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Et puis là, d'un coup, je l'ai giflé.
Je me suis excusé tout de suite.
Évidemment, les parents portaient plainte.
La direction fait l'autruche.
Et ça devient une usine à gaz.
Voilà.
Quinze ans à essayer de tenir des classes que personne ne veut pour finir
comme ça.
Viré. Bah non, t'es pas viré.
T'es mis à pied, nuance.
Excuse-moi, mais c'est pareil. Mais non, c'est pas pareil.
T'as fait une faute grave, oui, mais ta vie se résume pas à ça.
Non, s'il te plaît, on peut changer de sujet ? Oui, d'accord.
Ah ben moi, j'ai un sujet dont je veux bien te parler.
Tu vas râler, mais bon, c'est pas grave.
Attends, je te vois venir.
Attends ! Tu sais, quand je suis rentrée de la marche, là, avec Noémie, figure
-toi que j'ai été interviewée pour un documentaire sur l'association. Et le
doc, il est trop bien, je vais te le dire. Ah non, tu vas pas me reparler de
ton truc, là. C'est une association qui me fait du bien.
Qui fait du bien aux jeunes.
Et puis je te l'ai déjà dit, aider les autres, c'est aussi... C'est aider soi
-même. Tu me l'as déjà dit une bonne centaine de fois. Non, mais ce que je
veux te dire, c'est qu'on a tous des regrets.
Ce qui compte, c'est ce qu'on en fait.
Non, mais j'entends tout ce que tu me dis.
Et je suis très heureuse pour toi parce que tu as trouvé ta place et ça te va
très bien.
Mais moi, là, je sais pas, c'est peut-être un peu trop tard ou un peu
trop tôt. Mais déjà, je vais aller récupérer mes affaires au taff. Et puis
après, on verra.
Et puis tu passeras à l'assaut.
Tu lâches pas, hein ? Non.
Je te l'ai déjà dit, je suis hyper admirative de Noël.
Et je crois que c'est une
fois là-bas, une fois sur la route, quand on est tout seul face à la route,
il y a un truc qui change.
En fait, je crois que ça a changé ma vie.
Frédéric, tu permets ? Attends une seconde, je vais presque finir.
Justement, venez.
Bonjour Madame.
Bonjour. Ah bonjour.
Madame, on voulait juste vous dire que vous allez nous manquer.
Merci beaucoup.
Merci. Au revoir. Au revoir.
Maman ? Mina ?
C'est quoi ce bouquet ? T'as eu un date ou quoi ? Non, ce sont mes élèves.
Ouais, t'es chouchou.
C'est bon, j'ai réservé mon billet pour Vancouver.
Je pars dans un mois.
Je t'ai tout mis dans le bureau, il y a le numéro de vol, l'adresse sur place.
Pourquoi tu pars si tôt ? J'ouvre quand ton école ? Octobre.
Mais c'est pas une école, c'est une fac, maman.
Oui, bon, une fac. J'ai envie d'y être à l'avance pour trouver un taf, avoir le
temps de m'installer, quoi. Tu m'en as pas parlé ? Si, plein de fois.
J'aurais peut-être dû t'offrir des fleurs pour que tu m'écoutes.
Nina, ne commence pas sur ce ton, là.
Mais quel ton ? Il n'y a pas de ton. Je pars juste faire mes études.
Évidemment, comme par hasard à 5000 km de ta mère.
Voilà, c'est ça maman. Je planifie mon avenir par rapport à toi.
En attendant, il reste des papiers à signer pour valider l'inscription.
Où est-ce qu'elle est passée ? C'est papa qui a payé le vol.
Bah voyons.
Évidemment, on a dit cool contre maman casse-couille.
Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? À demain.
Ah bon ? Pourquoi demain ? Tu manges pas avec nous ou t'as ton père justement ce
soir ? T'as pas vu son message ?
Dis pas qu'il l'a encore annulé. Je me dis pas, t'as toujours pas checké ton
tel.
Du coup, je dors chez des potes.
Oh l'enfoiré.
Il me ressort l'excuse du taf.
Pardon, ça m'est sorti comme ça. Tu veux pas rester ? J'ai prévu pour un
régiment. C'est important pour moi aujourd'hui. Pourquoi tu te poses la
question de ce qui est important pour moi ? Bon ben, je me suis faite
engueuler par ta fille. J'ai évidemment cramé ton dîner préféré et j'ai déjà bu
la moitié du Paysac.
Je suis navré.
C'est tout ? J'espère que t'as un bon alibi.
Fred, j'ai pas besoin d'alibi. Je viens au travail.
Moi, j'en ai plus.
Quoi ? J'ai été viré.
Enfin, vis-à-vis.
Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu rentres quand ?
La semaine prochaine ? Non, Fred, je reviendrai pas.
T'es chez Karen ?
Bah Karine, ça pisse de gueule.
Je ne suis pas parti à cause d'elle.
Je suis parti à cause de nous.
Mais on peut parler quand même.
Ça se règle les problèmes de couple, non ? Même après le mariage.
Si tu veux, on peut faire une thérapie de couple. Moi, je suis ouverte. Fred,
on en a déjà parlé.
Lâche ton boulot, d'accord ? Bon, je te laisse, je te l'appelle.
Bonjour.
Bonjour. Je cherche Nadège. Elle va vous recevoir dans un instant.
Remplissez le formulaire en attendant.
Merci.
Excuse-moi.
Chorey, il y a un S.
C'est du conditionnel. C'est un souhait, une envie. C'est pas du futur.
Mais qu'est-ce que tu me prends la tête avec toi ? C'est la lignes tête de
Larousse, moi ? De Becherel.
Le Becherel, c'est mieux pour la gouge gazebo.
Je peux t'aider ? Ouais, grave.
Parfois, c'est plus simple de repartir d'une page blanche.
C'est vrai, je dis quoi, maintenant ? Que je préfère marcher pendant deux mois
que de remettre un pied au foyer ? Je dirais que ça me saoule, putain.
Mais voilà, commence par ça. Dire quoi ? Que ça me saoule, putain ? Ouais, que ça
te saoule.
Sans le putain, si possible.
Bonjour, je suis Paul. Vous êtes Frédérique ? Oui, vous pouvez m'appeler
Fred. Non,
c'est pour le dossier, merci.
On y va ? Oui.
Courage. Vous avez une expérience de randonnée ? Oui, j'ai travaillé au Vieux
Compteur après le bac.
Voilà.
Être accompagnante, c'est être un cadre, en quelque sorte, pour un adolescent en
perte de repère. C'est lui apprendre l'autonomie.
Qu'il fasse sa propre lessive, ses repas, prendre soin de ses affaires, de
lui-même, des autres.
Veiller à ce qu'il écrive tous les soirs ses impressions sur son carré de bord.
Faire des marches silencieuses, ça c'est très important. Pardon, je suis désolé,
j'aimerais bien revenir à chouiller en arrière.
Pourquoi vous postulez ?
Pourquoi je postule ? Oui.
Je connais bien les ados.
Même très bien.
Presque 15 ans dans un lycée. En zone sensible ? Oui.
Bon, pour la rando, je les emmenais en glace verte il y a 4 ans. Mais bon, t
'exagères, t'es hyper sportive. T'as fait quoi, le marathon de Paris, c'est
ça ? Semi-marathon.
Justement, parce que vous parliez du lycée, j'avais une note du lycée.
Il y a l'histoire d'une gifle.
Vous pouvez nous en dire un peu plus ? Une gifle, c'est pas anodin.
Oui, en effet.
C'est... C'est dans le dossier.
Une sortie scolaire, une jeune fille qui cherche toujours la provoque.
Vous connaissez ça mieux que personne.
Donc c'est de sa faute.
Excusez-moi, mais vous pensez qu'une gifle, c'est un principe éducatif ? Non,
c'est... C'est un dérapage, pas un principe.
Pardon ? Je sais pas si vous pouvez nous en dire un peu plus sur le pourquoi du
dérapage.
Non. Vous savez, être accompagnante, c'est renoncer à son intimité, à son
confort, à de la nourriture correcte, et surtout du repos pendant trois mois.
C'est faire une croix sur votre vie sociale, c'est normal, parce que vous
allez faire 20 à 25 kilomètres. C'est un semi-marathon, sauf que c'est pas le
long. En plus, c'est sous la pluie, le vent, ça peut être la canicule. C'est se
débrouiller avec 70 euros pour deux, c'est gîte et couvert, et puis surtout,
c'est endurer les sautes d'humeur d'un gamin.
d'un gamin en détresse qui fera tout, je vous le promets, qui fera tout pour vous
faire péter les plombs. Oui, c'est un peu, je crois que je l'ai dit. Oui, peut
-être, mais je crois qu'elle en a besoin.
Les gamins qu'on aide, c'est des gamins qui viennent de foyers, qui viennent de
familles toxiques, drogue, prostitution, violence, c'est tout sauf des enfants de
cœur.
Alors ma question, elle est très simple.
Pourquoi vous postulez ?
J'aurais pas dû venir, je me suis planté.
Je suis désolé, je vous ai fait perdre votre temps. Non, non, non, Fred ! Parce
que là, vous avez l'impression de perdre votre temps, là, Fred ! Fred ! Je vais
terminer, c'est à vous que je dois remettre ça.
Une baffe.
Elle a fait une faute grave.
