ? Non, non,
non, c'est moi qui suis en partie responsable.
Mario n'a jamais pu supporter notre divorce.
Entre nous, c'est vrai que je l'ai laissé trop longtemps négliger à cause
de mes affaires.
Le poker, pour elle, n'était qu'une fuite en avant, et puis elle s'est
perdue dans le jeu, comme d'autres se perdent dans la drogue ou l'alcool.
Ah, je vous suis.
En fait, vous me dites que Mario a touché le fond parce qu'elle vous aime.
C'est ça.
Pensez tout de même pas que votre mariage est une affaire sérieuse.
Franchement, lieutenant, quelle vie vous pouvez lui offrir à présent ? Mario et
moi sommes du même monde, de la même race.
Je suis désolé, mais vous faites pas le poids avec votre salaire d'officier de
police.
Mario n'est pas pour vous, lieutenant. Vous et moi, nous le savons.
Vous pensez la récupérer comment, ma femme, Garino ? Je peux vous offrir une
petite somme.
Disons 200 000 dollars et vous divorcer de Mario.
Excusez-moi, je suis en train de chercher un terme qui vous collerait le
plus possible. Je pense à pourriture, mais ça ne me semble pas assez comme
mot. Mario n'en sera rien. Votre honneur sera sauf.
Vous n'aurez qu'à inventer une petite histoire.
Une autre femme.
La différence d'âge. C'est la première fois que je regrette d'être flic,
Carinaud.
Si je respectais pas tant la loi, je vous aurais cassé la gueule
immédiatement, tas de merde ! Vous ne le ferez pas, lieutenant.
Alors, ne nous fâchons pas.
Pensez à ma proposition, hein ? Réfléchissez, appelez-moi.
Arrête, Jean-Louis. C'est pas en bouffant rien que tu vas faire revenir
ta fille.
La petite histoire et l'influence des pratiques vaudou, ça vous intéresse ? D
'accord Michel, mais faites court.
Le vaudou, religion animiste de type polythéiste, ce qui implique la présence
de plusieurs divinités dont la principale se nomme l'Ekba, divinité qui
commande aussi bien aux humains qu'aux os.
Merci. Je simplifie bien évidemment.
Pour que les blaireaux comme moi comprennent, c'est ça ? Mais le vaudou,
c'est pas Haïti ?
Effectivement, à la suite des migrations et de l'esclavage, le vaudou s'est
répandu aux Caraïbes. Le culte original s'est fondu dans la religion catholique
pour aboutir, entre autres, à un foisonnement de superstitions diverses
et variées.
Genre le cercueil et la poupée.
Oui, oui, les aiguilles plantées dans la poupée sont destinées à faire souffrir
la personne visée.
Pour qu'elle meure, il suffit de mettre...
La poupée est dans un petit cercueil fabriqué de ses propres mains.
Ce qui veut dire que le type qui a fait ça en connaissait un rayon sur le sujet.
Qu'est-ce qui arrive ? Le môme de Belleville vient d'appeler Cisco.
Il a repéré le mec à tissu coïté.
Je prends Berger, je suis le renfort.
C'est le type là-bas, là.
Assis à la terrasse, avec une veste noire.
Ok.
C'est bon, vas-y maintenant.
Et mon fric ? Bon, vas-y, donne-lui parce que... Ben... Dix, hein ?
Oui, c'est moi.
Non, c'est pas possible.
Et ma mère, elle est blessée ? Bon, très bien, très bien, très bien, ça va, j
'arrive dès que je peux, merci.
Qu'est-ce qui se passe ? Ma mère a pris sa voiture, elle a...
Elle a renversé un piéton, il a le bassin fracturé.
Je savais que ça allait recommencer. Comment ça a recommencé ? Ça lui arrive
souvent d'écraser les piétons ? Hé, Berger, tu nous caches quoi ? Ma mère
boit depuis 15 ans.
Voilà ce que je cache.
Elle boit tout ce qu'elle trouve.
Bon, allez, tu vas rester là.
Et nous, on va le serrer, d'accord ? Attends, non, je viens avec vous. Non,
attends. Attends, Cisco a raison, t'es pas en état. Appelle ta mère, nous on s
'en occupe. Attends, me fais pas chier, je te dis que je suis fière ! Oh putain,
il se dit maintenant, allez ! Ouais, ça va pas !
Bouge pas ! Bouge pas !
Arrête, tu bouges plus ! Bouge plus
! Doucement, doucement, tu mets tes mains derrière le dos. L'autre, l'autre
! Tu bouges plus.
Voilà, allez, avance.
Qu'est-ce que vous foutez, là, avec le dossier de monnier ? Oui.
Un avocat.
Je connais la loi, j'y ai droit.
Faut m'en trouver un tout de suite.