Elle le sait. Elle s'en veut tellement, elle recommence rapage. Je te le
garantis. Non, attendez.
Elle a encore dit que c'était un des rapages. Vous venez avec moi. On va dans
le couloir.
Il y a quatre personnes qui postulent là. Il n'y en a pas un seul qui a foutu
une baffe.
Pourquoi je prends le risque ? La base, c'est quoi ? L'assaut, c'est quoi ? C
'est de redonner confiance.
Non ? Ça vaut que pour les moins de 18 ans ? Eh, on redescend. Deux secondes.
Elle s'est barrée.
Elle sait tirer ! Imagine, elle fait ça sur le chemin. Qu'est-ce qu'on fait ?
Non, non, y'a pas Paul. Elle laisse le gamin et lui fout une baffe.
Oui, bah d'accord, elle lui fout une... Super.
Pourquoi j'ai giflé ?
Vous avez raison.
J'en suis entièrement responsable.
Et j'en suis pas fière.
J'ai honte.
J'ai merdé.
Mais les ados, je les connais mieux que moi-même.
Quand ils sont au fond du trou, quand plus personne ne veut d'eux, quand ils
pleurent en silence, quand ils se la pètent devant tout le monde, quand ils
sont au mutile, justement, pour qu'on les remarque.
Alors je me dis qu'accompagner un jeune tout seul, lui redonner une seconde
chance, ça, je saurais faire.
Allez, les gars, on se réveille.
Ça y est ? T'as dormi ? Allez, réveille-toi. C'est pas bien, demain
matin. Ça va, les gars ?
Alors, s'il te plaît ? Tu veux que j'aille à l'éducement ? Allez, éveillez
-vous, l'avez-vous.
Les filles, s'il te plaît ? Moi aussi, tu m'expliques ? T'expliquais quoi ?
Toutes les fringues sur mon lit, tu m'expliques ? Il y en avait partout par
terre, on n'arrivait même plus à marcher. Pourquoi tu rentres dans ma
chambre ? T'as cru que c'était la chambre de ta mère ou quoi ? Ah, mais c
'est parce que c'est ta chambre ? Oui, c'est ma chambre ! Mais j'ai pas
remarqué, désolé, je croyais que c'était une déchetterie, moi, c'est pour ça.
T'as un petit vrai mot à ça aussi, putain de mouinelle.
C'est incroyable, ça sent le fénèque là-dedans.
Attends, Réveille-toi, t'as pas oublié ta convocation au tribunal ? Vas-y.
Quoi ? J'ai retrouvé ton rouge.
Quoi ? Arnaud
! C'est moi ton ange gardien qui va nous casser les fous.
Je t'inquiète, je sors, ça m'occupe. T'as paniqué à s'en redoubler, toi ? Va,
ta voiture, elle n'a pas qu'à bosser que toi. Tu veux que je monte, boss ?
Regarde ce que je fais.
Voilà ce que je fais, frère. Je monte sur ta caisse. Y a pas de problème.
Voilà.
Arrête de filmer, toi.
Ta ceinture.
Non. Ta ceinture. Non, frère.
Ta ceinture, je dis.
Les fils de putes.
Le tribunal, c'était quelque chose ? C'est bon. Ils vont me faire quoi ? Ils
vont me faire les gros yeux. Ils vont me dire que je suis un mauvais garçon. Et
puis quoi ?
Un qui veut me renvoyer dans ton centre à la con, il peut rien faire.
EPM, espèce d'abruti.
Établissement pénitentiaire pour mineurs, voilà ce que ça veut dire.
En gros, c'est de la prison.
Ah, mais non ! Qu'est-ce que tu fais, toi ? Lâche ton téléphone ! Lâche ta
main, enlève la main.
C'est le tribunal ou la marche que tu choisis.
Attends, c'est le tir qui est ma mère ? Non, elle doit travailler à cette heure
-là. Elle travaille à cette heure-là ! Attends !
Je vous retrouve un peu trop souvent à mon goût, Adam.
Violence en bande organisée, vous vous êtes surpassé.
La victime est hospitalisée avec de graves séquelles.
Qu'est-ce que je vais faire de vous ? Et vous, qu'est-ce que vous voulez faire de
vous, Adam ? Vous avez compris l'opportunité qui se présente, vous
décidez quoi ? Oui, madame.
Oui, quoi, Adam ? La prison ou la marche ? Elle est où, ma mère ?
Vous comprenez ce qui se passe ? Il n'y aura pas de nouvelle clémence.
Soit vous vous ressaisissez maintenant, et cette marche est la preuve de votre
bonne volonté.
Soit c'est la prison.
Vous pouvez donner ça à ma mère ? C'est pour son anniversaire.
Qu'est-ce que tu fais ? T'inquiète ! Un problème ?
Excusez-nous.
Pardon.
Bien. Vous pouvez faire le choix à votre place.
Vous retournez au centre éducatif fermé jusqu'à votre départ pour la marche de
la dernière chance.
Adam ! Lâche-moi ! Lâche-moi ! Lâche-moi ! Lâche-moi ! Lâche-moi !
Faites évacuer la salle, s'il vous plaît.
Sortez, Adam.
Bon courage.
Merci.
Dossier suivant.
Qu'est-ce que tu fous là, Fred ? Comme toi, je regarde les jugements.
Mais t'as... C'est Nadège qui t'a dit qu'il y avait une audience, c'est ça ? T
'as pas le droit d'avoir des infos sur les ados. T'es accompagnante maintenant.
T'es plus prof. C'est la règle, c'est tout, tu le sais en plus. Je consacre 5
mois au minimum à la souche. J'ai quand même le droit de savoir à quoi
ressemblent les ados que je vais accompagner.
Tiens, tu voulais savoir ? Je te présente Adam.
Père inconnu au bataillon, mère démissionnaire, cinq écoles, cinq
renvois, puis à chaque fois, on monte d'un cran dans la connerie.
Et tu sais pourquoi il a autant de condamnations ? C'est le moyen qu'il a
trouvé pour voir sa mère quand elle est convoquée au tribunal.
Réponds pas. Comment ça, réponds pas ? Vas-y, passe-la-moi. Passe-la-moi, je te
dis. Passe-la-moi.
Passe-la-moi, je te dis.
Passe-la-moi, je te dis.
Passe-la-moi, je te dis. Passe-la-moi, je te dis.
Passe-la-moi, je te dis.
Bonjour. Tiens.
Faut qu'mon l'appelle, t'es pas ma reine.
Tiens.
Je m'appelle Fred.
Qu'est-ce-là, t'essaies de trouver un petit jeune ou quoi ? Casse-toi.
Tu te sens de le faire.
De quoi ? Marcher demi-kilomètre.
Tu te sens de le faire ? Je prends pas les couilles de ta marche de baltran,
barre-toi, je te dis.
Peut-être que t'as peur.
Moi j'ai peur ? Bah apparemment oui.
C'est normal, ça fait peur de partir pendant trois mois avec quelqu'un qu'on
connaît pas.
Mais si tu le fais, tu serais fier de tout.
Je suis sûr que ta mère... Parle pas de ma mère.
Elle sera là pour t'admirer sur la ligne d'arrivée.
C'est mieux que de te rendre visite en prison une fois par mois, tu crois pas ?
Elle sera là.
Je te promets que je ferai tout pour qu'elle soit là.
Deux mille kilomètres, ça fait quoi ? Ça fait deux fois mille.
Moi, je dis ça à ce temps-là.
Tu marches jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle et là tu
verras la cathédrale est superbe.
Ça tombe mal, je crois pas en Dieu. Ça tombe bien, il croit pas en toi non
plus.
Sale pute.
Elle va avoir sa gueule sur le chemin celle-là. Nous
venons
poser notre prière ce matin.
Prière de début de pèlerinage.
Ce chemin sera le vôtre.
Il sera unique.
Et vous ne serez jamais seul.
Et pour ceux qui te cherchent, Seigneur, tu te laisseras trouver.
Car il n'abandonne jamais personne.
Sur le chemin, vous trouverez la voie d'une force insoupçonnée.
Et le Seigneur dans sa miséricorde... Ça c'est incrédential. Il faut la tomber à
chaque...
Putain, tu la perds pas, ça coûte 10 euros. On va en avoir acheté une à
chaque fois. Putain, dis pas le pour cette merde. Que le Seigneur oriente
votre chemin dans la paix et l'amour du Christ.
Qu'il vous guide, vous protège et vous bénisse.
Et avant de vous quitter et de vous souhaiter bon vent pour ce pèlerinage,
je crois comprendre que certains d'entre vous viennent de contrées lointaines.
Dites-moi d'où vous venez.
Brest. Moi, c'est Milouz.
Oslo. Buenos Aires.
Florian Mirogis.
Moi aussi.
Je vois que les voix du Seigneur sont impénétrables.
Compagnons, ensemble, saluons notre Seigneur avant de nous quitter.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Amen.
Amen.
Le chemin est ouvert.
Bon voyage.
Elle est plus grande que ça, la cathédrale de Compostelle ? Ah bah oui !
Elle fait quatre fois la façade. Oh putain, j'ai loupé ça, merde.
Et l'autre, elle fait 74 mètres.
Ça va être long.
Hé, coucou Fred, c'est Paul. Bah écoute, c'est le premier pas qui compte, hein.
Après tu vas voir.
Ici, il y a les deux millions qui suivent.
Et salut, le petit enfoiré.
Ça va être très long.
C'est loin la prochaine étape ? La private de machin ? D'aller
25 kilomètres.
Mais je pense qu'on a fait plus gros là.
Ou pas.
Bon courage.
Attends, excuse-moi, faut que je... Attends, faut que je fasse...
Compostelle ?
Des compostelles, là, plutôt.
Ouais, ouais, je connais bien ce sentiment.
Au début, on se sent tout petit, mais tu vas voir, le GR65, ça veut dire ton
meilleur pote.
Et tu vas voir, là-bas, il y a quelques échaillons et la pièce un peu technique,
par-ci, par-là, mais t'inquiète, rien de bien méchant.
Ouais, non, mais non, c'est pour ça qu'il est mal équilibré.
Le mieux, c'est que tu le laisses à la malle postale. Comme ça, ils le déposent
directement à ton gîte et toi, t'as plus qu'à tracer.
Tranquille, peinarde.
Pareil, attention, question hydratation. Faut boire régulièrement, ok ? Mais des
petites quantités. J'ai l'impression que ça fait un petit moment que tu marches,
toi, non ? Ouais.
Ouais. Ouais, ça fait... Ouais, ouais, carrément.
Carrément. Ça fait un moment que je marche, tu l'as dit. En combien ? Bah,
écoute, on n'est pas loin des 600, là, je crois. Ah ouais ? Et t'as ton
téléphone sur toi ?
T'inquiète, c'est pas pour demander ton numéro ou quoi que ce soit, t'inquiète.
Non, c'est juste pour que tu télécharges Visorando avant de plus avoir de réseau.
C'est hyper pratique.
Ça te permet d'avoir tout ton trajet, tu vois ton évolution, t'as même les
dénivelé positif, négatif, t'as toutes les infos, regarde. Je suis déjà à... Je
suis à 6216 ! Oh la vache ! Je m'impressionne moi-même, tu sais. Ouais,
et du coup, maintenant, t'essayes de nous impressionner, quoi.
Ça va, frérot ? Moi, mon record, c'est 12.
12 ? Condamnation.
Pour violence, vols, coups et blessures avec récidive à chaque fois.
Ce qui me fait une moyenne d'un délit tous les 2,7 mois avec un joli plateau
de 19 mois de suture par intervention.
Il plaisante.
On ne va pas vous retenir pour reprendre la route ? Oui, carrément, il ne faut
pas perdre le rythme.
Voilà.
Ok, bonne route.
Merci.
Excuse-moi, il vaut mieux que tu serres ton sac. En fait, ça va te faire un tour
de... Pour ton dos.
T'as vu, y'a des vaches là ! Y'en a même là-bas, regarde ! Mais non, des barres,
c'est même des veaux ! Ça me plie ! Non, non, non, attends, tu reviens, ça te
plie pas du tout, tu reviens immédiatement ! Ouais, la juge, elle a
dit que cette marche, c'était pour mon bien, non ? Non, tu joues pas à ça,
Adam. Ah, si, si, si, si, si, alors c'est toi qui portes les sacs, et moi je
vais me faire du bien. Non, non, non, tu ramasses ton sac, tu ramasses ton sac !
Il a pas vu le panneau, votre gamin ? Non, mais c'est pas mon gamin, quel
panneau ? Le patou, la terreur d'un randonneur.
Il n'y a plus de moutons dans la région.
Mais s'ils ont mis le panneau, il doit bien rester un ou deux, pas tout.
Il ne faut pas regarder dans les yeux, pas de gestes brusques. Et surtout, il
ne faut pas courir.
On est pas bien, là ? Les vaches, le soleil, l'air frais.
Ton sac ! Tu... Tu...
Attends. Attends, je t'engueulerai après.
Tu refais plus jamais ça, c'est clair ? C'est quoi
?
C'est un chien.
C'est bien gentil, c'est un chien, ça.
Attends, attends.
C'est un patou.
Génial, tu connais son nom. Patou ! C'est hyper dangereux. Patou ! Il me dit
quoi ? Il grogne.
Il me dit quoi, le gars ? Surtout pas courir.
Oh, purée ! Vite ! Attends-moi ! Attends-moi
!
Je vais te filer mon duvet, on va dormir ici.
Je pense que demain, le gentil tutu serait déjà parti.
Ah non, c'est mort.
Je pose pas mon cul ici, c'est dégueulasse.
On n'a pas vraiment de choix.
Tiens, ton carnet.
Faut que t'écrives ta journée.
Tu veux que je t'aide ? Tu peux t
'inspirer de toutes les photos que t'as prises.
Super, j'en ai pris qu'une et c'était la cathédrale.
C'est déjà super ça, c'est un bon début.
La cérémonie, la traversée de la ville, les champs... Putain, c'est quoi ça ? Tu
m'as fait peur.
C'est une sauterelle.
C'est quoi, ça pique ? Non, ça saute. Tu sais que ça peut sauter 7 mètres, c'est
-à-dire 300 fois sa taille.
Je l'ai eu.
Pourquoi tu fais ça ? On t'a équipé des pieds à la tête.
Tu respectes ton matériel.
Il doit durer 3 mois. Tu ramasses.
Tu fais quoi, là ? Tu descends.
Adam, tu descends, s'il te plaît, et tu viens ramasser ton carnet.
Vas-y, y a pas de téléphone, pas de musique, c'est la dé, y a rien à
refaire.
T'écoutes quoi comme musique ? Aznavour.
Découte, t'as un amour, toi ? Bah ouais.
Je fais du rap.
Quoi ? Non, regarde, j'ai juste fait un, comme j'aurais pu faire autre chose.
Pourquoi t'as fait un, alors ? Parce que tu fais du rap, comme plein de jeunes de
ton âge, c'est normal. Sauf que moi, je quitte comme personne.
Ok, va pour du rap.
Tu sais quoi, je m'en bats les couilles de ton avis, t'es juste là pour l'actu,
de toute façon. Et alors, question de thune, excuse-moi, mais j'ai un salaire
très impressionniste. Oh, pépette ! Je veux lâcher une larme, arrête, tu vas me
faire pleurer.
Sérieux, t'as un appart, t'as un taf, un plus vieux, peut-être même un mec à l
'intérieur dedans, en espérant qu'il y ait quelqu'un qui veut être ton vieux
cul.
Moi je gagne quoi dans l'histoire ? Une nuit dans une grange pétée avec une
connasse qui me fait la morale ? Tu retires connasse.
Tu sais quoi, je vais te proposer un truc.
On reste tranquille à nos places, moi je fais le délinquant, et toi la connasse,
tu fais la bouffe.
Tu devrais soigner ton langage, tu veux bien ce purifique.
Aujourd'hui c'est moi qui fais la bouffe, mais à partir de demain, c'est
chacun notre tour.
Lessive, cuisine, vaisselle, c'est clair ?
Je suis pas cuisinaire, la boniche.
Méfie-toi de la boniche.
Tu sais pas ce que j'ai mis dans tes pâtes.
Au mieux, t'as la chiasse et c'est direct les urgences. Au pire, on n'est
pas prêts de retrouver ton petit corps.
T'aurais eu ta tête, tu vois, j'aurais dû prendre une photo, là. T'aurais eu
une deuxième.
Hé, cousine, je vais t'expliquer un truc, t'es pas au zoo, donc t'arrête de
me saouler, déjà qu'on est bloqués dans cette branche, je vais te... Ah bah
tiens, elle est là ! Ah, quoi ? Ça ! Bon, arrêtez ! Qu'est-ce qu'il se passe,
ici ? Faites quoi, ici ? Oh !
C'est mon patou qui te fait cet effet-là ? Tu sais pourquoi il a ce nom-là ?
Parce que quand il chope un promeneur, il bouffe patou.
Ça serait peut-être pas mal de récupérer ton sac, non ? Je vais lui dire.
Fais dîner.
T'es pas à l'école, toi ? Il fait ce qu'on appelle une marche de rupture.
Marche de rupture ? Rupture avec quoi ? L'école, c'est pas la vie, hein.
Tu sais, moi, quand j'avais ton âge, j'avais plein de projets dans la tête.
Je voulais inventer plein de trucs.
Et puis voyager.
C'est pour ça que j'ai fait 7 ans d'études.
Biologie, marketing, BPREA, agroalimentaire.
Je voulais être ingénieur.
Enfin, c'est ce que je croyais.
Puis en fin de compte, j'ai repris l'exploitation de mon père, et tu vois,
je suis bien plus heureux comme ça.
Oui, enfin, c'est quand même pas mal l'école, ça permet d'apprendre des
bases... Là où je veux en venir, c'est qu'on perd jamais sa route.
Tu vois ? On en invente des nouvelles.
Toi, par exemple, t'as envie de faire quoi ? Ouh, le petit génie, là ! Tu as
envie de faire quoi ?
Comme tous les ados.
Mais il est encore jeune, ça peut changer.
Ou pas.
On n'est qu'à Beauchard à cet âge-là.
Je voulais vraiment vous remercier pour votre accueil et puis vous dire encore
une fois qu'on est désolés de vous avoir dérangé. Et réveillé au milieu de la
nuit. Oui, désolé pour ça aussi.
Et pris pour un demeuré.
Ben, si.
Et pénétré dans la propriété par effraction.