Oui, le problème avec les avocats commis d'office, c'est que c'est pas des
cadors. Tu sais ça ? Et qu'en affaire criminelle, il vaut mieux être bien,
bien assisté. En affaire criminelle, m'attendez, vous allez où, là, les mecs
? D'abord, c'est pas les mecs. Moi, c'est capitaine, et lui, c'est
lieutenant, d'accord ? Bon.
Le meurtre de Victoire Coité, hier.
Les témoins t'ont identifié dans la cage d'escalier.
À l'heure du crime.
C'est pas de bol ? On a retrouvé des empreintes.
Elles s'en prennent toutes fraîches sur la poignée de la porte.
Et tu sais ce qu'on va faire ? On va les comparer avec les tiennes.
Vas-y, j'étais sûr que les keufs allaient me mettre ça sur le dos, c
'était trop facile.
Mais c'est pas moi qui l'ai butée.
Ah, bah au moins tu reconnais que t'étais là.
Je lui ai juste collé une claque dans la gueule, histoire de lui faire peur pour
qu'elle arrête ses conneries.
Et ça ? Ça, c'est des conneries ? Je récite le
CV de Franck Monnier.
Voilà la roulotte, tentative d'escroquerie, petit trafic de drogue.
En tout 22 mois de vacances à Fleury-Mérogis. C'est toi ou c'est pas
toi ? C'est pas une bière de merde ça encore.
Bon écoutez, j'ai rencontré un type dans un bar, il m'a filé 400 euros pour aller
voir la vieille, voilà.
J'ai rencontré un type, j'ai rencontré un type. Quel type ? Comment il te
connaissait ? J'avais déjà bossé pour lui, mais elle faisait chier à la
mercoyité. Elle a racheté tous les apparts de l'immeuble pour trois ronds,
elle les revendait de quoi plus cher.
Dis-moi une chose, ton client par hasard il s'appelle pas Imoscope ? Bon.
Ma mère coïtée, elle a pas voulu céder.
Alors vous avez décidé de la buter.
Mais c'est pas 400 euros que t'as palpé, mais beaucoup plus.
Arrêtez, je suis pas un tueur.
Bon d'accord, l'hémoscope, je crois que c'est un type de chez lui.
Mais je sais rien de plus. Quand je suis parti, elle était vivante.
Même quand elle m'a dit d'aller me faire enculer.
Tu fais très très très bien d'aborder le sujet. Tu sais pourquoi ? Parce que si
tu n'avoues pas le meurtre tout de suite, on va te coller en préventive.
Et là-bas, tu sais le sort qu'on réserve aux tueurs de femmes ? J'espère que ton
proctologue t'a fait un mot d'excuse.
Parce que ton joli petit trou du cul, ils vont y creuser un sillon gros comme
le tunnel sous la Manche. Tu comprends ça ? Deux fois par jour.
Et à mon avis, t'auras avoué avant même d'être arrivé à Londres.
Allez.
Une dernière ? Vas-y, fume.
T
'es
gaucher, toi.
Bah oui, pourquoi ?
Bon, je vais convoquer le patron de l'hémoscope. C'est bon. Une menace,
quoi, une blessure.
On a du biscuit.
Oui, on a du biscuit, comme vous dites, parce qu'on a eu la chance de coincer
Molnier. Des Bleus ont laissé entendre que son arrestation avait été un poil
rock'n'roll.
J'ai demandé à vos deux faux-culs de coéquipiers.
Ils ne sont au courant de rien.
Je sais.
C'est moi, j'ai déconné. Oui, vous avez frôlé la bavure, Berger.
Si Molnier avait été armé, un coup de chouet, il vous allumait tous les trois.
C'est ma mère, j'ai eu peur, ça va, vous pouvez pas... Excusez-moi.
Berger, que j'ai une mère ou non ne change rien à l'affaire.
Je vous engueule parce que c'est mon rôle.
Et je préfère définitivement les vivants aux morts. Allez, filez voir votre
maman. Merci.
Qu'est-ce qu'il y a, Cisco ? Vous aussi, vous avez un problème de famille ? Euh,
non. Moi, c'est un problème... C'est un problème de garagiste, moi, donc. Et là,
comme il va fermer d'ici à peu près 10 minutes... 10 minutes, oui. Oui, oui, il
faut vous dépêcher.
Le temps où vous y êtes, pour l'argent que vous avez filé aux gamins, vous
devriez vous faire faire une note d'essence par votre garagiste.
Bon, ça va ? Plus personne n'a besoin de rien ? Parce que je sais pas, moi, je
vais peut-être aller... Moi, j'ai une petite robe, hein ? Ou pas ?