Terrifier mes bêtes.
Dégrader mes engins.
Forcer la porte de ma grange.
Risquer un incendie.
Énerver mon chien. Je suis délinquant.
Vous voulez savoir ce que je fais ? Voilà, je suis délinquant. Au dernier
plusieurs fois.
Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai essayé d'être honnête. Parfois, on n'est pas obligé d
'être honnête. Ah ouais ? Vas-y, dis-moi quoi. Quand on est invité chez un
agriculteur qui nous accueille avec un fusil de chasse, par exemple.
Rap. C'est l'abréviation de Rhythm and Poetry.
Attends, je vais baisser un peu.
Tu vas pas me la faire à l'envers. J'écoutais du rap que t'étais même pas
encore né.
Tupac, Notorious, Run DMC. T'as déjà rien, tout ça ? Le Wu-Tang.
D'accord.
Monsieur est un connaisseur. C'est bon, ça ? J'ai mes classiques.
Excusez-moi, c'est quoi ? Vous allez jusqu'où, comme ça ? Compostelle. C'est
quoi ?
On est partis du Pion-Velay. Ouais, de chez la petite Marie. Et c'est miracle.
Marie, c'est le nom de ma mère. Ça a l'air fort, quand même.
Excusez-moi. Elle fait des miracles, elle aussi ? Le miracle, tu l'as sous
tes yeux, mon pote.
Santé, voyou. À la tienne, Pekno.
À la mienne.
Doucement. On le sent passer, hein ? Ouais.
Alors comme ça, t'as dealé ? C'est toi tes keufs ou paysannes ? T'as dealé ou
pas ? Ça, c'est fort.
Un peu, genre, ouais, comme ça.
C'est un bon rendement, c'est autre chose que le colza.
Vous êtes sérieux, là ? Tu sais, nous, on faisait pousser la bœuf à l
'horizontale à cause des hélicos. Non, non, mais excusez-moi, mais je valide
absolument pas ce genre de conversation. Tu sais quoi, moi, une fois, chez Unex,
on l'a fait pousser dans ses toilettes avec une petite lumière bleue. Non, non,
non. Alors là, ton truc, il pousse comme du chien, non ? Je te jure que c'est
super bon.
Au rap.
Au patou. Et à la bœuf.
Et à la marche de la rupture qu'on aime.
Mais quelle heure, là ? Jour 7h, un truc comme ça ? 5h30.
T'es un ouf.
On dit exploitant agricole.
C'est la même chose, quoi.
Mais pourquoi tu portes pas de seau, toi ? Parce que c'est toi qui les portes ?
Elles sont
belles, hein ? Alors là, je
peux te dire qu'elles ont faim.
Elles sont bien ? Ouais.
Non, si.
Mais je ne sais pas comment faire. Ne t'inquiète pas.
Tu as peur ? Attention.
Attends.
Attention.
Doucement, doucement, doucement.
Doucement.
Attention.
Dégage.
C'est qu'on a encore 25 km à faire, plus 7,6 km qu'on n'a pas fait d'hier.
Mais on va y arriver.
Je vais appeler ma mère.
Je ne pense pas qu'elle puisse te répondre à ceci.
Chier, putain.
Pourquoi j'ai pris ça en plus ? C'est tellement lourd.
Ah non, le champ, je vais le garder.
Ouais, t'en as pas besoin, t'as raison.
Non, mais qu'est-ce que tu fais ? T'en as plus besoin, t'as dit.
Non, mais je ne vais pas les jeter comme ça sur le chemin.
Ouais, si.
Ah, merci.
Merci, monsieur.
De rien, mon grand.
Ça regarde.
Cadeau.
De la part de Patou, avec ses excuses.
C'est le sac que j'utilisais quand je faisais du camping.
Dis-donc, ça se couvre un peu, tu crois qu'il va flotter là ? Non.
Là, dans une heure, c'est grand ciel bleu.
Ciel bleu, ciel bleu.
Il est où son ciel bleu ? Je croyais que les paysans, ils avaient un sixième sens
de la météo.
Fred, passe-moi mon téléphone, je veux appeler ma mère.
C'est la règle. Ah si, la règle c'est de me faire chier ou ça se passe comment ?
Je t'entends pas, c'est comme ça.
La règle c'est de me faire chier ou ça se passe comment ?
Oh,
c'est beau.
Adam, tu veux pas qu'on aille voir ? Tu veux pas venir ?
Bon bah moi j'y vais.
Ouais ma chérie c'est maman.
Bon bah ça fait tout bizarre, tu es loin, je suis loin.
J'espère que tout va bien pour toi.
J'espère surtout que ça se passe bien à Vancouver, que tu t'es...
C'est moi.
Je t'ai envoyé une carte depuis Envelé, tu l'as reçue ? Ouais.
T'as vu, c'est beau.
T'as des nouvelles de Nina ? Parce que moi, j'arrive pas à la joindre.
C'est une vraie question.
T'as pas une petite idée ? Fred, tu pars avec un gamin qui a presque son âge à un
moment où elle commence une nouvelle vie.
Sincèrement, je... Qu'est-ce que tu essaies de prouver, en fait ? De toute
façon, que je sois à la maison ou ailleurs, ça change pas grand-chose.
Elle m'appelle pas, elle répond pas.
Tu fais quoi, là ? Pardon ? Non, mais dis-moi ce que tu faisais.
Tu sais, comme quand tu me racontais tes journées pour me changer les idées.
Fred, je suis pas une lampe de chevet que tu peux allumer et éteindre quand t
'en as besoin.
Elle a encore moins de filles.
Elle t'aime.
Normalement, tu devrais répondre, moi aussi, je l'aime.
Fous de ma gueule, en fait ! Je te rappelle.
T'es là comme ça, on avait dit pas de téléphone, t'es sérieuse ?
Éducatrice à la con, on va.
Je sais pas, va passer tes coups de fil en secrète, là, c'est bon. Alors, excuse
-moi, mais je ne suis pas le problème. Ah, c'est pas toi le problème, alors tu
roules, t'offres les neiges.
Non, mais attends, qui a eu son jugement ? Toi, non ? N'importe quoi. C'est pas
moi ? Ta gueule, ta gueule, ta gueule !
Ils ont pas dit ça, ils ont dit pas téléphone pour tout le monde.
Mais c'est pas possible.
Mais arrête de râler, arrête, tais-toi, tu fais que parler.
Une bonne nuit de sommeil, ça va nous faire du bien, non ? Moi, ça me fera du
bien.
Mouah
Tu veux faire une petite pause ? Le mot aussi, j'en fais une.
J'ai du bien.
Je crois que j'ai les mêmes, là.
Moi, je pense qu'on peut faire un concours. De la connerie ? T'as gagné d
'avance, je te rassure.
Ah ben voilà, tes premiers mots depuis ce matin.
Ouais, et mes derniers.
C'est bon, j'en ai marre. Je rentre.
Je dénonce l'assaut et toi tu iras en prison pour maltraitance.
Maltraitance, quatre syllabes. Dis donc, tu t'améliores, c'est bien ça.
Hé ! Hé ! Hé attends, tu fais quoi là ? Hé attends, tu fais quoi là ? Non, non,
non, non, non, non ! Attends, attends, tu reviens tout de suite ! J'ai mal aux
pieds ! Attends ! J'ai mal aux pieds, tu peux pas ! Attends ! Attends ! Attends,
c'est pas possible.
Attends, j'y crois pas, j'y crois pas, mais le petit con !
Avec toi, je suis sûr, on se débrouille. C'est gentil, mais... C'est quoi le bail
? Qui a décidé ça ? De quoi ? C'est toi ? Je vais pas me calmer, tu me réponds.
Elle vient de découvrir qu'elle aurait ni réseaux sociaux, ni plateforme. Ni
mon blog, ni mon diffuseur, rien ! Oh, ma Fred ! Je suis trop contente quand tu
m'appelles. Comment ça va ? Non, Nadège, tu vas pas être contente du tout. Je
viens de perdre Radon. Il avait mal aux pieds. La vie de ma mère, c'est mort !
Ah bah oui, mais ça, c'est normal d'avoir mal aux pieds, Fred, c'est sûr.
Non, mais tu entends ce que je suis en train de te dire ? J'ai perdu mon ado, t
'es la première semaine ! Ouais...
Attends, fous pas ses épaules, ok ? Je te fais des bisous, je t'embrasse fort.
Bisous. Tiens, c'est Fred, je vais pas trop bien comprendre. Ça va ou pas ?
Paul, tu m'entends ? Deux secondes, deux secondes.
Tu peux aller voir parce que Maddy part à scooter.
Non, il n'a pas de scooter.
Non, il n'a pas de scooter, mais toi t'en as un.
Allô ? J'ai perdu Adam, ce petit con, il a sauté dans une bagnole. Il avait mal
aux pieds.
C'est pas vrai, vous passez le mot là.
Bon bah écoute, radique pas, ça arrive. Ça arrive, ça arrive à qui ?
Hein ? Ça arrive à qui ? Le... Ben ça, ça, ça... Bon, c'est... Non, ok, c'est
jamais arrivé. Ben oui.