Bon,
c'est vrai que Meunier, il est gaucher, mais il a très bien pu maintenir la
victime avec la main gauche, la plus forte, et dégorger avec la main droite.
Mais pourquoi il aurait fouillé l'appartement ? Ben, il travaillait
toujours dans le quartier. Alors peut-être qu'il a entendu parler de
coïté.
Le bruit qu'aurait comme quoi elle planquait beaucoup de pognon chez elle.
Alors une fois là-bas, il a fait d'une pierre deux coups. Il a rempli son
contrat et un pochet de pognon.
Eh bien, croyez-vous sincèrement une seconde que notre monnier soit un
spécialiste des techniques vaudou en matière d'assassinat ? Oui, ça commence
à faire beaucoup pour un seul homme. Puis je vois pas notre loustique, après
son coup, l'argent plein les poches, aller saper l'apéro au bistrot du coin.
Bien, pour résumer, nous butons toujours sur le même écueil.
La dualité des mobiles, d'un côté le décor planté, d'un meurtre mystique, et
de l'autre côté, une banale affaire crapuleuse.
Voir les deux.
Ah, Jean-Louis a raison.
Il y a peut-être quelqu'un d'autre qui est passé après Molnier.
D'ailleurs, on voit ça avec Carmondo, le marchand.
Vous voyez, on vient d'arriver.
Bien, l'acquisition effectuée à votre domicile n'a fourni aucun élément
probant. Probant, de notre point de vue, j'entends le sang accueillir dans votre
salle de bain et dans votre cuisine, et bien celui d'un volatil. Nous n'avons
donc aucune raison de vous retenir parmi nous.
Ne me dites pas que vous m'avez fait venir juste pour entendre cela.
Nous aussi, vous savez, on aimerait bien entendre autre chose, mais...
Tout le monde s'étant donné le mot, quelle moyenne pression avons-nous pour
obtenir des informations, hein ? Quoi qu'on transmette à nos chers collègues
du ministère des Finances, des impôts sur ce dossier fort éloquent vous
concernant. Vous possédez un véhicule haut de gamme, des costumes griffés par
les plus grands couturiers, et aussi toutes ces additions faramineuses dans
les plus grands restaurants de la capitale. Mon Dieu ! Et c'est bien
compatible avec le train de vie d'un voyant qui...
ne voit pas grand-chose.
M. Carondo, j'ai une proposition à vous faire. On oublie votre dossier fiscal
contre quelques informations sur un meurtre sordide.
C'est un deal honnête, non ? On disait en
quartier que Victoire Coité était une personne de profondément méchante.
On l'accusait de tuer des animaux et d'enlever des enfants.
Et qui l'accusait ? Les agents dans le quartier.
Notamment ma voisine du dessus, la Mademoiselle Sicouri.
J'ai beau refaire les comptes, j'aurais pas pu sauver la boîte.
Maintenant, c'est vraiment foutu.
T'angoisses pas comme ça, Alex.
C'est rien qu'une histoire d'argent, hein.
Ça tombe très bien, parce que moi aussi, je voulais te parler d'argent.
Je viens te donner un chiffre précis.
Tiens.
200 000.
Dollar.
C'est ce que me propose son ex-mari pour que... on divorce, toi et moi. Ce genre
de proposition ne m'étonne pas de lui.
Ce qui me surprend, c'est le montant.
Je croyais valoir un peu plus à ses yeux.
T'inquiète pas.
Tu vaux beaucoup plus.
Au contraire.
Je sais pas, il avait l'air tellement sûr de pouvoir te récupérer.
Car Rino est un type prétentieux à but de lui-même et qui croit encore que je l
'aime. Ça se voit.
Enfin... Qu'il le croit, ça se voit.
Mais Mario... Peut-être qu'il a pas tout à fait tort, en fait.
Je sais pas, moi, après toutes ces années de règles que t'as passées avec
lui, peut-être que tu te fais un peu chier avec... un pauvre lieutenant de
merde sans arrond.
Tu sais, si tu veux, tu peux encore changer d'air.
Salaud.
Hé, Mario.
Hé, je plaisantais.
Pas moi.
Parce que c'est vrai que t'es un beau salaud.
T'essaies de faire quoi, là, de retourner la situation ? Pourquoi ce
serait pas toi qui aurais envie de changer d'air ? Oh, putain.
Hein ?
Maintenant que je suis fauchée, tu pourrais refaire ta vie avec une petite
nana.
Tiens, du genre berger par exemple.
Jeune, sympa, de ton âge. T'es en roue libre là Mario ou quoi ? Oh ! Tu crois
quoi que je t'ai épousé pour ton pognon ? Regarde ! Pourquoi pas ? Ne me dis pas
que t'as pas aimé la vie dorée que je t'ai offerte. Qu'est-ce que tu fous avec
moi ? Bientôt je serai même plus en âge d'avoir des enfants.
C'est facile de cracher sur le fric quand on sait qu'on en a. Mais
maintenant c'est fini, t'as compris ? Y'en a plus, c'est fini ! Alors un
conseil, prends le fric de mon ex-mari et casse-toi.
Arrête.
On est des cons.
Oui. Dis-le, qu'on est des cons.
Excuse-moi, Alès.
Madame Sicoury, à l'heure du crime, vers 14h30, vous nous avez dit que vous
dormiez. Ça vous arrive souvent de dormir la journée ? Je dors mal la nuit.
Je me rattrape le jour.
Vous travaillez à quelle heure, Madame Sicoury ? En ce moment, je n'ai pas de
poste. Je suis secrétaire par intérim.
On nous a dit que vous n'aimiez pas Mme Coité. Vous aviez des choses à lui
reprocher ? Vous étiez peut-être en conflit avec elle ? Dans le voisinage,
ça arrive.
Je ne faisais pas partie de ses clientes.
Ses clientes ? Elle vendait quelque chose ? Quoi ? Elle donnait de l'argent.
Beaucoup d'argent à tous ceux qui en avaient besoin.
Vous voulez pas nous dire qu'en fait, elle vous prêtait de l'argent et qu'il
fallait lui rendre contre de très gros intérêts ? C'est ça.
Avec de gros intérêts.
Vous connaissez des gens à qui elle en a prêté ? Vous ?
Par exemple ? Non, moi je ne lui ai jamais rien demandé.
C'est pour ça qu'elle me déteste.
Elle me déteste parce qu'elle dit que Jérémy fait du bruit dans l'escalier,
parce que je suis plus jeune et plus belle qu'elle.
Mais ce n'est pas vrai.
Jérémy ne fait pas de bruit dans l'escalier.
Jérémy, je suppose que c'est votre fils.
Il est où en ce moment ? Il n'est pas là.
Il a disparu il y a six mois. Il est parti à l'école et je ne l'ai plus
jamais revu.
Est-ce que vous tenez Mme Coété pour responsable de cette disparition ? En
tout cas...
Maintenant, je sais qu'il va revenir.
Pourquoi maintenant ? Vous vous intéressez au vaudou depuis longtemps.
Madame Sikori.
C'est mon avocat pour ta mère ? Oui, j'ai rappelé un de mes ex.
Oh là là, ça y est, je vois très bien qui c'est.
Ce mec qui fait acquitter les assassins d'enfants et les violer à moitié
récidiviste, c'est ça ? Cet enfoiré de chotant ? Lieutenant !
Bien fait pour les enfoirés, moi.
J'ai trouvé ça derrière le canapé.
Drôle d'endroit pour ronger les couteaux.
Avec tout le sang qu'il y a là-dessus, vous aurez un topo dans deux heures.
Très bien.
Faites vite.
D'accord.
Ce couteau est à moi, mais je ne comprends pas ce qu'il faisait derrière
mon divan.
Nul besoin d'être expert en ébénisterie pour comprendre que cette plaque de
bois, du bois d'ébène en l'occurrence, a servi à fabriquer cela.
Connaissez-vous cet objet ?
Et cette
poupée ? Dites-moi, à qui pensiez-vous en enfonçant ?
Ces aiguilles.
Oh, elle a terriblement souffert. Très certainement.
C'est ce que vous désiriez.
Oui, il fallait que l'Egba se rapproche d'elle.
L'Egba, l'esprit qui donne la vie et distribue la mort.
Parlez-nous de Jérémie.
Victoire Coïté a-t-elle un rapport avec sa disparition ? Oui.
Oui, c'est à cause d'elle.
Mais Jérémie va revenir.
Je sais maintenant qu'il va revenir.
Parlons de sa mort. Vous arrivez chez elle avec le couteau, le cercueil.
Et puis quoi encore ? Je sais pas, je ne me rappelle pas.
Essayez de vous souvenir. Vous avez le couteau dans les mains.
Et ensuite ? J'ai le couteau dans la main.
Puis il y a ce sang.
Ce sang qui coule.
J'ai coupé la gorge.
Puis il y a tout autour ce cercle de feu.
Seul le meurtrier peut parler du cercle de fées.
Vous comprenez bien ce que ça signifie, mademoiselle.
Jérémy va revenir.
Bon, alors, la disparition de l'enfant a bien été signalée par la mère.
C'est la brigade des mineurs qui a pris l'affaire à main.
Il y a eu une enquête, mais pas de résultat. Et puis vous savez, de toute
façon, il y a des dizaines et dizaines d'enfants qui disparaissent tous les
ans. Vous semblez perplexe, Michel.