Tu sais où il est parti, là, ou pas ? Ben j'en sais rien, il y a 15 villages
devant, il peut s'arrêter n'importe où ! Eh ben alors voilà, tu sais ce que tu
fais, tu te brutes, tu te bouges le cul ! Tu prends, je sais pas, tu prends un
vélo, tu prends un train, tu prends un cheval, tu prends ce que tu veux, mais
tu le cherches et tu le trouves, surtout ! Et s'il y est pas ? Et toi, s'il y est
pas ?
Bonjour. Bonjour.
Bonjour, madame. Je vais vous prendre ça, s'il vous plaît. Oui.
En 10 euros aussi, madame.
Merci. Et voilà.
Merci. Merci beaucoup.
Au revoir, bonne journée.
C
'est
moi ce que vous faites les gars.
Merci.
Ouais c'est cool.
Merci, au revoir.
Je dédicace ce freestyle à mes courbatures Pour avoir couru sur le
goudron et la terre battue Ce n'est pas un portrait robot ou une caricature C
'est ma vie dans les décibels et la littérature Y'en a qui écrivent des
punchlines, des signatures Mais quand t'as pas d'inspiration c'est de pas de
mesure Et si tu sens comme une hausse dans la température Désolé c'est moi à
cracher le feu et ma seconde nature Ma première est l'écriture J'ai pas un
rond, l'addition a battu la somme, j'ai pas un rond, l'attitude dans le
microphone, vue sur les ondes, c'est donc ça la misère des hommes, tourner en
rond et puis tourner en rond et puis, j'ai puisé mon corps, pour le forcer à
dormir, l'insomnie fait du tort à celui qui dort sans amis, j'y ai trouvé de l
'or, accroché à un météore, parfois je cherche encore, je double d'efforts,
dans la nuit, tu peux rester là, si tu préfères vivre dans la peur, dans tous
les cas, il faudra bien annoncer la couleur, et si t'aimes pas trop le rap,
On va discuter un quart d'heure, t'en sortiras avec des instruments dans les
écouteurs. J'ai pas un rond, l'addition a battu la somme. J'ai pas un rond, l
'attitude dans le microphone puis sur les ondes. C'est donc ça la misère des
hommes, tourner en rond et puis tourner en rond et puis...
Vous
savez, c'est souvent quand on croit avoir perdu la foi qu'on trouve son
chemin.
Regardez, il n'y a pas de bon ou de mauvais chemin, ils mènent tous au même
endroit. Merci, c'est gentil.
Peut-être est-ce le bon moment pour une prière.
Je suis désolée, je suis athée.
Allez, ça ne peut pas faire de mal.
Bon, fermez les yeux.
Donnez-moi votre main.
Donnez-moi votre main.
Et répétez.
Sainte Marie, Mère de Dieu.
Sainte Marie, Mère de Dieu.
Priez pour nous, pauvres pécheurs.
Aujourd'hui. On prie Marie.
Mais oui, c'est sa mère.
Bah oui, c'est sa mère. Mais oui, c'est sa mère.
Et vos sacs ?
Elle est belle, hein ?
Tiens,
j'ai un cadeau pour toi.
Saint-Christophe, patron des voyageurs.
Tu l'as pris où ? Vous voulez pas ? C'est pas la question.
Tu l'as trouvé où ? Ou quoi ? Tu penses que je l'ai volé, c'est ça ?
Même quand je te fais un cadeau, tu me prends la tête.
Merci.
C'était pour lui, votre prière ? Vous m'avez l'air particulièrement douée.
Vous devriez prier plus souvent.
Bonne route. Merci.
Tu pries pour moi, toi ?
Tu sais ce que ça veut dire, compostelle ? Non.
Un compost, ça veut dire champ, et Stella, ça veut dire étoile.
Littéralement, champ d'étoile. Ok, mais en fait, c'est une marche silencieuse, j
'ai pas forcément envie de savoir.
Ouais, bah, c'est bien de le savoir.
Bon ? Moi, je suis contente de le savoir, par exemple.
Merci.
C'est quoi ce bruit là qu'il y a depuis ce matin ? C'est pas que c'est ta
coquille sur les bâtons ? Non, c'est pas ça, regarde.
C'est pas moi.
C'est pas ta gourde.
Ah ah ! Qu'est-ce que ça peut bien être ? Attention, stop, arrête-toi.
On a fait exactement 343 kilomètres et 752 mètres. Eh ben t'es précise, hein.
Et moi je dis bravo, et donc... Ça se fête ! Bien ou pas ?
Très bien.
T'es une grande malade, t'avais quoi d'autre dans ton sac, sérieux ? Plein de
boissons fraîches, mais je les ai bu en loose day.
Ouais, bah ça m'étonne pas de toi.
Allez, tienne.
Ça le fait, là, hein ? Ouais.
343 kilobytes, quand je vais dire ça à ma mère demain, elle va péter un câble.
Pourquoi demain ? Bah demain, c'est dimanche.
J'ai le droit à 30 minutes de portable, rappelle-toi.
Bah non.
Bah si.
Bah non.
Bah si, c'est mon jour de repos. Non. Mais bien sûr que si. Mais bien sûr que
si, je te dis.
Mais n'importe quoi, mais ferme-la. On te l'a appris pendant la formation, tu
étais d'accord. C'est un jour de repos, tous les dix jours demain... Mais alors
? Ici, on fait ce qu'on veut, putain ! On fait ce qu'on veut, mais t'essayes
de... T'as qu'à naître, là, vas-y ! Qu'est-ce que t'as ? On n'est pas potes,
cousine, redescends.
Tu sais quoi ? On a le droit d'être en colère.
Mais cette marche, c'est ta volonté. C'est toi qui as voulu le faire.
Si tu veux t'arrêter, tu peux t'arrêter.
Personne te force.
Moi, quand je fais un contrat, je vais jusqu'au bout.
Toi, tu fais ce que tu veux.
Et si t'arrêtes là ? T'as tout perdu. Tout.
Je bougerai pas.
Wow, t'as l'air au bout de ta vie toi.
Tu fais une pause ? Bon ben ça me va aussi, tu peux ?
Bon sinon tu vas juste qu'on...
Ok cool, moi aussi, restez là.
Attends. Ah quand même, tu parles !
Ta jambe, elle est où ? Échangée contre un plat de pâte carbo au dernier refuge.
L'humour, Adin, de seconde degré, non ? Je sais pas.
Bah, moi, je te le dis.
Adin, le mec pas rigolo.
Bah, moi, je te le dis.
Estella, la fille rigolote. Ouais, sauf qu'Estella, c'est pas mon nom, en fait.
Sauf que moi, je trouve qu'il te va bien.
En réalité, Estella, c'est l'un d'un vidéo où je me suis arrêtée en Espagne
la dernière fois.
Ah, tu veux dire que tu l'as déjà fait ? Ouais.
Mais cette fois-ci, pour le coup, je veux aller au bout.
Au bout ?
Au bout. Vraiment ? Vraiment.
Et toi ? Au bout.
C'est parti.
Allez.
Je peux te poser une question, Estella ? C'est toujours pas mon nom, mais je t
'écoute.
Ça fait longtemps que...
J'ai commencé à Chartres, donc ça fait un petit moment maintenant que je
marche.
Je voulais parler de mon pied.
Accident de la route, il y a 4 ans, je me suis prise une voiture.
Je te fais pas de dessin.
Et sinon, toi, raconte.
Écoute, moi j'ai mes deux jambes qui fonctionnent.
Tu marches depuis combien de temps avec tes deux jambes qui fonctionnent ? Selon
les dires, depuis que j'ai un an.
Ok, d'accord, je reviens sur ce que j'ai dit. T'as l'humour en fait.
Du coup, t'as fait beaucoup de randonnées quand même.
Pique du taillon. J'ai même été à la Réunion faire des rangos. J'ai fait
Pyrénées, Piton-des-Neiges, Vignemar... Salut.
Salut.
Ben, tu nous présentes pas ? Pardon, excuse-moi. Elle s'appelle Estella.
Bon, c'est pas mon nom, mais Adam. Donc, va pour Estella, je crois.
Bonjour, Fred. C'est ma mère. Ah, et ben, vraiment enchantée. Ravie de vous
rencontrer. Trop chouette.
Trop bien que vous fassiez le chemin ensemble.
Ouais. Qui c'est qui a eu l'idée de venir... C'est nous. Ouais, carrément.
J'imagine que ça se passe comme ça dans les familles unies. Bah oui, on est une
famille hyper soudée.
Un maman.
Limite trop fusionnelle.
Fusionnelle.
Ça me fait trop bizarre parce que d'ordinaire, les gens, ils ont de la
compassion pendant 5-10 minutes et puis ils se barrent.
Mais avec Adam, ça a été tout l'inverse.
Aucune compassion et le mec, il a encore la con.
Mais tu voyages toute seule ? Bah, apparemment. Et t'as pas peur sur les
chevaux ?
Bah si, un peu, mais bon... De toute façon, je suis plus toute seule
maintenant que vous êtes là.
Et voilà.
Bon appétit.
Mais... Hyper beau ! Merci.
Mais... C'est une dinguerie.
Alors pardon, mais je refuse de croire que c'est toi qui as fait ça. C'est pas
moi. C'est le plant aromatique que j'ai piqué cet après-midi.
Je vais te tuer.
Depuis le début, tu me laisses foirer tous les repas alors que... Alors que
quoi ? T'es un super cuisinier. Oui, je préfère ça.