J'ai faiblesse de me considérer une affaire bouclée qu'après que la lumière
de la vérité en ait éclairé toutes les zones d'ombre. Or, je n'éprouve pas ce
sentiment.
Pensez au vol dans l'appartement de la victime. Une légérière comme Mme Coïté
devait tenir ses comptes et conserver quelques reconnaissances de dette, non ?
Et de l'argent ? Elle avait sûrement beaucoup d'argent sur la main, beaucoup
de fric. Or, nous n'avons rien retrouvé de tout ça, ni chez elle, ni chez
mademoiselle Sicoury, qui reconnaît...
Le meurtre, certes, mais est incapable, en revanche, d'expliquer pourquoi elle
serait revenue ensuite fouiller les lieux. Le mobile du meurtre, c'est pas l
'argent.
Et si c'était quelqu'un d'autre qu'Amina qui avait volé ? Oui, mais en tout cas,
c'est pas Molnier. C'était le premier sur les lieux.
Il était là même avant le meurtre.
Il faut donc qu'une troisième personne ait été sur les lieux.
Bon, Polo, vous vous recollez le voisinage et puis cette fois-ci, essayez
d'être persuasif parce que quelque chose nous échappe.
Salut. Ben, tu vois, pas de nouvelles pendant des mois, mais il suffit que t
'aies paillé et j'arrive.
Écoute, Christian, ma mère s'est fait coincer au volant en état d'ivresse.
Elle a renversé un type qui est à l'hôpital, le bassin fracturé, qui porte
plainte. Au moins, ça le mérite d'être clair. Viens, assieds-toi. Merci.
Toujours menthe à l'eau ? Oui.
Monsieur, s'il vous plaît, une menthe à l'eau. Oui.
Merci. Merci.
Quand tu dis état d'ivresse, c'est quoi au juste ?
Deux grammes dans le sang et elle sort de cure de désintox il y a trois
semaines.
Ah, évidemment, pour la correctionnelle, c'est pas terrible. Ouais, je sais.
Dis donc, je savais pas que ta mère avait un problème d'alcool.
T'as pas vraiment cherché à savoir ce qu'il y avait dans ma vie, hein ? Ah, je
suis désolé, c'est pas ce que tu m'as dit juste avant de me quitter.
Écoute, Christian, soit tu m'aides et c'est très bien, mais sinon, je te jure,
je me débrouille toute seule. Ça va, ça va, te triche pas.
Je vais trouver un spécialiste, t'inquiète pas. Ouais ? Ouais.
Et puis, quand ta mère sera sortie d'affaires, je pourrais peut-être la
remercier de nous avoir mis en contact.
Hein ? T'es célibataire en ce moment ? Toi, t'as toujours su lire en moi comme
dans un livre ouvert.
Ouais, c'est pour ça que j'ai tourné la page.
Allez, file au bureau.
Salut. A bientôt.
C'est jambon ou jambon ? J'aime pas.
Allez, force-toi un peu, ça fait deux jours qu'on n'a rien bouffé, qu'est-ce
qu'il y a ? C'est quoi, c'est nappe ou quoi ?
Non, c'est à cause de moi.
Je comprends rien à ma vie, comment tu veux que je comprenne la sienne ? Bon,
il y a bien les empreintes de la fille sur le couteau.
Le sang sur la lame.
C'est bien.
Le même groupe, la même qualité. C'est fade, ce truc.
Reste plus que l'ADN, on a confirmation.
Bon voilà, affaire classée.
Des aveux, des preuves. Que demande le peuple, hein, le marchand ? Ce que le
peuple aimerait bien comprendre, c'est pourquoi il a retrouvé les empreintes d
'Amina Sikouri sur le manche du couteau, alors qu'il n'en a relevé aucune dans
les lieux du crime.
Elle a forcément touché, manipulé des objets pour organiser cette petite fête
à laquelle nous avons été conviés.
Ben, ce que je pense, c'est que elle a mis des gants, et une fois arrivée chez
elle, elle a pris le couteau à main nue. Oui, oui, bien sûr.
Quelqu'un qui pense moins d'enfiler des gants.
peut jeter comme ça négligemment le fameux couteau derrière son divan, sans
même l'avoir essuyé, certainement pour que la police ne manque pas de le
retrouver, n'est-ce pas ? Attendez, le marchand Amina est passé aux aveux.
On a des preuves à plus avoir qu'en foutre.
Excusez-moi, mais le reste, c'est de l'enculage de mouche. Je suis assez d
'accord. En fait, c'est pas compliqué.
Cette femme est cassée, et ça se comprend par la disparition de son
homme, et elle agit de façon irrationnelle.
Bon !
Je viens d'avoir pour le coup le téléphone. Il refait un tour des
locataires de l'immeuble.
Alors apparemment, les réponses ne sont pas toujours claires.