T'es pas au bout de tes peines. À partir de maintenant, c'est toi qui fais la
popote tous les soirs.
Oui, en poule ou pas en poule.
Vous saviez pas que votre fils avait cuisiné ? Déjà, tu vas me tutoyer.
Deuxièmement, je ne savais pas que ce petit salopio avait du talent.
On monte au ratable.
Y a pas de serviette ? Attendez, j'y vais. Merci.
C'est quoi ça ? Un couteau.
Tu l'as trouvé où ? Je l'ai pas trouvé, il est à moi.
Donne-le moi s'il te plaît. Non.
Tranquille, détends-toi, c'est juste pour découper les aromates.
C'est ça, t'as peur que je me coupe le pouce, c'est ça ? Tiens.
Merci.
Monsieur le cuisinier.
Madame. Moi je vais le faire à l'italienne, comme ça et comme ça.
Comme une de citron. T'aimes pas ça ?
C'est pas du tout que j'aime pas. T'es vraiment sûr ? J'aime pas, je suis
vraiment sûr.
Eh ! C'est pour la marmotte.
C'est déjà le bouton.
Bah ouais, c'est l'heure.
C'est bon ? T'es sûre ? Maintenant.
Allez, viens.
J'ai ta jambe ! Elle est sale, là ! Non mais je rêve ! Je suis pas à la
Malposta, là ! Tu sais qu'une sauterelle, ça peut sauter jusqu'à 7
mètres de haut ? Je comprends si je te dis que moi aussi.
J'attends de voir.
Tu sais pourquoi les pèlerins marchent avec des coquillages ? Oui, je sais.
Et qu'on pense à ça veut dire chant d'étoiles aussi. Je te l'ai déjà dit.
Et on s'est retrouvés là avec mes potes. Tu avais cet
énorme contact.
Tu ne voyais même pas le sommet parce qu'il y avait plein de nuages.
Et on s'est dit, bon, allez, là, c'est le moment. On y va.
Je vais te montrer un truc que j'ai vu tout à l'heure.
Ça.
C'est de l'ail des ours.
C'est un mélange entre de l'oignon, de l'ail et de la ciboulette.
Tu te fous de moi encore ? Non, je te dis genre goûte.
Si t'es pas convaincu, là-bas t'as de la berce. Ça a le goût de mandarine.
Adam, fais-moi goûter ton truc.
C'est bon ? J'adore.
On se retrouve à Compostelle ? Reste.
Toi, viens.
Non, toi, reste. Toi, viens.
Je peux pas, je dois rendre un rapport tous les dix jours.
Pour ? Mais se tomber, c'est compliqué.
Oui, enfin, je pense que je suis bien placée pour savoir ce que c'est, chose
compliquée.
Accouche.
Mais j'ai bien compris que Fred, c'était pas ta daronne. C'est quoi le reste ? C
'est que je suis pas un mec bien.
Pas un mec bien ? Toi, Adam, qui c'est qui a décrété ça ? Tout le monde.
Les juges, les flics, les éduques.
Même ma vraie mère a dit ça.
C'est quoi, on est tous les deux déshandicapés, sauf que dans ton cas,
les gens veulent t'aider ? Mais, mais Adam... Non, c'est ça, tu sais quoi ?
Casse-toi ! Barre-toi !
Tu sais quoi ? On se retrouve à Compostelle et on espère un miracle. Moi
je vais devenir un mec bien et toi tu vas retrouver ta jambe, l'handicapé !
Casse-toi ! T'es trop con ! T'es trop con !
Maxime ou Vérité ? Vérité ?
Pourquoi t'es là ? Pour t'accompagner. Non, vraiment, pourquoi t'es là ?
Je suis prof.
J'étais prof.
J'ai giflé une de mes élèves.
Elle a été virée.
Ça, ça t'a fait du bien ? Non.
Même pas sur le moment.
Pourquoi tu l'as fait, alors ? C'est pas une question, une réponse.
Action ou vérité ? Vérité.
Et toi ? Pourquoi t'es là ?
C'est ma mère.
Elle m'a eu jeune.
Très jeune, elle bossait en resto et... Et moi je restais dans la cuisine
pendant son service.
Sauf que j'étais turbulent, du coup elle m'a appelé sur famille d'accueil en
attendant.
Et puis elle a retrouvé un autre mec.
Elle a refait sa vie, elle a une fille.
Parce que les barils n'ont jamais voulu me récupérer.
Je l'ai vue qu'une seule fois, ma sœur.
Elle s'appelle Anaïs, c'est joli, non ? Ma mère, elle veut pas me voir.
Elle a peur de moi.
Elle a menacé d'appeler les keufs si je venais, donc... Mais en même temps, tu
vois, je la comprends, c'est vrai que je suis difficile à vivre, donc... Elle va
revenir.
Après ça...
Quand on aura fini Compostelle, tout ça, elle sera là ?
Vérité.
Est-ce que toi aussi t'as peur de moi ? J'ai peur de moi.
Il s'appelle comment ? Qui ? Le mec qui t'attend.
Il s'appelle comment ? Cédric.
Et du coup ? Bah rien, tout va bien.
Vérité, on a dit.
Disons qu'on fait un break.
Il dure depuis combien de temps ce break ? Noël.
Ah ouais.
Il a demandé le divorce.
C'est dur d'être abandonné.
Action. Tu devrais appeler ta mère.
Tu fais quoi là ? Ce que je fais de mieux.
Carrément, tu voles et tu fuis.
Tu sais que c'est un chemin qui mène nulle part ça.
T'en as encore combien des phrases à la con comme ça ? Et toi t'en as encore
combien des idées à la con comme ça là ? Je rentre.
Casse-toi, casse-toi, casse-toi ou je te fais du mal.
C'est pas à moi que tu fais du mal, c'est à toi.
Tu sais la différence entre toi et moi ? C'est que moi j'ai confiance en toi. T
'as jamais eu confiance en moi ! Ah parce que tu penses que je me taperais
2000 bornes avec quelqu'un en qui j'ai pas confiance ? Personne n'a jamais eu
confiance en moi ! Mais depuis le premier regard, moi j'ai confiance en
toi.
Parce que derrière cette carapace, là, y a quelqu'un d'autre, non ?
Alors tu décides quoi ?
T'avances à la playa ?
Attends, on va demander au monsieur.
Tu as
compris
quelque chose, toi ?
Et du coup, t'as pas l'adresse du gîte ? Non, mais on va trouver.
Fred, il y a ton téléphone qui sonne.
Ah merde.
Ah oui, c'est moi.
C'est Paul. C'est Paul.
Hola, Paul.
Eh ben, salut.
Je pensais que vous alliez me répondre.
Moi, je téléphonais pour le bilan de mi-parcours.
Adam, je peux te poser des questions ? Tu me réponds sérieusement parce que c
'est important.
Qu'est-ce que ça t'a apporté, cette marche, pour l'instant ? Des ampoules.
Je parle d'un point de vue intérieur. D'un point de vue intérieur, des
gastros. T'as amené à des réflexions, s'il te plaît. Ah ouais, plein de
réflexions. Faut toujours vérifier la date de péremption du lait avant de l
'avoir bu, par exemple.
Vous êtes chiants. Non, sérieusement, c'est déjà plus le même. C'est lui qui
me réveille le matin, il fait à manger, très bien d'ailleurs.
Il parle à tout le monde, il fait des blagues.
Ça, j'ai bu, oui.
Bon, mais qu'est-ce que tu veux de plus ? Pas rien, j'aimerais savoir si ça va
durer. Passe-le-moi, passe-le-moi.
Eh, Adam, Adam. Je veux simplement que tu comprennes un truc.
C'est pas simplement une balade. La justice, elle pense qu'à une seule
chose, c'est qu'on s'en fout tantôt et qu'on n'en parle plus.
Alors c'est important, tu comprends ça ou pas ? Non,
non, non, tu me le dis avec des mots.
Tous les matins, je me lève avec une boule au ventre parce que personne croit
que je vais aller jusqu'au bout. Alors ouais.
Ouais, j'ai compris, Paul.
Qu'est-ce que tu penses que tu vas faire après ? Dealer du shit pendant un an ou
deux, passer au crack et monter en puissance jusqu'au fontanil.
Ça y est, c'est bon, c'est bon. C'est ce qu'on attend de moi, non ? Sérieusement,
dans 5 ans, comment tu te vois ?
Cuisinier, rappeur, on hésite. Peut-être les deux. Ce sera rappeur. Non, non,
écoute, attends, je voudrais simplement te dire une chose. C'est pas une blague,
c'est ta vie, là.
Là, dans quelques semaines, le soleil, l'Espagne, le grand air, tout ça, c'est
terminé. Tu vas te retrouver dans le réel, ça va revenir, tu vas te le
prendre, mais un mur.
Je te jure, ça va faire mal.
Alors nous, on est là pour t'aider, on va tout faire pour t'aider, mais pour t
'aider, il faut un projet.
Alors moi, je crois en toi.
Fred, crois en toi, toute l'asso croit en toi.
Mais ce qu'on veut te dire est... Faut être sûr que tu vas pas renoncer.
T'as compris ça ou pas ?
On va pas dormir ici, c'est carrément glauque.
Bah écoute, on n'a pas le choix.
Tout est fermé, là.
Vas-y, on y va.
Tu vois, j'avais raison de finir ton âge gauche.
Eh oui, le plan avait tort, l'application avait tort, j'avais tort,
le reste du monde avait tort, et Adam avait raison.
Bon, y a personne, viens, on bouge.
Bonne nuit.
Nous sommes perdus.
Pouvez-vous nous aider ?
Merci.
Allez, viens.
Mais sinon, on peut trouver un hôtel Libye, je suis sûr. Dans quoi il y en a
?
... ... ... ...
Sous-titrage
MFP.
Prologue de la Règle de Saint Benito
ça me stresse qui parle pas
Bonjour, je m'appelle Adam.
Si,
nous comprenons bien le français.
Mais vous parlez. Si, mais d'ordinaire nous dit non en silence.
Là c'est fichu.
Encantado, Adam.
Soy Hermano Lorenzo.
Alors, racontez-nous votre voyage.
Je peux avoir mon carnet ? T'as pas besoin de ton carnet.
Allez, vas-y.
Je fais une marche de rupture.
Les premiers jours, c'était horrible. Je traçais.
Tête baissée.
Je voulais que ça se termine vite et puis c'est tout.
J'ai tenu.
Le plus compliqué, c'est dans la tête.
Faut être solide.
Et sur le chemin, j'ai rencontré une fille qui s'appelle Estelle. Estelle ?
Non, non.
Estelle, comme... Comme Compostella.
Je te jure, c'est une championne. Elle parcourt 600 kilomètres avec une jambe
en moins.
Faut être taré pour faire ça.
J'espère qu'elle continue.
J'en suis sûre.
Elle est très courageuse.
Et toi aussi.
Je ne suis pas courageux moi.
Tu as tout quitté pour El Camino.
Tu marches tous les jours, tu n'as rien et pourtant tu donnes beaucoup.
Moi aussi je le fais.
Bon, tout le monde s'en fout.
Je ne sais pas si c'est ça être courageux.
Enfin si, des fois je rappais pour l'aider à avancer mais c'est tout.
Rapper... Non, rapper la musique.
Tu connais pas Wallace Cleaver, Ben PLG, SCH ? Randy MC ? Tu l'as ? Bon ben là t
'as plus le choix là.
Quoi ? Là maintenant ? T'as un public, un artiste, qu'est-ce qu'il te faut de
plus ? Ben une propre.
J'irai pas sans musique moi les gars.
Esa es nuestra especialidad.
Hermanos, música.
Non, j'ai pas mon cahier J'ai tous mes cours dans les pavés J'évite les
douilles, les condés J'rappe tous les jours, j'en ai bavé Marie, je t'écris ce
AV, Maria Marie, je t'écris ce AV Marie, je t'écris ce AV, Maria Que je sifflerai
dans le quartier Tu sais, maintenant, je crois que j'ai capté Faut passer au
charbon pour devenir un diamant Tu vois, en même temps, ça fait sens Je cherchais
sans voir que je m'étais égaré Je me battais contre le vent Et maintenant, je
comprends Ce n'est pas encore atteint le sommet, mais c'est qu'une question de
temps. Marie, je t'écris ce Ave Maria qui passera en radio, je te le promets.
Parce que maintenant j'ai des projets, j'ai le cardio et les mollets.
Je suis pas facile à épauler, je sais, et pour ça tu m'envoies désolé.
Et je fais au mieux, mais tu connais, dans ma vie j'ai plutôt souvent vendu l
'amené.
La tête enfoncée dans le bonnet, à recompter les pièces de monnaie.
On m'a dit que je cherchais l'attention, mais faut voir l'attention qu'on me
donnait.
Marie, je t'écris ce Ave Maria pour quand on se retrouvera.
Je ne serai plus le même, mais tu verras, je n'arrêterai jamais le pura.
J'en apprends sur moi à chaque pas, ce n'est qu'à la moitié du voyage.
Ce couplet, c'est aussi mon mea culpa pour toutes mes embrouilles et mes
bagarres, pour tous mes remous et mes bobards, pour toutes mes magouilles et
mes gardaves.
Marie, je t'écris ce Ave Maria et je ne sais vraiment pas pourquoi.
Il était bien enfoui en moi, il voulait juste sortir, je crois.
Il voulait sortir et c'est bien mieux comme ça, il peut gambader dans les
bois. Il ira où tu iras et te suivra où tu iras.
Non.
Non, j'ai pas mon cahier car maintenant je crois en moi. J'ai tous mes cours
dans les pavés et tous les pavés sous les pas.
Marie, je t'écris ce ave Maria pour le jour où tu ne seras plus là.
Je le siffloterai dans le quartier, je le siffloterai pour toi.
Vas-y donc, tu t'aides ça.
Merci, merci beaucoup.
Pardon, excuse-moi.
Non, mais je savais pas, j'ai cru que t'allais... Mais pourquoi ? Hein ? Vas
-y, dis-le.
Tu t'es bien foutu de ma gueule à faire semblant d'être sympa avec moi.
À chaque pas, je m'améliore.
Putain, tous les jours.
Toi, tu vois rien du tout.
Le chemin est encore long.
Espérons qu'il apprenne. C'est à vous que je parlais.
Adam ! Adam !
Tu m'entends ?
Adam ! Adam !
Donne-moi ta main ! Adam, ta main !
Viens. Ça va ? Lâche-moi, lâche-moi ! Je suis désolée.
Ça va ? Attends. Lâche-moi, je te dis.
Ça va, tu fais pas très mal ? Je t'emmerde.
Je suis désolée. Je t'emmerde.
Tu veux pas qu'on essaye de repartir ? Je t'emmerde.
Je suis vraiment désolée. Je t'emmerde.
Mais mousse, je t'emmerde.
Putain.
Elle est bonne.
Je t'emmerde.
Ah ouais ? Ben moi aussi.
J'ai le peau.
J'ai une peau ! Moi, j'ai une peau ! Toi, t'as une vieille peau, ouais, toi !
Toi, t'as une vieille peau ! Non,
non, non, non, non, non ! Si, si, si, si ! Non, si, si, si ! Et hop là ! Baptisé
!
Un lit.
Un vrai lit avec une vraie couette.
Des fraises tagada.
Snap.
Une boule de glace vanille avec du chocolat fondu dessus.
Une boule de glace citrouille.
Avec aussi un peu de chantilly et des amandes.
C'est une dame blanche, quoi.
Ouais, c'est ça, c'est une dame blanche.
Anaïs, ma petite sœur.
Nina, ma fille.
T'as une fille ?
Je sais pas si elle a une mère en ce moment, mais... Elle a deux ans de plus
que toi.
Brillante, indépendante.
Tout le contraire de toi, quoi.
Et du coup, elle tient ça de son père, j'imagine ? J'ai tellement peur de l
'étouffer que j'en deviens relou.
Elle trouve que je fais trop ceci, pas assez cela, alors j'ose plus dire ceci,
j'ose plus faire cela, je m'efface.
Et si tu t'effaces, elle a plus de mère ?
Bon, tu me vas sur tous les fronts, quoi.
Cuisine, musique et psycho, maintenant. Et passage au tribunal, aussi.
Ouais.
T'y penses, toi, des fois ? À quoi ? À ça.
Quand ça va s'arrêter, tout ça.
Tu comptes faire quoi ? Faire le point avec mon mec.
Appeler ma fille.
Enfin, si elle me répond.
Prendre un bon bain chaud, alors pas forcément dans cet endroit-là.
Et toi, le rap ? Toujours ? Je sais pas.
Non, je sais pas ce que je vais faire.
Comment on dit ?
– Sous-titrage
FR 2021
Allons !
Merci à tous.
C'est à toi, tu le perds pas.
Bonjour. Bonjour.
Excusez-moi, vous n'avez pas d'argent ? Non, je ne parle pas d'espagnol.
Et vous n'avez pas de charbon ? Non.
Je suis sûr que vous avez quelque chose.
Donnez-le !
Fais pas ma mère, toi ! Attends ! Attends !
Tu la tueras pas ! Tu la tueras pas ! T'as compris ?
Arrête ! Arrête ! Tu vas la tuer ! Arrête !
J'aimerais entendre votre version des faits, Adam.
Pourquoi être retombé au point de départ ? Vous étiez sur la bonne voie.
Vous aviez l'air d'aller bien.
Et puis tant que vous provoquez cette bagarre avec une telle rage, vous pensez
aller jusqu'où ? C'était de la légitime défense. Il voulait me sauver, madame la
juge. Cette question ne vous est pas adressée.
Je ne suis pas là pour vous juger.
Mais je tiens à vous dire ce que je pense.
On vous a confié Adam.
Vous en étiez responsable, vous étiez sa référente, sa boussole.
Et c'est parce que vous avez failli que je le retrouve aujourd'hui devant moi.
Adam, vous risquez la prison, vous en êtes conscient.
Même en tant que mineur.
Dans quelques mois à peine, vous allez avoir 18 ans et... Adam, je ne pourrai
plus rien faire pour toi.
Madame la juge, vous n'allez pas dissoudre la sorte. Vous attendez quoi ?
Non mais attendez, chaque ado est différent. Le cas d'Adam ne peut pas
pénaliser les autres. On a des dizaines d'ados pour qui cette marche est la
dernière chance.
Attendez, il y a une circulaire qui tourne.
Plus aucun enfant ne sera confié à votre association.
Ça fait chier.