Mais il y a quand même beaucoup de gens qui ont vu Cavando sortir de chez Coité
ces derniers mois. Et en particulier notre ami Adrien avec un H.
Qu'est-ce qu'il y a à foutre là-dedans, Cavando ? Ça,
Jean-Louis, c'est Michel qui va te le dire.
Oui, j'ai constaté que notre voyant menait un produit absolument...
Aberrant, Nancy, comme beaucoup d'autres du quartier, il avait pu emprunter de l
'argent à l'usurière du deuxième étage.
Il avait, lui, contrairement aux autres, deux bons mobiles pour la supprimer. Un,
récupérer ses reconnaissances de dette, et deux, se procurer de l'argent frais.
C'est valable pour tous les clients de Coité, hein ? Oui, mais mine de rien,
seul Kawando nous a parlé d'Amina Sikori. Lui seul nous a parlé de sa
haine affichée contre Coité.
C'est donc qu'il le savait, lui.
Et puis, le tiroir fracturé, ça fonctionne toujours pas avec le crime d
'Amina. D'accord, sauf que Kawando a un alibi en béton.
Monsieur Moss.
Mais dites-moi, monsieur Moss, l'autre jour, vos
ancêtres, vous les avez vraiment vus ? Comment je vous vois ? Dans la boule de
cristal. Non, sur la place du village, je vous l'ai déjà dit.
Et monsieur Camondo, il était là, lui aussi ? Non, enfin, oui, il me parle.
Il vous parle, mais vous ne le voyez pas.
Carmondo, c'est un type discret. Il localise les ancêtres, mais une fois qu
'il les a trouvés, il vient pas s'immiscer dans les affaires de famille.
Il parle, mais il se montre pas. Monsieur Moss, est-il possible que, par
exemple, lors de votre dernière séance, monsieur Carmondo se soit oralement
absenté pour, je ne sais pas, moi... Vous laissez savourer ce 11 novembre
avec toute votre famille ? Fêter la fin de la guerre, ça devait être... Très
émouvant, non ? Oh, c'était dingue ! J'ai dansé ! J'ai dansé comme un fou
avec la fille de Mametati ! J'ai dansé, elle était belle avec sa robe bleue ! On
a dansé, la musique était forte ! Oui, si forte que vous n'entendiez pas les
paroles de M.
Kawando, n'est-ce pas ? Non, non, non, non, que la musique ! Le musette, le
musette, c'est tellement bon ! Oui, M.
Moss, pourriez-vous nous dire combien de temps vous avez valsé avec la fille de
Mametati ? Mametati ? Ben, longtemps, longtemps ! Une éternité !
Ok, mais même si Commando pratique l'hypnose, qu'est-ce que ça prouve ? Le
marchand et Vallon pensent qu'il a pu faire la même chose avec Amina.
La conditionner et lui foutre ses conneries de vaudou dans la tête.
Oui, Germaine.
Bon, et votre mari ? Lui non plus, il a pas vu Nath dans le quartier.
Bon, ok.
Oui, d'accord.
Ok, oui, merci, au revoir.
Quelle conne, cette concierge. Non, il faut le suivre encore longtemps, le
coco.
Putain, est-ce que t'es chiant, Polo, en ce moment ? Il y a quand même plus grave
que ton divorce avec Mireille.
Si t'arrives pas à t'en remettre, je sais pas, vois un psy.
Un psy ? C'est pour des barjots, les psys.
Ça y sort.
Mais c'est l'ana qui était chez lui.
C'est le canon blanc.
Ça te gaspe pas fort, hein ? Non, mais tu m'emmerdes ! Bah tu vois, c'est pour
elle, la caisse de luxe.
Merde, elle se barre. Bon, toi tu la suis avec la bagnole, t'appelles Cisco
hébergeur en port, je m'occupe du mec.
Après la disparition de votre fils, vous vous rendiez souvent au poste de police
pour y obtenir des informations sollicitées, des nouvelles.
Et puis d'un seul coup, plus rien.
Si j'en crois l'agenda de M. Camondo, cela correspond à la période où vous
avez décidé de le consulter.
Fernando vous a demandé de fixer cette boule de cristal, de vous détendre.
Vous étiez calme, tranquille.
Et puis, il invoquait Legba.
Legba venait me chercher.
Il m'emmenait retrouver Jérémy.
Puis je courais dans la rue avec lui.
C'était merveilleux.
Un jour, Rekba vous a dit que Victoire Coïté avait fait disparaître Jérémy.
Non, non.
C'est Jérémy lui-même.
Il m'a raconté qu'elle l'avait enlevé, qu'elle le retenait prisonnier.
Et que si je tuais Victoire, il pourrait revenir avec moi.
Hier, vous êtes allé voir M.
Carmondo vers 14h. Essayez de vous rappeler, Amina.
C'est important.
Oui.
Legba m'a parlé.
Oui.
Le moment était venu de rompre le maléfice.
De couper la gorge dans le cercle de feu.
Et si je vous disais que vous avez réellement tranché une gorge ? Mais qu
'il s'agissait en fait du coup d'un poulet.
Gerundo vous a hypnotisé.
Il vous a ordonné de sacrifier ce volatile au milieu d'un cercle de
bougies, afin que cette image s'imprime profondément dans votre subconscient.
Ensuite, il vous a accompagné chez vous, a pris un couteau dans votre cuisine,
ainsi que le petit cercueil que vous aviez fabriqué en suivant les directives
de Legba.
Mais dites-moi, Legba et Karwondo ne sont-ils pas une seule et même personne
? C'est grotesque !
Ensuite vous avez mis Monsieur Moss sous hypnose et puis vous êtes allé tuer
Victoire Coïté.
Vous avez remis le couteau chez Amina alors qu'elle était encore sous votre
emprise. Saviez très bien que la personne qui faisait les courses allait
rentrer vers 15h30 et qu'elle découvrirait le com.
Alors vous êtes éclipsé pour mettre à l'abri le putain que vous aviez dérobé
au domicile de votre victime et pour vous débarrasser des vêtements tachés de
son sang.
Vous avez emprunté combien à Coïté ? C'est ridicule !
Où était votre putain ? Monsieur Kawendo, vous êtes en garde à vue.
Dis-moi Jean-Louis, on prend
un verre ce soir après le boulot ? Bon,
il a raison sur un point Kawendo, c'est qu'on n'a aucune preuve contre lui.
Non, et obtenir des avens ne sera pas chose facile, d'autant que nous avons
affaire à un personnage...
doté d'une rare robustesse psychologique.
Il n'y a plus qu'à espérer qu'il change d'avis après une nuit au dépôt.
À la vache, elle nous a baladés dans toutes les boutiques de la rive droite.
Je vous dis pas le pognon qu'elle a claqué. Il est tout en liquide.
Alors, Marie-Claude Léopold vit dans un immeuble assez coquet du 17e
arrondissement. Pas de profession.
Par contre, c'est Kawando qui raconte, vous voyez.
C'est la concierge qui me l'a dit. Oui, et cerise sur le gâteau, Marie-Claude
Léopold, dite Lenny, a fait de la cabane pour escroquerie.
Alors, sa spécialité, c'est coucher avec les bons pères de famille et ensuite les
dépouiller en les menaçant de tout dévoiler à Bobonne. Et alors ? C'est de
ce qu'on crée, ça ? Moi, j'appelle ça une femme d'affaires. Une femme d
'affaires très avisée, alors, parce que dans les courses de cet après-midi, elle
a quand même acheté deux valoches et un billet d'avion pour Madrid, départ
demain matin, 10h.
Ah, elle a senti le vent tourner.
Bon, ben, s'il faut la conserver en 10h, on se tape la perquise à l'aube.
Bonne nuit.
Pension tes heures de récup, t'auras le temps de t'occuper de Nathalie.
Je peux t'arranger le coup si tu veux. C'est pas une question de temps. Si elle
veut plus me voir, qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ? Qu'est-ce que tu fous
là, toi ? T'aurais dû m'appeler, j'aurais fait des courses. Non mais c
'est bon, je fais le passé, j'ai besoin de thunes. Il me faut 200 euros.
200 ? Bon ok, on verra demain.
Pour l'instant, tu veux pas qu'on aille te faire une pizza ? Putain mais m'en
marre pas avec ta pizza, je te dis que j'ai besoin de thunes tout de suite !
Pourquoi tout de suite ? C'est quand même pas pour... Non, c'est pas ce que t
'imagines, il faut que je rembourse un gars.
Puis arrête avec tes questions de flics. Ok, calme-toi.
Je veux seulement que tu me promettes de revenir.
Il faut qu'on parle tous les deux. Ok, d'accord.
On va revivre ensemble et puis tiens, je vais même reprendre mes études. C'est ça
que tu veux ? Ce que je veux, c'est que tu sois heureuse. Mais putain, aide-moi
alors. Je sais pas, elle est l'autre conne. Au lieu de rester plantée, dis
-lui que j'ai besoin de flics. Arrête de parler comme ça à Hélène, d'accord ? Je
me casse.
Attends.
Tiens. Merci.
Putain Hélène, c'est toi qui me fais la morale et tu lui balances le blé ?
C'est sûrement pour s'acheter de la cam. Enfin quoi, t'aurais préféré qu'elle
aille faire la pute ? Si on lui avait rien filé à ta fille, elle serait même
pas revenue.