Ça fait chier.
Ça fait chier. Vous croyez que j'y crois, votre fait chier ? Bravo la
justice ! Calmez-vous.
Ok, je me calme, je me calme. Je vais vous dire une chose. Vous savez ce que
vous foutez avec vos prisons qui coûtent des millions ?
La seule chose que vous créez, c'est 85% de nouveaux délinquants. Alors que nous,
avec deux paires de baskets et un paquet de pâtes, on sauve 85% d'ados. Et vous
savez, ceux que vous jugez perdus, là. Et en plus, on leur redonne un sens à
leur vie. Alors, un, la justice, les pâtes, la prison, les pâtes, la prison.
Ouvrez les yeux, putain ! Vous le faites crever, les mômes.
Ah ouais, c'est son bébé, cet assaut.
Vous croyez être les seuls à vous battre pour ces jeunes ?
Tu fais quoi, là ? Viens, t'as de la visite.
J'ai une folie toute la nuit, je marche.
La nuit dernière, j'étais au monastère.
J'ai débroussi.
Une fois que tu marches plus vite que moi.
On a la question dans tous les sens.
C'est la seule solution.
Non, j'ai pas mes cahiers.
Car maintenant, je crois en moi.
J'ai tous mes cours dans les pavés.
Et tous les pavés sous les bas. Fred, arrête.
J'ai pas le droit de bouger. C'est la juge qui l'a dit, tu le sais.
Mais depuis quand t'écoutes la juge, toi ? Le mec... En Espagne, que j'ai
frappé.
Il serait passé quoi si j'avais eu mon couteau ?
Mais tu l'avais plus. Si je l'avais eu... Comment tu peux être sûr que je l
'aurais pas utilisé ? Tu l'avais déposé, ce couteau.
Allez, les gars, on se lève.
On se lève, là.
Allez.
Les filles ? Mon rouge, il est où ?
Putain, Adam, c'est pas possible. Adam ! Les gars, vous savez combien ça
coûte, ça ? Tout va bien.
Tout va très bien.
Je ne suis que tempérance.
Bah alors, tu vois bien que c'est pas moi qui l'avais.
Il est où ? Qu'est-ce qu'il... Oui, Nadège.
Ouais, il est avec toi ? Qui ? Bah Adam, qui ça ? Je sais pas, il s'est barré, on
le cherche partout, là.
Adam, il s'est barré ? Je vais aller voir, là.
Oh, le coup, il s'est barré du centre.
Ça nous fout dans la merde, là.
T'as pas une idée où il pourrait être, non ? Bon, je te tiens au courant.
Bah alors, t'es pas prête ? Allô ?
Ah putain, t'es avec lui ? Vous êtes où, là ? Quoi ? Non, non, non, tu termineras
du tout. Vous êtes où ? Dis-moi où vous allez.
Explique. OK, on arrive. Garoutière.
Garoutière. Il y a plein de garoutières. Tu avances, je t'indique.
Ça y est, ça y est, on est à la gare routière, là, on y est. On est dans l'un
des cars, là.
C'est quoi ? Mais c'est quel car ? Le car pour Pamplune. On est au fond du
car. Mais quel au fond, quoi ? Ah ben voilà, mais c'est le car qui s'en va.
Quoi, celui-là ? Mais t'es dedans, là ? Là, à l'arrière. Eh, je les vois ! Mais
non, mais non, mais attends ! Eh, ils vont avoir les flics au cul ! Bon voyage
! Bon voyage ! Bonne chance ! Bon voyage ! Bon voyage ! Oh,
c'est canon ! Non, non, pas la banane, merde !
Je pourrais passer ma vie ici, moi.
Je te jure, ça me donne envie d'être croyant.
Mais même Dieu deviendrait croyant.
Fred ! Fred ! Ça se finit comme ça ? On rentre dans la cathédrale
et c'est fini, terminé.
On profite de la journée d'abord.
Viens.
Et demain, ce sera quoi, du coup ? Demain, ce sera un autre jour.
On l'a fait ! On l'a fait, ma prenne
!
Tu
sais pourquoi je suis parti avec toi ? Parce que tu m'avais promis que ma mère,
elle serait là.
J'ai un cadeau pour toi.
Ça fait trois mois qu'on s'embrouille.
Qu'on se kiffe, qu'on se déteste.
Qu'on s'aime.
C'est ça une famille, non ?
Ne
se lâche pas.
Il y a trois mois, vous avez décidé pour moi.
Vous m'avez donné une seconde chance.
Et avec l'assaut, on l'a prise.
On y est allé à fond, à 100%. Alors ouais, je sais, je suis pas un enfant de
cœur. J'ai fait beaucoup de conneries.
Vous allez sûrement m'envoyer en prison ou ailleurs.
Mais vous avez cru en moi.
Puis Fred...
Tu m'as appris à rêver.
À avoir de l'espoir.
Madame la juge, quoi qu'il arrive, je voudrais vous dire merci.
Ouais, super, monsieur Dozier.
Encore. Allez.
Encore un pas.
Et encore un pas de l'avant, à cette allure demain vous visitez l
'Ouzbékistan. La vie c'est pas un film et pourtant on va refaire l'histoire, il
suffit pas d'y croire mais y croire c'est peut-être le plus important.
Je connais bien ça moi, avant je courais après le temps, où j'attendais souffler
sur un banc que le vent pousse mes jambes. Peut-on dire qu'on avance si l
'on ne sait pas où l'on va maintenant ? Je crois que oui, mais j'ai pris des
années à le voir.
Vous pouvez prendre appui sur moi, n'hésitez pas à mettre le poids, j'ai l
'habitude je bouffe la concu comme des petits pois.
Surtout monsieur ne croyez pas que vos efforts sont négligeables, on les voit
tous ici.
Vous êtes sur la bonne voie. La vie, c'est pas un jeu. Mais ça y ressemble
quand même un peu. Et tant mieux, parce que sinon, ça serait bien trop ennuyeux.
Et si vous faites le pas, ce sera pour voir les choses en grand. Un pas, c'est
jamais juste un pas. Mais c'est des milliers d'autres avant. Un pas,
c'est jamais juste un pas. Mais c'est des milliers d'autres avant.
Désolée de t'interrompre, Eminem.
Viens faire chanter les casseroles. Y'a ta sauce aux plantes sauvages à
préparer. C'est parti.
Tu fais quoi ? On est arrivés dans les Pyrénées.
Non, c'est vrai ? C'est toujours aussi magique.
Oh putain, t'en as de la chance.
Passe une bonne journée.
Toi aussi.
Évidemment, c'est toi qui me rappelles.
Évidemment.
Debout la marmotte.
On peut faire Grasse-Matte ce matin.
Tu peux faire Grasse-Matte ce matin.
C'est parti.
C'est parti.
Sous-titrage
ST'
501
All right, people, yeah, well, that's enough. Thank you. All right, so I hope
you guys appreciated listening to whatever this was.
And now it's time to get back to work, and happily so, because we are pretty
late on the schedule, and we've got to get back on track. Thank you, everyone.
Oh, my God.
Non j'ai pas mon cahier J'ai tous mes cours dans les pavés J'évite les
touillés, les condés J'rappe tous les jours, j'en ai bavé Marie je t'écris ce
ave Maria Marie je t'écris ce ave Marie je t'écris ce ave Maria Que je sifflerai
dans le quartier Tu sais maintenant je crois que j'ai capté Faut passer au
charbon pour devenir un diamant Tu vois en même temps ça fait sens Je cherchais
sans voir que je m'étais égaré Je me battais contre le vent Mais maintenant
je comprends Je n'ai pas encore atteint le sommet, mais ce n'est qu'une question
de temps.
Marie, oh Marie, je t'écris ce Ave Maria qui passera en radio, je te le promets.
Ouais, parce que maintenant j'ai des projets.
J'ai le cardio et les mollets.
Je suis pas facile à épauler, je sais, et pour ça tu m'envoies désolé.
Et je fais au mieux, mais tu connais, dans ma vie j'ai pas fait du poney.
La tête enfoncée dans le bonnet, à recompter les pièces de monnaie pour
toutes les erreurs que je commets. On m'a dit que je cherchais l'attention,
mais faut voir l'attention qu'on me donnait.
Ouais.
Marie, je t'écris ce Ave Maria pour quand on se retrouvera.
Je ne serai plus le même et tu verras, je n'arrêterai jamais le Pera,
sérieusement. J'en apprends sur moi à chaque pas et ce n'est que la moitié du
voyage, sérieusement. Ce couplet est aussi mon mea culpa pour toutes mes
embrouilles et mes bagarres.
Pour tous mes remous et mes bobards, pour toutes mes magouilles et mes
gardaves. Marie, je t'écris ce Ave Maria et je ne sais pas vraiment pourquoi.
Il était bien enfoui en moi.
Il voulait juste sortir, je crois.
Il voulait sortir et c'est bien mieux comme ça. Il peut gambader dans les
bois. Il restera là avec toi ou te suivra ou tu iras.
Non, je n'ai pas mon cahier car maintenant je crois en moi.
J'ai tous mes cours dans les pavés, tous les pavés sous les pas.
Marie, je t'écris ce Ave Maria pour le jour où tu ne seras plus là. Je le
sifflerai dans le quartier et je le sifflerai pour toi.
Je le sifflerai pour toi.
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