C'est vachement bien qu'elle soit venue ce soir.
Ça veut dire qu'elle a besoin de toi, qu'elle t'appelle au secours.
T'inquiète pas, elle va revenir.
La perquise de ce matin chez Mlle Léopold.
Eh ben, dis donc, regarde.
Il y a de quoi refaire le toit du château ici.
Mais c'est pas à moi.
Je sais pas d'où vient cet argent.
C'est Kando qui a porté la boîte. Il m'a demandé de la laisser chez moi. C'est
tout. J'ai même pas regardé ce qu'il y avait à l'intérieur. Eh, voyons, mais
continue.
Et tous les billets que j'ai distribués hier dans les magasins de fringues, ils
viennent d'où ? T'es même pas passé par un distributeur.
Non, à mon avis, t'avais des valises prêtes pour partir en Espagne te faire
bronzer les niches, hein ? Et toute seule, sans M.
Carondo. Il paye le loyer, la voiture, les colliers de diamants.
Peut-on dire, sans grand risque et pour la rime, que c'est votre amant ?
Votre ami, M.
Carondo, avait l'intention d'épouser non pas un autre homme, mais une autre vie,
dont vous ne feriez pas partie.
Laissez le nid en dehors de tout ça.
Comment imaginer qu'une aussi ravissante créature ait pu croupir de longs mois
dans une jôle sordide de la maison d'arrêt de Frennes ? Je conçois que pour
elle, vous n'ayez pas regardé à la dépense, d'autant plus que Madame Coité
-Victoire était là pour avancer les fonds, vu qu'à un certain point, bien
sûr, ce n'est qu'au moment du remboursement que les choses se sont
compliquées, n'est-ce pas ? Laissez partir le nid.
Elle vous a dit la vérité.
Donc, vous ne niez pas avoir apporté l'argent.
Non, ça n'a rien à voir avec qualité.
C'est l'argent que j'ai gagné au jeu, aux courses, grâce à mes dons de
voyance.
Bien, je crains fort que Cabondo ne s'obstine dans sa version.
Il nous manque un argument décisif. C'est sûr, si on n'avait pas trouvé l
'argent, je dirais qu'on était en train de se planter.
Oui, mais 150 000 euros quand même.
Bon, alors c'est quoi son point faible ? Son point faible ? La très vénimeuse
mademoiselle Leopold.
Oui, alias l'année pour laquelle il est prêt à se sacrifier.
Mais bien sûr, Michel, c'est pas lui qu'il faut charger, c'est elle.
Et là, la mécanique était faite, me semble,
voyez-vous, d'une limpidité navrante, monsieur Carondo.
Mademoiselle Léopold a jeté son dévolu sur vous. Elle vous a séduit, manipulée.
Elle voulait de l'argent, toujours plus d'argent.
Et vous, prisonnier de cette folle passion, vous ne saviez rien lui
refuser. Et alors, c'est pas ça qui prouve le meurtre ? Qui le prouve, non.
Je l'explique, oui.
Cette passion destructrice sera certainement une circonstance
atteignante que votre avocat sera à saisir au bon.
Il pourra raisonnablement expliquer que c'est elle qui vous a poussé au meurtre.
Ne vous inquiétez pas, Cavando.
Les temps seront partagés.
Parce que si on réfléchit bien, c'est quand même une belle ordure, cette Loni.
Elle vous pousse à tuer Coïté, ensuite elle vous menace de vous dénoncer pour
garder l'argent.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle vous vous êtes engueulé hier.
Ne vous en faites pas, M. Carmondo.
Avec son casier judiciaire au tribunal, il ne manquera pas de la louper.
Tout en que les jurés n'aiment pas trop les jolies femmes, voyez-vous.
Oui, les jurés féminins, j'entends.
Eh, Fernando, regardez.
Voyez ? On va la faire moisir une nuit entière ici, juste derrière.
Avec les putes.
Et je ne doute pas que d'ici quelques heures, elle nous livre toute sa vie.
Depuis sa plus tendre enfance.
Laissez-la, laissez-la. Allez, allez, allez.
Loli ! Loli ! C'est moi, c'est moi qui tout fait !
Parce que je t'aimais. Parce que je l'aime. Je l'aime, lui.
L'ensorceleur ensorcelé, c'est une très vieille légende.
Allez.
Ça va, putain. Assieds-toi. Non.
Non.
Non.
Madame.
Madame, il faut me croire.
C'est moi qui ai tué Victoire Cahité.
C'était pour que Jérémy revienne.
C'est pas monsieur Kawando.
Lui, lui m'a montré où se trouvait la vérité. Amina, Amina, rentrez chez vous.
On finira peut-être par retrouver Jérémy. Il ne faut pas perdre espoir.
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